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Full text of "De la démonomanie des sorciers .."

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DELA 

DEMONOMANIE 

DES SORCIERS. 

^ MONSEIGNEFK M. CHKE^ 

ftofle de ThoUyCheualier^ Seigrffktrdc Cœli, premier 

n^rejîdenten U Cour de ^ arlement ,(^ Conjâl- 

1er du Roy enjonpriuê ConJeiL 

Eieue Ut corrige, O" augmenté d^'ync grÀnde partie. 

PARI. B O D I N, A N G E V I N- 




A PARIS, 

Chez Iacq^es dv-Pvys, Libraire luré, à la 
Samaritaine. 



M. U. LXXXVii. 

AVEC PRIVILEGE DV ROY. 



A MONSEIGNEVR M. CHRESTO- 

FLE DE THOV, CHEVALIER, SEI- 

GNEVR DE COELI, P K E M I E R. 

Prcfîdcnt en Parlement, & Con- 
feiller du Roy en (on pri- 
ué Confcil. 




E PRESENT que icyom ojfre,Monjeigncuy^nefl 
pX6pour demeurer quinc/yiiits bien pour jeruir d'yne 
Attejidtion de ce que lay appris en cejle ejcholejouue-' 
rdine de lufiice^de laquelle yous epes chef. ou l'ay cm 
ployé la meilleure partie de mon aage: ^ en laquelle 
on'\>oid,on oyt^ on comoijl mieux qu'en lieu de tout 
le monde Jayraje expérience ^ '^f^?^ ^" ^(^^^ ^ 
ordonnances^^ de toutes les deci fions des Do âîeurs qui furent oncques: 
tantofi par les p lai doyeries des premiers Orateurs de l'Europe^ tantojl par 
la conférence des ~\rals lurifconfultes, tantofi par les refolutions des Ingef^ 
en defcouurac comme en plein iour la naifue beauté de lufîic e,auec >« plai - 
fir (s^ profit incroyable quony reçoit d! apprendre a difcourir do dément y 
poi':i^r fixement j<^ refouldre fubtilement les fiantes quef lions de droicî en 
toutes matieresiores en l'yne^ores en l'autre chambre ^ores en toute tajfem' 
hlee des luges ^ ^duocats de ce Parlement le plw iUuflre que le Soleil 
puifpl/oir en toué les Empires^ Républiques de la terre, La f apprend U 
yraye prudence, guide ^ lumière de layie humaine ^quand on yoid comme 
€/% 1/n haut théâtre toutes leifecrettesafiions^trafques,ç2^ menées de tou- 
tes fortes d'hommes^ <^ desplw rufè:^yeprejênwes au doio-t, ^ à l'œil . que 
la y te de ih^mme pour longue quelle f oit ^ nefçauroit defcouurir eny-oya^ 
2tant par tout le monde. Et combien que la fplendeur (^ Maiefté de ce 
beau teple de iifltcefeyoit en toutes fes parties^ fi ejî-ce quelle rcluifiprin^ 
cipalement au chefdUceluy pour auoir furpafje les autres, qui ont mo:éiuf- 
ques à ce degré d'honneur en la cognoijTance des lettres humaines, auecques 
yne mémoire infnie de toutes hijioires , ^ diligence incroyable À iuger les 

■ différends des parties : l'yn ^ [autre conioin6i 4 l'expérience indubitable 

i_> .. 

A II 



995 



de tou6 Icspoincîs de U IiiriJJ)rudencé.Nonp\is cjue ieyu'cilîc icychatcr-ycs 
louanges, Monjùgnetir^cdr ce nejl pasmonfitiet^cncores que U loydici 
Pra?lidem prouincia: non grauatc fuas laudes audirc oportcre. 
Et combien cjue l'honneur de i homme Vertueux na. hejom d'cjiye rehduffé 
de louanges pour donner lujireiji efl-cecjue ia. République a notable inter- 
ejl que les 1 rayes louanges des hommes illujlres demeurent grauees ^ /w- 
primées par tout, pour fer uir d'exemple aux y ns,d aiguillon aux autres^ ^ 
d imitation à tou^. Ce que le deuerois faire d'autant plm Volontiers en yo - 
Jire endroit que les loix ^ la religion dhonneur m'obligent à cefaire^pour 
lesplaijlrs jgndle:^{ te ne diray pa^ offices ne l'ayant mérité en yofîre en- 
droit ) que ïay receu de yotus:<^'que yous auc:^toufiours porté ynefinguliC' 
re afjeélion à tom ceux qui aymct les bônes lettres, Man ic referue de cela k 
party^ àplii'S beaujuiet:^ me fuffiraponr cefîe heure de you^ faire ce pe- 
tit prefentjequel , fil y 01^ ejl aggreable, ie majjeurefi i'ay encore s quelque 
malueiHant^ qu'il nefcrapasfi mal aduifé^ que fut n'a pas long temps quel" 
qùyn^que te ne yeux nommer pour fon honneur Jequcl dedia au Royyn //- 
belle contre la Republique que l'aymts en lumière. Mais fi tofî que le Roy 
eut remarqué les propos calomnieux de cefl homme-la : il le fjl conflituer 
prifonnier,!^ ff^na le décret de fa main , auec defenfesfur la yie d'expofer 
fon libelle en yente,Toutesfois il en efî demeuré quitte pouryne amede ho- 
norable : mais s il eufi efté de pltt^fainiugement , // eujî mérite la peine que 
Zoile receuî pour yn prefent pareil quil fjl a Ptolemce Philadelphe Roy 
d'Eoypte. Or ie nefberepas queperfonne efcriue contre cefl œuure ^ fice 
n ejl quelque Sorcier qui deffcndeja caufe : mais fi i'enfuis aduerty ^le luy 
diray ce qu'on dit enplufieurs lieux de ce Royaume à ceux qmfontfu¥pe6is 
d'ejlre Sorciers, dautat loin qu'on les y oit fans autre forme diniure on crie 
a hauteyoix ,/£ me dovte, afn que les charmes ç^ maie f ces de 
tellesgensnepuiffentoffcnfer. De Laon, ce xx.four de Décembre, u, d. 
IX XIX. 



Voftre humble & affcâionné 
feruiteurjI.Bodin. 




LE TRAITE DE lEAN BODIN 

DE LA DEMONOMANIE 
contre les Sorciers. 

LIVRE PREMIER. 
TKEFACE DE L'JFTl/EVK. 

E iugement qui a efté conclud contre vnc Sorciè- 
re auquel ic tus appelle le dernier iour ci'Auril,mil 
cinq cens Teptanteà: huiâijm'adônéoccafion de 
mettrcla main à la plumCjpour efclarcir le fubieét 
des Sorciers qui femble à toutes perfonnes cftra- 
gcàmerueillesjôcàplufieurs incroyable. La Sorcière que iay 
diét's appelloit leanne Haruillier.natifue de Verbery prés Cô- 
picignejaccufced'auoirfaiift mourir pluûeurs hommes &: be- 
îtes 5 comme elle confefla fans queftionjny torture , combien 
que de prime face elle euft dénié opiniâtrement , & varié plu^ 
fleurs fois. Elle côfefTa aufïi que fa mcre dés l'aage de douzeans 
l'auoitprefentee au Diable enguife dVn grand homme noir, 
outre la ftature des hômeSjVeftu de drap noir^luy difant qu'el- 
le l'auoit^fitoft quelle fut neejpromifc à ceftuy-là , qu'elle di- 
foit eftre le Diable,qui promettoit la bié traidcr, & la faire bie 
heureufeiEt que dés lors elle renonça Dieu , & promift feruir 
au Diable. Et qu'au mefme inftant elle eut copulatiô charnel- 
lement auccle DiablCjContinuant depuis l'aage de douzeans 
iufques à cinquante 3 ou enuiron, qu'elle auoir lors qu'elle fut 
prife.Dift^auffi que le Diable (e prelentoit à elle quâd elle vou- 
loit, toujours en l'habit & forme qu'il fe prefenta la première 
fois efperonnCjbottCjayant vne efpec au cojRé, & Ton cheual à 
la porte, queperfonnenevoyoit qu'elle: Et fi auoit quelques 
fois copulatiô auecqucs elle,{ans quefon mary couché auprès 
d'elle l'aperceuft. Or combien qu'elle fuft diffamée d'eftrc fort 
grande Sorciere^Sc qu'il fuft prefque impoffiblc , de garder les 
paylansdc larauirdesmainsdc iuftice pour la brufler, crai- 

a iij 



PREFACE. 

gnans qu'elle ne rcchapaft:Si eft-ce qu'il fut ordotiné aupara- 
uaiit que procéder au iugcment difiinitif , qu'on enuoyeroit à 
Verbery:lieu de fa natiuité^pour s'enquérir de fa vic^dc aux au- 
tres villages où elle auoitdemcurc.il fut trouué que trcrc ans 
auparaUvKjcllcauoic eu le fouet pour le mefmecrime3&: fa mè- 
re condamnée à eftrc bruflec viuc5par arreft de laCour de par- 
lement confirmatif delà fentencc du iuge de Scnlis: Etlîfut 
trouuéjqu'clle auoir accouftumé de châger de nom Se de lieu, 
pour couurir Ton faid. Et quepar tout elle auoic efté attainte 
d'eftre Sorcière. Se voyant conuaincuc , cllerequift pardon, 
faifant contenance de fercpétindenianttoutesfois beaucoup 
âç^ melchancetez qu'elle auoit commifes , &: auparauant con- 
feifees : Mais elleperfiftacnlaconfelTion qu'elle auoit faide 
du dernier homicide, ayant ietté quelques pouldres , quels 
Diable luy auoit préparées, qu'elle mift au lieu où celuy qui a- 
uoit battu fa fîUe deuoit pafler.Vn autre y palTa, auquel elle ne 
vouloit point de mal,& aufii toft il fentit vne douleur poignâ- 
teentoutfon corps. Et d'autant que tous les voifinsqui l'a- 
uoient veu entrer au lieu,où elle auoit iedé le fort,Ic iour mef- 
me, voyant l'homme frappé d'vne maladie fi foudaine, crJoiéc 
qu'elle auoitiedé le fort.Ellepromift de le guérir , &defai(5t 
elle garda le patient pendant la maladic,& côfefla que le Mer* 
credy deuant que d'eftre prifonniere,qu'clle auoit prié le Dia- 
ble de guérir fon malade , qui auoit faidrcfponce qu'il eftoit 
impoflfible. Et qu'elle diftalors au diable qu'iU'abufoit touf- 
fiours , &: qu'il ne vintplusla voir. Et lors qu'il dift qu'il n'y 
viendroit plus, & que deux iours après l'homme mourut. Et 
auffi toft elle s'alla cacher en vne grange , où elle fut trouuce. 
ceux qui alïîfterent au iugcment, eftoientbien d'aduis qu'elle 
auoit bien mérité la mort : Mais fur la forme Se genre de mort 
il y en eut quclqu'vn plus doux,& d'vn naturel plus pitoyable, 
qui eftoit d'aduis qu'il fut^ifoit de la faire pendre. Les autres, 
après auoir examiné les crimes dcteftables,&: les peines efta- 
bhes par les loix Diuines & humaines, & mefmement la cou- 
flume gcneralle de toute la Chrefticté,&: gardée en ce Royau- 
me de toute ancienneté,furent d'aduis qu'elle deuoit eftre cô- 
damnée à eftrcbrufleeviue : cequifutarreftéj&lafcntcnce. 



PREFACE. 

dont il n'y eut point d appel,cxecutcc le dernier iour d' Auril à 
lapourfuittcdcMaiftre Claude Dofay, Procureur du Roy à 
Ribcmont.Dcpuiskcôdcmnation elle confciï'aqu elleauoit 
cfté tranfportec par le Diable aux afïemblees des Sorcières, 
après auoir vie de quelques greffes, que le Diable luy bailloi t, 
citant guindée d'vne Ci grande viftefTe, &: fî loin , qu'elle cftoit 
toute lafle & foulée, àc qu'elle auoit veu aux aflcmblees grand 
nombre de perronncs,qui adoroient tous vn homme noir , en 
haut lieu,de l'aage comme de trente ans,qu'ilsappelloict Beel- 
zebub.Et après cela ils fe couploient charnellement: &: puis le 
Prince leur faifoit lermon de fe fier en luy, &c qu'il les vcgcroit 
de leurs ennemis , & les feroit bienheureux. Interrogée fi on 
bailloit de l'argétjdid que non:Ei accufa vn berger &: vn cou- 
ureur de GenliSjqu'elle diét eftre Sorciers, & fe confclfa , &: fe 
repentit, requérant pardô à Dieu. Et parce qu'il y en auoit qui 
trouuoient le cas eftrangc,& quafi incroyable, ie me fuis adui- 
fedefairGcctraidéquei'ayintitulé5D emonomanie des 
Sorcier s,pour la rage qu'ils ont de courir après Icsdiables 
pour feruir d'aducrtiffement à tous ceux qui le verront^afîn de 
fairecognoiftreaudoigt,&àrccil,quiln'y acrimes qui foyct 
à beaucoup près Ci exécrables que cefluy-cy, ou qui méritent 
peines plus gricfues. Eterk partie auffi pourrefpondre à ceux 
qui par liures imprimez s'efforcent defiuuer les Sorciers par 
tous moyens: en forte qu'il femble que Sathan les ait infpirez, 
& attirez à fa cordcllc,pour publier ces beaux liures , comme 
cftoit vn Pierre d'Apone Médecin, qui s'efforçoit faire enten- 
dre qu'il n'y a point d cfprits, & neantmoins il fut depuis auerè 
qu'il eftoit des plus grâds Sorciers d'Italic.Et afin qu'il ne fem- 
ble cftrangc ce que i'ay dit,que Sathan a des hommes attikrez 
pour ercrirc,publicr,&: faire entendre qu'il n'efl: rien de ce qu o 
dit des Sorciers. le mettray vn exemple mcmorable,que Pier- 
re Mamor en vn petit liure de Lamics à remarque d'vn noinc 
M.Guillaumc de Linc.Dodeur cnTheolog^e qui fut accule & 
condamné comme Sorcier , le douzicrmc Décembre , mil 
quatre cens cinquante trois, lequel en fin fe repentit, &: con- 
feffa auoir plufieurs fois eflcrrâ("porrcaucc les autre:^ Surcicrs 
lanui(5lpouradorcric diable , quife monUroit quelqticsfois 



3995 



PREFACE. 

en forme d'hommej& quclqucsfois en forme de houc^rcnon* 
cane à toute religion, 5: fut trouté faifi d'vnc obligarion, qu'il 
auoic auecSathan , portant promcflcs réciproques , & en- 
tre autres, le Doiflcur eftoit obligé prefchcr publiquemct que 
tout ce qu'on difoit des Sorciers n'cftoir que table & chofe im 
polïible,&: qu'il n'en falloir rien croire. Et par ce moyc que les 
Sorciers auoient multiplié, & pris grand accrollfcment par ces 
prefches, ayant les luges laifle la pourfuite qu'ils faifoicnr con- 
tre les Sorciers. Qui môflre bic que Sathan à de loyaux fuicts 
detouseftats,^: de toutes qualitez:coir.me le Cardinal Beno, 
& Piatin efcriucnt qu'il y a eu plulieurs Papes, Empereurs, 6c 
autres Princes , iefqucls le font laiffé piper aux Sorciers , & en 
Un auoir cfté précipitez malheureufcment par Sathan. Et mcC- 
mes à Tolède , oià cftoit anciennement refchole des Sorciers, 
Onn'euftiamaispenfé que tels perfonnages euflent ePié delà 
partietquand on r'apporroit les procez des Sorciers, ils fe pre- 
noientàrire, Ô^faifoientrire vn chacun des traids qu'ils do n- 
noicnt,& aflfermoient conftaramenr , que c'eftoit chofe fabu- 
leufe, &; impoiïïble, & amoUiffoient tellement le cœur des lu- 
ges (comme fift Alciat de Ton temps, defpit qu'vn Inquifiteur 
auoit fait brudcr en Piedmont plus de cent Sorciers) que tous 
les Sorciers retchappoient.M.Barthclemy Paye Preiident aux 
cnqueftes de la Cour, Teft plaint en fes œuures, que la (ouffrâ- 
ce de quelques luges de ne faire bruflcr da Sorciers, corne le 
Parlemct a fait de toute ancienneté,& tous les autres peuples, 
a efté caufe des grandes affligions que Dieu nous a enuoyccs. 
Mais M.d' Auenton Confeiller en Parlement , &c depuis Prefi- 
dent à Poitiers(auquel a fuccedé en l'eftat de Prefidét Saluert) 
fift brufler quatre Sorciers tous vifs à Poitiers. l'an m.d. lxiiii. 
nonobftât l'appel par eux intcrie(flé: Se plaignant de ce qu'on 
auoit cnuoyé abfous au parauant d'autres Sorciers appellans, 
qui depuis auoient infcdé tout le pays,&: que tout le peuple fe 
mutinoit. Vray eft qu^ils confelTerct auoir fait plulieurs homi- 
cides par charmes,^ (ortilcges, Si les faifoit exécuter, comme 
prenotablcs,nonob(lantrappeî:(2^^/^///5e/?(di(5t la Loy)oca(ie- 
rç Mneno (jmmgUdio.Oï l'impunité des Sorciers de ce temps-là 
;. futcaufe>qu'ilsprindrentvnmerueilleux accroiflcmcnt ence 

Royaume, 



PREFACE. 

Royaume, où ils abordèrent de toutes parts y&mefmemcnt 
d'Italie : entre lefquels eftoitvn grand Sorcier Neapolitain, 
qu'on appeiloit le Conferuateur, & qui a cfté affez cogncu par 
les a(Sc.s:&: depuis ont continuCjCn iorte que le Sorcier Troif- 
çlchclies Manceau ayant eu la grâce, après le iugemêt de mort 
contre luy donné , à la charge de dcFercr Tes complices 5 di<5t 
qu'il y en auoit plus de cent mil en ce Royaume, peut eiirc 
fauircmcnt,&: pour amoindrir Ton impiété ayant libelle com- 
pagnie. Quoy qu'il cnfoitil en detcra foit grand nombre: 
Mais on y donna fi bon ordre, que tous où la plus-part rcf- 
chappcrent: ô«:encores qu'ils conkllalïent dcsmefchancetez 
fi exécrables, quel'airen eftoit infcth Dcquoy Dieu irrite a 
cnuoyé de terribles perfecutions, comme lia menacé par fa 
loy ^d'exterminer les peuples qui fouffriront viurc les Sor-2.Zf/»;/.f,io. 
cicrs. C'eftpourquoylaindt Auguftinau liurcdclaCité, dit 
que toutes les fentes, qui iamais ont cfté, ont dcccrni peines 
contre les Sorciers. le n'excepte que les Epicuriens ; que Plu- 
tarqueauIiurcâfeO^-^tc;^///?» dcfccîit^ ôcOrigene. contre Cclfus 
l'Epicurien, ont refutc,&: après eux,Iambliquc,Proclc Acadé- 
mie nés, ont dedruici les fondcmcns delà icdc Epicurienne: 
combien qu'ils eftoient afiez ruinez par les principes de la 
Kletaphyfique d' Ariftotc : où il conclud par necefîîté qu'il y a 
autant de cieux,qu'il y a d'intclligences,ou efprits intelligibles 
pour les mouuoi.rlcrquelles intelligences il diâ: eftrcreparces 
des corps, & que l'Ange le mcuueau mouuemcntdclon ciel, 
commel'ame derhommclc meuueau mouuemét de l'hôme, 
qui cft bien pour monftrcr, queladiFpute des Anges, ^ Dé- 
mons ncic peuttraiter Phyficalement:Etque ccux-làs'abu- 
ftntbicnfort,quidcnicnt qu'il y ait quelque chofe pofilblc, 
qui foit impolfible par nature. Car l'atrouchcmcnr, le mouuc- 
nient , le lieu ne peut conuenir finon au corps , 4 & en corps i^ 4 *>• ^ 
parlant en Phyficien : Erneanrmoins fi la vérité cft to u fi ours 4. çt^^jtî? 
lemblableà loymefincs, il fautconfefifer que l'attouchement/'^^'- 
lemouuement,&:ielieu conuiennenc aux efprits, aulTi bien';'^'^'-','^ 1: " 

^ ^ .A-n I n , r\r 1/- b.m li.de va- 

comme au corps, ce qu Anftotc a dctiionure en la Metaphyfi- ^p„ ^^^^^^^ 
que ^parlant des Anges, ou Intelligences, qui meuuent l^s-jJnîiJiDjo 
cieuxrCombicn que Piutarque^ U Apulée 7 diient qu'Arifto SocrMi^. 

è 



PREFACE. 

te a Uifle par efcritjce que toutcsfois ne fc trouue point en Tes 
liures qui nous ieftcc>qui n'cft pas la moitié de ce qu'il a cfcrir, 
que ks Pythagoricns s'cfmcrueillGient, s'il y auoit homme au 
mode qui n*cu(l iamais cogneu de Démon. Et de faiâ:,le mel'- 
8. in lihr. ^^ Ari(lotc ^ confcli'c auoir veu vn nommé Tharius,qui auoit 
tSèÀ^cLuueimai incefTammcnt auec luy vn efprit en figure humaine, que per- 
Ix'^vfw.iaf. fonne ne voyoit que luy , ce qui eft ordinaire à tous Sorciers. 
Or Platon en Ton Apologie fait vn argument trefnccefrairc 
qu il y a des DemonS5veu que leurs cffeéts le monftrentxar les 
voix, les paroles, les tr-anfports ^ autres adions el'mcrueilla- 
blesne peuuent eflre fans caufc . Et aa pas long temps que 
François Prince de la Mirandc a efcrit auoir veu deux Preftres 
Sorciers,accompagneztoufioursdedeux Démons Hiphialtcs 
en guifc de femmes: dont ils abulcrent plus de c]uarante ans- 
comme ils confeiïercnt dcuant que d'e(lrebruflez,ain(loue 
nous dirons enfonlieu. Auffi Ariftote aumefmeliurecrcrit 
qu'en Ivne des fept Ifl.cs d'Eolus on entendoit vn merueilleux 
fon de tabourins , & cymbales , & rifecs fans voir perfonne: 
chofe qui eft ordinaire enplulieurs lieux de Septentriô, com* 
me di(5t Olaus , & au mont Atk\s , comme Solin bc Pline tefti- 
fîét. Qui fontles affemblees & danfes ordinaires des Sorciers, 
auec les malings e'prirs^qui ont efté aucrccs par infinis procez.. 
Ariftote di(5l d'auantage au mefme liure, qu'il y auoit vne Sor- 
cière en la ville de Tene en Thellalie, laquelle charmoit le Ba^- 
filicque auec certaines paroles &: cercles qu'elle faifoit : ce qui 
ne peut cftre fai<5t par naturc,comme nous dirons en fon lieu: 
Ains par la force &: puifïrince des efprits qui ne pourroient fai* 
re les actions cftranges qu'on voit à l'œiljS'ils n'cftoicnt en lieu 
où ils font leurs actions, comme diâ: Thomas d'Aquin. Aufii. 
feroit-ce chofe abfurde de donner attouchement,Iicu & mou- 
ucmentaux Anges mouuans les cieux, & feparez des cieux,., 
comme tous les Pcriparetiques, Académiques, &:Stoiques 
font d'accord auecles Hebrieux & Arabes, &ofter ces pro- 
prietez aux cfpritSjqui font parmy les clemcns. Et toutesfois 
s'il eft ainfi que les Démons foyent corporels , & de matière 
élémentaire , comme Ariftote a tenu au quatriefme liure de la 
Mctaphyfîque : & Origcne & fain<5t Auguftin au liure neufîe- 



PREFACE. 
me,& au liure viii.chap,xvj.dc ia Cité de Dicu^Sr mcfmcs que 
S.Grcgoircinhomilia Epip/jan, dit, que les Anges font animaux 
raifonnables.Et Athanafe aufli Itbro deefjcmta, Patm , Et Alexâ» 
dre AphrodifTce le plus dodc de tous les Peripateticiés^a tenu 
que toute fubftance cft corporcllcjtous les arguments de ceux 
qui combatent les a(5tions des démons cefTcront: car les adiôs 
feront fondées &appuyees de demonftration de chofe corpo- 
rellcS5Voire élémentaires àchofcselemctaires & corporelles. 
Or S. Auguftin dit au 3. liu. chap. dernier de la Trinité, qu'on , 
ne peut faillir de dirc,que les Démons ibient corporels: & par \ 
ainfionpeutfouftenir contre l'opinion commune, qu'iln'ya 
fubftancc incorporelle que Dieu feul, ce qui eft appuyé fur de- 
môftration que pas vn n*a touchéjc'eft à fçauoir qu'il n'y a rieji 
qui foit finy que le corps ayant fa grandeur , & profondité dé- 
terminée: &: ce qui n'a point d'extrémité fupcrficielle eftinfi- 
ny : il f enfuit bien qu'il n'y a rien que Dieu incorporel, autre- 
ment les créatures Icroient infinies comme Dieu. Qui feruira, 
non pas pour inftrùire ceux qui croyent vn Dieu^ & la plurali- 
té des intelligences,!' vn & l'autredcmonftrépar Ariftote:9& ^.li6.phyjic 
porté par toute l'Efcriture faindc. Mais pour conuaincrc Ics^'^"^^''*/'^- 
cerueaux hebctez:nô pas toutcsfois pour rendre raifon detou 
tes les adtionsintelleduelles des Demons^chofequiferoitim- 
poflîblc: Car celuy qui pourroit rédre raifon de toutes chofes, 
il feroit fcmblable à Dieu, qui feul fçait tout. Or tout ainfi qu'il 
eft impofîiblc de cognoiftre Dieu,ny le côprcndre tel qu'il eft, 
fi celuy qui le cognoiftroit en ccfte fortc,&: qui le pourroit cô- 
prendrcn'eftoitluy mefme Dicu.D'autâtquel'infiny en efleii- 
cc,puifïance,grandeur,cternité, fagefife, & bonté ne peut eftrc 
compris , que par celuy qui eft infiny , & quil n'y a rien iniiny 
que Dicuj AufTi faut il côfelTer par necenrité,qu'il n'y a que uicu 
qui peut rendre raifon de toutes chofes. Car il faut vnc fciencc 
infinie,qui ne peut eftre ny es hommes, ny es Angcs,ny en créa 
ture du monde. C'eft pourquoy Ariftotc au premier liure de fa 
Mctaphyfique , oiiil traidc des efprits & intelligences, con- 
fefte qu'on ne peut cognoiftre laverité.pour Tmibecillité de 
l'efprit humain , qui eft bien recognoiftre l'ignorance de tous 
en gênerai 3 & non pas la fîenne en particulier : car au mefme >■ 



PREFACE. 

i.Uké,.^U. ïiti''<^'î*^"i<^Squ'iI ne faut point chercher de raifon^cù il n'y a 
6.e7-7.Mr-P^^'^^^'^^"'^"^'^« Voyia ces mors. Comme Piincencaspai cil 
ta^hyfic. dit au liure n ccelcptiémejchapicre (\u^uÏQ{\xïC^NonyUampcir' 
ttrutio , pd ~voluntAf natm-A cjujirtdA. Qni cft vnc incongruité no- 
table à vn Phiiol'ophe de dire qu'il le j-îice quelque choie lans 
raifon, &: Gins Cv)u{c,&: vnx; anogancciniupportable, dédire 
qu'il n y a point de caufcrce qu'on voit quâd on ne la içait pas, 
pluftoic que de confelTer Ton ignorâce, côme a trcibien con- 
îcfle Alexandre Aphi odificnjdifant que nature a releruc à Ton 
1 iecretiaraiibn pourquoy Icbruitde lalime léd les dents ftu- 
I .|)ides. Or la plus, belle louange qu'on peut rendre à DicUjCcft 
de conteircr (a propre ignorarice,& c cft faire imurc à Dieu, de 
ne rccognoilirc pas la foiblcire de lo cerueau. C'cft pourquoy 
après tous les diicours de lob, H de les amis, où il difpute des 
faits de Dicu,lors qu'il penrojtauoirattaint la veiité, Dieu luy 
apparut en vilîon5&; commençaâ-parler en ceftelorre.Qui eft 
ceft homme ignorant,qui par tes diicours fans propos obicur- 
cit les œuurcs du fouuerain? Plus dlfcourât de la hauteur, gra- 
dcur & rnouucment terriblcdes cieux , de la force des adres, 
■des loixdu ciel fur la terre, dekterrefondeefur les eaux, des 
eaux furpendu€S au milieu du monde,.ô^: autre'- merueiiles que 
vn chacun voie, il monftre quetoute la fcicnce humaine eft 
pleine d'ignorance. Pluiîeurs donnent louange de fçauok à 
Ariftore comme il ctl certain qu'il a beaucoup /çeu,&:non pas 
touresfoislamiliicfme partie des chofes naturelles. Car tous 
éSi-E^hïMay-^^^ Philofophcs Hebricux-t & Academiqucs,ontniôrtré qu'il 
monJi.i.Ne- n'a rié vcu es chofes intelligibles , de des chofcs-naturelles qu'l 
mar. a ignoré les plus belles '• veuqu'il n'a pas fçcu feulement le nô- 

bre des cieux, q^d'Efcriturefainôte a remarqué parles dix 
courtines du Tabernacle , qui eftle modèle de ce monde. Et 
quand ilefl: did: Les cieux font les œuures de tes doigts, qui 
font en nombre de dix,car toufiours es autres endroits il did, 
œuures des mains de Dieu: ce que tous les Philofophes &: Ma- 
thématiciens ont ignoré iniques à ce qu'il a cûédemôftrépar . 
Ican de Realmont. Et m.efme Ariftote n'a pas feulement ente- 
du l'ordre des Plancttcs , veu qu'il met Venus & Mcrcut e dcC- 
Xus le Soleilj co,ntre ce que Ptolen^ee depuis a dcmoitiilrép n'y. 



PREFACE. 

pas vn feul mouuemcnt des aftres. Et fans aller 11 haut, & afin 
qu'on ne cherche pas en Ariftote la vérité des Démons & cho^ 
ics rupcrnaturclles5on void que la plufpart des choies naturel- 
les luy ont efté incogneuës : comme la falure de la mer, que le y. io^„ pleut 
jPrincc de la Mirâde^furnômé le Phénix de fô aage. a attribué tnpopion. 
à la feule prouidcce de oieu.Et ncâtmoins f origine des forai- 
nes dônec par Ariftrote eft cncores pi" abfurdc. C'cft à fçauoir 
qu'elles prouicnent deputrefadiô dei'airjéscauerncs de la ter 
re,veu les groifcs & inepuiflables fourecs, totaines, de riuieres 
qui ont cours perpétuel, &: que tout l'air du monde corrompu 
ne fçauroit engendrer en cent ans l'eau qui en fort en vn iour. 
Les Philofophcs Hebricux y & mefme Salomon, ontmonftré 
qu'elics prouicnnct delà mer, comme les veines du corps hu- i 
main prennent origine dufoye. Et fouuent on voit en nature ' 
les cfFccts produits contre toute raifon naturelle : comme on 
voit la ncige,qui cH: vne eauglacee^rechauffer la terre, 6c gua- 
rantir les bleds de la gclec , & la bruine froide à merueilles ro- 
flir & brufler les bleds Scbourgeôs comme en vn four,8<: pour 
Gcftc caiifc dit Fefte Pompee,/?m«rf,s*appelie à perurendo : &c la 
fain(5le Elcriture entre les merueilles de oieu raconte celle cy 
au Plalme cent diKicpx^QH[d.u niitcmficut la?tam^Cj^ pmindmficur 
tineremjfargit ^ç^uc Buchanan a trnduit ^inCr.cjui nimbus cel fis opC" 
rit fia'yeliere montes^ denjkiprmna^cinmstnjîfir diicit. Et Théodore" 
de Bezc, 

Qh^ couure Us mons ^ U pLtine, 

Vsneio-e hiinche comme Ltine^ 

Et(jm')'ient Librume eTpctndrc^ 

Tout iiujii menu comme cendre-^ . 
Mais ils n'ont point touché ce beau miracle. Carbone par- 
tie des laines font notoires , &: la bruine ne reiïemble en rie-n 
aux cendres. Mais on pourroit ainfi tourner. 

Qurde neig: ejchaujfe LipUinCy 

Comme dyne robe de Ictiney 

Et de bruine les bourgeons tendres^ 

Rotift comme d' Ardent es cendres. 
Auiïî Albert à monftré Terreur d' A riflotc touchant larcau 
del^en ce qu'il diâ.qu ilaaduieiit poinaianuid^chofc notoi-. 

c iij 



P REFACE. 

rement fauirc,& par confequét auffi la raifon d'Ariftote, com- 
me à vray clirc,il n'y a ny rithmc ny raifon. Car il faudroit par 
melmcraifonjquc toutes les nuccsfuflent dcmefmc couleur, 
le laifiTe mille mcrucillcs de nature 5 dontlacaufen'cftcncorcs 
defcouuerte. C'cft pourquoy le Cardinal Cufan.des premiers 
hommes de (on aage, à touché au doigt la variété, ambiguirc, 
& incertitude de la dodlrine d'Ariftotc , ôiauparauantluyjlc 

6. in li.i.fen- Cardinal Beflarion. 6 Et fur tous le Cardinal d' Aliac ou d'Aii- 
tent. j. j. ly ^ à fouftenu &: difcouru par viues raifons , qu'il n'y à pas vnc 

feule dcmonftrationnecefiâire enAriftote, horfmis celle par 
laqilcilademôftrcqu'ilnyauoitqu'vnDieUj & biepeudau- 

7. M. ^^^ fi-equ'ila remarquees.Etquât à la 7 dcmôftration de l'éterni- 

té du mode d'Ariltotc^qui a cftéle premier, &:reul entre les Phi- 
lofophes anciens de celte opinion 5 elle efl: pleine d'ignorance 
^•?^f* ^comme Plutarque, 8 Galen, 9 les Stoïciens,! les Académiques 
^'J'^"' ^ ^ °"^ monftré : & meHiies les Epicuriens J s'en font mocquez, 
»/oc4.' " dz entre les Hebrieux le Rabin May mon,4 lequel pour fon fça- 
cf.tnh. ufla- uoirexcelient,a cfléfurnômé la grande Aigle, a difcouru fort 
"^'^^'/'^'^'^dodementrimpolfibiiiîédela demonftration d'Ariftote , ôr 
/', Philopone en quatorze liurcsenGreCsCu'il a fâi(5t contre Pro- 

inpUctt.?hïl. ^'^ Academicicn5qui mcntoient bncr eltre traduias, touchât 
z. vUtoinTi- ee fubiet:Et depuis aufifi Thomas dAquin a remarqué Timpof 
mAOycrPhi'(\b\Yix.k de ceftedemonilration par autres argumens , queie 
îo^on. li. i4-pafreray pourcefte heurcj'ayanttraicté en autre lieu. Ettou- 
contuProcltt. tesfois U quantes qu'Ariftotc s'efl trouué en quelque lieu, du- 
^.lucretins ^.jjgj j| ^g pouuoit forîir.il a méfié fi bien la fulce , que perfon- 
er Plutarck * '^ , . ',., , ,. . • 

• I •• nenepeutdeumercequna voulu dire, commcon peut voir 

A.M.i.Nemo' ^" premier chapitre de la phynqiie,&: au hure de 1 Ame,ou 1 h- 
■reHunthoa. fcot des plus fubtils Philofophes qui fut oncques, a remarqué 
^JiiJi. 1.J.3 la contrariété incompatible ^qs raifons d'Ariftote , defquelles 
(9.U. </^ M^- les vns ont tiré la corruption d'icelle , comme Diccarque du 
thodohijî.c.6. femps mefmcs d'Ariftote,l'Epicure Atticus, Aphrodifeus, Si- 
'^' mon Portius,& Pocnponatius.Et au côtraire, des mefmes rai- 

fons Theophrafte,ThemiftejPhilopone,Simplice 5 Thomas 
d'Aquin,lc Prince de laMirande ont côclud l'immortaHté des 
ames,&les Arabes mefmement. Auerrois a conclud l'vnité de 
l'iatelleâ; de la nature humaine des mefmes lieux d'Ariftote. > 



PREFACE. 

En quoy onpeutiugcr , qu'Ariftotcn'apasveu les beaux fc- 
crets de natare,ce que les anciens ont bien remarqué,figurant 
au derrière defa médaille , vnefemmcquiàlafacecouiîertc 
dVn voile nommée Piiyfis c'cft à dire Natureifignifiant que la 
beauté de nature luy a cfté couuerte,& qu'il n'a veu que l'exté- 
rieur des veftemens.AufTi diâ:-on qu'il fe précipita en la mer 
comme Procope» pour n'auoir iceu entcdre pourquoy la mer 
au deftroit de Negrepont en vingt & quatre heures a Icpt flux 
Sautant de reflux. Et files plus beaux trefors de nature nous 
font cacheZjCommcnt pourrons nous attaindre aux chofes fu- 
pcrnaturelles ,& intelligibles: C'eft pourquoy Heraclite le pre- 
iîiier,comme efcrit Plutarque,^ après luy Theophraftejdifoit 
que les plus belles chofes du monde (ont ignorées par l'arro- 
gance des hommes5qui ne veulent rien croire des chofes donc 
Tèfprit humain ne peut comprendre la raifon: Entre Icfquelles 
on peut mettre les actions cftrangcs des maiings cfprits,^ des ^■^^'^f* 
Sorciers, quipaJTentrefprithumain5& leseaules naturelles. ^^^^^^^'j-^j.^^ 
Mais tout ainfi qu'à bon droid on reputeroir fol & infenfé ce- Smmdefer- 
luy qui voudroit nier que la Galamitc ou l'aimant , ne donnaft ^u appelLnt 
pas vneimpredîon àl'aguille pour la tourner vers la bife, pour '«'»''<<^«/'<^ «^' 
n'entendre pas la raifon: ou qui ne voudroit eonfcATer que [^t^'^t'^'^p^i^f-' 
torpilIe-6 eftant entrée es filets:ne rende les mains puis Icsbras-'^^'""'^',, . 
& en fin tout le corps des pefclicurs endormy Se ftupide, pour '■, \/' 
ne Içauoir la railon: Aulii doit on reputcr pour rois &inienlez. .^' ^ ;rxVû- 
ceux là qui voyent les actions edranges des Sorcierijô^ des cf- j^'^t-^i^ et) 
prits,&:neantmoins parce qu'ils ne peuuent comprendre ^^^^ITra.^^l'^^'f 
caufcjOu qu'elle cO: impofîible par nature, n'en veulent croire, mnr'im.tv 
Carmefme.Ariftotcy ietrouuanteftonnéde pluficurs chofes '''''^°'"^*s«- 
dont il nefçauroitlacaufe , dict queceluyqui rcuoquera en^^^-^ \' ' 
doute ce qu'on voit, il ne dira pas mieux que les autres. Et le ^i. /?<.«/,' ig^ 
mcfmc Autheuraufîi bien qu'Aucrroesauîi.S. delà Phyfiquc^if 27.f*i9. 
difent que le peuple ignorant ne croit que ce qu'il touche. Or «"'jo. Néîi-, 
nous voyons qu'Orphce, qui a cftê enuiron douze ces ans de- 3-©^ 4- f^fg- 
uanr Icfus-Chriflr, &r après luy Homcrc , qui font les premiers ^•^•c^' i.P^- 
autheurs entre les Payens,ont lailTé par efcrit les Soragilerics, ^^ '.'^^'g 
NccromantieSs&: charmes qu'on faid à prefcnr. Gn voit cnla ^j,ij-um.ii. 
Loy de Dicujpubliee plus de deux ans deuât Orphcc les Sa- c^- ^^^, ^y 



PREFACE. 

cicrs de Pharaon contre-faire les œuures de Dieu. On voîd la 

Sorcière de Saul euoqucr les efpntSjIes faire parler: Les dcté- 
ces portées en la loy i de Dieu d'aller aux Deuins,Soi ciers,?]- 
xhous , où toutes les (ortes de (orccllcries, & diuinations lunt 
rpecifîces, pour kkjuclies Dieu déchire, qu'il auoir exterminé 
de la terre les Amorrhcans,&: Chananeans.Ecpour Iciquellcs 
forcellcries lehu filt mâger aux chiens la Royne Icfabcl, après 
l'auoir fait précipiter de ion chaftcau. On voitaufïï les peines 
cftablics contre les Sorciers es loix des douze tables , que les 
_ . , Ambafladcurs des Romains auoict cxtraittcs des loix Grecqs, 

?TotMt-c{e ! I n / •- 7 

Malef.c °" ^'°^^ encorcs les plus cruelles 3 peines qui ioict cntoutes les 
4. 0^ We/?- conftitutions des Empereurs Romains 5 cftrc cftablies contre 
ciorum ma- IcsSoTciers , OU i!s (ont appellezcnnemïs dc nature , ennemis 
^mtuàmcm du gcnrc humain , &: maléfiques 4 pour les mcichancetcz 
m^kjict rf/f ^/grandes qu'ils fonr,&: les imprécations abhominablcs portées 
Unt:(r,^. 5. de pQ^-j^s Ioix,qui ne fc trouucnt en loix quelconques,tînoncoii- 
"*f^^' '■ trcics Sorciers que; la pelle cruci!e(dit la lov)P'aîfrec(teindre, 
eodemtit & coniumcr.On voit les hutoires GrecqucSjLatincSjancienes 
<l>ws ferdii nioderncs dc tous les paySj&: dc tous les pcuples^qui ontlaiilé 
peps djltmat par efcrit les chofes que font les Sorciers ôc les me(mcs cffeds 
endiuerspays, &l'ecftareeni'erprir, &z le tranfport en corps 
- &: en amc des Sorciers, consmis par les malins ciprits en pays 
efloingné , & puis rapportez v- a r les malings ciprits en peu 
d'hcure.Ce que toutes les Sorcières coiifclfcnt d\n commun 
coni'entemcnt,ain(î qu'on peut voir es liurcs des AUemâs,lta- 
6.plnt4r. in HenSyFrançois^&r autres natiôs.Cc que Pluca; que 6 a laifié par 
'iiiui{am. efcrit d'Ariikus Proconelien,& de Cleomede Aftipalian.-He- 
rodoted'vnPhilofopheAthcifte, Pline dVn Hcrmon Clazo- 
raenicn : Philollrate d'Apollonius Thiancus,& toutes les hi- 
ûoires des Romains ont certifié dc Romulcjlequel dcuât tou- 
te fon armée fut cmpo'téen fairiCommcnous liions en noz 
9.Bti^. Flm Chroniques oeftrcaduenu à vn Comte de Mafcon: Et s'eft 
trouué par infinis procez,que plusieurs fai^iînt comine les Sor-. 
ciers,& fe trouuans tranfportez en peu d'heure à cent ou deux 
cens lisi^s de leur maifon, voyant les aflcmbiccsdes Sorciers, 
ajui'oict appelle Dieu ea leur ayde. Et âulîî coft l'affeinblce des 
tOîfitob^ RiaUns. 



ertn 



PREFACE. 

malins cfpritS3& des Sorciers s cruanoùifToit, & Te sÔt trouucz 
fculs, & retournez en leur maifon à lôgues iournees. Brief on 
voiries procès faits contre les Sorciers d'AlIemagnCjdeFrâcc, 
d'Itaiiejd'EfpagnejCn ce q nous auôs par efcrit 7 5c voyons par '7'^F'^*^^ 
chacun iour les tefmoignagcs infinisjes rccollcmcnsl^confrô- "^^ f*** . 
tations,conuidions,côfelîîons, efqucllcsontpcrfîftéiurques ; ;„ 
a la rftort ceux qu on a exccutezjqui pour la pluipart lont gens 
du tout ignorans ou vieilles femmes5qui n auoicc pas veu Plu- ; 
tarque,ny Herodote,ny PhiloftratCjny-les loix des autres peu 
pics , ny parlé aux Sorciers d'Allemaigne & d'Italie, pour s'ac- . 
corder il bien en toutes chofes , & en tous poin(5ts comme el- 
les font. Elles n'auoint pas veu S. Augnftin au x v. liure de la 
Cicé dé Dieu, qui didijqu'il ne faut aucunemct douter 5t qu'il 
feioic bien impudcntjqui voudroit nietjque ks oemôs &: ma- 
iingsefprits, n'ayent copulation charnelle aucc les femmes, 
que les Grecs, pour ceflccaufe appellent Ephialtes, & Hyphi- 
altes,Ies Latins, Incubes, Succubes & Syluans : Les Gaulois, 
Dufios ( c'eft le mot duquel v(e S. Auguftin) les vns en giiifc 
d'hommc,les autres en guife de femme, laquelle copulation 
toutes les Sorcières font d'accord qu'elle fe faid , nô point en 
dorm.int,ains en veillant: qui cft pour monftrcrque cen'eft 
point lopprcllion de laquelle parler les Médecins, qui demeu- 
rent tous d'accord qu'elle n'aduicnt iamais finon en dormant. 
Et qu'il feroitauflîimpoiTible quelamefmechofeaduint aux 
Succubes 3 comme aux Incubes. Encores eft il bien eftrange 
que ces Sorciers depofent & demeurent d'accord , &r que les 
malings efprits fcmonftrahs en forme d'homme, ordinaire- 
ment font noirs, &plus hauts que les autres, ou petits comme 
Nains:ainfi que Georges 8 Agricola des premiers hommes de 2J„^tJeSpî'■ 
{on aage,a laifTé par efcrit. Or les Sorciers que nous difons n'a- r'mbw jab- 
uoiétpas veu ce que diâ Valcre Maxime,au premier liure par- ummôs. 
lant de Caffius Parmenfis^auquel fe prefenta vn homme haut, 
& fort noir. Si interrogé qu'il eftoit, il 6i{kyfe Y^yx^ipuivcL ejp^ 
c eft à dire , qu'il eftoit mauuais Demô. Auffi les Sorciers n'ont 
pas veu les Hiftoires de Pline le Icunc es Epiftres de Plutar- , 
que, Florus,Appian,&: de Tacite, où ils parlent de Curtius | 
Ruffus Proconfuld'Aifriquc36«:pion5& de Brutus.qui curent \ 

ï 



PREFACE. 

é.pUn.iM rcmblablcsvifîons en veillant 5 ny l'hiftoirc mémorable 6 â\î 
Epfl, Philofophc Athenodorc,qui eut mcfmc vifion d'vn maling e- 

fprit en veillant en forme d'homme haut &: noir cnchainc,qui 
luy monftra i'endroiét oîj ciloient cinq corps meurtris, au lo- 
gis qui dcmeuroit inhabité a caulc du malin cfprit, corne il eft 
i.inCdtguU, ^y^j reciré en Suctone ^ aprcs le meurtre de l'Empereur Cali- 
3. plut4rc.in gulaj& en Plutarque J après la mort de Damon, & de Remus^ 
yhudmonif. aprcs la mort defquelSjles efprits rcndoiéc les lieux inhabitez, 
que les Latins appello4ent/?ew«r«, &: par mutation de Liqui- 
de Lémures ^kcâùCe de Remus.Lay did au commencement que 
leannc HaruillicrauoitconfclTéjque le Diable s'eftoittouf- 
iours apparu à elle en guife d'homme haut & noir. lemettray 
cncores ceftc hifloirc , quieft aduennë le fécond iour de Fe- 
urier,milcinq:cefts fcptantc &rhui«5t. Catherine Dorée femmo 
dVn laboureur demeurant à Gœuurcs près deSoiiTonSjeftanc 
interrogée par Hunaut, Bailly de Cocuurcs , pourquoy elle a- 
uoit couppé la tefte à deuxieunes fillettes , Lvne qui efloit fa 
propre fille/autrela fille de fa voifinejrefpondir^que le oiablc 
s'eftant monftré à elle en forme d'homme grand, & fort noir, 
l'âuoit incitée à ce faire , luy prelentant la fcrpe de Ton mary, 
ElIcfutiugeeàCompiegne, & depuis exécutée àmort.ïedc- 
duirayen fonlieula conuenanceôi accord perpétuel d'hifloi- 
rcsTemblables des peuples diuers, & en diuersfiecles rappor- 
tées aux avions des Sorciers,&: àlenrs confelHons. Il ne fault 
donc pas s'opiniaftrer contre la veritCjquâd onvoit les cffcé^s^ 
& qu'on ne fçait pas la caufcCatil faut arrefter Ton iugcment^ 
à ce qui fefaiét, c'eft àdirc,ûr77 (^, quand l'efprir humain ne 
peut fçauoir la caufCjC'eft à dire,i^o7T5qui font les deux moyens 
^.rerbapU' de mondtci: les chofcs. Et mcîme Platon 4 quoy qu'il fuft 
tonktU.iiJe grand perfonnagc,^: comme il a eflé furnomméDiuin,: quâd 
ïtgihus.^ il vient à difcourir des avions des Sorcieres,qu'ilauoit diligé- 
*^ 'û .'v^t ment recherchées , & examinées en l'onziefme Hure des loix. 
rê«,e5t'<J^«Vy did:quc c'eft chofe difficile à congnoiflre, &: quand on L\ 
jMJe^»* fu A»- cognoifl: , il eft difficile à perfuadcr, & plufîcurs.dir-ilJe moc- 
«•/^'a« t' 'Oj quent quand on leur dut ,qi)e IcsSorcieis vient d'images de 
fiye^.s « r 'SÈ cire qu'ils mettent aux fcnulchres ^ & aux carrefours , & en>- 
%'lfZ^ym'af tciTent foubs Ics poites j & <^ui par charmes ^ enchantcmens , 
yide. catern. 



PREFACE. 

Ôiliaifonsfontchofcsemerucillables. Nos Sorciers n'ont pas 
cfté en Gf ecc,ny Icu Platon,pour faire des images de cirCjpar 
le moyen defquelIcSj&des coniurations qu'elles font, elles 
tuent les perfonnes à l'aide deSathan,commeil s'eft vérifié 
par infinis procès , ainfi que nous dirons , & mcfme le procès 
des Sorcières d'Alençon,pour faire mourir leurs ennemis : &: 
le procès d'Engucrand de Marigny cftoic principalcméc fon- 
dé fur des images de cire coniurees,par le moyen defquclles il 
eftoit accufé d'auoir voulu tuer le Roy. Comme il eft encores 
nouuellcmét aduenu d'vn preftre Sorcier d'Angleterre3& Cu- 
ré d'vn village, qui T'appelle Iftindion, demie licuë près de 
Londres,qui a cité trouué faifi au mois de Septébre , mil cinq 
cens feptante-huidijdc trois images de cire coniurecs , pour 
faire mourir la Royne d'Angleterre, & deux autres proches 
de fa perfonne. Vray cft quand Taduis eft venu d'Anglctcrrejlc 
faid n'cftoit pas encores bien aueré. Or combien que Platon 
ne fçeuft aucunement la caufc de telles chofes , fi eft ce qu'il a 
tenu cela pour certain ôd indubitable , & aux loix de fa Repu- 
blique il a eftably peine de mort contre les Sorciers, qui fcrôt 
mourir homes ou beftes par magie , lequel homicide il a tref- 
biédiftingué des autres homicides fans magie. Comment en 
cas pareil Philbn Hebrieu au liure/c^73Ç/i^ct(fepo^Vû«'^ôf Ê<<r«(yo- 
YCûy. Les ignorans penfent qu'il eftimpofîîble:LesAtheiftcs ôc 
ceux qui contrefont les fçauans, ne veulent pas confeftcrcc 
qu'ils voyent, ne fçachans dire la caufe , à fin de ne fcmbler i- 
gnorans. Les Sorciers s'en mocquentpour deux raifonSjlVnc 
pourofter l'opinion qu'ils foyent du nombre -.l'autre pour e- 
ftablir par ce moyen le règne de Sathan : Les fols & curieux 
en veulent faire Teffiy ; comme il aduint en Italie , en la ville 
de Corne n'a pas long temps, ainfi que recite Sylueftre Prie- 
ras, que rOlîicial &: i'Inquifireur de la Foy ayant grand nôbrc 
de Sorcières qu'ils tenoient en priron,&: qui ne pouuoiet croi- 
re les chofes cftrangcs qu'elles diloient , ils en voulurent faire 
la prcuue, &r le firent mener parl'vne des Sorcières, &r fe tcnas 
vn peu à l'clcart^ils virent toutes les abhominations,homma- 
gcs au Diable,danfcs,copulations , & en fin le Diable qui fai- 
foic fcmblant ne les auoir pas veuZjles battit tatjqu'ils en mou. 

ïij 



; PREFACE. 

mrcnt quinze ioursapres.Les autres ont renoncé à dîcu, ôrfe 
font vouez à Sathan pour faire rexpcriêce. Mais il leur aduint 
comme aux beftes , qui entrent en la cauernc du Lyon, qui ne 
retournent iamais. Or les hommes qui ont la crainte de Dieu, 
après auoir veu les hiftoircs des Sorciers, & contcplé les mer- 
ueilles de Dieu en tout ce monde,6: leu diligemment fa loy,& 
îeshiftoires Sacrées, ne reuoqucnt point en doute les chofes 
quifcmblent incroyables au (ens humain, fiifant iugcmenr, 
quefiplu/ieurs chofes naturelles font incroiables,& quelques 
vnes incomprehéfibles, à plus forte raifon la puiflance des in- 
telligences fupcrnaturelles , & les avions des efprics eft incô- 
prchenfible. Ornons voyons des choies en nature étranges, 
neantmoins qui fc font ordinairement , comme d'enuironner 
la terre & la mer, ce que font noz marchans , &: courir la poftc 
pieds contremont,qui a femblé ridicule àLadâcc, &r à S.au- 
g.uftinjlefquels ont nié qu'il y euO: des Antipodes, chofe toutes 
fois aufïi certaine, & auifi bien demôftrce que la clarté du So- 
leil,& ceux qui difoient qu'il eft impoifiblc que i'efprit maling 
trâfportcl'hômeàcctou deux ces lieues de^amai(on,n'ôr pas- 
con(idcré,qLie tous les cicux & tous ces grands corps celeftes 
font leur mouuemcnt en vingt &; quatre heures,' c'eft à dire, 
deux cens quarante &c cinq millions, fept cens nonante & vn 
mil, quatre cens quarârc lieues à deux mille pas la licûc , com- 
me ie dem()(lreray an dernier chap. S'ils difent qu'on void ce- 
la par chacun iour, &c qu'il faut s'arrefter au fens , ils confeffc- 
ront doncques qu'il fiut croire & s'arreftcr aux acîiions des 
cfprirs contre le cours de naturc,puisqucnousnepouuôs pas 
mcfmcs comprcndreicsmcrueillesdcnaturequenous voyôs 
aifiduellcment dcuant noz yeux, attendu mcfmcment que les 
Philofophes ne font pas d'accord en quoygift la marque de 
vérité qu'ils appellent y^i-nitif^v m «.^^îôejo^. Les Philofophes 
dogmatiques mettct larcigle,pour cognoiftrclc vray du faux 
aux cinq (ens rapportez à la raifon: Platô & Democrite reiet- 
tent les fens, éditent que i'intelled eftfeul iuge de la vérité. 
Theophraftemettoit entre les fens & Tin tellcdt, le fens com- 
mun qu'il appello't To 6r^^>«5- Mais les Sceptiques voyâs qui'f 
n cnlrc rien en l'ame raiionuablc , qui n'ait prcmicrement cfté 



PREFAC E. 

pcfçcu parlcfenSj&queics Cens nous abus et, ils ont tenu quo 
ne peut rien fçauoir.Car il difoicnt^que fi la maxime d'Arifto- 
te empruntée de Platon,quc l'ame intellcâuelie eft comme U 
carte blanche i propre à ietîcr les peintures, îz qu'il n'y a rien ,_ ^ ^,^^j,„ 
en l'ame qui naît premièrement efté au rens,cft véritable, qu'il mvkôk 
eftimpoflribledericnfçauoir.D'autâtqucIefcns,quieftleplus^™'j^^ 
clair5& le plus agu de tous les fens^cft la veue , &: neantmoins oi,,fl'^ô«A^/, 
queles yeux font faux tefmoiiis, comme difoitje bon Heracli- 
te, i nous monflrant le Soleil d'vn ou deux pieds de grandeur 
quieftccnt&foixantej &fix fois plus grand que la terre , &^ Ttohmaw^ 
font voir en l'eau les chofcs beaucoup plus grandes qu'elles ne ^Ij^il^'*^'^ 
font3& les baftons tortus qui font droits : Et quant aux autres-^ 
fens qu'ils font tous differens aux icunes &: aux vieux, encores 
qu'ils foicnt bien fains. Car IVn trouuc chaud , ce que l'autre 
trouue froid:Et vnc mermepcrfonnc en diucrs temps rend di- 
ucrs iugemens de mcfmcs chofcs appliquées aux fens,commc 
il eft: tout notoire. Le premier qui fift cefte ouuerture fut So- 
crate , qu'il dift: qu'il ne fçauoit qu'vne chofe,qui eftoit qu'il ne 
fçauoitrien : Et depuis cefte fedc print accroiffementparlc 
moyen d'Arcefilaus chef de l'Académie , &c fut fuiuy d'Ariftiô, 
PirrhonjHcrilej&denoftrememoireparle Cardinal Cufan, :, 
aux liures qu'il a faiâ: de la Do(5te ignorance. Et toutainfiquic I 
les premiers s'appcUoicnt par honneur Dogmatiques , c'eft à 
dire,- Douleurs, les féconds s'appclloient Septiquesjou Ephe- 
étiques.c'cfl: à dire , Douteurs : Icf'quels mefmes ne vouloient 
pas confeffcr qu'ils ne fcculTent rien: (comme Socrate auoit 
confcffé)car en confcfïant qu'ils fçauoient trcsbien qu'ils ne 
fçauoient ricn,ils confcfToient qu'on pouuoit fçauoir quelque 
chofe. Tellement que (ïon leur dcmandoit , s'ils fçauoient 
que le feu fut chaudjou que le Soleil fut clair, il refpondoient 
qu'il y falloir penfcr : Comme Socrate qui difoit qu'il ne fça- 
uoit s'il eftoit homme ou befl:e. EtdefaidPolycnusIeplus 
grand Mathématicien de fon aagc , ayant ouy les Sophifterics 
de l'Epicurs , fur ce poinâ; confcfïli que toute la Géométrie | 
sftoit fauffc , laquelle toutesfois on iugcla plus véritable de | 
toutes, & qui moins defpcnd des fens , lefquels fens Arift:ote, "^ 
^ mis -^-pour fcul fondement de toutes fcicnccs,& aufquels dit 4. w/o/?fWtf* 

Liij 



PREFACE. 

l^naïj/iicisyrt qu'il fauts'afrc{lcr,&: par vn recueil des indiuidus particuliers, 
l.^.cr <î tr compofer les maximes vniuerfcllcSjpour auoir les fciences, &c 
7.Metaph. Ja vérité qu'on cherche. Or s'il falloir adiouftçr foy aux fcns 
tant fculementjla rcigle d'Ariftotc dcmcurcroir faufc:car tous 
les hommes du monde , & les plus clairs, voyans confeflcront 
que le Soleil cfl: plus grand , &lcs chofes qu'on void en Icau 
plus petites qu'elles n'apparoiffent : Et qu'il cft faux que le ba- 
llon (bit rompu en l'eau , lequel apparoift tel à chacun. Aulîî 
l'opinion de Platon & de Democrite faulfc , qui ne s'arrcftcnt 
qu'à l'intellcd pour iuger laveriié; Car il cfl impoffible que 
l'homme aueugle puifTeiugcr des coulcurs^ny le lourd desac- 
cords. Il faut doncs'arreftcrà l'opinion deTheophrafte,qui 
a recours au fcns commun, quiefl moyen entre les fcns &c l'in- 
.xelledj&r rapporter à la raifon comme à la pierre de toùche^ce 
qu'on aura vcUjOuy, goufté, & fenty. Et d'.autantplus qu'il y a 
des chofes fi hautes, &r fi difficiles à comprjendrCjqu'il n'y a que 
peu d'hommes qui en foient capables : en ce cas il faut croire 
chacun en fafeience .^ Tcllenicnt que fi tout le monde tenoic 
pouraifeuré5quele Soleil & la Lune font eTgaux^commc il fc- 
ble qua-nd ils font oppofites au leuant^ôc au couchant:Si eft-cc 
qu'il faudra toufioursfe rapporter aux fages, & experscnla 
fciencc , qui ont demonflré que le Soleil efl plus grand que la 
terre cent foixantc & fix foisjô^ trois huidiefmes d'nuanrage, 
&: plus grandque la Lune , fix mil cinq cens quarante & cinq 
x.lj.deflatu fois^ô^ fept huiâiefmes d'auantage,tout ainfi queles lurifcon- 
jjominul.xje fuites fc rapportent aux Médecins i en ce qui touche leur fcié- 
fniscr legit. ce,& ne Veulent ricn déterminer. Of les fecrets dcs Sorciers ne 
ff.^uth. de (-Qj^j pj^g ^ couuerts, que depuis trois mil ans on ne les ait dcf- 
rejf.Ji eicom. couucrts par tout le monde. Premièrement la loy de Dieu, qui 
ritxmenfh l ^'^ P^*^^ métirjlcs a declarez,&: fpecifîez par le mcnu,& menaf- 
^edilts aiiit fé d'exterminer Ics peuples qui ne feroient 3 punition des Sor- 
de ^ediliti» cicrs. Il faut donc s'arre fier là , & ne faat pas difputer contre 
edi6loLi.de Dieu des chofes que nous ignoronsiEt neantmoins les Grecs, 
Centre /«f*- &les Romains,& autres peuples auantqued'auoir ouy parler 
ciendo. ^^ j.^ j^y j^ Dieu^auoient en mefme abomination les Sorciers 
^Zeuiuo.^. 5^icursaâ;ions,5(: Icspunilfoientà mort, comme nous dirons 
'^' ' '^^' en fon licu.Bref toutes Icsfci^es du mÔde^di(^ S. Augufiin ont 



PREFACE. 

dcccrné peines cotrcles Sorciers.Ets'il fautparleraux expers 
pour en fçauoir la vérité , y en a-il de plus expcrs que les Sor- 
ciers mefmes,lefqueîs depuis trois mil ans ont rapporte leurs 
a6lioris,leurs facrifices , leurs danfes , leurs tranfports lanuidj 
leurs homicidesjcharmes, liaifons , & Sorcelleries , qu'ils ont 
côfefTé & perfifté iufqucs à la mort? On voit en cela, que tous 
ceux qu'on a brufl^Cn Italie,cn Allemagne, & en France5S'âC- 
eordent de point en point:Or Ci le commun confentement de 
la loy de Dieu, des loix humaines de tous les pcuples,des iuge- 
mens3Conui<^ons,confeflîonS5recolcmés,confrôtations,çxe- 
cutions:(î le commun côfcntcment àcs Sagcs,de ruffift^qu'elle 
preuue demâderoit on plus grande?quand Ariftote veut mon- ^ 

ftrer que le feu eft cbauà:c'eft dit-il,qu'il Tcmble tel auxindois, 
aux Gaulois,aux Scites,& aux Mores. Quâd aux argumés qu ô 
peut faire au côtraireji'cfpcre qu vn chacun en fera ïatisfait pae 
cy apresiCependant nous bifferons ces maiftres douteurs,qui 
douter fi le Soleil eft clair,(l la glace eft froidc,fi le feu eft chau 
& quâd on leur demâde s'ils fçauent bien côme ils s'appellent 
ils refpondent qu'il faut y aduifer.Or il n'y a pas gucres moins 
d'impiété de reuoquer en doute , s'il eft pofTible qu'il y ait des .^ 
Sorciers,que reuoquer en doute s'il y a vn Dieu , celuy qui par ' 
fa loy a certifié rvn,a auiîi certifié l'autre. Mais le côblc de tous 
erreurs eft proucnu de ce q les vns qui ont nié la puiflance des 
efpritSjô: les adions des Sorciers,ont voulu difputcr Phyiica-' 
lemeurdcschofeslupernaturelles ou Metaphyfiques, qui eft 
vne incongruité notable. Car chacune fcience a fes principes 
& fondemens5qui font diuers les vns des autres : le Phyficien 
tict que les atomes font corps indiuifibleSjqui eft vn^rreur in- 
tolérable entre les Mathematiciens,qui ticnnent,&r demôftrêt 
que le moindre corps du mode eft diuifible en corps infînis5le 
Phyficicdcmôftre,i qu'il n'y a rié infiny,Ie Metaphyficié tict ^ ;^-^ 
que la première caufe eft infinie:Le Phyficié mcfurc le téps paf (pt<n»* 
fé &futur par le nôbrc du raouucmetrle Metaphyficié préd 1 e- 
$crnité (ans nôbre,ny tcps,ny mouuemétrLe Phyficic demô- 
flre,qu'il n'y a rie jcn lieu du mode qui ne foit eorps3& que rïéh^'^' 4* e5- 
ncpcutfoufftirmouuemctqlecorps,&qu'iln'ya touchemct ^ '^''^'^**~ 
que de corpsà corps:leMctaphyficicndemonftrcqu'ily a dcs"^" 



PREFACE 

cfprits & Anges quimcuuentles deux , &accidentalcmcnt 
Souffrent mouuemcnt au mouueinent de leurs cieux comme 
^. g^ Ariftote 4 confefle , & par confequcnt que les efprits ne font 
•f^fum. m, P^5 P^^ tout en mcfmc temps. Ainsque par neccflué ils font au 
çt;ox. lieu où leur ai5lion fe faici paroiftre:le Phyficien dcmoftre que 

la forme naturelle n'eft point deuant le fubied , ny hors de la 
maticre5& fe perd du tout par corruptioniCe qu'Ariftote did 
gencralemsnc de toutes formes naturelles. Mais il demonftrc 
que les formes Metaphyiîques demeurent fepareesfans fouf- 
frir aucune corruption ny changement , & qui plus eft le mef- 
mcautheuren faMctaphyfiquc 4 dit que-,la forme del'hômc 
^.lih.iz. qui eft l'intclledjVient de dehors vfant du mot i ^ù^Jiv tTnaîui 
x.U.iJegene- & demeure après la corruption du cor^s , d'auantage tous les 
rat.ammd. Phyficiens tiennent pour vn principeindubitabie , que deux 
.11. Mêla- formes ne pcuucnt cftrc en vn fubicâ;5ains que toufiours IVnc 
i ^J^' chafTe l'autre 5 &qu'iln'y aiamais detranfportoucommigra- 
tion àc formes dVn corps en Tautrcjôi neantmoins on void à 
Tœiljque les Démons &: malins efprits que les Peripatcticieiis 
appellent formes feparees/e mettct dedans le corps des hom- 
mes & des befles parlant dedans leurs corps la bouche del'hô 
me clofe^ou la langue tirée hors iufques aux Laryngés, & par- 
ient diuers langages incogneuz à ccluy quiefl:pofledéde^ef• 
p^it:& quiplus eft,ils parlent tantoft dedans le ventre , tantoft 
par les parties honteufcs 5 que les anciens pour ceftecaufeap- 
pclloient tY/^^'^H^')^^^ ) ^ lyyocfîpiiMivTm 5 & feûe/tx^éct^, &n 
on veut dire comme les Académiciens, que les Démons ont 
çorps^il fera encores plus eftrarigc , &: contre les principes de 
iiaturc,qui ne fouffrent pas qu'vn corps pcnctrc l'autret& tou- 
tesfoiscclàs'eftveu de toute antiquité, &fc void ordinaire- 
ment en plufieurspcrfonnesaflTiegces des efprits, C'eftpour- 
.^uoyAriftotediét, que les anciens n'ont pas voulu mefler la 
difputedclaPhyfiqucaueclcsfcicncesMctaphyfiques: met- 
tant les Mathématiques entre les deux , pour faire entendre, 
qu il ne faut pas apporter les raifons naturelles au iugement 
desSorciers,& des avions qu'ilsontauec les Démons & ma- 
lins efprits.Et afin que le fuiet, qui cft de foy difficile & obfcur 
£<j^it mieux eûtcndujiaydcuifércxuure ^n quatre parties. Au 

premier 



PREFACE. 

premier Hure i'ay parlé de la nature des efprits , àrde l'afToda- 
tioa des cfprits auec les hommes , & des moyens diuins 
pour fçauoirles chofes occultes : puis des moyens naturels 
pourparueniràmefaiefiii.Aufecôdliurc iayleplus fommai- 
remcncqu'ilacftépoflible, touché les arts &: moyens illicites 
des Sorciers/anstoutcsfois queperfonnepuifFc tirer aucune 
occafion d'en, faire mal Ton profit •. ains feulement pour mon- 
ftrcrles pièges & filets defquels on fc doit garder , 6<:fouIager 
les iugcs qui n'ont pas loifir de rechercher telles chofes; & IcC- 
qucisncantmoinsdefiréteftreinftruits pourafTeoir iugcmét. 
Au troifîefme liurei'ay parlédes moyés licites & illicites pour 
prcuenirouchafTerlesfortileges. Auquatriefmeliure de l'in- 
quifition & forme de procéder cotre les Sorciers, &c des preu- 
ucs requifcs pour les peines contre eux ordonnées. A la fin i'ay 
mis la réfutation de lean VVier, & lafolution des argumens 
qu'on peut faire en cetraitté, rapportant tous mes difcours 
aux reigics Ôi maximes des anciens Théologiens, & à la déter- 
mination faite par la faculté de Théologie de Paris le dixneuf- 
icfmeiour de Septembre mil trois cens feptantc & huid que 
i ay fai(5l adioufler pour y auoir recours. 



DETERMINATIO PARISIIS FACTA 

PEX ALMAM FACVLTATEM THEOLOGI- 

CAM, ANNO DOl^IINI M. CCCXVIII, SV- 

pcr quibuldam rupcifticionibus nouiter 
exortis. 




P R ^ F A T I O, 

NiVERsiS orthodoX4ipdci :i;eUtorihtii Canccl- 
Urim Ecclejla Partfimfis csr facultits ihcolooitc 
in cilmu '^mnerfita.te Purifien. matre nojira ctitn 
inteo^ro dimni cttltH6 honore fp cm hahete in Demi.. 
\'io:at in'yani tares ^ infini us fui fts non reTpicere. 
' Ex antK^tm Litchrii cmeygcns nouitererrorumfccda 
coUtiHioreco^itare commonuit : auod plerhmcjtfeyeritas Cdtholicd apud 
Jludiofûs injitcns liieyiiapcrtifsimaeJl:ci(i£C<!e,tei^os iatet , nimirum cum 
hocproprinm hahcdt omniî ars manifejrâ cjjc exerci'tatii in ea^Jlc'yt ex cls 
conjhgiit illd niAxintiX^Cuilihet infud arteperito cndendum c^è.Hinc eft 
orationum lilud qmd Hitronymip ad Puulinum Jcrihens cifjumit: Qiiod 
mcdiconim eft ^promit tant mediei:tra fient fabriliafabri , ^ccedit adhitc 
injacnsiitcns aliidTpeciale quod ncc expcrienria ^/enfu confiant alidè 
anesynec po/funt ah ocuUi circumuoltittrS nube '^itiorum facile dcprehendi» 
Exc&ca'ML enim eos malitia eoram. ^itftquidem ^pojloltis cjuodpropter 
auaritiam multi errauerant à fde:propteyea non irrationabiliter ïdolorum 
feriiitiis ah eodem nominatur: alij propter ino-ratitudinem qui atm CGgno- 
uifjent Deum: non f eut Deiim glorifcauenint in omnem idoloUtri^e mt- 
pietatemÇficut idertî commcmorat)cûri'ucrunt,V orro Salcmonem adido^ 
UjDidcmm admagicoiartes pertraxit diro cupide, ^lios pofremo mifê^ 
ratimiditas toraex craftno pendens in ohfyiuttioKCsfperJlitioffimas 
impiafqtie dcpttlif.qucmadmGdtim apnd Lucannm deflio Pompei Magniy 
CfT* apudhiforicos de plurifnts notum efl, Itaft "Vf reccdenspeccator à Deo 
declinet in l'dnirates (^ infanias f alfas , ^ ad eum qui patcr ejî mendacij 
tandem jmpudenterpalâmqHe apoflatandofe çomicrtat.Sic Saul à Vvmi' 



no ierdi^m Vhytonijpim cuipvÎHSdduet-fahdtur^coftfiluinJ^c OchoU^às 
Dco ifycteljpreto^mijit adçonfiéUndum Deum ^charon. Sic dtnique eos 
omnes Ljuifideyel openabfcjueDeo v^roftwt^'M aDeofalfo Indifcenutr 
necefse ejh Hitnc igitur nefdrUm ^pejlifei'àm mortiferamcjuc inftniiirum 
fdljdram cum-fits h£refthu^ ahomincitiomm plmfolito nojlrd dtruteccr' 
nentes inactlmjje^ mforjkn chrîjlianijstmum regnum cjuod olhn nionÇiro 
cdruit ^ Veo protegentecarebirjinjiceye'yaleattamhoyrefîdjs impUtara 
^ perniciofifsimx conta^ionis monflntm: Cupicmcs tous conntihtcs oh^ 
uiare^memoyes infuper nojirx profcpionis: procjue [evts :i^lo juccenÇi pAu- 
cosadhanc rem articulas ddmndtionis cctuterio {/le deinccpsfaUant.inco' 
p-niri (^notarcdccreuimu^iremcjvorantes intercet^ru irinumera dtCîurn il- 
ludftpentifstmi doSioris ^Hgiifiim defitperjlitiojjs ob/cruatiorahi^s^Quod 
qui talihm credant dut adcorum domum enntes dut fuis domihm introdu- 
cunt dut interrogxntyfcidnt fe jidem chrijfianam (;j^ Ihiptijmum prdiudri^ 
cafjc,^ pagdnum ^dpojiatam, id efi, rétro dhe^ntem O" Veiinimicum 
f^ trdm Dei p'duiter mcurrifsc ^ nift Ecclcjîdjticd pœmte/ttid cmcyjdatm 
Deo reconcilictur. HtZcille.Nequv tamen intentio 77ofird ejl m dliqnode* 
rogdre quihufcîtr^que licitis <^ yeris trdditiomhti^^fcientiis ^drtihmifcd 
infanos errores dtcjue fdcrilegos mÇipicntium ^feralcs rittts pro quanta 
pdem orthodoxdm ^ rdigionem c'mjîiarjdm Ixdunt, contdminant^ in- 
jîciunt^ rddtcitus qudntumfxs nohis eji extirpdrcj^t4£imus : ^ honorent 
fuHm Çmccrum relinquere 'l crrtati, > ' . '^ . ^ , 

ESt avtem primus articulusquod perartcs magicas 3c 
malcficiaôi inuocationes nefanas. qu^ercre famiiiaritates 
& amicicias & auxilia Darmonu nô (ît idoloIatria.Error.Quo- 
niam d^mon aducrfarius pertinax &implacabilis Dci & ho- 
minis iudicatur : necefthonorisTcldomini cuiufcûqucdiuini 
vcrè feu participatiuè vei aptirudinalicer dilccptiuus vt aii;;e 
créature rationajes non damnatiE ; necinfîgno adplacitum 
înrHtutOjVt funt imagines & templa Dcus in ip(îs adoi:arur. 
■i Sccundti5articulus,quoddare,velofFcrre, vclproinirtcrc 
Dxmonibusqualcmcumquc rcni vt adimpleant defidcrium 
hominis, aucin honorcm corutn aliqaid oïculari vcl portarc 
non ficidololatria.Error. 

Tcrtius,iquodinircpadum cumdsemonibns racitum vcl 
cxprcflrumnonfitidololatfia vjel'fpecics idololarriic vel apo- 

ô ij 



ftafic'^.ErrcriEt intendimus eflfcpadum împlicîtumin omiii 
obreruationcruperftitiofajCuiuseflFcctusnon debctàDeo vcl 
natura rationabiliter cxpedari» 

Quaitus.quodconari pcrartcsmagicas di:emoncs iil lapU 
dibuSj annulis, fpeculis aut imaginibus nomine eorum conle- 
cratis , vel potius exccratis includerejCogcrc & ari^arCjVcl cas 
vclle viuificare,non fit idololatria.Error. 

Quintusquodlicitumcft vti magicis artibus5vel aliisqui- 
bufcunque fuperftitionibusà Dco & Eccicfia prohibitis pro 
quocunque bono fTne.Error:quiarecundum Apoflolumnon 
funt facienda mala vt bona cucnianr. sii w.;;: 

Sextus,quod licitum fit aut ctiam permîttcndum malcfîcia 
maleficiis rcpelierc. Error. 

Septimus^quod aliquis cum aliquo pofTit difpêfarc irrquo- 

cunque cafujVt talibus licite vtatur. Error. . :.•. i.-v.^ ■^'■<i^ .. ,v, h-^ 

OctauuSjquod artcs magica^ 8z fimiles rupcrftition^:^ &" earô 

obferuationcsfint ab Ecclefia irrationabiliter prohibitç.Error 

Nonus^quod Dwuspcrartes mâgicas&malefîcia induca- 

rur compcllere daîmones fuis inuocationibus obcdire. Error. 

Decimus5quodthurificationcs& rufFumigationcsquée Eût 

intalium'artiuni &"maIcfîciorumexcrcitio, lint ad honorem 

Dci &: ci placeant.Error &c blafphemiajquoniamDctis alias n^ 

veniretvel prohiberet. 

VndecimuG/quod talibus Se taliter vti non eft facrificare feu 
iiîimolarcdseaionibus &: exconfcquenti damnabilitcr idola- 
ktrare, Error. 

Duodccimus^quod verba{anâ:a&: orationes qua?dam dc-^ 
uotx ôc ieiunia ôcbalneationes &: contincntia coiporaiis, in 
pueris &aiiis, ^milTarum celebratio ; &alia opéra dégénère 
bonorumjqua? fîunt pro excrccndo huiuimodi artes, cxeufent 
cas à malo ô^: non potiùs accufcnr. Error : nam per talia facraa 
res iramo.iprcE)eus in Euchariflia d;rmonibus tentatur^im- 
molari,&: ha?c procurât da:mon,vel quia vuh in hoc honorât! 
ftmilis altifsimojvcl ad fraudes Tuas occukandas,. vcl yt fimpli4 
cesillaqueetfacilius,&damnabiliuspcrdat. • î.'.lolf ■■i:U «'<■ ; 
. Dccimust,ertius,qiuod fandti Prophétie â^alij&nïîHipcifta- 
kS'^ctéi habucruat fùas.piopheîias, 5 de riiiracula £ecerunt aut» 



.da?monc5 expulerunt.Errorj & blafphemia. 

DecimurquartuSjquodDcus pcrfe immédiate vcl pcrbo- 
nosan2elostaliamalefîciaran(5tishominibus rcuelaucrit. Er- 
ror ôiblarphemia. 

Dccimurquintus quod pofTibilcefl per talcs artcs cogère 
liberumhominisarbitriumad voluntatem feu defiderium al- 
tenus.Error:& hoc conari facerc eft impium &: nefarium. 

Decimu0extus5quodideo artes prçfatg bona: funt & à Deo, 
& quod cas licct Qbferuarc : quia per eas quandoque vcl fa^pe 
cucnitfîcut vtentçseisquaerunt velpra?dicunt j quia bonum 
quandoque prouenit ex cis.Error. .mua 

DecimufTeptimus, quod per taies artes da^mones veracitcr 
coguntur de compelluntur,&: non potius ita ic cogi fîngunt ad 
icducendos homines.Error. 

DccimufoétauuSjquod per taies artcs & ritus impios , per 
fortilcgia^pcr carmina & inuocationcs dcCmonum, per quafdâ 
infultationes & alia malefîcia nullus vnquara cfFcdus minifte- 
rio daemonumfubrequatur.Error. Namtalia quandoque pet- 
mittit Deus côtingcre:patuitinMagis Pharaonis & alibi plur 
ries:velquia vtcnteSjfeuconrulentespropter malam fidpm & 
alia peccata nephandajdati funt in reprobum rcnfmî;^.^^4^^€'' 
renturiîcilludi. , (f..^,^,.)^ ^rj/^;-? 

DecimufnonuSjquodboni Angeli includantur in lapidi- 
bus & côfecrent imagines vel veftimenta , aut alia faciant qua? 
iniftisartibuscontinentur:Error5&:bIarphemi4» ; 

Vicefimus, quodfanguis vpup^ velhoediveialteriusani- 
maliSjVel pergamenum virgineumjVel çorium leoniçj & fîn>i- 
lia habcant cmcaciam ad cogcndôs vel fepeKe^idôs &hi«nês 
minifteriohuiufmodiartium. Errer. 

Vicefîmus primus^quod imagines de SErCjplumbo vel auro, 
dcraaiba vcl rubeaveî alia materiajbaptizatie, exorcizatx, &C 
Gonrccrati:e feu potius exécrât^ fecundum pra?didas artcs, &: 
fubcertis diebushabentvirtutesmirabiles,qua; in libris taliu 
artiumrecitantur. Errorinfidc & philofophia naturali ô:a- 
ftronomia vera. 

VicefimufTecunduSjquod vti talibus & fîdera date non fît 
idololatria &: infîdelitas.Enor, 

5 iij 



Viccfimuftcrtius.quodaliquidirmonès bonifunt, alijom- 
nia fcicntcs,ali; ne faluati ncc damnati.Error. 

VicdîtnarqLiarrus,quodfafï"jmigatione.ç qua? fîuntin hu- 
iufmodi operatiouibus conuertuntur in fpirituSj aut quod fine 
dcbitxeis.Error. 

Viccfimufquintus , quod ynusda?monfit rcx Oricntis & 
pr^fcrcim fuo merito &aliusOccidcntis^alius Septentrionis, 
aliius Meridie. Error. 

ViccfimufTextuSjquodintcllJgentiamotrixcocii influit in 
animamracionalemlicut corpus cœliinfluit in corpus huma- 
num. Error. 

VicefimufTcptimus, quodcogitationes noflrtP intelledua- 

Ics & voliriones noftra; intcriorcs immédiate caufantur à cœ- 

lo & quod per aliquam traditioncm magicam taies pofTint 

'Iciri , &quodpcrillamdeeis certitudinalicer iudicarciitlici- 

tum. Error. 

VicefimufocflauusarticuIuS , quod pcrquafcunquc artcs 
magicas poffimus deuenirc ad viiioncrà diuinse cflencia^ vel 
fan<5torum fpirituum. Error. 

A6ta funt hafc &c poft maturam crebrâmquc intcr nos 5c de- 
putatos noftros ex3minationem,conclufain noftra congrega- 
tione gcnerali Parifiis apud landtum Mathurinum de mane lu- 
pcrhocrpccialitercclebrata.AnnoDominiM.cccxviij.dieip. 
mcnfis Septembris, Incuiusrei teftimonium figillum diéta? 
facultatis pra»(entibus litcris duximus antcponendum. 

Originale hUius déterminât lonis ejtjtgillatùm magno fgillo. 
facultatis Theolo^ic^ Panjiis, 



SOMMAIRE DES 

CHJPITKES. 
LIVRE PREMIER» 



CHAP. I. 
CHAP. II. 

CHAP. m. 

CHAP. II II. 

CHAP» V. 

CHAP. vr, 

CHAP. VII. 




CHAP. I. 

CHAP. II. 

CHAP. III. 

CHAP- II II. 

CHAP. V, 

CHAP. VI, 

CHAP. VII. 
CHAP. VIII, 



^4 dejinition du Sorcier. 
De tajjàciattodes Ef^rits auk les hom- 
mes. 
Lit dijfcrtce d'entre les bons ^ malins 
Efprtrs. 
De U Prophétie ^ antres moyens diuins pour fçauoir 

les chofes occultes. 
Des moyens naturels ^ humains ^ pour /cattoir les 

chofes occultes. 
Des moyens illicites pourparuenir à chofe qu*on prc' 

tend. 
De la Teratofcopîe^^rufpicine^ Orneom4nth^ Hie- 
rofcopie,^ autres Jêmblables, 

LIVRE SECOND. 

De la Mao-ie en gênerai. 

Des inuocations tacites des malings Ejprits^ 

Des inuocations exprejTes des mahngs Efprits, 

De ceux c^ui renoncent ÀDieu par conuentwn exprejjèy 

^ s'ils font tranfpûrte:^en corps par les Démons, 
De CEcjlafe ^ rauijji'met des Sorciers^ (^ desfreaue- 

tations ordinaires qu'ils ont aucc les Démons, 
De U Lycanthropie , ^ji les Ejprits petmcm ehangw 

Us hommes en hcfles. 
Si les Sorciers ont copulation auec Us Damons, 
Si les Sorciers peuvent enuoyer Us maladies, JleriUte:^^, 



LIVRE TROISIEME. 

C H A p. I . Les moyens licites d'ohnicr aux cJ?xrmes ^ Sor" 

celleries, 
c H A P. II. Siles Sorciers pemiCHt cijfearer la fxntc des homes 

dUairres^ ^ donner ^nxrifon atix maladies. 
C H A p. III. S/ les Sorciers petiuet anoir par leur mejlier, Ufx" 

uetir desgmdsjia beauté Jcs plaifirsjes honeurs, 

les richeffèsj^ le/çauoir^^ donner fe/tilite, 
CH A r. IIII. SilesSorciers peuuent nuieauxyns plus qu'aux 

^^ autres m 
c H A P. V. j^es moyens illicites pour preuenir les charmes, ^ 

maléfices^ ^guarir les maladies. 
C H A P. VI. D^ ceux qui font aJ^iege^^force:^par les malins 

E/pritSy(^ les moyens de les chajpr, 

LIVRE QVATRIESME. 

c H A p. I. Dff tlnquifition des Sorciers. 

C H A P* 1 1- ^ "Despreuues requifespour duerer le crime deforceU 

lerie, 
C « A P. 1 1 !• 'Delà confepon yolonUire , O* force que font les 

Sorciers, 
CHAP. III I. D« préemptions contre les S orciers, 
C H A P. V. Des peines que méritent les Sorciers. 

R^Htation des opinions de îean VVier, 

F I N. 






r^nùvn *\-Ovki»i fcVS li> •i»^'i>«W3 ï\W*^k^ <-»♦; ) tu< 





LA DEFINITION 

DV SORCIER. 

O R c I E R cft ccluy qui par moyens 
Diaboliques fciemmcnc fefForce de 
paruenir à quelque chofe. l'ay pofé ce- 
tte définition qui eft ncceffaire non 
feulement pour entendre ce traidé, 
ains auflî pour les iugemens que il faut rendre contre 
les Sorciers, ce quia cftc obmisiufqucsicy,detous 
ceux qui ont cfcrit des Sorciers, ô^neantmoinsc'cft 
le fondement fur lequel il faut baftir ce traidc.Dedui- 
fonsdonc parle menu noftre définition. Première- 
ment iay mis le mot. Sciemment : puis qu'il cft ainlî 
que l'erreur ne peut emporter aucun confcntemenr, 
comme dit la loy': tellement que le malade qui \(c J'-^-J^^^f"^' 

Il r V T^- 1 1- \i 1-11 jfnjnhdere' 

de bonne roy d vne receptc Diabolique a luy baillée^,,/. /. /;^«. 
parleSorcier,quilpcnfoiteftreliommedebien,neftr«'^'^'''*^^- 
point Sorcier, carilaiufte caufe d'ignorance: Mais^^^^'^^ft^/' 
non pas fi le Sorcier luy déclare , ou fil inuoque les 
malings Eftrits en fa prefence^comme il fc fai(5i: quel- 
qucsfois : Ce que i'ay mis feulement pour exemple, &: 
qui fera plus amplement déclaré cy après en fon lieu. 
Mais il faut fçauoir quels font les moyens Diaboli- 

A 



DES SORCIERS 
qucs.Lc mot de Diable fignific en Grec , Calomnia- 
©j)v.'fi9A.çTO- tcur,° parce qu'il efpie toufiourslesadions des gens 
^v ^s'S*^- vertueux , commeilfe voidenl'efcriturc'fainde, & 
i.iol;.u.i. les calomnie dcuantDicuiEt les moyens Diaboliques 
font les fupcrftitions,&: impietez controuuées^Ôc en- 
fcignécs par Satlian à fes fcruitcurs pour ruiner en per- 
dition le genre humain. Et pour ceflc caufelcsHe- 
bricux l'ont appelle Sathan, c eft à dire l'enncmy , co- 
., . me die Salomon * que Dieu à crée l'homme à fon 
f4.5.cp-£cJc- image, pour eltre immortel, mais queparlenuiedc 
fi^fticic.ij.et Sathan la mort eft entrée au monde,ce qui eft auflî rc- 
lokcjù.u ^ ^^^^ ^^ plufieurs lieux de l'efcriture faindc. Enquoy il 
prefuppofe non feulement, qu'il y a vncnnemydu 
genre humain , ains auflî qu'il a efté crée des le com- 
i.ioh.c.^0. mcncement,comme il eft di6l en lob ^Or non feule- 
ment la fainde Efcriture,ains aufli tous les Academi- 
cicns,Peripateticiens,Stoïciens,& Arabes demeurent 
d'accord de l'exiftence des efpritsitcllemcnt que le rc- 
uoqueren doubtc (comme font les Ateiftes Epicu- 
riens) ce feroit nier les principes de toute la Metaphy- 
fique,ôcI'exiftenccdeDicu, quieftdemonftrée par 
'4.zi^r/jpfc;- Ariftote: '^^lemounemcnt des corps celeftes qu'il 
A <^^^''^- attribue aux.E{prits & Intelligences, car le motd'ef- 
tW' pj-jj. f entend des Anges , & Darmons. Et combien 
que Platon, Plutarquc, Porphyre, lamblique , Plo- 
tin tiennent qu'il y a de bons & mauuais Dxmons : fi 
^«^«/?. m cft-cc que les Chreftiens prennent toufiours ^ le rnoc 
jû4nn.mB. deDarmonspourmalings cfprits : Et mefthcsla de- 
t^-^^^^'^'terminationrcfoluëenlaSorbonnc lexix. Septcm- 

de Ciuit. Deh , i • • 

<4.zi.o-lih. brc 13 7 8. condamne comnîc hcrctique ceux qui 



LIVRE premier; 1 

ricnncnt qu'il y a de bons Damons , fuyuant l'aduis de "ïmj-^/iV: 
des anciens Dodeurs, tout ainfi que les cfprits Anee- ^'^^'5•<:^^^• 
iiques font touliourscltimcz bons, qui eitvncrelo-f^^o5,«r^;;.35. 
lution trefbonnc,& ncceflairc pour trancher l'cxcufe, 'cr contre pe- 
&impictc de ceux qui appellent, &: inuoqucnt \qs ^ 
Diables foubs le voile de bons Dxmons. Et quant à 
l'origine des Da:mons c'eft chofc bien fort difficile 
pour l'afTeurcr , & de fai£l Platon quand il en parle au 
Timee , dit ainfî : 'Sjfei 5 toùv S^ctijiLovœv ei^Sv -^ 
yvœvoujrlui'yivimv juiïl^opn xdu^' ifjujuç: Tririov D roTç 
û^wximv é^'îêr£?<r9-gv jc'cjft à dire,quelc difcours,&:ori- 
gine des Dxmons pafTc noflre entendement , &r qu'il 
faut s'arrefter à ce que les anciens en auoient dit. Auf- 
fi pouuons nous fuiure l'opinion des anciens , qui 
tiennent que Dieu créa tous les efprits en grâce , &: 
fans péché , & que les vns fe voulurent elleuer contre 
luy,qui furent précipitez. Et rapportent à ce propos 
la chcute du Dragon,attirant auec luy grand nombre 
d'Efloilles figure en l'Apocalypfc^ par le Prince des ^-^«^-ïi^ 
Dxmons , & fcs fugets:ce que les anciens Payens ont 
rapporté à la Gygantomachie.-EtmefmesPherecides 
cft de ceft aduis,appellant le Dragon Ofhion^um^chc£ 
des Anges rebelles ,& TrifmegiftewToiw^Wra, <S:lc 
dire d'EmpedocIe,qui appelle les Dormons tombez 
du cic\ 4 ^^vo^iTiAç, Sain6t Auguftin eftde ceftad- 
uisaulfiauliurev 1 1 1. chapitrejcxt i.dcla Cité: la- 
quelle opinion pour fon antiquité; & pour laudori- 
téde ceux qui 1 ont tenue, eft re<3euë.desGhrefî:iens. . 
Et neantmoins il fcmble que.Dieu à crée ce grand Sa- 
ih^n au commencement du mondç,, que î'cfcriture 

A i; 






î=33 



DES SORCIERS 

appelle Bchcmoth 3 ôiLcuiathan : car refcritiirc fain- 
ctc did:Js prima remm origine à Deo conditus ^ cfî: Et pour 
monftrer qu'il n'a pas cfté crée en grâce ^ on allègue 
Z.c^.S4- le lieu de lefaye ^ oii Dieu parle ainfi : l'ay faid &c for- 
mé Sathan pour ôc afin de perdre, gafter , &c deftruire. 
Et pour celle caufe fouuent il f appelle ^jmodicus , du 
moc-jo^ 5 qui fignifie ruiner : comme Dieu parlant au 
peuple Hebrieude la vengeance, qu'il dcuoitprédre 
de tousles premiers nés d'homes éc belles en tout le 
Royaume d'Egypte, le ne permettcray pas, dit-il, 
\ ^"'^^''que le Dcftrudleur entre en vos maifons^. Orphée 
'W2*7« 13 l'appelle aufli le grand Da^mon vengeur: Et comme il 
eftoit maiftre Sorcier il luy chante vn hymne. Ils alle- 
îTuentauffilePfalme oiiil eftdiâ:: Ce ^r^nd Leuia- 
thanquetuas formé pourtrionferdeluy : Et ce qui 
eft di6t en Exode j le tay fait ô Pharaon, pour mon- 
ftrer ma puiiTance en toy: ce qui s'entend (outre l'hi- 
ftoireliteralc) de Sathan, comme il dit cnEzcchiel: 
Me voicy ton ennemy ô Pharaon grand Leuiathan, 
Dragon couché au milieu de tes fleuues,qui as dit : Le 
fleuue eft à moy , & ic me fuis faid , &rc. le te feray la 
pafture des oyfcaux du ciel. Les interprètes font d'ac- 
cord que Leuiathan, Pharaon & Behemoth fignifie 
ce grand Ennemy du genre humain, & que le Royau- 
me d'yEgyptefignifiela chair, & la cupidité, & enten- 
dent parle flcuue,le torrent de la nature fluide, qui va 
toufiours coulant en corruption , qui eft propre au 
deftrudleurjContraircà Dieu Créateur de toutes cho- 
fes.Car tout ainfi que le Crçatcur,Pbrc d<. Générateur 
cftncceflaire pour là création & génération, aufficfl 



LIVRE PREMIER. 3 

le Corrupteur à la corruption fucccffiuc en ce monde 
clcmenraire: comme auffi au xxx. chapitre des Pro- 
uerbes allégoriques de Salomon il eft dicl^que les cor- 
beaux du torrent creucnt les y eux à celuy qui fe moc- 
que de fon pcre^ô^ mefprifc la dodtinc de fa merc,ou 
il entend les Diables de ce torrent élémentaire, qui 
apparoiflcnt ordinairement noirs comme corbeaux, 
éc qui eftcigncnt la lumière deraifon de ceux qui 
mefprifent la loy de nature^, &c fc mocquent de Dieu. 
Et d'auantage les Hebrieux tiennent que Sathan péri- 
ra , ôc allèguent Ezechicl chap. xxi. ôc lefaye ^ ,ou il 3. w/;. 27. " 
cft dit que Dieu tuera vn iour ce grand Lcuiathan , ce 
grand ferpcnttortU:, qui eft en la mer. Se entend par 
la mer la matière fluide , &c élémentaire , que Platon, 
& Ariftote, clierchans l'origine du mal , ont dit eftre 
le fuget de tous maux, & laquelle matière SaJomon 
en fcs allégories, & paraboles appelle femme , quand 
ildit,Qu'ilnyamalice qui approche la malice delà 
femme; &: tantoft il l'appelle paillarde^qui reçoit tous 
hommes, comme la matière toutes formes , ainfi que 
le Rabin Màymon"^ Fa interprété. Ilsdifentaufsi que4.//7wi. 
les hommes qui fc font dédiez au feruicedeDieuen^'''^^"'"^^ 
ccmonde feront comme Anges dcDieu: Ermit^ dit 
l'efcriture ^ ^fcut^ngeliDeï. Comme Philon baillant j.iUtmij, 
la definitiondes Anges dit, AyyîXùi S^i dn -^/v^cà 
TtcircvrovdUî^Tr'iro/t^cijj, Les Anges font âmes vo- 
lantes en l'air. Et que par mcfmc moyen les hommes 
qui ont renoncé Dieu, &fe font dédiez au feruicc de 
Sathan , outre les tourmens, qu'ils {buffriront, ils fer- 
uironç cncores comme Diables, & bourreaux de la 

A iij 



DES SORCIERS 

iuftice de Dieu , 5c qu'ils périront en fin , & allèguent 
Zacharie, où il dit : ^uj-cram ffiritum 'nnmundum de r^r- 
r^; Et que les marques des Anges, & Diables, des ef- 
leuz &c des reprouucz,efl: que les vns auront la vie c- 
tcrnelle , les autres mourront éternellement , après a- 
uoirfoufTertlestourmcnscondigncsà leurs mefcha- 
cetez, au temps déterminé à chacun parle fecretcon- 
feil de Dieu. Voyla fommairemcnt lopinion de quel- 
ques Théologiens Hebrieux , de laquelle les anciens 
Grecs ont cfté abreuuez.Car nous voyons que Plutar- 
%.îMro que ^ entre les raifons qu'il met , quand il difcourt 
A«^7ttr xî^- pourquoy les Oracles font faillis( ce que Ciceron ^ ef- 
^'^''/;^^^^^cripteftreaduenu long tempsauparauantluy jildiç 
<lmm4ttone, quc la vic des D^mons efl limitée, &:queiceux de- 
Vf f' '"'? faillans , les Oracles ontceffé : Et Porphvrc ' aufsi 
ç<A.n<p/«cî. r apporte I*oraclc d'Apollon en ces vers. 

oi h /^oire/7ro<S^g$royct;]^y(<rgrgoi%gT*AVoMoK 

C'eftàdirc: Helas,hclas pleurez tripodes, Apol- 
lon cftmort, il cftmort, parce quelalumiere flam- 
boyante du ciel me force. Et lemefmc autheur furie 
Timce de Platon, comme récite Proclc, tient que la 
plus longue vie des Dçmons ne pafl'e point mil ans. 
o.llks.cA^. Etdefaià° EufebehiftorienEcclefiaftique, allègue 
^'«âVîTXi- l'hiftoire mémorable r'apportec à l'Empereur Tybe- 
m *ix-A'i\i' re,qui eft aufsi en Plutarquc': C'eft à fçauoir que plu-: 
lib.^v^^ fieurs paflans en vn nauire les ifles Echinades ouïrent 

,»«i. — i^^f A. . \ r £'••-1-1 

. vne voix en lair appellant pluiieurs tois 1 hamus,qui 
cftoit le patron du nauire, auquclil fut dit quand il', 
arriueroit aux Palodes, qu'il declaraft que le grand - 



ÏM1< 

3, 

OXAiAtmTOf 



LIVRE PREMIER. 4 

Pan eftoit mort ; Ce qui fut faid, &c foudain on ouyc 
de grands gemiflemcns 5c hurlemens, fans voir per- 
fonne. OrlaindAuguftin^ Thomas d'Aquin, &plu- 
ficurs Théologiens Hebricux,& Latins ont tenu, que 
de la copulation des Dasmons auec les femmes ( qu'ils 
difent eftrp fpccifiec en l'efcripturc ^ fainâ:c,& que les ^.cener.u,c. 
Sorciers ont toufiours confeflc ) prouiennent des 
hommes diaboliques , que les Hcbrieux appellent 
Rochoth, ^ & qu'ils difent cftre Diables en figure hu- •, . 
mainc, & pareillement les Sorciers, & Sorcières, qui^//^. 
dédient leurs enfans à Sathan fî toft qu'ils font ne2,5«: 
qui continuent la vie deteftable de leurs pcircs & mè- 
res, font de la nature Diabohque. Et pour cePtccaufc 
Dieu ayant en abomination extrême cefte impiété, il 
a donné vne maledidion exécrable à ceux qui offrent 
leur femence à Molcch * ; les mcnaffant qu'il les arra- o.umt. 20. 
chera de la terre, comme il fift les Cananeans qui en 
vfoient ainfî,defqucls Salomon àiCt * que leur femcn- ^. i^ uhro, 
ce eftoit maudite de Dieu: &mefmesils facrifioient-^'^/'^^»^''^' 
fouuent au Diable leurs enfans,les faifant brufler tous 
vifs ou les maffacrant , comme fift la Sorcière Medcc 
pour fe venger de la fille de Creon Roy de Corinthc, 
qui auoit elpouzé lafonfon amy. Soit donc que les 
Da^mons foient trébuchez de la grâce originale, en 
laquelleils eftoient créez, àc qu'ils foient immortels, 
comme nous tenons : foie qu'ils foient multipliezpar 
la propagation que difent les Hcbrieux, & que Dieu 
ayt faid&i formé, Sathan maling pour deftruirc & 
ruiner, afin que la génération fuccefiiueàla corru- ^ 
ption fuft continuée en ce monde élémentaire , fi ne ^ 



DES SORCIERS 

faut il pns pourtant qu'il entre au ccrueau des hom- 
;.7o^37. mcsquilyaitiniquité^ cnDieu, comme faifoit Mâ- 
nes Pcrfan chef des Manichcans, lequel pour euiter, 
comme il difoit, l'abfurdité que le mal vint de Dieu, 
s'il confeffoit qu'il euft créé Satlian malingoar natu- 
re : ny pareillement que Dieu euft créé Sathan en per- 
fcâion^qui par confequent ne pouuoit pécher, (com- 
me il difoit) ne dégénérer en nature maligne, &per- 
uerfe : po(a deux principes égaux en puiffance & ori- 
gine : Tvn principe de bien , l'autre du mal ; qui eft la 
Îilus deteftablc Hercfîc, qui fut onques, ôc de laquel- 
e Saind Auguftin s'eft departy , dilât que le mal n'cft 
que priuation de bien : ce que tient aufsi le plus grand 
Théologien d'entre les Hebricux Rabi Maymon qui 
allègue pour fortifier fondirelepafî'agedefaye ou il 
dit, £^0 Dominusfaciensbonum ^ creans malumyfaciens 
lucem ^ creans tmebriis. Or les ténèbres ne font que 
priuation de lumière: & la création eft de rien. Ce qui 
toutesfois n'a pas contenté ceux qui tiennent que les 
vices font habitudes : aufsi bien que les vertus, &: que 
les vncs aufsi bien que les autres s'acquièrent par avi- 
ons &: difpofitions. Mais tous les argumens des Ma- 
nichcans font tranchez 'par la racine , fi on prend gar- 
de , qu'il n'y a rien en ce monde qui ne fbit bon, com- 
me dicl Dionyfiusau Yiuïc de dminïs nomimbîis : Tout 
ainfi que Dieu a faid des plantes qui portent poizons 
auxVns, & médecine aux autres : Etmefines lesSer- 
pcns &: vipères , que les Manicheans difoycnt eftrc les 
créatures du Diable, fcruent à compofcr la plus excel- 
lente médecine, qui pour ccftie caufc eft appellee thc- 

riaque 



LIVRE PREMIER. y 

riaque 5c quelquefois gùarit les ladres, & maladies in- 
. curables. Le maiftre des fentences pafTe plus outre, car 
non feulemêt il tient que toutes les créatures de Dieu 
, font bonnes jains auilitoutcs adions qui font mef- 
çhantes en foy font bonnes par relation , corne le vo- 
leur qui a aiïaiîiné le paiTagerpourauoirfadefpouilIe 
a commis vn adc cruel, ëc capital en foy, &neant- 
moins il ne fçaitpas qu'il a^peut cfi:re,tuévn Parricide, 
ou qu'il a tiré des calamitcz de ce monde celuy que 
Dieu aymoit, comcdidSalomoauliuredelafàgefTc: 
& que Dieu s'eft feruy de luy,& ncantmoins q par ccil 
ade, le voleur efl recherché, trouué, &puniparleiu- 
^cmcnt de Dieu ineuitable. Et en fin il done louante 
à Dieu. Car il eft bié certain come dit S. Auguftin^que 
Dieu ne permettoit iamais aucun mal eftre fait, lîno 
afin qu'il en reiifliil vn plus grand bien. Et combien 
que pharaon faifoittucr Icsenfans mafles Hcbricux 
au prix qu'ils naiffoienr, fi eft il dit en l'Efcriture fain- 
<5te,aueDieurauoitendurcy, & rendu rebelle à foy, 
afin que la puiflance de Dieu fuil cfclarcie , & publiée 
par toute la terre,qui eft oit aucunement cnfcuclie,&: 
cachec.Ceft pourquoy Salomon dit,quc le mclchant 
bien fouuent eft cflcuCj& nourry feulement pour fer- 
uiràlasrloirede Dieu au iour de la venîreancc:Car 
quoy qu'il fc face en ce monde, en finie tout fe rap- 
porte, ^rcililitcà la gloire de Dieu: Et en cela princi- 
palement fccognoiftiaiufticCj&figcficde Dicuin- 
comprehenfible,qui fçaic tirerfa louange des hom- 
mes les plus deceftablcs, ôc fait reuflir àlagloireles 
cruautezdes mefchans oour exécuter fa venj^eancc; 

B 



DES SORCIERS 
Faut il donc faire mal, afin qu'il en aduicnnc bien? 
Saind Paulfaid ccft argument en l'cpirtrc aux Ro- 
mains fur ce mcfmc difcours: puis il refpond que ceux 
k font damnables qui parlent ainfi, 6cconclud fon 
difcours par vne exclamation de la Sageffc de Dieu c- 
, merueillable. O ahitudo ^ dimùarum fapientice. cjt fcientite 

Dei! qHammcomprcherjJibiuaJuntmaicta eius! Orcesiu- 
gemens cmerucillables fe prcfcntent chacun iour, 
chacune heure, à qui voudray prendre garde tant foit 
peu : ôc entre vn miUion ie mettray ccluy qui efl ad- 
uenun'a pas long temps à Paris, dVn gentilhomme 
conueincu par faux tefmoins non reprochez d'auoir 
tué ccluy, qu'il n'auoit iamais yeu, cevoyant condam- 
né par arrefi; de la Cour , & fur le poind d'eftre exécu- 
té, il confcffa qu'il auoit cmpoizonné fon père. Le cas 
cft notoire à plufieurs. le pourrois mettre vne infinité 
d'exemples, quVn chacun peut fçauoir : mais il fufïira 
d'auoir touché fommaircmcnt, qu'il ne faut pas im- 
• puter à Dieu qu'il fbit iniuftc quand bien il auroit crée 
^' Sathan pour dcflruirc ^ ou fouifert que les Anges 
ayent trébuché, nonplusquedeblafiiierles cgouts, 
& cloaques, & autres réceptacles d'ordure, qui font 
neccflaircs au plus beau palais du monde. Etceluy 
qui calomnie Dieu en cherchant le mal cnluy, &Ic 
faifant effeduellenent operateur du mal , portera vne 
malediâiion beaucoup plus exécrable, que celle, qui 
fut donnée à Chanaan, duquel le pcreCham feftoit 
mocqué des parties honteufes deNoé, dontileftoic 
y (Tu ,que Ces frères couurirent , en détournant la face. 
C'efl: pourquoy en l'Efcriture fainde après la création 



PREMIER LIVRE c 

de ce monde admirable en beauté, grandeur, &pcr- 
fedion,il efldidt^que Dieu a vcuque tout ce qu'il 
auoit faid: eftoit beau, ^ bon à merucilles. Car la 
cloaque du monde eft cette petite particule du mon- 
de élémentaire , queProclc '^ Académique ne àzi- 6 ryr':^ Myi.^ 
gne appellcr particule du monde, mais vne appen-'^' '"'^'' 
dice , ou apotelefmc : d'autant que ce n'eft que vn 
poinâ: infcnfible que la mer, &latcrreeuefgard au 
ciel, comme il eft treJfbiendcmonftreparPtolomee. 
Et neafttmoins en cette cloaque , où la puanteur, 
& le mal de ce monde eft recluz , il y a des œu- 
ures de Dieu belles & merueilleufcs . Or toutain/î 
que Dieu , qui de fa nature ett fcul bon , ne peut 
faillir, ny faire chofe qui de fa nature ne foit bon- 
ne , aufli les Diables s'ils font malins de leur natu- 
re, nepeuuent faire chofe qui foit bonne enfoy : & 
fils ne fb.nt malins de leur nature, ils peuucnt faire 
bien, tout ainfi que les Anges peuuent faillir, &: oifé- 
cer : Car il ett diâ: "^ que le Soleil eft fouillé deuat la fa- 6. lol. 4. 
ccde Dieu, & qu'il a trouué iniquitéen fes Anges. Et 
en autre lieu l'Ange parlât à Loth ,di£V:Si nous faillos 
il nepardoncra pas à noftre iniquité. Or tous les An- 
cics demeurer d'accord que les Anges fot ordoncz en 
partie au mouuement des cieux & lumières celettes,& 
à la conduite de naturelles autres à la conferuation des 
Empires & Republiques,, que Piel[us,&: Porphyre ap- 
pellét xoo'ixcLy'SÇy^ à la coduidle des hômesdes autres 
à feruir,& louer Dieu fpecialemcnt, cobienque tous 
cnfcmble confpircnt à la gloire & louange de Dieu. 
Quant aux malins Efprits ils feruét aufli à la gloire de 

B*ij 



DES SORCIERS 

Dieu,comccxecLitcurs^& bourreaux defahauteiufli- 
ce,& il ne font rien queparvnc iuftepcrmiilion de 
Dieu: car combien que les malins Efprirs ne fotitia- 
maisbien,finon par accident, (Se afin qu'il enaduiénc 
vnplus grand mal, comme quand ils guariflent vu 
malade pour l'attirer à leurdeuotion,aufri cftiltouc 
certain , que Dieu ne permcttoit iamais , qu'il fe Ecid 
mal quelconque , fi ce n'cftoit afin qu'il en reuflit vn 
■ plus grâd bien, comme a treltien did S. Auguftin,le- 
quel appelle les Dxmos aeria animaltatib.i.Jltfer Gene^ 
yF^w/ôcauliure 9.&: 8.chap.i<^.dclaCité, &:au 3.1iurc, 
chap. dernier de la Trinité, & a fiiiuy la définition des 
Dxmons,que nous lifons en Apulée, des plus fçauans 
Sorciers de fi^n aagc , qui cft telle; Dcemonesjlintgemre 
animalia^ingenio rationabilia ^ animo fajjiua^ corpore acrea, 
tempore ^eterna : le mot aterna ^ fc prcndpro perpétua ^ aut 
dititurna^commc fouucnt en lafainde efcriture;Car il 
n'y a que Dieu éternel, c'efl: à dire , qui n'a eu commc- 
cement, & n'aura iamais fin,ou comc ditlefayc: Qui 
a cfté deuant tout,& fera après tout. Quand à ce qu'il 
die que les Dasmons ont le corps aérien , cela efi: con- 
traire à la nature des cfprits , qui font pures Intel- 
ligences : Auiïi les Académiciens ne dilcnt pas que 
les Da^mons foient pures Intelligences. Philon Hc- 
brieu interprétant ce quiefldit aux Nombres, Que 
Dieu départit de l'ciprit, qui cfloit fur Moyfe aux 
L X X 1 1. Elcuz , dit que c eftoit comme d'vne lu- 
mière, le dirois pluftofl qu'ils font d'vne quinte 
eATence^commc on die du CieLpour euiter aux abfur- 
ditez de la corxuption des cfprits, fi ont dit qu'ils font 



LIVRE PREMIER. 7 

clemetaircs : qui cft lefculpoindpourquby Ciccroa 
a fouftcnu que les âmes ne font point élémentaires. 
Ariftote au 4.1iu. de la Metaphy fique dit que les Da- 
mons font faits des cléments , comme aufli aconfeflé 
Origcnc in lik^s^ c6p;]^ûJv,&: S. Auguftin commet ay i 
dit a fliiuy l'opinion d*Apulee,di(ànt que les Damons ; 
ont le corps aérien, fuiuy de plufieurs autres. Mais 
laduis de S. Auguftin que les Da^mos font corporels, 
tire après foy qu'il n'y a rien incorporel que Dieu, ôc 
la demonftration en eft neceflaire : car il n'y a rien in- 
corporel qui ne foit infini, d'autant que s'il eflfini Se 
terminé, c'eft en fuperfices de longueur, largeur, & 
profondité. O r il eft tref- certain qu'il n'y a rien infini 
en tout ce monde, & pour cefte caufe que Dieu n'eft 
point ÔC ne peut eftre corporel: car il feroit fini,ny co- 
prins en ce monde, comme ditSalomon, &c la feule 
raifon eft qu'il eft vne effence incorporelle, infinie. 
Voila vne demonftration qui monftre euidemment, 
que non feulemêt les Da:mons,ains aufli toutes effen- 
ces, quoy qu'elles foient inuifibles font corporelles, 
mais que les vnes ont plus de corps, &c plus ou moins 
élémentaires que les autresicomme AlexâdreAphro- 
difec a tenu : mais il n'a pas vfé de telle demôftration. 
Or la demonftration eft apuyee de l'audorité lefayc^ 
quand il dit au 5 y.chap.quel'cfprit périra, & les âmes 
q i'ay fait.Ilvfedumotrnalinn qui fignificvêt,efprir^ 
&c dumotnephafots,jnv;:;s3quifignifie {bulle, l'vn& 
Tautre de melmc eflcnce encorcs qu'ils foient de di- 
uerfc nature, corne les Anges, &c les âmes des homes. 
Apulée ne die pas fi les Darmons font bonsoumau- 

B iij 



- ^ DES SORCIERS 

uaiSjCobien quclcs anciens tcnoicnt , qu'il y en auoîc 
de bos,lcs autres mauuaisjcs autres neutres. Et Pfellus 
cntrelcsChreftienSj Plotin entre les Académiques, 
lamblique entre les y£gy ptiens, mettent trois diffère- 
ces, &c conftitucnt généralement tous les Da:mons 
en fîx lieux: àfçauoir, auciel, en la haute région de 
l'air, en la moyenne région , es eaux, en terre, &c foubs 
terre . Toucesfois nous fuiuirons la refolution des 
Théologiens, c'cfl; à fçauoirque tous Da:monsfont 
malins. Aufli cft-il incompatible démettre vne neu- 
tralité en la nature intelligible:veu mefmes que les an 
ciens n'ont iamais eu que ces deux epithctes desDx- 
mos, à (^3iUoir eu S^cujucovjSc TCdbxoS'cûjLLm. Ce point rc- 
folu touchant roriginc,naturc,ô.: quaUtc des Diables, 
ou Da'mons, nous achemine au premier poin6l de 
relire définition, pour entendre les adbions des Dia- 
bles ôc moyens Diaboliques, dcfqucls ils vfcnt pour 
ruiner les hommes lequel poindlprefuppofe aufli fo- 
cieté , & alliance, auec les Da^mons. Difons donc, s'il 
cft poflible que telJe focieté fe face. 

De l'^jjociation des Efprïts auec les hommes. 
CHAP. II. 

,^^;^^ ASogiete',&: alliance ne peut 
^^^^^^m^ eftre, finon entre chofes femblables, 
ou qui ont quelque fimilitudc ou ac- 
w^^^^iE^^ cordl'vneà l'autre : toutainfi que les 
^^^^ moufchcsàmielfaflbcicnt cnfemble, 
pour la fimihtude qw'cUes ont, &: pour 
tirer profit de la focieté mutuelle : ainfi lesformis, 
& autres animaux fociablcs . Mais entre les loups^ 



LIVRE PREMIER. 8 

Ôc brebis entre lefquels Dieu a mis vnc antipathie, & 
vne irréconciliable, & capitale inimitié,comme entre 
lesmcfchans hommes à outrance , &lesfain6ls pcr- 
fonnages, il ne peut y auoirfocietéqui tienne, non 
plus qu'entre les Anges, de les Damons : mais il y a 
des hommes qui ne font ny bons ny me{chans,& f ac- 
commodent aux vns, & aux autres , tellement qu'on 
peut dire que lame intelleduelle de l'home eft moy- 
enne entre les Anges, & les Dxmons. Car on void 
que ce grand Dieu de nature a lie toutes chofespar 
moyens , qui f accordent aux cxtremitez , &c compo- 
fe l'harmonie du monde intelligible, celeftc, 6<:ele- 
mctaire par moyés , & liaifbns indiflblubles . Et tout 
ainfi que l'harmonie periroit, fi les voix cotraires n'e- 
ftoient liées par voix moyennes : ainfi eft il du mon- 
de, & de fes parties . Au ciel les fignes contraires font 
aUiezd'vn figne qui f accorde à l'vnô.: l'autre. Entre 
la pierre, &: la terre on void rargille,&: balme. Entre la 
terre ôc les métaux les marcafites, ôc autres minéraux: 
entre les pierres, & les plates font les efpeces de corail^ 
qui font plantes lapifices produifans racines, rameaux 
& frui6ts:Entre les plâtes,& les animaux font les Zoo- 
phytes,ouplatebcftes,quiotfentimét,&:mouuemct 
& tiret leur vie par les racines attachées aux pierresrEn 
tre les animaux terreftres, & aquatiques font les am- 
phybies, corne les bieures, loutres, tortues, câcres flu- 
uiatilesrentre les aquatiqs & les oyfeaux font les poiP- 
fons volanscEntre les autres beftes, ôc les hommes fot 
les Synges, & Cercopithes : & entre toutes les beftes 
brutes, ôc la nature intelligible, ( qui font les Anges ôc 



e).Gefie 



DES SORCIERS 

Dxmons) Dieu a pofé l'homme, partie duquel eft 
mortelle comme le corps, & partie immortelle, corne 
l'intcllecSt.Orles raind:sperronnagcs,qui meprifcnt la 
partie mortelle, &:tcrreftre pour ioindre leur amcin- 
telledluellc auccles Anges, font la liaifon du monde 
intelligible auecle monde inférieur: Ce qui fut faicb 
premièrement lors qu'Adam fut crée en eftat dcgra- 
fie.c.^. ^ç ayant ncantmoins le franc ^ arbitre d'eftre bon ou 
mauuais: Cclt pourquoy ics Hcbrieux dilcnt que 
Dieu créa l'homme le dernier, y appellant les Anges, 
comme dit PhilonHebrieu,tant pour monftrer qu'il 
tenoit de la nature intelligible, que pour vnir le mode 
fuperieur,au monde inférieur. Mais quand aux autres 
animaux il eft dit, qu'il commanda aux eaux de pro- 
duire les oifeaux &les poifl'ons,&: à la terre de produi- 
re les autres beftcs : &:non pas l'home qui deuoit eftre 
le lyen du monde intelligible & vifibic , laquelle liai- 
fona continue entreles Anges, & les fainds pcrfon- 
nages, par la prière , Se moyen dcfquels le genre hu- 
main eft confcrué. C'eft pourquoy il eft dit aux Pfal- 
i.pfilmoî. j^g5 1 qyg Dieu a faid l'homme peu moindre que les 
jiteum xb Angcs, OU Ic mot Din^Nonc lignihc pas Dieu, comme 
Engels, quelques vns ont traduit : auffi IcsL x x 1 1. Interprè- 
tes ont traduit, c6yyg\of$, &: l'interprète Caldcana 
tourné «oSi^o qui eft pris du mot Hcbrieu j«^o qui figni- 
fie Anges, & ofte l'equiuoquc du mot ca^n^K: Et par 
ainfi en lieu que Marot a tourné: Tu l'as faid tel , que 
plus il ne luy reftc,fors eftre Dieu Jl pouuoit dire: 
X inilhro '^" ^^^ ^ ''^''^^^ cfleué de fon eftre, qu'il eft peu moins 
masipTS que l'Ange de ta dextrc. C'eft pourquoy les ^ Hebricux 

appellent 



LIVRE PREMIER. 9 

appellent les Anges les Pédagogues des honrinics, 
comme les hommes font bergers des animaux, ce que 
Platon 'ayant appris des Hebrieux , adid ^u'onne^^miym^^offa 
baille pas la garde des cheures aux cheures, ny des be- Protagampo- 
\ ftesauxbeftes,ains aux hommcs,&: la garde des hom-^7«^/"^^^ 
* mes aux An^zs.Nos.inquitfaut oues mira dminomm pa- e^• m Epino- 
florum cuftoiiafemperegemus.Vuis doncques que les An- * 
ges font bons, &: les Diables mauuais , aufli les hom- 
mes ont le franc arbitre pour cftre bons, ou mauuais, 
comme Dieu did en fa Loy \ l'ay , dit-il, mis deuant 4-p^"'"*-^^- 
tes yeux le bien^ôc le mal,Ia Vie ôc la mort , choily doc 
le bien , &c tu viuras:Et encores plus cxpreflcment en 
autre ^ lieu il efl: di6l,Dieu ayant créé Ihommc l'a \^iC- ^^eccLs. 
fé en fon franc arbitre, & luy a did::Si tu veux tu gar- 
deras mes commandemens,& ils fe garderont: let'ay 
baillé lefeu,ô«:l*eau,tu as puiflance de mettre la main 
à IVn ou à l'autre : Tu as le bien Se le mal , la vie ôc la 
mort,&: auras lequel il te plaira. Et pour moflrer qu'a- 
près le péché d'Adam,rhomme n'a pas perdu le franc 
arbitrCjle propos eft inféré en la loy de Dieu , &:mef- 
mes ilfuftdidl'^àCain , qu'il auoitpuiflance de faire ^.Cf«f/w4. 
bien ou mahSur quoy Moyfe Maymon di6t,quetous i 
les Hebrieux font d'accord , que l'homme a le franc j 
arbitre,& que cela n'eft point rcuoqué en doute, de- 
quov, dit-il. Dieu foit loué. Voyla ces mots.^ Et par "^'^^ '^^^* 
amii la decilion des Tneologie;ns demeure véritable, £='3 
que tous efprits font bons ou mauuais , Se feparez les 
vns des autresice que les Théologiens difent eftre fir 
gnifié par ces mots,que Dieu diuifa les eaux d'auec les 
eauxiô^ que les hommes fontie moyen entredeux: 

C 



DES SORCIERS 

Orles vns font airociezaucc les Anges , & les autres 
auccles Dxmons:& le trouueauflî des hommes, qui 
n'ont foing des vns, ny des autres. Or l'amitié, ôcto- 
cietéjfoit auccles Angcs/oitauecles Darmon^.com- 
nience par conuentions taifibles , ou expreffcs : Nous 
vferons de ces mots defcjuels ont vfé faind: Auo-uftin^ 
Thomas d'Ac]uin,&: les autres Theologiens.il y a bié 
des hommes cjui ne s'adonnent iamais à contempler 
lcscho(csintelle(fluelles , &ncleuent iamais refpnt 
plus haut que leur gueule , viuans comme pourceaux 
ZjfaL^c^^ & beftcs brutesjdcfqucls l'Efcriture ' faindle di6t : Ils 
ne font plus hommes, ainsaux beftes refTemblenr,, 
defqucls meurt l'amCjÔc le corps to' enfembleia quoy 
fe raporte ce que faindl Hierome intcrprcte/^ecor^r^- 
^/ furie S.Pfilme eftre les hommes beftiaux, à quoyfe 
raporte le dernier chapitre deIonas,oùil ci1:dic,qu'il 
y auoit plus de fix vingts mil hommes <&rgrand nom- 
bre de beftes. Et quant à ceux-là il fèmblc, qu'ilsjnc 
peuuent pas auoir ïocicréauec les efpritSjfijrent bons, 
ou mauuaisjpour ladiiFerence trop grade, qui ell en- 
tre CCS pourceaux là , & les efprits qui de leur naturel 
font EOcnccs incorporelles,&: fpirituellcs.Mais celuy 
qu if adon ne, & tourne fes penreesàcout mal <S«:me- 
lchanceté,alors fon amcdei^enereen nature draboli- 
. ,.r que, *^ comme di6l Iambliquc,premie.rem€nt par pa- 

31. étions tacites,. comme nous dirons cy après , puis par 

conuentions exDreflcs.Et au contraire Ci Ihomines'a- 
donncà bien, & quïl cfleue fon ame a Dieu, à bien, à 
vertu,aprcs que Ton amc fera purrhce d'vne grâce âi- 
uinc, s'il s'exerce aux vertus morales , Ôc puis aux ver- 



LIVRE premier: io 

tusintcllcducllcs^ilfe pourra faire, qu'il ait telle fo- 
cicté auec l'Ange de Dieu, qu'il ne fera pas feulement 
gardé par iceluy,ains il fcntira faprcfencc,&:cognoi- 
llra les chofes,qu'il commande,^ qu'il luy défend. 
Mais cela aduient a peu d hommes,^ d'vne grâce , ôc 
bonté fpcciale de Dieu. Auerroes appelle cela l'adc- 
ption de rintelle6l,ôcdi6t qu'en cela gill: la félicité la 
plusgrande.quifoitcn cemondc:CequcSocrateap- 
perceut des premiers entre les Grecs, comme nous li- 
fons en Platon fon difciple in Theagc. ^dcfl^mquït^ 
mihi diu'ma auddam forte D^moniu quoddam^a prima pue- 
rïtUmeJequHmrfi , c*eft à dire , Des mon enfance i'ay 
toufiours fenty ie ne fçay quel efprit,qui me fuit : Puis 
après il did: qu'il oyoitvne voix , par laquelle il co- 
gnoiflbit qu'il ne deuoit pas faire ce qu'il vouloit en- 
treprendre. Porphyre parlant de Plotin,dit qu'eflant 
en Egypte vnPreftre Egyptien ayant bien confideré 
leDœmon de Plotin,luy difl;,Tu es bien heureux Plo- 
tin qui en lieu d'vn Ange as eu vn Dieu. Cepreftrc 
cftoit des plus grands forciers d'Egy pte, qui enforcelc 
fi bien Plotin , que depuis, tous les plus grands & 
fubtils forciers, fous ombre de philofophie,cxerçoiét 
vnedamnableforcelerie, & de ceftc efcole font for- 
tislamblique, Porphyre, Porclc, Sopater,Maximus, 
Ammonius & autres. Jamais les faindis perfonnages 
nefont allez aux forciers,pour fçauoirqui eftoit leur 
Ange. Mais il n'y a nen plus frequct que Dieu par fes 
Anges a affilié aux S.pcrfonnagcs,&r parle par les An- 
ges à iccux intclligiblcmét : aux autres par fignes fans 
parole. Et entre ceux-là qui ont focieté auec les bons 

C ij 



DES SORCIERS 

cfpritsil y a plufieurs degrez.Car aux vns Dieu donoit 
vn Ange il cxcelléc,que leursPropherics,&: predidiôs 
crtoicLt coufiours certaines &c infallibles , comme on 
di6l de Moyfc,Hclie,Samuël, Helifée. Les autres n'ot 
pas toufîours elle infallibles , foit que les efprics foiét 
moins parfaiâ:s les vns que les autres, foit que lefu- 
gctn'eit pas fi propre ; toutainfi que le Soleil ne fe 
monftre pas fi clair en la terre qu'il fait en l'eau, &rneft 
pas fi clair en l'eau troublc,qu'ê l'eau claire,ny en l'eau 
agitée, qu'en celle-là qui cil rcpofcc : aufli les paflions 
de lame rroubléc,ouquin'eftpas coye ôc tranquille, 
ne peut fi bien rcceuoir la clarté intclleduelle. l'ay 
dici que c'cfl; vn fingulicr don de Dieu , quand il cn- 
uoye fon bon efprit à celuy qu'il aime , pour cftre en- 
tendu de luy, & guidé en toutes fcs allions : Car il fc 
peut faire que Tliommefera vertueux , ôc craignant 
Dieu,&: le priera a(riducllement,& neantmoins Dieu, 

f eut élire , ne luy donnera pas fon efprit: mais bien 
ny donnera tant de fagelle&r de prudence qu'il luy 
fera bcfoinrou bien s'il luy donne fon bon Ange pour 
le garder,cpmme tiennent les Théologiens , & qu'il 
pr;^j c[l di6t cnlefcriture^ deceluy quicften la garde du 
hault Dieu, lequel afaicl commandement à fes An- 
ges tref dignes de le garder foigneufement, quelque 
part qu'il chemine. Neantmoins il ne fcntira , ôc 
I n'apperccura point la prefcnce de l'Ange de Dieu, 
comme Abraham dift à Eliezer,que Dieu enuoye- 
roix fon Ange deuant luy pour le guider, ce qui 
fut fai6i:,encores que Eliezer n'en appcrccuc rien,, 
i îK>n plus (juc les enfans, ôc pauurcs infeafer, que: 



LIVRE PREMIER. n 

Dieu garde bien fouuent par Ces Anges , qui ne 
pourroicnt autrement efcapper mil Ôc mil dangers 
de mort . Mais celuy à qui Dieu faid la grâce 
fpeciale de congnoiftre fenfiblcment la prelence 
de fon Ange, & communiquer intelligiblement a- 
uec luy, il lepcult dire beaucoup plus heureux que 
les autres; &: tref-heureux s'il aie don de Prophétie, 
qui eft le plus hault poindt d'honneur ou l'homme 
peult cftre efleué. Auffivoid-on qu'il y en a touf- 
iours eu fort peu . Lors que Dieu mcnoit fon peu- 
ple par le defert, il n'y en eut que 7 i. à qui il fift 
celle grâce, combien qu'il y cuil fix cens mil hom- 
mes au deffus de vingt ans. EtnefetrouuaqueHie- 
remie de fon temps, auquel Dieu dift, qu'il fiftàfça- 
uoirà Barachic, quidemandoitàDiculedonde Pro- 
phétie, qu'il demandoit trop grande chofe. Toute 
l'Efcrituie faindc eft pleine de telle communication \ 
de l'Ange auec les eleuz. le fçay bien que les Epicu- 
riens, &c Athciftes tiennent cela pour vnc fable : auflt 
ie n'ay pas délibéré de les faire fages : Si eft- ce que tou- 
tes fortes de Philofophes tiennent celapour indubi- 
table. Plutarque au liure qu'il afaidl duD^monde 
Socrate, tient comme chofe trefcertaine, l'affociation 
des efprits auec les hommes , &c di6l que Socrate , qui 
cftoit eftimé le plus homme de bien de la Grèce, 
difoit fouuent à fes amys , qu'il fcntoit afliduel- 
lement la prefcnce d'vn efprit,quile deftournoit ' 
toufiours de mal faire, & de danger. Ledifcours de 
Plutarque eft long, & chacun en croira ce qu'il vou- 
dra.Maisiepuis affcurcr d'auoir entendu d'vn perfon- 

C iij 



DES SORCIERS 

nagc,qui cft cncores en vie , qu'il y auoit vn efprit qui 
luyafsiftoitafsiduellemctj&comença àlecognoiftrc 
ayant enuiron trente fcpt ans,combicn que le perfon- 
nae;emcdifoit, qu'il auoit opinion que toute fa vie 
1 elpritlauoit accompagne par les longes precedens, 
& vifions qu il auoit eu de fe garder des vices, &: incô- 
ueniês: &: toutesfoisil nel'auoitiamais apperceu len- 
(iblement, comme il feift depuis l'aagc de trente-fcpc 
ans: ce qui luy aduint,comme il dict , ayant vn an au- 
parauant continué de prierDicu de tout (on cœur foir 
& matin, à ce qu'il luy pleuftenuoycr Ton bon Ange, 
pourle guider en toutes fcs allions, <S:aprcs &deuant 
la prière ilemployoit quelque temps à côtcmpler les 
oeuures de Dieu , fe tenant quclquesfois deux ou trois 
heures tout feul afsis à méditer ôc contempler, &: cher- 
cher en fon efprit , ôc à lire la Bible , pour trouuer la- 
quelle de toutes les religions debatuesdetous codez 
ciloit la vray c, ôc difoit fouuent ces vers, 
Enfeione moy comme il faut faire ^ 

n^ourbien ta 'Volonté par faire y 

Car tu es mon njray Dieu entier j 

Fais que ton ejj>rit débonnaire 

Me guide J & meine au droiÛ [entier. 
Blafmant ceux-là,qui prient Dieu qu'il les entretien- 
ne en leur opinion,& continuant celle priere,&lifanc 
les faindtes Éfcritures , il trouua en Philon Hebrieu au 
liure des facrifices , que le plus grand ôc plus agréable 
facrifice, quelliommede bien, Rentier peut faire à 
Dieu, c'eft de foy mefmc,efl:ant purifié par luy. Il fuy- 
uit ce confeil , offrant à Dieu fon amc. Depuis il corn- 



LIVRE PREMIER. ii 

mença, comme il m'adi6t,clauoirclcs fonges,& vi- 
fîons pleines d'inftrudion : &c târoft pour corriger vn 
vice,tancofl: vn autre,tantoft pour k garder dvn dan- 
gcr,tantoll pour cftre refolu d'vne difficulté, puis d'v- 
nc autre , non feulement des chofes diuincs , ains en- 
cores des chofes humaines , & entre autres luy fembla 
auoir ouy la voix de Dieu en dormant, qui luy difl, le 
fauucray ton amcrc cil: moy cjui t'ay apparu par cy dc- 
uant. Depuis tous les matins fur les trois, ou quatre 
heures l'efpric frappoit à fa porte , & fc leua quelques- 
fois auurant la porte, & ne voyoit perfonnc, &:tous 
les matins l'efprit cotinuoit , & s'il ne fe leuoit, il frap^ 
poit derechef, 6d le reueilloir iafqucs à ce qu'il fuil le- 
ué. Alors il commença d'auoir crainte, penfant que ce 
fuft quelque maîingclprit, comme il diloiti & pour 
celle caufe il continuoit de prier Dieu, fins faillir vn 
feul iour,qiie Dieu luy enuoyall fon bon Ange, ôc 
chancoicfouuentles Pfalmes , qu'il fçauoitquafi tous 
par cœur. Or il m'a affcuré, que depuis toufiours il l'a 
accompagné, luy donnant vn hgnefcnfible, comme 
le tauchaiit tancod à Foreillcdextre , s'il faifoit que- 
que chofc qui ne Full: banne: ôc à rorcille fcncftre s'il 
fcîi(oirbien:&: s'il venoitquclcun pouf le tromper, & 
furprendrc, i-1 fentoit loudain le fîgnal à l'oreille dex- 
tre , (ic'cftoir quelque home de bien, & qui vint pour 
fon bien , il Icntoir auffi le lignai à l'oreille fencftre. 
Et quand il vouloir boire ou manger chofc qui fuft 
majuaife, il fentoit le fi^^nal: s'il doutoiraufsi de faire 
ou entreprendre quelque chofe, le mcfme fignal luy 
aduenoit, S'ilpenfoit quelque chofc mauuaifè, «5c qu'il 



DES SORCIERS 

syarrcftaft, ilfcntoitauilîtoft Icfignal pour s'endc- 
ftourner. Et quciquesfois quand il commcnçoic à 
louer Dieu de quelque Pfalme, ou parler de fcs mer- 
ueilleSjilfc fcncoic laifidc quelque force fpiricuelle, 
qui luy donoit courage. Et afin qu'il difccrnaft le lon- 
ge parinfpiration d'auec lesautresrcfueries , qui ad- 
uiennent quand on eft mal difpoféjOU qu'on eft trou- 
blé d'cfprit,il eftoit eucillé de refprit,comme il difoit, 
furies deux ou trois heures du matin, <S:vn peu après 
ils'endormoit:alorsilauoit les fondes véritables de 
ce que il deuoit faire , ou croire , des doubtes qu'il a- 
uoit, ou de ce qui luy deuoit aduenir : En forte que il 
di6b que depuis ce temps là il ne luy ell aducnu quafi 
chofe^qu'il n'en ayt eu aduertiffcment, ny doubce des 
choies qu'on doibt croire , dont il n'en ayt eu refolu- 
tion. Vray eft qu'il demandoit tous les iours à Dieu, 
qu'il luycnfcignaftfavoloté,fa loy, fa vérité: Et em- 
ployoit vn iour de la fepmaine , autre que le Diman- 
che (pour les defbauchcs qu'il difoit, qu'on faifoit ce 
iour la) pour lire en la Bible, & puis mcditoit^ &: pcn- 
foit à ce qu'il auoit leu, puis après il prcnoitplaifir à 
louer DieUjd'vn Pfalmc de louage: &: ne fortoit point 
de fa maifon le iour qu'il fcftoyoit: neantmoins au 
furplus de toutes (csadions il eftoit affezioyeux , al- 
legant à ce propos le pafTage de l'Efcriture quididt, 
l^idifdcies CanBorum Utas : l'ay vcu le vifige des gens de 
biengay. Maisfi en compagnie illuyaduenoit dédi- 
re quelque mauuaife parole,&dclai(rcr pour quelques 
iours à prier Dieu, il eftoit auflî toftaduerty endor- 
mant & mcnaife: &: s'il auoit offenfé il eftoit chaftic 

ôcaucrty 



LIVRE PREMIER, ij 

&aucrtypourquoy,ilauoitle chaftimcnr. S*il lifoic 
vnliurcquine fuftbonjl'crpricfrappoit furie liure, 
pour le luy faire laiflcr , ôc eftoit auflî toft dcftournc 
s'il faifoit quelque chofe contre fa fancé,& en fa mala- 
die gardé foigneufement . Brief il m'en a tant conté, 
que ce fcroit chofe infinie de vouloir tout reciter. 
Mais fur tout il eftoit aduerty de fe leuer matin, & or* 
dinairement dés quatre heures , ôc diÔ: qu'il ouy t vnc 
voix en dormant qui difoit , Qui eft celuy qui le 
premier fe leuera pour prier?Et fcmblc que pour ceftc 
eau fe le mânefenalloit enfumée file Soleil frappoic 
dcflustafin dit le Sagc,qu'vn chacun apprint à fe Icuer 
matin & remercier Dieu. Aufli di6t il qu'il cllcit lou- 
ucnt aduerty de donner raumofne,^.:alors que plus il 
donnoit raumofne,plus il fcntoit que fes affaires pro- 
{pcroient ; & comme fes ennemis auoient i elolu de !c 
tuer, ayant fçeu qu'il deuoit aller par eau , i! eut vifion 
en fongc, que fonpcre luyamenoit deux cheuaux, 
l'vn rouge &: l'autre blanc, qui fut caufe qu'il enuoya 
louer deux cheuaux , Ôc fon homme luy amena deux 
cheuauxl'vn rouge l'autre blanc,, fans luy auoir di6t 
de quel poil il les vouloir. le luy demanday pourquoy 
il ne parloir ouucrtement à l'efprit , il me fift refpon- 
fe, que vne fois il le pria de parler à luy , mais que auflî 
toit l'efprit frappa bien fort contre fa porte, comme 
d'vn marteau, luy faifantentédre qu'il n'y prenoit pas 
plaifir,&:fouuentledeftournoitdes'arrcfter à lireny 
à efcrire,pour repofer fon cfprit,& à méditer tout fcul 
oyant fouuét en veillant vnc voix bien fort fubtilc,ôc 
inarticulée. le luy demanday fiiamais il auoit vcu l'cf- 

D 



! DES tsORCIERS ' 

prit en forme, il me did qu'il n'auoitiamais rienve^ 
en veillanr,horJPmis quelque lumière en formcd'vn 
rôdeaubiê fort claire corne le iour, de rouge corne feu 
la nuit ,&s'ilchangeoic dercgion, fi toft qu'il eftoic 
arriuéau lieu,il fentoit l'efprit qui frappoitpourluy 
faire entendre fa prefence. Mais vn iour cftant en ex- 
trême danger de (a vie , ayant prié Dieu de tout fon 
cûcur^qu'il luy pleuft le preferuer,fur le poindb du ioup 
cntrc-fommeillant il dict qu'il apperccut fur le li6b oii 
il eftoit couché,vn icune enfant vertu d'vne robe blâ- 
chc changeant en couleur de pourpre, dVnvifàgedc 
beauté efmcrueillablc : ce qu'il afleura bien fort. Vnc 
autre foiseftant auffi en danger extrême, fevoulanc 
coucherjl'efprit l'en empcfcha,&: ne cefTa de le tormé- 
t^r qu'il ne fe fuft leué:ôd lors il pria Dieu toute la nuit 
fans dormir.Le iour enfuyuât Dieu lefauua de la main: 
des meurtriers d'vne façon eftrange, ôc incroyable. 
Et après auoircfcliappéledanger;il didqu'ilouyt en; 
dormant vne voix qui difoitrll faut bien dire, Qm en 
la garde du haut Dieu pour iamais fe retire. Et pour le 
faire court.en toutes les difj[icultez,voyages^cntrepri- 
[qs qu'il auoit à faire , il demandoit confcil à Dieu ^ ôc 
ne failloit iamais d'en eftrerefolu toft ou tard. Et fi laï 
chofe requ croit promptitude, lavifionou fortgec- 
ftoit redouble,en mefmenuiâ:. Et difqit qucau pluS: 
grand danger il fetrouuoirplusaflreurc,ques'il n'euft- 
point efté en danger : & ne fentoit point le danger,fi'; 
non après l'auoir efchappé : encorcs qu'il veift deuanc> 
fcs yeux, & que chacun s'en effroyaft. Et comme il» 
pxioit Dieu qu'il luy donnaft fa benedi6biQn^..Yncf 



LIVRE PREMIER. 14 

nmû il eut vifion en dormant, comme il did, qu'il 
voyoitfonperequilebeniffoit. Taybien voulu reci- 
ter ces particulaîitez que i'ay fçeu d'vn telperfonna- 
ge, pour faire entendre que raflbciation des malings 
cfprits ne doibt pas cflre trouuee eftrâgc , fi les Anges 
'& bons elprits ont telle focieté,ôc intelligence auec 
les hommes. Mais quant à ce qu'il didt^que le bon An- 
ge luy touchoit l'oreille , cela cft bien note au liure de 
Iobchap.4.& 5(î.&chap.3 3.&enIcfayeaucliap.5o. 
où il HÔifDominus velltcamt mihi aurem diluculo. Et lob 
le did cncores mieux, defcouurant le fecret aux hom- 
liies entendus , par lequel Dieu fe faid; peu à peu con- 
gnoiftre fenfiblement.Ce que Virgile ayant apris des 
Juifs l'accomode à fon fuiet en ces mois^Cinthius aure 
'yellit ^ admonuit. Et quand àcequ'il di6t,qu'il oyoit 
frapper comme d'vn marteau,nous lifons que c eftoit 
la première marque de ceux a qui l'Ange vouloir co- 
muniquerrcar au liure des luges il cft dit de Manoha, 
que l'Ange de Dieu començaà frappei'deuant luy^cô- 
me di6t Rabi Dauid,où le mot Hcbrieu roysS fignific 
frapper, & fonner^du mot ^1ûsr^5 qui fignifie t'mtinabu- 
lum^ outabourin. Quand à ce qu'il dit que s'il penfoic 
quelque mal^refprit l'auertiffbitjôcle deftournoit^il a- 
pert que les bos& malins cfprirs font vnis à ceux qui 
lesontcnleurpuiflTance, & fçauent toutes leurs pen- 
fees:à quoy fe rapporte le dire' de Salomon en l'Eccle- 
fiafte où il défend de mal penfer du Roy en fon lit, car 
dit-iI,les^oifeaux du ciel le raporterot; c'eft à dire qu'il 
fautbié fe garder de mal péfer de Dieu en fôymefmc, 
afin q les cfprits malins ne le raportêt à Dieu, & en de- 

Dij 



DES SORCIERS 
madcnt lavégcâcc.Or Dieu fcul a cognoifsâcc de tou- 
tes les peniecs de tous homes, corne ait Icmcfme Sa- 
lomo en fon oraifoni^: les A nges particuliers de cha- 
cun homme. Or de dire que chacun a Ion bon Ange, 
\ cela n'clt pas fans ditttcuké. Car combien que cefte o- 
pinion foit fort ancienne comme ces vers Grecs le 
montrent: 

C'efl: à dire, que chacun a vn cfprit condu6leur de (a 
vicrtoutesfois il femble du contrairc:Car on void cui- 
dcmment que Saiil après auoir elle bcneir, & (acre de 
Samuel , & qu'il eut rencontré la bande des Prophètes 
au chemin, qui iouoy et des indrumés^l'erprit de Dieu 
le fai(it,& fc trouua(dit Tefcriture) tout changé. C'cfl: 
lourquoy Samuel luy dift , qu'il feift alors tout ce qui 
[uy viendroit en la pcnfee. Et quâd il eft did que Dieu 
^.iVwmm.ii.'printdcrefpritdeMoyfe^pourendepartiràLxxii.per 
fonnes(que Dieu auoitchoifi entre fix ces mil) &:qu'ils 
Prophetifoient, quâd l'efprit de Dieu prophétique rc- 
pofoit fur cux,on peut recueillir , que l'efprit de Dieu 
prophetiq n'eftoitpas encorcs aucceux : encores que 
peut cftre ils euffent l'Ange à leur fuittc . On re- 
çueillift auffi que l'efprit de Dieu , eft comme la lu- 
i miere, qui fe communique fans diminution, & qu'il 
n'eft qu'en peu de perfonnes, & n'y eft pas toufiours. 
Comme en cas pareil , il eft di£t que l'efprit de Diea 
laiffa Saul,& quclqucsfois le maling efpric le tourmé- 
toit: Et fî toft que fes Ambafladeurs , qu'il enuôya par 
trois diuerfcs fois à Samuel àc à Dauid , àc autres Pra- 



r: 



LIVRE PREMIER. 15 

phctes qui eftoient auec eux,approchoient, auflî toft 
ils eftoient faifis del'efpritdc Dieu , & prophctifoiet: 
Et mcfmes Saul y eftant venu pour les prendre , & les 
faire mourir,fucâufli toftfaifi dufaindEfprit, &co- 
mença ^ à louer Dieu, & Prophetifer: &: après qu'il eut ^^^^^^^^ 
JaifTé la troupe des ProphetesJ'efprit de Dieu le laifla, 
& fut quelque temps auparauât faifi du malin efprit, 
&deuint furieux, & prophctifoit , ^'^ii^fi I'efcriture^^^^^^;^j3 
' parle,accommodant ce mot de prophetifer^cn bon- 
ne ôc en mauuaife part , comme le maling efprit veut 
contrefaire les mcrucillesdcDieu , & faire entendre 
qu'il fçait les chofcs futurcs.Toutesfois il fe peut faire | 
comme i'ay di6t que la pcrfonne foit conduite,& gar- | 
dcc par l'Ange de Dieu , fans Tapperceuoir , ny auoir I 
communicationauecceluy qui le garde intelligible- 
mcnt,ny fenliblemcnt, foit que l'excellence des An- 
ges eft bien différente , comme i'ay di6b del'efprit de 
Moyfe,deSamuel,<Ss:dHelie,qui furpaffoiétde beau- 
coup tous les autres Prophètes , foit que la perfonnc 
n'eft pas capable de l'inteHigcnce fpirituclle.Mais bic 
ie tiens que l'Ange de Dieu, ayant delaifférhommc 
le diable l'en faifit.car il eft bien certain qu'en ce mo- 
deyabeaucoup plusd'efprits bons & mauuais, qu'il 
n'y a d'hommes foit que par hypothefc de faind: Au- 
gurtin,deP]utarque,& d'Apulée, & des Hebrieuxles 
malins cfprits foycnt mortels au temps a eux déter- 
miné foit qu'ils foyent immortels: comme la plufparc 
tient; car quand la vie des Damons, feroit de mil ans 
comme Plutarque , di6t au liurc de oraculomm dcfeflu^ 
&: Porphyre raporrc es commentaires de Procle fur la 

D iij 



r DES SORCIERS 
Republique de Platon, ou de c c c. ans corne dit Cbr- 
dAnquclcDiablefamilicrcjucfônpcrca turréce ans 
My d^(k;^>c que les hooini es abominables fufTenc c3- 
me diablcs,&: les hommes comme An^^cs en nombre 
pafTeroic. Voila quanta lanbciation des bonsefprits 
aucciqs hommes. Quanti l'aflbciarion des hommes 
^ajuec les diables^nous en parlerons en ce traidé.Mais 
prernicremcnt il faut fçauoir la différence des bons & 
des mauuais efprits. 

■La différence quilj a entre les hons^^ malings Ejhrits. 
C H A P, III. 




O V s auons di6l que le Sorcier,efl: ce- 
luy qui s'eiforce paruenir à quelque 
chofe par moyens diaboliques , puis 
nous auons parle de Taflociation des 
efprits aucc les hommesàl fault donc 
fçauoir la differéce des vns & des autrcs,pour cognoi- 
ftrelesenfansdeDieud'auccles Sorciers. Ce qui cft 
bieniicceflaire,pour leuer le voile de pietc , 6c de reli- 
gion, & le mafque de lumière, que le Diable prend af- 
Icz fouuentjpour abufer les hommes. Les anciés Grecs 
& Latins ont remarqué qu'il y auoit de bos &: de mau 
uais efpritS3&: appelloiét les vns ivS^cdjuovoiç, les autres 
xctxoS^cd/uovûbÇy&c ctxdç'o^ç , & 'TtduXdbfxvaxMÇ, les X.d.- 
tins^Lemuresou Rcmures^cc que les homes ignorans ne 
peuuent,& les Atheiftes ne veulent croire , & les Sor- 
çiers,qui font bonne mine pour leuer lafufpicio qu'o 
auroit d'eux^s'en mocqucnt en apparence, mais en cf^ 



LIVRE^ PREMIER. iC 

fed ils entendent trop bien. Nous auons affez d'exé* 
pleSjQue le diable s efforce de contrefaire les œuurcs 
de DieUjComme nous lifons des Sorciers de Pharaon. 
Auflilifons nous que les malins efprits ancicnncmêt 
trompoiétjComme ils font encores àprcfeat^cn deux 
fortesj'vne ouuerrement^auec payions cxpreffcs , où 
il n'y auoit quafi que les plus lourdaux, & les feiiàmes 
qui y fuffentprifes: l'autre forte eftoitpour abufcr les 
hommes vertueux^ôc bien nais^paridolatrie^&ioijbs 
voile de religion,en forte que Sathâ pour fe faire ado? 
rer,& deftourner les hommes de l'adoratio d'vn vray 
Dieu,ne voLiloit rendre fcsoracles,& refpofes qucpar 
celles qui eftoient vierges, ' &: qui ieun oient en prie-i-^^«'^''f<«^ 
Ycs^oc orailons,qu elles rartoienc a Apollon,, & *^^^^^^ onutdomm- 
Dieux femblablcSjCe que le diable a fccu fi brert entre- defe^i^. 
teni:r,qu'aux ides Oecidentales^il s'cft trouué aupara- 
tîât que les Efpagnols en fuffenc Seigneurs.que les pre 
ftres,qu'iIsauoientjfaifoient dcgrâàs ieufnes^prieres^ 
& proccfTionSjportc-ins leurs Idoles en bannieres^rhâb 
toient à l'honneur de leurs idoles:.puis après ils eftoieD 
faifis des efprits malins, & difoient merucilles , com- 
me nous liions es hiftoires des Indes jQccidcntales, & 
généralement les Preftres nefemarioient point,horf-' 
mis ceux qui efcoutoient les péchez, & enioignoient 
penirencej&n'ofoiencreuelerlaGonfeiTion fous pei- 
ne d'eftre chaftiez,& ieunoient fouuent, mcfmemenc 
quâd on vouloit moiffonncr ou faire la'guerre,ou par 
1er à leur Dieu,c'eft à direau diahle.Er pour eftrepluS' 
fortrauisjils fermoicr les yeux, Icsautrcs s'aueugloiéc 
&:vi&is.ic$k&mcSj,ài toute&ibrtes d'animaux: à leurs. 



DE S S OR CI ERS 

idoles , &ryauoit plu/icursm'onaltcres de filles gar* 
dccs foigneufcmcnt par hommes challrozi, ay^mslc 
nez^lcs Icures coiipccs , aucc peine de mortà celle 
c^uiauroir fouille Ton honneur; comme il (etaifoit en 
Rome aux Vcdales-, ôcccux qui vouloienteflre pre- 
ftreSjfe rctiroientauec les Prcilres vcftusde blanc es 
forefts.oilils palloicnt quatre ou cmq ans, & puis ils 
en prenoicnca(fbe. Et le plus grand Dieu qu'ils ado- 
roicnteftoit le Soleil, qu'ils appclloient Guaca,& Pa- 
niacana fils du Soleil & de la Lune. Toute ccfte hifloi- 
re,ainfi qu'elle eft icy efcrite fut rcciree deuantleRoy 
d'Efpaigneauconfeil deshides-Orilcfltoutnotoirc, 
que les Amorrheans , & autres peuples que Dieu ex- 
termina , s'exerçoient en telles fortes de Sorcelleries, 
facrifiansauiTiles hommes aux Diables, aufqucls ils 
parloient , &:quilsadoroicnt, & principalement le 
Soleil, l'appellant par excellence Bahal, c'eflàdireen 
Hebrieu,Seigneur,d'oùell venu Bahalzebuf,qui veut 
direMaiftre-mouche , par ce qu'il n'y auoitpasvnc 
mouche en fon temple , comme on di6l: qu'au Palais 
de Venife il n'y a pas vne feule mouche, & au palais de 
Tolède qu'il n'y en a qu'vne,qui n'cfl: pas chofe eftrâ- 
ge,ounouuelle:carnoushfons que lesCyrenaiques 
après auoirfacrifié au Dieu Acharon, Dieu des mou-. 
ches,& les Grecs à luppiter furnommé Myiodcs , c'eft 
à direMouchard»ce qu'ils faifoiét tous les ans au mois 
deMay,toutes les moufches s'cnuoloicnt en vncnuec 
comme nous lifonsenPaufaniasiw K^rcadicis , &en 
Pline au liure xx i x. chapitré, v i. Aufli voit on les 
Sorciers aucc quelques paroles chalîer tous les ferpés 

d'vn 



LIVRE premier: 17 

dVnpays. Ce n'cft donc pas mcrucillc fi leur maiftrc 
Sathanchafle toutes les mou Telles. Mais il faut iuger 
(s'il eftainfi qu'on dit de Tolède, &deVenife) qu'il 
y a quelque idole enterrée fous Icfucil du Palais^com- 
me il c cil dcfcouuert depuis quelques années en vne 
ville d'Egypte^oiiilnefetrouuoitpointdeCrocodi- 
IcSjComme es autres villes au long du Nil, qu'il y auoit 
vn Crocodile de plomb enterré fous l'efucil dutem- 
ple,que Mehemct Ben-Thaulon fift brufler : dcquoy 
les habitans fe font plains,difans que depuis les Cro- 
codiles les ont fort trauaillez. Ezechie Roy de ludec 
pour mefme occafion fift brufler le Serpét de cuiure, 
à fin qu'on ne l'adoraft plus. On peut voir au troifîcf- 
meliuredeRabiMofcs Maymon les cérémonies ôc 
facrifices des Caldeans^ qu'il a extrait du liure Zeuzir, 
qui efl:oit le liure des cérémonies de ces peuples-làjOii 
l'on trouue les Sacrifices,prieres,icufiics, danfes,pro- 
cefliosquafifemblables à celles qui fcfaifoiétés Ifles 
Occidentales, & mefmes les Preftres de Bahal , cfloiét 
auflîProplietes,fe retirans du monde^habillez de drap 
enfumé , qui eft la plus hideufccouleur^& pour ccfte 
caufe s'appelloient Camarim: Et, quieftchofe plus 
eftrange , on voidqueceux des Indes Occidentales 
auoicnt la mefme opinion que les Amorrheans, &c les 
Grecs &: Latins du Soleil ou^Apollon , qu'il eftoitle 
Dieu des Prophéties; Qui monftre bien, que le diable 
auoit enfeigné à tous ceux-là cefte belle fciencc. Et 
mefmes Ochozias Roy d'Ifracl , l'vndes plus grands 
Sorciers qui fuft de ce reps là^cftat tobé de fa fencftrc 
cnuoya fes Amb;. (fadeurs au tcple de Bahal, pour fça- 

E 



DES SORCIERS 
uoir s'il en rechapcroir,& comme Helie les eut renco- 
trecs ayant fçcu où ils alloient , y a il point,difl:-il , de 
Dieu au ciel pour demander côicil. Dites au Roy qu'il 
en mourra;ce qui aduint tofl après. Il ne £iut donc pas 
s'efbahir fi les peuples d'Occident eftoientcnforcclez 
par Satha fous voile de priereSjieufnes^facrifices, pro- 
cellions, 6c prophéties , puis que les peuples dePalc- 
ftine^de Grece,& d'Italie n'auoient autre religion, ny 
I rien de plus grand .Et fi on didqueles plusfages n'y 
j croyoientrien:ictrouuequeles plus grands Philofo- 
plies tenoient cela pour chofediuine ôctrefccrtaine. 
Et qui fut onc entre les Philofophes plus diuin que 
Platon?Ncantmoins l'oracle d'Apollon ayant refpon- 
I du aux Atheniens,que la pefte ne ccfTeroit point,quc 
I fon autel, qui cftoit carré en tout fens ne full double^ 
&c Platon le plus grand Geometrié,qui fuft alors, ay âc 
trouuc le moyé de le doubler phyficalemct ôc groffic- 
renient dit aux Athéniens^ que Dieu leur auoit demâ- 
dé laplus difficile queftio qui foit en toutela Geoaie- 
trie,c*efl:la duplication du cube &:quidefai6tn'a ia- 
mais cncorcs cfté dcmonfl:ree,pour les deftourner de 
Tauarice, de l'ambition, des voluptezdef-honcftcs, ôc 
les attirer à la contemplation des chofes intclle6buel- 
les,&:œuures admirables deDieu. LcDiable voyant 
lapefte grande printceUeoccafioj&r en fififon prof- 
fitjCcquiaccreutdc beaucoup l'opinion qu'on auoit 
de la diuinité de l'oracle. Carfitofl: que Plato cuft dou 
blé l'autel en tous fcns lapefte ceiTa. Apres Platon lam 
blique ^Egyptien au temps de l'Empereur Iulian l'A- 
poftat^fut eftimé le plus grand ôc le plus diuin , ôc que 



LIVRE premier: i8 

POrphyrc(qu'on appelloit le Philofophe par excellen- 
ce) rccongnoiflbit pour fonmaiftre, neantmoins on 
void enfesliuresdcMyfteres, qui font entièrement 
traduits,&: imprimez àRome,& non pas au fragment 
de Marfîle Ficin , qu'il reprouue l'impiété'^ deccux4.^'^.5-'^.5o. 
quifaifoicnt des images , ôc chara6tercs pour pro-?;^^^*^* 
phctizer , &:conclud que ^ la prophétie neit point c^-zz. 
naturelle, ains que c'eft le plus o-rand do n de Dieu/- -^''^'''''^f, 
& que tel don ne vient que de Dieu , a ceiuy qui^^ç 



tre^ ivvrznat 



a lame purifiée , & qui plus cft , il reprouue ceux ^g'^f^^j^^, 
qui penfent acquérir le don de Prophétie par '^le^'^r^'- 

^fj f. \ I . ^,,.-k, 6. /^5.(r.i5.7. 

moyen deselpnts que les anciens appclioiet a ca,tto-//.3.f, 14. ^^r 
vctçTTctpgcî^pyç, qu ils portoicnt dedans les anncaux^ou'^?"'*'"'''^'^^"' 
en fioles :Et neantmoins "^ il did: que la Prophétie ^' ^-"^l^erî!-^, "* 
quiert par Hydromantie, Lithomantie , Adinoman- 'f^rUii. 
ne.Xilomantie.Rabdomantic, Orneomantie, & Al- ?^'^'5 '^•/7. 
phitomantie , s'cftonnant comme les Dieux s'appai ^K i/ocatm» 
foientiufques' à la.de mettre leur diuinitécn viâdes;'^"'^-^' '^^^'^' 
dcquoy Porphyre doutoitfort: &: commande dacfo- 
rer la diuinité des Dieux en toutes ces chofes.Or nous 
voyons combien Dieu à detefté toutes ces impietez, 
& îpecialcment il a défendu ° d'adorer à la pierre d'i- ''•^'°"''-^^- 
magination;l'intcrpretcCaldean a tourné, la pierre 
d'adoration: queplufieurs ont interprété vneïtatue 
fans propos. Etlemefmelambhqu^ efcrir, que la- 
me par la diuinité eftquelquesfois fi bien rauic hors 
\ de Thomme, que le corps demeure^ infenfible, & nc^.ùh.^.cx.i. 
I fentny coups ny pointures: & par fois que le corps, c^Pf<^"*' 
] Ôc lame efttranfporté^ce qu'il appelle s jtç'5t(7iy,laquel- 
Ic ecftaie cft ordinaire aux Sorciers,qui ont padlio ex- 

E ,j 



DES SORCIERS 
prefTeauccIe diable, qui font quelquesfois tranfpor- 
tere(prit,dcmeurant le corps infcnrible,&: quelques- 
fois en corps,& en amc,quand ils vocaux aflcmblees 
lanuidl, commcilaeftéauercpar infinis procés,ain{î 
qu'il fera did cy après. Et neancmoins lamblique ayâc 
apperceu que les malins cfprirs venoiêc au lieu des bos 
efpritSjil did que la Thurgic , ou facrifices faids indi- 
gneméc^defplaifoiéc aux Dieux, & qu'alors les malins 
efprits au lieu des Dieux vcnoient aux hommes. C'efl: 
pourquoy Porphyre, quoy qu'il fuftenncmy capital 
des Chreftiés^dit que tous les Dieux des anciés eftoiêc 
malins efprits^qu'il appelle Cacodxmons. Or lambli- 
que difcouroit du plus fain iugement qu'il cuft, ôc qui 
eftoit en réputation le plus faind(quoy qu'il fuft tref- 
grâd Sorcicr)&: le plus grand perfonnage de fon teps. 
En forte que Iulian l'Apoflatluy efcriuant plufieurs 
fois en fes cpiftres^mettoit fur les lettres. Au grand la- 
blique.'lcqucl neantmoins ayant auec fes compagnos 
voulu dcfcouurir, qui feroit Empereur après Valens, 
par Alcdriomantie , après que le coq eut dcfcouuerc 
les quatre premières lettres,9^gû^, Valens eftantaduer- 
tyjfift mourir vnc infinité de Sorciers: & lamblique, 
pourefchapperlefupplice, s'cmpoifonna.Eunaceef- 
crir^que quand lâblique portoit les images des Dieux 
il eftoit haut eleué déplus de deux coudées comme 
nous dirons cy après de la Sorcière Magdelaine delà 
Croix^qu'oneftimoitfaindcAbcfle deCordonc,qui 
eftoit ainfieleuec en pleine Eghfe, &: Marguerite Pa- 
iotquifutbruflceen la ville de Tonnerre 1576. Mais 
pour moftrer que les pi us grands cçrueaux, & les plus 



LIVRE PREMIER. 19 

faincSls perfonnages font abufez bien fouuenr, & que 
la plus forte forcelcrie prend vn beau voile de pieté: il 
fera monftré par cy après que l'inuocation des Diables 
(de laquelle les plus deteftables Sorciers vfent à prc- 
fcns)ell pleine d*oraifons,de ieufnes, de croix & d'ho- 
ilies,queles Sorciers y employent. Et n'y a pas long 
temps qu'il y eut vne Sorcière à Blois, laquelle pour 
guarirvne femme quieftoit enforcelee , languifîàntç 
au li6l , fift dire vne Mcffe du S. Efprit à minuiâ: , en 
l'Eglife noilrc Dame des Aides , &c puis fe coucha de 
fbn long fur la femme malade^ en marmottant quel- 
ques mots^puis elle fut guaric. En quoy il appert que 
Sathan luy auoit appris ccfte cérémonie , comme fift 
Helie le Prophete:,quand il refufcita le fils de la vefue 
Sunamite par la puifîance de Dieu ; mais deux mois 
après celle que la Sorcière auoit guarie, retomba ma- 
lade, dont elle mourut, & la Sorcière enquifediâ: que 
elle auoit trop parlé, comme i'ay fçeude Hardouyn, 
hofte du Lyon de Blois : Car elle auoit didt que la 
Sorcière qui l'auGitenforcelec, auoit donné le fort à 
vn autre, qui eft cliofc ordinaire à tous Sorciers , qui 
contrefont les médecins comme il fera did:cy après. 
Etleprotedeurdes Sorciers, après auoir mis les cer- 
cles,& caradleres dcteftables(que ie ne mctrray point) 
pour trouuer les trefors, il cfcrit qu'il faut en foilbianc 
dire les VQAp.ics^'Dcpf'ofiindis^DeHs mifcreatur Koj}ri^(^c, 
Taternofier, Auc Maria, ^c. A porta infcri. Crçdo uidc" 
r<f bona Domini, ç^c. Kc^j^iem ^cernam, ^c. & lire la 
Mcffe : Et pour paruenir i quelque autre chofe que ie 
ne mettray point, ils efcriuent en quatre tableaux de 

E iij 



DES SORCIERS 

parchemin vierge, Omnis jjnritHs laudet Dominum^ de 
les pendct aux quatre murailles de la maifon : Et pour 
faire autres mefchancetcz , que ie n'cfcriray point , ils 
difent le Pfalme cent ôc huidbiefme.Et qui plus eft l'an 
M. D.LXvii I. les Italiens, &:Efpagnols allant au bas 
pays , portoicnt des billets pleins de fortileges , qu'on 
leur auoit baillé pour eftre guarentis de tous maux: 
comme quelques Allemans portét lachemifedeNe- 
ccfIitéfai6ted'vnefaçondcteftable,quiln'efl:befoin 
d'cfcrire,6c force croix par tout:Et en cas pareil le mai- 
ftrc Sorcier ( qui ne mérite d'eftre nome) pour l'inuo- 
cation des malins efprits,veut qu'on ieufnepremiere- 
nient,& qu'on face dire vne Meffe du faind Efprit. Ce 
n'efi: donc pas chofe aifee de defcouurir lesSorcicrs,ny 
de les cognoiftre d'auec les gens de bien , Se beaucoup 
moins anciennemcnt,qu'à prefenticombien que tous 
les peuples,6c toutes les fedes des Philofophes ont co- 
^.hy.iS.deà- damné les Sorciers,comme di<£t faind Auguftin ^,6'e- 
mute Va. f[^ omnts Mdgi^j)œndS decremjjc^ &: S eru ius parlant des 
Romains, dià auffi qu'ils ont toufiours eu en horreur 
les Sorciers & Enchanteurs, commue il appert par les 
ji.//f?»/;t^^oloix des xii.tables,&: en leurs Pâde6les^:&neâtmoins 
nfolfZd^' ^oi-'sles oracles qu'ils auoient pour les plus facrez n'e- 
znmr.tototi- ftoient queforcclcries , comme nous auons diâ:, Se 
t'dodemaiefi'Çç^^^^^^^Q^ declaté dIus fpccialement. Etparainfide 
matictf. l. jidire que la marque des bons Si mauuais elprits le 
fM'dijwl doibtiuger par les bonnes ou mauuaifes œuures,il 
dej^œwif -^ç^ j^.^j^ vray:mais la difiiculté eft,quelles font les bon- 
nes œuures: car combien que les ieufnes, prières, Se o- 
raifons ^ la chafteté Se pudicité , foUtude, contempla- 



LIVRE PREMIER. lo 

tion , guérir les malades foient de bonnes œuurcs en 
foy : fi eft-cc que fi elles fe font pour l'honneur qu'on 
face à Sathan, à vne idole , Se pour fçauoir des Oracles 
les chofes pafTces ou à venir , tant s'en faut que ces œu- 
ures là foient bonnes, qu'elles font dcteftables , dia- 
boliqueSj &c damnablcs. Or il appert p ar les anciéncs 
hiftoiresquelcs Payens, qui condamnoient les En- 
chanteurs, ôc ceux qui faifoient les tempeftes, comme 
didlaloy°,faifoienttout cela.&rmefmes les Amor- fy^*/"^' 
rheâs,& Indois.Vray efl: que les vnes eftoient Sorciers 
volontaires. Mais la vraye marque & la pierre de tou- 
che eft la loy de Dieu, qui faid: cognoiftrc au doigt & 
à l'œil le Sorcier , & la différence des bons & mauuais 
efprits. Car en la loy ^ de Dieu tous fortileges fonte- 7- ^f«'.i8- 
ftroid:ement defendus,&:{pecifiez en plufieurs fortes^ 
qui fot cognoillre que les autres femblables font auflî 
défendus. Et ne fe faut pas arrefter à ce que dit lofephe 
au liure huidiefme des Antiquitez,que Salomo trou- , 
ua la fcience de coniurer les malins efprits , car il n'ed ? 
pas à prcfumer qu'on cujft oublié cela , veu les moidres 
chofes qu'on a efcrites de luy, & qu'il ne s'en trouue 
pas vn feultrai6ten tous fesefcrits : ficen'efl: qu'on 
vouluft faire Salomon autheur des liures deteilablcs, 
que les Sorciers ont ioubs le tiltre de Salomon , com- 
me les Sorciers anciens en Italie publierét leurs liures 
fous le no du Numan qui furent défendus par leSenat, 
come nous lifons en Tite Liue li. io.Decad.4.& Pline 
li. 13. c. 13. & peut eftre que lofephe a cftéauffibiêabu- 
fé comelâbhquercar il eil efcrit qu é la preféce del'Em 
percurVcfpafia^vn luif noméEleazar^aiât touché d'vn 



DES'SORCIERS 

anneau les narines dVn home pcfTcdc du Diable , fifl: 
forcir le malin efprit par la vertu d'vne racinequieftoit 
dedans fon anneau , que Salomon a monftré, comme 
ildid.-quicft vn erreur pernicicux,&mcfchnnr(com- 
bien qu'ily cnaplujfieurs en cefte opinion, quec'ellla 
Squille,& la pendent aux entrées des logis, pour chaf- 
fcr les malins efprits) carileft tout notoire que s'il y a 
Sorcier quiaytmis fa poudre en vne bergerie, lebe- 
ftail y mourra, fi Dieu ne le gardc.Et tout ainfi que Sa- 
than guarift quelquefois le beftail ôc les hommes en- 
forcelez,par le moyen des Sorciers fes miniftres (bail- 
I lant toufiours ncantmoins le fort à vn autre , à fin de 
I ne rien perdre, comme il fera didlcy après) aufli fai6b 
. il bien fouuentfortir les malins efprits des homes de- 
y moniaqucsjpar moyens diaboliqucs,come faifoic ce- 
luy que di6b lofcphe , par fon anneau, où il n'y auoit 
point déracine, maispluftoft vn malin efprit, parla 
puiffancc ou intelligence duquel l'autre efprit fort, à 
fin que Ton adioufte foy aux forceleries , ôc idolâtries 
defquellcs Sathan entretient les panures ignorans. Et 
fi on dit que les loups nes'entremâgentpas volontiers 
ny les malins efprits ne chaffent pas les malins efprits, 
il y a rcfponfe,que ce n'eft pas eftre cha{ré,mais c'eft: v- 
ne obeiflancc volontaire, ô^ mutuelle intellieecc des 
malins efprits entre eux: & le Royaume de Satha en ce 
cas n'efl pas tant diuifé, qu'il eft eflably & affeuré, ôc 
l'idolâtrie appuyée de tels miracles , Se entretenue par 
ce moyen : combien qu'il n'cfl: pas inconuenient co- 
/ me di6l S. Auguflin 3 que les Diables chaffent les Dia- 
"^ blés, ôc que les vns ne f oiét ruinez par les autres, com- 
me 



LIVRE PREMIER. ii 

me les mefchans ne font ruinez ordinairemét que par 
les mefchanSjpar la volonté de Dieu, ainfi qu'il diâ: en 
Hieremie, Vlcifcar inimicos meos^ùer inimicos meos:lc vé- 
gcray mes ennemis par mes ennemis. Et fi les bos fou- 
uét font la guerre aux bos, à plus forte raifon les mef- 
chans aux mefchâs,6: les Diables aux Diables. Or no' 
lifons en Daniel ^ que les Anges font gouuerneurs des 7. DameL 
Empires,&Royaumes,& font guerre aux Anges : car^^^^°;^ 
l'Ange de Dieu dift à Daniel, que Michel l'Ange Prin- 
ce des Hcbricux cftoit venu à Ion iecours , cotre l'An- ( 
ge de Perfe : Toutesfois ie rapporteray toujours l'in- 
terprétation de ce lieu aux fages. Ainlî Dieu a pofé au 
ciel les mouuemés contraires dz les eifeds des cftoil- 
Jes, 6c plancttcs, Se les elemés contraires Se en toute la 
nature vne antipathie d'vnc part,& fimpathic d'autre, 
&en ccfte contrariété &:plaifant combat, l'harmonie 
du monde f entretient. Mais la confufion des bons de 
malings efprits efl: venuc,dc ce que les nouucaux Aca- 
démiques ont pofé ceftc maxime,qu'il faut coupler Se 
lier le ciel & la terrc,les puiflanccs ccleftcs &c terrcftres, 
ôc coioindre les vns auec les autrcs,pour attirer la puif 
fance diuine,par les moyens élémentaires, ôc celeftes. 
Voyla l'hypothefe de Procule, Iâblique,Porphyre,&: 
autres Académiques.* Sur laquelle hypothefc on peut x. LmbHchw 
dire que le maiftre en l'art Diabolique,a fondé toutes': •^" 

les forceleries & inuocations de Diables^qu'on impri- 
me partout auecpriuilege des Princes, qui eft l'vnc 
des plus dangereufes pertes des Republiques. Car il | 
compofe des car^idler es, qu'il dit propres aux Damions | 
de chacune planctce, lefquçîs char-a6lcres il. veut cftrc • 



DES SORCIEP. S 

grauez au mctal propre à chacune planctce, àThcurc 
qu'elles font enlcLircxaltaciorij ou maifon aucc vnc 
coniunclion amiable, &: veut alors qu'on ayt aufli la 
plantejlapicrrc3& l'animal propre à chacune planctte, 
Â: de tout cela qu'on face vnfacrificc àlaPlanctcc, ôc 
quelquesfois l'image de la Planette, &c les hymnes 
d'Orphcc le Sorcier,aufquelles le Prince de la Mirade 
f efl trop arrefté (oubs ombre de Philofophic, quand 
il di6l les hymnes d'Orphce n'auoir pas moins de puif- 
(ance en la Magic,que les hymnes de Dauid en la Ca- 
bale^de laquelle nous parlerons en fonlieu:& fe vante 
d'auoir le premier decouuerc le fecret des hymnes 
d'OrpheeJequel eftoitle maiftrcdcla Sorcière Me- 
dec,&detous les Orpheoteleftes. Maisonvoidque 
ces hymnes font faids a l'honneur de Sathan, à cjuoy 
fc rapporte ce que di6l Picus , Fruslra naturam adit^ qui 
Pana non anraxerit. Or par ce mefme moyen le maiftrc 
Sorcier inftruiâ: fes dilciples en toute idolâtrie, im- 
pieté, & Sorcelerie. laçoit qu'il femblc que les Acade- 
miqucs,quc i'ay diâ:,en vfoient par ignorance, ôc par 
erreur, & y alloient à la bonne foy penfant bien faire: 
mais celuy que i'ay dit en a vfé par impiété dcteflable: 
car il a efté toute fa vie le plus grand Sorcier qui fut de 
1. Li ro Elc-ç^^^ remps : & foudain après fa mort Paul ' loue efcrit, 
6.: pluiicurs autres, quon apperçeut vn chien noir, 
qu'il appclloit Monfieur, fortant de fa chambre , qui 
; fcn alla plonger auRhofne,qui depuis ne fut veu. Or 
la loy de Dieu ayant fagement pourueu à telles impie- 
tez de ceux qui veulent lier la partie du monde infé- 
rieur à la partie fuperieurc^pour marier le monde ( co- 



LIVRE PREMIER. ïï 

me diâ: Viens Mirandula) couurant foubs vn beau 
voile vne extrême impiété, &:par le moyen des her- 
bes, des animaux, des métaux, des hymnes, des cara- 
ctères &c facrifices,attirer les Anges, &c petits Dieux, &: 
par ceux-cy le grand Dieu Créateur de toutes chofes: 
pour obuier, dy-ie, à cefte impieté, Dieu fcmble auoir 
défendu bien cxprefTementjCju on ne feifi: point de 
degrez, pour monter 'à fon autel , ains qu'on vint 5. exoS 20. 
droidtà luy.-cequeles Platoniques n*ayant pas bien 
entendu, ont voulu par le moyen des Dxmons infé- 
rieurs , & demy- Dieux attirer les Dieux fuperieurs, 
pour attirer en finie Dieu Souuerain. Nous dirons 
donc que les Platoniques,ôc autres Payens,qui par vne 
fimpUcité de confcicnce,& par ignorance adoroienr, 
ôc prioicnt Iupiter,Saturnus,Mars,Apollo,Diane, Ve- 
nus, Mercure, Se autres demy-Dieux, viuans fainâie- 
mcnt,prians,ô<:ieufnansj&:faifans tousadles dciufti- 
ce,de charité, &: de pieté, ont bien eilé idolâtres, mais - \ 
non pas Sorciers, ny ceux qui font en pareil erreur,en- 
cores qu'ils f efforçaflent de fçauoir les chofes futures 
par moyens DiaboHques,attendu qu'ils penfoient fai- 
re chofeaggreable à Dieu. C'eftpourquoy nousauos 
mis le mot. Sciemment, en la définition du Sorcier. 
Mais celuy qui a cognoifiance de la loy de Dicu,& qui 
fçait, que toutes fes Diuinations Diabohques font 
défendues , ôc qui en vfe pour paruenir à quelque 
chofc , ceftuy-là eft Sorcier. On void donc que la 
plus certaine marque pour iugcr la difierence des bons 
& malins efprits, de la pieté Se impieté, & de voir fi 
on faddrefieaux Créatures au lieu du Créateur, pour 

F ij 



DES s ORCIERS 
paruenir à Tes dcfieings. Et d'autant qu'il y en aplu- 
îieurs qui fabufcnt aux predidions, Ôc prennent le 
bien pour le mal, il eft bcloing déclarer les prédirions 
ÔC préfacées. 

De la Prophétie (^ antres moyens dimns four fca- 

Hoir les chofes occultes. 

Chap. iiii. 

%TrS^ -^ ^ Grecs appcllct le Deuin urXvnvySc juidiv- 



'^/rJ^ù^ r)ii"z&^rû ,ac^j/rgtîqj^, & d'autant que telles 
f^^ii^?^ gens (ont remplis d'impoflurcs , àc mente- 
^'^ """ries, le Fraçois appelle vn homme menlon- 
ger. Menteur, qui fcmblc cftre tire du Grec. Les La- 
o cicero m tins ° lappcllent Diuinum, mal à propos, donnant vn 

hbro De Di- i ^ ^ f, . m 1 • , r» 1 

mnat. tresbeau nom aux Sorciers, auiii bien qu aux Proplie- 

tes.Le mot eft venu àQpLdvrucf^ quafi /.tctvgict, d'autant 
qles Dcuins cnrorcelcz,&pofredez du malingcfj^rir, 
ciloicntla DlufpartfurieuXj&laPraiftrciTc Pythiasne 
Dcuinoit point, fi elle n'eiloit en fureur. C'ell: pour- 
quoy le mal caduc efl appelle m orhy.ip.cer, par ce que 
les Sorciers rauis, font comme ceux,qui ont le mal ca- 
duc. Les Hebrieux appelloient au commencement les 
Dcuins, VidcnteS:, comme Saul ayant perdu fes Afncs, 
alla chercher vn Deuin pour en fçauoir des nouuelles, 
^^^. "^ ^ on luy diil que Samuel eftoit Voyant, ' & demanda à 
-Mdihaudiih {qy\ compaip-non vne dra2:me d'areent pour bailler au 

intdle vit l o fc) o [ 

2. Samuel. E)euin , &c demandant à Samuel fil cftoit Voyant, il 
f'ï-5?. luy dill: qu'il eftoitVoyant.-carfdiâ: le 'texte) les Voy- 

LS. 10. ^^s ne f appelloient pas encorcs dw33, c'eft à dire, Pro- 
II. ^/mi^. phetesdequel mot vient de «n^ qui eft quafi toujours 
chm^u t ^^ ^^ coniugation pafliue, ' pour moftrer que la vray c 



LIVRE PREMIER. 15 

diiiination eft receuë de Dieu. Et quâd au mot de Pro- 
phetic,qui cft Grec^il fignifie prcdidion, foit en bien^ 
ou en mal. Et quant à ce que nous appelions Sorciers 
vfans de poudres, & grefles,les anciens, & mefmes 
Ariftote les appelloit en fon vulgaire oi 'Egfe rîT^ Çot/p- 
fjLctxuajç^&c les Sorcières (pa/p/xc65ciT6$, comme on peut 
voir au liurc 6, chapitre 18. & au liure 9. chapitre 
1 7. de l'hiftoire des Animaux, où il dit que les Sorciè- 
res fe fcruent de l'Hyppomanes. Et pour entendre 
quelle diuination eft licite, ou illicite, nous dirons, 
que toute diuination eft diuine, naturelle, humaine, 
ou diabolique. Et de ces quatre ^ nous dirons par or- i.Q^^trefcr- 
dre. La diuination première fappelle diuine, com-'"'^^ ^"^'"'^'' 
me venant de Dieuextraordinairement, ôc outre les 
caufes naturelles. Et quantàcelle-cy nouscnauons 
le tefmoignagede Dieu, quand il di6l ainfî: S'il y a 
quelque^ Prophète entre vous,ie luy apparoiftray par^.A-wwm iz. 
vifîon,& parleray à luy par fongc: Mais quant à Moy- 
fe monefclaue tresfidcllc, & loyal entre tous, il n'en 
fera pas ainfi : car ie parleray à luy face à face. Auquel 
paflaîTe lesHebrieux^ont noté que la Prophétie eft 4- i^cjïnition 

V rr \ j~\' ! ^ Q . . de Prophctie. 

vne largclle enuoyee ae Dieu , par ie moyen oc mmi- „^^^ M.jmo- 
fiere de lAn^e ou Intcllio-ence acSliue fur l'ame rai- «'-^^ l^l^ro s. 
fonnablc premièrement, êz puis fur l'imagination : &c '^^"J?/^ 
n'exceptent que la Prophétie de Moy fe, qu'ils tiénent 
auoir efté faidle à Moyfc immédiatement parlant a 
Dieu, fans moyen, & en veillant,ce qui cfrauOi figni- 
fie, quand Dieu diftà Moyfe, ^ fay apparu à Abra- ^^.^./^^^^^ 
ham, If;>ac, & Licob en mon nom Schadai, mais ie ne 
leur ay pas monftré mon grand nom Iehovah,(S^: 

F iij 



DES SORCIERS 

au dernier chapitre du Dcutcronome, il cfl: did , qu'il 
n'y cutiamais Prophète fcmblableàiMoyfc, quico- 
gncut Dieu f^icc à face. Et par ainfi tous les propos de 
Dieu en toute la Hiincle efcriture aux Propheres^fe fot 
par le moy e des Anges,ou Intclligéces,ou en Toges, Se 
6. i{ahi Mo-vifions: ceftpourquoy les Théologiens Hebrieux ^ ^ 
fesMAymon g^^ ^^^^ cutcdu la dodrine des Prophètes de bouche 
•coiajn no: ^^ bouche^ ont bic diligemméc examinez toutes les 
fortes de fonges & vifions diuincs, que S. Auguilin a 
copris briefuemcnt en cinq efpeccs,y compris les fon- 
ges humains, defquels nous ne parlons pas icyj&: auf- 
quels il ne faut auoir aucun efgard, comme il eftdi6t 
en rEccle/îaftique, ains feulement à ceux qui font en- 
uoyez de Dieu: combien que les vns & les autres font 
compris foubslemoc oVn qui fignifie autant que le 
Grec èVfTTj/tov ou [omnium : & les vifions msio que 
^^ \^ .^^^Synelius appelle rctoj/a/p^'gctactrc^ que les Latms 
■xmi. ont appelle yifiones. Et la diMerence entre les deux efl: 

bien notable: 6^ premièrement pour la réception de 
rvne& de l'autre -.car le vray fongediuin le reçoit en 
dormant. Mais la vifion fe faid- en fommcillat ou en- 
tre voile ôc fommeil que les Hebrieux appellent Tar- 
demach,auec vne viue impreiïio en lame imagina- 
tiue^qui reprefételes chofes,come h on les voyoit des 
yeux: pour inftruire les homes qui fôt du tout disc- 
rets aux foges humains, & des beftes brutes, qui n'ont 
rie que l'impreflion naturelle en l'imagination, ainfi 
qu'elles ot efté veues en veillât. Or s'il y a moiê d'auoir 
les fonges diuins,(5y: d'approcher au degré dcProphe- 
tic,efl: delpouillcr premiercmct toute arrogacc de vai- . 



LIVRE PREMIER. 14 

ne gloire, fabftenir des voluptez deshoncfl:es,& d a- 
uarice, puis aprcs ('adonner à viurc vertueufement, ôc 
fur tout à s'employer àcontempler, &: congnoiftre 
JesœuuresdeDieu, &faloy. Dauantage les anciens 
Théologiens ^ Hebrieux , tiennent que la trifteffc , ôc ^- ^« *'^ 
vieillcffe grande , empefche beaucoup l'efFedt de ' ' * 
Prophétie, difcnt : que la plufpart des Prophètes e- 
ftoientieunes. Et le plus haultpoinâ: pour yattain- 
dre,ert: de louer Dieu d'vne certaine ioye ôc allegrefTe, 
ôc dVn cœur entier , fouuent luy chanter Pfalmes , ôc 
nicfmcinétfurlcsinftrumensdeMufique.-c'eftpour- 
quoyle motdcprophetizerfignifie aulli louer Dieu 
corne en Samuel chapitre 10. Se 13. inKijins cum pro^ 
phetiTaretyid efljaudarct. Et ne fe faut pas arrefter, pour 
entendre la force des vifions, & Prophéties diuines, 
aux difcours des Philofophes, qui en ont parlé à veùc 
de pays, &ticnnét que celuyquiale naturel mieux 
tempéré void les fonges plus véritables, car fouuent 
l'homme eftant au poindl delà morr,ma!ade a l'extré- 
mité, prophetize ,n'ay at iamais prophetizc en la fleur 
de fa force. Aufli Ariftote ne fçachant en quoy fc re- 
foudre au liure des Songes, didj qu'il n'y a caufe vray 
femblable de dcuiner, fîcen'efl: vnc caufe diuinc ôc 
occulte, ôc qui pa(Ie(dit-il) noftre entendemét. Or il 
fai6l bien à noter ce qui elt efcrit au x 1 1. chapitre des 
Nombres , que Dieu ne fc communique aux hom- 
mes,fmon en dormant ( hors mis à Moy fc) par fongc 
ôc vifion,& feulement aux Prophètes: pour monflrer 
la différence de la vifion au fon2:c , &: du ioncie diuin 
aux fonges humains : ou qui aduiennétpar maladies 



DES SORCIERS 

& entre les fonges&vifions diuincsyaplufieurs de- 
grcz. Le premier degré de la Prophétie eft la reuela- 
tionenfongede fadonneràbien, ô: fuir le mal, ou 
pour euiter les mains des mefchans , ôc alors ceftuy-là 
ieiitira en fonamcvn précepteur, qui le rendra lage, 
&aduifc (comme difentlesHcbrieux) &:de ceftuy- 
cy l'efcriturc di6b , que l'efprit de Dieu s'efl repofé fur 
luy jOubienqueDicuaelleauccluy. Le fécond de- 
gré de Prophétie ; eft quand quelcun aperçoit en veil- 
lant quelque chofe , qui entre en fon amc, qui le 
poufie à parler à la louange de Dieu, ôc defes ceuures, 
comme on di6b queDauidalors compofoitlcs Pfal- 
meSjSalomon les liures des Paraboles, qui contien- 
nent les grands & beaux fecrets ,couucrs d'allégories. 
MaisDauid ôc Salomon, n'ont pas efté au degré de 
lefaye, Hieremie, Nathan, & autres femblables, ainfi 
quelesHebrieux ont noté. Et toutes les fois qu'on 
lift en refcriture,que Dieu dift à Dauid, ou à Salomo, 
les Hebrieux interprètent parle moyen des Prophè- 
tes, comme Gad, <S<: Nathan, qui auoient les vidons 
deDieupourles faire entendre à Dauid: comme Sa- 
lomon , auquel fut cnuoyé Haiah Silonite. Et mef- 
mes ils tiennent que ce qui fut di6t à Salomon, qu'il 
feroit le plus Sage &c entendu qui fut oncques , ne 
fut pasvnevifion , mais bien vnfongediuin. Aufli 
l'efcriture did:, que Salomon fefiaeillant , aperccut 
que c eftoit vn foge : Et auffi quâd il eft dit, que Dieu 
apparut à Salomon la féconde fois , ils difenc , que ce 
n eftoit pas vifionXe troifiefme degré eft quand l'ef- 
prit purifié voit en fonge quelque figure, (bit home 

oubeftc. 



LIVRE PRÏMIE-^. tj 

oubcftc, ouautrc chofe, &aumefmeinftant, qu'on 
entend ce que veut dire la figure de ce qu'on void, co- 
«me en Zacharic fore fouucnr. Le quatriefmc degré eft 
quand on entend des paroles fans vcoir aucune figure 
de chofe quelconque. Le cinquiefme degré eft quand 
on void en dormant vn homme qui parle, Ôcreuele les 
chofes diuines. Le fixiefmc, quand il fcbic qu'on void 
l'Ange qui parle en dormant. Lefepticfine, quand il 
fcmble en dormant que Dieu parle,comme lefaic qui 
ditjf ay veu * Dieu,& a dit,&:c. ôc en Ezechiel,Michee, i.ieft.u.s. 
& autres femblablcs. L'hui6tiefme eft quand la vifion 
de Prophétie vient aiiec la parole de Dieu, & en ce de- 
gré les anciens Hebrieux mettoient les vifions d'A- 
braham, horf mis celle qui fut en la vallée de Mam- 
brc,qu ils mettent au ncufiéme degré. La dixième eft 
quand on void l'Ange faccà face parlant comme ail 
facrificc d'Abraham. Le dernier, ôc le plus haut , eft 
de veoir, & parler à Dieu face a face en veillant fans 
autre moyen, qui fut propre àMoyfc,comme il eft 
did en l'Efcriture * : Et par ainfi quand lefiyc àxOiy ^^.Numerlu. 
qu'il a veu Dieu au chap. 6. cela s'entend en vifion, & 
non pas en veillant : &: quand on lift en Ezechiel, que 
il a cftétranfportéen vn champ, entre le ciel & la ter- 
re,tout celâfe faid en d6rmant:Car m'efmes il eft diâ: 
que Ezechiel' perçoit la muraille du temple de Hieru- 
falem, ôc neantmoins il eftoit enBabylone, comme 
en cas pareil quand il fut diâ: àHieremie,qu'il cachaft 
vn bray er en Eiïphratc , riuicrc de Babylone , ôc quel- 
ques ïours après qu'il eftoit pourry: lequel Hicremic 
ne fut onques enBabylone. Ainiî cft-il de la toifon 

G 



D E s s O R C ï E R s 
j de Gedeon, «S: loLiuem les lieux, les temps, les perfon- 
j ncSySc autres particularircz iont ipecifiecs par les Pro- 
' phctcs, &:neanrnioins c'eil vifion. A quoy plufieurs 
Paycns &: infidèles nUyant pris gardr, ont elîimé que 
toutes les Prophecics & paroles de Dieu ont efté re- 
uelces en veillant, 5^ cherchent occafion de blafmer la 
faindleEfcriture : caril y a des chofes en vifion , qui 
font impoflibles en veillant. Auffi void-on en l'Efcri- 
turc, que les Prophètes interrogez , ne refpondent 
que le iour fuyuant,s'ils n'ont eu la vifion précédente, 
comme eut Aiasle Prophète, qui refpondit foudain 
à la Royne de Samarie feriime de leroboam. Mais la 
ProphetefTe Holda^dift aux Ambafladeurs du Roy 
lofîaSjqu'ilsattendifTentlanuidj &: Balehamdift aux 
Ambafladeurs de Balac, qu'ils demeuraffent la nuift , 
I où il y eut vifion qui luy fenibloit que fon afiie parla: 
^qui n'eft pas en veillant comme plufieurs penfenc ; 
mais la certitude des vifions eft telle, que l'Efcriture 
f iiîtrodaidbles perfonncs, commefilachofcfefaifoic 
Et mcfine le Diable,qui veut contrefaire les œuures de 
Dieu, faifoit ancienncmêt dormir lesPreftreffcs d'A- 
pollon en la cauerne, &ceux qui vouloyent fçauoie 
quelque chofe de l'oracle de Mopfiis 5'endormoy ent 
j. veordculo-au ;t.emple,comnie 4i6tPluta,i;queM,qiuryj çut vn;gpu- 
rHmdefe^H. uçj^neur d Afie,auep quelques ^iptçeS)|ipi curie nsiti^pcn 
queurs de toutes rchgions , qui enuoycrent yn /erUi- 
teur au temple de Mopfus, auec vne kttre bien cache- 
tée , ou il y.auoit çeile qucilioti: A fçauoif fi Mopfus 
vouloit quclegouucrr^eurluy lacrifi^ft vayeaUîblanc; 
ou noir, t c ^arlon eftaat de retour .afxr es auoi r do rmy 



LIVRE PREMIER. ^c 

vviz nuid au replc , dift qu'il luy fembloit auoir veu en 
dormant vn hôme,(jui ne luy dift que ce moc,Noir:&: 
depuis kvGouucrneurcreucà Mopfus, &:luy facrifia 
fouuent. Mais il y a deux chofes bien remarquables, 
pour la difFcréce de la prophétie de Dieu,&rdes enchâ- 
temensdcSaihan. La première eft que ceux,qui font 
infpirez des DxmôSjfont alors les plus furieux ôcinfé- 
jfez, &: ceux qui font infpirez de Dieu , font alors plus 
fages que iamais.C'eft pourquoy l'efcriture dit de Saiil 
quand l'efprit de Dieu l'eut faifi,il eftoit vertueux , en- 
tier, &: fage,<S: fut deux ans en ceft eftat: mais quâd l'e- 
fprit malin le failîffoit,ildeuenoit furieux, &prophc- 
tifoit: Ainfi parle l'Efcriturc ^\ Et quand il fut en l'afsê- é.samueiU.i. 
blee des Prophètes , l'efprit de Dieu le (aifir , ô^ com- '"'f •'^• 
meça a prophctilcr,& louer Dieu. C elt pourquoy its^i^^^^ eflauÇi 
i anciens Hcbricux difoient qu'il n'y a que les Sages qui^/'^w-^orf/fr, 
1 foient Prophètes, Et tout le contraire fe void des Sy- f ^"^^^^'^'"' 
billes & Propheteflcs d Apollon , qui ne difoient rien, 
qu'en fureur^ &enrageefrumante : comme Ion void 
en Paufanias in i^chaicts^c^ucla. PreftrefTe Py thienne e- 
ftâtinfpireejegofîers'enfloit, les yeux luy tournoiét, 
l'efcume fortoit.Et le mefmc autheur dit le femblablc 
cftre aduenu à ceux qui entroiét en la cauerne xropho 
niene & Corycienc qui neprophctifoient iamais Ci- 
no en fureur,qui me faid: croire que le Diable poffcde 
non feulement la phantafie, ains aufli la partie raifon- 
nable du démoniaque, cotre ce que dit Albert le crâd 
q Dieu a puifsâce fur la vol6te,rAngc fur rintelleâ:,le' 
Diable fur la.phâtàifie.Et de fait le Diable fçait tout ce! 
quepenfe le Sorcier, comme il fera monftrc cy après.' 

Gij 



DES SORCIERS 

Et fe void aufli le lemblable des Prophètes drtmo- 
niacjueSj qui dcuiennent en furie extrême auparauanc 
que deuiner., L'autre dlflcrencc de la Prophétie diui- 
ne d'aucc les enchantemcns eft,que la Prophétie diui- 
nc eil toufiours veritable,&:celle du malin efprit touf- 
iours faullcjou bien elle tirapour vnc vérité cent men- 
fongcs. Cell pourquoy Dieu di6l cnfaloy , A cela 
vous congnoidrczles Prophètes , quand ils dironc 
o.Deuter.iy quclquc chofe, &:n'aduiendra° point, icn'ay pas par- 
lé à eux. Ettoutesfoisil ne faut pas iuger pour cela le 
Prophète faux , ou melchant , lequel aura eu don de 
Prophétie^ qui vient par fois , &c non pas toufiours, &: 
puis après qu'il ayt vn fonge humain , qui ne fera 
pointenuoyédeDieu, s'ildiâ: qu'il aduiendra quel- 
que chofe, &c n'aduienne point, il y a bien crreur,mais 
ilnelaifferapas d'eftre homme de bien 6^ craignant 
Dieu: MaisDieu veut faire entendre, qu'il ne faut 
faut pas s'appuyer fur les fonges humains. Et en l'Ec- 
clefiaftique ileftdidb qu'on fcdoibt garder de croire 
aux fonges, s'ils ne font enuoyez de Dieu. C'efi: pour- 
quoy de tous les Prophètes , qui eftoient au temps de 
y.iihroi. Sa- Samuel, il n'y eut que Samuel qui fut appelle^ fidèle, 
muel.ca.^.Ec- & loyal, & quiiamais ii'a did chofe qui ne foit adue- 
s ej.u.feau . ^^^^^ ^^ ^^ £^.^ ^^^^ j^^ Tlicologicns font d'accord, 

quelesfaints Prophètes n'ont pàstoufiours eu le dori- 
j de Prophétie : Et tel na iamais cuquevnc vifion de 
Dieu, ou deux, ou trois fonges diuins . Et quelques^f 
fois Dieu continue cefte faueurtoilte lavie de PFÔf> 
phete, comme à Samuel, Helîe, Helïfoe;AiahSi!oftK^ 
te. Et quelquesfois la Prophétie eft donnée aux Pro- 



LIVRE PREMIER. 17 

phetesquiiVaduientpas , comme on lift de Michec 
qui auoit menacé Hierufalem, & lonas aiioit menacé 
éc prophetizc que Babylon feroit rafec biê coft aprcs^ 
& cellc-cy dedans quarâte iours: ce qui n'auint point, 
car Dieu fut appaifé par pénitence. Cela cft remarqué 
non feulemct en Hieremie xxvi.& lonas iii.ains auffi 
cnEzcchicl XVII. où il cft dit, quand les peuples que 
Dieu aura menacé de ruine fe corrigeront , alors il fe 
deftournera de fon ire. Mais ordinaircmét la Prophc^ 
tie a celle en la vieilleflexomme on void de Hieremie 
au chapitre l i . Il eft di6t que les paroles de Hieremie 
ont ccfTéj&neantmoins il continue lliiftoircLesHe- 
bricux fur celà,ont note , que la Prophétie alors cefla 
enluy.Et du vieillard Heli ileftdid, qu'il ne voyoic 
plusgoutte,ceque lesHebrieux entendent delavifio 
prophétique: Et de faid Samuel fort ieune eut la vi- 
fîon pour déclarer à Hcli le iugement de Dieu, donné 
contre fa maifon. Etc'eft pourquoy onlift en Joël le 
Prophetc,qu aux derniers iours les icunes auront des 
vidons, & les vieux auront des fonges. Or le fonge eft 
beaucoup moindre que lavifîon. Quclquesfois auflî 
l'infufion & grâce prophétique fe fai6t fur la partie 
raifonnable,& non pasfurrimaginatiue,cequipeut 
aduenirpourla foibleflè de l'imagination : ou bien 
rinfufionfefaid:furrimaginar.ion,& nepaffe pointa 
laraifon,pour la foiblefle d'icelle,&:quela perfonne 
ne s'exerce pas à contempler. Quclquesfois l'infufion 
cft telle, qucla perfonne eft contrainte d'exécuter le 
mandcmcnr,comme on void en Hieremie , qui eftoic 
feul prophète de fon temps. Dieu luy commandoit en 

G iij 



D E s s O R C I E R s 

fongcs, &vifions :, de déclarer au peuple, que la vil- 
le de Hierufalem , que les ennemis affiegeoient fe- 
roit forcée :, le Roy & le peuple mis au trcnchant 
de l'efpec , le temple bruflé , & la ville rafec. Il n'o- 
foit dire la vérité: mais il diâ:que l'efpritde Dieu le 
prefloit fî fort & de telle violence , que force luy 
fut de déclarer la Prophétie: Et lors le peuple cria 
qu'on le feift mourir , ôc de fai6b il futgectéen vne 
foflc pleine de fange & d'ordure ^ & endura la faim 
quelques iours , iulques à ce que le Roy le manda en 
fecret , auquel il dill la vérité. Car fouuent la Pro- 
I phetie ôc le fongc ell: enuoyéàrvn^pouraducrtir, ou 
menafTer, ou déclarer la condemnation dvn autre: 
Comme d'Helie au Roy Achab , de Nathan à Dauid, 
&:de Haiah à leroboam : Se neantmoins Dauid a- 
uoit l'e{prit de Dieu , mais il n'auoitpas la vifion 
Prophétique, comme les autres Prophètes , ou du 
moins il ne l'audit pas fî excellente. Et qu'ainfi foit 
quand il vouloit faire la guerre ou entreprendre quel- 
que chofe de confequence, il mandoit à Gad le Pro- 
phète ce qu'il verroitjOU bienildifoitauPreftrequi 
î'accompaignoit , qu'il vcftift l'Ephod , pour voir le 
vouloir de Dieu par F^nm SzThi^mmim. Ces tnots^l^rim 
C3n«t=3'ûn ^ Thummim^ font Hcbricux queles LxX 1 1. ont in- 
terprété, Déclaration & vérité : & l'interprète Cal- 
dean les a laiflez fans les interpréter, comme les He- 
bricux auoient accouftumé de cacher les fecrets: mais 
I cnHebrieu cemot/''^nw2 ^ fignifie lumières, &:T/7^/,'?7- 
I mim , perfe6lions : C'eftoitvne table, oii il y au oit 
I douze pierres precicufes enchaffees , ôcles noms des 



LIVRE PREMIER. 18 

douze cnfans de lacob engrauez ; laquelle table pcn- 
doitauec deux chcnons , fur la poi6brine du grand 
Preftre comme on void en Exode \ Et aux nom-2.<::,^^.28. 
bres ' il cil did , qu'Elcazar Pontife fuccelTeur d'Aa- 3-c^f 2.7, 
ron interrogera fclon la forme de Vrim, ôjque fé- 
lon fa parole &re{ponfe,on fegouucrncra.Sila cho- 
fe qu'on deuojt entreprendre deuok bien fucceder, 
les pierres à l'interrogatoire qu'on faifoit, donnoienc 
vneviue lumière, oùlePreftreinfpirédcDieudifoic I 
ce qui aduiendroit : comme il fe peutveoir enlEf- 
criture/ & en lofephe aux ^ Anti-quitez^oii il did que ^.'^-^■^^^^*^ 
ceftelumiere cefla deux cens ans auant fon aage , ilyiikycu^.c^.. 
nafquit xxx. ans après lefus Chrift. Les Grecs appel- 
loient ce pedoral Aoy lov > c'eft à dire, l'Oracle^qu'on 
a tourné mal à propos, rationale^ où il n y any rythme 
ny raifon,pourn'auoireniendua quoyilferuoit. Cat' 
les Roys en toutes les adions de confcquenee de- 
mandoientconfeil à Dieu par le Pontife, ou par les | 
prophètes de Dieu : & s'il n'y auoit point de refpo^n- \ 
le : c'eiloit figne de l'ire de Dieu. C'eft pourquoy 
Saule/tantdelaiflede Dicu,netrouuarefponfe aucu- 
ne, did Tefcriture ^ , ny par prophétie , ny par fonge, ^'-^'(f^neLi. 
nyparVfim,&Thummim:,alorsSaul difl qu on luy'^'^"^ -^erfc^^ 
trouuaft vne Sorcière , qui euft vn Efprit Diabolique^ 
pour fçauoirl'iirue de la bataille ,, qu'il donna le iour 
fuyuant,oui! mourut. Et au cotraire Dauid toufiours 
euft refpon:fe .^ par vilio^n de quelque prophète , on'^* ^'^'^''^^' ^^ 
par longé , ou par Vrim , & Thummim , auffi faifoit- '^' ^^' 
ildjligcmmentcequiluy eftoit mandé ;&Saul po-ur 
o'auoir obcy ^ fut dclaiflé de Dieu,& du peuple^6<: fut 



DES SORCIERS 

tuépnrfes ennemis. Et fur ce qu'il fc vouloir excufcr 
denauoirmisleRoy des Amalccites, & tout le bc- 

B.samucl^. Itialâmort , pour facrifieràDieu, Samuel Muydift, 

■ •'^'** ' queladefobeifTanceàDieueftoit pire, que l'idolâtrie 

&:forceIeric *. Et que robeiflancevaloit mieux , que 

tous les facrifices du monde. Aufîi lifons nous en lob, 

^•'^''^' '^^'f 4. que Dieu* ayant pitié des hommes , les aduertillen 
longe, oc leur tire 1 oreille , les enlcignant de ce qu il 
faut faire,pour les rendre plus humbles,ô(: le faicSb par 
trois fois. Mais s'ils n'obeifîcnt à la troifiefme fois , ils 
font delaiffczrEt fi celuy à qui Dieu enuoyc fon bon 
Efprit pour le guider,ne luy obeift, l'efprit le mena- 
ce de le quitter ôc abandonner : s'il fe corrige, il n'eft 
point abandonnéis'il ne s'amendeil eft delaifle. Voy- 
la donc les trois moyenSjàfçauoirJavifion, lesfon- 
ges , &: le pe6toral ancien , parlefquels Dieu déclare 
aux hommes fa volonté. C'en: pourquoy le prophète 
Balehan infpirédeDieu, beniffant le peuple d'Ifracl, 
difoit^ O peuple heureux , qui n'a point de forceleric 
nydefortilcges , mais auquel Dieu reueleleschofes 
futures quand il eft befoin. Et combien que depuis la 
publication delà loy de Dicu,&: après tant de Prophé- 
ties, vifions , & iugcmens de Dieu confignez es cîcri- 
tures,&hiftoires faindes,parlefquellesnous fommes 
bien informez de la verité,& volonté de Dieu & qu'il 
ne foit pas befoin de Prophètes: neautmoins il eft bié 
certain , qucDieu ne laide pas d'enuoyer aux hom- 
mesj fonges,vifions, & fes bons Anges , par lefquels il 
leur faidl congnoiftre fa volonté,pour fc guider ôc in- 
ftruireles autres, Ecmefmes nous lifons es doéleurs 

Hebricux 



LIVRE PREMIER. i^ 

Hcbricux, que iaçoit que l'oracle de Vrim & Thum- 
mim ceflàft après le retour de BabyIone,{i cft-cc qu'ils 
confeffencquetoufiours on oyoic quelque voix di- 
uine , que lofué fils de Leui appelle 'bip na, c'efl: à dite, jj„ifi^^ 
fille de la voix,que les Grecs appelléc rl'j^.cû mais celle .n3« ^?tb 
cy fuit la voix,&: celle las'entédoit fans voix precedé- 
te;& cnrEcclefiafte 1 2. Salomon l'appelle la voix de 
Toifèaump '^ Ms,commeles Hebrieux l'interpretét de 
la voix de l'Ange. Et la vrayc marque pour recognoi- 
ftre ceux, qui ont telles graces,il faut bien voir ôc co- 
gnoiftre leurs a£i:ios,&: fur tout quel eft le Dieu qu'ils 
adorent. Car il fe peut faire,que tel aura vifion & fon- 
gc,Ôc dira ce qui eft à venir, & aduiendra,&: fera mira- / 
clej&neantmoinsilprefcheraqu'il fautadorcr d'au- 
tres dieux,que celuy qui a faidt le ciel ôc la terre : mais 
ilncfautpas'pourtât y adioufter foyrcar c'efl: IVn des 
fignesqueDieua expreifement articule par * fa loy^^-J^eHU-ij, 
difant^qu'il enuoye ce fongeur , ôc ce Prophète pour 
clTayerfi nous l'aymons^^: le craignons. Qui monftrc 
bien que Dieu n'enuoy e pas feulement les fonges vé- 
ritables aux efleus & gens de bien 5 ainsauffiaux infi- 
delles &c rnefchans pour les faire précipiter plus rigou- 
reufement auecques efpouuâtemens. Les hiftoires en 
font pleines comme nous lifons des fonges de Pha- 
raon & de Nabuchodonofor:&: principalement aux 
Princes,quâd il efl queftio de rcftat,&: des chofes co- 
cernant le public. Mais ordinairement les mefchans 
ont des vifions terribles Ôc efpouuantables , comme 
di6t Salomon au liure de la Sagefle : ôc les bons , ores, 
qu'ils foict quelquesfois effrayez par fonges, fi ont ils 

H 



DES SORCIERS 
toufioiirs afleurancc d>: confoLition. Ainfî lifons nous 
qucVcfpafian fongea qu'il leroic Empereur , quand 
Néron auroit perdu vnc dcr^ce qui aduint le iour fuy- 
uant.Ec Antonin CaracalLi eue vn fonge , que fon po- 
re Seuerus, tenant vn glaiiie luy difoit:Tout ainfi que 
tu as tué t5 frcrc,aufli faut il que tu meuresdc ce coup. 
Et Hippias tyran d'Athènes fongea le lour précèdent 
qu'il fut tué, c]u il cftoit précipité de la dextre de lupi- 
tcr en terre. Artemidoreefl: plein de telles hifloires. 
Encorcs ilcftànoter que la plufpart des fongcs na- 
turels, (îgnifiét Hiumeur^ou maladie naturelle du per- 
fonnagexonime Galcnefcrirquerexpcricnceafaidt 
Gongnoiflrejquelefongedela cheute d'vne eftoille, 
ou le bris d'vn chariot,ertant le malade dedans le cha- 
riotjCela luy (îgnifie fa mort. Bien fouuent le bon An- 
ge que Dieu nous baille nous auertifl mefmes des me 
dccincs qu'il nous faut.Nous lifons en Diodore li. 17. 
qu'vn foldat eut en vifio l'herbe &le lieu où elle croif- 
fbic pour guérir Ptolemee premier Roy d'Egypte: &c 
en Piineja mère eut vifio de la racirnc dccynorrhodo, 
pour guérir fon fils:dont nous eft venu la cognoiflan- 
C€ de fa force. Les anciens remarquoiét les fongcs vé- 
ritables au poinâ: du iour en celuy qui n efloit point 
troublé d'efprit. Comme Artemidorc,Senefius, A po- 
nazar,ô<r à ce propos, Theocritcdit,cty^oOt ^'oJûîç 
evre'^^ctrpîXicôv Troi/Ltuiveroui êôj/o$oi/eipû)va l'aube 
du iour les fongcs vrais. L'cfcriturefaindtc baille vnc 
reiglcdcnadioufterfoyauxfonges, s'ils ne font en- 
uoyez de Dieu. Et la marque eft , quand ils fortét d'vn 
home de bien,&Ycritable,ou d'vn mefchât^pour IW 



LIVRE PREMIER. 30 

-terminer. ludas Machabec recite qu'il auoit eu vifion 
que Hieremie le Prophète luybailloicvnglai-ue,pour 
chaflcr du pays Tarmce d'Antiochus le Noble^comme 
il aduint qu'auec vne.poignee d'homes il gaigna trois 
grofl'es armées. Mais les fonges heureux des Sorciers, 
ou des Atheiftes, ou de ceux qui meinent vne vie dc- 
teftable,font enuoyez dez malins efprits, corne nous 
dirons cy après. 

Des moyens naturels pourjcauoir les ^hofes occultes. 
C H A P. V. 

luination naturelle efl: vne anticipation des j 
chofesà venir^ou pafTces, ouprefentes, ôc \ 
neantmoinsoccultcs^par la congnoiflancc 
des caufcs enchefnees,& dcpcndcntes l'vnc 
de l'autre , ainfî que Dieu les a ordonnées de la créa- 
tion du monde, l'aypofé celle définition, pour faire 
iugement certain quelle diuination eft licite , Ôc quel- 
le diuination cft illicite , ou Diabohque , fuyuant les 
termes de la définition , que nous auons donnée du 
Sorcier. Or tous les Philofophes ôc Théologiens fonc 
d accord,que Dieu eft la première caufe éternelle , ÔC 
quedeluy dépendent toutes chofes. Car combien 
que Platon ait pofé trois principes du monde , à fça- 
uoir, Dieu, la matière, ôîlaforme.fi cft-ce qu'au Ti- ^ -^ , ^ 
meCj&auTheetete, 6c en pluneurs 'autres licuXjil/./;w4 4^ Pw- 
met Dieu par defTus toutes les caufcs , & hors la fuitte "'"!• 
&: ordre des caufes, Arillote * pareillement a démon- ^. s. 
ftré^qu'il faut par neceflité, qu'il y ait vnDieu, pre-^''"'^~ 

H ij 




DES SORCIERS 

mierc caufe,cle laquelle toutes les autres dcpendent. 
Qui e(l pour oftcr l'impiété des Manichcans, qui ont 
voulu fouftcnir qu'il y aiioit deux principes, l'vn bon, 
laurrc mauuaisrl'vn Créateur du monde élémentaire. 
C'eft pourquoy lob dit, que Dieu au matin vifitc les 
liomes &L en fait ioudain le preuue ui/itas eu diluculo ^ 
Juhiroprohasillu^ôc l'autre du mode celefl:e,.&: des bons 
efprits.Combienqu'Epiphaniusdit que Mareionen 
mettoit trois, & Bafilides quatre, qui font opinios re- 
j. iWe««* Vf prouuees & dereftablesiGarcommedifoitProcleJ A- 
y^'Z\vlii''n,- cademicien,le Polytlieifme cft vn droi6l Athcirmc,&: 
•ncàèihnm qui met uonibrc pKuiel , ou infini de Dieux s'ejfforcc 
d'oftcr le vrayDieu,c cft à dirCyCtTru^cJu r OgoV cLvcupS.. 
Mais les Philofophes ne font pas d'accord auec Jes 
Theolofjiês delà fuittc des autres caufes.Car les Aca- 
demiqucs&Peripatetiquesdifentquc Dieueft cau/c 
efficiente de la première intelligéce,qiie les Hebrieux 
appellent Afetatron:Et cefte-cy eft caufe de la féconde 
ôc la féconde de la troifieme,&: confequément des au- 
tres,iufqucs auxdernieres eaufes. c'eft pourquoy Iulia 
l'Apoftat fuyuant ^erreur dePlaton,& de fon maiftrc 
Iâblique,au liure qu'il a faidt contre les Clircftiens eft 
^^^lUcy- deccfte opinion,' blafmant les Chreftics qui tiennét 
rdhm,contra q^eDieu eft principe &: oric^ine des chofcs vifibles,&r' 
ipuliberk c>-inuinbles fans moyen,quieft toutcsfois félon le texte 
rdlopenctraf- formel dc Hiift-oirc facrcc,ou il eft did, Au commen- 
cernent Dieu a crée le Ciel &£ la terre ,& puis chacune 
des créatures, comme ileftporté par ordre, &:n*eft 
point fai6l mention dc la création des Anges , afin 
qu'on n'attribuaft la création des chofes aux Anges:. 



LIVRE premier: 51 

Et les plus dodes aux fecrcts de la loy , difcnt que ces 
niots,Dicu a créé le Ciel ôc la terre,fignifient la matie- 
re,& la formeipour ofter l'opinio de ceux qui ticncnt 
qucDicunefeiftpasla matière, ains feulement la for- 
me,eftant ja auparauant la matière confufe: qui efl vrï 
erreur pernicieux. Vray eft qu'il y en a qui tiennent 5, % 
camme Origene, que Dieu a toufiours par fucceflîon | 
créé des modes infinis^&quâd il luy apleu,illesarui- ^ 
nez^à fçauoir le mode élémentaire de fept en fcpt mil' 
ans:& le mode celeftc de quarâte neuf en quarâte neuf 
mil ans,vniflànt tous les cfprits bienheureux en foy,&: 
laiffant repoferla matière cofufe fans forme milans^Ôc: 
puis renouuellat par fa puifsace toutes chofes en leur 

f)remier edat &c beauté, & raportêt le repos de la terre 
e fcptiéme an, & après le quarâte & neufiéme le grand 
iubilé; de pour celle caufc ils difcnt qu'il n'eft fait mé- 
tio de la création des Anges, a la création de ce mode,, 
pour mondrer qu'ils eftoient demeurez immortels a- 
pres lacorruptio des m.odes preccdens, ce qucle Prin- 
ce delà Mirande a tenu pour certain en (es pofitions 
furlaCabalcVoylaquelesHebricux " cnlcurfecret-°-^^^'^''f^ 
te Philofophie tiennent,^ Origene^auf^l.•laquelleo-e^' 



' c<tten. 



pinion , côbien qu'elle ne foit pasreceuë de quelques 4/*^'^- "^ 
Théologiens , par ce qu'il femblc que c'efl: entrer par ^' 
trop auant aux fecrets profods de Dieu, fi eft-ce quel- 
le tranche l'impiété de ceux qui fe mocquêt de Spiri- 1 
dio, Vautres Euefques au Cocilc de NiccnCjdifâs que- \ 
c'eftoit chofe fort eftrage , que Dieu depuis cent mil- ^ 
liers d'annces,voire depuis vne éternité infinie fe f-uffe 
aduifc depuis trois ou quatre rail ans de faire ce mon*- 

H iij; 



DES SORCIERS 

de, qui doibc pcrir bien tort: Et par ce moyen auflî lo- 
pinion de Rabi Eliezer auroit quelque apparence, oiî 
sJn llsaften- [[ f\[Cc^ que Dieu à faid les cicux de la lumière de fon 
vertement, comme de matière, qui eil: fuyuant le dire 
de Salomon , où il fuppofe la matière confufe,au para- 
uant la Création de ce mode, & auflî quâd il did qu'il 
n'y a rie de nouueau foubs le Soleil,^ toutesfois quâd 
il y auroit eu des mondes infinis par fuccelîjfîn,{i faut- 
il confefrer , que la première matière fut créé de Dieu, 
ce qu'on ne peut nier fans impiété: autremét l'éternité 
de la matière s'en enfuit,^: lacaufe efficiente auffi toft 
que l'effeâ:, & plufieurs autres abfurditez incuitables, 
5./» wf/Wo que i'ay remarquées en autre lieu ^, contre l'opinion 
Bodini c.G. (l'Ai-iftote qui le premier a pofé Se fouftenu l'éternité 
du mondcjchofc impoffible, & incopatible par natu- 
rccofeffantjqu'il y-a vne caufe première come il a de- 
monftré. Auîlî lesHebrieux,&les Académiques & 
Stoïques,ont reprouuc cette opinion d'vn comun co- 
;' Uh '^ lentement, come auffi Plutarquc% & Galen^, & mef- 
Tï? c> r? TT- mes les Epicuriés s'en font mocquez. Et par ainfi nous 
*w'«-^A?y'- ari-efterons-là,que Dieu a créé la matière de rien, ce 
8. ynhh. de q^jg 1^ niotN-î3 fîgnific, c'eft à dire Créer : car autremét 
f^^^-;,''^ p£ l'Efcriture euft did: n^y c*efl à dire , Faire , comme 
ionis. quand il efl: didl, que Dieu a faid l'homme du li- 
mon de la terre, ayât pris la matière, qu'il auoit ja pré- 
parée, &: qui fignifie auffi vn fccrct pF haut, c'eft à fça- 
uoir,que Dieu de l'amc a faid Tintellcd, come did le 
Rabin Paul Riccius.Encorescft-il bié à noter que ces 
mois yDlxit,^fa6lafunt}Q mot no«,ne fignifie pas feu- 
lcment,dire,ains auffi, vouloir, de fa propre fignifica- 



LIVRE PREMIER. 31 

non,& les Hebrieux hnterpretét ainfi:car Dieu n'cuft 
pas adreffé fa parole à la creaturc,qui n'cfloit pas cnco 
les : mais depuis la première creatiô de toutes chofcs. 
Dieu a diftribué fes Anges, par Je moycndefquclsil 
renouueIlc,& entretiéc fes creatures.Et quand on di6t 
que Dieu cft la caufe efficiente , laformcj 6c la matière 
du monde, ce n'cftpasquilfoit !a forme du ciel, ou 
d'autre créature, mais que c'efl: luy qui donc eftre à tou 
tes chofes,&: que fans luy rien ne peut fubfiftcr. Quad 
ie dy, AngCji'entends les cfprits diuins, car autrement 
le mot d'Ange fignifie mefl'ager,^ généralement tou- 
te pui{rance,& toute vertu,que Dieu done aux creatu- 
reSjauffi bié que les efprits bos &c mauuais, &c les hom- 
mes auffi,&: les vés,&: le feu s'appellent Anges^en l-Ef- 9'rfil' 10^. 
criture ^Et par ainfi quand on void les cieux &lumie-S./y4/. 104, 
rcs celeftes fe mouuoir,cela fe fai6t: ou par la force que 
Dieu a donné aux cieux, comme le mouuemcnc de !a 
mer par flux &reflux:carilfe peut faire ô«:efl: pi us vray ;. 
femblable que Dieu a donné lemouuemctaux cieux \ 
ducommenccmentjCommeceluy quidonnelemoa- 1 
uemét à Torloge tant qu'il luy plaift : ou par ïc mini- 
ftere des Anges , ainil qu'on appelle Ange propre- 
ment, comme tous les Théologiens &: Philofophes / 
cofeffenr,&: mefmes Ariftctc dit , que s'il y a cinquâtc 
cieux, ily a autâc d'Anges ou Intclligéccsmo pas qDieu 
n^puifle de fon voulait, fans autre moyéjCoduire tou- 
tes chofesrmais il cft plus fcant à la Maicfté diuine d'v- 
fer de fes créatures. C'cft pourquoy on liftenl'Efcri- 
ture que Dieu eft en l'affemblce des Anges , ôc que les 



DES SO RCIERS 

malins cfprits fe trouuenr auflî en laflcmblee, comme 
did Michec le Prophète, aux Roys de luda &de Sa- 
mariCj&Dicu parle à Sathan en l'afTcmblec des Anges, 
cfjoh.ub.i. corne il cft di6t en ïob ^ j Ce que tous les Hebrieux in- 
terprètent du miniftcrc des creatures,defquellesilfc 
fert en toutes chofcs. Qujen: pour monftrer que tou- 
te la nature eftdifpoiee à vanger l'iniurc faite à Dieu, 
& que toute créature ôc mcfmcmcnt tous efprits An- 
ges &:Da^mons,font armez pour exécuter prompte- 
ment la volonté:& qu'il n'y aD^monquipuiflcrien 
fans la permiffion d'iceluy , qui efl; la caufc pourquoy 
au Pfalme 103. ô.: 104. Le lion rugiffant^: les belles 
noâ:urnes,quifontles malins efprits,fuyuât leur chef 
demandent à Dieu leur gibier qui font les mcfchans. 
Nous auons di6t cy deflus, comme il ne parle aux 
hommes ordinairement que par fes Anges , auffi ne 
fai6t il rien aux chofes corporelles, que par les corps 
ccleftes , vlànt de fa puiffance ordinaire, ou immé- 
diatement vlànt de puiflancc extraordinaire: Ce qui 
xrrf/.4. ç^ 3^g2 monftré en la vifion de Zacharie/ desfept 
lumières du chandelier, ( ce qui a depuis efté tranf- 
laté au liure de l'Apocalypfc ) & que l'Ange inter- 
prète au mefme lieu les fept yeux par lefquelsDieu 
void, & les Anges qui verfent de Thuyle de deux 
oliues à la dextre de Dieu : que tous les Hebrieux 
interprètent les fept planettes , aufqucUes la ver- 
'tu diuine cil; infufe ,pour départir en tout ce mon- 
,^ de . Et par ainfi de s'enquérir de la vertu des lu- 
I mieres celeftes , pourueu qu'on n'excède les caufes 
■ naturcllcs,il efl:,& a toufiours efté licite, & en cela gift 

la gloire 



LIVRE PREMIER. s^ 

la gloire de Dieu, de faire chofes fî emcrueillables par 
fcs creatures.Ceft l'aduis de Damafccne \ ÔC de Tho- ]^^^ 
masd'AquinauIiurcde Sortihu^ ^ &:auliuredesluge- 
mens Aftronomiques : &: de me(me opinion eft auffi 
l'Efcot : Et par ainfi il ne faut fuyurc rcrreûr de Ladta- 
ce Firmian , qui didque TArtrologie, Necromantie, 
Magie, Arufpicine^ont efté trouuees par les malins ef 
pritsice qui eft bien véritable des autres, mais l'Aftro- 
ioeie:<S^ la cocrnoiflance des efFcdbs celeiles eft donnée 
de Dieu. Et combien que Caluin ' de propos délibère, 5.^« W^^o»- 
commcil fcmble, voyant queMelandhon auoit en^^^""^ "~^'"' 
trop grande recommcndation l'AftroIogiel'araualee 
le plus qu'il acftépofliblc : neantmoinsi! aefté con- 
train6t de confcfler les cffedls efmerueillables des 
Aftres-.adiouftant feulement que Dieu eftparfus tout 
cela, 6c qu'il ne faut rien craindre à celuy qui fefic en , 
Dieu. Et Ptolemee en didl bien autant, que le Sage 
commande au Ciehc'eftpourquoy Abraham '^Aben- "'v^'^'' '^ 
Efra,grand Aftrologue entre les luirs di6b, que les en- idem trait- 
fans d'ifraël ne font point fubieds aux Aftres , il en- '"'* ^'^ ^'^^'^ 
tend tous ceux qui le tient en Dieu. Mais ceiuy qui ne 
craint point Dieu,ilpaflera,di6lSalomon, foubsla 
roue : oiï il eft certain qu'il entend le Gîel,(&: les vertus 
& influences celeftcs. Et par mefine moyen Léon He- 
bricu interprétant les allégories de la Bible , où il eft 
didque l'AngeCherubinaudeuant du Paradis, fai6b 
la roue dVn glaiue fiamboyant,il did que c'cft le Ciel 
flamboyant, ^l plein de lumières celeftcs,par la force, 
& influence defqueîles Dieu entretient ce monde ma- 
tériel , laquelle matière empefche l'homme brutal & 



DES SORCIERS 
adonné aux voluptezterrcftrcs de fcileuercn la con- 
templation des ocaures, &merueilles de Dieu, ains 
font cnfcuelis en leur corps, comme en vn fcpulchre. 
DeiquclsparlcrEfcritutcau Ffal. lxxyii. verf.vii. où 
il efl: di6î:, Siciit-vulncrati dormicntes in febulchrïs ,montm 
non es mcmor am^dim ^ & ipjî de manu tua rc^julfi funt : le- 
quel paflage trauaillcpludcLirs^ qui n'ont efgardaux 
allégories Hebraïquesrmais l'interprète Caldcan tour 
ne ainfi, Sicutoccifi gladio dormientes mfejyulchrisMuorum 
non rccordaberïs ar/iplius^(^ ipfiauidem a jhcïc dminitatis 
tucejèparatifunt. Il entend par le glaiuc le Ciel, ôc in- 
fluence naturelle de ceux qui fuyucnt le cours natu- 
rel, & vie brutale des belles. C'eftpourquoy ilcilauiïî 
diâ: que Dieu diuifa les eaux qui font foubs le firma- 
ment, qui font les influences celeftes, des eaux furcc- 
leftcs,qui lont les Anges &: monde intelligible. Nous 
auons encores vn tefmoignage de Dieu plus précis de 
lapuilfance qu'il à donné aux aftres, quand il parle à 
4.7o/'.438. lobjPourras'^tUjdidii-iljlier les Pléiades, ou defioindre 
les eftoilles delà grand' Ourfe? Produiras tu les Hya- 
dcs, & fi tu pourras gouucrncr les eftoilles d'Ard:u- 
rus? Il a remarqué les aftrcs de tout le Ciel, qui mon- 
î firent la puiflance la plus grande en ce monde Ele- 
■ mcntaire , 8c qui fe cognoill es faifons ordinaires, au 
' leuant &c couchant^ Heliaque, & Chronique d'iccux. 
Puis après Dieu en gênerai diâ: à lob, Sçais tu bien les 
Loix du Ciel?efl:-ce toy qui donne la puiflance au Ciel 
.. qu'il a fur la terre ? Qui font tous paflagcs , qui mon- 
■ firent la grande puiflance,que Dieu a donné aux corps 
celeftesfurle monde Elémentaire. Aufli après la créa- 



LIVRE PREMIER. 34 

tion des flambeaux celeftes , Dieu dift qu'ils fcroienc 
pour fignes des temps, & des ans, & des iours, qui ne 
/îgnifie pas feulement pour corer les iours, car vn mil- 
lion d'eiloilles ne feruiroient de rien. Or tant fcn faut 
que ceftc puiflance Se vertu il grande &: fi admirable 
des corps celeftes diminue en rien, que pluftoft par 
iccllelapuifflmcede Dieu efl; rehauflee^ ô-: releuee a 
merueillcs. Car fi nous louons Dieu voyant la vertu 
d'vne pierre, d'vne herbe, d'vn animal, combien plus 
grande occafionauons nous de loiierDieU) voyant la' 
grandeur,la force, la clartc,Ia viftefle, l'ordre, le mou- 
ucment terrible des corps celeftes ? C'eft pourquoy le 
Pfalmifte ayant lotie Dieu des chofes qui font icy bas, 
quand il vient à remarquer la puiiïance des Aftrcs, il 
cil rauy hors de foy, & fefcriant dit ainfi \ ;. pfiL 8. 

J\daps quand ie voy,^ contemple en courage :, 

Les Cieuxj, qui font de tes doïns haut ouuragCy 

EfloilleSj Lune y ^ Signes differens., 
. . 'Oue tu as fkicis, j^ ajjïs en leurs rancs: 

A donc ie dy a part moy ainfi, comme 

Tout eshahj/j ^ quejl ce que de l' homme f 
Et à dire vray , le Ciel efl: vn trefbcau théâtre de la 
louange de Dieu, & plus on cognoiil: les efle6î:s de ces 
lumières celeftes , plus oneft rauy àlouër Dieu. Les 
plus lourdeaux feftonnent de voir qu'il y a plein flot 
de mer, quand la Lune eft pleine ou nouuelle , & aux 
quartiers le flot cftbas,&quc àchacun iourleflot fe 
retarde d'vne heure,& en mefme pays,mefme région, 
mefme climat,en diuers ports le temps du flot toefloc 
cft diucrs, Le$ pefcheurs voyent que toutes fortes de 

I ij 



DES SORCIERS 

coquilles font vuydes.bricf les animaux, les plantes, 
^ Ôc cous les Ele.mens, fentcnc yn merueilleux change- * 
I ment du fing, des humeurs, des mouelles, au déclin &c 
i accroidemenc. Et melines les charpentiers ne coupe- 
roicntpas vn arbre pour baftir, finon au déclin de la 
I Lune, autrement le bois eil inutile à baflir, 6c au nief- 
me temps faut enter, <S: couurir les racines des plantes, 
vanneries grains Se légumes au déclin de la Lune, ôc 
, infinies autres obferuations remarquées par les ancics 
I qu'on peut voir en Pline, hure xviii. chapitre xxxir. 
Les Médecins confortent que les iours critioues des 
ficures , &c maladies font régis par la Lune, & mefmes 
Galenenafii£VplLificursliures,fcfl:onnantd'vnecho- 
fe qu'on void ordinairement en l'Horofcope du ma- 
lade que roppoficion ou quartier de la Lune au Soleil 
donne vn changement notable aux malades : Et aulîi 
quand la Lune attaindl l'oppoliiion ou quartier du 
lieu oii elle efb partie, cjuandla maladie a commencé. 
On void fouuent es pelles Vautres maladies populai- 
res que à chacun quartier en vn moment il tombe vn 
6. De .;'/V^;« nombre inSny de mort foudaine. Or '^ Galen iugeoit 
decretcrus. ^^ Texperience qu'il auoir aopris des obferuations de 
%nlih.fr'>7nQ- tous ÏQs ^pciensxar .li ne Içauoit pas leulement k vray 
fticon. mouuenlcnt delà Lune, corne il appert- par (es luires. 
Mais encores y a il vne chofe plus eftrange que les fu- 
rieux enlanouuelle, & pleine Lune, font plus difSci^' 
les à tenir : pour ceûe caufe oii les bat en AngletcrfVj 
en la pleine Lune : ce que voyant en l'Hofpital dcNa-' 
zarct, on me diil que tous les mois en pleine Lunc,'On 
lç5 traitoit ainfi pour les faire fages. Il eft bien certain^ 



LIVRE PREMIER. 55 

qu'il ny a folie fî grande que l'afflidion ne guariHe. 
Or en pleine Lune le cerneau f enfle, & en la nouuelle 
lune il diminue bien forc^qui fait quelaperfonnc fore 
des eons dcraifon.Et me louuient d'vnehifloire no- 
table que reciteGlycus, quily auoit vne chambrière 
de Michel Empereur de Stambola ou Coftantinoble 
qui ne failloit point en la nouuelle lune de courir dVn 
bout du thearre à l'autre criant tout haut Jdctrct(?«Ot 
parlant à rEmpercurJeque! entendit par ce m ot quel- 
le difoit, qu'il failloit defcendre du Siège Impérial, 
pour faire placeà vne autre:&luy demanda qui eftoit 
celuy qui y ailiroit, elle rcfpondir en fureur, que c'e- 
froit Léon d'Arménie. Galcn n'a point touché celle 
chorde parlant des clfedls de la Lune. Mais il euft bien 
plus edé eftonné, fil eujft entendu les effeâ:s des au- 
tres Planetres, ôc des coniondions, & regard des vnes 
alix autres , 6^ aux Eftôilles fixes, mefmement furie 
corps, Se difpofition de laperfonnc. Car les anciens 
ont remarqué pour maximes, & par expérience de 
pluficurs ficclcs, que Saturne ôc Mercure eftant oppo- 
fites en vn fîgne brutal, l'homme ordinairement, qui 
naiftalors,efl: bègue ou muet, que la Lune citant au 
Leuant, la pcrfonne cfc fiine , & en FEclypfe, l'enfant 
qui vient à naiflre ne peut viure : Et ccluy qui naift en 
laconiondlion de la Lune, ne la faidl pas ordinaire- 
ment lon2;ue. Bricf les Arabes avantcop"neu la force 
des influences celcftes furies corps, ne vouloicnt pas 
qdc le Médecin fut receu fil n'auoit la congnoiflance 
d'Aftrologic, (^ceux làquiauoient les deux fappcl- 
loicntlatromathematiciens en Grèce. Et pour le faire 

I ly 



DES S O R C I E P. S 
court par les influences cclcilcs on voici les humeurs, 
& la diipodtion naturelle des corps , <S^' des humeurs. 
Et ce qui l'a hivSl bLilmer aefcc ri>norancc de ceux 
c]ui en ont efcrit à veue de pays^commc difoic Melan- 
(fthon : cVIl pourquoy parles Ordonnances publiées 
àlaRequcdedcs Ellars tenuz à Blois, Article ^6.1 A- 
ftrologie eft exceptée tk fcparce des autres fciences di- 
uinatrices en ce,qu'il efl: dit que tous deuins &: faileurs 
deprognoflications 3c d'Almanacs exccdans les ter- 
mes d'Àftrolo^ie licite, feront punis extraordinairc- 
ment.Auffl ne faut pas que les Aflrologues fe mellent 
de iuger des nmcs^dcs efpritSjdes viccs^des vertus^des 
digniteZjdcs fupplices, de beaucoup moins de la Re- 
hgion, comme plufieursont fai6t,fuyuant les faux 
monnoyeurs,qui tirent bien la quinte eiîence des pla- 
tes, 6c minéraux, & font des huilles, &:eaux admira- 
bles,&: falutairesj(5s: difcourent fubtilcment de la ver- 
tu des métaux, &tranfinutation d'iceux : mais auec 
ce-là ils font de la faulcc monnoye;ainfi font plufieurs 
Aftrologues, après auoir déclaré par l'Horofcope , 
l'humeur &c difpofition naturelle du corps, ils paflenc 
plus outre aux chofcs qui ne touchent en rien le 
corps, à fçauoir, aux mariages, aux dignitez,voyagc5, 
richefîes, ôc autres chofes fcmblables, où les altrcs 
n'ont ny force ny puiffance: ôc quand ils auroienc 
quelque puiffance , c'eft impieté de fen enquérir, ôc 
non feulement impiété , ains aufli vne extrême folie. 
Car fi le Deuin predid faulfemcnt que l'homme fera 
I bruflé ou pendu, le mifcrable fouffre mille morts de- 
I ijant que mourir, &c fans occafion. Etfi laprcdidion 



LIVRE PREMIER. ^6 

d'eflrc bruflc cil véritable ^fon mal redouble, &: n'a 
iamais repos. Si le Dcuin afTeure à quelcun fauîfe- 
meiu qu'il fera grand &: riche, il fera caufe de luy fai- 
re difliperles biensj&d'eftrevnfaitneantjfoubs vne 
vaine efperancc. Si la predi6l:ion eft véritable, l'efpe- 
rance diffcrce faid viure la perfonne en lâgucur,coni- 
medidle Sage: Et quandlachofeaduient,le plaifir 
en eft perdu: combien que Dieu permet ordinaire- 
ment, que ceux qui f enquiercnt de telles chofcs foient 
fruftrez du bien cp'ils attendent , & que le mal qu'ils 
craignent leur aduienne. Mais l'impiété de ceux eft 
inexcufable,qui font fcruir la Religion aux influences 
ccleftcs: comme Iulius Maternus , qui efcrit que celuy 
quia Saturne au Léon, viura longuement, ôc enfin 
après fa mort qu'il montera au ciel, &: Albuzamar,qui 
a tenu que celuy qui faid: fon oraifon à Dieu , eftanc 
la Lune conioinde à vne autre Planette, aue ic ne mer- 
tray point, & tous deux au chef du Dragon , obtien- 
dra ce qu'il demande : ce que Pierre d'Appon maiftre 
Sorcier, fil en fut oncqucs, di6l auoir pradlicjuc , 
pour attirer les hommes à telle mefchanceté : En 
quoy il n'y a pas moins d'impiété, que d'ignorance: 
attendu que le chef, & queue du Dragon ne font 
rien cjue deux point d'vne interfcdiion imaginaire, 
& de deux cercles imai:^inaires, & qui n'ont ny eftoil- 
le ny phmette, & variables à tous momcns : combien 
que Albuzamar cil encores plus deteftablc d'auoir 
ofé limiter la fin des Religions parles influences ce- 
Icllcs, en ce qu'il a did que la Religion Chreflicnne 
finiioit Fan M. cccc.lx. & neantmoins il y a plus; 



DES SOxRCIERS 

de cent ans , que le temps eft expire. Et en cas pareil 

Arnoldus Efpagnol ineptcment auoic predidt que 

I l'Antechrifl; viendroic Tan M. ccc. xlv : & le Cardi- 

■ iiald'Ailly^qLiiarcmpIy fonliurc de tels menfbnges, 

difcourant delà fin des trois religions, fuppofe qu'il y 

a fept mil fcpc cens cinquante ck:hui6t ans, depuis la 

création du monde, où ila fliillyde quinze cens ans 

par le calcul approuué des Clirefticns,ôi: des Hebrieux 

faifant auffi en l'Horofcope de la création du monde, 

que le Soleil foit au Bélier, lequel neantmoins eftoit 

^.Exodt. C.23 çj^ 1^ Libre par le texte formel ' de la Bible, où il appert 

hk^.^nuq. quelepremieriourdu monde rut celuy que nous di- 

EAhi ^hrA- fons maintenant le vingtiefmc de Septembre, qui eft 

Efri injup '^ figi'^^ de la Libre. Cyprian Leouice de noftre aage 

Vâmelis im- à bien pallé outre : car il did" que la Religion de lefus 

tmm ^^''«^' chriû, ôi la fin du monde fera l'an M. d. lxxxiii. Et 

tn menjeTijn ,, ^ ^ > 1 i- r» 1 1 l ■ 1 1 

conflitmhquÀ afleure en iorte, qu il aidi : Proculdubio aitcrum dduen- 
menfis ejl Sep' fpi)fi filiÀhom'mis lu fcde maieftatls (u.^ pr^mmtiat^pom la 
grande coniunction en la tnplicite aquatique de lelus 
Chrift: qui eft vnc incongruité notable en Aftrolo- 
gie, ôc impieté en termes de Religion : car iamais Pla- 
nette ne ruina fon figne ny fa maifon , &c luppiter eft 
conioind aux poiflbns, en la coiundlion qu'il craincSb 
'fî fort, qui eft le figne de luppiter conioindauec Sa- 
turne, qui eft fon amy. Et puis qu'il aiTeuroit telle- 
ment, qu'on n'en doit aucunement douter, c'cft vnc 
extrême folie à luy d'auoir taillé pour trente ans d'E- 
phemcrides après la fin du monde , comme il a (aiô:. 
Et le ingénient de Cardan n'eft pas moins inepte , qui 
a calculé, ô^faid imprimer l'Horofcope de lefus 

Chrift 



.LIVRE premier: 37 

Chrift en Italie, & en France, difant que Saturne en la 
neufiefme maifon fignifioit la defertion de fa Reli- 
gion, ôc Mars auec la Lune en la feptiefme,monn:roit 
le genre de mort; Chofe ridicule, attendu que Mars 
cftoit en fon propre (îgnc,qui eft ignee.Mais l'impie-- 
té eft beaucoup plus grande de vouloir afferuir la Re- 
ligion aux Aftres, comme auffi a faidt Abcn-Efra, qui , 
auoit predi6t,qu'il naiftroit vn grand Capitaine,pour 
afranchir les Iuifs,qu'il appelloit Meffic^an M. c c c c, 
L X 1 1 1 1. ce qui n'eft poindl aduenu.Lailîant docques 
ces opinions, &diuinations pleines d'impiété, ô^ d'i- 
gnorance, nous nous arrefterons feulement aux natu- 
relles predidtions, pour le regard des influences cele- 
ftes fur les corps, & fur les humeurs. Vray eft que les 
cfprits, ôc meurs des perfonncs, fuy uent bien fouuent 
les humeurs, comme di6t Galen, au liurc qu'il a faidl:. 
Que les meurs fuiuent les humeurs : mais cela n'eft 
point neceflaire, ôc n'y a qu'vne inclination naturelle, 
ôc non pas neceflîté. Et par ainfi quand nous lifons 
que la langue Saindte ( par laquelle Adam , ainfi qu'il 
eft efcrit au Gencfe, nomma toutes chofcs félon leur 
propriété naturelle) appella Saturne ^nat:;, c'eft à dire, 
Repofé ôc Tranquille, pour l'inclination naturelle de 
ceux qui ont Saturne maiftre de l'Hôrofcope , qui 
font ordinairement melancholiques, rcpofcz,&: con- 
templateurs, Ôc luppiter mv, c'cft à dire, Iui1:e, par ce 
que ceux là qui ont luppiter chef de l'Hôrofcope 
lemblcnt enclins à la luilice politique, ôc Mars o^p, 
qui fignifie robufte, pour l'inclination naturelle qu'il 
donne, eftant maiftre de l'Hôrofcope, rendant aucu- 

K 



î! 



DES SORC lERS 

ncmcnt les hommes Martiaux, Oc propres au trauail, 
&c cofcquemment ainfi àcs autres : Si eft-cc t^ue tout 
cela n'emporte rien que vnc inclination ,fans aucune 
I neceflîté. Nous ferons mefmeiugcment des grandes 
conion6lions des hautes plancttes, aux triphcitcz dif- 
férentes, après lefquellcs les anciens ont remarqué de 
notables changemcns, es Republiques, & Empires ; 
>■• ^" l'^- "^J Et neantmoins i'ay monllré ailleurs ^qu'il n'y a point 
methodo hifio ^^ neceflîté. loind: aulli, qu'il a cfté impoflible depuis 
riarnm. trois mil ans feulement, que nous auons les obferua- 
tions Aftronomiques ( car la plus ancienne cft de Sal- 
manafler Roy d' A (Ty rie) faire expérience, pour y af- 
\ fcoir certain iugement. Auffi voyons nous que les 
Arabes ont donné la triplicité de feu aux peuples de 
^•'"^''^''r-Septcntrion : & Albumazar ' la donné à l'Orient, & 
Bon]. la triplicité des eaux au midy, qui a efté fuiuy de Paul 
7- '^'^/''"''- Alexandrin \ &: de Henry de Mali^^nes : Et neant- 
lefmatiu. moius Alcabicc Caphat, Abenacra,Meliahala,ôc Zael 
Ifraëlite, donne la triplicité de terre aux peuples Méri- 
dionaux. Or il eft impolTible de faire certain iuge- 
ment àl'aduenir des changemens des Republiques, 
fans eftre afleuré ne ce fondement, comme i'ay mon- 
ftré plus amplement au liure de la Republique , ÔC 
pour celte caufe^ie le trancheray plus court.Et par ain- 
I fî il ne faut pas determiner,ny vier des prédirions for 
i tuites,6cqui ne foient fondées en expérience; &:neâc- 
moins quelques expériences, que l'on puifle auoir,il 
faut toufiours raporter la domination du tout à Dieu, 
qui peut arrefl:er le cours du Soleil, & de la Lune,com' 
meil fcift àla requefle de Iofué,& de faire rétrograder 



LIVRE premier: 38 

leSoIeiljComme ilfeic ayant prolongé la vie au Roy 
Ezechicdc xv.ans. Ecn'yadoabrec]ucriiommeqLii 
fc fie en Dieu ne foit plus forc,&: plus puiflanc que tou- 
tes les influences celcftes. C'eil pourcjuoy vn ancien 
Platonicien difoit,que celuy qui fuit le cours de natu- 
re, il faiïeruit à la fatalle deftince, &c cours naturel or- 
donné à routes cliofes élémentaires : & celuy qui cft 
agité d'vn bon efprit, il furpalTe toutes les deftinces. 
Mais tout ain(î que la fcience de nature des Aftres ôc 
lumières celeftes decouure la grandeur de Dieu , aufli 
lesimpofturesdcs Elevions Arabiques font damna- 
blés, &: illicites. Et de ceux cyeft entendu le décret du 
Concile deToledc premier, chapitre 8. & le Concile 
de Cartilage 4. chapitre 8 9. Les autres diuinations na- 
turelles font plus claires,qui fe prennent de la difpofi- 
tion du temps, pour eftre l'expérience ordinaire:toutc 
la fcience des Météores eftcompofec de telles cliofcs, 
c'ellàfçauoir, des impreflions de feu en lahaulte ré- 
gion, ou de la génération des corps iraparfaidls en la 
moyenne région de l'airjComme de veoir la Lune rou- 
ge, fignifieles vens : palle, fignifie les pluyesiclaire, fi- 
gnific beau temps. Car l'exhalation fumeufe qui cau- 
Ic les vensjcft tout ainfi que la fumée qui rend la flam- 
me du feu rouge, &L le charbon noir embrazé cft rou- 
ge,commediâ;Theophrafl:e,parce que la noirceur, & 
clarté font confufes : la vapeur humide caufc la pluyc, 
ôc ofl:e la clarté fereine de la Lune, &l l'air eftât net,icel- 
le clarté fcvoid fans aucun empefchemét. Or telles di- 
uinations naturelles font d'autant plus certaines, q l'ex 
periêcc relpond à la caufe, qui n'eft pas difficile, corne 

Kij 



DES SORCIERS 

elle efl: quand on veut chercher la caufe pourquoy la 
pluye aduicr plufloft en vn temps qu'en l'autre. Alors 
l'AllroIoguc dira, quel obfcruation des anciens mo- 
ftre que la Lune côionde aux Hyadcs,ou Pleyades^ou 
bien aux Eftoilles du Cancre excite les vapeurs , &: par 
confequcnt la pluye. Mais il y en a de bien plus certai- 
nes les vnes que les autres, comme celle que tous les 
anciens ont expérimentée, & qui fecognoiil a veuë 
d'œil, que la quatriefme 6c fixiefme Lune eftant claire 
ëc fereinc, donne certain prefage de toute la LunCj l'il 
n mteruient quelque coniunâiion notable: Et toutes- 
fois on n a iamais encores dcfcouuert la caufe : ce que 
Virgile a bien noté, quand il did, 

S in ortii in quarto ( namque ïs certtjjimus author) 
Para non ohCcuris in calum cornihiis ibity 
Tût us ^ ille die s 3 ^ qui nafccnturab illo^ 
ExaSlum ad menjem pluuiis^ 'vent^ifque carehunt. 
Le liure d'Aratus efl: plein de telles chofes,qu'iI n'eft 
befoin d'efcrireparlemcnu. le laifTc a parler des pré- 
dictions naturelles des Médecins , que chacun peut 
veoir:& Galcn bc Hippocrate en ont traidlé par toutes 
leurs œuureSj&r principalement au liure De arteparua: 
comme quand il did que la perfonne Tentant vne foi- 
blefle & tremblement aux nerfs, peut falfeurer de la 
goutte à venir. Et fi la dyfenterie commence par la 
melancholie, elle efl: mortelle. Encores y a il la Phy- 
tofcopie, qui efl; la predidion des chofcs occultes par 
les plantes, comme lavergedeCoryleSjOU Coudres 
diuifec par moidie, tenue en la main inclmc de la 
part ou il y a des métaux. Et c'efl chofe aflcz cxperi- 



LIVRE PREMIER. 55^ 

menteeparlesmetalliques.Auffimetonde la terre de 
minière, pour la faire croiftre plus haultc. Toutes 
fcs prédirions cogneues par Texpericnce , encorcs 
que les caufes foient occultes 3c ignorees,neantmoins 
elles foc naturelles, &:la recherche d'icelles defcouure 
la grandeur, ôc beauté emerueillable des œuurcs de 
Dieu. Or tout ainfi que les moyens naturels, que 
Dieu nous a donnez pour fçauoir les chofes occul- 
tes ôc futures, font bons ôc louables, aufli font tous les 
moyens naturels qu'il nous a enfeignez pour nous en- 
tretenir, nourrir, vcftir, maintenir en fanté , force , ôc 
allegreffe, ôc pour guarir les maladies, pourueu qu'on 
rccongnoiffe, que la force desalimens,dcsmedica- 
mens , ôc autres puiflanccs occultes, qui font es Elé- 
ments , plantes , pierres , métaux, animaux, viennent 
de Dieu, qui retire fa force, quand bon luy femble, ôc 
qui rompt la force du pain, comme il eft di6t en la 
loy de Dieu, quand il y enuoie la famine : c'eftpour- 
quoy le Roy Àfa eft bien fort blafmé en l'Efcriture de 
ce qu'il appelloit bien les Médecins pour luy don- 
ner guarifon à fes gouttes, mais il ny appelloit pas 
Dieu. Mais celuy qui prend la force ou la puiflancc 
des chofes naturelles, comme procedans d'elles, faid: 
iniure a Dieu ^ auquel appartient la louange. Ceft 
pourquoy Galen à la fin des x x. hures qu'il a faid 
de l'Vfagc des parties du corps humain, ayant def. 
couuert les fecrets admirables, qui y font concluz: 
ainfi , Il me fcmblc , dicft-il , que nous auons chanté 
vn beau chant d'honneur a la louanc^e de Dieu. Et 
cncores iTiicuxSencquc,-b!afmant ceux qui diJôicnr,^ 



K ii; 



DESSORCIERS 

I nature faiAcccy, nature fai6t cela. TunamrceDco no^ 
j mon m'At,ts .CQ^L à dire , tu changes nature en Dieu. 
Conùien feroit il plus beau de dire Dieu faidl cecy, 
: Dieu faid cela. En toute l'EfcriturcSaindte, ce mot 
j de Nature, ne fc trouuc iamais , ains toufiours il cft 
did, Dieu a faiâ: faire cecy, Dieu afaid faire cela, 
vfans du verbe tranlîtifHebricu V^n c'efl: à dire, faicft 
faire, que les Grecs & Latins ont traduidt par vn vcr- 
. be adif, lequel abus a elle caule de plufieurs erreurs, 
de ceux qui ont attribue cliofes indignes voire la cau- 
fedu malcfFedtuellementàlamaicftédeDicu. Com- 
me quand il eft di6t,Dieu a ofté les roues des cha- 
{ riots de Pharaon:Dieu à tué tous les aifricz d'Egypte: 
Ecneantmoins il eft tout certain , qu'il n'a rien faidfc 
que par fes Anges , car il commanda à fon peuple de 
marquer le furfuiel des portes du lang delAigneau 
Pafchal, à fin, did-il, que voyant le fang, ie paile ou- 
/.EWîf.ii.j-j-ç f^j^g vous toucher^, 6c que ie ne fouffre , que le 
deftrudeur entre en vos maifons. C'eft la couftu- 
mcde l'Efcriture Sain6le, d'attribuer à Dieu les œu- 
iiresde fes creatutcs, foit bien ou mal , comme quand 
àxdi lefaye , Nullum cfl maium in ciuitate^ quod non fieri 
fecerit Dominas. Se en Hieremie chap. xxxii. Omne 
malum hoc ventre fcci fkjjcr locum ïjlum ^ c'eft à dire, qu'il 
n'y a calamité nyafflidion, que ien'aye faid venir en 
ce pays , &: en cefte Cité , combien que les malins ef- 
prits, & les plus mefchâs hommes en foient miniftrcs: 
comme il ell di6lenMalachie,Ic tanferay leDeuora- 
teur , à fin qu'il ne gafte vos fruids , & rende vos vi- 
gnes fteriles, à fin de n'auoir autre recours que à Dieu, 



LIVRE PREMIER. 40 

& ne craindre autre que Dieu , &c ne rendre grâce ny 
louange qu'à Dieu feul. Ce n'efî: pas que les Hebrieux 
ayent ignoré ladiiïercncc des œuurcs de Dieu &cdc 
nature : car Salomon l'a fouuent remarque , quand il 
di6b aux allégories. L'enfant eft fagc, qui obeïftaux 
mandemens du père, ôc n'oublie pas la loy de la mère: 
Il entend les commandemcns de Dieu,& la loy de 
nature. Car toutes les idolâtries deteftables ne font 
venues que pour auoir kiffé DieUj&r rendu l'honneur, 
& la grâce des biens que nous reccuons au Soleil ôc 
lumières ecleftes, puis aux efprits, & en fin aux moin- 
dres crcatures:comrae les égyptiens , qui adoroicnt 
les bœufsjparcequel'vndes plus grands profidls re- 
uient du bœuf,& les PaleftinsAmorrheans adoroicnt 
les moutons^qu'ils appelloicnt Eflherot^ ôc qu'ils man- 
geoient : en quoy f eft abufé Ciceron ^, quand il diâ:, S. inlih's de 
NtiUa gens efltam flubidaMua îcImuo vejcatur^ 'Deum effet 
putet. Il fuffiradonc de ce qui eft did: pour faire en- 
tendre que les moyens naturels pourparueniràquek 
que chofe, font licites & ordonnez de Dieu.-quand on 
luy en rapporte l'honneur, & louange, Se non pas à la 
créature : foit pour fçauoir les chofes futures, & oc- 
cultes, foit pour etFeduer toute autre chofe ; comme ; 
de chercher les mines par la marque de certaines pier- ^ 
tes &plantcsj non par moyens Diaboliques. Mais ie 
ne puis paffer par fouffrance, ce que Ican Ficus Prince 
delà Mirandc,auxpofitians Magiques efcrit, que la. 
Magie naturelle n'eft que la pratique de la Phyfi- 
quc, qui eft le filet auquel Sathan attire les plus gen- 
tils efprits, qui pcnfent que par la force des chofes na- 



rum. 



DES SORCIERS 
tutelles on attirera , voire on forcera les puiflances 
cclcflcs. Etncanrmoins en la xxiiii. poficionlemef< 
meauthcur fouftient qu'il n'y a rien qui aytplus gran- 
de force en la Magie, que les figures &c caractères : Et 
en la pofition xxi.il fouftient, que les paroles Bar- 
bares, ôc non fignificatiues ont plus de puiflance, que 
celles qui fignifient quelque chofe.Nousauons mon- 
ftre la vanité , ou pour mieux dire , l'impiété de telles 
choies. Mais pour defcouurir le fecret de telle impo- 
flure que le mefme autheur a couuerte, ou celuy qui a 
empruntcfonnom, nous voyons en la xxvni. pofi- 
tion furies Hymnes d'Orphée, ces mots, Frufiranam- 
ram adit^ qui Pana non attraxerït^ Pour néant on vfe des 
chofes naturelles, qui n'aura attiré Pan,c'eft à dire, 
qui n'aura inuoqué Sathan. Car tous les anciens ont 
entendu par le mot de Pan, ce que les Hebrieux ap- 
pellent Sathan, & par les terreurs Paniques, ils ont 
toufiours fignifié les frayeurs des Diables,^: ceux que 
foufFrentles Démoniaques fuyant les malins efprits, 
quand ils viennent les vexer :& Plutarque auliurc de 
Oraculomm de feéh^ , 3.pp elle le Prince des Damons, le 
grand Pan,à la mort duquel les autres Dxmons furent 
ôuys faire de grands cris. Se gemi(remens,au temps de 
Tibère l'Empereurrlaquelle hiiloire ell aufli cofirmee 
parEufebeauxliuresde la préparation Euangelique. 
Et nyapoint d'excufe de vouloir penfcr que le Prin- 
ce de la Mirande,ayt entend u par le mot de Pan, la for- 
me, carie mot de nature emporte la forme, &:lama- 
ticre:ioin6l aufii que c'eft aux poficions Magiques fur 
les chants d'Orphce Archiforcier qui fait bien à noter. 

Et par 



LIVRE premier: 41 

Et par mcfinc moyen en Ponziémc pofition,où il par- 
le de Leucothea , il entend la Lune , que les Hcbricux 
appellent n33^, c'eft à dire jla Blanche, & en la x ix.po- 
fîtion 5 où il di6t, qu'il n'y a rien qui puifle auoir eiFcâ: 
en Magie , fine Vtfta, il entend les facrifices faiâ:s par 
feu.Le mefmc autheur fait de la Cabale vne vray e Ma- 
gic pernicieufe,& qui dcftruit entièrement les fonde- 
més de la loy de Dieu: ce que chacun pourra cognoi- 
ftre,qui y regardera de prés:car la Cabale n'ell rien au- 
' trc chofe,quela droiûe interprétation de la loy de 
Dieu couuertefoubs la lettre: Et le mot deCabalafi- 
gnifie receptio,& audition de bouche en bouche fans 
cfcrit que les Grecs appelloyent cLTCf^odu/uLct. Etncant^ 
moins fon but eft de faire des miracles par la force des 
lettres ôccaradleres. laybien voulu defcouurir celle 
impofture,àfin que ceux qui lifent Agrippa le maiftrc 
Sorcier, & ceux qui font de mefme opinion, ne foienc 
abufeZjvfantdepierreSjdeplanteSj&autreschofes na- 
turelles pour attirer les forces & influences celcfies. 
C'ell pourquoy Hippocrate au liure de Aforbojacro ^dc' 
telle les Sorciers, qui fe vantoient de fon temps attirer 
la Luneicar ce feroit,dit-il,afreruir les Dieux à tels im- 
pofteurs , &: aflliiettir le Ciel &: la terre aux hommes, 
contre tous les principes de nature, & contre le texte 
formel de la fainâ:c Efcriturecn lob, où Dieu parle 
des loix qu'il a donné au Ciel furla terre. Aulîi l'impo- 
fturefedelcouure par les cara6bcrcs&: figures Diabo- 
liques, &c par les mots barbares, & quelquesfois intel- 
ligibles,quine tiénent rien des Elemens, ny de la ma- 

L 



DES SORCIERS 
tierc 5 ny des formes naturelles , ny des qualitez natu - 
relies quelles qu'elles foient. Il ne faut donc pas foubs 
le voile de nature couurir les forcelcrieSjVaniteZj&fu- 
perftitions Paycnncs des Idolâtres, & Sorciers : corne 
pluficurs Sorcicrsj qui faifoicnt anciennement croire 
I que les Sorceleries n'eftoient que la force des plantes, 
■> des animauXjdes pierres,des minerauXj&des corps ce- 
leftes: comme les Arabes ont voulu faire croire , pour 
faire eftimcr leur fciencc,& faire efchaperles Sorciers: 
& de cefte opinion cftAuiccnne, Algazel, Alphara- 
bius5&: Agrippa de noftreaagc 5 Ô^Pomponatius & 
I Pierre de Abano &: vn Suiffe^qui f'eft fait furnommer 
Thcophrafte Paracelfc des plus dangereux Sorciers de 
tous, comme il s'eft cognu par fes eneâ:s, & par fes ef- 
crits , qui cfloit aufli vnc opinion, qui eut quelque 
temps fon cours , ainfi qu'on peut veoir en Pline liurc 
^ X X VI .chap. I I I I .que l'herbe Ethiopide faitl feichcr 
les eftangs , & riuicres , faifl ouurir toutes chofes fcr- 
mces:& l'herbe Acliimenideiettee au camp des enne- 
mis, les fai6t trembler de peur & fuir: &i herbe La- 
tacc,que lesRoys de Pcrfebailloient àleurs Ambaf- 
fadeurs, faifoit venir abondâce de toutes chofes : c'eft 
I à fçauoir, les lettres patentes du Roy de Perfe, qui fai- 
I foit trembler tous les peuples. Nous ferons mefme 
^ iugement de ce que did Pline de la Veruaine , que les 
I Grecs appellent herbe facree,que les Magiciens dilenc 
I guarir toutes fieurcs,& toutes fortes de maladies, & 
donner l'amitié de toutes pcrfonncs. Mais l'autheur 
Pline s'en mocque,6c tous tes Médecins , qui ont 
trouuépar longues expériences qu'elle ne peut rien 



LIVRE PREMIER. 4;^ 

de tout cela, non plus que Micrbe Cynocephaîiquc, 
qui pafTe toutes les autres , & Nepethes d'Homerc , ôc 
l'herbe Moly de laquelle Pline fe mocque à bo droidb, 
no pas qu'il n'y ay t de beaux fecrets de nature cachez, 
corne trefors,& que on defcouure tous les iours, mcC- 
mes en l'abUradion des quintes cflences par le feu , &c 
neantmoins ces vanitez que Phne recite, nes'ytrou- 
uent point. le fçay bien qu'il y a des difciples de Para- 
cclfus qui ont fait imprimer des liures,parlefquelsils 
veulent creucr les yeux aux corneilles, &: faire croire 
que les herbes ont chacune leurs eftoilles ôc planettes, 
éc qu'eftans cueillies foubs icelles feront merueilles, 
ôc qu'il n'y a que eux qui les fçauent , ils doibuent 
aufli adioufter qu'il faut dire certaines paroles ôc car- 
mes comme faifoyent vn Pamphile Ôc vn Andréas 
qui font mocquez par Galen , au liure fixiefme des 
Simples , des liures qu'ils intituloycnt iTTCû^cti rSv 
^ordvœv Yidùi S'cLijuovûûvÏ€^<; lèorctvctç , & au para- 
uant Theophrafte s'eftoit mocque de la beftife de 
ceux qui couppoient rEleborc,Ia Mandragore, & la 
Panace, auec cérémonies fuperftitieufes . Nous fe- 
rons pareil iugement de ce que Pline 'recite de De- 2.//^. 10. c^ 
mocrite qu'il y auoit certains oy féaux, dufansdcf-^^^^'^^^-'^' 
quels mcflé, naiffoit vn dragon, lequel mangé faifoit lofrat.Lem- 
entendre la langue des oy féaux : mais il deuoit aufli ""*^- 
dire la langue des Veaux. Nous dirons le femblable 
du Diamant contre les cnchantemens, du Corail rou- 
ge contre les Charmes^du lafpe cotre les vmbres Da^- 
moniaques, du Lyncurium contre les preftiges, ôcdc 

L ij 



DES SORCIERS 

ce que diûDioicorideliure V. chapitre XV. que la 
pierre Mcmphitiqucpuluerifce, & bcue auecdu vin 
&c de l'eau, rendlaperlonne ftupide du tout. Nous 
auons did que les predidlions diuincs, ou prophé- 
ties ne viennent ny parnature,ny parla volonté des 
hommes, ains par infpiration de Dieu nuëment, & 
fans moyen , ou par le moyen des Anges , & que les 
prédirions naturelles fe fontparlacognoiflance des 
caufes preallables auxcffed:s; ô<:les moyens naturels 
deparucnir a quelque chofe, fe faid: par voye ordi- 
naire des caufes à leurs effc6ls. O r les predi6tions hu- 
maines ^iaçoit qu'elles dépendent aucunement delà 
nature des chofes , toutesfois on les peut appeller hu- 
maines, d'autant qu'elles ne font pas toufiours certai- 
nes, comme la nature, ny toufiours incertaineS:,foit 
pour Tignorance des caufes, foit pour rimbcciUité de 
ïefprit humain, & chacun en fon eflat par l'expérien- 
ce faid: des prediâiions. L'homme Politique voyant 
que les mcîchancetez demeurent fans peine, 6: les 
vertus fansloyer en vne Republique, prédira la ruine 
d'icelle: Mais d'autant que cela nedepend point des 
caufes naturelles, & que cefte predidlion ne luy cft 
point fpecialement déclarée de Dieu, on peut l'appel- 
1er humaine, & qui efl: liciteimais il ne faut pas rafleiî- 
rer pour certaine & indubitable : car ce fcroit entre- 
prendre fur le confeil de Dieu, qui maintient fouuent 
vne ville contre toute la puiffànce humaine, par les 
voeuz,& prières des gens de bien : comme il, fe void 
en la requefte que fift Abraham à Dieu, deuant que 
d'abyûnerSodomc & Gomorrhe. Etcnl-Ecclefiaftc 



LIVRE PREMIER. 45: 

il cfl: dir, que le plus fouucnt le plus panure dVnc cité 
& foule aux pieds d'vn chacun, garde la ville d'eftrc 
forcée contre vn puiflant R.oy: C'eft pourquoy Dieu 
promiftà Abraham,s*ilyauoitdixperfonnes qui ne 
fuflcnt infc6lees des mcfchancctcz de Sodomc , qu il 
ne deflruiroit point le pays: Mais quand tu vois que 
Dieu au ciel retire coup à coup les hommes vertueux, 
dy hardiment l'orage impétueux viédra bien toft rui- 
ner ccft Empire. Et tout ainfi que lePolytiqueafcs 
prediclions,aufIî les maiftres Pilotes preuoiét les ora- 
ges Jes yens, les pluyes , les tempeftes par expérience 
ordinaire^encores qu'ils n ayent aucune cognoiflance 
des mouuemens celeftes: Et les Bergers en cas pareil 
predifent la pelle des brebis , qu'on appelle Clauelee, 
voyant le foye des liures pourry: &: les laboureurs pre- 
difentlafertilité de l'année au feul regard de la graine 
de mouftarde,ou des Ribez^s'ils (ont fort efpais,& au- 
tres femblables,qu'ils ont par experiéce,fans cognoif- 
fancedes caufes naturelles , nyreuelation diuine: Et 
telles predidlios ne font point illicites , fî ce n'efl qu'a 
les veuluftafTeurer comme chofe infallible , comme 
nous pouuons dire en cas pareil de la Metopofcopie, 
* quiiuge des paffions intérieures de l'homme au feul^-^'^^'^/ro- 
regard du vifage^entre lefquelles il y en a de naturel- '^"'-^^^''"** 
les: comme la rougeur foudainefignifie la honte,pal- 
lirfoudainfignifie craindlc, ôc qui ont leurs caufes 
naturelles. Or la crainte à (a çaufequelquesfois natu- 
relle quelquefois diuine^au iour de la bataille, l'armec 
ou chef d'icelle qui fera triftc & pêfif, fai6biugement 
prcfquc indubitable de la perte defon cofté, celas'efl 



DES SORCIERS 

expérimenté de toute ancienneté, comme on voit 
cnLucanliurc fîxiefme , que l'armée de Pompée au 
lourde la bataille en Pliarrale5eftoittrifte& mclan- 
cholique^encorcsqu'ileufldcux fois plus d'hommes 
& de cheuaux,que CxCàr^ôc lors que les efpions entre- 
rét en Hierico PholtefTe leur difl:,la vidloire eft a vous 
car Dieu nous a donné frayeur & crainte. Mais il y 
en a qui font plus humaines , que naturelles, com- 
me les yeux des hyboux luyfans , fîgnifient le plus 
fouuent cruauté ; Tels les auoit Sylla ôc Caton le 
Cenfcur , ou bien s'ils font marquez de gouttes de 
fang, Ainfi di6t-on des Camus , qu'ils font cho- 
i leres &c impatiens ; Et au contraire les grands nez 
font plus prudens &: patiens. C'eft l'vn des Epithe- 
j.Evo^H. tes que Dieu s'eft donné à luy meimes , parlant ^ à 
Moyiè, entre les onze proprietez il s'appelle o^sNmK, 
c'eft à dire , Grand-nez , ainfî que l'édition Con- 
pIutenfed'Eipaigne, &c d'Anuers , de mot à mot in- 
terprété, & enplufieurs lieux de la Bible, ou il s'ap- 
pelle le Dieu au Grand nez , que tous les interprè- 
tes tourne Patient, &par fon contraire o^sk ixp c'eft 
à dire , Court-nez: les Hebrieux interprètent, Sou- 
dain encholere. Enquoyilnous eft monftre aufli, 
que la Metopofcopie naturelle n'eft poinâ: illicite, 
&de faid en tout l'Orient ils font fort expérimen- 
tez en cela. Si eft- ce qu'il ne faut pas en faire loy 
infallible : car il fe trouue des hommes fi mafquez 
\ ô.:qui fçauent fi bien couurir, & diflimuler leurs 
naturels , qu'ils font entièrement maiftres de leurs 



LIVRE premier: 44 

vifigcs y en forte que pluficurs fc voyans trompez, 
en ont fai6b le Prouerbc, Fronti nulU fides, C'cft 
pourquoy Alcibiadc feclata de rire , quand il ouyt 
dire à Zopire Phy/îognome , que Socrate eftoit 
dameret àc paillard , & fort cholere : Et neantmoins 
Socrate le confefla: Mais il dift que l'amour de fagef- 
fe l'auoit tout changé . Aufli voyons nous que tel 
porte le vifage d'vnc vierge , qui a le cueur dVn 
lyon 5 comme eftoit Alexandre le Grand : Et bien 
fouuent celuy qui porte vn lyon au front , a vn He- 
ure au cueur. Ceft pourquoy la Metopofcopie , &: 
les predidlionsd'iccUes font humaines, pour l'incer- 
titude auflî,quoy qu'on attribue à Ariftote le liurc de 
la Phyfîognomie , qui comprend la Metopofco- 
pie qui n'a rien du ftyle d'Ariftote. Et par ainfi en 
oftant l'afTcurance &: neceiîité qu'on met en la Phy- 
fîognomie &: Metopofcopie , l'vfage naturel ne 
peut cftre blafmé. Mais il n'y a propos ny appa- 
rence aucune , de mettre la Chiromantie , ou Chi- 
rofcopie au rang àcs arts Phyfiognomiques, atten- 
du que les principes des maiftres, qui en ont efcrit s5t 
contraires comme le feu & l'eau, & qui plus eft,lesli- 
neamens changent pour la plufpart, 6c ne fontiamais 
femblablcs,cn enfâce,aage floriffante, & en vieilleife. 
Quâd aux autres predidions populaires ielaiffe d*en 
parler,parce qu'elles ne méritent qu'o en fice mife,ny 
reccptc,comme d'ouyr chanter Icsranes trop fort fi- 
gnifie pluye.-fîc que le p logeon fe ictte en l'eau,, & que 
les grues fe retirent des eaux , &: autres femblables, 
infinies qui font humaines.^ depeadét auflî enpardc 



DES SORCIERS 
des caufes naturelles. Il y a d'autres predicSbions hu- 
maines, & toutesfois illicites, d'autant qu'elles atti- 
rent après foy vnefuperftitieufecreacc, & crainte des 
chofcs vaines, &: par confequent vne defiâce de Dieu. 
Car il faut tenir pour maxime indubitable , que celuy 
qui crainr,ou qui croit lesprcdidlions fuperltitieufes, 
atoufîours défiance de lapuiflàncedcDieu, comme 
anciennemétceluy,quienfortant defamaifon cho- 
poic du pied contre l'cfueil, tiroit vn prefàge de mal- 
heur, commeilsdifentqu'iladuintà Brutus le iour 
qu'il tua Ca^fàr : ou fi l'anneau tombe, quand le ma- 
ry le met au doigt de fa fiancée. Et en cas femblablc 
les anciens auoienc vne coniedlure , qu'ils appelloient 
^^almirum augur'mm , quand vn membre treffailloir, 
chofequi cft naturelle , &c qui a fes caufes naturelles 
auec foy .Et ordinairement le malheur aduient à celuy 
quicroid telles chofes , par vne iufte vengeance de 
Dieu, & iamais à celuy qui s'en mocque. Ceft pour- 
quoy Cefàr ne fift iamais conte de telles vanitez , 
& tout luy fucceda contre lesprefagcs des Deuins, 
& mefines en defcendant du nauire en AfFrique,il 
tomba , & alors il dift, le te tiens AfFrique.Ces bé- 
guins auguraux difoient que c'efloit vn mauuais pre- 
lagc, & neantmoins il rapporta trois belles victoires, 
& defeift tous fes ennemis peu de iours apres:Et fi ne 
voulut oncques s'enquérir dehlTue de la bataille de 
Pharfalie , oiî il emporta la vidoire contre Pompée, 
quiauoit deux fois plus de forces , lequel employa 
tous les Deuins & Magiciens,dcuant que de batailler, 
l'ay remarqué pluficurs Princes, qui tous ont efté rui- 
nez 



IIVREP REMUER. 45 

ncz,ayant demandé confcil aux Dcuins. Ariouiftus 
Roy des Aletnans,ayant (|uatre cens mil hommes^ ôc 
fegouLiernantpar les Sorciers du iour de la bataille, 
qu'elles empefchoient eftre donné deuanc la nouuel- 
le Lune:C^lar le fçachant, comme il efcrit , foudain 
luy donna la bataille, & vcinquit. Mais fans aller iplusîncommenu:^ 
loingnousauons l'exemple dVn qui voulut fçauoir"'^. ^'^^'^'*'' 
riffuë de la bataille de Pauie, par le moyen d'vn Sor-/;«i^^;f'' 
cier,qui luy fift veoirroft des ennemis , ôc la rcfponrc '"'^"' 
futfcmblablcaux anciens Oracles^^riiTuëludueufc 
à toute la France. En cas pareil Manfroy Roy de Sici- 
le , &:Fernand conte de Flandres, s'eftant cnquis du 
diabIes'ilsauroientvi<5loire,curentdesre(pôfes dou- 
teufes par lefquclles ilsfepromcttoient les vi6boircs, 
&neantmoins ils perdirent tous deux leurs eftats. 
Nous auos encorcs vn autre exemple du Roy de Sue- 
dc,& les lettres cnuoyces aux Princes d'Alemaigne l'a 
mil cinq cens foixante & trois , quiportoient que le 
Roy Henry de Suéde auoit quatre Sorcières , qui fc 
vantoient d'empefcher les vi6boircs du Roy de Dan- 
nemarch , mais on enprintvne,quinepeuft:empe- 
fcher le bourreau de la brufler toute vifue , &le Roy 
quatre ans après fut pris par fes fugcts, & priué de fon 
eftat, 6>c getté en vne prifon, ou il efl: encorcs. Voy la 
donc quant aux predidions humaines , difons main- 
tenant des moyens illicites. 



M 




DES SORCIERS 

Des moyens illicites four paruenir a quelque choje, 

C H A P . VI. 

O vsauons diâ: que le Sorcier eft celuy , 
qui par moyens diaboliques ôc illicites, 
fciemmcntsefForcedeparuenir à quelque 
chofe:il faut doc fçauoir qui font les moy es 
illicites.Nous auons monftré les moyens de paruenir 
à ce que nous prétendons par laydedeDieu ,fi c'eft 
chofe licite ou par les moyens que Dieu nous monftre 
en fcs creatures,&: parla fuitte des caufes naturellesj& 
deseffeélsenchefnezlesvns auec les autres, ou par la 
volonté de rhommc,qui eft libre.Or quand les hom- 
mes veulent paruenir à quelque chofe licite,& que la 
nature leur manque , la puiflance humaine n'y peut 
rie: ôc qu'ils ne s'adreffent point à Dicu,qui peut tour, 
ou bien qu'ils s'y addrcfTenc, mais de mauuaife façon 
pour le tentcrrou bien que c'eft de bô cueurrmais l*ay-« 
ant delaiffé en profperité , ils font delaiftez en temps 
d'afflicSbionrcomme il eft dict en Hieremie : Si Moyfe 
& Samuel meprioienc pour vous à cefte heure, iene 
les cfcouterois pas.Ilseftoient morts pluficurs fiecles 
auparauant,& auoient de couftume tant qu'ils viuoict 
en ce monde d'appaifcr l'ire de Dieu parleurs prières 
cnquoyil femblc que Moyfe & Samuel ne prioient 
pIus.Et en autrelieu il di6t au Prophete^Ne prie point 
î.Hter.H, pour ce peuple 'en bien, carnypourleursicufnes, ny 
pour leurs prières & facrificcs , ic ne les cfcoutcray 
point , mais le les confommcray de pefte & de fa- 



r< 



LIVRE premier: 46 

mine. Or ils dcuoicnt ncantmoins rompre le ciel de 
priereSjôc continuer en la fiance de Dieu, qui menace 
fortj&neancmoinsils'appaifefoudain, comme did: 
Ionas,auc]uel Dieu auoit promis rafer la ville de Ba- 
bylonc dedans quarante ioursje peuple ayâtfait gra- 
de pcnitence,ores qu'il adoraft lescreatures,comme le 
Soleil &:laLune , & qu'il fuft fondu en toutes fortes 
d'idolâtries & Sorcelerics,fi eft-ce que Dieu fc repétic 
auffi: Alors lonas fafché faifoitfaplainte àDicu, * Ncuona^c^, 
fçaurois-iepasdi6b-il,quetuesleDieule plus doux, 
éc le plus mifericordicux, Ôc pitoyable , qu'il efl: poffi- 
ble:&: que foudain tu te repens de la vengeâce que tu 
as délibéré de faire. Or ccluy c^ui efl: impatiét fè dcfef- 
ere,& appelle le diable à fon aide : Comme on void 
e Roy Saul,apres auoir demâdé conleil à Dieu, quelle 
iffueil auroit contre (es ennemis , &aux Prophètes, 
& aux PontifeSj&r qu'il n'auoit aucune refponfe de la 
bataillcjil s*addre(Ia à vnc Sorciere^pour fçauoir liffuc 
de fes affaires. Les autres pour trouuer des rrefors : qui 
pour guérir de famaladierqiiipouriouyrde fes plai- 
firSjles vus pour paruenir aux honeurs & dignitcz, les 
autres pour fçauoir les chofcs futures ou abfcntes, & 
les plus mefchans pour fe venger de leurs ennemis ap- 
pcllêt aulïi le Diablc,qui ne refpod pas toufiours quâd 
on l'appelle, &: (e faicSb prier bien fouuêr, encores qu'il 
foitprefenr, &:prez de ccluy qui le cherche, &dece- 
luyqui ne le cherche pas, comme nous diions en fon 
lieu. Or entre tous les Sorciers ceux-là font les plus de- 
teftablcs qui renoncent à Dieu & s'addrcffent au Dia- 
ble, 6cluy iurent prciler toute obeifrance,feruicc, fu« 

M ij 



DES SORCIERS 

gcdion 5c adoration, par conuention cxprefTc. Mais 
il y en a qui ont horreur de s'addrcflcr àSathan pour 
fçauoirce qu'ils demandent; , toutesfois ils ne font 
point difficulté de s'adrcfTer aux Sorciers, fans aflifter 
à leurs facrificcs,qui n'eft gueres moins oftcnfcr Dieu,. 
i.UM.i<).cr * qyç s addrecffer à diable mefme : comme il y en a au 

xo. Cr Peut, i i- i- »iirr\i 

18, cas pareil qui ne voudroientpassaddreflera Sathàn, 

pour auoirguarifon d vne maladie, mais ils ne font 
pas confcience de s'addreifer aux Sorciers , qui prient 
le diable en leur prefence,pourleur donner guarifon: 
comme il aduint n'a pas long temps enVau,qui eft vn 
faux-bourg delà ville de Laon , où il y eut vne Sor- 
cière qui olta le fort à vne pauure femme en extrémité 
de maladie •. laquelle Sorcière fc mift à genoux y 3c 
face contre teiTe,*pria tout haut , appellant le diable 
plufîeurs fois, pour donner guarifon à la femme^puis 
après elle dift quelques paroles,&: luy bailla vn mor- 
ceau de pain à manger à la fcmmc,qui fut guaric. Qui 
n'ed: pas moins que fi la femme malade euft elle mef- 
me prie Satha pour auoir guerifon: & vaudroit micux^ 
mourir de la plus cruelle mort qu'on pourroit imagi- 
ner, que deguerircncefteforte.il y en a d'autres qui 
ne veulent auoir aucune accointance au diable, ny 
aux Sorciers , mais ils vfcnt des moyens diaboliques 
exécutez par les Sorciers,à l'aide du Diablejequel aflî- 
fte toufioursceux qui vfent de tels moyens, &côduit 
leurs deffeings. Or cela s'appelle traiter conuention 
tacite auec Sathan.fuvuant la définition de faind Au- 
guftin , pourladifrerenccqu'il y a de la conuention 
Êxpreffe.Et non feulement fain6t Auguftin, ains auffi; 



LIVRE PREMIER. 47 

Thomas d'Aquin^Durand, -^gidius Romanus, & les 
autres Théologiens d'vn commun confentemcntdi- 
fcnt, qu'il y a deux pa6bionsquonfaiâ:auec le Dia- 
ble ilyDeexprcfle, que font les Nécromanciens, & au- 
tres Sorciers qui radorentd'autre tacite, ou implicite, 
qui eft en toute forte d'idolâtrie, &:obfcruation fuper- 
{litieufe,fcicmmêt,^& fans caufe naturelle. Voylaleur 
définition. Vray eft que celuy qui penfe bien faire de 
prendre le vol des oy feaux^pour fçauoir fi fon voyage 
fera heureux, comme les anciens le faifoient par for- 
me de religion, ne fe peut appeller Sorcier, & n'a con- 
ucntion expreifc , ny tacite auec Sathan ^ cncores 
qu'il foit idolâtre, &:n'ofFenfc pas tant que celuy qui 
le fait par curiofité , ne fçachant pas qu'il foit défendu 
de Dieu , & celuy qui le fai6l par curiofité & ignoran- 
ce n'offcnce pas tât, que celuy cjui le faiâ: fçachat bien 
qu'il eft défendu par laloydeDieu.C'eft pourquoy 
nous auons mis le mot,Sciemmér, en la définition du 
Sorcier. Mais celuy eft coulpablcj qui fçait la defen- 
fcdclaloy de Dieu, &: toutesfois parmcfpris d'icel- 
le, s'addonne à telles chofes, doibt eftre puny com- 
me Sorcier, &c non pas toutesfois fi rigoureufcmcnt 
que les Sorciers qui ont conuention cxprcfTe auec 
Sathan. Etàfind'efclarcir lemotdeSorcier , c'eftcn 
bons termes celuy qui vfe de fort , & gctce en fore 
en adlions illicites. Carily-ale fort approuué par la 
loy de Dieu ^ ôc le fort approuué par les loyx Po\ki-*^^tPMd'Tiè^l 
ques.En Homère les capitaines Grecs gcttoict au fort 
àquicombattroitHe6tor,&:le fort tomba fur Aiax 
Tclamonié. Nous voyons que lofué getta au fort fur 

Mii^ 



DES SORCIERS 

toute l'armec du peuple d'Ilraèl , pour fçauoir qui 
auoic pris du pillage défendu en la ville de Hicri- 
cho , ôc par mefme moyen , Samuel getta au fort 
quand il fut queftion d'auoir vn Roy, difant ces 
mots, Seigneur Dieu , donne le fort , qui eftoit la 
couftume des anciens , pour chafTer toute puifTance 
^ fore Diabolique: Et alors le fort tomba fur lali- 
gnee de Benjamin qui eftoit la dernière, ôc puis on 
getta le fort furies chefs de la famille, & le fort tom- 
ba furla maifon de Cis , puis on getta le fort (ur tous 
les Domeftiques de Cis, & le fort tomba fur Saiil, 
que Dieu auoit auparauant déclaré Roy fur le peu- 
ple, à fin qu'on ne penfaft, que les fceptres,& cou- 
ronnes foicnt données fortuitement . Et depuis 
Saiil getta le fort fur toute l'armec , pour fçauoir , 
çeluy qui auoit rompu le ieufne , & le fort tomba 
fur lonathan, qui fcul auoit mangé du miel contre 
la dcfenfe du Roy. Nous voyons auffi au Leuiti- 
x,fhaj?.i6. que*, que le fort eft gctté fur deux boucs l'vn pour 
làcrificr à Dieu, l'autre pour Zazel: Les lxxii. In- 
terprètes nevoulatpasdefcouurircefecretaux Payés, 
ont tourné le mot Zazel oCTQTto/LLTroijovy c'eft à dire, 
emijjarium , par ce que le iour du grand ieufne or- 
donné par la loy de Dieu,aprcs le facrificc, le boue de 
Zazel eftoit mené par vn homme attaché d'vn cor- 
don rouge fur la proche montaigne, 6c le pouftbit 
duhault en bas : alors le cordon rouge deuenoit 
blanc, & aufti toft l'homme cornoit tout h«iut; & 
au mefme inftant, par tout le pays on fonnoit des 
cornets, pour fignifier que Dieu auoit pardonné au 



LIVRE PREMIER. 48 

peuple, mais fi k cordon dcmcuroit rouge, on ne 
fbnnoit mot, & toute cefte annce-là le peuple fai- 
foit pénitence pour appaifer l'ire de Dieu. A quoy 
fe rapporte ce que did lefàye : Si vos péchez font 
rouges comme pourpre, ils feront blanchis comme 
neige. Voila ce qui eft efcrit par les Hebricux tou- 
chant le fort d'Azazcl. Ainiîvoid-on aux Aâ:es des 
Apoftres le fort auoir cfté gettc entre Mathias, & Bar- 
nabas.Cela eftoit couftumicr entre tous les Payens.Et 
mefmes s'il y auoit tempefte fur mer qui fufl; grande , 
on gettoit le fort fur tous ceux qui eftoient aunauire, 
& celuy cftoit (àifi Se getté en la mer, fur qui tomboit 
le fort.comme fut lonas'. Aufli eft le fort fréquent, & ^* ^°"'^^fM' 
ordmaire,quad il raut partager *& lotir les luGccQios,rfm^o. de iu^ 
ôc chofes communes, & permis par les loix de tous les j^^-p-fif^^' 



j peuples, & qui fot fort neceflaires, pour euiter aux de- amln.2"!^, 

I batsôccotentionsquineprendroicntiamaisfin.Ainfic- <c^c.forst 

faifoicnt les Romains , qui tiroient au fort les luees es T \ j^T 

r \ 1 1 Tl ^ Crc.iUidiG. 

cauiespubliqueSj&Ies magiltrats Romains gcttoientf.t.c?- <:.>//, 
les charees éi prouincesauforr, fi autrement ilsnefe'^^'*^''^<?-/- 
pouuoient a<:corder^ ce que les Latins diloient, <^ortiri pr^^rian^^, 
aut camparare intcrfeprouincias. L'occafion de la guerre 
cruelle entre Marius &Sy lia fut prifc de ce que le fort 
de faire li guerre à MithridatetôbaàSylla, &Marius 
•fiftprefenterrequefteau peuple pour luyofter. Ainfi 
void-on q le fort de foy eft licire,pourueu que la cbofe 
l le merite,& qu'o die ces mots portez par la S. Efcritu- 
rc. Seigneur Dieu donelcfort,,&nopasapeller Mer- 
cure, pour feignr du forr,come faifoiéc les Grecs , qui 
mettoient premieremec dedans le vaifleau vnc fueillc 



;^ DES SORCIERS 

d'oliuc qu'ils appelloieat Herme, c'cll: à dire , Mcrtit- 
rc ; Et aprcs ils gcttoient Jes forts, & tiroient tout pre- 
mier la fueille d'oliuc: Et pour corriger ce Paganifmc, 
lesChrefliensfaifansvnRoyaufortjtirent première- 
ment pour Dieu. Encorcs n'eft-cc pas aflez d'appellcr 
Dieuaufortquongette, mais il n'en faut vler iînon 
en cliofe neceifaire , comme celles que nous auons 
dicSfc: autrement qui voudroit en chofes légères, ou 
par curiofité , ou bien mcfmc en chofc d'eftat, fçauoir 
s'il faut entreprendre la guerre ou autre chofe de con- 
fequcnce, il ne faut pas gectcr au forticar ce feroit ten- 
ter Dieu, ce qui eft bien expreffement défendu. Mais 
en ce cas , Dauid & les fain6ls perfonnages deman- 
doient confeil à Dieu , &: lors il faifoit fçauoir fa vo- 
lonté par les Prophetes,ou par le Pontife, qui portoit 
l'EphodjOu Pedoraljduquel nous auons parlé cy deC 
fus : ou bien Dieu rcueloit en fonge ou vifion, à ccluy 
mefmes qui demandoit aduis ; Et généralement en 
toutes chofes de confequence les faindls perfonnages 
demandoicnt confeil à Dieu, lequel cncores qu'il ne 
fift refponfe quelquesfois, fi eft-ce qu'il conduifoic 
l'affaire à bonne fin,fi la chofe cfloit bonne,&: le cœur 
droi6t,qui demandoit confeil.Et d'autant qu'il aduint 
à lofué de traidler la paix auec les Gabaonites (ans 
auoir demandé confeil à Dieu , il fut dcceupareux, 
par ce que, didfEfcriture, ilsn'auoient pas deman- 
dé confeil à Dieu. A plus forte raifon doibt onreprou- 
, uer les forts DiaboUques ^, c eft à dire , ou les noms 
T«* <i<re^>«- des Dieux eftranges font appeliez : comme cfloienc 
A»At«TK anciennement les forts Dcliens, Liciens , Prencftins , 

Antiatins, 



LIVRE premier: 45> 

Antiatins , qu'il n'efl: icy befoin d'eftre déclarez, ains 
pluftoft enfcuelis. Auffî eft le fort illicite de gettcr aux 
dets & offelets , qu on appelle Aftragalomantie, fi on 
doibt faire quelque choie ou non , jaçoit que les an- 
ciens en vfoient fouuent, & fe faid cncores à prefent, 
comme Cxfar efcrit, que les Alemans gettercnt trois 
fois au fort, pour fçauoir s'ils feroient mourir Marc 
Valere fon Ambaffadeur,&: par le moyen du fort il ré- 
chappa: & feroit bien necefTaire que tous ieux de fort, 
ou de hazard fuffent bannis auffi bien en effed: , com- 
me ils font défendus par la loy Martia,& autres ancié- 
nés loix. En cas pareil toute manière de fort,de laquel- 
le on vfe pour fçauoir quelque chofe,autrement qu'il 
a efté didt, eft illicite &: Diabolique, comme cftoicnt | 
anciennement les forts Homeriques,& Virgilianes, à 
l'ouuerture d'Homère, ou de Virgile au premier vers: 
Auffi quand on iouë à l'ouuerture de l'Euangilc, com- 
me on faifoit anciennement après auoir laiflé les forts 
de Virgile,& d'Homère, ôc les a.pp cWok- on ^fortes t^- 
poflolorum yjîeprouuecs par faincSbAuguftinauxEpiftres 
adJanuctrmm.'Sc Grégoire de Tours efcrit qu'il predid: 
à l'ouuerture du Pfeauticr àChilderic,fils deMcroiiec, 
qu'il mourroit pour auoir efpoufé Brinehant contre 
lavolontédefonperc. Et celuy à prefent vfité, qu'on 
2ppc\\cT>odccaedron^ôc le icu des Bergers pour fçauoir 
les aduentures , qui font toutes façons Diaboliques &c 
mefchanfcB, Nous mettrons auffi entre les forts illi- ^ 

eites,la ^ Gcomatic, qui cft celle, qui eft la plus vficee,.^i^\raÏY 
& par liurcs publiez & imprimez, qui eftvn art Dia- 
bolique, & fonde neantmoins (ur le hazart,& gct for- 

N 



D ES s O RC lÉRS 

tuit de celuy quimarci'.ie les poids, dcfcjuels les quin- 
, zeiiîTiirGs re(ultcnr.NoLis ferons mcime iu^emcnr cic 

rnx. la i cphramanne ^quilc taiioiccnccndrcs^commcla 

Geomantieprcmiciemcnt (efluloit en terre, &: toutes 

7. ôm/Wf-foJs diucrfc, d<: inufitee, Ôc qucic ne declareray point, 

Zw;r«x. ^ fii"^ qu'elle ioit audi enfeuelie, aiifli bien que la Bota- 
nomâciCj&Sycomantic qui font cncores plus ineptes, 
Ôc ridicules, qui dcpendoit du get des fueilles de figu- 
res agitées du vent la nuiâ:,6c félon qu'elles fe rencon- 
troient on faifoit leiugemcnt: Qui cft différente de 

^'.Lil.ii'. cel!e,de laquelle parlent Virgile^, & Tite Liue^quand 
les Preilires efcriuoicnt fur quelques fueilles difpofees 
fur des coillins , pour ceux qui alloient cherchas la vé- 
rité après auoir idolâtré, car celle-cyeftoittoufîours 

4 j»«^'»T«a, conioinéle auec l'idolâtrie cxpreflc, les- autres non. 

of i/MyT.-ix. £j^j.j.^ lefqucls font aulïi fOnomantie ^ & Arith- 

mantic : qui fetiroit par le nombres portez parles let- 
tres du nom d'vn chacun, ô<:difpofez en l'ordre des 
nombres, félon ce qu'ils pouuoient lignifier : Et cel- 
le cyiVelloit vlitee qu'entre les LatinsiEtneantmoins 
la table des nombres qui s'en trouuent , ne fe raportêt 
aucunement à la valeur des lettres Latines fignificati- 
uesdes nombres. Caria lettre M. qui fignific mille, 
ne vaut la que Lxxv'm*. &, C. qui vaut cent, ne 
vaut là que fix : ôcneantmoins ceux qui en font cas 
interprètent par ces lettres ainfi nombrces les nom- 
4. mmerl brcsaccribucz à la befte en l'Apocalypfe'*. Quant aux 
-(^A'^^^'^anaiîrâmatifmcs des lettres du nom &furnomtranf- 
pofees,c'eft aufli chofc ridicule, attendue que la tranl- 
pofition emporte lignifications du tout contraires» 



LIVRE premier: '50 

Le premier autheur eft Lycophron dcChalcidc, qui 
cft entre les forts illicites, fî on adiouftc foy, encores 
que cela ne dcpendcpas du fort. Mais il y *a vne autre 
façon de fort, duquel les anciens vfoyent, ^l'appcl- 
loient Aledlryomantiejprenant le coq, qu'ils difoient 
cftre l'oyfeau du Soleil , Dieu des diuinations. De la- ^Aê^rpi^wv- 
quelle vfa lamblique .pourfcauoir quiferoitEmpe-T^"'- „. 
rcur après Valons, & le trouuaque lecoqauoit deli- 
gné quatre lettres Oso^î, dcquoyeftantaduerty l'Em- 
pereur, fift mourir plus décent Sorciers, & lambli- 
que s'empoifonna des premiers, &:fift aulTi mourir 
tous les gens de marque, qui s appelloient Théodo- 
re, Théodore, Theodule, & autres femblables. Voi- 
Ja comme le Diable paye fes feruiteurs. La façon,ie nt 
la dcclareray point, & feroit befoin que les autheurs 
de l'hiftoire l'euflcnt oubliée, car cela eft tout plein 
d'impiété, & défendu expreflemcnt en la loy de Dieu, 
où il eft di6l, non imicniatur in tcforttlegîiS:, quia e(l ahijo^ 
minaûo Deo tua. Il vfe du mot , Alanahcs, qui vient 
du verbe % mso, qui ficrnifie Nombrcr , ou faire cara-^ ''^^^ • 

' ' ^ 1 - i Supputation 

d:eres,par ce que tous les fortileges &c manières de dont -^icnt U 
forts, qui fjnt infinies, dépendent des caraderes , &c^°* ^ruhef. 
du nombre, prenant pour lenomvniuericl de telles ;;4-^ ^V/ï ^ 
fciences,ce qui cft le plus vfitc. Autrement le vray"''''f^'''^y^f/'«- 
mot de fort en Hcbrieu eH^rGraipp.r.fotcs, qui ne font ^TllZu^Jf- 
point portez par la defenfe de la loy , pour les caufes ^rdcf^ue efl 
que nous auons dides cy dedus.. Et taiâ: bien a-noterr'^^'^^^^'^^" 
le paf^age^, qui comprend les foites de diuinarion^.p<.«/.i8. 
défendues^ qui porte premièrement defaite;paffeilcs^ 
cnfansparlefeu, choie que le Rabin Maymon di6t 

N ij 



DES SORCIERS 

ailoir vcu obfcrucr en>€gyptc par forme dcpiirga- 
tion,fans briiflcr les enfans, comme dicl le mcfmeRa- 
bin:cc qui neantmoins fut faid par facrifices dctefta- 
bles foubs le Roy Manafle , ôc du temps du Roy Hir- 
canus. Vn Roy des Idumcans aiïicgc immola fon fils 
fur la muraille dcuant les ennemis : lefquels ayans 
horreur dVn tel facrifîcc,fe retirèrent, comme nous 
lifons en lofeph. Le fécond qui eft défendu par laloy 
de Dieu, ell: ce qu'elle appelle deuiri:, o^uojcm , ^°^ , qui 
ert: vn mot gênerai, qui fignifie , Enfeigner , comme il 
fe prend en Michee cliap. 3 . où il di6l que les luges iu- 
gcnc pour argent, ôc les Preftres enfeignct pour argér. 
Il vfe du verbe ocp, & fe prend quclqucsfois pour 
vne bonne diuination, comme auxProucrbes chap. 
XVI. mais ordinairement il fentend en mauuaifc 
partie, &fignifie toutes fortes de diuinations illicites 
comme au i S.du Deuteronomc, & 1 3 . des Nombres, 
&au 13. d'Ezechiel, &en Samuel 15. où ce mot com- 
prend tousles autres, Icfqueb il fpecifie, à (çauoir, 
D^'^û megonim, qui fignifie ccluy qui rcfpond quand 
on eft en doubte des chofes qu'on veut entrepren- 
dre, du verbe n:y, qui fîgnifie, refpondre,quc les In- 
terprètes ont appelle Augur: Nos François ayant ap- 
pris des luifs ce motHebrieu, appellent les Sorciers 
■ Charmeurs, Maiftre-gonim, au lieu de Megonim. 
Le troifiefme eft celuy que laloy appelle -v^nsû menahcs^ 
qui ilgnifîe proprement, Calculateur, duquel nous 
auons parlé, que les Rabins appellent Sprtileguc, qui. 
procède par fort &: nombres.; Le quatrième eft. *iwi3 
mecajèphj dcA a dire ^ Preftigiateur, du verbe, «loSj^ qui 



LIVRE PREMIER. 15 

fîçnificfafcinerles yeux des perfonnes : qui fe fai6t 
par le moyen des malins efprits, fous lequel font atifli 
compris les Enchanteurs,qui s'appellent auffi makhe- 
/7w, du verbe /^/?^,qui fîgnifie Marmotter, & fufurrcr, 
&quc les Lxxir. Interprètes ont tourné ivrctoiS^^Çy 
c eft a dire Enchanteurs , que les Efpagnols appellent 
Hechie'^eros y qu'Anthoine de Turque Mede au troi- 
fiefme liure de fon Jardin dcfinift ceux, quitacimantc 
inuocan Uemonios , mefcolando la À4dgia natural con lo del 
Demonio^ccd à dire qui tacitement inuoquet les Dé- 
nions, & meflent la Ma<jie naturelle auec celle du dia- 
blcLecinquiefmccftceluyqu'il appelle r/7o/>fr 13", c'eft 
à dire, l'Affocié, qui fignifie l'afTociation , qui fe fai6t 
es danles &c affemblees des Sorciers, du verbe -lan , qui 
fignifîc s'aflbcienc'efl: celuy,que nous appelions pro- 
prcmét Sorcierd'Efpagnol les appelle BmxosS Alcmz 
Zauber^ en Sauoye on les appelle Eryges^&c\cs Italiens 
Le/fejleMafquare.&lcs Latins Sagas, & les nouueaux 
ftryges: (àgan cft Hebraique. La fixiefme efpece s'ap- 
p elle fehoe lot? 2nhn^, c eft à dirc,Intcrrogcant les efprits 
dumotDNquiiignifievnbaril^ou'vaifTeau creux. Par 
ce que les efprits qui font inuifiblcss'ils font bons leur 
voix eft fort dcliee ôc fubtile ordinairemét , &c s'ils fot 
malins leurs voix s'ils n'ont figure eft groiTe &c conir 
me parlant dans vnmuid ou vaiiïeau. lay remarqué 
cela en vn procès deFalaife,qui m'a efté communiqué 
parM.Lifoire Prefident de Rouan , ou celuy qui fut 
exécuté 14 5 (î.dift que le diable ne parloir iamais a luy 
qu'en voix grofle& comme d'vn muid& terrible. le 
l'ay cncores remarqué au procès de lanne Bonnet de 

N iij 



DES SORCIERS 

BoiiTîqui fut aufli condamnée a eftrcbruflec^qui de- 
pofa que le diable parloir a elle d'vnc voix fort grofTc, 
ôc ne voyoit rien: & luy fifl recueillir de poudres^ &: la 
conduifoitiulques au lieu ou il commanda qu'ellcle 
iettaft. Quelquefois auflî les malins cfprits parlent es 
cauernes ôcdcs pertuisdelaterre,quelesLatinsdifent 
■oracula^ lequel mot depuis a eftéprms pourdiuinatio. 
Lefeptiefme ctt, Jcdel?om^2v^'d\l^'Cl'hcv^^ , quifignific 
fçauoir,tout ainfî que le mot S'ciiu.cùv fignifie^Sçauanc 
comcdidbEuftathiusfur Homère quaii ^alfxc^v , les 
Interprètes ont tourné Magus , qui lignifie en langue 
Pcrfîque Sage &Sçauant. Mais les Hebrieux auliurc 
qu'ils intitulent les fix cens ôc treize mandemcns delà 
loy de Dieu,difent qu'en ceft endroit Jdeoni ^ fignific 
celuy qui interroge le diable caché dedans les os de la 
befte^qu'ils appellent ladoha, qui tue du regard, ôc la 
faut tirer de loing à coups de flefches. Cefle befte cft 
appellee?tc6Toj3Aè7rjt« en Athcnceus^qui recite qu'elle 
cft de la grandeur d'vn veau ^ quipaift toujours , & 
ne peut leuer les yeux qu'à grande difficulté^ &: alors 
ellefaidb mourir ceux qu'elle regarde. Marius Con- 
fulfaifantla guerre enNumidie. ayat perdu plufieurs 
foldats qui vouloient en prendre vne, en fin il la feift 
tirer de loing, & enuoyala peau en Rome , qui fut 
mifeau temple d'Hercules , comme didl Athcna:us. 
le l'ay remarqué fur mes commentaires du Poète Op- 
pian auliuredc laChafFe. Lchuicliefmeeft celuy qui 
interroge les morts c=3'nûnV«unv Ceft le Nccroman- 
tien,puis après il eft dicl , que Dieu abhomine tout 
cela. En l'Exode les Sorciers de Pharaon font appeliez 



LIVRE PREMIER. 51 

aîiofeni}n,Q^m dà vn mot Hebrieu , & taîitoft Charm- 
min.cpï eit vn mot Egyptien, que plufieurs ont tour- 
né Gencthliaques; Mais les efleâs des Sorciers d'E- 
gypte ne refpondent aucunement à l'Aftrologie , ny 
aux Aftro!ogues,qui ne fçauroient changer les verges 
en ferpens , ny former des grenouilles. Nous auons 
di(5l des fortileges , qui le font par fort, nous dirons 
par cy après des autres. Mais il faut aufli noter que le 
mot de Sorcier n'eft pas proprement dicl de ceux qui 
icttent au fort pour fçauoir (i bien ou mal leur aduien- 
dra,(combien que c'cll; vne cfpece de Sorcelerie ) ains 
principaleQient pour ceux Scelles qui iettent es paf- 
lagcSjOU enfouyent fous l'efueil des eft ables certaines 
poudres maléfiques pour fiire mourir ceux,qui pafle- 
ront par deflus.C'efl pourquoy le fort tombe fouucnt 
furies amis des Sorciers, ou bien aufquels ils ne veu- 
lentpointdemal , commenous dirons en fonlieu. 
Pourfuyuons maintenant les autres arts , & moyens 
illicites,& défendus parla loy de Dieu, pour paruenir 
à ce qu'on prétend. 

TDe la Teratofco^ic^ AmfpicïnCj, Orneomanticy 

iJierofcof^ie^^ autres JimbUbles, 

C H A P. VII. 




'.'fi<ryjifnA, 



Eratoscopïe eft l'art qui contemple iT^^r-r, 
les miracles, & d'iceux cherche lescaufes ^ï-u'ePETna- 
1^ fedlsj&fignificacios. Orneomantie,quire- Wv amhns 
garde les mouuemensdes oy féaux , pour fçauoir |es <^ f^^^^"^'^- 
chofcs futures , Hierofcopie eft la confideration des 



DES SORCIERS 

Hofties cV facrifices , pour fçauoir la vcrité des cliofcs 
futures. L'Arufpicinc cft plus générale : car clic com- 
prend aufli la coniideration de l'air, des foudres,ton- 
herrcs, cfclairs, monftrcs, ôc généralement toute la 
fcicnce Augurale , qu'il ne faut pas du toutblafmer, 
ainsilfautdiftingucrlebiendu mal. Car quand aux 
monflres &: figncs , qui prouiennent outre l'ordre de 
nature , onne peut nyer qu'ils n'emportent quelque 
fîgnification de Tire de Dieu ôc aduertinTcment , qu'il 
donne aux hommes pour faire pénitence, & fecon- 
uertir à luyj& ne fuyure pas l'opinio pernicieufe d'A- 
rifl:ote,qui a fouftenu que rien ne change , rien ne va- 
rie en la nature , de que les monftres n'aduiennent 
que pourle défaut de la matière, qui feroic oftcr tous 
les œuures & merueilles de Dieu, qui font aduenus, & 
aduiennent contre le cours de nature. Combié qu A- 
riftotecôtraire àfoy mefiiies,afaid:vnliure'33èi ôctv- 
fjLdboicûv ctx'tia'/uicLrœv,cc{\. à dire, des miracles:&: con- 
feffequela terre doit eftre entièrement couuerte des 
eaux comme plus pefantc, & qu'elle eft demeurée en 
partie defcouuerte pour la vie des belles terrcftrcs, & 
volatiles. Laquelle confeflion fcrt du tefmoingnage 
contre luy-mefmes,pour la gloire de Dieu, &:quiefl: 
fouucnt répété en la fain6l:eeicriture , quand il efl die 
pour vn miracle,que Dieu à fondé la terre fur les eaux 
fur lefquellcs elle nage^comme il a efte vérifie del'Ifle 
Delos,& de pluficurs autres : car cobicn qu'il fc trou- 
ue de la terre au fonds de la mer,(i eft-cc qu'en la plus 
haute mer Jes Pilotes ne trouuent plus de terre quand 
ils iettcnt le plomb: auiTi yoid on la mer elleuec comc 

vne 



LIVRE premier: 75 

vne montaigne au bord de la mer : Ôc que Dieu a lyc 
parvnepuiflance emcrucillab!c,6(: polé bornes aux 
eaux, qui ne paflTeront point outre. Qiiant aux Come- 
tes^qui font & ont toufiours efté figncs de l'ire de Dieu 
par vne expérience de toute l'Antiquité, Ariftote ne 
peut nyer que ce ne foit chofe outre le cours ordinai- 
re de nature : Se les f aifons par luy alléguées de la créa- 
tion des Comètes , lances à feu , dragons de feu, font 
trouuccs friuoles,& ridicules à toutes les fedles de Phi 
Iofophes,comme il eft tout certain que la Comète or- 
dinairement ne dure moins de xv. fours, ny gueres 
plus de deux mois, les vnes grandes, les autres petites. 
Les vnes vont le cours du premier mobile, comme la 
dernierc,qui aduientau mois de Nouembre 1^77. les 
autres du midy en Septentrion, comme celle qui appa- 
rut l'an 155^. les autres demeurent fixes, comme celle 
qui apparut en Nouembre i57^Mais par quelle nour- 
riture ce grand &efpouuantable feu eft ilnourry ?& 
pourquoy les pe{l:es,ou famines,ou guerres fen cntui- 
uent? Ariftote n'a rien veu en tout cela. Auflî font fi- 
gnes de Dieu, & faut que chacun confclTc fon ignorâ- 
cc, en donnast louange a Dieu, pluflofl; que par vne 
arrogance capitale luy voler cell: honneur, en recher- 
chant la nourriture d'vnfi c^randfeu, &r fi durable es 
fumces Se vapeurs, en la purité de la région arthcree. 
loindb aulli que les vapeurs & fumées ne manquent 
point tous les ans, tous les moins, tous les iours, <5<:lcs 
impreflions de feu en la région cethercc ne fe voyerit 
pas quelquesfcis en dix ans vne feule fois^ comme il a 
cfté remarqué dcsanciiens. Et fans parler des chofes 

O 



.. DES SORCIERS 

' miraculcufes, & qu'on void aduenir outre le cours de 
nature, l'ignorance fe cognoill es chofcs ordinaires, 
qu'on void en tout tcps, & qui nous font incogncùcs, 
comme la grandeur des Elloillcs, la moindre defqucl- 
les ( outre la Lune & Mercure ) eft dix fois plus gran- 
de que la terre: dc fans monter fi haut, la plus noble 
partie des œuurcs deDicu, qui font en l'homme, a 
elle ôc demeuré icrnorec des hommes. Comment 
donc pourroit-on iuger des oeuures & miracles de 
Dieu extraordinaires ? Au parauant que l'armce de 
Xerxcs de dix-huid: cens mil hommes, comme nous 
i. Hcrodot. 1[[qj^^ j45 Hiftoircs ^ paffafl: en Europe , il apparut vne 
Comète notable, &: vne autre au parauant la guerre 
Peloponcfiaquc: Vne autre dcuantladefaid:e des A- 
theniens en Sicile: Vne autre deuant la defaiâ:e des 
LacedemoniensparlesThcbains; &: deuant la guerre 
Ciuilc de Cefar & Pompee,les flammes de feu apparu- 
rent au Ciel, & après le meurtre de Cefar, 3c deuant le 
maffacre des bannis par Augufte & Marc Anthoine il 
apparut vne grande Comette,qui depuis fut grauee & 
monnoyee en l'honneur de Cefar. Et deuant la prife 
de Hierufalcm il apparut vne flamme de feu fur le tem 
pic vn an entier,comme di6b lofeph. il faut donc con- 
fefler,quecenefl:pas chofe naturelle ny ordinaire, que 
les miracles quiaduiennent outre le cours de nature, 
ôc qu'ils nous fignifient l'ire de Dieu laquelle on peut 
preuenirpar prières & pénitence :non pas que Dieu 
- foit cholcré,ny tranfporté d'ire.cfl:ant de fa nature im- 
lîiuable & impafliblc,mais l'Efcriture faccommode à 
noftre imbécillité. Ainfi peut on iuger des monftres 



LIVRE premier: 34 

cftrangcs, qui aduiennent contre Tordre de nature. 
Car de dire que c'eft pour le vice de la matière, il fau- 
droit confefler que les principes ^rfondemcns, entre 
lefquels ei\ la matière, fur lefquels Ariftotc a fondé le 
monde, foienc vicieux ôc ruineux , & par confequcnc 
que le monde menace ruine, qui cil: bien loing de l'é- 
ternité par luyfuppofce. Il faut donc confeller, que 
cela nous efl clos ôc couuert, & qu'il n y a que Dieu 
qui en difpofe à fa difcretion. C'eft pourquoy on void 
changer les faifons, le beflial mourir , les famines fur- 
uenir,pluuoir du fang,des pierres, & autres chofcs 
cftranges. Demeurant ncantmoins le cours des Aftres 
en leur Eftat : mais Dieu retire fa bencdidion tantoft 
de la terre, tantoft des caux,tatoft du bcftial,&: cnuoie 
la famine, la pefte, ôc la guerre fur les hommes. Or la 
predidtion de telles chofes j n'eft point ilhcite , pour- 
ueu quon l'attribue a Dieu, &:non pas aux Idoles, 
comme faifbient & font encorcs les Payens.Les Athe- 
nicnsjdidt Plutarche'brufloient anciennement tous5- Jnremk. 
vifs comme Hérétiques, ceux qui difoient que l'Ecly- 
pfefefaifoitparinterpoiîtionderombrcducorps de 
la terre, ou du corps de la Lune, &appelloicnt telles 
gens ^grg<i)(^A.*^a'^6Tç , c'eft à dire, trop curieux des 
chofcs hautes. Et mefmes les Romains ^ la nui6l pre- 4. TluLinhus 
ccdente ladcfaidle du Roy Perfeus voyant l'EcIypfe''» ^Emylio 
rrappoient des armes &morion ,pour rau'e venir la^^../^^^ 
clarté de la Lune. Et les Indois pleuroicnt, pcnfanc 
que le Soleil leur Dieu, cuft frappé la Lune à fang. 
Et mcfme le Pape Zacharie fift citer à Rome vn 
Euefque d'Allemaigne nommé Virgile comme He- 

o ij 



DES SORCIERS 

rctiquc pour auoir dicl qu'il y auoit des Antipodes 
comme nous lifons en l'hiitoire d'Aucncin liu. 5 .parce 
que S. AuguUin, (^'Ladlance Firmian,auoyent di6l 
qu'il ellûic impoffiblcs qu'il y cuft des Antipodes; 
iaçoicque la dcmonflranon y foit plus claire que le 
Soleil (Scaueree par expérience quotidienne. Telles 
fuperftitions ont prcfque pris fin par tour^commeauf- 
j<a»<rKC57z'x,Gf- fi les Augures touchant le vol des oyleaux, dont les 
uè»M^,ri-x. Jim-ç^ des anciens fiDut pleins.Carilnelefaifoitny alTé- 
blee de peuple, ny paix,ny guerre, que les Augures ne 
fuffent appeliez, pourvoir la difpofition de l'air, des 
oyfeaux, de autres vanitez femblables &c pleines de 
luperftition & d'impiété , &: défendues par la loy de 
^.Tnhelloin- Dicu. Et à cc propos lofeph "^ recite,qu'il y eut vn Ca- 
pitaine luif, qui tua loyleauTur lequel les Augures 
prenoicnt leur prédiction, difant que c'eftoit chofe 
bicncftrange de demander Tiflue Az la guerre à vnc 
bede brute, qui ne Içauoitpaslafiennc. Mais il y a 
bien vne autre raifon, pourmonftrer la vanité de tel- 
les chofes. C'eft que les Latins tcnoienc pour chofiî 
lionteufe de veoir le vol des oyfeaux à fcneflrc, & les 
autres peuples àdextre, commeCiceron a remarqué 
au liure de la Diuination, qui monftre bien que ce 
\ x^c{ï quimpofture, (^menfongc,puis que lesprinci- 
] pes des vns font contraires aux autres, tant pour la 
' f difpofition de l'nir, quepourlevol des oyfeaux. Car 
Je fondement de la fciencc Augurale eftoit de con- 
ftitucr le temple, c'eft à dire, la région de Tair, 011 
l'on contemploic pour jfçauoîr où cfloit la dcxtre d^ [ 
lafeneftre du monde : en quoy tous les autheurs 



LIVRE PREMIERv 51 

Gtecs^ Latins, &c Barbares font différents entre-eux, 
i& auec les Hebrieux^ comme i'ay remarqué ^ ail- s- ^n Methodo 
leurs. Auffi Hieremiè le Prophète . quand il parle ^'^'''''''•^'*-'^- 
des Arondeilcs , dcis Tuftctellcs, Se des Cygongnes, 
did bien qu'elles fçaueht le temps de leur retour^mais 
il ne dicSl pas qu'elles fâchent les yflues des batailles & 
autres chofes iemblables. Encorcs eftant la coniîde- 
ration des hoftics \ du foye, du cueur, du fiel, des in- s-^^rf>um<i, 
teftins plus ejdrange pQiir fçauoir fi la chofe qu'on en- 
treprcnoir, fuccederoitheureufcmenc. En quoy il y 
auoic double impieté , tant pouit ta recherche de la 
vérité en telles chofcs, quepour lefacrificefaidtaux 
idolçs. Vrayeft qu'on ne peut dire, que ceux qui en 
vfoicnt fuflent Sorciers, car ils y alloycnt delà meil- 
leure confcience qu'ils eu ffent, &p enfant faire chofe 
agréable à Dieu. Or nous auonsdidque le Sorciet 
eil celuy qui fciemment vfe de moyens Diabohques, 
pour parucnir à quelque chofe, comme feroit celuy 
qui en vferoit ainfi , cognoifTant la defcnfe portée 
par la loy de Di^u. Difons donc des autres impoftu- 
cs Diaboliques, qui eftoicnt (entre les Payens) plus: 



r 



apparentes en impiété. 



O iiy 



DES SORCIERS 




DE LA MAGIE EN GENERAL, ET 
DES Espèces D'icelle. 

LIVRE SRCOND, 
Chapitre Premier. 




E Mot de Magie eft Perfîque , Se fi- 
gnifie Science des chofcs diuines, &c 
naturelles : ôc Mage,ou Magicien, n'c- 
ftoit rien autre chofe, que PTiilofophe: 
Mais tout ain fi que h Philofi^phie a 
cfté adultérée par les Sophifles , & la 
Sageflc qui eft vn don de Dieu, par l'impiété ôc idolâ- 
trie des Payens : aufii la Magie a eftè tournée en Sor- 
cellerie Diabolique, comme il eft a prefiamer que le 
motPerfiquceftHebrieu ,car le mota^^o Maghin Ci- 
gnifie murmurans, comme ils font parlant aux Dia- 
bles & en les coniurant. Et le premier qui fi.it miniftre 
de Sathan pour publier cefte impieté en Pcrfe, fut Zo- 
roaftc, & neantmoins elle eftoit couuertc du voile àc 
pieté , comme le Diable eft couftumier de faire. Car 
les hommes bien nez ont toufiours horreur des mcf- 
chancetez. Pline au xxx. liure, Chapitre i.en parle 
ainfi : Afagica jraudulcntijjlma an'ium plurimum in toto 
tfrramm orbe ^ plurimi (hue je cuits njalmt : authoritatem et 
maximam jiùlje nemo mirctur , auandocmidem JoU artium 



LIVRE SECOND. 36 

très alias imperiojijjimas humaniî mentis comflexa, in njnam 
Ce redent. Natam è medicina nemo dnbitat^ ita blandijjtmis - 
promijjis addidijje njîres reliqionis ^ ad mas maxime caligat 
humanum genus : deinde mijcmfje artis Alathematicas.Qcfk 
pourquoy lamblique, Procule, Plotin , Porphyre , & 
l'Empereur lulianl'ApoflatjOntdefiny la Magie cftre 
linuocation des bons Dasmons: Et la Goëtie ^ eftre/- >«H* ^^^ 
1 inuocation des malins hlpnts, qu ils ont rcprouuee, ^^yj^,, 
de laquelle vfent ceux qui vont aux fepulchres la nuidt 
déterrer les mores, & inuoqucr les Efprits. Et met 
me l'aueugle Sorcier, qui fut pendu à Paris l'an 
M. D. Lxxiiii. & qui en accufa cent cinquante, &: plus, 
difoit vn iour à vn Gentilhomme qui m'en a faid le 
conte,qu'ilvouloit feulement luy monftrer la Magie 
blâche,&: non pas la Magic noirciCommp Léon d'A- 
frique Efcrit, que les Sorciers d'Aftrique inuoqucnc 
les blancs Démons. Aufïi void onquelesliures du 
grand Dodleur en i'artDiabolique^quc icnenomme- 
ray pointjpourlcdefirquci'ay d'enfeuclirfon impié- 
té à iamais^au commencement de fes liures ne parle 
que de Phyfîque, de philofophic, de la vertu occulte 
des eaux, des plantes, des animaux, des métaux, puis 
des nombrcs,&: des aftres:Et au quatricfme liurc, qui 
cfllaclef, qui! auoitpromife,& que fes difciples Sor- 
ciers ont publiée, il mcflc fa poifon Diaboliques, des 
caradercs,^ noms des Diables, &: des Efprits, & l'in^ 
uocation d'iccux.Auicenne & Algazcl font en mefmc 
erreur, en ce qu'ils tiennent, que tout ce qui cft fsiiO: 
par lesSorcicrSjfe faid parcaufes naturelles,qui eil le 
vray moyen pour piper les gentils Erprits,^: les attirer 



DES SORCIERS 

à tontes fortes de Sorcelleries, comme en cas pareil ils 
oncrrouué lemotd'Efprit familier, &: en Afrique les 
Dormons blancs : &: en Grèce les S\ billes:&: en Aimai- 
gne les blanches S)biiies,& en TFrance les Fècs. Dc- 
c[uoy i'ay bien voulu aduercir lés LccSleurs , à fin qu'ils 
ne i'abulcnt (bubs le voile de ces beaux mots. Car 
comment cft il polliblc,cc que efcrit ce bon Douleur, 
■que chacune Planette, voire chacune Eftoille ait vn 
mauuais Dçmon,aufri bien que vn bon Da:mon,puis 
qu'il n'y a point de Diables au Ciel,' &c que tout le mal 
cil enclos au monde élémentaire, qui n'eft qu'vne pe- 
tite'particule de ce grand nombre, &: qui eftdiftante 
du Ciel de la Lune, déplus de cinquante mil lieues. 
Or tous 'lesTheologiens &: Philofophes demeurent 
d'accord, que chacun a foti Intelligence ou Ange, 
pour le mouvoir. Pofons que chacune Eftoille aie 
aufli fon intelligence, fi n'y eut-il iamais Philofophe, 
qui penfàft qu'il y euit des malins Efprits au Ciel, &c 
beaucoup moins deux Da^mons contraires faccorde- 
roicnc'en leurs adions, &c méfmcmcnt au mouue- 
menc inuari'able & immuable des corps celedes. Car 
ce n'eflpasàihfi queThommequi eftlibreà bien ou 
à mal faire , &r qui eft tantoft agité du malin Efprir, 
quand il fe touVne &c adonne à mefchancctezrtantoft 
du bon Efprir, quand il retourne à Dieu. D'aùantage 
comment eft-il poffiblcd'inuoqucrlebon Ange,ou 
blanc Dxmon des planettes, qu'on ne commette vnc 
damnable idolâtrie en adorant, ou la planette, ou fon 
Darmon, ou les deux enfemble, attendu mefiriCS la 
façon des facrifices ordonnez par ce gentil rnaiftrc:» 

qui prend 



LIVRE SECOND. 77 

qui prend la pierre, la plante, ranimai , le nombre, 
le cara(5lcre,le metail^rafpea, le temps propre a la 
planette,auec les charmes, hymnes 6^ inuocations, 
qui ne commette vne idolâtrie damnable ? ou de 
quelle fource font forties toutes les idolâtries de 
Bahal , qui eft le Soleil , ôc Apollon , ôe de la Lune 
Roync des Cieux," ainfi appellee par Hieremie, que ^'^f^fom.i^: 
de ces idolâtries là. OrDicuiure en Hieremie, qu'il 
deftruira à feu & à fang, &c par pcftes ôc famines, tous 
ceux là qui ont adoré la Roync du Giel: que les peu?- 
plcs de Septentrion appelloicnt &adoioient en nom 
mafculin , comme font encores à prefent les Allc- 
mans : fuyuans lancienne fuperftition de leurs peres^ 
quipenfoicntqu'ilny auoit que ceux-là maiftres de 
leurs femmes, qui, appelloicnt la Lune en mafculin: 
comme l'Empereur Caracalla difoit,ainfi que nous 
lifons en Spartian. C'eft pour refpondre à lamblique, 
Procle, ôc Porphyre, ôc à ces maiftres Dodeurs en 
Diabologie , qui ont attiré dix millions d hommes 
en leur impicté,.difant qu'il faut tout vnir, & par les 
créatures élémentaires attirer les Eftoilles , ôc planet- 
tcs, ôc par icclles leurs Démons , ôc puis les Anges ôc 
moindres Dieux celeftcs , ôc puis par ce moyen auoir 
Dieu. Et ncantmoins tous ces^bcaux médiateurs n'at- 
tirent que Sathan,&pour cefte caufe le xxvi. arti- 
cle de la détermination de la Sorbonnc, faidic l'an m. 
cccxcvirr.:artranGhé Ôc condamné l'impicté de 
ceux qui tiennent que la puiffance ôc vertu des InteK: 
ligences celeftcs découle en l'ame tout ainfi que la 
puiflance des lumières ôc corps celeftes découle de-. 

P 



DES S O PvCI ERS' 
dans les corps : mais il faut encores condamner pour 
impiété dcrel^ablc,que chacune Edoillc a vn mauuais 
DemonJaçoitquclcPhilofophc Aphrodifeeareict- 
té ceft erreur, comme aufli ont faiâ: Porphy re^ProcIe, 
lambliquc. Et pour ccfle caufe Virgile introduidb lu- 
noGui défend à Ale6todevolcrauCiel. Maislesvns 
du meilleur fens qu'ils cu(îcnr3ieunoienr,& facrifioiét 
aux bons Démons ^ ôc autres petits Dieux , de demy 
Dieux 5 mcflarit parmy Hercules ^ Bacchus ^ Apollon, 
:y£fculape, Abraham, Orphée, lefus-Chrift , comme 
Alexandre Scaerc,ainfi que nous iifonsen Spartian. 
C'efl; pourquoy Dieu en fa loy tant de fois a répété 
qu'il ne failloitferuir, ny adorer autre Dieu que luy. 
Car le mot Hcbrieu77;//f^wf/7,qui cft au Decalogue, 
& le Caldean Tijgur^ qui eft tout vn, ne fîgnifie au- 
tre chofe que fenclincr,quc les Latins difent adorer, 
Ç^//i, did: Pline, adoranJo dexteram àidofculum rejrnmt^ 
totûmque corpus circumagunt ^ quod in Uunm fecijfe reli^ 
giofiHs ejfe puant. C*eft à dire, que les François tour- 
nent le corps en faifant la reucrence ou adorant & 
baifant lamaindexrre, &penfent que c'eftvn mau- 
nais prcfage de fc tourner à gauche. Or Dieu pre- 
uoyantque les Payens fadrefTcroient premièrement 
aux Eftoillcs &piancttes, Vautres créatures, il le dé- 
fend bien expreffcmcnt fur la vie : Et qui plus cft, il 
^.Bxoliex. jefend -» de faire dcgrez à fon autel , poury monter , à 
fin quon allaft droi6i: à luy, & non pas par les de- 
grcz que les Platoniciens, Pythagoriens , & autres 
Payens fuiuoycnt. Et faidl bien à noter que le com- 
mandement de ne faire degrcz pour aller à l'Autel 



' LIVRE SECOND. 58 

de Dieu , eft mis tofl: après au Decaloguc , Se au mef- 
mc chapitre , oii il n'eftoit mention , ny près , ny 
loing de temple ny d'Autel : qui monftre bien , qu'il 
ne doibt pas fentendre de pierres feulement. Or pour 
monftrer l'impiété de cefte belle Magie blanche, c'eft 
que ccluy qui fe vouloir feruir pour iouïr, ôc obte- 
nir ce qu'il pretendoic , il portoit l'efSgic de la pla- 
nette fai6te , & forgée auec les folemnitcz prcfcrites : 
ce que i'ay bien voulu remarquer , par ce que i'ay 
veu de grands Seigneurs , 5c mefmes des perfonna- 
gcs qui eftoient en réputation, famufer à telles im- 
pictez, voire bailler à vn des plus grands Princes de 
la Chrétienté, qu'il n'eft icy befoing de nommer, 
vne image d'or de luppiter forgea par la Theurgie, 
qu'il portoit fur luy pour le faire plus grand, ôc qui 
luy fut trouuee pendue au col après fa mort, qui fut 
miferable. Auflîauoit il vn Sorcier Neapolitain, qu'il 
appclloit fon Conferuatcur à douze cens liurcs de 
gaiges. Or le commandement de Dieu , qui didl, 
Taillernete feras image, vfe du mot Hchneii , pejfel 
Vos qui fignifie tout image moulée, taillée, grauee, 
burinée , ôc l'idolâtrie en ceux qui portent telles ima- 
ges ôc charadteres, efl: plus grande fans comparaifon, 
que ceux qui fenchnent dcuant les images de ces. 
Dieux que i'ay di6t , ce qui toutesfois eft dcfendu 
par la loy de Dieu ^ fur peine de la vie/. Mais la^'_ ' ^^* 
diifercnce des Pythagoriens , Académiques , ^ 
Çayens , qui vfoient de telles chofes de la meillcu- 
r:c,confçicnce qu'ils euflcnt , eft norabJe ; car ils 
n'cftoicnt ;pas Sorciers , encores qu'ils fuflent ido- 



'':J DES S ÔRgiERS 

latreSjpenfans adorer Dieu, «Se dignement le feruir par 
tel raoyen:Maisbicn'ceux- là font Sorciers qui fçauéc 
la defenfe,'& fçaucnt que le Diable eft autheur, $c in- 
uenteur de telles mclchancetcz , & ncaiitmbins en 
vfent. Pourfuyuonsdonc parle menu,<Scleplus fo- 
brement que ferefc pourra, les moyens qui font illi- 
cites, pour icn garder, &: les bien confîderer, quand 
on viendra à iuger de ceux qui envfcnt. En quoy io 
me trouuc bien empefché. Car de monftrer, Ôc tou- 
cher au doigt & à l'œil la façon, les moyens, les parol- 
]es,dcfquellesil fautvfer, ce feroit enieigner, ce qu'il 
faut enfeuelird'vne éternelle oubliance*. Et de paflcr 
auflî en vn mot non entendu, l'impiété, qui fe com- 
met en tel cas, ce n'efl: profiter, ny aux ignorans, qu'il 
faut àduertir de fe garder de lafofle, ny aux iuges, qui 
veulent cfl:reihfl:rui6i:s du mérite du forfaiâ:, à fin de 
ne iuger à veuedepays : Et mermement énce temps 
icy, queles vîtles;les villa'^és,les champs, ô<: les Ele- 
mens, font infeélez de telle poifon,iufq[ues aux oii.'-; 
fans , combien qu'il me feroit impoflibîe de remar- 
quer la centiefriie partie des impietcz qui fe commet- 
tent,& que ie ne véufçauoir,&: quand iéles fçaurois, 
le les vOudrois fupprimer : mais bien ie mettray qucl<, 
que chofepar cfcrit de ce que i'cn ay leu par efcrit^ ou 
es procez qui fe font prefentez. Combien que les ma- 
lins efprits à chacune heure, inuentcnt des nouuellcs 
fciences , nouuelles mcfchancetez : comme di6l le 
poète: tibi nomma mille, mille nocendî dries^^cOx Vvièr> 
qui fe faid appeller Dcfenfeur des Sorciers^ne fe peut- 
cxcufer d'vnc impieté extrême d auoirmis en fonli- 



LIVRE SECOND. 59 

ure les plus detcftables forpiules, qu'on peut imagi- 
ner, fi bien qu'en apparence il me did: du Diable Se de 
fes inuenrions,^: neantmoins il les enfeigne & touche 
au doigt, iufques a mettre les caraderes ôc mots, que 
fonmaiftre Agrippa ne voulut publier tant qu'il vcf- 
cut.C'eft pourquoy i'ay le plus, qu'il m'a efté poflible, 
couuert ôc cachée ce qu'il faut enfeuelir d'oubliance, 
Ôcmc contente que les iuges cognoiflent ce qui mé- 
rite peine, & les ignorans ne tombent es filets que ce 
bon prodieteur à préparé pour les piper, & tirer à la 
cordelle de Sathan. Les moyens que nous auons dcf- 
dui6ts par cy dcuant , fiDnt tirez du fi^rt , ôc femble 
qu'il n'y a rien que le hazard : mais en celles qui fcn- 
fiiyuenr, ilyadesparolles, & certains mouuemcns Ôc 
images, qui monilrent euidemment la prefeiice du 
maling Efprit, comme faire danfer le tamis, qui a cfté 
vfité des anciens atout proposrcommconpeutveoir 
en Lucian :dont le prouerbe fut pris, parler au cri- 
ble, c'eftà dire yXOG-Kivû) /LKtvrivea-ùojj ^Tlieocrite 
appelle tel dcuin^ Crible forcicr, encelieu, ^TTg j(9t) 
tùy^ià)t duÂduhct xo(T7tivoficivriç, ôc plufieurslefonc 
lans fe cacher. Et me fuis trouué il y a xx.ans en Ivne 
des premières maifons de Paris , ou vn icune homme 
fiftmouuoirdeuantplufieursgens d'honneur, vn ta* 
mis fans y toucher, ôc fans autre niyfterc,finon endi- 
fant certains mots François que iencmcttray point,& 
ks réitérant pluficurs fois. Mais pour monftrer que le 
malin efprit eftoit auec ccfl:uy-là,c'eft que vn autre en 
fon abfence le voulut faire,en difant les mefmcs paro- 
les, ôc ne fift rien. Quant amoy^ie foufticns que c'ell: 

P iij 



DES SORCIERS 

vneimpieté:car premièrement c efl; blafphemer Dieu, 
c. vcater.is). que Je lurcr autre ^ que luy, ce qu'il faifoit:En fécond 



H 1er. y c^ 



lieu,c'eft vn moyen Diabolique, attendu qu'il ne fc 
peut faire par nature, &: qu'il ell défendu par la loy de 
Dieu. Et de dire que la vertu des paroles y faidt quel- 
que chofc on void cuidemment que c'eft vue piperic 
Diabolique , de laquelle les malins cfprits ont accou- 
ftumcd'vfer, pour attraper les ignoras, & les achemi- 
ner peu à peu à leur efcole. Et mcfmes Ican Pic Prin- 
■j.invofmo'^ç^ de la Mirande efcrit ^ que les mots barbares, & 
non entendus, ont plus de puiffance en la Magie, que 
ceux qui font entendus. Et pour le decouurir enco- 
resplus, il n'y apaiïant de village qui ne fâche, que 
par le moyen d'vn vers àcs pfalmes, que ie ne mettray 
pointjcftant prononcé pendant qu'on faid le beurre, 
il eft impoflible de faire rien. Et mefouuicnt, que 
eftant à Chclles en Valois , vn petit laquais empef' 
choit la chambrière du lo^is de faire fon beurre : elle 
menaffa de le faire fouëter pour luy faire ofler le char- 
me, ce qu'il fift, ayant did; à rebours le mcfme vers 
auÛî toft le beurre ie fift, combien que on y auoit em- 
ployé prefque vn iour entier. Sic'eftoitqu'ony mift 
du fuccre tant foit peu, il eft bien experimentc,que le 
beurre ne fc peut coaguler:Et cela eft vne Anthipathic 
naturelle:comme en cas pareil vn peu de cuiure getté 
en la fornaize de fer , empefche que la mine de fer 
puifte fondre, & fe tourne entièrement en ccndteifefl:. 
pourquoy les forgerons ayant allumé le feu, veillent à 
cela que perfonne n'approche de leur forgc,craignant: 
qu'ony gette du cuiure. Mais on peut demander fil! 



LIVRE SECOND. 6q 

ell licite de prononcer vn pafîage de !a Sainde Efcri- f 
ture, comme de dire vn verfet des pfalmes quand on | 
fe couche, pour feueiller à quelle heure on voudra. 
Et combien que le verfet ell pour exciter Dauid à 
|. prier,&: chanter les louanges de Dieu 5 fi eft- ce que ie 
ne le mettray point, par ce que c'eft malfai6t de don- 
ner quelque force aux paroles, quand il n'y auroit au- 
tre chofc que d'y adioufter foy ,c'efl: touiîours pour 
paflcr outre, ôc par tels commencemens fe précipiter 
en chofcs fuperftitieufes & mcfchantcs. Et à fin qu'on 
ne foit pipé par les Sorciers, leurs rcceptes font pleines 
de belles oraifons, dePfalmcs,du nom de Icfus-Chrift 
à tout propos, de laTrinité, de croix à chacun mot, 
d'eau beneifte, des mots du Canon delà MefTcj^/on^ 
m exceljîs j omnis jj)iritus laudet T)ominum^à porta inferiy 
credo njidere bvna Domini^ç^c. Qui eft chofe d'autant 
plus detcfl:able,queIesparoIles Sain6les font appli- 
quez aux Sorcelleries. Etparainfi ceux qui prennent 
la hache, &: la mettent droidc à plomb,en difant quel- 
ques parolles Saindtes, ou Pfalme , & puis nommant 
les noms de ceux defquels on fe doubte, pour defcou- 
urir quelque choie, & à la prolation du nom de celuy 
qui cftcoulpable, que la hache fe mouue, c'eft vn art 
Diabolique que les anciés appelloient Axinomantie ^ s. ê^^m,,^^ 
Et en cas pareil la Dadyliomantic auec l'anneau ^ [uv7\k 
k verre d'eau^de laquelle vfoit vnefameufe Sorcière 
Itahenne en Paris, Tan M.D.LXil.enmarmotant ienc 
fçay qlles parolles, & dcuinoit par fois ce qu'on demi- 
doit par ce moyen, ô<: neantmoins la plufpart y eftoiet 
trompez. loachim de Cambray recite, que Hicrofme 






DES SORCIERS 

Moron depuis qu'il fut Cancclier de Milan , auoit vn 

anneau parlant,ou pluftoft vn Diable, qui en fin paya 

, fon maiftrc, àc le fcifl: chafîer de fon eftat. Tcxitcsfcis 

reix\xdfm, il y en a, qui appellent cefte force Hydromantie*, àc 
difencque la Dadbyliomantic, f entend des anneaux 
où les Sorciers portent les efprits, qu'ils appellent fa- 
miliers, que les Grecs appellent S^cujuovojç TCoupi^ç^vç. 
Cefte manière de Sorcelerie eft des plus anciennes:car 
nous lifons que Exceflus tyran des Plioccnfes auoit 
deux anneaux qui par coUifion de l'vn à l'autre, luy 
predifoyent l'aduenir, & qu'il fcroit cruellement tué 
comme il futicar c'eft ainfi que Satlian, paye fes bons 

5. myt^f- fuiets, &: quant à l'Hydromantic, & Pe2;omantie% 

TB^x, ex fonn- \ ^ ^. /T • .^ T., 

hu4. 4^1 le pradtique es Fontaines , on tient que Numa 

Pompiliusen vfoit. MaisVarron l'entend autrement 
quand il dicSt que vn ieune enfant apparceut vnc ima- 
ge en Teau ( eftant employé par les Sorciers ) qui 
prononça cinquante vers de toute la guerre Mithri- 
datique , auparauant qu elle aduint. Aufli peut oa 

9. kiz^mi' doubter, quelle eftoit l'Aeromantic', fi ce n'eltoic par- 
tie de la fcience Augurale , qui dcuinoit par la difpo- 
fition de l'air. Quant à celle qu'on difoit Alphito- 

7. iA<piT«^»-mantie^,ou Aleuromantie^c'cftoit auflî vne forte 

8. ^\wq^txxlv de diuinacion par farine,dc laquelle parle lamblique : 
"^^lih-^xA. u. i^^is il ne did point comment. Il parle aufli de Litho- 
o.KA^^.uln^x. mantic°,par pierres, qu'il n'explique point: mais ic 

ex Upide. ., 1 / 1 /t- • 1 rr 1 1 1 ' 

1 ay touche cy dellus, interprétant le pallage de la loy 
de Dieu, qui défend d'adorer la pierre d'imagination: 
où il fembie que c'eftoit vne pierre exadement po-' 
lie en forme de miroiicr, pour imaginer, &: dcuiner.* 

Mais 



LIVRE PREMÎETl, 6i 

Mais bien pourroic on auilî appeller la diuination, 
qu'on cherche par la pierre, en portant l'Amathciftc^ 
au doigt^qui s appelle no^n^M enHebricu , & Arabef- 
que^pourla propriété naturelle qu'elle a de faire fon- 
ger,carrarticle^«,eft ArabefquCj lereftedela didlion 
Hébraïque fignifie Songe. Autant peut on dire delà 
diuination du Laurier,qu'on appelle Daphnomantie . 
*qui eft la plante dcdiec anciennement à Apol!o,pour ^-^^^^'W/' 
Topinion qu'on a qu'elle faid fonger , & c^ui a grande ^^^w^- 
force en Magie,commedifoitProcle Académicien, 
l'accorde bien qu'il faid fonger , comme auflî fai(5t 
toute plante odoriférante, & toutes fumées: mais j 
ic tiens que c'efl chofe illicite, &: diabolique d'en vfer^ 
pourfçauoir la vérité des chofes ; car c'efl: auoir re- 
cours à la créature, ^laifTer le Créateur en termes de 
diuination: ce cjui efl défendu eftroidtemenr. Nous 
ferons mefme iugement de la Cephaleonomantic, 
^ qui eft la diuination par latefted'vn Afnc. le n'ay ^^^^f^^""" 
point Icu comment cela fe faifoit: mais ie croy qu'elle ^^^^'^pi u- 
elloit venue des ^Egyptiens. Car nous Iifons en lo- '^' 
feph contre Appion le Grâmairien amballadeur vers 
l'Empereur Caligula , qu'il calomnie les luifsd'auoir 
eu au temple de Dieu vnetefted'Afne. Qiiantàla Py- 
romantie/&Capnomantie,quiert;oit la diuination /;'^^-^^", 
qu'on.prenoitparreUj & parrumeesde certaines le-^^*- 
menceSjelle eft plus diabolique que les précédentes: "'"^'^"'" 
Car clic tire après foyvnepaifumigation &: cncenfc- 
ment , pour donner le fuget , &: corps au malin efprir, 
èc de celle-cy pluficurs ignorans font pippcz par les 
Sorciers, qui difcnt que ce n'eft que Magie blanche.îl 

CL 



DES SORCIERS 

j.jxôW'r^cc s'en faut mieux garder que de la pcftc. Quât à la Rab- 
exyir^ii. domantie , leTay veupiadiqueraTlioulouzeparvn 
médecin qui marmottoic quelques paroles tout bas, 
pourfairebaifcries deux parties de lavcrge:maisilne 
pouuoitricn faire^difant que ceux qui ciloiéc prcfens 
n'auoient point de foy. Apres auoir fait cela ils en pre- 
ncnt deux petits lopins, qu'ils pendét au col, pour gué- 
rir de la fleure quarte. Tout cela ne vaut rien, Ôc tels 
charmes de paroles ne fe pcuuent faire fans l'a ffiftan- 
é.^vMfwlv' cedeSathan.QuantàlaXylomâtie/ily avndo6teur 
'u%no. Hcbrieu,qui en fait métion au liure ou il a extrai6l les 
fîx cens &c treize comandemens de Dieu, & di6t qu'el- 
le fe pracliquoit en Sclauonic.aucc de petits lopins de 
bois:iencfçay qucc'efloir, &: meferoitimpoflible de 
i.rhomof. 1. recueillir tout ce qui en eft. Thomas d'Aqum ^ en a rc- 
z.difi.9^. e^• cité plufieurs, ôc nonpastoutesfois lacentiefmepar- 
lô.q.^j^^itHr j-ie-^^jg ji [^ff^j;^ cle ce q^ç j'e^ ^y ^^j^ pour iu2;er des 

m'micr 16. fcmblables,oiî il eftqueiuon de paroles fecrettes,ou 
q.t.^cufp. caradleres qu'on appliqucauec lesfimples. Nous di- 
rons en fon lieu fi la parole à quelque efFe6b fans autre 
adion.Mais de toutes ces ordures il n'y en a point de 
plus fréquente par tout,ny de gueres plus pernicieufe, 
quel'empefchement qu'on donne à ceux qui ie ma- 
ricnt,qu'on appelle lier refguillctte,les anciens Latins 
diioienz 'vacordiam iniicere:, iufques aux enfansqui en 
font mefl;ier,auec telle impunité 6<: licence, qu'on ne 
s'en cache point, & plufieurs s'en vantent , qui n'cd 
i.LtLi. pas chofe nouuelle:car nous lifons en Hérodote, 'que 
le Roy d'Egypte Amafis, futlié &empefché deco- 
gnoiflrcLaodice fafcmme,iufqucsàcequ'ilfut délié 



LIVRE SECOND Ci. 

par charmes & precations folenncUes. Et en cas fcm- | 
blable les concubines de Theocîoric vferentdemeC- \ 
mes ligatures cnuers Hcrmanbcrge , comme nous li- \ 
fbns enPaulu^miljCnlaviedeClotaire i. LesPhilo- ^ 
fophcs Epicuriens fe mocqucnt de ces merueilles , (î 
font-ils cftonnez de ces nouëurs d cfguillettes , qui (e 
trouuent par tour, & n'y peuuentiamais donner aucû 
remède naturel. C'eftpourquoy au Canon/ il efl:dit2.35.j.8./ 
ainfî : Stperjoniarias j et maleficas artcs ^ vcculto ^ Jed nun- 
oHdminïujio Dei ïudicio fermittente ^^ diabolo vr^f ayan- 
te , concHbitHsnonJequ'itHryddDeHmferhumilem confcjjto- 
nem ejl recurrendum . De ce pafîage on peut retirer 
quatre ou cinq chofes notables: Premièrement, que 
la copulation le peut empefcher par art maléfique, en 
quoy s'accordent les Théologiens ^ &: mefines Tho- 
mas d'Aquin^fur le quatriefiiie liure des Sentences,<5^i- 
Jlinélionexxiiii. où il efl: efcrit , qu'on peut eflre lié 
pour le regard d'vne femme,& non pour les autres, ôc 
au dernier chapitre de Frigidis : En fécond lieu que ce- 
la fcfai6t par vnfecret,&:toutcsfoisiufl:ciugement de 
Dieu, qui le permet: Entroifiefmclieu, que le diable- 
prépare tout cela : En quatriefme lieu, qu'il faut a- 
uoir recours à Dieu , par ieufnes &c oraifons. Or ce 
quatriefme poindt eft bien nocablc^d'autant que c'eft ^ 
vne impieté, de s'efforcer d'eflrc deflié par moyens ' 
diaboliques , comme plufîeurs font : Car c'eft auoÏK 
recours au diable , ôc auxfuperflitions diaboliques. 
Encorescft-il pluseflrange cjuc les petits enfans,qui 
n'ont aucune cognoiffance des forcelcries en vfent 
en difant quelques paroles, &: nouant vne efguillettc. 

QJJ 



DES SORCIEîtS 

Et me fouuient auoir ouy dire à Rioic Lieutcnnnt gê- 
nerai de Blois,quvne femme à l'Eglifc apperccut vn 
f)etit garçon nouant l'eiguillccce lous fon chappeau 
ors qu'on eipoufoit deux perfonnes, &: futfurprisa- 
uecrefguillette, &s'enl:uit. Il y en eutvn autre con- 
damne a mort pour telles liaifons parluy confcflces 
de trois mariageSjpendant qu'on difoit la méfiera cer- 
tains miors que iencmettraypoint : il confeflaauflî 
auoir efté aux affcmblccSj ôc facrifîces des Sorciers,, 
ayant adoré le diable, en forme de boucje tout par fa 
confeffion fans tourture^il s'appelloit Abel de la Rue, 
I exécuté l'an ijSi.pararreftdelaCour. Eftant auffia 
Poi6liers aux'grandsioursfubftitut du procureur du 
Roy, l'an 15 (^y.on m'apporte quelque procès de Sor- 
ciers, &: comme ie recitois le fai6t du procès àmo ho- 
ftefre,qui eftDamoifelleenbonereputation,elledif- 
courut comme fort fçauante en telle fcience,en la pre- 
fcnce de Lacques de Beauuais,Iors Greffier des prefen- 
tations du parlement de Paris,&: de moy eftans logez 
enfemble , qu'îly auoit plus de cinquante fortes de 
nouer l'efguillette : l'vnepour cmpefcher Hiomme 
marié feulement ; l'autre pour empefchcr la femme 
mariée feulement, à fin que l'vn ennuyé del'impuii- 
fcnce de fipartie comettc adultère auec d'autres. D'a- 
uantage elle difoit qu'il n'y auoit gueres que l'homme 
qu'on liaft'.Puis elle difoit qu'on pouuoit lier pour vn 
iour,pourvnan,pouriamais,oudu mois d'autat que 
Kefguillctte durcroit,s'iIsn'efl:oient dédiez, &r qu'il y 
I auoit vne telle liaifon,que l'vn ai moitrautre& néant- 
1 moins cftoit hay à mort ; l'autre moyen qu'ils s'ay- 



LIVRE SECOND. (^^ 

moient ardemment, & cjuand c'eftoit à s'approcher, 
ils s'egrangnoientj& battoient outrageufemét, com- 
me de faideftant à Thoulouze onmedift qu'il y a- 
uoit eu vn home ôc vne femmc,c]ui eftoicnt ainfi hez, 
èc ncanrmoins trois ans après ils fe r'allierent^&eurent 
de beaux enfans. Et ce que ie trou ue plus eflrangeed 
que la Damoirelledifoit,q>ue tandis que l'erguilletté 
dcmeuroitnoûec, onpouuoit veoir fur icelle, qu'il y 
venoit des enfleures , corne veruques,qui eftoit^com- 
me elle difoit , les marques des enfans qui fuflent pro- 
créez fi les perfonnes n'euffentcfté nouées: & qu'on 
pouuoit aufli nouer, pour empefcher la procréation, 
&non pas la copulation. Elle difoit encores qu'il y-a 
des perfonnesj qu'il eft impoffible de nouer: ôc qu'il y 
en a qu*on peut nouer dcuant le mariage:& aufli après 
qu'il eft confommé,mais plus difficilemét. Etpaflanc 
outre, elle difoit qu'on peut empclcherles perfonnes 
d'vriner,qu'ils appellent chcuillerrdont il aduient que 
plufieurs en meurent : comme i'ay fçeuque vn pau- 
urcgarfoneneuyda mourir, &:celuy quil'auoit che- 
nille ofhi l'empefchemcnt pour le faire vriner en pu- 
blic , ôc fe mocquer de luy ; depuis le maiftre Sorcier 
quelque temps après mourut furieux & enragé , La 
Damoifelle nous rccitoit auffi les diuerfes paroles 
propres à chacune liaifon,qui ne fonrny Grecques, 
ny Hébraïques , ny Latines , ny Françoifes , ny Eipa- 
gnolcs, ny Italiennes,iccroy quelles ne tiennent rien 
non plus des autres langues, & de quel cuir, de quelle 
couleur il falloir quefufl: fefguillette, &: de combien 
de noeuds :, ôc à quel endroi(3: de la Mefle , & à quelle* 



DES SORCIERS 

paroUcs. Jamais tous les Dodcurs qui ont cfcrit fur le 
tikrcdef^tgiclis &■ maltjïciatts^nomncn entendu au prix 
de celle-là. Ec d'autant que cela elloitcomun cnPoi- 
d:ou,le luge criminel de Niort^ fur la fîmplc délation 
d'vnenouuclle cfpoufcc, quiaccufoit favoifinc da- 
uoir lié fon mary^la fcifl: mettre en prifon obfcure l'an 
1560.1a menafTant, qu'elle ne fortiroit iamais, fi elle 
ne le deflioitideux iours après la prifonniere mada aux 
mariez qu'ils couchaflcnt enfemble. Aulfi toft le luge 
eflantaduerty qu'ils eftoient déliiez, lafcha la prifon- 
niere. Etpourmonftrer que les paroles ny lescfguil- 
Icttes n'y font rien , ains que tout cela eft conduid; &C 
' mené par l'artifice & malice du Diable, qui s'ayde des 
hommes, aydantaufli leur mefchante volonté: il ap- 
pert en ce que les paroles Latines de Virgile, que ie 
laiileray,6c le carme qu'il met,pour empefcher la con- 
ion6tionefl; intelligible, Remporte quatre mots en 
forme de Carme, &ceux dcfquels on vfc font du 
tout barbares. EtVirgilc veut qu'on face neuf nœuds, 
I nos lieurs n'en font qu'vn, les autres en fot trois pour 
f le plus.Et faidl bien à noter,que le Diablc,ny fcs mini- 
ftres Sorciers, n'ont point de puifsacc de lier les autres 
£èns,ny empefcher les hommes de boire & manger : 
comme en cas pareil ils n'ont pas la puifTance d'ofter 
vnfeul membre à l'homme horfmis les parties viriles : 
ce qu'elles font en Allemaigne , faifant cacher ôc reti- 
rer au ventre les parties hoteufcs.Et à ce propos Sprâ- 
gerrecite,qu'vn homme à Spire, fepenfant priué de 
Tes parties viriles ;,fe feift vifiter par les Médecins ôc 
Chirurgiens, qui n'y trouucrent ricn,ny blcflure quel- 



LIVRE SECOND. C4 

conque: & depuis ayant appaifé la Sorcière qui l'auoit 
ofFcnfé^il fut rcfticué. Il en recite vn autre dVn de Ra- 
uenfpurg.qui print la Sorcière pour l'eflrangler^, qui le 
rctlitua par force. Or tous les Hebrieux demeurent 
d'accord, que le Diable , par la permiflîon de Dieu , a 
grandpouuoirfur les parties geniralcs,&fur la conçu- 
pifcence, &difcnt en allégorie, qucSathaneft porté 
par le Serpent. Philon & tous les Hebrieux, difent 
que leSerpentenfensalIcgoriCjfignifie Volupté, qui 
fetraine fur le ventre. Aullî voyons-nous en Tobie, 
l 'qu'vn malin e{prittua(eptmaris,quiauoiente{pou-^''^'^'^ 
zé la fille dcRagucl,la première nuidt de leurs nopces. 
Et ne fe faut efmcruciller,n le Diable fe fcrt fort de tel- 
les laifons , car premièrement il empefche la procréa- 
tion du genre humain , qu'il s'efforce tant qu'il peut 
d'exterminer: En fécond lieu iloilele facrclien d'a- 
mitié d'encre le mary ôc la femme : En troifiefiiie lieu, 
ceux qui font liez vont paillarder ou adultérer. C'eft 
donc V ne impieté deteltab!c,6v:qui mérite lamort, 
comme nous defduirons en fon lieu r Etncantmoins 
laplus part de ceux qui vfent dételles liaifons, n'ont 
point de conuention expreffe auec le Diable, & ne 
l'inuoquéc point,mais il eft bien certain, qu'il eft tou- 
fiours auec telles gens, Difons donc maintenant de 
ceux qui inuoqucnt le Diable : caries Sorciers ne font 
pas tous d'vne qualité. 



DES SORCIERS 

Des inuocations tacites des malins EJhrits, 
Chap. II. 
A différence c(l bien notable des Sor- 
^^"^ ciers , ce qui cft befoing d'eftrc bien 
^aS entendu pour la diuerfitc des peines. 
W^^M Car ceux delquclsnous auons parie 
^^^^^/ (ifil lulqucs icy, nerontpointdinuoca- 
^^^^^^^ tion de malins cfprks , & entre ceux- 
cy la différence eftauffi bien grande, caries vns vfenc 
de quelques paroles ôc myftcres^fans exprefle inuoca- 
tion, & ncantmoins tendans à fin que refprit dife , ou 
monflre la vérité de ce qu'on cherche: les autres vfent 
d'inuocation exprefle. Les plus anciens Affyriens êc 
7. A€)(st»A«;r-Caldeans,vfoientfortde Lecanomanite^,r*empli(Tant: 
Tpelià vn baflin d'eau, Se y mettant lames d'or ôc d'argent, & 
pierres precieufes,portans certains caradlercs, Se après 
les paroles prononcées, on entédoit vne voix fubtile , 
comme vn fiffle fortant de l'eau qui rendoit refponfe, 
*'^^^^''fansinuocationexpreffc. Et la Gaftromantie^ fefai- 
foitpar vaifTeaux de verre ronds,pleins d'eau, Se après 
auoir allume des cierges, &marmoté certains mots, 
on n'oy oit pas la voix , mais on voyoit les rcfpofes par 
marqueSjôe fignes. Et en cas pareil la Catoptromantie 
^ par mirouers,la Cryftallomantie * par glaceSjOU ver- 
res cryftallins.commc dit loachim de Cambray , qu'il 
a veu vn bourgeois de Nuremberg, qui acheta vn an- 
neau de criftallin, par le moyen duquel , vn ieunc en- 
fant voyoit ce qu'on dcmandoit : mais depuis l'ache- 
teur fetrouuatrauaillé du Diable, & rompit l'anneau. 
Par la Catoptomâtie Didius lulianus trouua de quelle 

mort 



9. xsti^TO' 



LIVRE second: €f 

mort il jGnîroit^&r qui feroit fon fucccflêur,commc et j 
critSpartian. Or il fut fihaydw peuple qu il fouffrit 
toutes les contumelies indignes d'vn faquin, & en fin 
fut tué.Celle qu'on did Onymantie ^ fe faid en frot- }.e*,t;^',r««: 
tant l'ongle ou le criftal de certaines confedions,&cn 
difant quelques paroles que ie ne fçay point , puis on 
faifoitvoirà vnieun enfant,qui n'eftoiccorrompu,cc 
qu'on demandoit. Fernel au liure premier, chap. z.de 
C^bdîtis^ dit auoirvcuvn Sorcier qui faifoit voir tout 
ce qu on vouloit, en vn mirouer. Tay veu vn Médecin 
à Paris qui ne s*encachoit point: &vroit d'inuocatios 
des mots barbares,& de da:mons : Car le Diable fait à 
croire qu'il aime la virginité , à fin qu'il puifle par ce 
moyen attirer les hommes à foy dés leur tédrc ieunef- 
fè, en partie auffi pour empefcher la procréation du 
genre humain: &neantmoins il incite les perfonnes 
qu'il a gaignees à paillardifes contre nature, ôc Sodo- 
mies detcftables. Quât à la Catoptromâtie^ de laquel- 
le faid mention Paulànias/V^v^r/^^ia^^ elleeftoit autre 
que celle de laquelle vftntles Sorcières. Car fi quel- 
cun vouloir fçauoir s'il rechapperoitdefamaIadic,il 
mettoit vn mirouer en la fontaine de Fatras, deuant 
le temple de Ceres , Se s*il voyoit la figure d'vn mort, 
on iugeoit, qu'il mourroitjô^ s'il voyoit vn homme 
plein de vie , il en rechappoit. Mais il faid bien à no- 
ter, comme le Diable pipe le genre humain en tel- 
les forcelcries: car d'autant qu'il y-a des gens de bien, 
&: confcicntieux , qui ne voudroient pour mourir 
inuoquer le Diable, il leur fait croire,que c'eft la vertu 
des paroles , ou des charaderes , ou des animaux^ 

R 



DES SORCIERS 

& par ce moyen il feduit fouuenc ceux qui pcnfentc^ 
ftre les plus aduifez : Et mcfmcs Virgile y qui elloit ça 
réputation de grand Sorcier, didl: 

Carmina njcl aslopojjunt deducere Lunamr 
CarminibHS Circejocios mutauitVlypis. 

Et en autre lieu: 
Frigidus in gratis cantando mmpitur anmis^^c, 
t^tquefutas alio 'yidi traducere me (Je s. Et : 
H^cje carminibus promittitjoluere mentes ^ 
Sijlere aauamfluuiis^Sfjlumina. 'vertereretro^ 
MoÛumofque cietmanes^mugire njidebis 
Subpedïbus terram^b' dejcendere montibus omos. 
Et Ouidepafle outre, quand il parle de la Sorcière, 
quidifoit, 

Ciim. volfii^ripis ip/is mirantibus amnes 
In fontes redire Juos^concujfaquejtjlo., 
Stantia conciuio cantufretaynubdapelloy 
ISlubilâque induco^'ventos abi^oque/yocoque^ 
yipereasrumpo 'yerblSj ^ carminé fauces: 
Et fyludS moHeoJuheoque tremifcere montes^ . 
Et muzirefolum^manefque exirejepulchris 
Te quoquc Luna traboj (jrc. 
Qui feroient cliofes bien eftranges, fi elles efloicnc 
toutes véritables .-mais c'eft beaucoup de charmer, ôc 
fafciner, tellement les hommes, quilspenfent a veue 
d'œil, que tout cela foi t véritable. Et partie eft vérita- 
ble aufu'.Et de faidAmurath iii.deccnomjRoy des 
Turcs j à lacirconcifion de fon fils Tan 578. entre 
les ieuxdiucrs,fift voir à tout le peuple qui eftoit in- 
numerable, vn homme qui efleuoic vne pièce de 
bois que douze hommes ne pouuoient foubleuer de 



LIVRE SECOND. CG 

terre, puis la reccuoit fur fes e(paules , fans la toucher ' 
des mains: puis cftant couché parterre, ô(:enchaifné 
par les efpaules, & par les cuiffes, fouftenoit fur l'efto- 
machvnegroffe pierre que dix hommes à peine ya- 
uoient roulé,fe riant de ce fardeau, & quatre hommes 
fendoient de longues pièces de bois fur (on ventre. Il i 
bri{â auec les dents & les mains vn fer de cheual , en \ 
forte que la moitié luy demoura entre les dents; du rc- 
fte il en fîft deux pièces des mains. Au troifiefme coup 
donné fur vn contre de charrue, il le rompit. Il le- 
chok de fa langue le mefme contre rougy au feu: & a- 
uec {t.s dents fella & harnacha vn cheual , & le brida 
fans y mettre la main. Vn autre montoiten courant 
foudainement fur la corde tendue de bas en trefhault 
lieu , & defccndoit à reculon. Puis il fautoit eflant fur 
lacorde , tantoft d'vn pied ^ puis des deux : & tantoft 
faifoit le mefme monté fur des échafles : puis embraf^ 
fant des pieds la corde, demeuroitpendulatefteen 
bas: puis tournoit autour, ôdrcmontoit deffus. Puis 
s'attachoit à chaque pied (îx cimeterres defgaigncz, 
continuant de fauter ainfi fur la corde. Il (e trouua 
aulli deux hommes l'vnfemeit en pieds fur lafclledc 
fon cheual,& receut fur fes bras fon copagno tout de- 
bout fur fes picds:&en ceft eftat ils donerét carrière au 
cheual qui couroitcome le vet,&:tous deux fe tenoiêt 
fermes,& mefmelepl^hauttiroitdesflefches au blâc 
q luy tenoit fon copagnon:& ces z. mefmes aias atta- 
ché 1. chenaux par les brideSjl'vn mota & mit les pieds 
fur IVne des felle%<5c l'autre pied fur l'autre felle où il fe 
acnoic corne colle portât fur fes bras fon copagnotout 

R ij 



, DES SORCIERS 

debout, tcnat vne pailc de bois contre laqllc celny qui 
eftoit haut motédecochoitfâs faillir tadis qles i,rhc- 
uaux couroiét.Toutes ces adlios cftoiét véritables qui 
fefaifoict par le Diable, qui a vne vifteOe & force in- 
I croiablcrmais il y-a auili par fois des faicinanos defql- 
I les leDiableeftaufTiautheurtEcnefepeuuét faire hu- 
mainemét ny par la vertu des paroles, quoy q les plus 
fçauans en telles fciences ayentcfcrit : mais le Diable 
eft feul autheur^ &: miniftre de telles fafcinatios.Et n'y 
a point de plus fort argument que celuy que i ay di6l, 
que le Diable en toutes langues trôpe les hommes par 
le moy é des paroles Grecques^Latines^barbares & in- 
connues aux hommes , & neantmoins diuerfifiant les 
mots en diuerfes nations pourmelmechofe. Cela le 
peutvoir en Virgile, &:Theocritc Poètes, IVn Grec, 
l'autre Latin, &: MarGellus,& Nicolaus Médecins, &: en 
Pline mefme, qui rapporte plufîeurs mots pour telles 
impofturcs , qui n'ont rien de fcmblable aux mots des 
Sorciers de noftre temps : Et mcfmes il y-a des croix à 
îoutpropos & des hofties, comme il a cfté aueré au 
procès de l'Aueugle, qui fut pendu à Paris auec deux 
autres conuaincus ^ & qui depuis confcflèrét Tan 1 5 yij 
qu'ils vfoient des hofties , &: des croix, & de plufîeurs 
oraifons,qui eft le coblc d'impieté,que le Diable faid: 
feruirce que les Sorciers eftiment le plus fàin(5l aux 
chofes les plus dcteftables. Car il me femble que celuy 
n'eftguercs moins coulpable quife mocque, ôcblaf^ 
phemc lupiter , qu'il pcnfe eftre Dieu (comme faifoic 
l'Empereur Caligula) que s'il fc mocquoit de Dieu, le-- 
quel regarde toufiouis la confcience,ô(: la volonté des 
hommes : tout ainfi que le premier^ qui fut appelle 



XIVRE SECOND Cf 

Sccuokjpenfant tuer Porfenna Roy d es Hetrufqwes, 
tua fon licucenant,n'eftoit pas moins coulpable , que 
s'ileuft tuéle Roy. C'cft donc le but & l'intention du 
diable d'arracher du cucur des hommes non fculemét 
la vraye reIi^ion,ains aufli toute confcience & crainte 
de mal faire,&: faire entendre aux fimples que ce n'eft 
pas luy,mais la force des paroles. Icy peut efl:re,on di- 
ra , que la Cabale,qui eft la Philofophie des Hebrieux 
donne force aux paroles , & caraâ:eres , comme ort 
peut veoir en Reuclin,Galatin, &: aux pofitios Caba- 
liftes de Picusrie dy que la Cabale a deux partiesdvne 
qu'ils appellent de Bercfchit,qui eft à dire, mprincipio, 
C'efl: Icpremier mot de laBibie,5^ celle-cy eft la vraye 
Phyfique ôc Philofophie naturelle, declarans cegrâd 
opifice du mode,&: les chofcs fecrettes couuertcs fous 
allégories, & reprenant les opinions des autres Philo- 
fophes contraires àlaloy de Dieu . La ftcondc partie 
eft celle qu'on di6l delà Mercana^c'eft à dire du cha- 
riot,pour la viiîond'Ezechicl, ou Iamaieft:cdcDicu 
accompagné de fes Anges eft figuree,qui eft haute & 
difficile; Et neâtmoins rauiffant l'intellcdt en admira- 
tion,& contemplation du monde intelligible,que les 
Hebrieux appellent les eaux furceleftes,&:la Phyfique 
les eaux inférieures. On void es Prophètes &en laloy 
de Dieu qu'il y a de grâds &c beaux fecrets des œuures 
de Dieu cachées fous les allégories de la Bible»comme 
on peut veoir en Phy 16, Léon Hebricu,Origene, & en- 
Salomon,qui y prcdra garde de près. Et que les fîinds 
personages,&:Prophetesontlaifle de bouche en bou- 
che: mais ils n'ont pas fi curieufcmét efpluché ny fubri 
lizé furies claufes,. fui les mots ,. fur les fy Ikbes^ fur les 



DES SORCIERS 

lettres voire iufques aux poindbs & figures de chacune 
lettre, comme depuis ont faid les derniers luifsj qui 
font raerueilles de fubtilizer far le grâd nom de Dieu, 
duquel ils compofent 71. noms de Dieu, ôc autant 
d'Anges: & puis ils fubcilizcntauilifur les nombres, 
qu'ils appellent Sephiroth,&:penfent qu'on peut fai- 
re mcrucilles auec ces noms,& nôbresiMais cela m'eft 
fort fufped: quand ie voy que les Sorciers, comme A- 
grippa ÔC fes compIices,fouillent ce grâd &c facré nom 
d^ Dieu,enlc mellant en leur cara6i:eres:aufqu£lsDa- 
^. ja .45?. ^ . j , s'addrcfTe quand il did, 

Aujjidira t Eternel au me (chanta 
Pourquoy "vas W mes edias tant prefchant., 
Etprens mon nom en ta bouche maligne^ 
Keu que tu as en haine dijciplinef 
Reuclinôc Agrippa ont faufemencefcrit, que ludas 
Machabee obtient vidoire contre Ly fias & Antioche 
leNoble pour auoir fait peindre en facornete ces qua- 
trcs lettres ' d a û>qui fignifient mn^o^^Ka tq^'» qni eft (cm- 
; blable à toy entre les forts ô Eternel ? Ceftoit bien le 
; mot du guet,qu'il donna a fon armce,mais nô pas que 
l pourlescaraderes il emportai la vidoire. Et par ainfi 
les noms de Dieu en la boucIie,és tables,€s caraderes 
, . ou de ceux qui le tètent nefi: pas fandifié.ains pollué, 
&DiaIpheme.Orilcltdiden laioy deDicu,'^qucce- 
luy qui prononcera fon no par mefpris doit eftrc lapi- 
dé. le ne doute point que les malins efprits n'ayent en 
horreur ce facré nom,6<: qu'ils ncfuyentfoudainquâd 
ils oyent prononcer mn^ .Mais il eft certain que le nom 
mu^ qui fignific lEtcrncl prononcé en toutes langues à 



LIVRE SECjJOND c^ 

mefmc cfFcd.Et le feul nom de Dieu , qui eft vulgaire 
& commun, prononcé à bonne intention , (oudain 
chafle les Diables , comme il eft aduenu toutesfois & 
quantcsquVn Sorcier en raflemblce des autres a ap- 
pelle Dieu à fon ayde:ô<r qui plus eft, la feule crainfte, 
& frayeur qu'on a de Dieu chaffe les diables y comme 
nous dirons cy après. Et mefmes Paul Gnlhnd^ c^ni ^xlki. de sor 
viuok l'an mil cinq cens trctc fept^efcrit qu'il y eut vn '%^- 
pauure homme Sabin demeurant près de Rome , qui 
fut perfuadé par fa femm^e de fc greffer , comme elle, 
de quelques vnguenspour eftre tranfporté auec les 
autres Sorciers (penfant que ce fuft la vertu de la gref- 
fe, & quelques paroles qu'on diâi, &r non pas le Dia- 
ble ) fe voyant tranfporté au conté de Beneuent, qui 
eft le plus beau domaine du Pape , & fous vn grand 
noyer, oùily auoitinfinis Sorciers qui beuuoientô^ 
mangeoient,commeilfembloit,il fift comme les au- 
tres, &: comme il euft dcmandé^plufieursfoisdufel, 
que les diables ont en horreur , en fin on luy apporta 
du lèl,comme il luy fembloit,alors il dift en fon Italie 
Laudatofta T>iOj>pure venuflo auejhjalc , Lo u é foi t Di eu, 
puis que ce fel eft venu.Si toft que le nom de Dieu fuc 
profcré toute la copagnie des diables &: des Sorciers, 
Ôd toutes leurs viandes s'efuanouirent en rié,/5c demeu 
ra le pauure homme tout ntid,qui s'éretourna aupays 
àccnt lieues de la,mandiat fon pain; 6^ deretour qu'il 
fut il accufa {à féme,qui fut bruflee toute vifue., apres- 
auoir confcfic la veritér'&: accufé plufieurs airtres, lef- 
quelles furet auflî couaincues S< bruflees^Qui eft bien 
pour moûfter , que l'effecSl: des merueilles ne gift pa^. 



DE s SO R CIERS 

auxfigures,auxcaradcres, auxfyllabes, aux paroles^ 
mais en la crainte de Dieu : Et que le diablepour cou- 
urir fes impoftures , faiâ fcruir les paroles Ôz caradc- 
res , &c hoftics confacrees à Ces ad:ions. Nous auons 
diâ: que les diables ont le fel en horreur, ô: la raifoncn 
cft trcfbonne, d'autant que le fel eft la marque d'Eter- 
nité, & purité,par ce qu'il nepourrifl:,&: ne fe corropc 
iamais , & garde les chofes de corruption ôc putrefa- 
d:ion,& le diable ne cherche rien que la corruption ôc 
difTolution des crcatureS;, comme Dieu la génération. 
C'eft pourquoy il cft commandé en la loy de Dieu de 
mettre du fel fur la table du San(3:uairc , ôc gcncrale- 
^.LeUftià.i. ment * en tous facrifices:& me femble que Platon, qui 
auoit appris des Hebrieuxcc commandement, di6t 
quelefeleftaymédesDieux.-Etau cotraire parla loy 
de DieUjii eft défendu de mettre vin ny miel aux facri- 
ficcs,come les payenscqui fîgnifie aufli qu'il faut prier 
Dieu fans flatterie auec difcrction,prudêce, ôc fobric- 
^ té. En quoyfefontabufezceux quiont penféque la 

femme ^ de Loth fuft couertie en llatuc de fel,car c'eft 
la façon de parler des Hebrieux.qui fçauoiét lesbeaux 
fecret de nature , de direvneftatuedefel,pourftatuc 
' perpétuelle, & en la loy de Dieu ' il eft diâ:, le feray a- 
uec vous vnealliance derel,c'cftàdirc,perpetuel!c. Si 
la propriété des caraâ:eres,ou figures des nos de Dieu 
auoit mcfme effeâ: , les Sorciers n'en vferoient pas en 
leurs inuocations car leurs liurcs en font pleins. Et par 
^ ^ainfi nous conclurons que la Cabale , c'eft à dire , 
infcrihunum S^P^^^^cc receuc de Dieu, par le moyen de les An- 
cA^itA^A- gcs & prophètes de bouche en bouche , ne gift pas 

en 



LIVRE SECOND. 60 

en caraderes ou figures , qui a efté caufe que ç\ii-irtmi,m 
fieurs l'ont blafmé , comme on faid: toutes chofcs"^='^P"''3. 
bonnes pour 1 abus: Mais bien en hiccï^ncintcWi- Mofes accepta 
p;éce des merucilles de Dieu^couuerte d allec^ories par f^^^^rnefcn 
toute la lamcteElcriture. Car il n y aquaii propos ny}j^o/î^ ^^^y-^,,^ 
commandemcnr^quinc porte double fens , &:quel-'*^i'^''»«<«»*- 
quesfois trois.Soitpour exemple le commandement 
^quieft faiâ:auxprcfl:res d'enfermer le Ladre quand j-ifM/'/.ij. 
il commencej&quonapperçoitia moindre playe^ôc^^'^* 
defeptiours en fcpt iours levifîteriufqucs à ce qu'il 
fbitguery,ou bien qu'il foit tout couuert de ladrerie 
depuis la telle iufques aux pieds^ alors il eit comman- 
dé dclelafclicr,car(ditl'Efcriture)fil eft net: mais s'il a 
quelque partie de la chair viue, il faut le garder de fré- 
quenter les autres. philonHcbrieus'eftonne deccma- 
demcnt politic , & fur cclàil interprerc le fens moral, 
ôc diâ; ce me féblc,que celuy qui n'a aucune cognoif- 
{àncedeDieu, & napointdcfcntiment d'iceluy, ne 
peut gafter les autres: mais celuy qui a quelque (cnti- 
ment de laloy de Dieu, & de fa vérité, ^ncantmoins 
d'ailleurs, eft deprauc de mauuaifes opinions, il cfl: 
fort dangereux , car fous le voile de religion il cn- 
tremcfle la poizon d'impiété, comme font lesSorciers 
aucc les noms de Dieu. Outre le fens politic,qui eft e- 
fcrit enlaloy deDieu,&lefensmoral,que di6t rliy- 
15, il y a vn beau fecret de nature que pas vn n'a efcrit , 
c'eft,que toute chofe qui fc corrompt infcde l'air, &: 
ceux qui en approchent , iufques à ce que la corruptio 
foit parfaidle, ce queTheophrafte^au liure des O-^" ^ '"^ 
deurs di6t en trois mots,7ruv (TdfWt^v xcltcco^î^ , quid- 

S 



t^ lrf.^iA 



DES SORCIERS 

qiùd corrtim^itur fadum exhalât cdorcm : cowïmc l'œuf, 
qui eft fort plaitant ôc bon^tefmoing Horace, qui l'ap - 
pelle anti(jUdSregHmddicidS^s\\Qoi\\vnt\\QQ,^à cftre cou- 
ué & corrompu,!! cft pua: à merucilles, &: infc6le l'air 
iufqucs à ce que la corruption foie parfaire, & que le 
poulet en forte,&: qui plus eft le bafelic ôc lauade, que 
les anciens appelloiét N ardus Celttca , pour ce que na- 
turellement clic croift en plufieurs lieux de la France, 
(5^: principalement au bas pays de Languedoc, eftanc 
couuerte , ôrprefTce, commence à fe corrompre, 6c 
put bien fort: Mais qu'on la laifTe entièrement parfai- 
re fa corruption,il en fort vn huille précieux, &c de bo 
odeur : ainfi lafemence corrompue demeurant en (à 
corruption,caufe des chanches, des boffcs & verolles 
cftrangcs , &par mefme moyen le fang des ladres eft 
bien fort infc6t,quâd il fe corrompt, iufques à ce que 
la mafîe du fang foit entièrement tournée, 6^ pendant 
qu'elle tourne ^ ilya bien grand danger d'approcher 
des Ladres;mais eftant tourné du tout,le danger celTe. 
Voyiale fens naturel de la loy. Quelquesfois il n'y a 
que le fens hiftorial,comme il eft didl que Moyfe no- 
bra le peuple,& autres chofes femblables. Quelques- 
fois il n'y a que le fens fecret: comme quand il eft di6t 
en lEccledafte chap.io. Garde toy de mal penfcr ni de 
mefprifcr le Roy en toy-mefmc,ny de blafpliemer en 
ton \iù. le Sage : car l'oifeau du ciel raporte la voix, & 
l'oifeau qui a des aifles raporte la chofe. Il n'y a point 
d'oifeau qui fâche les penfecs^ou qui les raporte. L'in- 
terprète Caldcan^ didt , que l'Ange Raziel fe faid en- 
tendre par tout lemonde, 6c lé facrificatcur Elia adef- 



LIVRE premier: 70 

couuert à tous les habitans de la terre,les cliofes qui fc 
font a couuert. Voyla tout ce qu'il di6t : mais la vraye 
intelligence eft que le Roy fîgnifie Dieu en tous les ef- 
critsdeSalomon ; Toifeau fignifiele diable, comme 
quand il eft dit en lob 1 8 . que la fapience n eft pas es 
oifeaux du ciel,ceft a dire es diables,come auflî quâd il 
eft dit que les corbeaux du torrent creuerot les yeux a 
celuy qui maudira fon père ôc fa mercc'eft que les dia 
bles efteindront la lumière de celuy qui fe mocquc 
de Dieu, &: de nature le lid fignifiele corps ou l'crprit 
rçpofe.-maisl'oiieauquiadcs aifles,fignifie l'Ange le- 
quel defcouurenoftrepcnfee fecrette comme le dia- 
ble raporte les paroles. En cas pareil la loy de Dieu 

do 1 1 j -1 o.CircHCidite 

c de coupper le prépuce des cucurs : lipy^p^j^ ^^^. 

n'y a poin6t de prépuce au cueur , & Çcvoïiim^oÇ-dium^uHro^ 
fibledc le coupper s'il y en auoit : Mais c'eft à dire '^"'"' 
qu'il fiut retrancher les mauuaifcs pen fées , les ap- 
pétits de vengeance , l'auarice &c autres vices : qui 
eft bien pour monftrer aux ignorans , qui ont blaf- 
mé la Cabale, que Dieu nous faidt toucher au doigt, 
& monftrc à veue d'œil, qu'il ne faut pas s'arrefter 
feulement au fens literal , puis qu'il eft vrayce que 
did: rEfi:rirurc , Litcra occidit , Spiritus autem '^it^ifi- cExodx^.z±', 
cat. Combien qu'ilyavntreft^eau pafiage^en la loy 
de Dieu , qui le monftre aifcz fins cela , oiî il eft 
di6b j que Moyfi^ eftant dcfcendu de la montagne^ 
où il auoit demeuré quarante iours , Se autant de 
nuidls, mift vn voile ftu'fà fice,pour parler au peu- 
ple: & quand il rerournoit parlera Dicu^ il oftoitlon 
voile , parce que le peuple ne pouuoit longuement 

s ij 



DES SORCIERS 

voir fa face tant elle cfloit luy fantc:c'eft à dire outre le 
fcnsliteral qu'il ne pouuoit comprendre les fccrcts ôc 
allégories portées en plufieurs lieux de la loy de Dieu: 
Toutes fois il efl: dicl , qu'ils Tapperceurcnt l'ayant 
vcu defcouucrt , que fa face cftoit fort refplendif- 
faute. Et fi on demande pourquoy la loy de Dieu s'eft 
contentée défaire clairement entendre ce quil faut 
fuyurc ou fuir, fans vouloir dcfcouurir les plus hauts 
fecrets, il yaplufîeurs raifons , premièrement pour 
arrejfter les hommes à méditer la loy de Dieu , ^ 
par ce moyen l'engrauer en fon cueur, & peu à peu dc- 
couurirlcs mcrueilles de Dieu auec admiration. Car 
on voit ordinairement que la facilité fait mefprifer la 
chofe ; en fécond lieu pournedegoufter les fîmples 
gens par les hauts fccrcts incomprchenfiblcs au me- 
nu peuple: &pour fiirecognoifîrequeles comman- 
demcns entendus dVn chacun fuffifent pour obtenir 
la vie éternelle. Et ceux qui par vneopiniaftreté mal 
fondée blafment telles expofitionsdefquelles lescf- 
critsdeS.Hierofme,fain6l Augufl:in,j(aind:Bafile, Se 
principalement d'Origene , 2^^ généralement de tous 
les Dodleurs Hebrieux font pleins, font iniure à Dieu 
& à tous fcs Prophètes , qui n'ont iamais parlé autre- 
nient:Et qui plus cil, les hauts efcrits de Salomon ne 
font autre chofc^que paraboles ôc allégories , qu'il a 
ainfiappellees cxpreiîement, pour faire cognoidre à 
vn chacun, qu'il ne faut pas s'arrefler au fensliteral, 
que les Hebrieux ap^c\lcntfenjkmpdjj}ic^cci\.3.(iivc, le 
fensduverfetjdonclesmauuais Latineurs ont pris le 
mot, in hocpdjj^. Se ont faid d'vn vers,vn paiîage. Or, 



LIVRE SECOND. 71 

il eft efcritj que Salomon a eu le comble de fagefle , ôc 
que Dieu luy en a plus donné^qu'il ne fift: iamais à ho- 
mc^Sc neantmoins pour faire eileuer Tefprit des Iiom- 
ines entendus plus haulc que la lettre, il di6l que la fa- 
geflc de Dieu cfl: le fruicSt que porte l'arbre de Vie. Ce 
n'efl donc pas vn arbre qu'il faut entendre, corne ceux 
qui enfeigneut la lettre. Or il cfl: aduenu que ces bons 
Interprètes du fens literal ont fait vn million d*Athei- 
ftcSjlefquels prenant au pied de la lettre le Serpent qui 
parle en Genefc, vontdifantque lesbeftes parloienc 
le temps iadis, commevnMarefchal de France difpu- 
tant auec vn prélat de réputation , après l'auoir ouy 
prefcher , que Adam pour auoir mangé lapomme, a- 
uoit attiré tout le genre humain en éternelle damna- 
tion, Iiorfmis vne petite poignée de Chrefl:iens,voyât 
que le prefchcur ne le contentoit pas du fens literal, 
du}, qu'on faifoit bien des querelles pour fi peu de cas. 
Or ce blafpheme demeura pour gaige es oreilles des 
courtifans,qui en ont fait vnProuerbc,ce qu'on n'eufl 
pas faidi:, G luy qui cntreprenoitd'enfeigner les autres 
cuft entédu,& fagement interprété ce pa{ragc;&:pour 
mefme faute Porphyre aux liuresqu'ilacompofé co- 
tre les Chreftiens, pourauoir pris le fens au pied delà 
lettre, touchant l'ai bre de Science du bien &: du mal. 
Se l'arbre portant 1 e fruid de Vie , a retiré vn nombre 
infiny d'hommes delavrayerehgion, pour les abfur- 
ditez qu'il tiroir deThiftoireliterale, &:qui ccflent,, 
prenant l'interprétation diuine, que Dieu aenfeignec 
àMoyfe,& aux Prophètes débouche en bouche, de 
qu'on void en Philon, Lcon,Moyfe fils de May moDy 

S iij. 



DESSORCIERS 

Leui fils de larhij, OngenC;& autres Théologies He- 
brieuXjôcChrefl:icns.C'efl:ccquedid:laLoy,c]uc non 
feuicmenr les beftes font immondes , qui ne ruminer, 
& qui ne diuifent point l'ongle, ains aulîi celles qui ne 
diuifcc point l'ongle encorcs qu'elles ruminer, ce que 
Origenc interprète de ceux qui s'adonent bic à médi- 
ter âccotcmpler la loy de Dieu, mais ils ne font point 
diftindion du fens literal au fcns myftic, de l'cfprit à 
é.în cduloiT. '^ chair. Saind; Hicrofme ^ appelle Origcne le Maiflre 
fcri^tomm. dcs Eglifcs Chrcftiennes après les Apoilrcs , 6c le pre- 
mier de tous les Dodeurs. Etparainfi quand nous li- 
fonsen la loy de Dieu , que Pharaon faifoit tuer les 
mafles,&'gardoit les fillcsjes Sages Dodleurs outre le 
fens literal y qui demeure véritable , ont auffi entendu 
que le Diable figuré par Pharaon, s'efforce de tuer l'in- 
telled, qui eft la partie mafculine en l'homme pour 
faire viurc la concupifcence. En cas pareil quand il cil 
diâ: que Abraham chafia la Chambrière & fon fils, 
obeiflant à Saralamaiftrcfle, les Théologiens Caba- 
liftes ont figement interprété qu'il faut obéir à la rai- 
fon qui cft maiftrelTe, & chaficr la cupidité &lepe- 
ché engendré par icelle . Quand il efl défendu de 
coupper les arbres fruidiers en faifant la guerre , faut 
auffi entendre qu'il eft défendu de tuer les gens de ver- 
tu les bons artifans. Quand il eftdid qu'on doibt 
couurir fon ordure foubstcrre, pour n'infcder l'air, 
il faut aufli entendre, que le mal cft plus excufable e- 
ftant couuert &c caché, & qu'il fe faut bien garder d'e-' 
uenterfa villanie,pour ne donner à perfonne mau- 
uais exemple . Quand il eft défendu de prefenter à 



LIVRE SECOND. 72, 

Dieu vn mouton, vnc brebis, qui ne foie toute blan- 
che fans tache , il faut auflî entendre, cju il faut auoir 
lame qu'on veut offrir à Dieu, pure Se nette: ôc ne 
veut pas qu'elle foit boiteufe, qui fignifie qu'il faut 
marcher droidl: en la loy de Dieu. Philon Hebrieueft 
admirable en Ces interprétations pour le moral , ôc 
Léon , de Maymon pour la nature, &c le liure du Zoar, 
qui n'eft encores tourné du Caldean pour tous les 
deux. Mais tout ainfi que nous auons di6t des prédi- 
rions naturelles, deî'Aftrologie, & autres fciences 
fcmblables, aulfi faut-il bien en la Cabale fe garder de 
l'abus qui fe commet, & duquel i'ay parlé cy deuant. 
Car il n'y-a chofe fifaindte, ôcCi facree, qui ne foit 
foiiiUee Se infe6lee par Sathâ Se Ces fuppofls. Car c'cft 
vne impofture Diabolique , de prendre l'Efcriturè 
fain6te, pour en vfer comme de charmes. Se iamais les 
anciens Hcbrieux n'y ont penfé : Ce qui a donné oc^ 
cafion aux Payens de calomnier la parole de Dieu, Si 
la Cabale des Hcbrieux, de laquelle Pline au xxx. li^ 
ure,chapitre premier, efcrit ainfi : Efi alia Àdagices fa-^ 
Ûio àAïoJè:, ^ lochahelU ludceis fendens^ il a corrom- 
pu le mot de C^W^^ qui fignifie en Grec, cô^jcpoct/^ci., 
c'efl:àdire,Scienccapprifç çn.efc:Qutant,&:qui ncs'eC- 
crit point du mot ^30, par ce qu'il cfljoit défendu 
d'enleigner \\ Cabale , que de bouche en bouche, Se à 
ceux qui auoientpailé quaranteans : mais il n'cftoit 
point queftion de prononcer des paroles, pour faire 
miracles, comme Reuc!in,ôcGalatin ont voulu, qui 
cftvnabus : Et fi on me didl, que prononcer vn cer- 
tain verfet des Pfalmcs, pours'efueillcr à telle heurp 



DES SORCIERS 
qu on voudra,pour prier Dieu, ou faire d'autres bon- 
nes actions ne peut rien auoir de Diabolique. le con- 
feiTcray que c eil: le premier fondement de fageile, de 
fcleuer matin pour prier Dieu, &: ceux qui offrent les 
premiers leurs prières, il eft à croire , qu'ils emportent 
les premières benediâ;ions,commc fiil lacob à Efau : ~ 
& pour ccfte caufe en toute l'Efcriture on voit que les 
Prophètes fe leuent de grand matin pour louer Dieu, 
èc luy facrifier les premières adlions, comme difoit 
Dauid^y^z matutinis meditaborm te.ôc en autre lieUj Ex- 
urge pjaltenum^exurge cythara:,exurgam dilucido&c en Hie- 
remicj Mïfiad ^os n^rophctasjur^endo manè : Et femble 
que Dieuaudefert eut principalement foin défaire 
leuer fon peuple matin : car fi toft que le rayon du So- 
leil auoit donné furie manne,il s'en alloit en fumee,& 
fondoit foudain,combié qu'il ne peufl: fondre au feu, 
à fin, di£tSalomon, qu'ils fuflcnt aduertis de fe leuer 
matin &: remercier Dieu. Neantmoins ie dy qu il n'eft 
pas licite dVfer de la {ain6le Efcriture pour dôner quel 
que force aux paroles,encorcs que ce foit à bonne fin. 
C'efl la refolution des Théologiens. Beaucoup moins 
d'apparence y a-il de croire que les Sorciers en vertu 
des paroles , ayent puiffance de faire mourir les bleds, 
&rfrui6lsde la terre : Combien que les loix des douze 
tables portoient defenfes expreffcs d'enchanter les 
imù.s:^ifrugcs excantafjet^ autqm malum carmen inca- 
tafjet.^c. Non pas que les Sorciers par leurs charmes 
facent mourir les frui6ts:mais c'cft a l'ayde de Sathan, 
& par mefmc moyen ilsfontlatépelle (comme nou^ 

dirons 



LIVRE SECOND. 75 

dirons en fonlicu)&nonpas en vertu des paroles, car 
vn autre Sorcier ne les fçauroit faire en prononceant 
les mefmesparoles.Et me fuis eftDerueillé,non pas du 
menu peuple & des ignorans,mais biê de Caton ^, qui y-^fudrliruL 
tient qu on peut renoiier les membres difloquez par^ '^'^' 
charmes :& de Cefar, lequel montantenfon coche, 
prononçoit trois fois vn certain carme pour garder 
que fon coche ne verfàfl: \ ce que il fift pour auoir vne S. idem Hm, 
foisverfc: Et neantmoiusil elloit couftumicr de fe 
mocqucr de telles chofes. EtM. SeruiliusNonianus, 
des premiers Sénateurs de Rome, quiportoit en fon 
col vn papier , où il y auoit ces deux lettres , P, <&: A, 
pourguerir du mal des yeux. Si c'eftoit vne bonne ra- 
cine,vne herbe mcdicale,qui par fon odeur &: propric 
te naturelle peuftguarirde telles maladies, il y auroit 
quelque apparencc,comme il eft certain, &: bien expé- 
rimente, que la racine de la Piuoine, que les anciés ap- 
pelIoientPasonie,pendue au col,foulage grandement 
les affligez du mal caduc: mais de pendre à fon col vn 
papier, quoy qu'il y ay t efcrit,ou des caraâ:eres, ie tiés 
auec S.Iean Chry foftome ',& S. Augu/lin, que c'eft v- ^- ^<"«'^- 45. 
ne pure idolâtrie aux ignorans,&iorcellerie a ceux qui //^^^ r^v .^J. 
fçauent la defenfc , & qui neâtmoins y adiouftét foy, aptacuinfcri- 
éc fiance: car mefmes c'eft idolâtrie d'attribuer aux tî'""^ ,-'<^"T 
herbes, aux plantes, aux animaux & minéraux , la ror- , 



caremontîS 



CTAttanc, 



ce de guarir, fi par mefme moyen on n'attribue la*^^"'^-^' 
louange à Dieu. Etpourcefte caufeles Hcbrieux di-^^^'- '^''"^^' 
fent que le Roy Ezechias fift brufler le liure auquel 
Salomon auoit compris la vertu & propriété de tous ' 
animaux,plantes, picrrcs,'hcrbes,&: métaux, à fin que 

T 



DES SORCIERS 

par tel moyen les hommes ne fufTcnt induits a ido- 
lâtrie: comme en cas pareil il fifl brufler le Serpent 
de cuiure rapporté du dcfert , cjue le fimpic peuple 
adoroic. A plus forte raifon doibt on iuger idolâ- 
trie d'adioufter foy aux mots & caractères , qui ne 
font point formez de Dieu, comme les autres créa- 
tures , ains font inuentez des hommes ou des ma- 
lins efprits ; qui eft non feulement idolâtrie^ ains auf- 
fî pure forcellcric.I appelle idolâtrie auec faindAu- 
guftin^ de tous les anciens ôc nouueaux Théologiens, 
fc deftourner du Créateur à la créature : Is vfent de 
ces mots, t^uerjto a Creatore ad creaturamjhuffwo'iêi 
on que les paroles ne viennent iamais à rcuilîràef-, 
fed, fi l'homme n'y met fa fiance ; Alors Sathan qui 
veille , s'entremet à la trauerfe , Se pour vn temps gué- 
rir Tidolatric, pour en fin le rendre Sorcier parfaid:, 
comme nous dirons enfonheu. Ondira,,peut-cftrc, 
que la voix, la parole de Dieu , les deux tables cfcrites 
de (a main font œuures de Dieu , comme le Soleil, Ôc 
la Lune ,& le Ciel, &par confequcnt que elles ont 
force naturelle : c'eft Faduisdu Prince de la Mirande 
& de Reuclin ; Mais ie dy que telles paroles n'ont 
: force, finon pour l'efFed, pour lequel Dieu les a pro- 
I noncees, &grauces de fes doigts, àc non pas pour 
^ faire la tempeftc , & le beau temps, ou autre chofe, 
mais bien pour donner la vie éternelle à celuy qui 
les mettra à exécution, comme il cil diâ:. Hoc fac^ 
çjT* vlues. Mais les paroles des hommes, ou de Sathan 
n'ont pas plus de force que des fruidscn peinture, 
ou des ftatuës, ôc autres chofes artificielles, mais bien 



lîVRE second: 74 

Satfian a ccdc puilFancc de Dieu , pour en vfer, cnucrs 
les Payens , ôc idolâtres infidèles , ôc qui mcfpri- 
fcnt Dicu,ert:ans abufcz loubs le voile des paroles, 
ôc mcfmcmcnc celles qui ne font point entendues, 
quia Cdi£b Pline^ minoremfidem homines adhibent iis ^qune 
intellïgunt, C'eftpourquoy Galen au fîxiefme liurcdes 
Pharmaques fîmples , reiedc 3c blafmc Xenocratc 
Aphrodificn, &vnPamphilc, qui contrefaifoientlcs 
Médecins, aucc telles impoftures. Plincauxxvm. 
liure, au fept premiers chapitres eft plein de telles 
foties. Et iaçoit qu'il diâ: au fécond chapitre, que les 
plus fages s'en mocquent,fi eft-ce qu'il dit, que Theo- 
phrafte,Caton, & Cefar y adiouftoient foy, pour cer- 
taines maladies. Mais c*eft chofe eilrange,& que tou- 
te lantiquitc a remarquée de charmer les Scrpens. Et 
dcfaid,Dauidaccomparc lemefchantàl'Afpid, qui 
boufchc fcs oreilles de peur d ouyr la voix de l'En* 
chanteur qui enchante finement.Mais ordinairement 
les Enchanteurs font tuez par les Serpens. C'eftpour- 
quoy Salomon did: , que perfonne n aura pitic du 
Sorcier tué par les Serpens. Et de faiâ: vn Sorcier de 
Salifburg deuant tout le peuple y fifl: aifembler en vnc 
foflc tous les Serpens d'vne lieuë à la ronde, & là les 
fift tous mourir, horfmis le dernier qui eftoit grand, 
lequel fautant furieufcment contre le Sorcier^, le tua. 
Enquoy il appcrt,qnc ce n'eftoir pas le mot Hypokin- 
dox .corne dit Theophraftc Paracelfc maiftre Sorcier 
telqu'o voit par fescfcritç,ny autres mots du Pfal.pi. 
n'ylavertu des paroles quoyqu'o die:car cornée eufsét 
ouy les Serpes la voix d vn h6nic,d\ ne hcuc à la rôde? 

Tij 



DES SORCIERS 

Ecmermcs cftans les Scrpens muflcz au profond de Ta 
terre? Combien que Ariftotc afin duliurcdcs Mer- 
ucilles di(5l,c[u'ily auoit vnc Sorcière en Tcne ville 
de Thcflalie^qui charmoit le Balîlifcjue. C'eftoit donc 
le Diable, cjui a de couftume de payer ainfifes loyaux 
fubieds ôc feruiceurs. Et par ainfi le Canon , Nec mi- 
rumj,xxuj. q. v. & faind Auguftin , qui tiennent que 
les Sorciers par la force des charmGS,ou carmes, infe- 
élent, & tuent les hommes , s'entend par le miniftere 
du Diable . Car on a mille fois expérimenté , que les* 
paroles prononcées par vn autre que par vn Sorcier, 
n'ont aucun effed. Et s'il adulent en cliofes légères 
que les paroles fcmblent auoir eu effeâ:, comme pour 
lier , il faut s'affeurer que les Diables , qui font en tous^ 
lieux, font auflj Miniftres de la volonté de celuy qui 
veut exécuter quelque mefchanceté, & l'exécutent^, 
pour l'attirer à plus grands maléfices ôc impietez. 

T^es invocations exprejps dès malins SJhrits, 
Chae. III., 

Evx qui en euidant bien faire inuoquenr 
le malin efprit, péfant qu'il foit Dieu pour 
auoir confeil & aduis , ou confort àc ay- 
de,ainfi que plufieurs font encores aux In- 
des OcGidentalcs,&cncores plus es Indes Orientales^ 
ou ils adorent vne image de Diable cornu ayant les 
yeux ardens , & tref-hidcux vifage, & la gueule entre- 
ouuertc Jcs pieds &: mains crochues comme Griffons^, 
<8c tenant de petites images pleines fes mains : que 




LIVRE SECOND. j^ 

le peuple adore trcf-deuotemcnt & religieufemcnc 
luy offrant de grands dons comme les marcbans ordi- 
naires raportent en l'hiftoirc des Efpaignols : comme 
auflî faifoicnr les anciens Payens ^ ils ne font non plus 
Sorciers, que ceux qui adoroient le Soleil, &: la Lune^, I 
& autres créatures : Bien peut on dire qu'ils eftoient 
idolâtres. De s'enquérir 11 Dieu à pour aggreablelcur 
bonne confcience.i'cnlaiffe leiugementà Dieu : car 
c'eft trop entreprendre fur les fecrets de Dieu, comme 
ceux qui ont auffi bien damné de damnation éternel- 
le Socrate,Pocion, Ariftide le luftc, comme les plus 
deteftables Sorciers, &tous à mefme peine. La loy 
'de Dieu did qu'il faut décerner la peine , eu efgard à i.Dent.i^ 
la grauité du forfaidl. Mais entre les Payens y ceux 
qui fçauoient la dificrcnce des bons & malins efprits, 
& faifoient non feulement facrifices deleurs enfans, 
ains auffi commettoient paillardifes, & Sodomies y de 
autres ordures abominables, & contre la droicfle rai- 
fon naturelle que Dieu a grauee en nos âmes , pour 
parucnir à leurs deffeins, eftoient non feulement ido- ; 
latres , ains auffi Sorciers i Et tous les Philofophes & 
Legiflateurs ont condamné ces hommes là . Gcft 
pourquoy Dieu dift à fon peuple ' qu'ila arraché de ^•^*^**'^^" 
k terre les Amorrheans,&: autres peuples quis'addon- 
noientà telles forceleries : Et que par arrcft du Sé- 
nat Romain les Bacchanales , pour les forceleries, | 
paillardifes ôc homicides exécrables qui s'y commet- '" 
toient la nui(S^, furent bannies de Rome,& de toute 
titalie. Or fathan faid: tout ce qu'il peut pour aflcu- 
lâirleshommss^ô^ les retirer de l'adoration du vray 

T ïij 



DES SORCTERS 
Dicu:Et d autant que Dieu inuifible , &: que les hom- 
mes voyant la beauté admirable du Soleil, 5cle cours 
des lumières Celclles., leur vertu, leur mouucmcnc 
cftrange , aifcment fe (ont laifTez couler à louer , ou à 
prier Je Solcil,& la Lune,puis après Iuppiter,& les au- 
tres corps celeftcs. Etau lieu que Noè auoit appris à 
ces cnfans à facrifier à Dieu en tous lieux,il fut aifé de 
tourner fcs vocus au Soleil, &r à la Lune &: autres corps 
celeftcs.Ce qu'Abraham ayant veuenChaîdeeildi(^ 
quec'cftoit mcfchantementfaiâ:,aufli fut- il mal trai- 
àc, comme Philon,Iofeph & MoyfeMaymon font 
d'accord: & alors Dieu le nftfortir de Chaldee , pour 
conferuer en luy,& en fa pofterité la vraye marque de 
l'Eglife. Depuis que Sathaneut gaignccc poindt là 
de faire adorer les corps celeftes j peu a peu il fill auilî 
adorer les elemens,& premièrement le feu, que tous 
les peuples ont eu en grande reuerence ; Et puis la 
terre, comme merc , &c procréatrice des hommes, 
&: de tous biens fans regarder plus haut, ôc drefler le 
volde contemplation intelleduelle à Dieu autheur, 
&c Créateur de toutes chofcs. Des clemens on eli ve- 
nu aux autres créatures , adorans fpecialement les 
Dieux qu'ils figuroient auoir trouuc le pain, Ôc le vin, 
qu'ils ont nommé Bacchus,& Ceres; & les Egyptiens 
le bœuf, comme le plus vtil animal , qui foie au mo- 
de jfous le nom d'Apis. Et Sarhan, pour aydcr cefte 
. opinio fe prefentoit quelquefois en forme de bœuf, 
& puis a fa mort on faifoit de grands gcmiflemens.Et 
mefmcslcs Ifraclites , ayant la fuperitition d'Appis 
grauee en leur cœur, pour figurer Dieu, quiles auoit 



% 



LIVRE SECOND. y(; 

tirez d'Egypte , ils firent vn veau de fonte, cuidans, 
que le Dieu du ciel , & de la terre , qu'ils adoroient 
fcdcuoit figurer en forme de veau. Or Dieu fur la 
vie leur auoit défendu^ de luy donner forme , ny(i-9-^xôdî lo. 
gurc quelconque, &: pour celte caulelon irc s em- ^^Jr^^,^,^ 
braza, d>c fift vne grande punition furie peuple. Sa- wf-Vf/m^c/';^ 
than pafTaplus outre; car les grands princes (dicSa^'^^%'*'^^'^^^ 
lomon ) * ayant perdu leurs enrans,quibaimoientrfw/4a<'/;^ 
ardemment , pour en retenir la mémoire , les fai- '^°^^' 
foient peindre , & mouler, ôclesgardoient precicu- ' " ^ ' ^' 
fement iufqucs à les baifer fouuent, &c reuerer, com- 
me on dit mefme d'Augu (le ^ qu'en fortant du Capr- 
to!e,ilbaifoit *rimao;cde fon périt neueu qui eftoit 
mort , & repreiente en rorme deCupidon. O rxnlï in ^uqufo.- 
le femblable des grands Princes : car nous lifons en 
Hérodote, qu'au plus haut de la tour de Babylonc 
il y auoit vn temple dédié à Belus Roy d'A (Ty rie , 
qu'on nommaluppiter: Et depuis que les Aflyriens 
& Caldcans , eurent commencé , ayant là Monar- 
chie fur tous les peuples d'Afie, & bonne partie d' Af- 
fricjue, leurs facrifices & fuperftitions furent publiées, 
ôcobferueespar tout l'Empire , qui eftoic grand à 
merucilles , c'eft à dire, de cent vingt fcpt Prouin- 
ces ougouuernemens , dont l'Egypte eftoit IVn, qui 
cft deux fois aufïî grand que le Royaume de France, 
& paflTa peu à peu en Grèce. Et pour ccfte caufe 
Dieu parlant en lefaye , abhomine Babylone pour 
auoir enuoyé Ces forceleries & fuperllitions , à tous ... , 

1 \ r^ Ts \ r ' 1 T^ 1 ^.InhbJe eû- 

tes peuples. Car Porphyre elcriuant adBoethum ^.êSraiiow cm. 

Tlieodoiic^ ^ 6c lambliquc demeurent d'accord,que^^''«'«#- 



DES SORCIERS 

i toutes les fiipcrftitions anciennes eftoient venues de 
I Caldec:on voit les Grecs , auoir déifié leurs premiers 
Roys &: Princeiïes: comme en cas pareil, les Romains 
ont déifié Romulej6«: puis les Empereurs: car depuis 
quelespartizas de Cefiir eurent faidl croire que la co- 
rnette qui futapperceue après la mort de leur chef,c- 
ftoit foname , on s'efForcea , &fift on le femblabic 
. d'Augufte:qNumcriusAtticus Prêteur iura dcuâtle 
i peuple les auoir veu moter au ciel^^: fur recopcnfé de 
I dixmilefcus , qucluy donna Liuiavefuc d'Auguftc. 
Apres luy Ty bere fut déifié par cérémonies que Dion 
& Plutarque ont defcrit. Depuis qu'on eut commen- 
cé à déifier les hommes , on forgea vn nombre infiny 
de Dieux. Car il n'y enauoit pas moins de trentc- 
fixmil, comme les anciens ont remarque , outre les 
Dieux qu'ilsappelloientManeSjlesefpritsdes pères, 
ôc meres,& parens qu'ils tenoient pour Dieux, & aux- 
quels ils fàcrifioient& mangeoient auprès des fepul- 
chres ; contre lefquels parle l'Efcriture^detcftant telle 
mefchancetéjOiîil cHaiây Et comedemntjacrificia mor* 
tv<,^fiantix. tuorum. Et fous ombre de tels fâcrifices oncômençaà 
inuoquer les âmes des morts, qui eft la Necromantic 
qui eft, peut-eftre, des premières Se plus anciennes 
forceleries. Caron void en lefaye detcftant ceftc im- 
pieté . Chacun , did-il ne demandera-il pas confeil 
aux morts pour les viuans ? c eft au chapitre huidief- 
me. A quoy fc rapporte ce que Ciceron cfcrit au 
premier desTufculancs , quondormoic au temple 
Pfychomantium pour fçauoir la vérité de quoy Iulian 
TEmpcrcur calumniant les Chreftiens difoit qu'ils al- 

loicnt 



LIVRE SECOND. 77 

loient dormir aux fepulchrcs, pour fçauoir la vcritc 
des âmes qui fe voyenc aux fcpulchrcsj&r pour mefmc 
■caufcfc faifbientlcsfacrifices, qu'on appelloityF//cer- 
nia quia filentes mânes 'Vidèrent lacnficium illud^am cftoit 
le feftin qu'on faifoitaux morts : ô.:aufli pour les ap- 
paifer: ce qu'on faifoit par deuotion, 6c nonpaspar 
Necromantie qui portoicinuocation &: protcflation 
par celuy quiconiuroitquciamais plus il n'appelle- 
roicTamej & qui ne luytroubicroit plus fon repos*: 
comme on voit en LucanquelaforcicrcEryâ:c vou- 
lant fçauoir par Necromantie fi Pompée feroit vido- 
rieux elle fift celle protcflation: & Saul voulant fça- 
uoir l'ifluc de la dernière bataille, qu'il eut contre les 
Philiftins demanda l'aduis de la Sorcière d'Endor , 
<jui euoqua l'armée de Samuel , ou l'image de Samuel, 
qu'elle feule voyoic , ôc Saul n'en voyoit rien. Samuel 
luy demanda pourquoyiltroubloitfon repos, puif- 
que Dieu l'auoic laiiTé, & qu'il cftoit fon ennemy,& 
qullauoit donné le Royaume àDauid, &:pour n'a- 
uoir obey à la parole de Dieu , Se que luy &: î^cs cnfans 
feroient le iour fuyuant auecluy . le fçay bien que 
quelques Théologiens tiennent que c'eftoic le Dia- 
ble, Â:non pas Samuel: mais grande partie tient le 
contraire , & le texte de rEcclcîîaftique chapitre qua- 
rante fix,y cft formel, où il eftdi61: entre les louanges 
de Samuel, qu'il a prophetizé après fa mort, predi- 
fant la mort du Roy, & la vicSloire des Philiftins. 
luftin Martyr eftauflSde mefme aduis , ôc le Rabin 
Sasdias, &c Haias, &prefque tous les Hebrieux:Ioin6l:'' 
auftî qu'il faiâ: à noter , que la re(ponfc faid:eàSaul 

V 



DES SORCIERS' 

par l'image de Samuel , qu'ils difent eflrc le diable, 
porte cinq fois le grand nom de Dieu mn' cjue les Dx^ 
nions ont en horreur feulement àouyr. C'eftpoup- 
quoyicnepuisfuyureraduisdcRabi Dauid Kymhi 
furcepaflagc, nyde Tertulianau liurede l'Ame^ny 
de {amd: Auguftin , quitiiennent qucceftoitlcdia*- 
ble ,. ôc neveux auffi refoudre le contraire. 

Et puis de damner Saul,, pour n'auoirfai6b mourir 
le Roy Amalech& tous les captifs auec le beftial , 
comme Dieu auoit commandé ( car c'eft la feule eau- 
fe pour laquelle Dieu fcfafcha contre Saul,) comme 
s-Sdm.c^ 18. il cfl; Ji(^ en l'Eferitmc ^fainftc) c'eft entrerbien auant 
au confeil de Dieu , attendu mcfmemenc qu'il fuft 
bié chaftié de cefte faute tât qu'il vefcut:car il fut fort 
affligé deSathanquileplus fouuentlemjcttoitcnfu-^ 
reur extrême & fa pofterité fut priuee delà couronne^. 
Or fain6t paulaux Corinthiens Epiftre premier, cha- 
pitre qu'inzeconfeille de bannir delEglife celuy qui' 
auoit commis vnincefte,à fin que fon corps cftant de* 
liuréenlapuifTancedeSathan pour l'affliger , fonef- 
prit fut {auuc au jour du iugemcnt, à quoy fe rapor- 
te ce que dm S âmueUcms mecumeris , tu feras demain 
auec moy,apresauoireftéiuftement affligé & dclaiP 
£e de Dieu pour (a dtfobeiflance de n'auoir fait mou- 
rir tous les Amalcchites 6c leurbeftial.Commeen cas 
paï-cil au troificfiïie liuredes Roy s chapitre trcziefme 
il fut die au Prophète quifufenuoyéà Hieroboam, 
qu'il ne feroit point entcrr>c au fepulchrede fcsperes,: 
\ pour auoirprisfon repas en Samariccoftrre la dcfen- 
fe à luy fai(3rc:toft: après vnlyoA le tua;&: nëantmoins 



LIVRE SECOND. 78 

garda foti corps fans loifcnfcr, ny fon afnc , iufcju à ce 
qu'on l'euft enlcué pour l'cnrcrrcr. En<juoy il appert 
bien euidcmmenc que Dieu ne damna pas l'amc du 
Prophète pour telle defobeiflàncc , veu mefmcs qu'il 
ne permit pas que ion corps mort fuft deuorc du 
Lyon.Etparainfilaiiîant la damnation au iugemenc 
de Dieu , il fe peut faire que Dieu face aufli bien 
fçauoir fa volonté par les forciers &:mekhans , que 
parfesefleuz: comme on void par lesfonges deNa- 
buchodono(br,de pharaon,&: de Balehan; ce que tié- 
nent les Théologiens fur le paflàge de l'EuangilcjOiî il 
cftdid: , Expedit njnum hominem mort pro populo ^ ciuils 
prennent pour vne prophétie en la bouche de Cay- 
phe . Auflî peut on dire que Dieu permifl: que Samuel 
vintpourprophetizer après (i mort laruincdc Sauf, 
& de fon eftat^I'ay appris du Sieur de Noaillcs Abbé 
dcl'Ifle, & maintenant Ambafladeur à Conftantino- 
ple,&d'vn Gentilhomme Polognoisnômépruinski, 
qui a efté Ambaffadeur en France,que l'vn des grands 
Roysde la Chrcftienté voulant fçauoir Tiflue de (on 
eftatjfift venir vn lacobin Nécromancien, lequel dift 
la Mefle^Â: après auoir confacré Ihoftie fift trancher 
latefteà vnieune enfant de dixans premiernc , qui 
cftoit préparé pour cell effed, & filt mettre fa tcftc fur 
rhofl:ie,puisdifant certaines paroles, ôcvfant de cha- 
raâercSjqu'il n'eftbefoindefçauoir,demandacequ'il 
vouloir: Lateftenc refpondir que ces deux mots , 
Vïmpat'wr. Et au (Il tolHc Roy entra en furie , criant 
fans fin odez moyceftc telle, & mourut ainfi enragé, 
celle hiiloireefl: tenue pour certaine , & indubitable 

V i; 



DES SORCIERS 

en tout le Royaume ^ ou la chofe cft aducnuc , com- 
bien qu'il n'y euft que cinq perfonncs quand la chofc 
fut fai£i:c. On trouuc vnehiftoirc qui approche de 
celle cy de l'Empereur Thcodo rie , lequel après auoic 
fai(5ttrenchcrlatcfteàSymmachus,quand onluy fer- 
uit à tableja tcfte d'vn gros poifTon^il luy fembla voir^ 
latefle deSymmachus , & entrant en furie mourut 
bien toft après. Il y cnavne femblablc en Phlegon 
d'vne tefte après auoir efté trenchec du corps, prcdifl 
aux Etoliens les ealamitez ôc guerres qu'ils fouffrircnc 
depuis. Et s'il eftainfi, qui peut douter que Dieu n'aie 
mis en la bouche de cci\ enfant occis ces deux mots? 
car il ne fçauoitny Grec ny Latin , vcu la vengean- 
ce foudainej(^u'ilaprife d'vne mefchancetéfi exécra- 
ble ? Si ce n'cftoit qu'on vouluft dire que Tefprit de 
renfant,ou fon Ange parla & taurmenta le Roy pouF- 
fe venger d'vn tel outragercar plus le fang efl innocét, 
plus la vengeance cft grande. En quoy onpcutvoir 
x,omnepn- vne impieté exécrable , de prendre vne perfonncin-î 
mogemtum nocente,&maflc, & premier né (que Dieu" veut en . 
'^P^^^^ll^^- fa loy luy cflre findifié) & le facrificr au Diable,pour 
Domino >- içauoîr les ciioics futures : Qui n clt pas vne impiété 
ubitHn nouuelle,mais biéfortancicnne, comme à noté Elias 
Lcuitcs , qui appelle cela en fon Hcbrieu Teraphim: • 
vray cft qu'il diâ:^ qu'on mettoit la tcfte fànglantc 
fur v-ne lame d'or , auecle nom diy Da:mon,& quel- 
ques chara(5bcres queie nemettray poinr,puis qu'on - 
l'adoroiten difant quelques mots , qu'il ne faut dire '. 
ny efcrire , comme i'ay rcfolu défaire n-cantmoins il 
çft bcfoin qu'on fçache combien eft grande; l'impiété. 



LIVRE SECOND, 75? 

cîe CCS hommes damnables pour s'en garder foigncu- 
fcment. Ilyauoitvne autre forte de Necromantie de 
laquelle parle Thomas d'Aquin^ quand on ftipulc de % 
celuyqui va mourir queapres famort, il luy viendra f 
dire nouuelles de fon eftat ; comme il eft aduenu de 
Guerin Aduocac du Roy en Prouence , qui auoit pro- 
mis à fa femme qu'il la viendroit aducrtir s'il mouroitt 
fi toft qu'il fut pendu à Paris , fa femme eftant en Pro- 
uence^apperccut en fa main fa figure viuement impri- 
mée que vnc infinité deperfonnesontveu: ôch cho- 
fe fut aueree en prefence du Roy Henry fécond : mais' 
ie tiens que c'eftoit Sathan , à fin qu'on fuye cefte im- 
pieté, îefçay bien que les anciens renoient que les 
âmes des occis fouuent pourchalfent la vengeance des 
meurtriers . Nous lifons en Plutarque, que Paufànias 
Roy de Lacedemone;,eri:ant a Conftantinoplc,on luy 
fift prefent d'vne ieune Damoyfclle, Se d'autant qu'el- 
le eftoit fille, elle auoit honte d'aller à luy, que chacun' 
ne fuft retirc,&: lors entrant en la chambre la nuidl, el- 
le fift tomber lalumicre^cequiefueilla Paufànias en 
furfaut 5 & penfant qu'on le vouluft tuer en ténèbres, 
tout effrayé il print ù dague & tua la Damoyfclle, fans 
cognoiftre qui c eftoitrdcllors Paufànias fut inceffam- 
ment tourmentéd'vn cfprit iufques à la mort,qui ref- 
fembloit,commc il difoit,à laDamoyfellc.ray veu vn 
ieune homme prifonnier l'an M. D. LXIX. qui auoit 
tué fa femme en cholere , dz qui auoit eu fà grâce, qui 
luy fut cnterineejequel neantmoins fephignoit,qu'it 
n'auoit aucun repos , eftant toutes Icsnuids'batu par 
kelle,comme il.difbit;Et toutesfois on fçai t affez, qua 

Viij^ 



DES SORCIERS 

cela naduicnc pas à tous les meurtriers. Vraycft qu'il 
y en a, qui tiennxrnt , que fi ccluy qui cft rué meure 
j fans appétit de v€ngcance,qu-e tel cas n aduient point. 
L'hiftoire d'AtJicnodore en Plinclelcune,cfl: notoire 
par laquelle l'homicide de pluficurs pcrfonnes fuc 
defcouuert par vn cfprit, & depuis peu d'années au 
Parlement de Bretaigne, vne femme fut exécutée à 
mort après auoir confelfé le meurtre de fon mary, 
quelle auoit enterré en fa maifon, qui fut monftré 
par vn (pc6lre qui fembloit au defunét, qui appa- 
rut à fon frère entrant en lainaifon de la vefue, & 
difparut fur le lieu, ou il auoit efté enterre. Paufa- 
nias in Jnicis ^ ditauflîque cent ans durant après la 
bataille Maratonicnne, ceux qui paflbicnt au lieu, 
oy oient des fons d'armes, de cheuaux, de harnois co- 
rne côbatans^mais toute l'antiquité a remarqué,&:Pla- 
to l'a efcrit au i .liure des Loix,que les âmes des meur- 
„ . , triers fouuentpourfuiuent les meurtriers, ce que Mar- 
ieo m jyn.ii-u\ Ficin au fciziémc Hurc dc 1 Immortalité des âmes, 
*''*'-^^'"^'"'"'" cha. 5. ôc Lucrcce,ô<: Virgile au iiii.des .^nei.jesjtien- 
HmoU.cofd. nentpour véritable, & les luges ont approuuc parin- 
Z4.m<,z.w. finis iugemens, que le meurtrier paflantfur le corps 
lfri'*^/î;' mort fans le toucher, foudain la playe faicrnoit. Plu- 
^i.ntt. 4.c^' ficurs Dod:eurs en Ciuil & Cano , font d'accord de ce 
^°°;f'*-'^-^'poinâ:'&prénctccfte prefomption pour vnarp;uméc 
4.W.2. &:conied:urc Violente cotre iaccule,uirh!antc pour le 
^«^c/.m/*;4 3pp]icqu« à la queftion.Etles homicides fouuct ont 
tidto. 10. ^elteauerezparcemoyen-.cequcPlutarqucclcrjiFaulu 
Nfuifa infyl-dc Damon, & Suétone de- Galigula : comme en cas 
TadZn- ^"^^ pareil ils difcnt , que l'ame qui n'a point laiiOré ce mon- 



LiVPvE SECOND. 80 

de à regret, Se du moins, qui n'a point cfté plongée es ^oerm d'efio- 
cupiditez beftialcs, ne fuit plu5 le corps mort, comme ne. î6p.nu,h 
Gcluy qui avefeuàla forme des bcfl:cs,dcfquels par- 
loit Horace difant : Et affigit humo dtmn^ partkulanLj 
<f/^r.f ,C'eft à dire qui attache la partie diuine à la partie 
terreftre : Et difoient que telles âmes font recherchées 
par les Necromantiens, &c Sorciers qui s'en vont au- 
tourdes fepulchres lanui<5lr, & mangent la chair des 
corps morrs, come en Theflatie, où il y auoit des Sor- 
ciercs quicherchoient partout les corps m-ortsr& file 
corps n'eftoit bien veillé, & diligemment gardé, on 
le trouuoit tout rongé par le nez, par la bouche, par 
fcsiouës,& autres parties*. Maisiecroy mieux cpt i../cpuklhi 
autrement, queleDiablcinduidt des Sorciers à trelle'^^""'*^ 
mefchanceré , leur faifant croire , qu'ils attirentles a- 
mes parce moyen , quoy que les Grecs appelîoient le 
Necromant ^'i^v')(dbyûùyov come qui diroit tire-lame: y^psi-^y^ 
comme nous lifons en Glicus,qucBafiIc Empereur d'e 
Conftâtinople,par Necromâtie,fe fit reprefcter fo fils 
mort,qu'il tint êbrafie,puis il difparur.Et en Thcffalic 
& Arcadie.cda eftoit tout cornu, & fefaifoir publique 
ment, là où Popce voulut fçauoir de la SorciereEricIi- 
tho par Nccromantie , l'iflue de la guerre PharfaH- 
que, où neantmoins il fut desfaid quelque aflcurancc ~ 
qu'on luy d'onnafldelavi(5loire,cômeil ena pris à to' 
ceux qui ont vfé dételles voies. C'eftpourquoy Cicc- 
ro reprochoit à Vatini^ la Necromatie,& lesfecrifices 
dctcftables des cnSlSy^uie ratafrâuitas te tenuitfqu^ tatùs 
^'orifvt.cïiinmdita içc mfariajkçrajiijèepem^çmnf^^ 



DES SORCIERS 

elicere ^ mm fuerorum cxtis de os mânes maélare foleas^&c. 
Il n y-a pas long temps, & de la mémoire de nos Pcres, 
qucpubliquemcnt,quand on vouloir canonizcrccux 
qui auoienc réputation d'eftrc fâinâ:s,on lifoit cer- 
tain liure plein d'inuocatios : 6c cela fe faifoit la nuid: 
onappclloit ce liure le Grimoire, tenu fecret, duquel 
ic ne feray point iugcmcnt,ny dechofc faindcment 
fai(5l:e,Ôc à bonne finimais bien ic tiens, que c'eft chofc 
damnable d'vfcr de Necromatie , & demander au dia- 
ble père de mcnfonge, la vérité des chofes cachées, & 
4Tiefme du falut des hommes, comme Nicephore dcf- 
critau 3. liure, chap.i3,ynedetefl:able Necromantic 
par Teuocation des âmes de deux Eucrques Arricns, 
qui vindrcnt, ainfi qu'il di6l: , &: fignerent les Décrets 
du Concile deNicenc, ce qu'ils nauoicnt voulu faire 
de leur viuant.Car la plufpart de cts âmes, que les Ne- 
cromantiens pcnfent attirer par fàcrificcs,ne font rien 
autre chofc que les Diables; corne il futaueré au pro- 
cès d'Abel de la Rue, lequel cftant Cordclicr à Meaux, 
il ouurit le Grimoire quieftoit en la Sacrifl:ic,&: C\ toft 
qu'il eut leu dedans, le Diable luy apparut, 5^ luy de- 
manda qui l'auoit incité à hre dedans ce liure: & lors il 
print pofîeflîon dudit Abcl , & l'emporta foubs le gi- 
bet. C'eft pourquoy ceux qui tiennent des tcftesdc 
mort,s'ils ne font Medccins,ou Chirurgiens, font or- 
dinairement Icmefticr dcsNecromantiens, comme 
di6t loachimus Camerarifis en auoir veu n'a pas long 
temps, qui faifoient parler le Diable par vne tcftc de 
mort. Et ny-a pas long temps qu'en Paris, en la 
maifon du Médecin, des plus anciens, vnfîenamy, 

faifoit 



LIVRE SECONC); St 

faifoit parler vnc tcfte de mort,&nc s*é cachoit point. 
Or d'autant que les gens biens nourris, & ceux qui c- 
ftoient craintifs auoient horreur d'aller Ianui6fc aux 
iepulchres,& vfer de telles forcellcrics, Sathan trouua 
pour ceux-là d'autres moyens pour fe faire adorer, en 
îe mettant au corps de celles qui alloiét aux TempIcSj 
parlant en icelles,ce qui aduenoit Icplus ordinaircméc 
aux vierges, qui eltoient ieunes Sorcières , façonnées à 
telles impietez , qui ieufnoient & prioicnt en grande 
deuotion, en la cauerne d'Apollon , ôc y dormoient la 
nui6t(car d'autant plus l'impiété eft grâde,plus elle cft 
couuerte du voile de religiô & pieté)puis le Diable en- 
troit au corps d'icelle qui auoit pafTé ainfî la nuiâ:,&le 
iourfuyuant elle deuinoit les chofes, qu'on auoit de- 
mâdces en paroleSj&relpofesiqui auoient quafi touC 
iours double fens, &s*appelloient telles femmes pre- 
Ilrcfles Pythiennes,& quclquesfois Sybilles-.Ainfi ap- 
pelleVirgile la Sy bille Cumane^laquelle après les priè- 
res faicStes à Sathan en la cauerne dcuient en furie, ef- 
icumât & parlant nouueau langage:& difoit-on alors, 
,^ue le Dieu eftoit venu en elle . C'eft pourquoy en la 
loy de Dicu,il cii did que la féme fera lapidée qui aura 
l'efpritPythoniCjquiefi: appelle 3N,que les Lxxii.intet» 
prêtes ont tourné iyycLÇ'e^jULvJ'ov J iTtctoiS'ov, comme 
qui diroit parlât au vétre ouvaiiTcaUjCome fot les Sor- 
ciers auec leurs bouteilles de verre & baffins.La vcrfio 
comune l'a déclaré par la faço des Grccs,qui cerchoiêt 
les oracles Pythoniques d'Apollô furnômé Py thius, ^ ï-s^V-^'*»"" 
Celius Rhodiginus did: auoir veu n'a pas long temps, 
vne garfc en fon pays,qui auoit vn efpri t Py thonic dc- 

X 



LIVRE SECOND. 8î 

dans le corps, qui refpondic par les parties hotcufcs, la 
vérité des chofcs prcfentes,&: cachces,&: mcntoit fou- 
uét des choies à venir. laçoit que les oracles d'Apollo 
Dclienn'elloict pas moins recherchez par ce qu'ils c- 
4.'^rn\tt, ftoicnt plus clairs, & pour celle caufc s'appclloit^ Dc- 
'"• lien. S. Ican Chryfoftomc efcrit que la prcftrcflc eftoit 
cftendueenlacaucrne, 6<:quellercceuoit l'efprit Py- 
thonic,& lors elle entroit en furie^cfcumant, & que le 
Démon le plus fouuent parloir par Tes parties hontcu- 
fes,quc les Pay ens pcnfoient eftre Dieu .Dequoy Ori- 
gene efcriuant cotre Celfus Epicurié, fe mocquc bien 
fort,& mefmc Plutarque , quoy qu'il fuft Payen, did;: 
que c'cftoit vnc extrême furie de penfer que Dieu en- 
traft en telles femmes, ainspluftoltquelaRcligion&: 
Diuinité y eftoit diffamée &Touïllec. Et quâd aux Sy- 
billes ie m'en r'apporte au iugcment des fàges,comme 
Tondidl. MaisilmefemblequeLadancej&ccux qui 
font tantdc cas des Oracles Sybillins,n'ont pas biê re- 
gardé de quelle fourcc ils viéncnt.Car on peut voir en 
x.B.6.^e- Virgile 'quelaSybille Cumane,qu'on dit eftre la plus 
md. illullre (Scia plus fameufc, eftoit l'vne des PrcftrefTes 

Pythiaqucs,D^moniaquc, &lapluf-partdes Oracles 
Sybillins ne parlent que de Saturne, lupiter, Venus, 
Neptune. loindauilî que toutes les S) billes cftoicnt 
Payennes & Infidèles, &defquelles jamais Li fainde 
Efcriturenafait mention, & qui n'ont iamaisefté re- 
ceucsdelEglifc, nyapprouueesdc Concile quelcon- 
que , quoy qu'il y ayt plus de fix cens Conciles. Mais 
LatSbancc voyant que les Payens ne hifoient point de 
-compte de la Bible, s'efforça de faire entendre ce qu'il 



LIVRE SECOND. 8i 

vouloit par les prophéties Sy billincs , forgées peut-c^ | 
ftrc à plaifîr, aufquellcs les Payens adiouftoienc foy. / 
Et de dire, que les vers Sybillinsfoient ceux cjui font 
imprimez, &c tournez de Grec en Latin par Caftalion, 
(Qui comprennent fommaircment toute l'Hiftoirc 
de la Bible , & rien autre chofe) c'eft vn abus aflez no- 
toire : car il n'y a pas vn feul vers de ceux qui font r ap- 
portez desSybilIes enCiccron,enTitc-Liue,enPor- 
pliyre,en plutarque,&: aux autheurs Grecs. Toutesfois 
on penfoit bien faire d'attirer alors les Payens à la reli- 
gion Chreftiennc en quelque forte que ce fuft, qui cft 
vne opinion reprouuee^&iuflement condamnée, car 
il ne faut pas nieller les prophéties infpirces par la 
bouche de Dieu, auccles Prophéties SybiUines infpi- 
reesaux Payens infidèles par Sathan. Ariftote* cher- V" j'^!!' 
chant la caule dou procedoit telle diuniation & i\i-drii, 
reur, s'en eftonc fort:en fin il dit, que cela venoit de la 
vapeur des caucrnes, comme en la cauerne Lcbadien- 
ne,ou Trophoniennc, Coricienne, py thiaque, & au- 
tresiMais cefte caufe-là n'a point de raifon; car,pour- 
quoypluftoft cefte cauerne-làqu'vne autre, 6c entre 
vn million il ne s'en trouuoit pas demie douzaine. Et 
d'auantagc,pourquoy les Oracles de ces cauernes-là 
euffcnt cefTé cent ou fix vingts ans deuant Cicerô, co- 
rne nous lifons en fon liure de Diuinationc. Et néants 
moins les cauernes n'ont point changé: ce qui ameu^^^;^^^^^^ 
plutarque^de fouftenir, que lesDxmons de fes csL-culonmde' 
uernes-làefloicnt morts. D'auantage quelle caufc ap-/"'^'** 
parente y a il que l'efprit entraft dedans le ventre d'v- 
ne femme, &parlaft dedans foneftomach labouche 

X ij 



^,A DES SORGIERS 

clofe, ou bien par fa bouche la langue tirée, ou par fcs 
parties honteufes: Et neantmoins la vérité bien fou- 
uent eftoit meflce de mcnfongc , comme quand il fut 
diâ: par l'Oracle allégué en luftin Martyr, & en Eu- 
febc /uSvoi ^ctT^S^cuoi cocpiluf XctyùVi oi<r' ctp g^pcuoj 
(lvroy^vl^rov duvet-ardu (rg(2ctÇo,«^oi ff,ov aryvâ^ , C'eft 
àdire,quiln'y auoit alors que lafagefledcCaldcas, &: 
lare!igiondesHebricux,qui adoroient purement le 
Dieu éternel. IclailTciesmyfteres, & facrifîces qu'on 
faifoit pour auoir la refponfe que chacun peut voir en 
Diodorc , Ôc Paufanias. Quelques-fois aufli le Diable 
tuoit ceux qui alloiét en fes cauernes-là , s'ils ne demâ- 
doient quelque chofe. C'eft pourquoy Fernel recite v- 
ne hiftoire d'vn Sorcier,qui auoit appelle vn Dçmo, &: 
quand il fut venu, il le tua: Son copagnon Sorcier de- 
inada au Diable pourquoy il l'auoit tué, lequel fift ref- 
pofe, que c'eftoit pour autât qu'il ne luy auoit rien de- 
mâdéxar Sathâ veut eftre requis,pric,& adoré des ho- 
mes, &:leur di€l quelques -fois la vérité, pour eftre 
crcu quand il mentira. Ous'ilnefçaitlaveritéjlpar- 
J lera par ambages , & obfcuritez. Mais la loy de Dieu 
défend de s'enquérir à autre que à luy des chofes futu- 
res^ n'y adioufter foy encores qu'il n'aduiennc ce que 
les efprits malins , & dcuins auront prophetizé. Noa 
pas qu'ils nefçachent beaucoup de chofes : car les ef. 
prits font appeliez j^caVovÊÇ quafi ^ctc^o v gç,co m m e^ 
dit Euftatius.c'eft à dire,.fçauants,en la mefme fignifi-^ 
cation, que les Hebrieux, maiftres delàvraye langue 
naturelle les appellent C3,,y^> Idehonim , du verbe w 
'nouit^fam^ Eufcbc dit S^uijuoyeç, dici^z^^r^ S^^lxdixvW 



LIVRE second: s s 

pour la peur qu'ils font aux hommes , combien que 
ccls efprits font pour la plus part familiers ^ Ôc que les 
Grecs pour cefte caufe appelloientJWyaovctçTTctpg- 
S^^v<i Nous conclurons donc quilne faut rien ouyr 
ny croire en matière de prophéties , que laparolç ^ 
deDieu^ouce quieftdu tout conformé à icelle,non 
pasfî l'Ange du ciel l'auoitdit : beaucoup moins fî 
elle elt infpiree de Sathan . Or combien que les 
Chreftiens cuffent pillc,& rafé les temples desPaycns, 
&mefmementccluy d'Apolon, fi eft-ce que Sathan 
n'a pas laiffé d'exercer fa puiflance par nouuelles ido-r 
latries, & forcelleries , qui font autant ou plus fre^ 
quentes que iamais. Vray eft qu'anciennement il fe 
faifoit prier fous voile de religion , 6c maintenant il 
viêt trop fouuent fans l'appeller , ôc fe lance inuifible^ 
ment par tout , pourpipper^ ôc ruiner le genre hu- ^ 
main. Car combien que eeluy quin'appelle,&nm-r 
uoquc le mahn efprit , mais le reçoit fe prefentanç 
àluy j ne foit pas du tout fi mefchant que celuy qui 
1 appelle, & le prie, & le reçoit : Si eft-ce que l'vnôç 
l'autre cil digne de mort, & rvn&: l'autre eft vray Sor^ 
cier.-Etnonpas celuy qui n'a poin6tinuûque, nyap^ 
lé le diable; ains qui eft pofledé , 5c affiegé par iceluy,. 
' comme il s'en trouuc fort en Italie,& prefque toutes )-.^«; i^p^ffi, 
femmes, & peu d'hommes, qu'il faut her comme fu-^"'- 
r 1 eu! es, &: enragées, lit deraictils en trouua aRo-^T«L 
meo6lantedeux,ran milcinq cens cinquante quatre 
qu'vn moyne de France de l'ordre de faindBenoift 
voulut coniurer:mais il s'y trouua bien empefché. M> 
Barthélémy Faye^ Confeiller en Parlement, qui cftoit ^•^^•'^^«•«î 



D E s s O R C I E R s 

lors àRomecfcric que les diables enquis pourquoy 
ils les auoient faifies , rcfpondircnt que les luifs les 
auoientcnuoycz au corps de ces femmes (quieftoiéc 
pour la plufparc luifues ) defpits, comme ils difoient, 
de ce qu'elles auoycnc eftc baptizees. Qui futcaufe 
que le Pape Theatin, quihayoitles luifs à mort, les 
vouloir bannir, fi vn Icfuite n'euft fouftenu que les 
hommes n'auoienrpas lapuifTanced'enuoycr le dia- 
ble au corps d'vneperfonne; qui eftchofe bien cer- 
taine : ny le diable mefme n a pas cefte puiflance fi 
Dieu ne luy permet .-mais par vne permiffion de 
Dieu il fe peut faire. Comme peut eilre il aduint en 
Allemaigneau monaftere deKentorp , que lesreli- 
gieuiès dudidl monaftere furent toutes allîegees des 
malins cfprits, qui difoient qucc'eftoit la cuifiniere 
du monaftere nommée Elfckame , laquelle le con- 
feflà , &c qu'elle eftoit forciere,&: que parmefchan- 
tes prières, 6<:facrifices elleauoit enuoyéle diable en 
leurs corps, ôc fut bruflec. Mais le diable de Rome, 
qui accufoit les luifs n'en nomma pas vn. Or il eftoic 
j impoflible en fi grand nombre d'hommes , femmes, 
^ &€nfans, qu'ils fuffent tous coulpables : Et neant- 
moins les démoniaques parloient diuers langages 
qu elles n'auoiét iamais appris. Et quelquesfois le ma- 
lin cfprit parle , comme dedans l'eftomacheftant la 
j.«r^^iAu/- bouche de la femme clofe , * quelquesfois la langue 
^"* tirer de demy pied hors la bouche , quelquefois par 

les parties ^ honteufes. Et encecy tous les Atheiftes, 
qui nient qu'il n'y a point de diablcs,demeurét muets. 
Car ils confefTent que la bouche fermée , ou la langue 



LIVRE SECOND. 84 

tirée, & immobile on ne peut parler , Se moins en- 
cores par les parties honceufes : & ne peuuent dire 
auflî quelaVlelancholie apprenne à parler Grec,He- 
brieu , Latin à vne femme, qui n'a iamais rien appris, 
ce qui fevoit en celles qui font aflîcgees des malmgs 
efprits. Et à ce propos Fcrncl le premier homme de 
fon aage en Médecine, efcrit au feifiefme chapitre 
de r^hditis rernm caufis , qu'il a veu vn ieune garçon 
ignorant,&: furicuxjequelneantmoins parloir Grec: 
Il dit alors , qu'ilcftoitpofledé dumahnefprit;Il fe 
trouua bien vn ieune Bachelier en médecine , qui di- 
foitque lamelâcholie pouuoit bien apprendre à par- 
ler GreCjHebrieUj ou autres ]angueSj&:l'ofa bien dire 
en Paris: mais il fut fifléauec vne longue rifee de toute 
raffemblee.ll y en a aullî qui fot hees du diable, & qu'il 
eft impoflible de delier,ains il faut rompre ou couper 
lelié.Ecdefaidt ily avnefemme au Mefnil madame 
RofTcjpres Dammartin^laquelle commença des l'aage 
de huit ans d'eilre liée du malin cfprit qui l'attafchoit 
quelquesfois à vn arbrc^tantoll au pied du liâ:,tantoft 
à la creiehe de rcftable.ou bien luy attachoit les deux 
mains l'vne (ur l'autre auec vne corde ou auec vn ozier 
ou de la queue d'vn cheuaLou de la fillaffe : & cela ce 
faifoit fifoudain,qu'il eftoitpluftoft fair,qu o n'auoit 
ietté les yeux pour voir,comme il fe faifoit. La fille fut 
menée à Paris l'an i 5 5i.LcDo61cuf Picard, & autres 
Théologiens la virent,& firent tout cequ'ils fçauoiét 
pour fa deliurance: mais ils n'y profitèrent de rier).. 
Puis Houllier médecin fe mocqu'ant desTheologiés 
difoit au commencement , qucccftoit vne maladie 



^5 DIS SORCIERS 

mclàhcholicquc : mais depuis ayant vcu le ttiyftcrc 
deuant leurs y cux,aucc vne infinité de peuple , & que 
la fille eftant entre deux ou trois femmes, foudainils 
Voyoiét qu'elle s'efcrioit;, & auflitoftfe trouuoitliee 
par les deux mains, en forte qu'il eftoit impoflible d« 
la deflier,fans coupper le lien , il confcfla qu'il y auoit 
Vn malin efprit. Perfonne ne voyoic rien hormis la 
fille, qui voyoit vn nuage blanCjquandl'efprit malin 
la venoit lier.Et quand les Sorcières , & Sorciers con- 
fcffent la copulatio charnelle auec le maUn e{prit,plu- 
fieurs Médecins difcnt que ce font Ephialtes , & Hy>- 
phialtes, ou Incubes,& Succubes,&:enfleurét de rate: 
Et par ce moyen ils démentent la loy de Dieu,& tien^ 
nent les hommes en aueugliflcment & ignorance , &c 
font caufe de l'impunité des plus grandes mefchance- 
tez du monde.Et quant aux diuinations ils difcnt que 
cefontrefueries, &neantmoinsonenvoitlescfFcd:s . 
fi efl:ranges,qu'il n'y a perfonne qui ne foit raui en ad- 
iniration,s*i!s auoicnt bien leu platon,ils euflent trou- 
ué qu'il auoit faiâ: deux fortes dediuinatio,ouTheo- 
mantie: l'vne qui aduient par maladie : l'autre qui eft 
infpircepar lesDa^mons : Et quoy qu'Ariilotcefcric 
qu'il n'y â point de diuinationextrinfequc: fi eftcc 
que fon opinion à elle mocqueedetousles Philofo- 
phes,&de l'expérience tref-certaine : ôc luy mefmc 
s'en eft departy au hure du Monde, qu'il a dédié au 
Roy Alexandre leGrand.lleftbien vray que Platon 
pourn'auoircu cognoiflancede la loy de Dieu (qui 
n'cftoit pas encorcs traduite d'Hcbrieu en Grec de 
fontcmpsjôc ne le fut de cinquante ans après) napas 

diftingué 



LIVRE SECOND. 8j 

clifl:ingu(^ la prcdidion Diuinc,de celle qui efl: Diabo- 
lique : Mais généralement il appelle la Diuination , * i.rUto^^ocAt. 
ou jULOvnxh vnc certaine liaifon des Dieux & des^,',^'!^^^^ 
hommes, ce qui conuient bien à la Prophétie diuinc. '^^^ ^h^^-^^^ 
Et neantmoins la predidion Diabolique fe faidl quel 'kV ^^-^vpy^r 
quesrois par conucntion exprelie , &: du conicnte-'*.3pa)W cp,- 
ment du Diable &:dc l'homme: Quelquesfois aulïî'ÏC^' ^tJ! 

^^^- l cliref que ut di- 

l'homme efl: forcé. Se afiiegé fins maladie, ôc deuine, wWo« ej} le 
comme faifoic Saiil eftant agité du Diablc,qui le tour"'"-^'.'^^ ''"^" 
noiten rurcur, &leraiioit deuiner. L'elcriture vie du^r^ les vieux 
mot de Prophétie, comme nous auons di6l cy deflus. ^ ^'^ Y"^' 
Et fouuent il aduient fi le Sorcier n'obeïft au malin ^^-^iZ^our la 
prit, qu'il le tourmente, & le tourne en furie, & quel- ^î^/w enfem^ 
qucsfois il le tue : Comme i ay fceu depuis deux ans, ^' 
qu'il y à V n gentilhomme près Villiers Coftercts, qui 
auoit vn Efprit familier en vn anneau , duquel il vou- 
loir difpofer à fon plaifir, & l'afferuir comme vn efcla- 
ue l'ayant acheptc bien cher d'vn Efpagnol, Se d'autât 
qu'il luy mcntoit le plus fouuent, il getta l'anneau de- 
dans le feu,penfant y ietter Icfprit auffi,com>me fi cela 
fepouuoit enclorre : Depuis il efl deuenu furieux , & 
tourmente du Diable. l'ay leu le iugement contre vn 
Sorcier, nommé lacqucs lodoc de la Rofc , natif de 
Courtray, rendu au Duché de Gueldres le xriii. M. d. 
XLviii. qui auoit vn Démon enclos, comme il difoit, 
dedans vn anneau: Mais il confefl'a qu'il eftoit con- 
traint de cinc] en cinq iours parler au Démon, Se l'in- 
terrogerrOr il efl: aduenu à phificùrs Sorcières, quand 
elles ont promis, Si iuré allianche aucc Sathan, {i elles 
f ennuyent de fa compngnie,& qu'elles ne fe tournent 

Y 



DES SORCIERS 

à Dieu aucc vne vraye pénitence, elles font battues, &: 
tourmentées la nuiâ:,& ne cherchent que de mourir, 
comme Jacques Spranger Inquifiteur de la Foy à Cou 
longne à laide par efcrit, ayant fai6l exécuter grand 
nombre de Sorcières. Et de ma part ie cognois vn pcr- 
fonnagc ( ie ne le nommeray point, par ce qu'il eft en- 
cores en vie) lequel me dcfcouurit qu'il eftoit fort en 
peine d'vnEfprit qui le fuyuoit, &feprcfentoità luy 
en plufieurs formes : & la nui£b le tiroit par le nez, éc 
rcfueilloit,&: fouuent le battoit,& quoy qu'il le priaft 
de le laifTer repofer,il n'en vouloir rien faire,&; le tour- 
mentoit fans cefre,luy difant. Commande moy quel- 
que chofe : ôc qu'il eftoit venuàPanspenfant qu*il le 
peuft abandonner, ou qu'il peuft trouuer remède a 
fon mal,foubs ombre d'vn procez qu'il eftoit venu 
folliciter. l'apperçeu bien qu'il n'ofoitpas medecou- 
urirtoLit. leluydemanday, quelproffit ilauoit eu de 
f affujettir à vn tel maiftre : il me dift qu'il penfoit par- 
uenir aux biens, & honneurs, & fçauoir les chofes oc- 
cultes,mais que rcfpritlauoit toufiours abufc,&:pour 
vne vérité qu'il difoit trois menfonges *. & que l'ciprit 
ne l'auoit iamais fceu enrichir d'vn double, ny faire 
iouïr de celle qu'il aymoit, qui eftoit la principalleoc- 
cafîon,qui l'auoit induidt à l'rnuoquer. Et qu'il ne luy 
auoit appris les vertus des plantes, ny des anim3ux,ny 
des pierres, ny autres fcicnccs feerettes , comme il cf- 
peroit , & qu'il ne luy .parloir que de fe venger de (es 
ennemis, ou faire quelque tour de fincffe ôc mefchan- 
cete. le luy dis qu'il eftoit facile de fe deffaire d'vn tel 
inaiftre,& lî toft qu'il viendroit^quil appcUaft le nom 



LIVRE SECOND. 8<J 

de Dieu à fon ayde, 5c qu'il faddonnaft à feruir Dieu 
de bon cucur.Depuis ic n*ay veu le perfonnagejUy peu 
fçauoir f i! f elloit rcpenty. Il appelloit fon efpric fon 
petit maiftre. CarSathan pourabufer les hommes a 
toufiours cherché de beaux mots, comme d'Efprit fa- 
milierjôc blanc Démon, ôc petit maiftrc^par ce que les 
mots de Sathan, & Diable font odieux : Et la plufpart 
des Sorciers l'appellent petit maiftre, comme i'ayleu 
au liuredePaul Grilland Italien, qui en a faidl exécu- 
ter plufieurs à more. Nous auons did de ceux,qui in- 
uoquent les malins efprits à leurs ayde,pour leur corn- 
, mander Ôc les auoir en leur puiflance, ou qui les achè- 
tent pour f en fcruir,cobicn que les marchants fe trou- 
uent affcruis d'vne cruelle feruitude:& qui font les in- 
uocatious par cérémonies, facrifices, & parolles pro- 
pres à cela, lefquelles ie n ay voulu mettre par cfcrir, 
combien qu'il y en a trop d'imprimez, & par beaux 
priuileges : au lieu que on deuoit faire brufler les au- 
theurSj&leursouurages rc'eftla caufe pourquoy en 
c'eftœuurc icme fuis efforcé de couurir & cacher ce 
qui peut donner la moindre occafion aux Efprits cu- 
rieux de faire effay de telles meichancctez : ains feule- 
ment i'ay déclaré ce qui peut feruir à rinfl:ru61:ion des 
Iugcs,&: de ceux qui pourroient tomber en lafolTe par 
les piperies de Sathan:Difons maintenant de ceux, qui 
outre les inuocations renoncent expreffémcnt à Dieu 
leur Createur,&àtoute Religion & promettent feruir 
le Diable, ôc qui font marquez de luy. 

Y ij 




DES SORCIERS 

De ceux qui renoncent a Dieu, (^ à leur Religion 
par conuention exprejje :, (S/' f' ils font tnxnfpor- 
te:^ en corps par les IDcmons. 
Cha r. 1 1 1 1. 
^ff^^fT^F^r;^^..^ ^ différence d'entre les Sorciers eft 
' '~^È^^V7j% bien fort notable, &qui doibt cllre 
f^f^È£^ bien entendue pour la diuer/îté des m- 
ê^^^f' gemésqu'il faut donnenmais les plus 
^L^ ^^ dcteftablcsSorciers, font ceux, qui rc- 
noncent a Dieu, & a Ion leruice^ou 
fils n'adorent pas le vray Dieu, ains qu'ils ayent quel- 
que Religion fuperftitieufe, qui renoncent à icellc, 
pour fe donner au Diable par conuention expreffe. 
Car il n'y a Religion fi (upcrilitieule^qui ne retienne 
aucunement les hommes es barrières de la Loy de na- 
ture, pour obeïr aux pcres & mères, Se aux magiflrats, 
auec vuccraintedcmal-faireàperfonne. Or Sathan 
veut arracher du cueur des hommes toute crainte d'of 
fcnccr. Et quant à la conuention cxpreiTe elle fe fait 
quciquesfois verballement:,& {ans Efcriture. Et quel- 
quesfois Sathan ,pour faffeurer de fes gens,deuant 
qu'ils puiffcnt obtenir ce qu'ils demandent, fils fça- 
ucnt efcrire,il leur fait efcrire l'obligation ôc figner, 
Ôc quciquesfois leur fait figner de leur fang, à la for- 
i.Lmmsk 1. y^Q (Jes ^ ancicns, qui en vfoient ainfi pour affeurer les 
^^/^^^;,P/^/,/^. coniurations, &:amitiez: Comme nous liions au le- 
coU. cond liurc de Tite-Liuc, &i en Tacite des Roys d'Ar- 

ménie; Ainii fait Sathan auec les iiens: Comme on 
recite d'vn certain Théophile, qui l'cd oit ainfi obligé 
au Diable, Se l'obligation efcrite de fon (ang. Et n'y a 



LIVRE SECOND. 87 

pas long temps, c'eft à dire Tan m.d.lxxi. entre ceux 
qui furent déferez Sorciers par l'aueugle, qui fut pen- 
du à Paris, il y eut vn Aduocat, que ie ne nommeray 
point, lequel confcfTa qu'il auoit paflé obligation au 
Diable renonçeant àDicu, & icelle fignec de fon pro- 
pre fang.Toutcsfois ceux qui veulent adoucir le fai6b 
difcnt qu'il n'y auoit que vne procuration paflee à 
l'aueugle pour confacrer le libure des Efprits pour co- 
traindre les Démons &c trouuer les Trefors. Ençores 
feft il vérifie par pluficurs procez, que l'obligation ré- 
ciproque entre le Diable, & le Sorcier, contient quel- 
quesfoisletcrmed'vnan, deux ans, ou autre temps : 
Et tel y à qui demande la puiilance de guérir du mal 
des dcns,& l'autre de la fiebure quarte,ou d'autre ma- 
ladie à la charge de tuer, ou faire mourir les autres, ou 
4e faire autres facrifices abhominablcs. Si leDiable fe 
défie de ceux qui fe donnent à luy iamais, peur parue- 
nir à quelque chofe qu'ils ne quittent fon feruice, il ne 
fe contente pas de les faire renoncer exprelTcmcnt à 
Dieu ;ains il veut aufli les marquer, comme à noté 
Daneau en fon Dialogue des Sorciers : mais ceux qui 
fadonnentà luy de bon cueur,& qu'il cognoift fer- 
mes en leurs promeffes^il neles marque poin6t, com- 
me dit lemefmeauthcur. Par les procez faits par les 
inquifitcurs au terroir de Confiance, ôc autres lieux 
circonuoifins qui font rédigez in Malleo ^ d>c de l'in- 
quifiteur CumanuSjaupays Mi]lannois,il fe irouue 
qu'il y a deux abiurations & profcffions: l'vne publi- 
que l'autreparticuliere. Ils appellent publique c]ui fe 
faiden raflemblcedes Sorciers ; ^ laparticuliere qui 

Y iij 



DES SORCIERS 

fefaitcslicux'parciculicrs>c[L]andon inuoque le Dia- 
ble OLi cju'il ic preicnte fans cihc inuoquc : (oit forme 
d homme noir, ou fort pale, comme il faicb le plus 
louuent: foicen forme de cIiien,commc il apparue a 
Abeldc laRuCjcftanc icune Cordelierà Meaux,ainiî 
qu'il aconfcllé dcuanc qu'il fuft condamné à mort, 
par Arrelt de la Court de Parlement confirmacif de la 
fentence duluge deColomiers,le 3 0.1uillet 1581. 
eftant aux chambres aifecs entre cinq,&: fix heures du 
foir defpit d'auoir efté batu: le Diablc,f aparuc en chié 
noir luy difant qu'il n'eull point de peur, ôc qui {e 
donnaft à luy,& qu'il n'auroit iamais mal : & cela faic 
difparut: fix femaincs après il luy apparut en figure 
d'homme blefmc;,&: effroyable à voir auec l'alaine, ôc 
le corps puant, habillé de noir, 5c les pieds de vache: 
qui luy dift qui fe fiafl en luy , &c le rranfporta foubs 
vn gibet : ie laiffe le refte. Quant aux marques , c'eft 
bien chofe certaine , & que les luges voycnt ordinai- 
rement, fi elles ne font bien cachées : comme i'ay fceu 
dVn gentilhomme de Valoys, qu'il y en a qui ont la 
marque entre les lebures, les autres foubs la paupière, 
comme cfcrit Daneau, les autres au fondement, quâd 
ils craignent eftre dccouucrs, ôc ordinairement lur 
refjDaule dextre, & les femmes fur la cuiflc, ou bien 
foubs l'effelle ou bien aux parties hontcufes. Aubert 
dePoiâ:iers Aduocaten Parlement m'a didl qu'il a- 
uoitaffiftéàrinftrudlionduprocczd'vn Sorcier ma- 
refchal de Chafteau Thiery, qui fc trouua marqué fur 
l'cfpaule dextre, &c le iour fuyuant le Diable luy auoit 
effacé la marque. Tertullian à ce propos dicl que le 



LIVRE SECOND. 88 

Diable a de couflume de marquer les fiens lil?ro de co- 
ronamilitis Chriflianï :& de BaptiJmOj c^ in libroy de nje- 
lundis "virginib. Ôc Hyppolite martyr in orat. de confum- 
mat, mundi. efcrit ces mots parlant du Diable, ^dda- 
cet eos ad adorandum ipfum j ac fihi obtempérantes Jtgillo 
fuo notahit. lemettray plufieurs exemples pour con- 
firmation de cela. M. Claude Doffay Procureur du 
Roy à Ribemont m'a di(5t , qu il auoit veu la mar- 
que de lehanne Heruillier Sorcière- , de laquelle il 
ma enuoyé tout le proccz , &: le iour fuyuant la mar- 
que fe trouua efFacee. Ccluy qui fut condamné par 
le Preuoft de l'Hoftel M. D. Lxxi. qui fappelloit 
Des-efchelles du Mayne, ayant obtenu grâce, pour 
reueler fes complices , quand on le menoit es af- 
lemblees , il rccognoiffoit ceux , qu'il auoit veuz 
aux Sabbats , ou bien par quelque autre marque, 
qu'ils fçauent entre-cux. Et pour vérifier fon dire, 
il difoit qu'ils cftoicnt marquez , ô<: qu'on trouue- 
roit la marque en les defpouillant : àc de faid: on 
trouuoit quils cftoicnt marquez comme de la patte 
ou pifte d'vn lieure, qui efloit infenfible, en forte / 
que les Sorciers ne fentent poinâ: les poinâ:ures , | 
quand on les perce lufques aux os au lieu de la mar- 
que. Mais il fcn trouua fi grand nombre riches,, 
& pauures que les vns firent efchapper les autres i 
en forte que cefte vermine à toufiours multiplié a- 
uec vn tcfmoignage perpétuel de l'impiété des ac^ 
cufcz, & de la foufFrance des luges , qui auoient la 
commiffion ,& charge d'en faire les procezXcSei- , 
gncur de Pibrac m'a recite que fon frère Chancelier ^î'"- 



DES SORCIERS 

.^ duRoydeNauarrcnepounant croire quctelle mar- 
j I quefufl: poflTiblcou infsnfiblc il voulut en voir l'ex- 
perienccdVneà laquelle en (a prcfcnce on percza la 
marque dVn poinczon de fer ardent lans quelle fifl 
femblant de fcntir douleur. Et lors qu'on lapiquoit 
autre parc elle crioit tout haut. Encore eft il plus elhâ- 
gc que laplufpart desSorciers ne fe contentent pas de 
renoncer àDieu,ainsencores ils fc fontbaptizer au 
nom du Diable, '&: nommer par vn autre noni,qui eft 
la raifon, pourquoy les Sorciers ont ordinairement 
deux noms. Et faidt bien à noter qu'il ne faut que vn 
Sorcier, pour en faire cinq cens. Car pour faire cliofe 
la plus agréable au Diable, (îkauoir paix à luy quand 
on c'eft donné àluy, c'eft d'attirer beaucoup de (ujets. 
Et ordinairement la femme y attire fon mary, la mère 
y meine fa fille, Se quelquesfois toute la famille conti- 
nuent plufieurs fiecles ainfi qu'il aeftéauerepar infi- 
niz proccz. Comme auffi anciennement il y auoit des 
. familles en Afrique, Se en Italie, qui faifoient mourir 
^ en regardant, ou loiiant les perfonnes, ainfi que Solin, 
Memphodore, Pline, Gellius, ôz Ifigoneefcriuent.Ce 
que Ariftotc a remarqué aux Problèmes, xx. fed:ion. 
Problème xxiiii. qu'on proteftoit deuantqueloiier 
que cela ne peut nuyrc à perfonne. Ce que les Italiens 
difcntaufii quand ils voyent qu'on loue quelqu'vn à 
pleine bouche: 7)/' ^ratiano qiïdiatcmal d'ochio. ce que 
les Sorciers font à propos 6i (ans propos. Pour à quoy 
obuier les Latins portoyent vne couronne d'herbe, 
qu'on dicfl 'Baccar ou grands noftre Dame comme die 
Virgile, Baccarejrontcm cmghc ne "vati noccat mala lingu4 

flituro. 



LIVRE second: 89 

fumro. Car tout ainfi que la vraye louange cfl: propre 
à Dieu feul : auflî eft il certain que iî Thomme ed: loué 
fins rapporter la louange au Créateur, il aduicnt que 
ceux qui font louez par trop f efgayent en fe glori- 
fiant: & lorsSathan les tranfportc à pleins voiles es 
precipes de leur ruine ineuitable.Mais paflons outre. 
LeDo(5leurGrilland Italien, & les cinq Inquifiteurs, 
qui ontfait leprocezà plufieurs Sorciers en Allemai- 
gnc,&: en Italie, ('accordent aux procez qu'on à fai6t 
cnceRoyaumcàceuxqui en ont cftéconuaincus. Ec 
mcfmement à Lyon, à Loches, au Mans, à Poi(Stiers,à 
Sanlis,à Paris. lehan Chartiet:, qui a compofé l'hiftoi- 
re de Charles reptiefme di6t,que Guillaume Edelin | 
Dodteur de la Sorbonne fut condamné comme Sor- I 
cicr la vigile de Noël , M. cecc. un. àc confefla qu'il f 
auoitefié plufieurs foisjanuidl tranfportc aux aflem- 
blces des Sorciers, Ôcillec renoncé Dieu,& adoré le • 
Diable en figure de bouc, le baifant au fondement. Il 
eft befoing de vérifier cepoindrpar exemples nota-, 
bles,pour faire entendre le Canon Epifœpi xxvi. ^.v. 
du Concile d'Anquicencc fur lequel plufieurs felont 
abufezrcncores, qu'il ne foitpas d*vn Concile gêne- 
rai, nyapprouuc par les Théologiens. Mais pour ef- 
claircirce que i'ay diâ:,ilrr>y à procez plus notable^^ 
que le procez de la Sorcière de Loches, qui eft de frcf 
che memoire.Car comme il y eut vn pauurc homme, 
lequel apperçeut, que (a femme fabj^ntoit. la nuiâ; \ 
par fois, & demenroit bonnepartie dn la nuidl, Ôc fur 
ce qu'elle difoit aller à fes necellitcz, &: tantoft chcZ; 
favoifinc, pour faire lalcfllue, & que fon mary l'euft. 

Z 



DES sorciers: 

eoniiàincuc.de mcnterie ayant finiftrc opinion qu'el- 
le fc dcbaucfeaft, la meiicVfla de la tiier, fi elle ne luy di- 
foiroiî elle alIoit.Sc voyant endànger^ clic luy dift la 
vérité, & pour en faire preuuc:Si vous voulez, dift 
elle, vous y viendrez, &: luy bailla de longuent, du- 
quel ilsfe grcflerent tous deux: &: après c]uelqucspa-| 
rolles^Ic Diable les trafporra de Loches aux landes de 
Bourdeaux,qui font pour le moins à quinze iour- 
nces de Loches. L'homme fe voyant en la compa- 
gnie de grand nombre de Sorciers &: Sorcières inco- 
grieuëSj&dcDiablcshydcux à voir en figure humai- 
ne, commença à dire, mon Dieu ou fommesnous? 
Au/ïitoft la compagnie difparut, & fe trouua tout 
nud, errant tout fcul par les champs iufques.au ma- 
thVy qu'il trouua quelques païfans , qui l'addreficrenc 
au chemin. Eftant de retour à Loches, il fcn vadroid: 
au Juge Criminel , lequel ayant ouy l'hiftoire , feic 
prendre la femme , qui confeila dcpoindlcn poindt 
toutce que nous auons diét;, &c fans contrainte reco- 
gneut fa faute. Il fe trouua aufi^i à Lyon vne damoy- 
fclle depuis peu d'années , laquelle fe leua la nui6l, ÔC 
allumant de la chandelle print vnç bouettc , & f oi- 
gnit, pùisauec quelques paroles elle fut tranfportce. 
Son paillard eftant couché auecques elle , voyant 
ioùer ce myftere, prend la chandelle, & cherhe par 
tout , ôc ne la trouuant poind: , ains feulement la 
bouettede greffe par curiofitcde fçauoir la force de. 
l'onguent fit^comme il auoit veu faire^, & foudain fut 
àufïitranfporté, &fe trouua au pays de Lorraine aucc 
lacompagnic des Sorciers, où il eut frayeur; mais fi 



LIVRE SECOND. pô 

toft qu'il eut appelle Dieu en fon aydc , toute la com- 
pagnie difparut, ôc luy fetrouuafeul tout nud^ qui 
fen retourna à Lyon , ou il accu fa la Sorcière , qui 
confeffa, ôc fut condamnée à eftre bruflce. Il en print 
autant napasloug temps à vn gentilhomme près de 
Melun,qui fut induicStpar fonmeufnier, ôcauflipar 
curiofité alla à lacompagnie de Sorciers :5c d'autant 
qu'il trembloit de peur , cncores qu'il n'appellaft 
poindt Dieu , fi eft ce que le Diable dift alors a haute 
voix: Quiapeuricy ? Le gentilhomme voulant fe 
retirer, toute la compagnie difparut. Depuis c|u'il fut 
de retour, il voulut accufer le Sorcier, qui en fut ad- 
uerty, &: f'enfuit: ce qui eft didl touchant la peur,ce 
peut mieux entendre par le proccz faiâ: aux Sorcières 
de Valéry en Sauoyc^ou la fille confeifa que fon père 
ôc {à mère la première fois qu'ils la menèrent aux af- 
femblees pour eftre tranfportez foaidain , ils luy bail- 
lèrent vnbafton pour mettre entre fes iambcs en luy 
difantj que fur toutes chofes elle n'euft aucune peiir 
&foudain elle fut tranfportce auec fesPere &mere. 
Le procez eft imprimé en la dernière impreffion du 
liuredeDaneaUjlequelprocezeftde l'anM.D.Lxxiiir. ^^"^^f*- 
comme nous dirons tantoft. Il y en a qui portent 
quelquepoille, ou autre vaifledu -de cuyure, ou d'at-? 
gent pour mieux folennizcr la feftéîà quoy fe rap- 
porte vn article au Lxvii. chapitre des Loix Sali- 
ques^Qu il eft ditySi quis alter-Hnih^rehurgium cUmauerit^ 

& le mot dcftria^ &cftrig^s ^ fignifie Sorcières courant 



DES SORCIERS 
après les Diables. Olaus le Grand au liurc m. cliap.xi. 
did^ que vers les peuples cle Septentrion on voit en 
plufieurs lieux CCS danfes de Diables^&: d'elucs ou Sof 
cicres. EtPoniponius?vlclaau liure m. di6lquecela 
cft ordinaire au mont Atlas^&Solin au 38. liurc chap. 
44., Ôc Pline au premier liurc chap. 5. ^ PauCanias in 
Achdias^d\(Oi\c femblable du monc Parnaflc ou l'on 
oyoit aux feRcs des Bachanales toute la montaigne 
retentir de danfcs^CymbaleSjSatyreSjDryadcSjHama- 
dryadcs, Oreadcs. l'ay leu quafi chofe femblable en 
Paul Grilland îurifconfulte Italien, qui afaiâ: lepro- 
cez à plufieurs Sorciers, lequel efcrit que l'an m.d. 
XXVI. auprès de Rome il y eutvn païfant lequel ayant 
vcu{àfemmefegre{ler la nuidt toute nue, &:puis ne 
la trouuant plus en fa maifon, le iour fuiuant il prend 
vn bafton , & nedcfTa de frapper iufques a ce qu'elle 
eut confcflé la veritc:ce qu'elle fiftjrequerant pardon. 
Le mary luy pardonna, a la charge qu'elle le mene- 
roit en l'affemblee qu'elle difoit. Le lour fuyuant la 
femme le fifl: oindre de la greffe qu'elle auoit, &fc 
trouuerent tout deux allant à raffcmblce fur chacun 
vn bouc bien légèrement. Mais la femme aduertit 
1 homme fe garder bien de nommer Dieu, fi ce n'eftoic 
par mocquerie, ou en le blafphemant.Car ils demeu- 
rent tous d'accord, que le Diable foudainlaiffe celuy 
qu'il porte par les chemins, qui monftre bien 'que la 
greffe ny faid rien,& que le Diable les tranfporte plus 
foudain que vn trai6t d'arc, & comme didtfainâ: Au- 
gùflrn, 'P^wowe^ auium iwlatus incrcdibili celeritate ^vin- 
cmt. Et cncores plus les Angcs^^ccleftcs aufqucis pour 



LIVRE SECOND. 91 

ccfte caufc la Saindtc Efcriture, pour fignifiei' leur cé- 
lérité incomprehcnfible, donne fix ailes. Se voyant 
cnlafrcmblcc, lafcnime le fifl: tenir vn peu àTefcarr, 
pour voir tout le myftere, iufqiics à ce qu'elle euft fait 
lareuerenceau chef de raflcmblce^qui cftoit habillé 
en Prince pompeufement, Raccompagné d'vnegrâd 
multitude d'hommes, & de femmes, qui tout firent 
hommage au Maiftre. Et puis il apperçeut, après les 
reucrcnccs,qu'on fill vne danfc en rond les faces tour- 
nées hors le rondeau, en forte cjue les perfonnes ne fe 
voyoyent pas en face, comme es danfcs ordinaires : à 
fin peut eftre que les vns n'eufTent loifir de remarquer 
fi ay femcnr, ôc recognoiftrc les autres pour les accu- 
fcr, i'ils efloient pris par luftice. Et quand à cepoindl 
le Sorcier Des-cfchellcs à qui le Roy Charles ix.don- 
11a la grâce pour accufcrfes compagnons, dift: au Roy, 
en prefcnce de pluficurs grands Scigneurs,que les Sor 
ciers efloient tranfportez aux afremblces,ou il fe trou- 
ue nombre infiny de telles gens qui adorent le bouc, 
ôclc baifent aux parties de derrière, &c puis danfcnc 
dos à dos fans fe voir, & après ils fe couplent auec les 
Diables en figure d'hommes, de de femmes. La danfe 
que i'aydidt finie les tables furent cpuuertesde plu- 
fieurs viandes. Alors la femme fifl: approcher fon ma- 
ry, pour faire la reucrcnce au Prince , &c puis ii fe met 
à table auec les autres, & voyant que les viandes n'e- 
ftoient falees, & qu'il n'y auoit poindl de fel fur les 
tables, il cria tant qu'on luy apporta du fel, comme 
il luy fcmbla à voir,.6^dcuant que Kauoir gourté il 
dift : hor Uudato fia Dio ^ pure 'vcnuto quejlo falc^ Or 

Z iij 



DES SORCIERS 

loué foit Dieu, puis que le feleft venu. Si tofl; qu'il eut 
dict, loué foie Dieu, (oudain tout difparut <5c perfon- 
nes, & viandes 5 (Se tables, & demeura fcultoucnud, 
ayant grand froid, ne fâchant où il clloit.-le iour venu 
il trouua des bergers aufqucls il demanda ou il eftoit, 
qui luy dirent qu'il efcoit au Comté de Beneuent.Qui 
cil le plus beau domaine du Pape fouz vn grâd noyer, 
loin de Rome de cent mil, ôc fut contraind mandier 
pain, & habits, &: l'huitiefme iour il arriua en fa mai- 
fon fort maigre de défait,^: alla accufer fa femme,qui 
en accufa d'autres , qui furent brùllees toutes vifues, 
après auoirconfeffc la vérité. Le mefmeautheur reci- 
te encores, qu'il aduint l'an mil d.xxx v.que vnc 
ieunc ieunc fille au Duché de Spolette, agee de x 1 1 L 
ans fut ainfi conduidle par vnc vielle Sorcière à l'af- . 
femblce , ôc f'eftonnant de voir telle compagnie , elle 
di6b, Dio benedetto che cojlt e que fia ^ Dieu beneift, qu'cft 
cccy ? Elle n'eut pas fi tofl di6l cefte parollc , que tout 
fefuanouït:Et lapauure fille au matin fut trouuee par 
vn païfan , auquel elle conta toute l'hifloirc , qui de- 
puis la rcnuoya en fon pays, où elle accufa la Sorcière, 
qui fut bruflee toute vifuc. Quand a ce qu'il did, que 
les aflemblees fc faifoient fouz vn grand noyer, i'ay 
remarqué en plufieurs hiftoires : ic procez que les 
lieux des aflemblees des Sorciers font notables , d>c fi- 
gnalez de quelques arbres, ou Croix, comme au pro- 
cez des Sorciers de Poi6licrs qui furent bruflcz l'an 
M; D. Lxmi. il fut trouué qu'ils faflTcmbloient auprès; 
de certaine Croix cognue en tout le païs,& à laquelle: 
des cent ans auparauant les Sorciers faflembloienc, 



LIVRE SECOND. 91 

comme le PrefidentSaleuert ma dicSt^qu^il fut trou- 
iié par les anciens & Regiftres de plus de cent ans. Et à 
Maubec près Beaumont de Lomaigneàhuidiieux de 
Tolofe il fut vérifié que les aflemblces des Sorciers fe 
faifoient à la Croix du pafte, &c danfoicnt, comme ils 
font ordinairement es autres lieux, & l'vne d'icellcs 
appellee Bcrode, eftant fur le point d'eftrc bruflec:fur 
ce qu'elle fut confrontée à vne damoifetle qui vouloir 
ny er qu'elle y eufl cfté, luy dift : Nojabcs tu que le der- 
rain çop me nopts hemes le baran à la Croux do paftis ^ tu 
portaos lo topin des poudoux f C'eft à dire. Ne fçais tu 
pas que la dernière fois que nous fifmes la danfe à la 
Croix du pafte^tu portois le pot des poifons ? Cefte 
Sorcière Beronde fut bruflee toute vifue. Et quand 
au tranfport i'ay leu que cela fe faifoit après les on- 
d:ions^ & fouuent fans ondlion : tantoft fur vn bouc^ 
tantoft fur vn cheual volant^tantoft fur vn ballet,ran- 
tort fur vn bafton, tantoft fans aucun bafton,ny beftc 
&: fouuent fans ondion. Se les vns y vont nuds com- 
me font la plus part pour fe grailler ainfi que nous a- 
uons ditjles autres veftusjes vns lanuiâ:, les autres le 
iour; mais ordinairement lanuidtj&leplus fouuent 
entre la nuidl du Lundy & Mardy nous dirons en fon 
lieu laraifon. Etàce propos Paul Grilland au liure des 
Sortilèges diâ: que l'an M. d. xxiiii. il fut prié par 
vn Seigneur d'aller au chafteau S.PauljDuché de Spo- 
Jette, faire le proccz à trois Sorcier5.s...La plus icunc 
fouz promeffe d'efchapej: , luy confefia qu'il auoit 
xiiii.ans paflcz.quc vne vieille Sorcière l'auoit menée 
en l'aflcmblee des Sorciers, où il y auoit vn Diable 



DES S ORCIERS 
qui luy fifl: renoncer à Dieu , &: à fa foy , & Religion 
promettant auec Icrmentd'edrc fidelle,&:obcïiiantc 
àtous 1-es commandemcns du Diablcjtouchantfur va 
liure, qui contenoic que^ucs elcritures fort obfcu- 
res : Etc]u'cllevicndroittoufioursauxfeflcs la nui6V, 
cjuandclleferoic mandée, & que elle y ammencroic 
tous ceux qu'elle pourroitrEt le Diable luy promit 
vue ioyc , ôc félicité éternelle. Elle confefla auffi que 
depuis elle auoitfaiâ: mourir quatre hommeSj<5<: plu- 
fleurs fois du beftail , &:fai6bgîftcr les frui6bs par la 
tempefte.Et fil luy aduenoit qu'elle n allât aux alfem- 
blees au iour prefix, &c qu'il ny cuft excufe véritable, 
elle elloit fi tourmentée la nui6i: , qu'elle ne pouuoic 
dormir, n'y repofer aucunement. Et quand il faiiloit 
partir pour y aller, elle oyoyc la voix d'vn homme, 
qu'elles appclloicnt leur petit maifl:re,&: quciquesfois 
maiihc martinet, 6^apres qu'elle c'eftoit ointe de ccr - 
tain onguent, elle montoit fjr vn bouc, le tenant par 
le poil, qui fe trouuoit tout preft à la porte, ôc foudain 
clieeftoittranfporteefoubs le grand noyer de Bcne- 
uenr,oiî il fe trouuoit vnc infinité de Sorciers Câpres 
auoir faiâ: l'hommage au Prince, on danfoit : puis on 
fe mettoit à table,&: en fin chacun Démon fe couploit 
auec ccluy ou celle qu'il auôit en gardc.Et cela fait cha- 
cun f en retournoit fur fon bouc. Et en outre q parti- 
culièrement elles adoroict le Diable en leurs maifons; 
A'ptà lefqurl+cs-eofcOions elles furent confrotees , & 
eïicores d'autres 'accufees ôc confeffecs furent bruflces 
toutes viucs aueclcurs poudres tS^vnguents. Nôusli- 
fons vn autre hiftoirc rccctc au iiî.liaic d'Anthoine do' 

Turquemcde 



LIVRE SECOND/ - -5)3 

Turqucmcdc Efpaignol, encre plufîcurs qu'il cfem, 
Xjiîc vn Sorcier voulâtperfuader .vn fîen compagnon, 
•<ju ilferaic le plus heureux du monde, s'ilvouloicfe 
croire & aller aux aflemblces des Sorciers : Le compa- 
gnon raccorda,&lanui6tvcnuë,le Sorcier après quel- 
quesparoles,leprintparlamain, ôc cous deux cfleuez 
en l'air furenc crâfporcez fore loin en vne compagnie, 
ouil y auoic nombre infiny d'hommes, Ôc de femmes, 
ôc au milieu vn chrone,&au deflus vn grand Bouc que 
chacun alla baifer (la parte mafuTja que ténia) ceux qui 
encendenclEipagnol fçauenc bien quelle parcic c'eft. 
Cequcvoyanclenouueau apprencif,dift à fon com- 
pagnon Sorcier: le perds patience, ôccomméça à crier 
dift l'Autheur, (Dios a muy grandes hoTes :, ) c'eft à 
dire, qu'il appclla Dieu à haute voix. Alors il vint 
^<n tourbillon , & tempeftc impecueufè à merueil- 
les, & touc difparut, &luy demeura tout feulj&fut 
trois ans deuanc que de pouuoir eftre de retour en 
£bn pays. Il n'y-a pas long'temps que au pays du 
Maine, il en fut bruflé plufieurs , qui confeffoyent 
aller auflî fouuent au Sabbath la nuid, ôc faire les 
mefmcs cliofes , que i'ay récitées, dont les rcgiftres 
de la luftice font chargez reccntement, &leproccz 
cnuoyé en plufieurs lieux , que ie trancheray plus 
court , pour eftre chofe affez notoire, parce qu'il ny 
auoic pas moins de trente Sorciers, qui s'entrc-accu- 
ferent par enuic les vns des autresiEt leurs confeflîons 
s'accordoyent au tranfporc, & à l'adjoratiou du Dia- 
ble, &c aux danfes, Ôc aux renoaciatioiis à toute re- 
ligion. Nous auons auflî de fraifchc mémoire les 

Aa 



DES SORCIERS 
proccz des Sorciers de Valéry en Sauoye, ùiâ Tan 
.1574. duquel Danneau a faid:l'cxtraid:airc2 ample, 
ou Ton peut voir que le Diable en tout lieu ,. cft fcm^ 
blable à foy-mefme : car par la confcilîon des Sor- 
cières de Valéry, &c confrontation des vnes aux au- 
tres, on voit le tranfport en corps fur vn ballon feule- 
ment fans on6lion,puisl'abiuration de Dieu, l'ado- 
ration du Diable, les danfes , feftins , ôc le baifcr aux 
parties honteufes de Sarhan en guife de beftc, puis 
robligation de faire mille maux, & les poudres qu'on 
bailloit à chacun , ôc que l'vne auoit raid xxx. ans 
ce meftier. Et quafi toufiours le Diable fe monftroit 
en guife d'homme, fore noir & hideux, & que les pè- 
res & mères y attirèrent leurs enfans Jeprocezeft en 
k dernière édition de Lambert Danneau. Quant aux 
viand-es , &c perfonnes qui s'efuanouifTcnt , nous ena- 
uons vn tefmoingnage en Philoftrate Lemnien, au- 

! theur Grec, que Apollonius Thianxus eftant entre 
en vne maifon, où les Sorciers faifoient de fembla- 
blés feftins, les menada aigrement, & foudain tout 
difparut, tables, viandes, perfonnes , &: meubles, & 
ne fe trouua que vn ieune homme que les Sorciers 
auoient nouuellemcnt feduidb. Le mcfme faifoit 

t Pafes en Grèce , & vn fameux Sorcier de la baffe Bre- 
taigne , nommé Eon , qui faifoit foudain feruir ceux 
qui le venoient voir, de viandes exquifes, comme à la 

i table du Soleil en Afrique, ôc hors de là ils mouroicnt 
de faim. Il fut cmptifonne du temps d'Eugène Pape, 
aiant efté au Concil de R heims , ôc mourut en prilon 
l'an 1148 ,Vn iaur il monftra de grans threfors à vn qui 



LIVRE SECOND. 5>4 

le vint voir. Il cftoic foudain tranfporté de lieu en au- 
tre, &auoicdcsdifciples qu'il appelloit l'vn fapiencc, 
l'autre prudence, l'autre fcience, l'autre iugcment, cô- 
inc Valentin ancien auoit fcs difciples qu'il nommoit 
viovyS^vvct/LLiVjCp^vYia'iv.ll eftoit Hermite.Et faid: bien . 
à noter, que les plus grands Sorciers ont cfté Preftres, 
eu Moyncs,ou luifs. Et lans aller /î loin, plufieurs fça- 
uent,qui font encores plein de vie, que l'vn des Corn- 
tes d'Alpremont traiâ:oit,ôc receuoit magnifîquemêt 
toutes les compagnies qui vcnoient en fa maifon,&: 
reccuoient vn grand contentemct des viandes exqui- 
fcSy du feruice, &:de l'abondance de toutes chofcs, 
Ncantmoins quand les hommes , & cheuaux auoient 
forty de fa maifbn , ils mouroient de faim Se de foif. 
Ce que i'ay fçeu de plufieurs perfonnes qui font enco- 
res en vie.Tel eftoit le Cote de Mafcon, des plus grâds 
Sorciers de fon temps , lequel nous trouuos en nos hi- 
ftoires * auoir efté appelle par vn home lors qu'il trait- i. ^«,g;«f^-;, 
toit a fa table grande compagnie, &: n'ofant dcfobeir à '^"'^'''•>î^^m«.vi 
Satha,il trouua vn cheual noir à la porte qui l'attédoit, ''.\ 

fur lequel il fut foudain porté auec l'home, Ôc difparut 
fans iamais plus eftre veù.Le féblable aduint à Romu- 
le,commc récite Plutarque, lors qu'il eftoit au champ i v*^^ 

duiMarais de la chcure , il vint vn tourbillon de tépc- . ^à«w^v 
fte par lequel il fut efleué, & ne fut iamais veu depuis, ^ v^ ^ 

ce qui fut certifié & attefté par les Princes 6c Sei- 
gneurs, qui l'accoftoy en t en grand nombre, mcfm es 
pour confirmation de fon dire , il adiouftc deux 
autres exemples femblables , l'vn d'Ariftcus Pro> 
conefien , & l'autre Cleomcde Aftypaleam. 

A a ij 



DES SORCIERS 

S.Gregoire au Dialogue 4. recite que le Diable empor- 
ta tenfant vifiblcmét d'entre les bras du pere^ pour les* 
blafphemcs qu ilfaifoit.Philoftrate Lcnien dit le fen>- 
' i blable cas eftre aduenu à Appollonius Thianeus, qu'il 
. a voulu déifier par ce moycn,quoy qu'il fuft en répu- 
tation d'eftre le plus grand Sorcier de fon aage:&: d'au- 
tant qu'il y en a quelques-vns qui le veulent prcualoir 
d'vn Concil national, ou Conciliabule d'Anquirenfc, 
que nous auons remarqué cy deflus, i'aybien voulu 
i.^Hg.h.io. remarquer les Theoloc^iens * qui font d'accord , que' 

cru. de cm. 'i r\- \ \ C 1 r ' t' 1 

vei. rtow-ific Diable traniporte les Sorcières en corps. I ay dc- 
^^/«;i;V;^«nionftré cy délias, que faind Auguftin, faind: Ba- 
o<wT* '*'^' file, Origcneaux liures ^afeic^p^^/, ont tenu comme 
^•rr/z.j.///.^^ Ariftote, PlatonjPlotin,Iamblique,Procle, Apulée^ 
>/7fr/?;/. crqtjc les Dxmons font corporels, &: qu'on ncpeutfail- 
w^/7-«m^.^.8.'iJ^' de tenir celte opmion-la , quelle eitant verita- 
titJemtrA. f^ blcj faid; ceflet toutes Ics fopliifterics &: arguments de 
Vcr^intH^e^^^^^ qui veulét fouftenir que le ttafport corporeln'eft 
v^momh.Bo- pas vray. Car le mouuét & a(^iô fera de corps à corps, 
»4vrf« m 3. voire de corps elemétaire à corpsclementaire: & d'vn^ 
5.p^«/«^ Gr/i niouuemctio cal, &S.Banlcditjque les Anges ont des 
Ullt.jesor-çQYpg Gclcftes qui eft Taduis d'Alexâdrc Aphrodifee q 
ntt'^.sjittfffM^ anges &Da?mos lont corporels. le mets beaucoup 
?rw/« /r4^. d'authoritez de plufieurs peuples ôc nations , à» £ni 
efin^i . ^-q^jç la: vérité foit mieux efclarciô, & partaint d'ex^il 

mon.lt.i.cfe- -^ , ^ ^ r 

nuLcr lil? z. cmplcs il louuent, cxpi^rimentez-, non par longes^ - 
sa.i. sprSgcrj^'y lefucries , mais par iuremcns contradidoircs, 
jefiurnm. p^^ coacculatoons des complices, récriminations, ' 
recolements , cVsnuidions , confrontations , con- • 
feffions ,,condemnations^,. exécutions. EntrcJef- 



LIVRE SECONIK 5)5 

qu elles il )ren a d'Alemaignc vne memorablcjqiîc ré- 
cite loachim de Gambray ^au linrcàc Naturadiemomi 
qui dit quvn boucher allant lanui6t par^vn bois^,oyât 
le bruir,& les danfes il fuit, & approcha- y où il àppcr- 
ceut des coupes d'argenr,qu il print après que foudaiiï 
tous les Sorciers,& Diables difpârurent, & les porta le 
iourfuyuant aumagiftrat : lequel fift venit ceux de 
qui les coupes portoient les marques,& aecuferent les 
autres , qui furent exécutez. L'autre exemple cftenco- 
rcs plus infigne d vne executionjqui acfté fai(5fce à Poi- 
élicrs l'an mil cinq ces foixante & quatre, qui m'a efté 
recité,eftant fur les lieux , & depuis^ cncores pdrSal- 
uert Prefident de Poid:iers,qui fur appelle au iugemer 
auec Dauenton alors Prefident de Poi6liers, & autres, 
luges, j &quieftaffez notoire en toutlepay^. -Troi^ 
Sorciers & vne Sorcière furent condamnéZ5& brufleii 
tous vifs, eftantconuaincusd'auoirfaiâ mourir plu-- 
iîeurs perfonnes &beftes,& comme ils confcflerenc: 
auilipar le moyen du diable , qui leur* adminiftroic;> 
les poudres^pour^niterrer fous lefucil des cftableSjbett' 
gerics,& maifons^ & d^EGlarcrent qu'ils' alloienctroîsi 
fois l'an à raflembleegenerallejOU plufieursSorcicrs fe; 
tvouuoienrprcs d vne c^oix d\n carrefour qui feruoit^ 
d-'enfeigne.Et là fotrouuôitvn grand bouc noir ', qiiV*> 
parIoir,connimé vne perfôhftekixaffiftâs, ôcdânfoiéc 
ai entourduBoucrpuis vn chacunluy baifoit le der- 
rière auec vne chandelle ardente: & cela faiâ:;lebôu€> 
fe confommoit en feu ,&s: de la cendre chacun eAi-' 
prcnoit pour faire mourir le bceuf, ou vache de foîl' 
cançmy,àrautrela brebis , à l'autre le cheual,: à Tau-- 

A-a ii). 



lf,_ DIS SORCIERS 

trcpoiir faire languir , à l'autre pourfairc mourir les 
hommes. Et en fin le diable leur difoit d*vnc voix 
terrible CCS motSjVcngezvous ou vous mourrez: cela 
faid chacun s'en retournoit à l'aydc du diable , com- 
me ils eftoient venus. Il faid bien à remarquer qu'ils 
cftoient tenus d'aller trois fois l'an faire cefacrifice au 
diable,contrcfaifant leficrificedu Bouc, porté par la 
loy dcDicuauLcuitiquc chapitre feizicfme, <î^ le co- 
mandement qui portoit que tous les maflesdeuoienc 
coparoiftre dcuat Dieu trois fois l'a aux trois feftes fo- 
lennellcs.. Le Prefidcnt Saluert homme d'honneur 
mediftplus qu'il fctrouua es anciens regiftrcs, qu'il 
yauoitcentanSj qu'on auoir condamné des Sorciers 
pourfcmblablecas, & pourfemblables confeflions, 
&aumefmelieu de la croix portée par le procez. Les 
deux fe repentirent, les deux autres moururent opi- 
niaftres. Mais de tous les procez il n'y en a poindl 
de plus digne d'eftre leuquc celuy d'AbeldelaRue, 
qui fut exécuté à mort , par arreftde la court, mil 
cinq cens oâtante deux , non tant par les preuues des 
tefmpings , que par ft propre confeffion , oiî l'on 
peutveoir b naifue vérité; comme ayant efléchoi- 
iy par Sathan entre les ieuncs Cordclicrs de Mcaux , 
& baillé au bergcrdeVaiicounois,le plus grand Sor- 
cier du pays : enuiron la fcfe de Noël ., furies onze 
heures de nui6l:,le diable vint par la cheminée, faifànc 
vn bruit cfFroyable,& çommje s'ileuft tonné, &luy 
dcmandit fil fefioitpasenluy , ôrs'ilne vouloit pas 
venir à rafremblee,& l'ayant confenty il futportca- 
ueç le berger après s'cftre frottez de graiflctreipuan- 



LIVRE second: ^g 

te fous les airtelles,^: a la paume de la main,& comme 
ils eftoienctranfportez,!! y vauoit'vn flambeau quial- 
loit deuanty&iau lieu ouils furent tranfportcxfe trou- 
lièrent foixance pèrfonnes ou enuiron quife trouuc- 
rent tous vertus de toile noire: ôclors commencèrent 
a baloyer leur place; & foudain vn grand Bouc puant 
fc trouualà, grondant & mUgiflant au milieu de la 
danfe laquelle fe faifoit la face tournée , hors de la 
danre,& après au oir danfé demie heure ils fe mirent 
tous a genoux: 6^ le berger luy dift qu'il failloit ado- 
rer le Bouc , & quec'ettoitlediablc,&lors le Boïtc 
courba fes deux pieds de deuant,leuant le cul hault 
Â:celafai6t, quilferoit tombé d'enhaut des graines 
qui fentoicnc le fouphre & la cliarongne fort puante^ 
fur des hnges, que chacun auoit mis en la place ba^ 
loyee , te cela faiét , que Je plus vieil de raffemblee 
tout chenu, portant vne longue barbe blanche au- 
roit commencé d'aller a genoux vers le Bouc ,: luy 
baifcr lapartie honteufe, &celafai6l, feleuafur fes 
pieds recueillant le drapeau ou cftoit lapoudre , ô? 
retourna en (a place , & chacun iîft comme le pre- 
mier : 6<: luy y fufl: aufli le dernier, & que le Bouc 
luy demanda ce qu'il vouloit & qu'il fîil refponfe qu'il 
ne defiroit que nouer l'efguillctte , a ceux qui luy fa- 
roientmaljCeque le Bouc accorda, & le berger Iny 
dift que s'il vouloit fc venger, il luy bailleroit de lav 
di6te poudre , ôc qu'il euft fiance air diable v & fc> 
f oient rccournez comme ils eftorent venus , ayant 
le flamb-eau dcuant eux : & tmilîoùxslie Diable l'a^ 
ùertifroit de fc venger. , & que le berger luy monftra 



iv DES SORCIERS 

ùlx façondenaucxl:cfguilIettc,&que lix mois après à 
-là iàjndieaa ifs îaWcrent.encoresà 1 aflemblec qui fc 
ifift à Ghancoin i, .près Dammartin , àla mefrae heucc 
qu'ils auoienc cfté tranfportez àChallandoft , ôcen 
mefmc diftancc de.cinq lieucs,&: que le diable vnc au- 
•trefQis, s'apparut àluy en femme foie hidcufe,&: pua- 
f,*te. eut fa compagnie charnfclle & qu'il lauroit incité 
fouueat à letuer.i'ay Icu auili l'cxtraidl du proccz des 
Sorcières dePotcz, qui m'a cfté comuniquéparmai- 
ftre Adrian de Fer lieutenant gênerai deLaon , qui 
•porte la confeflion d'icclles,commc elles furent tranf 
rportees auprès de Longny au moulin Frenquis, ôc en 
• diiant certains mots^que ie ne mettray poin6b , aucc 
,vnbalet on ramon,&: trouuercnt les autres qui auoiét 
chacun vnramon,cn main, & fix dix diables aucc eux, 
qui font k nornmez.Et après auoir renoncé à Dieu,el- 
lesbaifcrent les diables en forme humaine, & toutes- 
fois bien fort hideux à voir,ô«: les adorèrent, puis elles 
Janfercnt ayâs leurs ramons en main, &: en fin fe cou- 
plèrent les diables auec les femmes , & puis elles dcr- 
manderent des poudres pour faire mourir du beftail, 
:& fut arrefté d'y retourner hui6tioursaprez , qui e- 
iftoit le Lundy après iour failly , &c furent la enuiron 
-trois heures, oc puis r'appor|:ces. l'auois oublié de dire 
que chacun Sorcier doit rendre compte du mal qu'il 
afai6b fur peine d'cftre bien batu : Et quant à ce 
-dernier poind ,'Bonin bailly de Chaftcau-Roux e*- 
ilât4eputé pour le pays de Bçrry àBlois , mcdiftqu'il 
auoit faid brufler vne Sorcière accufcc par'faifîllï^ 
queiamcreauoit menée aux aflembices -, & l'auoit 

prefentee 



LIVRE SECOND. 5)7 

prefetitcc au diable pour l'inftruire : mais entre au- 
tres villenies, elle confeffajqu'clles danferent autour 
du Bouc, &en fin que chacun rendoit compte de ce 
qu'il auoic faiâ: depuis la dernière aiïemblee, &c 
en quoy il auoit employé la poudre. L'vn difoit aùoir 
tué vn enfant, l'autre vncheual, l'autre auoir fait mou' 
rir vn arbre. Et par ce qu'il s'en trouua vne qui n'auoic 
rien faid: depuis la dernière afTemblce , elle cutplu- 
fieurs coups de ballons fous îa plantedes pieds , auec- 
ques vne mocquerie & rifec de tous les autres. Et 
diloit qu'il faut auoirfouuent des nouuellcs poudres. 
Ce qui eft conforme à ce que i'ay leu en vn autre 
procès d'vne Sorcière qui confcfla , qu'elle n'auoit 
pomt de repos , (i elle nefaifoittous les iours quel- 
que mal , qumd elle n'euft cafTé qu'vn vaifleau ; 
mais vn iour la mailhefle l'ayant trouuee caflant vn 
vailleau de terre de propos délibère , elle confefla 
la vérité , &z qu'on lafift mourir , par ce qu'elle di- 
foit qu'elle n'auoic point de patience , G ellenefai- 
foit mourir quclqu'vn , ou qu'elle ne fift quelque 
mal. Qui m.onftre bien que ce n'efl: pas la poul- 
dre, maisSatlian, qui ne procure & ne cherche que 
la ruine du genre humain, &c qui veutfouuent eflrc 
feruy ôz adoré. Caria pouMre bienfouuent fetrou- | 
uevn ou deux pieds fous terre: Et me fouuicnt que | 
Fournier homme dodle , ôc Confcillicr d'Orléans , 
me difoit que le bruicl commun , Ôc notoire eftoit 
qu'il fefaifoit des affemblees de Sorcicrspres de Cle- 
ry, ou les Diables r'apportoient tout ce qui auoit 
efté faidendiuerspays par ce qu'ils minutent toutes 

Bb 



- DES SORCIERS' 

lesaclions deshommcs. C eft le m:)yen q'icle; Sor- 
ciers ont pour diuincr. La Sorcière, que i'ay dicft^n ap- 
pella point de la fcntence, difant qu'elle aimoit mieux 
mourir, que d'élire plus tourmentée du diable , qui 
ncluy donnoit point de repoiî:Mais il faict bien à no- 
ter qu'il ne fe faid poind d'aflcmblee, ou l'on ne dan- 
fe , &: par la confelîion des Sorcières de Longny elles 
diloient en danfant^har^har, diable^ diable , laute icy, 
faute là^ioiie icy,ioue !a:Et les autres difoient Sabath, 
Sabath^c'eft à dire, la fefte ôc iour de repos , en hauf- 
fant les mains de balcts en hault,pour teftifier de don- 
ner vn certain tefmoingnage d'allegrcfle , ôc que de 
boncueur ils feruent, & adorent le diable , & aufïî 
pour contrefaire l'adoration qui eft dcuë à Dieu. Car 
il efl: bien certain que les anciens Hcbrieux apportant 
leurs oblations au Temple , quand ils approchoient 
de l'autel, ils danfoient , commeatrefbien noté Da- 
^^^^^^-^y uidKimhi * furie mot,haga n^n qui fignifie fcfte, &c 
me 41. danfe. Et Dauid pour vn grand fignc d'allegreflê 
danfoit en difant le Pfalme quarante fept , & fonnoic 
de la harpe deuant larche. Et en cas pareil nous li- 
fons que Samuel addrefla Saul à la troupe des Pro- 
phètes, qui danfoicnt en louant Dieu auecques inftru- 
mentsdemufique , laquelle eft principalement don- 
née aux hommes pour louer Dieu d Vne pleine ioyc 
&alîegreire : mais le mouuemenc du corps eftoit tel 
qu'il n'y auoit rien d'infolcnr , ains le doux mouue- 
ment du corps cfleuoit le cueur au ciel, qui eft la cho- 
fe la plus aggreable à Dieu. Car il ne fe peut faire 
que ccluy qui chante louanges à Dieu de telle aile-- 



LIVRE SECOND. 5)8 

grefle, ne foie rauy d'amour & de zeleàThonneur de 
fon Créateur: & en tous les endroits des Pfalmes^où 
ilfetrouue le mot Sela,qui cfl fréquent : ceux qui 
le chantoient efleuoient leur voix aucc le corps, com- 
me DauidKymhi a note fur les commentaires He- 
brieux desPfalmes:iaçoit que ce mot lignifie Etcrni- 
téjComme l'interprète Caldean a tourné, & Symma- 
chus ScTheodocio S^idi-i^ctXjuia^ ôc Abraha Alben-Ef- 
ratournenûH^^^/^vcri? : ôc neantmoins toufiours les 
chantres fc leuoient à ce mot. Les proccllions qu'on 
fai6l,monftrentencorcs, comme il lemble,la marque 
des danfes anciennes. Et encores a prelentés fcftcs 
folennellcsj ceux qu'on appelle chantres après auoir 
entonné ôc commencé vn Pfalme^ ils vont balant au 
milieu du cueur, comme il fevoit es Eglifes Catho- 
qucs plus folennellement feruies. Vray eft que la pluf 
part ne font que fepourmener ; qui eft aduenu par 
corruption de couftume de ceux qu'on mettoit en 
celle charge qui ne fçauoient ny châter ny baler: mais 
anciennement les chantres après auoir entonné ba- 
loient {ans chanter, la main dextre haute , & non vn 
bafton tirant d'Orient en Occident,puis d'Occident, 
en Orient, &c en fins'approchoyentvisa vis l'vn de 
l'autre : a la mode des chantres tragiques, qui figu- 
royent les trois mouucmens des cieux , Se lesbaflos 
d'aro-ent des chantres fio^nificntla main. 

Aufti tous les peuples vfoient en leurs facrifices , 
ôc feftes folennelles de danfes. Et Moyfe Maymon 
cfcript , que les filles Perfancs , adorant le Soleil, 
danfoyent toutes nues , ôc chantoient , auec in- 

Bb ij 



DES SORC lERS 

ftrumens. Mais les danfcs des Sorciers violentes ren- 
dent les hommes furieux , &: font auortcr les fem- 
mes : comme on peut dire quelavolce , que les Sor- 
ciers ont amené d Italie en France, outre les mouuc- 
mensinfoIens,& impudiques , à cela de malheur, que 
vnc infinité d'homicides & auortemens en aduien- 
nent. Qui ellvnechofedes plus confiderablescnla 
repubhque, &c qu'on deuroit deffendre le plus rigou- 
reufemcnt. Quant à la fureur, on voiteuidemmcnr, 
que tous les hommes furieux , & forccnez vfent de 
telles danfes , & fautsviolens : Et n'y a moyen plus 
expédient pour les guérir, que de les faire dan fer po- 
fément , &:cn cadence pefante , comme onfaidleii 
Allemaigne aux infenfez qui font frappez de la ma- 
ladie qu'on did de faind Vitus, 6c Modeftus. Al- 
phonfede Caftro liure premier chapitre quinfîefmc 
aducrjksh^reps efcritqu'ilfuttrouuépar les confelîtos 
des Sorcieresdu pays de Bifcaye,qui eft fort infedlé de 
jTorciers, comme tous pays de montagnes, il fut trou- 
ué que les Sorciers & Sorcières s'alTemblerent à la mo- 
tagne, où feprefentavn bouc noir qu'ils adorèrent. 
Pourîa fin de ce chapitre icmettray la conclufion de 
la difpute refolue deuant l'Empereur Sigifmond , que 
Vlrich le Monnicr, a cfcriten vn petit liure ^ qu'il a 
fiiidc fur cepoind:, oiî il fuft arrefté par infinis exem- 
ples & iugemcns,que Sathan tranfportoit les Sorciers 
véritablement en corps, d>c en ame . Aufli feroit-ce 
fe mocquer de Thiftoire Euangeliquc de reuocquer 
en doute/île Diable tranfporte les Sorciers d'vn lieu 
en l'autre ; puis qu'il cjft did en l'Euangile que Sa- 



LIVRE SECOND, 5?î> 

tha trâfporta Icfus-Chrifl: fur le fommec du teple, puis 
fur vne motaignciCar lapluipart, Se plus fiine partie 
des Théologiens tiennent qu'il fut véritablement 
trâlporté en corps &:ame.llscôfeflentaullîque Aba- 
cuc le Prophète a efté tranfporté en corps, (V en ame 
en BabyloneiEt S.Philippe l'Apoftre a elle tranfporté 
en corps, ôc ame. Surquoy Thomas d'Aquin conclud, 
que s'il eft poffible en vn,il eft poffible en tous de mef 
me nature , & de mefme poids. Voila fon argument 
qu'il tire de S. Matthieu, cha. 4. 5^rEfcotDo6lcur très- 
fubtil furie i.liuredes Sentéces dift.S. ditquclcs An- 
ges auflî prennent corps non pas pour eftre forme d'i- 
ceIuy,nypourefl:revny à iceluy hypoftatiquement: 
mais feulement pour le mouuoir, & d'en vfer comme 
d'vninilrument: à plus forte raiionles Démons que 
nousauonsmonftré auoir corps élémentaire. Nous 
hfons pareillement en Philoftrate Autheur Grec , que f 
Apollonius Thianeus fut tranfporté en peu d'heure, i 
d'Ethiopie près la fourccduNil iufqucsàRomc, qui 
ne font pas moins de deux mil cinq cens lieues à droi- 
te ligne, vne autre fois de Rome en Corinthe, vne au- 
tre fois de Smyrnc en Ephefe. Et l'an M. cc.LXXi. Ican 
TeutonicPrellre,deHalberil;ad des plus fameux Sor- 
ciers de fon aage, chanta trois Méfies aminuid:, l'vne 
a Halberllad, l'autre à Mop-oncc, la troificfme à Cou- 
Joigne. Ce qu'on recite auffi dePythagoras, quifuc 
tranfporté de Thurie en Mctapont.Et mefmes Vierus 
""protedieur ôc dcfcnfcur des Sorciers,afreure par vne ^•'^'"''•'^^'''•^. 

certitude de fciencc eftre veriiablc,qu'il fçait plufieurs ^J^^it** 
pcrfonnes eftrc ainfi tranfportez en vn moment d'vne 

B b iij 



DES SORCIERS 

région en l'autre. Voyia ces mots au liure 1 1 . chapitre- 
vin. TDe p7\tjhgî!i Dimïomim^ ô^auliureiu. cliap. ir. 
l'ay ve'jpourle dernier la fcncence rendue en la ville 
d'Anignonlaii i 5 8 1. parFloras jInquifîteurd'Aui- 
gnon 5 contre pluficurs Sorciers liurez au bras feculier 
pour les exécuter à mort .-par laquelle ileftdidl qu'ils 
furent conuaincus par tefmoins , & par leur côfcllion 
plufieurs fois rcitcree,qu'ils auoicnt renonce Dieu , àc 
s'eftoient donne au Diable, ayant de nouueau efté ba- 
ptifcz,&pris nouueau nom, & qu'ils auoient efcrits 
leurs noms, ôc fignez au liure que le Diable leur auroit 
baillé, &faid ferment & hommage au Diable, mar- 
chant fur la croix par mefpris , &: que après s'eftre gref- 
fez, ayant vnbafton entre les iambes, auroicnt cfté 
tranfportez aux affemblees à certains iours prefix, ^ 
après auoir danfé, banqueté, &: célébré la fefïe à Beel- 
zebut en forme de bouc noir,baifant fon derrière auec 
chandelles de poix noire , &: Tauoir prié, appelle, &: a- 
doré, & auoir fai6l mourir plusieurs petits enfans,ho- 
mes &: belles , &: auoir porté des membres , & grefles 
de petits enfans aux afTemblees lesoftransau Diable, 
& puis mangé d'iceux : &: que les hommes auec fucu- 
bes,&:les femmes auec incubes auoient paillarde, & 
cncores entre-eux auoir exercé fodomie, & craché 
l'hoftie qu'ils auoict pris. Voila de mot ce qui efl: por- 
té par le procez. Et d'autant qu'il y en a qui tiennent 
que le tranfport efl: en eforit feuIemcnt,difons auili du 
rauiffement de l'efprir. 




LIVRE SECOND. loo 

Du RdUîjJcmentj ou Ecjlafe des Sorùcrs^ ç^ des fréquenta- 
tions ordinaires ) oh ils ont auec les Dcmons, 

Chap. V. 

E que nous auons àiOi du tranfportdcs 
Sorciers en corps , & ame , &: les expé- 
riences fi fréquentes, & fi mémorables^ 
^^^^^^ monftrenc comme en plain iour, ôcfonc 
toucher au doigt 6^ à l'œil, l'erreur de ceux quionc 
cfi:ritqucle tranlpoit des Sorciers efl imaginaire, & 
que ce n'eft autre chofe que vne Ecftafe, 6c appor- 
tent pour exemple la vifiond'Ezechiel,qui fut rauy 
en efprit de Babylone en Hierufalem: laquelle vifiou 
peuteflre vne vraye feparation de lame, &: peut au iïi 
fè faire fans feparation. Mais les Hebrieux tiennent 
en leur Théologie fecrettc , qu e l'Ange fai6t oblation 
à Dieu des amcs des efleuz par abftradlion demeu- 
rant l'homme en vie. Et à ce propos ils allèguent le 
pafïage du Pfalmc u6. pretiofa in conJj>eéîu Domini mors 
SanÛorum f/;^3'. ce qu'il femble que Platon in Th^cdone 
appelle Mort plaiianre. Mais pourtant ne faut-il pas 
ny er le vray tranfport du corps & de l'amc,qui fe faidt 
par les cfprits bons & mauuais. Nous produirons l'ex- 
emple d Helie,& d'Henoc, qui ont efté rauis en corps 
^d'Abacuc, qui a efté porte en corps par l'Ange en 
la foiïe des Lions. Et fi le vray traniport en corps ne 
fi? faifoit aux exemples cfue nous auons di6t, com- 
ment fe pourroit-il faire , que celuy de Loches fuft 
trouué defonliâ: aux landes de Bourdeaux, & celuy 
de Lion en Lorraine, celuy de Plutarque de Grèce ea 



DES SORCIERS 

Crotone près de Ndples , où il faut par ncceffité pafTer 
plus de ccnclicues de mer, &: infinis autres en casfem- 
blables. Thomas d'Aouin, Durand Heruc, Bona- 
ucnture de Tarantaifie, ôc Getald Odct, qui ont traité 
cefle quc(Hon fur le fécond liurCjdiftindion VI i i.du 
Maiilre des Sentences, tiennent formellement que les 
Diables tranfportent les corps de lieu en lieu parleur 
puiffance naturelle. Combien que ictrouue le rauiiTc- 
ment en ecftafc , qu'ils dilent beaucoup plus admira- 
ble, que le transport corporel. Et fi le Diable a cefte 
puifiancc, comme ils confeffcnr, derauir l'efprithors 
du corps, n'eft-il pas plusaifc d'emporter le corps & 
l'ame fans di(lra6Vion , ny diuifion de la partie raifon- 
nable,que dillraire ôc diuifer l'vne de l'autre fans mou- 
rir?Orcobicn que nous ayons des tefmoignagcstres^ 
ccrtains,& démon (Irations indubitables de l'immor- 
talité de lame, fi eft-ce que ceftuy-cy me femble des 
plus forts,& des plus grands , &c qui peut fuffirc ellant 
aueré , comme il a efté par infinies hiftoircs, iugemés, 
rccolemens, confrontations, conuidlions, côfcfiîons, 
cxecurions.il peut,dy-ie,fuffirc pour conuaincre tous 
les Epicuriens 6c Atheifl:es,que fefprit humain eft vne 
effencc immortelle. Carlhipothcfe d'Ariftotc au fé- 
cond liure de l'Ame eft par ce moyen trcfbié vérifier, 
&demonftree en ce qu'il dit que ramcefl: immortelle, 
fi elle peut quelque chofe fans l'aydedu corps. Et l'au- 
tre hypoihefc,que l'ame crt immortclle,fi elle cil: fepa- 
rable du corps. Mais les infideles,qui ne croyent ny la 
puiffance de Dieu , ny l'elfcnce des efprits difent , que 
ce que nous appellôs Amc^çft vnc liaifon harmonieu- 

fc,^ 



LIVRE SECOND. loV 

fcyôc forme vniuerfelle rcfultant des formes particu- 
lières des humeurs, Ôc autres parties du corps humain: 
qui eft vne incongruité bien lourde, decompofer la 
forme de l'homme, que tous Philofophes confeffenc 
eftre pure &fimple de pluficurs formes. Et quand à 
l'eârafc, ils difènr que c'eil vn fommeil melancholic, 
par lequel les forces de lame font enfeuelies, en forte 
qu'il femble que l'homme foit mort. Mais c'eil: chofe 
ridicule, attendu qu'il y a plus de Sorciers en Norue- 
gc , 6c Liuonie &c autres parties Septentrionales , qu'd 
n'y a en tout le reftc du monde, comme diCi Olaus le 
grand : ôc femble que ce qui eft dicl dcSathan en le- 
laye, le montcray (ur l'Aquilon, ôc feray femblable à 
Dieu , fc peut raporter à la puifTance que Sathan a 
principalement fur les peuples de Septentrion , qui 
font fort diffamez des Demos & Sorciers, corhme'cn 
cas pareil par toute l'Efcriture Sainte nous lifônsquc 
d'Aquilon ' viendra tout mal. Ncantmoins ce peuple "i^f^ 
là tient moins de la melancholie, que peuple qui foit ^'^i^^ç //^ 
fouz le Ciel, car ils font tous blons généralement, ou '■cmu.c^i-S'^' 
de poil de vache. Il faut donc que ceux la confeflent •'^•'^^^•^^• 
leur ignorancc.CarPlutarque cfcritdVn nommé So- p. EXechiei s. 
leus, Ôc Pline d'vn Hermorime Clazomenien , ôc He- '^^- ^f'"'^ 
rodote d'vn Philofophe de ProconefeAtheïfte, qu'ils 
eftoient (i bien rauis en^eâiafe, que leurs corps dc- 
meuroiencpourmortz, ^infenfibles. De forte que 
les ennemis deHermotimc* trouuant fôn corps ainfî ^^i^-^f-p. 
' I pafmé, le tuèrent &c bruflerent : Hierome Cardan a 
I lailTé par'cfcrit qu'il cftoit par ecftaferauy hors du.J^^^^^''^'^' 
^ corps quand il vouloir, fans qu'il derncuraft aûcuii 

Ce 



!cntioe,2. 



DES SORCIERS 
. fentimentau corps. Mais ie tiens cjug tous ceux, qui 
fouffrent ccftc paffion volontairement en veillant 
4. In h . de ^Qj^j. f^j^^ie^-j . ^^j j]j cardan ^ confelle que Ton père à 

rcnim liariet. • 1 i r 1 1 

adfimm. eu vn Diable familier trente ans. Et ordmaircment les 

pères Sorciers façonnent leurs enfans pour lesrauîr 

en ecftafc. A quoy fe raporte ce que dicl Virgile au 

v I. de l'y^neide parlant de la Sorcière, que? fc j'rominit 

Johterc mentes. Et qui voudroit dire que ccflreflouïr 

Japcrfonnc comme l'on dit queBacchuspourlapror 

prieté qu'il a de refiouïr fappellc Liens c^rna joluït eu-- 

raSjil ne failloit que boire d'autant & non pas enuoier 

a deux cens lieues de Là quérir des Sorcières comme 

on confeilloit àDido. Car à dire vray l'ame végéta- 

tiue,vitalc & animale demeurent encores que les iens, 

raouuemcnt& raifonfoycnt déliez. Nous en auons 

vne hiiloire de récente mémoire de l'authcur de la 

Magic naturelle Neapolitainjequel recite auoir fai(^ 

preuue d'vnc Sorcière qui le frotta de greiles toute 

nue , puis tomba pafmee fans aucun fentiment, & 

. trois heures après retourna en fon corps difant nou- 

■ uelles depîufieurspays, qui furent auerees. Vray cft 

que l'Autheur du liure (qui mérite le feu) monflre 

, les moyens de le pratiquer. Or Sathanen vfe enuers 

\ I ceux qui ne veulent pas defcouurir, ou qui pour la 

Il grandeur de leurmaifon , ou autres raifons n'ofcnt 

il trouuer en telles ailemblees. le tiens du Prfident de 

laTourette, qu'il aveu en Daufînévne Sorcière, qui 

fut bruflce vifue,laquellc eftant couchée au long du 

feu 5 fut rauic en ecftafe, demeurant fon corps en la 

maifonrEt parce qu'elle n'entcndoit rien^ fon mai- 



LIVRE SECOND. 102: 

flrefrappoicdeffus à grands coups de verge, & pour 
fçauoir fi elle ciîoit morte, on luy fifl: mettre le feu 
aux parties les plus fenfibles pour tout cela elle ne 
fefuciUcpoindl- Et defai6llemailtre&lamailtrcfle 
la laiflercntcllenducen laplace, pcnfant qu'elle fuit 
morte. Au matin elle fc trouueen fon li(5t couchée. 
Dec]uoy fon maiftre efbaliy , luy demanda ce qu'elle 
auoit eu : Alors elle f efcria en fon language : Ha mon 
maiilrc tant m'auezbatue: Le maiftre ayant faiâ: le 
conte à fes voyfins, on luy dift que elle eftoit Sorciè- 
re : il ne ceffa qu'elle ne luy euft confefle la vérité , ôc 
qu'elle auoit eilcde fonelprit en l'affembleedesSor- 
ciersiElIeconfcflaaufli plufieursmefchancetcz,qu'cl- 
]cs auoit commifes , &c fut hruflec. lacques Sprangec 
înquifiteur ayant fai6b le procez à plufieurs Sorciè- 
res, efcric qu'elles ont confefîé, qu'elles font rauieseii 
cfprit , quand elles veulent : &c quand elles veulent, j 
elles font rauics auffi en corps. Nousauons encores 
vn exemple de noftre mémoire aduenu à Bouideaux 
l'an M. D L X X I. alors qu'on pcrfecuta les Sorciers en 
France: il y eut vne vieille Sorcière à Bourdcaux qui 
confcfladeuant les luges qu'elle cftoit toutes lesfe- 
maines tranfportecaucc les autres , où il fe trouuoic 
vn grand Bouc qui leur faifoit renier Dieu , & pro- 
mettre de feruirau Diable, & puis chacun le baifoit 
aux parties honteufes : ôc après les danfcs chacun 
prenoit des poudres. Alors Belot , maiftre des Re- 
qucftes , voulant faire prcuue de la vcrité par la Sor- 
cière, qui difoit n'auoir aucune puiffance^fi elle ne 
cftoit hors la priion , la fift fortir à la charge de la rc- 

Ce ij 



DES SORCIERS 

prcfenrer de lors elle fe frotta toute nue d'vnc certaine 
greffe : &c après elle tomba comme morte, fans aucun 
Icntimenr : êc cinq heures aprcs elle retourna, Ôc fe re- 
Icuant raconta pluficurschofes dediucrs lieux & en- 
droits qui furent auerccs.Ie tiens l'hirtoire d'vn Com- 
te &:Cheualier de l'Ordre qui eftoitpreicnt à l'cxpc- 
rience qu'on en fifl, & qui eft cncores en vie. Au pro- 
ccz de Marguerite Pajor, exécutée M. d.lxxvi. à Ton- 
nerre il fut vérifie que quand elle vouloit elle cftoic 
enleuec en l'air au veu d'vn chacun, & fe voyoit quel- 
quesfois perchée fur vn arbre, & de là tranfportec en 
Tair & perdue de veue.Et quelquesfois auffi elle tom- 
boit ainfi pamec &c fi flupide qu'on ne pouuoit appcr- 
ceuoir qu'elle refpiraft en forte quelconque. Olaus dit 
que cela eft bien fort fréquent es pays Septentrio- 
naux , & que les amis de celuy qui eft rauy en ecftafc, 
le gardent foigneufemcnt iufquesàcequ'il retourne 
auec vne grade douleur, ôc r'apporte vn anneau , ou 
lettre oii coiifteau de celuy qui eft a trois ces lieues de 
là. fay apris vn autre iugement eftant à Nantes l'an 
M D.x L I X. qui n'eft pas moins cftrange de fcpt Sor- 
ciers, qui dirent en prcfencc dcplufieurs, qu'ils r'ap- 
porteroient des nouuelles dedans vne heure, de ce qui 
ce faifoit dix lieues àla ronde , foudain ils tombèrent 
tous pafmez &: demeurèrent enuiron trois heures : 
puis ils fe relcucrent , &c rapportèrent , ce qu'ils a- 
uoient veu en toute la ville de Nantes, &plus loinga 
l'entour, ayant remarqué les lieux, les adiions les per- 
fonnes &: tout fur le champ fut aueré. Apres auior 
eftéaccufeZj &conuaincus de plufieurs maléfices, ils 



LIVRE SECOND. 103 

furent tous bruflez. On pouroit dire ^ peut eftrc, 
que l'anie n'cft poin6l rauie, & que c'eft vne vifion Ôc 
illufion que le Diable moyenne, mais les effedts mon- 
ftrentlc contraire. Et fil eft ainfî que lame eft vne 
effencequi cftdiuine^&non infufe par femance, &c 
qui n'eft poin61: méfiée auec le corps, comme a tref- 
bien didt Ciceron, nihil cjje in animts concretum ^ il y a 
bien plus d'aparence de croire que famé raifonnable 
laiffe le corps que d'aflcurer cju il ne fe peut faire vcu 
mefmcment que Saincl Auguftin confefle eftre ad- 
uenu à Moyfe au liure dejpiritu g^ littera. Et Sain6t 
Paul diâ: qu'il àefté rauy iufques au troifiefme Ciel^ 
ôc neantmoins fon corps demeura palme en terre: 
qui eft pour refpondreàTerrulian, & Athanafe, qui 
ont fouftenu le contraire, qui font refutezpar Tho- 
mas d'Aquin:(S: fil cflpoflibleenvnil eftpofliblecn 
tours: Ioin6\:aulïîquec'efl:aduis conclud lademon- 
ftrationnecelTairede rimmortalité. Car le corps die 
Porphyre ne peut empefcher ce qui n'a poindl de 
corps. On peut bien endormir Icsperfonncsauec la 
Mandragore, 3c autres breuuages narcotiques , en 
forte que la perfonnefemblcra morte, & neantmoins 
il y en a qu'on endort fi bien , qu'ils ne refueillent 
plus , ô: les autres ayant pris tels breuuages, dorment 
quelquesiois trois ou quatre iours lans efuciller,com- 
me on fai6l en Turquie à ceux qu'on veut chaftrcr 
fans douleur & fe pratiqua vn Gafcon du bas Lan- 
guedoch eftant efclaue, qui depuis fut racheté qui 
eft encores en vie. Mais les Sorciers ne prennent au- 
cun breuuagc : loindl aufti que ceux qui ont cfté en- 
Ce iij 



DES SORCIERS 
dormis par breuuagcs narcotiques n ont aucune mé- 
moire de cliolc quelconque. Èc les Sorciers ont vne 
viuc impreilion des danlès, faciificcs, adorations, & 
autres chofes, qu'ils ont vcîics ôc iaiôics aux allem- 
blees,^.: remarquét ceux qui cftoicnt prelcns aulqucls 
ils ont efté confrontez qui l'ont confeiîé. Et parla 
confeflion des Sorciers , que Jacques Sprangcr à faidb 
bruiler, il recite que les Sorciers confeilercnc^ qu'ils 
fentoient en l'ecllafe les mefmes cliofes, que fils enf- 
lent eftéprcfens en corps. Et Saine AugulHn au viir. 
liure de la Cité de Dieu, recite des Prellantius que fon 
père fut plufieurs fois rauy en telle ecftaic, que fon cf. 
prit eilant retourné, il affirma auoirefté mué en che- 
ual, Se auoir porté laprouifionau camp auec les au- 
tres chenaux : Etneantmoins Ion corps eftoir eften- 
du comme mort en (amaifon. Qui feroir peut eftrc 
Jaraifonpourquoy laLycanthropie, ôc changemenc 
d'hommes en beftes efl: fi renommée de tous les an- 
ciens, ôc fi fréquente encore en tout le pays d'Orienr, 
de laquelle nous parlerons tantoft. il y à bien aulli des 
maladics,qui rendent Ihomme in{enfible,&: prcfque 
mort, comme le mal Caduc, & l'Apoplexie. Et de fait 
le Pape Iule i i.fut deux iours qu'on penfoir^qu'il fuft 
du tout mortrÂ: lean Lefcot comme l'on tient fut 
enterre tout vif, iaçoit qu'il femblaftmort.Et quand 
il perdit le fouflc, alors il commença à le tourmenter 
ôc quand on ai^pcrceut quelque mouucmét en le cou- 
urant de terre,on le retiia, mais on le trouua feignant 
ôc rendant l'efpiit. Telles maladies de Syncopes, epi- 
iepfies ôc apoplexies ne font poinâ: es Sorciers, car ils 



LIVRE SECOND. 104 

font ainfi difpofez, cjuand il leur plaift.Ec nefouffrcnc 
celà^ que pour f'excufer d'aller aux afîemblces erai- 
gnans eftre d'efcouuers : faifans au furplns hommage 
au Diable^ & parlant à luy en leurs maifons, quand ils 
veulent Et de faidl: le Baron de Raiz ( qui fut condam- 
né à Nantes, &: exécuté comme Sorcier) après auoir 
confcfle huit homicides des petis enfans,& qu il vou- 
loitencores tuer le neufiefme;,& le facrijfier au Diable, 
qui eftoition fils propre, qu'il auoit délibéré tuer au 
ventre de la merc , pour gratifier d auantage à Sathan, 
confelTa qu'il adoroit Sathan en fa chambre fe met* 
tant à genoux lors qu'il feprefentoit à luy en forme 
hiimainc,& luy faifoit enccnfcment^qui eftoit la for- 
me des facrifices detcftables des Amorreans^ ôc Cana- 
ncans. Le Diable luy promettoit merucilleSj& qu'il 
feroit grand. Toutesfois en fin fe voyant captif, Ôc en 
extrême calamité , il confefla tout, &c fut exécuté à 
mort , ôc le proecz de fa confifcation cft encorcs pen- 
du au croc, fay aufli Icu en Sprangcr, qu'en faifant le 
procez à vne Sorcière, qu il nil brufler, elle confeifa 
auoir comme fige femme receu plufieurs fois les cn- 
fans du ventre de la mcre , 3c iccux prefentez au Dia* 
blcj en les elcuant en l'air. Se puis après leur mettoit 
vne groffe eipingle en la teite,dont li ne fortoit point 
de fang. Et voy at qu'on les portoit en terre,elle alloit 
â la nuivSt les dcterrer^d: les faifoit cuire au four,&i mnn- 
gcoit la chair, gardant la greffe, pour luy feruir : Et 
confcffa qu'elle auoit faid: mourir en cq&c forte qua- 
rante petis enfms.Elle eftoit de Dan-prcz de Baile. Ec 
vue autre de Sti'ail)aurg,qui en hi\ mourir fans nobrc. 



DES SORC lERS 
&: fut aufTi bruilec. l'ay bien voulu aduertir le Lecfleur 
de eefte cruauté, ôc idololatne,qui m'a femblé la plus 
detellable, dont iamais i'ay ouy parler, à fin qu'on 
prenne garde de près à celles qui reçoiuent les en- 
fans. Quant à manger la chair humaine, cela cil tref 
certain, 6c de toute antiquité les Sorcières en eftoienc 
il friandes , qu'il cftoir quafi impoilibles de garder les 
4 ^Hf»'*^corpsmorts'*,ny les enfermer il bien qu'elle ny en- 
tralient pour les ronger lulques aux os. ht au chapi- 
tre LXvii. des Loix Salicjucs il efl: dicl , que (i la 
Sorcière à mangé vn homme , & qu elle foir conuain- 
cué, elle payera deux cens foldes. NouslifonscnPhi- 
loftratus Lcmnicn,que Apollonius Thyancus def- 
couurit , & chafla de Corinthe vne Lamie , qui viuoic 
ainfi de chair humaine. C'efl: pourquoy Horace pour 
vnechofe trefcruelledi6t, Nai pranfe Lami,ie puerum 
nj'mum extrahat aluo : ôc neantmoins cela elloit ordi- 
naire aux Sorcières de fe nourrir de telle viande.Nous 
, lifons auffi en Ammian Marcelin liure x x i x. que 
' Pollentian Tribun fut conuaincud'auoirouuerc vnc 
femme enceinte pour fçauoit de Ton enfant , qui dc- 
uoit cftre Empereur. Tous Icfquels pafîages confir- 
ment ce que nous voyons es procez de noftre temps. 
Et plufieurs Sorcières ont opinion ^ que les Démons 
leur font commettre telles cruautez,poureflre ainfi 
rauics en efprit ou en corps , ainfi qu'elles voudroit. 
Et fans aller fi loin , Rondelet Médecin de grand 
fçauoir,&: réputation, agueta vne nuiâ: vn Sorcier 
à Mont-pellier qui ne bougeoir autour des fepul- 
chres, lequel alla aufepulchrc,ou Tonauoit le lour 

précèdent 



LIVRE SECOND. ToJ 

précèdent enterré vne fcmme,& luy coupa vnc cuifle, 
& l'emporta fur fcs efpaules mordant a belles dents 
enlacliaird'icclle. le tiens l'hiiloirede rvndesdifci- 
pics de Rondelet qui l'accompaigna. Il difoit que 
c'cfloit la maladie , qu'on appelle Lycanthropic , qui 
faid: que les hommes deuiennent furieux , & cuidcnc 
eftrc changez en Loups, ôz viuent de telle viande. Di- 
fons donc, fil efl: poflible, que les hommes foyenc 
conuertis en Loups, ô^ autres belles vericabicment,ou 
par fantafie ou par maladie. 

T)e la Lycanthropic ^ Ji le Diable jyeut 
changer les hommes en beflcs. 
Chap. V r. 
O V s auons monftré cy dcflus par 
pluficurs exemples, àc authoritez di- 
uines , & humaines, & par les accu- 
(ations , conuidlions , confellions , 
iugemens, exécutions, que les hom- 
mes, & femmes (ont tranfporteztan- 
tofl: en efprit , & en corps , tantoft en cfprit feule- 
ment par moyens Diaboliques. Et que Sathan faidb 
croire aux vns que c'cft la force des parolles , èc des 
vngucnts qu'il leur baille: Et que le plus fouucnt il 
apparoillen Bouc: En forte que nous pouuons dire 
que nous auons la demonflrarion des cffcdis, qu'on 
appel le, P^ù e//,c'cll à dire on hn qu'il ell a in fi. 
Et combien que telle dcmonllraiion par les cfFecls 
n'cll: pas fi claire, que celle qui procède- par les cau- 
fcs, fi n'cfl: elle pas moins certaine. 'Or la confcllion '•^'^ ^'^^^ '*'<'. 
e noltrc ignorance, cit vne belle louange de Dicu 

bd 




DES SORCIERS 
contre lequel il ne faut pas arguer d'impcffibilité, 
vcu la foiblefîe de noflrc efprir. Mais c'ell bien chofe 
efl:range:,qucSathan, qui adecouftume prendre tel 
corps que bonluy femble^leplus fouucnr, & ordi- 
nairement, aprez la figure humaine, prend la figure 
dVnBouCjficen'eftpour eftrc vnebefte puante, &c 
'%. lefiyc 13 falacc. Car en laSaindle ^ Efcriture on voit que les 
^ ^'^' Diables font appeliez Boucz , comme l'interprète 
Caldean fur lefaye tourne ce mot n^y-:; qui fignifie 
Bouc & velu, comme le DodleurTrimhi l'cnleigne 
in radicibtis : que les L X X 1 1. interprètes ont tradui6t 
fur le X V 1 1. du Leuitique^ctrcti'yç, que les Italiens 
appellent Mathous,c cft à dire follaflres, & en Prouê- 
cc folletons& folletz,pour ce qu'ils font rire, fauter, 
follier,<5s: fe plaifent aux faux &c danfes.Car le Prophe- 
3,ifiye 13 cp- te ' did, que les Dragons , & Boucs danferont en Ba- 
bylone, & le Luiton ou Satyre criera après foncom- 
paignon. Zoroafte parlant des Boucz entend les Dé- 
mons, pour la propriété du Bouc, qui efl puant , Se 
lafcif. Ce que le Prince de laMirande à fignifie ob- 
fcurement en la douzicfme pofition fur Zoroafte , en 
ces motz, Quid fit intelligendum per capros apud Zoroa- 
ftcm j mtclliart qui kgerit in libro "Bair ^ qu£2 fit ajjinitas 
capris mm j^mtibu^s. Or la propriété des Démons c^l 
d'auoirpuifTance fur la cupidité lafciue , & brutale, 
comme les Hebrieux ont remarqué quand ils difent 
auliurensNVTs queSathan efl: porté du Serpent,quc 
Philon Hcbrieuà interprété la volupté: de laquelle 
parlant le fage Architas , difoit eflre le plus capital 
ennemy du genre humain, nullam peflcm capitaliorçm 



LIVRE SECOND. To6 

hominïhus a natura datam vol^ptate ,ïapoTté par Cice- 
ron. Etpour mcfme caufeles Grccz ont fignifié les 
Démons en figure de Satyres paillards , veluz, moy tié 
Boucz, 5c moy tié hommes. C'cft pourqùoy au ' Leui-^' ^'^^' ^'^' 
tiqueaprcsqueDieu à ordonne que le peuple luy fa- 
crifiaft les animaux fpecifiez,& que le fang fuft elpan- 
du près de fon autel, en fin il die. Et ne vous aduienne 
iamais plus d'aller après vozBoucz&Satyresfacrifier. 
Il y a en Hebrieu Sciirim que l'interprète dit eftre Dé- 
mons qui apparoiffent en guyfe de Boucz &c de Saty- 
res : le Rabin Moyfe Maymon, ayant leu les liurcs des 
myfteres Se facrifices des Caldeans & Sabcans qu'il ra- 
porte ', dit que la couftume eftoit d aller aux lieux de- 5- ^f-^- '"^^^ 
ferts facrifier aux Diables,& faire vne foiTe^puis ils ict- 
toient le fang dedans, Vautour delafofTe ils banc- 
quetoient, & faifoicnt fefte aux malins efprits. Et au 
xvi.chap. du Leuitique, il efl: commandé au Sacrifica- 
teur Aaron de prendre deux boucs,& ietter le fortjl'vn 
pour Dieu, l'autre pour Zazel : &c que le bouc qui fera 
pris au fort pour Zazel,&: fur leql lefacrificatcur con- 
feflera les péchez du peuple,fera enuoié au defert,rau- 
tre facrifié à Dieu. Les Hebricux ont remarqué que ce 
bouc la ne fe retrouuoit iamais.Au'Deuteronome, 3- «^f. 3^' 
qui efl: l'interprétation plus claire de la LoydeDieu, 
les malins efprits font appeliez en leur propre fignifi- 
cation Lafcedim c=nv;V que tous ont tourné Damonia. 
Et quoy qu'on die des Satyres, defauels il efl- parlé 
ibuuenten lavied'Anthoinc ôcPaul Hermites, il n'y 
adoubre,quec'efl:oient raclins efprits. Bienfouuent 
aufli Sathan fc moflire en fi^iure humaine.o-rad &r noir 

Dd ij 



DES S O RCIERS 
comme i'ay di6l de ccluy qui apparut à Catherine 
Daree,àDion amy de Platon, à Caflius Parmcnfi^, 
au Philofophe Arhenodorc , à Magdaleine de la 
Croix, à leanne de Haruillicr: laquelle confelTa que 
a l'aagc de douze ans, la mcre luy monftra le Diable 
en forme d'vn grand homme fore noir, Ôc veftu tout 
de noir, ôc toufiours bote, & efpcronnc parlant à el- 
le, & fetrouuant foudain auec elle quand clic vou- 
loir :& que cela luy continua toute la vie. Mais la 
chofc la plus difficile à croire,qui eftplus admirable, 
eft le chancrcment de la ficrure humaine en befte , 5c 
encores plus de corps en corps. Toutesfois les pro- 
cez faiâ:s aux Sorciers & les hiftoires Diuincs &: hu- 
maines , & de tous les peuples font la preuue certaine. 
Nous lifons au liure des cinq Inquiliteurs àzs Sor- 
ciers, duquel i'ay fai6l mention affcz fouuent, que vn 
Sorcier nommé Srafusau territoire de Berne, ayant 
I plufieurs ennemisyfouuent au milieu d'eux, eichap- 
I poit foudain en guy fe de befte , & ne peut cftre tué fi- 
|non en dormant.Illaifla deux difciples les plus grands 
Sorciers d'Allcmaigne Hoppo, & Stadlm^ qui fai- 
foient venir, comme il elcrit , les tempeftes , fou- 
dres &■ orages violens : Et (ans aller guercs loing de ce 
Royaume nous ayons vn procez fait au Parlement de 
Dole, d:rarrcft donné le xviii. lanuier m. d.lxxhh. 
contre Gillc Garnier Lyonnois, qu'il n'cft beloin Ao. 
mettre icy au long, puis qu'il cfl imprimé à Orléans 
par Hloy Gibier, Ôc à Paris chez Pierre des Hayes, & a 
Sens : Mais ic mettray les poincfls principaux dont il a 
efté accufé 6i. conuaincu. C cil à f^auoir que ledicl 



LIVRE SECOND. 107 

Garnier le iour fainâ: Michel,eftât en forme de Loup 
garouprint vnc ieunc fille de l'aagede dix ou douze 
ans près le bois de la Serre, en vne vigne, au vignoble 
de Chaftenoy près Dole vn quart de lieue , & illcc l'a- 
uoir tué,& occifé, tant auec les mains fcmblans pac- 
tes , que auec fcs dents , Ôc mangé la chair des cuifles, 
ôc bras d'icelle, Se en auoit porté à fa femme. Ec pour 
auoirTn mefme forme vn mois après pris vne autre 
fille, d:icelle tué pour la manger, fil n'euft eftéem- 
peiché par trois perfonnes^ comme lia confcfle : Ec 
quinze iours après auoir eftranglé vn icune enfant de 
dix ans au vignoble de Gredifans , & mangé la chair 
des cuifTes , iambes , & ventre d'iceluy : Et pour auoir 
depuis en forme d'hommc,& non de Loup tué vn au- 
tre garçon de l'aage de douze à treize ans . au bois du 
village de Peroule , en intention de le manger , fi on 
ne l'euft empefché, comme il confcfia fans force ny 
concraindc, il fut condamné d'eftre brullé tout vif,&r 
l'arreft fut exécuté. Il fe trouue encorcs vn autre pro- 
cez faicSlàBezançon ^par llnquifiteur lean Boin l'an 
M.D. XXI. au mois de Décembre, ôe enuové en France, 
Italie,& Allemaignc&que Vierusdcienfcurdes Srr- 
ciersàmisbienau loincrau liure vi.chap.i'iii.dcsPre- 
fliges : C'eil pourquoy ic le trancheray court. Les ac- 
culez eftoient Pierre Burgoc, & Michel Verdun, qui 
confellerentauoirrenoncéaDieu, <5c iurédeferuirau 
Diable. Et Michel Verdun mena Burcçor au bord du 
ChaltclChailon, ou chacun auoit vne chandelle de 
cire verte , qui faifoit la flamme bleue, Se obfcure , ôC 
failoicntlesdanfes, &:facrificcs auDiab'c. Pnisapics 

DJ i.j , 



DES SORCIERS 

fedansoindls furent tournez en Loups courant dVnc 
légèreté incroyable: puis qu'ils cftoient changez en 
hommes , ôc fouucnt rechangez en Loups ôz couplez 
aux Louues auec tel plaifir cju ils auoient accouftumé 
auec les femmes. Ils confelferent aufli, à fçauoir Bur- 
<got auoir tué vn ieune garçon de icpt ans auec fes 
.pattes, & dents de Loup, ôc qu'il vouloit manger, 
n'euft efté que les païfans luy donnèrent la cllfile. Et 
Michel Verdun confenfa auoir tué vne ieune fille 
cueillant des poids en vn iardin, qui fut chafle par le 
Seigneur de la Cuuce*.Et que tous deux auoient enco- 
res mangé quatre filles : Ôc remarqua le temps, le Heu, 
Taage particulièrement des enfans: Et qu'en touchant 
d'vne poudre, ils faifoient mourir les pcrfonnes. il me 
fouuient que M. le Procureur gênerai du Roy Bour- 
din m'en a recité vn autre , qu'on luy auoit enuoié du 
bas pays , auec tout le procez figné du luge & des 
Greffiers, de vn Loup qui fut frappe d'vn trai6tcn la 
cuiiTe, ôc depuis fe trouua en fon lid: auec le traiâ: qui 
luy fut arraché, eftant rechangé en forme d'homme, 
ôc le traiâ: cognu par ccluy qui l'auoit riréje temps, & 
le lieu iuftifié par la confcfiion du perfonnage. Et lob 
Fincclauliure xi.des Mcrueilles efcrit, qu'il y auoic 
auffià Padoiievn Lycantrope qui couroit d'vne vi- 
fteffe incroyable, toutcsfois en fin à force de chenaux 
j il fut attrapé,& fes pattes de Loup luy furent coupées, 
I ôcau melmcinftant il fe trouua les bras Se pieds cou- 
I pez. Qui efl: pour confirmer le procez faicl aux Sor- 
^,Lan i^6i. j-jej-pg Je Vcrnon, ^ qui frequentoicnt , ôc f'affem- 
bloicnt ordinairement en vn Chaftcau vieil ôc an- 



LIVRE SECOND. io8 

cicn en guyfe de nombre infiny de Chats. Il fe trouua 
quatre ou cinq hommes qui refolurcnt d'y demeu- 
rer la nui61:, où ils fe trouucrenc afTailliz delà multi- 
tude de chats : ôc l'vn des hommes y fut tué^ les autres 
bien marquez , ôc ncantmoins bleflerent plufieurs 
chats , qui fe trouuercnt après muez en femmes de 
bien bleflecs : Et d autant que cela fembloit incroya- | 
ble, la pourfuitte fut delaiifee. Mais les cinq Inquifî- 
teurs ° qui cftoient expérimentez en telles caufcs, ont l^Jj"^ ' ^^ 
Jaifîé par efcrit qu'il y eut trois Sorcières près Straf- 
bourg,qui affaillirent vn Laboureur en guyfe^de trois 
grands chats, &cn fe défendant il blefla & chafla les 
chats, qui fe trouuerentauli6t malades en forme de 
femmes fort bleflecs à l'inftant mefmc : ^ fur ce en- 
quifcs,elles accuferent celuy qui les auoit frapees,qui 
did: au luges, l'heure, &: le lieu, qu'il auoit cftc aflail- 
ly des chats, & qu'il les auoit bleflez. Pierre Marmor 
en vn petit rraiàé qu'il à faiâ; des Sorciers, di6t auoir 
vcu ce changement d hommes en Loups , luy eftant 
en Sauoye. Et Henry de Coulongne au traidé qu'il 
a fai(5t , àe Lamijs , tient cela pour indubitable. Et 
Vhich leMcufnier en vn petit liure, qu'il a dédié à 
l'Empereur Sigifmond, efcrit la difpute qui fut fai- 
dedcuant l'Empereur , ^ did qu'il fut conclu par 
viues raifons, «Se par l'expérience d'infinis exemples, 
querelle transformation efloit véritable, &: did: luy 
mcfme auoir veuvn Lycanthrope à Conftance, qui 
futaccufc.conuaincu , condamné , puis. exécuté à 
mort après fa confeffion.Et fe trouuét plufieurs hures 
publiez en Allemaigne,que l'vn des plus grands Roys 



D E s s OR C I E R S 
delà Clircftienté, qui cft more d a pas long tcmps^ 
fouucnc cûok mue en Loup , &: qui elloit en réputa- 
tion d'eftre l'vn des plus grands Sorciers du monde. 
Toutcsfois la Grèce, à: l' Alie efl: encores plus infediec 
de ceftc pcltc,que non pas les peuples d Occident, 
comme noz marchans difent, qu'on efl: contraind: 
d'enferrer, & emprilonncr ceux qui changent ainli en 
Loups. Etdefciiâ: l'an M. d. xlh. foubsl Empire de 
Sultan Suleyman , il fctrouua fi grande quantité de 
\ Loups garous enlavilledcCôltantinople, quel'Em- 
percur accompagné de fa garde fortit^cn armes, &:en- 
rangea cent cinquante, qui difparurent delà ville de 
Conftaatinoplc, àla veuédetout le peuple. Lhiiloi- 
re efl: récitée par lob Fincel liure i. des Merucilles, ôc 
en cecy tous les autres peuples en demeurent d ac- 
cord. Les Allemans les appellent yi^er VVolf, &c les 
François Loups garous , les Picards Loups varous, 
comme qui diroitjZ.^/?o^ varias^ car les François met- 
tent g , pour V. Les Grecs les appelloient Lycanthro- 
I. A^yi^SpaTTo:. pes^' & MoTmoIycics .* Les Latins les appelloient l'a- 

1. Lib. S. cap. ^ . ru t^i- a^ < l J 

22. nos ^& njcrjtpelics :, comme Vïino, a note parlant de ce 

1 changement de Loups en hommes. François Phœbus 

Comte de Foix 5 en ion liure de la Chaffe did que ce 

mot Garoux, veux dire gardez vous rdequoy le Pre- 

fîdent Faucher m'a aducrty. Ce qui efl bien vray fem- 

bl ible, car les autres Loups naturels courent après les 

bedes, àc ceux cy plus fouuent après les hommesrc'cll 

pourquoy on peut dire^gardez vous.Pomponatius & 

\ ThcopraileParaccKe, tiennent que la rranfinuraiion 

^- eft trcr-certaiae d'hommes en belles. Gafpar Peucerus 

fçauaat 



LIVRE SECOHD. io5> 

fçauant homme, & gendre de PhilippesMelanâihon 
efcript , qu'il auoic toufiours penfé, quecefuftvnc 
fable^maisapresaucirefté certifie par plufieurs mar- 
chands, & gens dignes de Foy^ô^: qui trafiquent ordi- 
nairement en Liuonic , &queme(mes plufieurs ont 
efté accufez , ôc conuaincus,&: qui depuis leur confeC- 
fion ont efté exécutez à mort,alors il dicb qu'il eft co- 
traindb dclecroirej&d'efcrit la façon défaire, qu'ils 
ont en Liuonie.C'eft que tous les ans fur la fin du mois 
dcDeccmbrc,ilfetrouue vn beliftre qui va fommer 
tous les Sorciers de fe trouueren certain lieu, & s'ils 
yfaillent,lediablc les ycontraind:à coups de verge 
deferjfifortqueles marques y demeurent: Leur capi- 
taine pafTe deuant_,&: quelques milliers le fuyuent tra- 
guctansvneriuierc , laquelle paflee ils changent leur 
figure en loups, & fe icttent fur les hommes, & fur les 
troupeaux,&: font mille dommages. Et douze iours 
après ils retournèrent au mefme fleuue,& font rechâ- 
gez en hommes. l'ayveu plufieurs fois Languct natif 
deBourgongnc, agentduDucdeSaxc , homme fort 
dodle venant traitterauec le Roy de France pourfon 
maifl:re,qui m'a recité l'hiftoire femblable,&di(5b,quc 
luycftant en Liuonie , a entendu que tout le peuple 
tient cela pour chofe tref-ccrtaine. Et combien que ce 
malheur foitaffez fréquent par tout,fieft-il tout vul- 
gaire en Liuonie.I'ay encore entre mes papiers la let- 
tre d'vn Alemand penfionnaire du feu Roy Henry 1 1. 
cfcriteauConnefl:abledeFrâce,oùiladuertifl: le Co- 
neftable y que le Roy de Mofchouie auoit pris le pays 
de Liuonie, puis adioufte ces mots:/« illis locis Herodo- 

Ee 



DES SORCIERS 

tus Meruïos collocare videttir ^ aptid qms dicit hommes con- 
uerti in lu^osMuod ejîadhuc 'vifitatiBimum in Liuoni.x.-Qcik 
à clire,c cille pays ou Hérodote di6l que les hommes 
font changez en loupSjchofe qui ert encorcs à prefent 
toucenotoire,6>:frequece.Or lapoftcritca aueré plu- 
ficurschofesefcrites par Hérodote , qui fcmbloyent 
incroyables aux anciens. Car il dit aufli qu'il fe rrouua 
des Sorciers,qui par certaines incifions appaifcrent la 
tempcfl:e,qui ia auoic enfondré plus de quatre ces na- 
uircsde Xerxes. Ornousliions en Olauslegrand au 
liure 3.cha. i 8. que les Sorciers de Lappie vendent les 
vens aggreables,ou rempeflueux.en defnouant certai- 
nes cordes,& que cela elt tout notoire aux mariniers, 
pour l'expérience ordinaire qu'ils en font.N-ous lifons 
aufli en l'hiftoire de lean Tritefme , que l'an neuf cens 
feptante,il y auoit vn luif nommé B*iian fils de Simeo, 
qui fc transformoit en loup, quand il vouloir, Ôc fe rê- 
doitinuifible quand il vouloir. Or c'ell chofe bien 
eftrange: Mais ietrouuecncoresplus eftrange , que 
plufieursnelepeuuent croire veu que tous les peuples 
de la terrej& toute l'antiquité en demeure d'accord. 
Car non feulement Hérodote l'a efcrit il y a deux mil 
deux cens,i&: quatre cens ans auparauât Homère : ains 
auffiPlaton en fa Republique,parlant du facrificequ'o 
faifoitàluppiterLyceusd'vnhommêjô»: queceluy qui 
gouiloitdufacrificeeftoit mué en loup. Pomponius 
MelajSolinjStrabo^DionylîuSjAfcrjMarcVaronjVir* 
gille , Ouide , ôc infinis autres. Et à ce propos di6fc 
Virgille, 



LIVRE SECOND. iio 

jfas herbas atqne h<ec ponto mihi leÛa yenena 

Ipje dédit Ai aeriSj^nafcunturplurima ponto. 

His egofkpe iHpumfieri^^Je condere Syluis Mi^ïm, 

Pline^eftonné que tous les Autheurs en efto i en 1 3.5.8.^.22, 
d'accord,efcritain/î. l/ominesin lupos^verti^rurjumque 
' refiitutfibifaljum ejje extflimare debemu-s^aut credere ornnia, 
quae fabuloja Jkcults comperimus. On void bien qu'il 
n'ofe l'afleurer , craignant qu'on ne le croye pas. 
Car il allègue l'authorité d'Euantes , & des premiers 
autheurs entre tousles Grecs, qui di6l qu'en Arcadie f 
la lignée d'vn nommé Anthœus pafle certain flcuue, 
&puis fe tourne en forme de Loups , & quelque 
temps après ils retournent paffer le mefmefleuue, &: 
reprennent la figure humaine. l'ay remarqué cy def- 
fus qu'il ne faut qu'vne Sorcière , pour gafter toute 
vnefamille.'&Copus, quiaefcrit les Olympioniques 
did que Demenetus Parrhafien, après auoir gouflé du 
foye d'vn enfant qu'on facrifioit à luppiter Lyceus, 
fut tourné en loup.Ce que MarcVaron le plus fçauanc \ 
homme de tous les Grecs,& Latins,comme didt Cice- • 
ron,allegue5&: tient auflî cela pour indubitable. L'hi- 
ftoired'Olaus le grand parlant des peuples de Pilapie, 
Norbonic^FinclandlCjAngermanie, qui fontencores 
Payens,& pleins de malins cfprits,&: de Sorciers , di6b 
qu'ils changent ordinairement d'hommes en beftes, 
& qui en voudra voir vne infinité d'exemples , qucie 
laiOe pour les trancher plus court, il ne faut que voir 
Olaus,Saxo,Grâmaticus,Finccl5&: Guillaume de Bra- > 
banr.Iclaiffelamctamorphofe d'Ouidepar ce qu'il a 
entremellé la vérité de plufîeurs fables,mais il n'eft pas 

Ee ij 



DESSORCIERS 

incroyable ce qu'il efcric de Lycaon Roy d'Arcadie 
qu'il di6t auoircftc changé en Loup. 
Territu^ ipfefugit^naclujquejilcnna rum^ 
SxuluUtJi'uftraque loquï conatur. 
Puifque de noftre aagc il c'cft rrouué vn Roy qui c- 
ftoic ainfi changé,&que cela efl; encores ordinaire par 
. touf.Ec ce que di6l Homère de la Sorcière Circc , qui - 
;' changea les compagnons d'Vlyfles en pourceaux n'eft 
r-L ,i pas fable:carmcîniesS.AufruiUn\iuxliurcsdelaCitc 
cr 18. à ci. de Dieu recite la mefme hiitoire , encores que cela luy 
femblc ellrâge^S: incroyable, 6c allègue auffi l'hilloi- 
re des Arcades : Et did qu'il eftoic tout commun de 
fon temps es Alpes qu'il y auoit des fcmmesSorcieres, 
lefquelles en faifant manger certain formage aux paf- 
fans,leschangeoiéc en belles pour porter les fardeaux 
puis après les rechangeoient en hommes : nous lifons. 
vne hiftoire du tout lemblable en Guillaume Archc- 
uefque de Tyr,qui recite la mefme hiffcoire , que Sprâ- 
gcr Inquifiteur, qu'il y auoit en Cy pre vneSorciere qui 
mua vn ieune foldat Anglois en forme d'Afne ^ lequel 
voulant retourner à fes compagnons dedans le nauirc 
fut chaffc à coups de baftojôc s'en retourna à la Sorcie- 
re,qui s'é feruit iuiques à ce qu'o apperceu ft que l'afne 
s'agenouilla dedans vneEglife faifans chofes qui ne 
pouuoiét partir d'vne befte irrai(onable, & par fufpi- 
eio la Sorcière qui le fuyuoit,efl:ât prife par iuftice elle 
le rcftitua en figure humaine trois ans aprcs,& fut exé- 
cutée à mort. Nous lifons le femblablc d'Ammonius 
PhilofophePeripateticien, qui auoit ordinairement à 
£i leçon vnATne. Or il n'y a rien plus fréquent ea | 



LIVRE SECOND. m 

Egypte, à ce que difent nos marchans , & mcfmcs Be- 
lon,en (es obicruations imprimées à pai:is,efcrit qu'il a 
veu en Egypte aux faulxbourgs de la ville du Caire va 
bafteleur qui auoit vn afnc , auec lequel il difcuroir, & 
parloic du meilleur fens qu'il euft. Et Tafne par geftes^ 
&:fi^nes à fa voix faifoic cognoiftre, qu'il entendoit 
fort bien ce qu'on difoit: Si le bafteleur difoit à l'afne 
qu'il choifift la plus belle de la compagnie , il n'y fail- 
loit poinr^aprcs auoir bien regardé de tous cofteZjil al- 
loit la carefler: Si le maiftre difoit , qu'on apportaft de 
l'orge pour luy, alors il gambadoic tout autrcmét que 
les afnes,& mille autres chofes fcmblablcs,&apres que 
Belon en a bien difcouru,i'en dirois (dit-il) encores d'à- 
uatagc,mais ie crains qu on n'y adiouftc point de foy, 
comme ic ne fcrois^fi ie ne l'auois veu de mes yeux, en 
prefence de tout le peuple du Cayre. A quoy s'accor- 
de trefbien ce qu'efcrit ^ Vincent, qu'il y auoit en Al- cingeculU. 
lema^cdeux Sorcières hofteiles.qui auoicnt accou--l*'^*/°^;T 
Itume de changer quelquesiois amii les holtes en be- up.u. 
ftes: & comme vne fois elles changèrent vn ieune gar- 
çon bafteleur en afne, qui donnoit mille plaifirs aux 
p a (Tan s , n'ayant point perdu la raifon^ leur voifîn l'a- 
cheta bien cher : mais elles dirent à l'achetenrqu'elles- 
ne luy garentiroient pas, & qu'ils le perdroient, s'il al- 
loit à la riuiere. Or l'afne ayant vn iour cfchapé courut 
au lac prochain , ou s'eftant plongé en l'eau, retourna 
en {a {i^m c.PetmsT>amianus des premiers hommes de 
fon aage^s'eftant diligemment enquis de la veriré,tant 
du maiftre, que de l'afne ^ Si desSorcieres , qui confef- 
fcrcnt la vérité, 5c de tous ceux qui l'auoiet veu cfcap- 

E c ii j; 



DES SORCIERS 
per & retourner en figure humaine, en fiftlerccit au 
Pape Lcon v i i. &: après auoir difputé d'vneparc ôc 
d'autre deuantlc Pape, il fut conclud, que cela cftoic 
pofîible, qui fcroit bien pourconfirmer,cequiefl:el- 
crit en Lucian 6c Apulée athcifl:cs,changcz en aines, &c 
qui ont efcrit comment cela leur aduint par les Sorciè- 
res de Lariflc qu'ils eftoient allé voir,pour cilaierj s'il e- 
ftoit vray. Or l'vn &c l'autre fut accufc d' Atheifme &c 
dcSorccleric. Et mefmes Apulée a faiâ: ce qu'il a peu 
en fon Apoloc^ie , pour fe laucr de celle accufation de 
Sorcier & empoifonneur. Mais quand il parle de ce 
changement qui luy aduint, ildidivne chofc bien à 
noter en ccftclorte, Minus hercule calles frdmjjimiso^i- 
nionibiis ca t)utdri mendaciaMUcî^clauditunoua, vel'vijk 
rudid^vel ccrtè fubra cabmm cogitationls ardua "videntur, 
quie fi pafilo accuratiits exploraris^non modo comfiertu em- 
dentU ^ ''uerumetiam faêlu fac'dia fentie-s . Et peu après, 
PriHS dcierabo folem ifium 'yidentem Deum me 'ycra ^ 
compertamemorarej ne njos 'ylterius dubitetlSj^^c. Il fe peut 
faire, qu'il a enrichy fon hiftoire de quelques contes 
plaifans: maisl'hiftoireen foyn'eft pas plus eftrange, 
que celles que nous auons remarquées . Et quant à 
latransformationd'Apulce, S.Auguftinau XV I i i. 
liurc de la Cité de Dieu, chip. XVI i i. n'ofelenier, iiy 
l'affeurcr. Bien efl-il d'aduis,*?-: luy femb!e,que cq{\, v- 
nc fafcination: les autres difent, que cela peut aduenir 
véritablement:, & naturellement , & allèguent les 
changemens de filles en garçons : Cequenouslifons 
enHippocrate/w libre ëfidcmion^ cap. vi i i. H^linAib. 
y î i^a.i 1 1 I .ÇclliJib.i x.cap.i 1 1 1. Amatfis Lufitanm 



LIVRE SECOND. ut 

Centurîa 1 1 .curatïone xxx i x.I'en ay remarqué fur mes 
Commentaires d'O pian 5 Poète Gicc^de "Ucnatlone^ 
huit exemples , mais ils (ont tous de filles en mafles , 
Guin'efl: autre chofe que les parties honteufes com- 
mencent à forcir, ayant efté cachées dedans le ventre. 
Mais laLycanthropie n'ariendefemblable,ny caufc 
qui foit naturelle, ains le tout efl: iupernaturel. Voyla 
donques la vérité du faid en foy, encorcs qu'il femble 
incroyable, & prcfque impolhble au fens humain. 
Et ncantmoins il eft bien certain, que cela efl: con- 
firmé pari hiftoircfacree du Roy Nabuchodonofor, 
duquel parlant le Prophète Daniel did , qu'il fut con- 
uerty &: mué en bœuf, & ne vefcut que de foin l'efpa- 
ce de fept ans. Les Arabes tiennent que cela efl pof- 
fîble : combien que la MetempfychofePythagorique 
efl: fans comparaifon plus efl:range, &c neantmoins 
fouftcnue de tous les Platoniciens, Caldcans, Per- 
fans, Egyptiens. Pluficurs Médecins voyant vne cho- 
fe fi efl:range , & ne fçachanr point la raifon , pour ne 
fembler rien ignorer, ontdit ^laifTcpar efcrit, que 
laLycanthropie eft vne maladie d'hommes malades, 
qui penlent eftre loups , &c vont courans parmy les 
bois: Et de cefl: aduis eft Paul yEginet, mais il faudroit 
beaucoup de raifons , &de tefmoins, pour démentir 
tous les peuples de la terre j&: toutes les hiftoires, & 
mefmement Hiiftoire ficrec que TheophraftePara- 
celfe^ô: Poponace , & mefmemét Fcrnel des premiers 
Médecins & Philofophes qui anc efté de leur aags , &r 
de plufieurs ficelés ont tenu la Lycantropiepour cho- 
fe tref certaine^ véritable &r indubitable. Mais on 



DES SORCIERS 

peut clouter pourquoy les Diables d'Egypte, ou les 
Sorciers à leur ay de ne pouuoicnt faire venir de petits 
pouls 5 veu qu'ils faifoient bien de grofles grenouilles 
Ârferpens. LesHcbrieux fur cela difent, que les Dia- 
bles n'ont point depuiflancc défaire corps qui foie 
moindre qu Vn grain d'orge. Et me femble que pour 
cefte caufe , ceux qui veulent cliafler les malins efprits 
des maifons, mettent des vaiffeaux pleins de millet, & 
autres menues femcnces^ lefquellcs eftans cfparfcs ils 
ne peuuentrccueillir,& abandonnent la maifon.Aufïî 
cfl-ce chofe bié fort ridicule de mefurcr les chofes na- 
turelles auxchofès fupernaturellcs, &:lesaâ:ionsdes 
animaux aux adlions des efprits & Démons. Encores 
cft plus abfurde d'alléguer la maladie, qui ne feroitfi- 
non en la perfonne du Lycâthrope ;, ôc no pas d c ceux 
qui voyent Wiomme changer en befte, ôc puis retour- 
ner en fa figure. S. Chrifoftome didque la Sorcière 
Circeauoittellemétabefty les compagnons d'VlyfTc 
par voluptez beftiales, qu*ils eftoiét come pourceaux : 
\ où il femble qu'il veut dire que la raifon feulement e- 
i ftoit abcftié , & abrutie , & non pas que le corps fuft 
changé.Et toutcsfois tous ceux qui ont efcrit de la Ly- 
canthropie anciés, & modernes, demeurent d'accord, 
que la figure humaine change l'efprit , & la raifon de- 
meurant en fon entier comme a trefbien di6l: Homère 
cnTOdiffee oiS^é ctvûùv /uS^ ^X'^^ xè(pct\ct<; çœvnv Te 
S'ejLLcto'ri )(9t/ Tpij^ctç duiru/p v?^ nv e/UTteS^oç œçro Ttct/p 
To; 53^:,C'eft à dire, qu'ils auoient poil,& tefl;e,&: corps 
de pourceaux, &: la raifon ferme, ôc ftable. Ce que didt 
Boëce difcrtement, voce (^ corporeperditlsfoU mensfla- 

bilifaHc 



LIVRE SECOND. ny 

iilifquejempermonffra qu/.gemit patitur. Et parte moyen 
la Lycâtropie ne Icroit pas contraire au canon Epijcopi 
XXVI. c[.v. ny a Topinion des Théologiens qui ticnnéc 
pourlaplufpart que Dieu non feulement a créé tou- 
tes cliofeSj ains auffi que les malins cfprits n'ont pas la 
puiflànce de changer la forme, attendu que la forme 
eflTentielle de l'homme ne change point , qui cft la rai- 
fon^ ains feulement la figure. Or fi nous confeflîons 
queles hommes ont bien lapuiffancc défaire porter 
des rofes à vn cerifier,des pommes à vn chou,& chan- 
ger le fer en acier, (%: la forme d'argent en or^ (5^ faire 
mille fortes de pierres artificielles, quicombacentles 
pierres naturelles,doit-on trouuerclïrange, fi Sachaa 
change la figure dVn corps en 1 autre, veulapuiflancc 
grande que Dieu luy donne en ce monde eleméraire? 
Toutcelaed confirme par ^ Thomas d'Aquin fur ic^.Difi.y.ar.^, 
fécond liure des Scntences,où il did: ainfi: omnes angeli 
bonij^ mali ex njirtute naturali hahentbotcjlatem tranGnu- 
tandi corpora noJh-a.-Cett. à dire, que tous Anges bons Se 
mauuais ont puiflance par leur vertu naturellc.de trâf- 
muer nos corps. A quoy fe r'apporte le lieu de lelaye, 
quand il dit^quc la ville de Babylone fera rafec, ôc que ^-^Ty^- 
làdanferontlcsfecs, les luytons, les Démons, &:ceux: 
qu'il appelle tzj'Tîm que l'interprétation commune de 
la Bible imprimée à Anuers chez Plantin, a traduit en 
François , dcmy hommes, & demy afnes s'd n'y auoit 
qu vne maIadie,ou bien vne illufio, il ne diroit pas de* 
my hommc,& demy afne : Car tous demeurerét d'ac- 
cord qu ils perdent la parole , mai3 ceux qui comba- 
l^cnc que le Diable n a pas celle puiflance j ne con- 

Ff 



DESSORCIERS 

fidercnt pas que toute puiirance vient de Dieu, foie 
cjuil la diftnbue aux Anges ou aux Diables,, ou aux 
hommes , ou aux chofcs inlendbics : comme il cil co- 
mâdc à la terre de produire les belles quadrupèdes , ôc 
les plantes; & à la mcril cd: commandé de produire 
lesoyfeaux & poi(lbns:& n'ell pas di6l que Dieu les 
a faidl , mais bien qu'il a faicSb les cieux, & lumières 
celeftcs, ôc la terre : 5c qu'il a faidt aufli l'homme. Ec 
neantmoins il c(ï dict , que Dieu a tout fai6l Ôc créé : 
ce qui fe doibt entendre par moyens ou fans moyens. 
Et neantmoins il fe peut bien faire auffi quelqucs- 
I fois, que le Sorcier par illufion diabolique, face 
'i que 1 homme femble autre , quil n'eil : comme on 
peulc veoir en l'hilloire de laindl Clément, queSy- 
mon le Magicien , fift tellement que tous les amis 
de Fauftinian le dcfcongneurent ;puis il did: a Né- 
ron l'Empereur, qu'il luy fill trancher la telle,, l'af- 
l^ fcurant qu'il refufciteroit le troificime iour : ce que 
fift Néron, comme il luy fembloic : Et trois iours 
après il retourna , dequoy Néron cftonné luy don- 
na vne ftatuëen Rommc, auec telle infcription, ^Sjy- 
moniAfago'Deo, Et depuis Néron fe donna entière- 
ment aux Sorcelleries. Or Symon le Magicien a- 
uoit tellement faciné les yeux de Néron, Ck de tou- 
te l'affemblec, qu'ils décolèrent vn mouton au lieu 
de Symon. Apulée récite le femblable de trois hom- 
mes qu'il penfoit auoir tue7, qui ciloicnt trois peaux 
de Bouc , cftanc fafciné par la Sorcière Pamphile: 
mais telle fafcination ne dure que vn moment. Et 
quand au changement de la figure humaine en b-e- 



LIVRE SECOND. 114 

ftc, elle dure quelques-fois fepc ans, comme celle 
de Nabuchodonofor en Daniel, lequel fut veftu de 
poil long, ôc de grandes ongles, 6c fouffric la rofec 
du ciel, comme di(fl: le texte , & vefcut de foin com- 
me les autres bœufs ; fi ce n'eH: qu'on voulufl dire, 
qu'on feruoit des boteaux àcfoin auxRoys d'Afly- 
rie: mais le poin6b principal eft, qu'il cft didl, que 
après fept ans paflez la figure luy fut rendueiqui mon- 
ftre bien par necefiîté, qu'il auoit perdu la figure hu- 
maine.Et puis les a*6tions,le labeur d'vn bœuf, d'vn 
afne, que trois homes bien forts ne fçauroient porter 
Ja grandeur , les alleures,& qui plus cft, les viandes de 
foin, & de chardons,nepeuuétconuenir au corps hu- 
main. Car le Prophète Daniel, &tous ceux qui ont 
efcric de telle tranfmutation,font d'accord qu'ils ne 
viuoient d'autre choferbien que Apulée efcrit qu'il 
viuoit auffi de viandes humaines, quand il pouuoit 
en trouuer , n'ayant point perdu la raifon. loind: 
aufli, que la viiîefle des loups, la courfe,la morfu- 
re des dents à croc ,ne peuucnt conuenir à l'hom- 
me ; &c quant à ceux qui difent que Sathan endort 
le corps humain , ôc rauift la fantafie , faifant croi- 
re que le corps eft changé , comme quelques- vns 
ont penféjveu que ceux qui ont efté blefTez en for- 
me de beftes,re font après eftre rcchâgez, trouuez bief 
fez en forme humaine, comme i'ay monftré cy 
deffus : l'vn & l'autre fcpeut faire parfois: & fepcut 
faire auflî,que Sathan au mefmeinftât bleifelcs corps 
humains. Car qui voudroit pour vneillufio conclure 
q tout n'eft qu'illufio des œuurcs de Sathâ, il faudroit 

Ffij 



DES SORCIERS 
cofcflcr que tout ce qu'il fiftàloblapertedefesbiés, 
la ruine de fes maifonSjlc maflacre de fcs cnfanSjfa ma- 
ladie extrême , & que toutes les pertes, mortalitez, fa- 
mines^ftcrilitcz^qui font les exploits des Diables, exé- 
cuteurs de la vengeance de Dieu, ne feroient que illu- 
fîons: &: la faincStc Elcriture, & toutes les Hiftoires de 
telles chofcs ne feroiec que mocqueries. Et n'y a point 
d'apparence de dire , que Dieu n'a pas donc ccfte puif- 
fanceàSathanicar c'eltchofe incomprehenfible que 
le confeil de Dieu , ôc la puiflance qu'il donne au Dia- 
ble eft incognue aux hommcs,vcu qu'il efl; dit en lob. 
CWil n'y a puiflance fi grade fur la terre, qu'il luy puif- 
fe refifter. Et puis il efl: dir,que les Sorciers de Pharaon 
faifoicnt les choies que failoit Moyfe, c'eft à fçauoir, 
qu'ils changeoient les baftons en ferpcns, & qu'ils fai- 
foicnt des cjrenoiiilles. Si ce fu il: cflcvneefblouiflcmét 
àcs yeux , il n'eufl pas di6i; : qu'ils faifoicnt ce que fai- 
foitxVîoyfeccar Moyfe ne fai(oit rie par illufion.Ioind: 
auffiqucle Serpent de Moyfe n'euft pas digéré des 
baftons,filcsScrpens des Sorciers n'euflent cftc que 
baftons: auquel argument i! cft impoflîblc de refpon- 
dre,fans corrompre le texte. Or il eft beaucoup plus 
eftragcde faire d'vnbaftonvnSerpent3& depluficurs' 
baftons pliifieurs fcrpens,que de chagcr la figure d'vn 
homme en veau, ou en loup;car S. Auguftin au 3 . liurc 
de la Trinité dir,que c eftoient vrais Scrpens. Et celuy 
qui veut accomparcr les allions des cfprits aux a6tios 
des hommcSjcft aufTi abuzé, que s'il vouloir fouftcnir 
quclcs peintres & autres artizans ne font pas les œu- 
ures gentiles quicombatcnt bien fouucnt lanaturCj,. 



LIVRE SECOND. 115 

par ce que les veaux ny les mulets , ne fçauroient faire 
cliofes femblables. Car Dieu à departy à chacune de 
fes créatures fes merueilles félon leur portée. Et s'il 
faut rendre quelque raifon pourquoy principalement 
les hommes font plufloft tournez en loups, & afnes 
qu'en autres bcftcs, laraifonmafembléque les pre- 
miers qu'on dit auoir changé de forme en loup,man- 
geoient la chair humaine enfacrifiantà Iuppiter,qui 
s'appcUoit pour ceftc caufc Ly ceus, comme qui diroit 
Louuet: ce que Platon en la Republique,'Marc Var- 
ions autres autbeurs Grecs on laifle par efcrit.Auffi 
voit on que celuyqui fut exécuté à Dol , qui chan- 
geoit d'homme en loup,& ceux de Sauoye confcfFerct 
auoir mangé plufieurs enfans.Et par vn iufte iugeméc 
de Dieu il permet^qu'ils perdent la figure humaine,&r 
qu'ils foyentloupSjComme ils méritent. Carde toute 
ancienneté les Sorciers & Sorcières ont eilé diffamez 
d'auoirmâgé telles viâdcSjiufques à déterrer les corps 
morts^cSc les ronger iufques aux os: ce que Paufanias à 
remarqué, & dit que c'eftoit vn Darmo tcrreftre. Mais 
Apulée didl que c'efloicnt les Sorcières. Et quand à 
ceux, qui changent en afneSjCelaleuraduienr, pouc 
auoir voulu fçauoirles fècres detcftables des Sorciers. 
Carcommeceux qui s'amourachèrent de la Sorcière 
Circe^furent changez en pourceaux par vn iufte iuge^ 
ment de Dieu:come ils tiennent en Liuonie, que ceux 
qui fréquentent les Sorciers &Licantrôpcs deuiénnec 
on fin femblables à eux. Et quelque caufe que ce'fbir,. 
les hiftoii-es diuines,& hum^iincs , . ôc le confentement 
delà plus faine partie des Théologiens^ aueerexpe- 

Ef iij 



DES SORCIERS 

ricnce des iugcmens,& de tant de fîcclcs,&: de peuples 
& des plus fçauans, contraignent les plus opinialtres 
a recognoiftre la veritc,cjue rapporteray toufiours à la 
plus faine opinion des Théologiens, quines'accordéc 
pas aux Canoniftes es cjucfîions que nous traitrons. 
Mais en quelque forte que ce foit,il appert que les ho- 
mes font quelquesfoistranfmuez en beftes demeurât 
la forme &: rai(on humaine. Soit quecela ce face par la 
puiflancede Dieu immédiatement , foit qu'il donne 
ceftepuiflanceà Sathan exécuteur de fa volonté. Et fi 
nous confefTons la vérité de l'hiftoire facrcc en Daniel, 
qui ne peut ertre reuoquee en doute, Ôc de l'hiftoire de 
la femme de Loth changée en pierre immobile , ileft 
certain que le changement d'homme en boeuf, ou en 
pierre eft pofriblc,& en tous autres animaux: c'eft l'ar- 
gument duquel Thomas d'Aquinvfe parlant du traf- 
port faidt du corps de lefus Chrift fur la montagne, &C 
îùr le tép!c:s'ileft poflible en vn^il eft poffiblc en tous: 
car il eft dit que cela fut fait par Sathan. Et fain6l Au- 
guftin au liure troifiefme cha. 9 . d e la Trinité , did a ce 
propos que le diable fçachantla propriété dz la faifoii 
des ferpens Se des grenouillcs,fai6l créer des ferpens ôc 
des gvcnouillcs maliangeliprofulptilitate fui fènfuSjin oc- 
ctiltïorihîis elementorumfemïnibus norunt njnde ran^ acjcrpe- 
tes naJcantHr:&' hacperrertas temperationum opportunitates 
occultismotibHsadhibendofac'mnt creari. Voila cesmots». 
Or s'il eft ainfi que les Sorciers de Pharaon où le dia- 
ble ait fait venir des grenouilles de rien & mue de ba- 
ftons en ferpens, a plus force raifon peut il changer la 
figure. 



LIVRE SX C O N D, 1 1 c 

SI LES SO RC I EKS ONT C 0- 

tiiUtion auec les Démons. 
C H A P. VI. 



I^Mgij V commencement de ccft oeuure nousa^ 
uonsdiftque leanne Heruillier natifue de 
Verbery près Copicgne entre autres chofes, 
^^^^^^^ confeflà que fa mere(qui fut eodamnee d'e- 
ftrebruflee toute vlue^pararrefldu Parlement, eofir- 
matif de la fentéce du iugc de Senlis)à l'aagc de douze 
ans la prefenta au diable en forme d'vn grand homme 
noir,& vcftu de noir,botté,e(peronné, auec vne efp^e 
aucofté, &:vnc[ieual noir à la porte : auquel la mère 
diU, Voicy ma fille que ie vous ay promife; Et à la fille, 
Voicy voftre amy,quivous fera bien heureufe,&:de- 
flors qu'elle renonça à Dicu,& à la religio,& puis cou- 
cha auecques elle charnellemcnt,en la mefme forte Se 
manière que font les hommesauec fes femmes, horf- 
mis que la femence elloit froide. Cela dit-elle conti- 
nua tous les huit ou quinze ioursrmefmes icellc cftant 
Gouchce près de fon mary,fan3 qu'il s en apperceuft.Et 
vn iour le diible luy demanda, fi elle vouloir eftre en- 
ceinte de luy,&: quelle ne voulufi: pas. l'ay aufli lea 
l'extraidtdes interrogatoires faids aux Sorcières de 
Longny en Potez,qui furent aufiibruflees vifues, que 
Maiilre Adrian de Fcr,Licutenât gênerai de Laon m'a. 
baillé. l'en mcttray quelques confelfions fur ce poin6t 
icy , Marguerite Brcmont femme de Nouël Laucret a 
didque Lundy dernicr,apresiourfailly, elle fut auec 



DES SORCIERS 
Marion fa mère à vne afTemblec , près le moulin Fran- 
quis deLongnyenvripré, ôcaLioiciàditemere vn rà- 
mon encre fes iambes difant; (le ne mcttray point les 
mots,)& foudain elles furent tranfportces toutes deux 
audi6t lieu, ou elles trouuerenc Ican Robert , lannc 
Guillcmin, Marie femme de Symo d'Agneau,& Guil- 
lemette femme d'vn nommé le Gras,qui auoicnt cha- 
cun vnramon: Se trouucrcntauffiencclieu fix dia- 
■blcs^ qui cftoient en forme humaine^mais fort hideux 
à voir &c. Apres la danfc finie les diables fe coucherét 
^uecques clles_,& eurent leur compagnie : & l'vn d'eux 
qui l'auoit menée danfer la print, &Iabaifapar deux 
fois,& habita auecqucs elle l'efpacede plus de demie 
heure: mais delaifla aller la iemencc bien fort froide, 
leanne Guillemin fe rapporte auffi au dire de cclle-cy 
&c did qu'ils furet bien demie heure en femblej&: qu'il 
lafcha de la femcnce bien fort froide. le laiffe les autres 
depdfitions qui s'accordct^à ce propos. Caietan efcric 
qu'vne Sorcière demâdavniour au diable pourquoy 
il ne fe rechaufFoit , qui fifl: refpofe qu'il faifoit ce qu'il 
pouuoit.En cas pareil nous lifons au Kî.liure de Meyer 
qui a efcrit fort diligemment l'hiftoire de Flâdres, que 
l'an 1459. grand nombre d'hommes & femmes furet 
bruflees en la ville d'Arrasaccufces les vns par les autres 
ÔC confefferent qu'elles eftoiét la nui6l trafportees aux 
danfes , ôc puis qu'ils fe couployent auec les diables 
qu'ils adoroient en figure humaine. lacquesSprangcr, 
& (es quatre compagnons inquifiteurs des Sorcières 
cfcriuent qu'ils ont fait le procez a vne infinité de Sor- 
cières en ayant fait exécuter fort grand nombre en 

Alemagne 



LIVRE SECOND. \ij 

Alcniaiglie,&mefmcmenraupaysde Conflance ^ ôc 
de Raueiifpurg,ran 1 47 5 .& que toutes généralement 
fans exception , confeffoient que le Diable auoit co- 
pulation charnelle auecques elles, après leur auoir fait 
renoncer Dieu & leur religion. Et qui plus eft , ilsef- 
criuent qu'il s'en trouua plufieurs , qui c'ertoient re- 
penties, ëc retirces,rans eftre accufees , leiquellcs con- 
fcflbient lefemblable, c'efl àfçauoir que les diables, 
tant qu'elles auoient cfté Sorcières ^ auoient eu co- 
pulation aueeques elles. Henry de Coulongne con- 
firmant ceftc opinion dit, qu'il n'y a rien plusvulgai-* 
rc en Allemagne, ôc non pas feulement en Allemai- 
gne.ains cela eftoit notoire en toute la Grèce &l'Ita- 
lie. Car les Faunes,Satyres,Sy luains , ne font rien autre • 
chofc,que ces Démons, ôc malins cfprits: Et par pro- ■ 
uerbelemot deSatyrizer, (îgnifiepaillarder. Saindt 
Auguflin au I 5 .liure de la Cité de Dieu diét, que telle 
copulation des diables, auec les femmes eltfî ccrtai- 
ne,quece feroit grande impudence d'aller au contrai- 
re. Voicy ces mots ; Etqmniam creherrimafama ejl^mul- 
time feejje expertos j 'yd ab eis qui experti efjent, de quo^, 
rHmfidc dubïtandHm non efl y audijje co^njïrmant ^Sj/lnanos, 
^Junos j OHos 'vidgo Incubos 'VocantJmjyrobos,pepe ex- 
titifje mulieribus :,& earum appetijjc, ^ P^^'^S^jJ^ concubi- 
tum.Et quofdam Diemoncs ^ quosGalii Dujtos nungipant 
hanc ajjlduè immundiciem^^ tentare^^^ efficcre^pli^res , ta- 
lé j que ajje itérant ^ "vt hoc n égare impude?it'u ejje uidcafur, 
GerardusLilius,&Ifîdorus inlib.vi 1 1 .ditlefembla- 
bie:maistousontfalllv aumoîDufios, car il faut lire 
Drulios^commequi diroit diables ForeiHers,quclcs 



D E5 s O RCI ERS 

Latins en mcfme fcns ont appelle Syludnos, Il eft vra^- 
femblablecequedidSaindl Anguft:in,que nos pcres 
anciennement appelloicnt ces Démons & diables-là, 
Dru[ios,pour la difFcrcncé àcs Druides , quidemcu- 
roient audîésbois. Or Sprenger paflc cncorcs plus 
outre,carildi6t, queplufieurs fois aux champs &: aux 
bois les Sorcières fedefcouuroient , âcauoient corn- 
pagnce du Diable en plein iour, & fouuét auoient eftc 
veues dénuées par les champs. Et quelqucsfois auffi les 
jnaris les trouuoient conioindies aucc les diables,qu'ils 
pcnfoienteftre hommes , & frappans de leurs cfpees 
ne touchoient rien . Paul Grilland lurifconfulte Ita- 
lien, qui a faidlleproccsàplufieurs Sorcières , récite 
au liurc des SortiIeges,que l'an mil cinq ces trente fîx, 
au mois de Septembre il fut priédVn AbbédeSaincfb 
Paul près de Rome faire le procès à trois Sorcicres,lef- 
qucHcs en fin confeflcret entre autres chofcs, que cha- 
cune Sorcière aubit copulation auec le diable. Nous 
lifons aufîi en l'hifloirc iaindl Bernard , qu'il y eut vne 
Sorcière, qui auoit ordinairement compagnie du dia- 
ble au près de fonmary , fans qu'il s'en appcrceut. Et 
quand le diable leur manque elles cherchent les ieunes 
femmes & filles dont elles abufcnt , comme ondifoit 
de Sapho,& autres que lcsGrccsappellétTe/.Cct^?$ les 
Latins Fricathces, les Africains, Sahacat mot Hebrieu 
qui n'efl; pas honefte. Cefte queftion à fçauoir fi telle 
copulation cft poffiblc^fut traicSlcc deuant l'Empereur 
Sigifmond,& à fçauoir, fi de telle copulation il pou- 
uoit naiftre quelque chofc: Et fut refblu , contre l'opi- 
nion 4e Oflîanus^quc telle copulation cil pafTible, 



LIVRE SECOND. 7i8 

& la génération aufli/uyuâc la glofe ordinaire , Se lad- 
uisde Thomas d'Aquin furie Genefcchap.vi.quidic 
que ceux qui en prouicnnenc font d'autre nature^ que 
ceux qui font procrées naturellement. François Pic 
Prince de la Mirande tient cela pour indubitable liu.4. 
c.^Je Pranot.Nous lifons aufli au li.i. cli. ly.des hiftoi* 
res des Indes Occidentales, que les peuples tenoyenc 
pour certain , que leur Dieu Concoto couchoitauec 
les femmes : Car les Dieux de ce pays là n'eftoyenc 
autres que diables. Auffiles Do6teurs ne s'accordent 
pasencecy ; entre lefquels les vns tiennent que les 
Démons Hyphialtes, ou Succubes reçoiuent la femea- 
ce des hommes, & s'en ferucntenuersles femmes en 
Démons Ephialtes , ou Incubes , comme did: Tho- 
mas d'Aquin, chofe qui femblc incroyable.-mais quoy 
qu'il en foit , Sprenger efcrit que les Allcmans qui 
ont plus d'expérience des Sorciers ^ pour y en auoir 
eu de toute ancienneté , & en plus grand nom- 
bre qu'es autres pays , tiennent que de telle copula- 
tion il en vient quelquesfois des enfans , qu'ils appel- 
lent VVechfeIkind,ouenfanschangez,qui font beau- 
coup plus pefans que les autres , ôc font toufiours 
maigres: &tariroient trois nourrices fins engrefler. 
Les autres font diables en 2:uife d'enfans , qui ont co- 
pulacion aucc les nourrices Sorcières , 6c louuent on 
ne fçaic qu'ils deuiennent. Mais quant à telle copu- 
lation auec les Démons fain6t Hierofme, fainCt Au- 
guftin, faindChryfoftome , Ôc Grégoire Nazienzc- 
ne , fouftiennent contre Ladance, ^ lofeph , qu'il 
n'en prouient rien, ôcsii envient quelque chofe, ce 

Gg ij 



DES SORCIERS 

feroitpluftoft vn Diable incharné, qu'vn homme. 
Ceux qui penfent touc fçauoir les fccrets de nature, ôc 
qui ne voycnc gourtc aux fecrcts de Dieu & des intel- 
ligences, difentj que ce n'ellpas copularion aucc le 
. diable, mais que c'cft maladie d'opilarion , laquelle 
toutcsfois ne vient qu'en dormant , &c en cela tous les 
médecins en demeurent d'accord. Mais celles que 
nousauons remarquées par leurs confcflions , après 
auoirdanféauec les diables à certain iour ôc licj, qui 
efloictoufiours ailigné auparauanr,nepouuoicnt to- 
berenceite maladie. Encorcs efl il plus ridicule de 
Philofopherainfi , veu que telle maladie ne peut a- 
uoir lieu, quand Ihomme Sorcier à copulation auec 
le Diable comme aucc vue fernmc,qui n'eftpasincu- 
be,ouEphialte, maisHyphialre , ou Succube. Car 
nouslifons enlacques Spranger,qu'ilyauoitvn Sor- 
cier Alcmand à Confluence, qui en vfoitainfi deuanc 
fa femme , &c (es compaignons qui ne le voyent en 
ceftea6lion , fmsvoir la figure de femme , ôc lequel 
au furplus eftoit fort ôc pui(]ant,ôcen telle a6lion peut 
cftrc elloit celuy que faindl Auguftin dicl au liure. i i . 
chapitre 4. de Trinit.auoir vcu comme s'il euft copu- 
lation auec vne femme 6c ietter femcnce . Et mefme 
3'. pict^^ ni-^f François pic Prince de la Mirande'efcricauoir veu vn 
ïor;«Mr/W-p relire Sorcier nommé Bcnoiil: Berne aagé delxxx. 
frxnotione. ^ns,qui confcfla auoir eu copulation plus de 40. ans a- 
I uec vn Dcmon defguifé en femme,qui Taccopagnoir, 
- ÇslWs qucperfonnerappcrceuft,6(:rappelloitHermio- 
nc. Il confefla auffi qu'il auoit hume le fang de plu- 
iîeurs petits cnfans , &: faid pluiicurs autres metchan- 



LIVRE SECOND. ne, 

cetcz exécrables, &: fut brullé tout vif.Et fi efcrit auoir 
vcu encores vn autre Preftre aagé de L x x. ans, qui cô- 
feiTaauflîauoir eufemblablc copulation plusdecin- 
quâce ans aucc vn Démon en guife de femme, qui fut 
auffibruflé. Et de plus fraifche mémoire l'an i 54 y. 
Magdelcine de la Croix, natiue de Cordoue en Eipai- 
gne^AbbefiedVn Monafterc, fcvoyanten fulpicion 
des Relieieufesd'cftre Sorcière, &crairrnantlefeu, fi 
elle eftoicaccufee, voulut prcuenir, pour obtenir par- 
don du Pape, ôcconfelTaque déslaage de douze ans 
vn malin efprit en forme d'vn More noir,la folicira de 
fon honneur, auquel elle confentit, & continua x x x. 
ans (S: plus, couchant ordinairementauecluy : parle 
moyen duquel eftât dedans l'Eglife , elle elloit eflcuce 
en haut, comme Porphire dit de lamblique , lors qu'il 
portoit l'idole de fon Dieu ; & quand les Religieufes 
communioient, après la confecration,rhoftie venoit 
en l'air iufqucs à elle au vcu des autres Religieufes, qui 
la tcnoiét pour ùànd:c,Ôc le Preftre auffi, qui trouuoic 
alors faute d'vnehoftie, & quelques-fois aulli la mu- 
raille s'entrouurcit pour luy faire voir l'hoftie. Elle o- 
btint pardon du Pape Paul I 1 i. eftant repentie com^ 
me elle diloit.Mais i'ay opinion qu'elle cftoit dediee à 
Sathan par fes parens dés le ventre de fa mère. Car elle 
confefla que dés l'ange defix ansSathan luy apparut, 
qui eft laage de cognoidance aux filles , de la folicita à 
douze, qui efl: l'aage de puberté aux filles, comc nous 
auonsdicl, que leanne Hcruillierconfeiralefcmbla- 
blc,& en mcfmeaage. Ceftehiftoireaefté publiée en 
toute la Chrcfdenté. Nous lifons vnc autre hiiloire de 

Gg iij 



DES SORCIERS 
plus frefch e mcmoirc aduenuc en Allemagne; au mo- 
naftere de Nazareth, Dioccfe de Coulongnc , où il fc 
trouuavnc leune Religieufe nommée Gertiude,aa- 
gce de X 1 1 1 1. ans, laquelle confeiOa à fes compagnes, 
que Sathan toutes les nuisis venoic coucher auccqucs 
elle. Les autres en voulurent faire preuue, ôcfetrou- 
uerent faifies des malins cfprits. Mais quand à la prc- 
miere,Iean Vier,qui efcrit l'hifloirc, dit qu'en prelcn- 
ccdeplufieursperfonnagesdenom, eftantau mona- 
fterele xxv. iourdeMayM. D. LX V.ontrouuaau 
coiFre de Gertrude vne lettre d'amour , efcritc àfon 
Démon. Ten trouuc vne autre hiftoire au lardin des 
fleurs d'Antoine de Turqucmcde Efpaignol, qui mé- 
rite d'eftre traduit d'Efpaignol en François, dVne Da- 
moyfelle E{paignole,qui confcflà aufli auoir eu copu- 
lation auccvnDemon,e{lant attirée à l'aage de dix- 
huidî: ans par vne vieille Sorcière , & fut brullee toute 
viue fans repentance. Celle-là eftoit de Cerdenc. Il en 
met encores vn autre qui fe repentit , & fut mife en vn 
monaftere. Maiftre Adam Martin Procureur aufiegc 
de Laon, m'a did auoir faid le procez à la Sorcière de 
Bicure,qui eft à deux lieues de la ville de Laon,en la iu- 
ftice du Seigneur de la Boue , Bailly de Vermandois, 
l'anM.D.L VI. qui fut condamnée à eftreeftranglec, 
puis bruflec ; Se qui neantmoins fut brullee vifuepar 
la faute du bourreau , ou pour mieux dire , par leviuftc 
iugement de Dieu , qui fift congnoiftre qu'il faut dé- 
cerner la peine félon la grâdeur du forfaidt, & qu'il n'y 
apointde mefchanceté plus digne du feu : Elle con- 
felTaquc Sathan, qu'elle appelloic fon compagnon. 



LIVRE SECOND. no 

auoit fa compaignie ordinairement, &c qu'elle fentoit 
fa femence froide. Et pcut-eftrc que lepafTagede la 
Loy de Dieu qui did , Maudit foit celuy, qui donnera 
de fa femence à Molcch, fe peut entendre de ceux-cy : 
ôc fc peut entendre auffi de ceux qui dédient leurs en- 
fans aux Diables , car les Hebrieux par le mot de vr iî- 
gnifient auffi les enfans ; qui eft l'vne des plus detefta- 
bles mefchancetez, qu'on peut imaginer, & pour la- 
quelle Dieu diCi que fa fureur s'embrafa contre les A- 
morrheans & Cananeans,qu'il râla de la terre pour tel- 
les mefchancetez. Et fc peut faire que les familles, def- 
quelles efcrit Pline au liurc v 1 1 . chap. i i .qui font en 
Afrique, &en Sclauonie, &:de ceux qu'on appelle 
P/îllienSj&Ophiogenes, c'eft à dire Enfans de Ser- 
pcns, quiticnnetlesSerpens enleur puiflrance,& qui 
du regard enforcelent , ôcfouuent font mourir, font 
les enfans dédiez ^ ôc votiez à Sathan dés le ventre de 
la mcre, ou Ci toft qu'ils font nez , comme en Italie on 
appelle tels enfans li ^charrontiniy enfans d'enfer : lef- 
quels^onvoitau pays deVeronne:&: deRommedés 
Taage de fix & fept ans,danfcr les vifages tournez hors 
la danfc, & clinant la tefte en arrière , auec telle caden- 
ce fans mufiquenyviolo, qu'on diroitqu ils font tous 
colez en vn. Depuis qu'il y-a de telle femence,les fami- 
Ics en font par longues f jittes d'années infc6i:es, come 
en Theflàlie, depuis qcefte vermine y fut portée par 
Mcdee la Sorcière tare de Circe^onnel'a iamais peu 
chafler.Car les percs & mères dcdioiét leurs enfans au 
parauât qu'ils fuffent nais à Sathan,&: continuoient de 
perc en fils telle abomination , ôc mefmcs ils auoienc 



DES SO RCIERS 

accouftumé dcdier les premiers nais à Sathan, comme 
cfcric Ezechicl cliap. x x. les autres les dédient du vcn- 
tredelamerc,commcil aduintl'an M. D. LXXV. 
que vn Gentil-hommc Allemand fcdcfpitant contre 
iafemmediil, qu'elle cnfanteroicvn Diable. Ellefift 
vn monltre hideux à voir , aufli elloit-il en réputation 
d'eltre vn grand Sorcier. Et au pays de Valoys, &de 
Picardie , il y-a vne forte de Sorcières , qu'ils appellent 
Coche-mares j& de fait Nicolas Noblet riche labou- 
reur^demeurant à Haute- fontaine en Valoys m'a di6l 
que luy eftant ieunc garfon,il fentoit fouuent la nuidb 
tels Incubes, ou Ephialtes, qu'il appelloit Coche-ma- 
res, ôc le lour fuyuant au matin, la vieille Sorcière qu'il 
craignoit,ne failloic point à venir quérir du feu, ou au- 
tre chofe, quand la nuid: cela luy eftoit aduenu. Et au 
refte le plus fain &l difpos qu'il eft poflible. Et non pas 
luy feul, mais plufieurs autres l'afferment. Aufli nous 
lifons vne femblablehilloirc au liure huitième de l'hi- 
Itoirc d EfcoflTc, eftant quelqu'vn toutes les nui6ls op- 
primé dVne Sorcière, en forte qu'il ne pouuoit crier, 
ny s'en depellrer , en fin il en fut dcliuré par prières, & 
oraifons. le mertrois infinis autres exemples, mais il 
fembic qu'il fulfili pourdcmonilrer que telles copu- 
lations ne font pas illufions, ny maladies. Toutesfois 
ie mettrav cncores vne hiftoirc à ce propos , que Pau- 
lamas mPhocaicis, recitequc lesCandiots auoienrde 
Afanes^ qu'ils appelloiéc Carhecanes, qui rerournoiêc 
des corps enfeuelis,au fcpulchres coucher aucc leurs 
vcfues, ckauc l'ordonnance du pays vouloir, quand 
celacitoicaucré, qu'on perçafc la telle dumort d'vn 

fer. 



LIVRE SECOND. m 

fer, S: puis qu'on le bruflaft. Mais difons fî les Sorcier^ 
ont puirtance d'cnuoyer les maladies, llerilitez,grefles 
ôc tempcftesj&: tuer hommes ôc beftes. 

Si les Sorciers Veuuent enuoyerles maladies JleriliteT^ 

^eJIeSjtempeJleSj, ^ tuer hommes & beftes. 

C H A P. V I 1 I. 



^:î 



f^r^; O vs IcsPhilofophcs,Tlieologicns,&:Hi- 



S ftoriens font d'accord,que les Démons ont 
Tjf ^ l^'m gf^fïdc puifTance, &c les vns plus, les autres 
^^%^^^7^^ moins : les vns plus méteurs que les autres, 
les vns plus mefchans que les autres , & généralement 
les anciens ont tenu pour Maxime, que les Démons 
terreftrcs & foubtcrreftres font pP cruels,plus malins, 
plus mcnteurs,& plus infe(5ls,comme cftâs plus fouil- 
lez,de matière plus terreftre. Et pour cefte caufc Plu- 
tarque diâ: que Democritc honoroit les Démons qui 
plus cftoient nets de contagion impure. C'eft ce que 
dit l'interprète Grec de Synefius in libro ^c^i iwTnccy* 

vdbç (ûç TToppœfucLç dù^oiXKrf^vrctç yvœcreûiÇ. C'eft a 
dire,que les Caldcans tienncnrque les Démons terre- 
ftres font menteurs pour cilrepliis efloignezdcla co- 
gnoiflance des choies diuincs. Et ceux-là font les plus 
dangereux dcfquels il femble que fefcriture parle au 
Pfalme 1 o 3 .quand il dit,que les lions & beftes rapaces 
fortcnt des tanières la nuid, & demandent à Dieu Icitt 
pafture, c*eft à dire l'exécution des mefchans. Cclafe 
voitéscaucrncsoupluficurs font tuez: &fouucnt es 

Hh 



DES SORCIERS 
minières. Georges Agricola^did qu'en la minière dtt 
Comte Georgcs,vn Démon print vn ouurier, & le ti- 
rant hors de terre , le mit au plus haut heu en luy froif- 
fantle corps. Mais nousauonsdidlcydcfTus, que tous 
les Démons font mahns,menteurSjimpofteurs,ennc- 
mis du genre humain,&: qu'ils n'ont plus de puifl'ancc 
que Dieu leur en permet. Et neantmoinsles Sorciers 
penfcnt eftre tout-puiflans, comme on peut voir en 
Lucan de la Sorcière Erichtho Thcflalicnne, &c en A- 
pulee de la Sorcière Pamphile ThcfTaliennc-^^^^^j dit- 
il ^Dimnipotcns cœlum deponerejterramjlijheridere, fontes du- 
rarCj montes dilucre^manes fkhlimarej^pydera extinguere^tar- 
tamm ipjltm illuminarc. Et peu après parlant de fes enne- 
mis qui la vouloient lapider, il diâ: que par prières, ç^ 
fefulcralihus deuotionibus in fcrohem vrQcwrrattS'j cunflos in 
fkïs domibus tanta numinum njiolentia cldufity 'yt toto biduOy 
non cUuflra perfringij non fores euelli ^ non deniaue parietes 
ipfi potuerint pcrforari ^ quoad deirrarent je non ei manns 
admolitwoS:, ^ fie illapropitiata totam ciuitatem ahfoluity 
Quand à ce dernier poincSb, il eft bien vray ôcpoifible,, 
côme didt S. Auguftin au liure de Diuinatione^y^ccipiunt 
fipCy dit -il, potcJUtem morbos ïmmittere ^ ^ aerem ^itian- 
do morbidum red-dere : de corrompre rarr,& enuoyer des 
maladies . Et Thomas d'Aquin a trefbien di6l , 
malejicia fitmt à d^monibus prinvipaliter Deo permitten- 
te j c!^ a maleficis inJlmmenl-aliter.in^Jifiinâl.^^.artic.}, 
Car Dieu a dix mille moyens de chilier les hom- 
mes, ôc de grands threfors de vengeance, comme 
il diél, tantoll par roy-mefmes,tantoft parles An- 
ges 5 tantoll par les Diables , tantoll par les hom- 



LIVRE SECOND. 112, 

mes, tantoft par les belles. Bref toute la nature cft prc- 
fie & auffi toit difpofee de venger Tiniure faire à Dieu. 
Mais le fondement de toute l'impiété fur lequel les 
Sorciers s'appuient, & pour lequel ils fe donnent au 
Diable , font les promefles qu'il leur faiâ: de leur don- 
ner cefte puiffancc , où leur cnfeigner les pouldres, les 
paroles , les charaderes pour fe faire ay mer , honorer, 
cnrichir,viure en plaifir^^: ruiner leurs ennemis,com- 
me nous auons diâ:, qu'il s'efttrouué par la confeflîon 
deplufieurs Sorciers. Voyla les promefles qu'il leur 
faid, quand ils renoncent à Dieu. Et d'autant qu'il eft 
le premier autheurd^menfongejauflifetrouue, qu'il 
ny'-a rien que desimpofturcsentout ce qu'il promet 
Iiorf-mislavengeâce,& fur certaines perfones feulc- 
mét^ôc tât que Dieu luy en done la permiflio.Nous en 
auons vn million d'ex épies en la fainde Efcriturc , ÔC 
en voyons l'expérience à toute heure. AufïiDicu au 
milieu de fes Anges * , entre lefquels fe trouua Sathan i.ioh.c.i.o* 
comme exécuteur, ainfi parloir Chrifippus des ma-^ 
lins efpïits de fa haute lullicc , demandant s'il y a- 
uoit homme plus entier, & craignant Dieu, que lob: 
alors Sathan dit, pour néant feroit il autre , vcu que tu 
as pris fa prot^edion, & as enuironné de hautes murail 
les fa perlonne, fa famille, fon beftial, fes maifons, &: 
tout ce qui efl: à luy, en forte quileft impolTible de 
luy toucher. Mais fi tu l'auois laifTé tant foit peu, bien 
toft il te blafphemeroit.Lors Dieu permit à Sathan ca- 
lomniateur, vfer de fa puiflance fur ce qui appartenoit 
à lob^horfmis fa perfonnc:Tout (oudain ^ en vn mo- 
ment Sathan fe ruina de tout poind, & non pas peu à 

Hh ij 



DE S SORCIERS 
peu.-mais tout à coup, luy oftanc encicrcmcnt tout fou 
bié,quoy qu'il fuft le plus riche homme d Orient, fai- 
fant ruiner toutes fes maKonSj&cuant tous fcs cnflins, 
famille, ôcbeftail, pour l'accabler en vninftant, &ne 
luylaidaquc fa femme, fon capital cnnemy, pour le 
tourmenter,& fe mocquer de luy. Et neantmoins lob 
dift: le luis venu tout nud, ie m'en retourneray tout 
nud. Dieu m'a donné des biens, & les a répétez, Dieu 
foit loué de tout.Sathan defpit d'vne couiîance ferme 
ôc arrefté propos delouër Dieu en tellcaffli6lion.il va 
de rechef le calomnier deuant Dieu , difant qu'il n'y a 
rien qu'on ne donne pour racheter fa vie: mais fi Dieu 
l'affligeoit en fon corps,qu'il blafphcmeroit bien toft. 
Alors Dieu luy pcrmift vfer de {a puiflTancc cotre lob, 
pour l'affliger iufques à la mort cxclufiuement. Sou- 
dain Sathan rendit fon corps depuis le fomet de la te- 
lle iufques aux pieds tout en apoilumes ôcrôgnes puâ- 
tes à merueilles:toutesfois il ne luy aduint polt de blaf 
phemer Dieu encorcs qu'il fift de grands regrets. Et a- 
presque Dieu eut fondé fon cœur, & intégrité, il luy 
rendit fa fanté,force, & allegreffe , & deux fois plus de 
biens qu'il n auoit eu : Et luy dônafept cnfans maflcs, 
& trois fil!es,6.:lc fill cncores viure cent xl.ans en paix 
ôc douceur de vie. Or ceftc hiftoire eft bien fort confi- 
derable,&tout le difcoursdelob auec fesamis, &]a 
refolution d'iceluy ,qui cil le plus beau oc le plus diuiiî 
qui fut onques,&: qui contient foubs les allegories,lcs 
threfors de fapience,& les plus hauts fecrcts qui foient 
en toute laBible: Car on voit en ce diicoursqu^ Sathâ 
Bcpcut vfer de fapuiilanccj fiaoa entant, Ôc pourtant 



LIVRE SECOND. 115 

que Dieu luy permet. Mais fi vnc fois il luy lafche la 
bridc^on void de merueilleux exploits de Sathan, cela 
ce voit aflez euidemment au proccz de Robert Oliue, 
oui fut bruilé a Fa laize l'an 1 4 5 <> .Lequel confefla que 
le diable luy fift mettre le feu en plufieurs maifons , & 
àpIufieursfoix,&tuer deux petits enfans^ôc fait a no- 
ter audit procez, que le diable qui fe nomma Chryfo- 
pole ne faifoit faire les feuz ôc meurtres d'enfans,& be- 
llial,finon es enuirons deFalaize.Car combien que le- 
dit Oliue fuft à Lyon, foudain il eftoit porté à Falaize, 
&c après auoir fliiâ: fon exploitai eftoit reporte à Lyon 
vne autre fois deMoulins aFalaize:&: de Paris àFalai- 
zc.Enquoy plufieurs, qui former des queftios , &c font 
des relolutions ^ que le diable ne fai61:pas leschofcs 
qu'on void à l'œil , Ôc penfent que c'cft oflFcnfer Dieu, 
de croire qu'il ait tant Ôc fi grande puiffanccLes autres 
difent que c'eft reuoquer en doubte la parole de Dieu 
qui did:, * parlant de Sathan, Il ny a puiflancc fur uol^.ca. 4?. 
la terre, qui luy foit accomparable. Qui eft vn lieu 
bien à noter.Oric tiens, qu'il n'y a point moins d'oc- 
cafion delouerDieuen la puiflance qu'il donne àSa- 
than,& aux adions qu'il faiâ:,qu'il y en a en la force Ôc 
puifTance qu'il donne au Soleil, aux efl:oilles,aux plan- 
tes, aux animaux,auxherbes,aux métaux. Etparainfi 
l'homme de bienoyant tonner, greflcr ^ foudroyer 
auectempcftes merueilleufes, & trembler la terre, il 
ne dira pas, que c eft Sathan, encores qu'il foit mini- 
ftre peut cftre de telle chofe: Mais il dira que c'eft 
Dieu,commc faicb Dauid , quand il did: la voix du 

Hh iij 



DES SORCIERS 

Seigneur tonnant, vafurlcseauxrcfonant parmy les 
nuecsdescicux.s'cntend leDicucrlorieux. La voix du 
Seigneur tefmoingne de quelle force ilbcfongne. 
La voix du Seigneur hautaine de hauteire cil toute 
pleine. La voix du Seigneur eipart les flammes de tou- 
te parts. Et les grands dcicrts profonds faidb trembler 
iufc]ues au fonds. Mais au temple cependant chacun 
à Dieu va rendant en lieu de trembler de peur gloire 
débouche , &dccueur. Ainfi ferons nous de tou- 
tes les œuurcs que Dieu fai6t par fes Anges foyent 
bons,oumauuais,ouparlesaftres , &: autres chofes 
naturelles,ou par les hommes:Car Dieu bcnil1:,& mul- 
tiplie fes grâces , faneurs, &: largelTes par les bons, &c 
fes fléaux par les mauuais: Et n'cllpas moins neceffai- 
re en la police de ce grâd mode,que Dieu difl:ribucpar 
faiuftice éternelle les peines aux mefchans , que les 
loyers aux bons , & par ainfî quand la Loy ciuile did:: 
iLi.y -^^^"^ j[^j^lfjyiQyi^j^yij;^yif;y^^o-icps artibtis elemcutd tnrbare/yitam 
injonthim lahefacrare^(^ manibus accitis audent 'vetuare^'vt 
quifaue fuos conficiat inimicosAl faut attribuer la puiflance 
a Dieu de tout cela, encores que cela foit fait par le 
miniftere des diables, ou autres efprits. Et faut croire 
qu'il n'efi: rien fait,foit par les Démons foit par les Sor- 
ciers, qui ne fe facepour vn iufte iugementdeDieu 
qui le permet , foit pour chaitier ceux qui le méritent 
t.NiillHm el ^oix. pout tenter, &: fortifier les bons. C'cft pourquoy 
w4/tt7»w«- Dieu parlant de fes vengeances. 'Il n'y a point, djtil, 
ToTflTrit d'afflidion ny decalamité,qui ne vienne de moy. Gr 
Vomtnhi. de toutes les allions que les Sorciers s'attribucnt,il n'y 
enagucrcsdeplasfignalee,que faire fou droyer,Ôc le- 



LIVRE SECOND. 114 

pcfter, ce que la Loy tient pour * tout refolu. Et de fait 1.11.4. Je 
auliurcdes cinqlncjuifiteurs,il eft did, que l'an mil ^'*''^''^''' 
quatre cens odante & huidljiladuint au Diocefede 
Confiance vn orage violent de Grcfles, foudres, &c 
tempefl:cs,qui gafta les fruicSts quatre lieues d'eftédue. 
Tous les payfansaccufoient lesSorcicrsron priftdeux 
femmes^lvue Anne de Mindelen, l'autre Agnes : eftât 
prefentees à la queftion après auoir dénié , en fin con- 
fellerent feparément qu'elles auoient elle aux champs 
en mcfmc iour auec vn peu d'caue,& l'vne ne fçachant | 
rien,de l'autre, auoient fait chacune vnefoiîe^&trour 1 
blé l'eau dedans la foUe fur le midy , auec quelques pa- 
roles qu'il n'e(lbcfoindefçauoir,inuocâtle diable, &: 
cela faitjfi toft qu'elles furet de retour en lamaifonjl'o- 
ragefuruint;clles furet bruflees viues.Nous dirons par 
cy après que les plus violents effedls des malins efprits 
font à mmuidl ou a midy. Il fe peut faire que le Dia- 
ble preuoyant la tempefte venir naturellement,, les in- ï 
cita pour le faire eramdrc, &:reuerer. Ce qui efl ordi- 
naire a Sathan prcuoyant la pelle,ou fterilité, ou mor- 
talité de bellail, faire croire aux Sorciers quec'cllpar 
fa puillance qu'ils font venir, ou chalfenr la pefte Se la 
temp«fl:e,&lafamine,commeà la vérité ilfe fait bien 
fouuent, mais non pas toujours. Lemefme Autheur 
cfcrit en vn autre procès ,. qu'il fift à vne Sorcière du^ 
pays de Confiance , que voyant tous les habitansde 
fbn village aux nopces,& le refîouirà danfcr,defpité: 
qu'on ne l'auait inuiteCjfc fîfl tr ahfporter par le diable 
en plein iour au veu des Bergers fur vne petite mon- 
taigne, quicfloit près du village , & n ayant poin^t 



DES SORCIERS 

d'eau pour mettre en la foffe , qu'elle auoic fai(n:eàfin 
d'exciter la tcmpefte, comme elle confcfla que ccftoit 
la mode, elle vrina, & mouuantl'vrine dedans la fo{^ 
fc jdill quelques paroles _, bien toft après le ciel ^ qui 
eftoitbeau, ôcferein, s'obfcurcit, &grc(laimpetueu- 
femcnt,&: feulement fur le village,&lur tous ceux qui 
danfoicnt;& puis la Sorcière s'en retourna au villaee. 
Lavoyant^oniugeaquec'eltoitclle , qui auoit fait la 
tem perte , &puis eftantprife, les Bergers depoferenc 
qu'ils l'auoicnc vcue tran{porter en l'air,ce qu elle con- 
feffa eftant accufee , & conuaincue , ôc fut bruflee tou- 
te viue.Et fait biéànoter^quelagreflenetouchapoinc 
les fruidts , qui eft au propos de ce qu'on lift in Form-> 
cario , qu vn Sorcier confeffa qu'il leur eftoit aifé de 
faire la tem perte , parle moyen d'vn fàcrifice au dia- 
ble(qu'iln'eftbefoind'cfcrire.)Maisil difoir, qu'ils ne 
pouuoient nuire par les tempeftes à leur volonté, ny 
garterlcs frui6ts, combien que les Sorcières , ouplu- 
iloft Sathan à leur requcfte, ôc Dieu le permettant, 
font quelquesfois périr les frui6ts,non pas tous,ny de 
toutes perfonnes , comme nous dirons tantoft qui 
n'eft poin6t chofc nouuelle : Car nous lifons aux 
douzes tables la loy expreffc, ^jûjruges excantajjit ,pœ~ 
nos dato. Encorcs la Loy défend d'attirer la fertilité des 
fruidis d'autruy en fa terre , comme il appert en cefte 
Loy j Mealienamjegetem pellcxeris incantando ^ Se en au- 
tre lieu rNeincantantOjNea^Hmdefraudanto. Et pour 
:■: cefte caufe Furnius fut accufé par Spurius Albinus, 
I lequel n'ayant preuue fuffifanre, pourquoy fcs fruidts 
*-cftoyent toufiouis plus beaux , fans comparaifon, 

que 



LIVRE SECOND. lij 

raifon que les autrcs(quiefl:oit peut eftre vneillu/îon) t 
il fîil venir les bœufs,charrcttes, & (eruiteurs en plein \ 
Sénat, difant qu'il nauoit point d'autres charmes, & I 
fut abfouSjCommeditTiteLiue.Mais nous lifons que 
Hoppo,& Stadlin,Ies plus grands Sorciers d'Allemai- 
gne fe vantoient de faire venir dVn champ en l'autre la 
tierce partie des fruicls , comme efcrit Spranger: Et 
îieâtmoins par tous les proces^il fe trouue^, que iamais 
Sorcier n'enrichir d'vn double de fon melHer, comme 
nous dirons tâtoft.Nous lifons auflî en Pontanus vnc 
hiftoire mémorable au li. 5 .que les François fe voyans 
afficgésdes Efpagnols en la ville de Sucffe^au royau- 
me de Naples , lors que tout brufloic de fcchcrefle , & 
de chaleur, & que les Frâçois eftoient réduits à l'extré- 
mité par faute d'eau douce^il fe trouua là plufieurs Prc 
ftres Sorciers , qui trainerent le Crucifix par les rues la 
nuiéb, luydifant mille iniures&:blafphemes,&leict- 
terentenlamer , puis ils baillèrent vne hoflieconfa- 
crceàvn Afne qu'ils enterrèrent tout vif fous la porte 
deTEgliie, & après quelques charmes , & blafphc- 
mesdeteftablcs, qu'il n'eftbefbindefçauoitjiltomba» t 
vne pluye fi violente , qu il fembloit vn vray déluge: 
par ce moyen l'Efpagnol quitta le fiege: lors on did:, 
Flc6lcrefi nequeofiipcros yAcheronta monebo.Ccdc couftu- 
mede traincrics crucifix & images en la riuiere pour -^ 
auoir la pluye fe pratique encorcs enGa(cognc,ce que ^ 
i'ay vcu faire à Thouloufe en plein iour par les petits 
cnfansdeuant tout lepeuple,qui appellent cela la tire- 
malle : & fe trouua quelqu'vn qui ietta plufieurs ima- 
ges dedâs le puis du SalinJ'an 15 57. lors la pluye toba 

II 



DES SOPvCIERS 
cnabondancc,c]uieftvncljgnaleemcfchanGeté qu'on 
pafleparfouffrance, 6: vncdodhrine de quelques Sor- 
ciers dcce payslà, qui onr cnlcignccefte impiété au 
pauurc peuple en chatant quelques chanfons , comme 
fircntlcs preftres de Sucfle au Royaume de Napleslly 
cnaencores vneaurre vficce,&r ordmairecn laville de 
Pampelonne^au Royaume de Nauarre,quand on vcuê 
auoir de la pluye, on prend l'image (aind: Pierrc,qu'on 
porte fur le bord de la riuierc^auec Cantiques ôc louan- 
ges:puis on parle à l'image iainct Pierre, difant, ayde 
nous en cefte ncccffiié^ô.: demande à Dieu de la pluyc, 
cela ce dit deux ou ou trois fois , ^ voyant que l'image 
ne refpond rien, ils crient tout haut en diianr qu'on le 
noyé s'il n'obtient la pluye. Alors les plus riches difent, 
non non,il n'en fera pas ainfi:car il nous fera auoir de 
la pluyc^commc vn bon pafteur. Et pour fcureté il s'en 
trouue qui le cautionnent, qui ni faudra pas , &: iamais 
il ne trompe l'efperance qu on a de kiy^dcdâs 24. hcu- 
res.-ainfiqu'efcrit Martin d'Arles dodleuren Théolo- 
gie au hure des fuperllitions qu'il blafme a bône & iu- 
dlc caufe. Et ordinairement les Sorciers de ce pays là, 
infpirez du diable font ces mefchâcetez quand ils voy- 
ant que les clemens font difpo(ez à la pluye. QLiant au 
beftail, ordmairement les Sorcières le font mourir m 
mettant fous le fueil de la porte quelques pouldrcs , no 
pas que ceioit la force des poudres , qui fcroicnr plu- 
ftofl; mourir les Sorcières , qui les portent iur ellcSjque 
non pas les animaux qui paflent par deffus. loinél aufG 
que les Sorcières les cachent toujours vn pied fous ter- 
re , mais il n'y à rien que Sathan , qui en foie mhd- 



I 



LIVRE SECOND Hg 

flre: leme fuis laifle dire, qu'il mourut en vnc berge- 
rie de Bcrry trois cens belles blanches en vn moment 
par ce moyen. Et non feulement Sathan exerce la 
puiflance que Dieu luy donne es tempeftes , grefles , 
& foudres, & fur les frui6ts & animaux , ams aufîî 
fur les hommes , & principalement furies mefchans. 
l'ay didl cy deifus que les Sorciers , qui furent bru- 
flez à Poidliers l'an mil cinq cens foixantc & quatre, 
confeflcrent qu'aux aflemblees , où ilsfc trouuoycnt 
la nui6b pour adorer le Diable , en figure de Bouc, 
pour laconclufion le Bouc en voix terrible difoit , 
Vengez vous ou vous mourrez. Auili confefferent 
ils auoir faid mourir pluficurs beftes , 6c hommes, & 
difoient pour excufe qu'il n'y auoit autre moyen de 
fàuuer leur vie : car le propre naturel de Sathan c'cft 
deftruire , perdre ^ & ruiner , comme didt Dieu en 
lefaie \ ^ l'ay fai6t &: formé Sathan pour ruiner , g^'^.chap.^^ 
ftcrôc deftruirc: Ce que toutes-fois il ne permet que 
pour l'exécution de fa iufticc. Or le plus mcfchant 
meurtre entre les animaux c'elî: de l'homme, &r entre 
les hommes d'vn enfant innocent , de le plus aggreablc 
à Sathan, commeceluy que nousauonsdiddcs Sor- 
cières, qui rcçoiucnt les enfans, & les offrent au dia- 
ble , & foudain les font mourir, auparauant qu'on les 
aitprefentezàDieu, faifant croire aux Sorcières , que 
il y à quelque partie des petits enfàns , ( qu il n eft 
befoing d'élire nommée ) par le.moycn de laquelle 
partie les Sorcières penfcnr faire grandes chofes. 
Et pour monftrer l'impoll'ire impudente , du Dia- 
ble, Nider efcript qu'il a fai£l le procez à vn nommé 

li .j 



DES SORCIERS 

Scadlin au diocefc de LaufannCjt^ui confefla auoir tué 
feptenfans au ventre de la mère : ôc qu'il auoit faid: 
auorter aufli tout le bcftail de cefle maifon là: & inter- 
rogé par quel moyen , il dill qu'il auoit enterré certai- 
ne bcfle,qui n'cll bcfoin de nommcr,fous lefueil de la 
porrerlaquellefutoilcej&rauorteraentcefl'a en toute 
la maifon. Nous dirons par cy apres,s'il eiï licite d'vfcr 
de tels rcmcdesrmaisil fuffira pour le prclent monftrer 
que ccn'eftoitpasla bcj(l;c,qui fut trouuce pourrie: at- 
tendu que les autres ne mettent que certaines poudres 
queSathan leur baille. loindlauffiqucplufieursSor- 
'ciers fe ferment de crapaux^qui ed: vne belle venimeu- 
fe,mais elle ne peut faire auorter ny mourir de fa pou- 
dre en la touchât tout pied nud^ou auecles mains:ains 
le diable met en l'efprit des hommes ces mcfchantcs 
opinions pour faire feruir Thommeaux plus falcs & 
ordes bcftes. Car il eft tout vulgaire que les Sorcières. 
I font ordinairement trouuces faifies des crapaux^qu'el- 
les nourrirent Se accouftrct de hurees.Et les appelléc 
au pays de Valoys les Mirmilots. Nous liions en l'hi- 
floire de Monllrelet qu'il y eut vne Sorcière de Com- 
pieigne^qui fuctrouuecfaifiededeux crapaux bapti- 
zez parvnpreftre, dont elle vfoit en ces Sorceleries: 
qui fembleroit ridicule ^ fi on ne voyoit tous les 
jours l'expérience de chofe femblable.Et de faid^ après 
que maiilre lean Martin:Lieutenant de la Preuofté de 
Laon,eut condamné la Sorcière de Sain6te Preuue à e- 
i^ ftre bruflce toute viue,en la faifant defpouiller, on luy 
I trouuadeux gros crapaux en fes pochettes. Et pendant 
que icfcriuois celle hifioirc oa m'aducrtift qu'vne. 



LIVRE SECOND. 117 

femme enfanta d vn crapauc, près de la ville de Laon : 
Dcquoy la fage femme eftonnee , ôc celles qui ailîile- 
rent à renfantemcnt.depoferent, & fut apporté le cra- 
paut au logis duPreuolh que plufieurs ont vcu diffé- 
rent des autres. L'hiftoircdeFroifrart tefmoigneauflî 
quily eutvnCuré àSoiffons, qui pour fevanger de 
foQ ennemy^s'adreila à vne Sorcière , qui luy dift qu'il 
falloir baptizervncrapaut, & le nommer, & puis luy 
faire manger l'hoftie confacree^ ce qu'il fift, ainfi qu'il 
conf:::{fi , ôc autres chofes qu'il n'eftbefoin d'efcrire. 
Depuis il fut bruflé tout vif Les cinq Inquifiteursdes 
Sorciers recitent aufll qu'^entre autres, ils ont faidle 
procczà vneSorciere,qui cofeflà auoirreceu riioftie 
Gonficree en Ton mouchoir, au lieu de l'aualler, &la 
mi/l dedans vn pot , oiî elle nourrifTôit vn crapaut , & 
mit le tout auec d'autres poudres, que le Diable luy 
bailla pour mettre foubs l'efîueil d'vne bergerie,en di- 
fant quelques paroles,qu'il n'eft bcfoin d'efcrire, pour 
faire mourir le beftail. Et fut furpAn{e,conuaincuc,& 
brLîflee toute viue. Or la rufe de Sathan n'efl pas feule- 
ment d'efblouir lesyeux, ôc ofteraux hommes la con- 
gnoiflance d'vn vray Dieu , ains auili arracher de l'ef- 
prit humain toute rehgion , toute confciencc, &mef 
mes ce que chacun croit eftre le vray Dieu, pour fe fai- 
re reuercr foy-mefmes , ou pour le moins faire adorer 
aux hommes ce qu'ils fçauét n'eftre pas Dieu,& fe fier 
aux creatures,les reuerer, & attendre guarifon ou falut 
d'icelles,&: mefmcs les pkis ordes créatures. Mais pour 
moftrcr de plus en plus,que les crapaux^ny les hoftics, 
ayîes poudres diaboUq^ues nefôt mourir les animaux^. 

li iïj 



DES s O RCIERS 

Il eft tout notoire , que tous les plus grandes Sorcières 
font quel quesfois mourir en fou filant au vifage, com- 
me Dancau a bien remarque en fon petit Dialogue: 

I mais ie n'approuue pas que c'eft par le moyen des poi- 
fons qu'elles ont en la bouche, comme dit Dancau. 
Car les Sorcières en mourroient les premières , qui eil: 
vn argument auquel ie ne voy point de refponfejôc 
qui peut feruir contre vn certain perfonnage Italien, 
qu'on didtauoireflé des plus grands cmpoifonneurs 
dcfonaage, cequeienc puis croire, quoy qu'on die, 
qu'il a fourny des grands parfums àplufieursperfon- 
nes, quimouroient après lesauoirfentis,car il feufl: 
mort tout le premier, veu qu'il faifoit les fentcurs, 
fi le Diable neufl: tué ceux qu'il auoit chargé par vnc 
iufte permiffiondiuine, de tuer par le moyen de ce 
Sorcicr^quon appclloit Empoilbnneur, duquel Dieu 
a exterminé la race bien tofl après fi mort par fuppli- 
CQS publiques. Et mefmes au procès des Sorcières 
foubs Valéry en Saiioye, imprimé, il fc trouue qu'en 
iettant de la poudre fur les plantes,loudain elles mou- 
roient. Et au mefmeprocés imprimé au liure de Da- 
neau l'an M. D. I XXIX. vne icune Sorcière qui auoit 
efté feduitc par fa merCjConftffa que fon perejSorcier, 
luy auoit baillé d'vne racine jaquelle elle mettoit en fa 
bouche, &fouffloit contre celuy qu'elle vouloit faire 
mourir, ôc mouroit foudain : en quoy il .ppert que ce 
n'cftoit pas la racine qui ne fur onc de telle puiflance, 
ains le Diable: car la Sorcière fuft fans c6paraifon,plus 
toftmorte: c'eft pourquoy ie ne puis eftre de l'aduis de 

f loubcrt Médecin qui efcrit qu'il y a des poilos fi fubd- 



LIVRE SECOND. ng 

les , qu'en frottant l'eftrier , celuy qui monte à chcual, 
en meurt Car il faudroit premièrement que ceux qui 
compofentles poifons fifubtiles en mouruffentj & 
ceux qui tiennent l'eftrier , ou qui approchent du che- 
ual mefmes. D'auancage on void que le beftail paflant 
fur l'effuei! de quelques poudres ouferpcns,que les 
Sorciers y entcrrcnt,meurent.Ce n'cft donc par la poi- 
fon,ny les os , ny les poudres enterrées qui font mou- 
rir:mâis Sathâ à la prière des Soreieres,par la iufte pcr- 
miifion de Dieu. Et pour le monftrcr cncores mieux , 
i'ay vn procès qui m'a eftc enuoyé par le fieur de Pipe- 
mont, vertueux Gentil-homme, faidt contre Barbe 
Doré, qui a cfté condamnée d'cftrebrufleepar Arrcft 
du Parlement Tonziefmeîanuicr M. D.LXX VII. con- 
firmatif de la fentence du Bailly fain<5lChriftophle, 
lezSenUs-.apresauoirconfefTé qu'elle auoit fai6l mou- 
rir trois hommes, en iettantvn peu de poudre en vn 
papier,au lieu où ils deuoienr pafler, en difànt au nom 
-de Dieu , &c de tous les Diables^ ôcc. le ne mettray pas 
les autres paroles. Chacun fçait que le venïn,quel qu'il 
foir,ne peut nuoir tel cifed:, beaucoup moins, la pou- 
dre feichc. Aufîi la fentence de condamnation porte, 
que c'eft pour Icsfortilcgesdontelîcavfé. On void 
auffi le blafphcme exécrable deconioindreDieuauec 
fes créatures en telle prière, &dift aullî, quand elle 
vouloir garder les autres d'eftre touchez du fort, que- 
elle difoit au nom du Pcre, 3c du Fils , & fiind Efprir , 
quand tu pa(Teras pirla, quetu ne preigne mal. Or 
pour monlher la dilFcrence qu'il y-a entre les mala- 
dies naturelles 3 & celles qui viennent par fortilcges,. 



DES SORC lERS 

onvoidfouuenc ceux qui fonrcnforccicz mourir en 
langueur:& quclquesfois iettcr des ferrcmcs, du p oil, 
des drapeauXjdu verre rompu.LAnglois Médecin des 
Princes Palatins, cfcricque l'an mil cinq cens trente- 
neuf, il yauoit àVlrichvn nome Nefleirer laboureur 
«nforcelé^auquel on tira de defious la peau vn clou de 
fcTjSc fcntoit de fi grandes douleurs aux inteilins,c]u'il 
fecouppa la gorge par defefjpoir. On l'ouurit deuant 
tous ceux d'VlricIîj& on trouua vn bafto, quatre cou- 
teaux d'acier,& deux fcrrcmcs, &vnepelottedcche- 
ueux. Et qui plus eft, Nider qui a faid les procez à vn 
nombre infiny de Sorcières, dit auoir veu vne Sorciè- 
re, laquelle d'vn fcul mot faifoitfoudain mourir les 
perfonncs, Vne autre qui fift tourner le menton de fa 
voifinc deffus deffoubsichofe hideufc à voir. Il ne faut 
pas donc trouuer eftrâge , fi Pamphile Sorcière Thef- 
falicnne fift enfler le ventre d'vne fcmmc,comme fi el- 
le euft deu accoucher de trois enfans,& porta huit ans 
ce fardeau. Telle eftoit la Sorcière Martine qui tua 
Germanicus,non pas d'vnc poifon,comme diâ: Taci- 
te, ou d'vn oeuf de coq , que le mcfme Autheur di6l a- 
uoir elle en grande eftime entre les Gaulois, pour les 
vertus qu'ils luy donnoient:Mais d'vne puiflance Dia- 
bolique, comme fift vne certaine Sorcière au Diocefe 
de Conftance,laquel}c en foufflant,rendit vn homme 
ladre par tout le corps, & qui en mourut toft après. 
Sprangcr ôc les autres Inquifiteurs la firent brufler tou- 
te viue: Se qui plus eft, Spranger récite qu'il a fait bruf- 
ler vne autre Sorcière aux cofins deBafle,&d'Alfatie, 
laqlle c o feiTa auoir eft é iniuriee d'vn bon laboureur : 

&pource 



LIVRE SECOND. 119 

6c pource cftant dcfpité^le Diable luy demanda ce 
quelle vouloit quil fiftà celuy qui l'auoit iniuriec: 
Elle fift refponCe.quc elle voudroic qu'il euft toufiours 
la face enflee.Toft après le laboureur fut frappé dVnc 
ladrerie incurable, Ôc confefla au luge, qu'elle ne pen- 
foie pas que le Diable le deufl: rendre ladre, qui efl: 
bien pour monftrer que ce n'eft pas parle moyen des 
poudres, mais par le moyen du Diable qui fai6ttouc 
cela j faccommodant au vouloir de ceux qui l'em- 
ploient, comme fî quelquVn faifoit tuer fon cnncmy 
par fon compagnon : mais Sathan veut que fes ferui- 
tcurs le prient de ce faire > ôc qu'ils mettent la main à 
l'œuure, qu'ils touchent la perfonnc, quils ayent de 
fon poil ou de fes ongles , ou qu'on prenne de luy * 
certaines poudres pour enfermer es os d'vn homme, 
&lcs mettre foubs les voûtes , ou bien aux quarte- 
fours. Mais fans la pa6lion auec Sathan, quand vn % 
homme auroit toutes les poudres , caradcres , &z pa- ^ 
rollcs de Sorciercs,il ne fçauroit faire mourir ny hom- f\ 
me ny befte. Et iaçoit que le Diable puifTe faire mou- 
rir les animaux par la permifïion diuine,fi eft ce qu'en 
F matière de Sorciers,il veut qu'ils preftcnt leur confen- 
tement, & qu'ils mettent la main à l'œuure. Soit pour ^ 
exemple ce que didt Spranger, qu'ilàfaidl Icprocez à 
vne Sorciere,c]ui auoit faid: mourir vingt & trois che- 
iiaux à vn marchand de Rauenfpurg: elle did: qu'elle 
n'auoit faid autre chofe que vnc fofle, dedans laquel- 
le le Diable auoit mis quelques poudres foubs l'effueil 
de la porte ; qui eftoit mettre la main à l'Œuurc: com- 
me en cas pareil ceux qui font les imap-cs de cire de 

Kk 



DES SORCIERS 

leurs ennemis, <5c qui les picquenc, <Sc peignent feftâc 
premièrement vouez à Sathan, & renoncé à Dieu, & 
faidt les horribles lacrjfices qu'ils ont de coullume: 
par ce moyen font mourir leurs ennemis, fi Dieu le 
I permcâ: : ce qu'il ne fai6l pas iouùcnt : car de cent 
I peut eftrc, qu'il n'y en aura pas deux offenfez, comme 
il feft cogneu par les confeflions des Sorciers,toutes- 
foisccn'eft autre chofe cju'vn homicide exécuté par 
le Diable , & par les prières du Sorcier : comme nous 
lifons que le procez d'Enguerrand de Marigny fut en 
partie fondé fur ce poinà: , &vn autre du temps du 
Roy François i. en la ville d'Alençon,qui fut bien 
nueré , ôz qui eft au loing recité aux comptes de la 
Roy ne de Nauarre : non pas pour compte , mais pour 
vrayc hiftoire, & Icspourfuites qui en furent faides. 
Et l'an M. D. Lxxiiii. au procez imprimé^ qui fut fait 
à vn certain Gentil-homme, qui fut décapité à Paris, 
il fut trouué faify d'vn image de cire ayant la tefte de 
le cueur percé auec d'autre charadleres, qui fut peut 
cftrc IVne des principalles caufes de fa mort. Par ce 
que ceux qui le firent prendre auoicnt des Sorciers 
qui faccufoient les vns les autres, & fçauoient du Dia- 
ble toutes les mefchancetcz qui en auertirent ceux à 
qui cela touchoit.Et de plus fraiche mémoire au mois 
de Septembre dernier, mil cinq cens icptantehuidl, 
J'Ambafladeur d'Angleterre,& pluficurs François dô- 
nerenc aduis en France , au'on auoit retrouué trois 
images de cire, ou le nom delà Royne d'Angleterre 
&c d autres eftoient efcrits, dedans vn fumier^ ôc diCoit 
on que le Curé d'vn village qui fappeUe Iflinkton 



LIVRE SECOND. 1,0 

àdemicIieuëdeLondrclcsauoit failles. Toutesfois 
le procez n'eftoic pas encorcs inflruidi^ny le faid aue- 
ré quand les nouuelles font venues en France:Mais de 
toutes les hiftoires touchant le difcourSjil n'y en à 
poin6tdcplus mémorable que celle que nous lifons 
enrhiftou-e d'Efcoffe deDuffus^Roy dEfcoffe^au-^-^''^'-^^'^"- 
quel aduintvne maladie qu'il ne pouuoit dormit la 
nui6t, iaçoit qu'il beuft &r mangeaft fort bien, & que 
de fa pcrfonne il fuft allègre &c difpos,ncâtmoins fans 
autre douleur il fcichoir. Se toute la nuidl fondoic en 
fueur. En fin il furuint vn bruit que les Moraues, i en- 
tés ceux dEfcoiîc alors ennemis desEfcoifîois, Se qui 
fontjlong téps a,vnis à la couronne d'Efcoffe^aucienc 
des Sorcières à gages pour faire mourir le Roy d'Ei- 
coiîe.On enuoie Ambafladeurs en Morauie au bourg 
de Fortes, ou les Sorcières rotiflbicnt vne image de ci- 
re portant le no du Roy, & vcrfant dellus vne liqueur: 
dequoy Douenald Preuofl: du lieu, aduerty par les 
Ambaffadeurs, les furprint fur le faidb, & après auoir 
confeflé, elles furent bruflees toutes vifues,d: au mef- 
nie inftant le Roy d'Efcoile recouura fanrc.Car le iour 
fut remarqué, & femblc auc Mcleager fut bruflé en 
celle forte peu à peu , lors q la Sorcière Althea faifoit 
bruflcrlafbuchcfatallc. Cari! fembicroir queccfufl: 
vn fongc, fi telles images n'auoiet auffi eflé pratiquées 
de toute ancienneté. Mais 'Platon en l'onzicfme liure^- ^'^•^^- '^^ 
des Loix, confirme ce difcours des imao-es de cire nue '^* 
font les Sorcières, & ne faut felLahir cornent cela fut 
fçeu.Car les Sorciers en leurs afiemblces rendent con- 
te de toutes leurs adtions qu'ils font, corne i'ay vérifié 

Kk ij 



DES SORCIERS 

cy defTiis &: de tout ce qui a cfté fai6t en quelque lieu 
de la terre que ce foit, comme il fut defcouuert en 
Orléans en laflemblce des Sorciers de Clcry. Nous 
lifons en cas pareil en Spranger, qu'il y auoit vn Sor- 
cier qu'on appelloit Punber,au villagcde Lendcm- 
bourg en AllcmaigrCj auquel Sathan auoit apris de 
tirer à coups de traiâ: le Crucifix au iour du grand 
Vcndredyj&r que par ce moyen &: de quelques pa- 
rolles qu'il ne faut fçauoir^il pouuoit tirant en l'air, 
tuer tous les iours trois hommes les ayant veuz &: co - 
gncuz, auec vn ferme &: arrefté propos de les faire 
mourir, cncorcs qu'ils feuflcnt enfermez en la plus 
^rand forterclîe du monde. En fin les païfans du vil- 
lage le démembrèrent en pièces fans forme ne figure, 
dcprocez après auoir commis par luyplufieurs ho- 
micides : c'eftoit l'an mil quatre cens vingt, lors que 
les Allemans f agenouilloicnt encores deuant le cru- 
cifix. Car il n'y à guercs moins d'impiété , d'ofFcncer 
ce que onpenfc eftre Dieu, que d'ofFencer Dieu:d'au- 
tant que cela ce fai6t en defpit de Dieu, qui regarde le 
cœur & l'intention, qui efl: le fondement de toutes 
actions bonnes ô.rmauuaifes, comme di61: Thomas 
d'Aquin. On fçait aflez , que à parler proprement, 
Dieu ne peut cfcre oiFcncé : & tout ainfi que ceux qui 
crachent contre le ciel, ne fouillent poinâ: le ciehains 
l'ordure tombe fur eux : auffi l'offence qu'on penfe 
faire à Dieu ^ tombe fur la tefte de celuy qui là fai6]:, 
comme did Hcliu, parlant à lob, Fay ce que tu vou- 
dras bien où mal tu ne fay rien qui puifTe nuiie ou fer- 
uir à Dieu ains le tout retombe fur toy. C'cfc pour- 



LIVRE SECOND. 151 

quoy tels Sorciers^qu on appelloit Archers,nc fe trou- 
ucnc plus en Allemaigne , depuis^ que ceux qui les ti- 
rent ne croyent pas que le crucifix foit Dieu, ou qu'il 
ayt quelque diuinité en luy pour l'adorer, ceft à dire 
f encliner deuant luy : comme ils faifoient au para- 
uant que la religion cuft changé. On peut auffi douter 
pourquoy les Sorciers de noftre temps ne pcuuenc 
faire les tours de pafTe pafîe, & les faids eftranges que 
faifoit vn Simon le Magicien , vn Appollonius de 
Tliyane , vne Circe , vue Medce &c autres Sorciers il- 
luftres. Il me fcmble qu'il y a double raifon -. la pre- 
mière que i'ay Icu par vn proccz de Senlis, que cela fe 
faicSl fclon le marché qu'on a auec Sarhan , éc à qui le 
feruira mieux, Se qui fera plus d'eilranges mefchance- 
tez : l'autre que Dieu ne donne pas telle puiflance à 
Sathan fur les peuples qui lecognoiffent^que fur les 
payans.Nous auons didl au premier liure des moyens 
diuins, naturels, &: humains de preuoir & preucnir 
les chofes futures, &: qui font permis Se licites : Au 
fécond liure nous auons traiclé des moyens illicites 3c 
deffendus parlaLoy de Dieu : difons maintenant les 
moyens licites d'obuier aux Sorceleries , ôc d'y remé- 
dier quand le mal eft cogneu. 

Kk iij 







^o ù O^^Jî^'' 



LES MOYENS LICITES D'OB- 

VIER AVX SORCELERiES. 



LIFKE TKOISIESME, 

Des moyens licites jsour obmer aux Sorceleries. 



Chapitre Premier. 




E s Hiftoires nous apprennent que 
les Sorcelleries ne font pas nouuelles 
maladies, ains au contraire qu'il y en 
auoit anciennement cent pour vn,en- 
cores qu'il y en ayt beaucoup à prc- 
fent. Car nous voyons en la Loy de 
Dieu j qui eft publiée, il y a enuiron trois mille cent 
cinquante ans, que la Chaldcc , l'Egypte , la Palcftine 
en eltoient infc6l:ees, & par les plus anciennes hiftoi- 
res on void que le pays de l'Alîe Mineur, la Grèce, 
l'Italie , qui n eftoicnt cncores qu'à dcmy peuplez , 
eftoientja remplis decefte vermine. Nous voyons 
les defences & peines rigoureufes ordonnées par la 
loy de Dieu contre les Sorciers, & les meichancetez 
exécrables, pour lefquelles la fureur de Dieu f embra- 
za, pour extirper de la terre les Canancans : non pas 
pour les idolâtries, ou autres péchez qui eftoient a- 
lors communs à tous les autres peuples : mais il eft ex- 



LIVRE SECOND. iji 

preflement * did: que ce fuft pour les Sor ccleries ab- 2. veuter.iZ. 
hominables dont ils vfoient. Nous voyons au para- 
uant de depuis la guerre de Troye qui fut enuiron 
deux cens ans après la publication de la Loy de Dieu 
les Sorcelleries cruelles de Medee,les trasformations 
de Circe, de Prothec, & les Necromanties Tliciîalien- 
ncs : 5c qui plus eft nous lifons en l'iiiftoire de Tire 
Liue, Dionyf. HalicarnafTeus, &: dePlutarque^que 
Romule fut tranfporté en vn tourbillon de tenipefte 
ôc plufieurs autres que nous auons remarquez cy det- 
fus. Et ce qui eft plus eftrange, ceux qui cftoient par 
les Dcmons rauis en efprit , comme nous auons did:, 
ou emportez en efprit, & en corps, & ceux que le Dia- 
ble tenoit affiegez , ou qui parloicnt en eux , eftoienc 
par le menu peuple rcputezDiuins. On voit comme 
Hipocrateau liure de Morbojacro, abhomineles Sor- 
ciers. On voit que Platon entre les Payens en à faidt 
vne trcibelleLoy en l'onziefme liure des Loix,oii il 
veut que les Sorciers qui par charmes, parolles, & li- 
gatures j par images de cire enchantent ôc charmeur, 
ou qui font mourir les hommes ou le bc(lail,ioyent 
mis à mort. Depuis lequel temps tous les Philofophes 
d'vn confentement ont condané la Magie, &: fait bru 
lier les liures, comme on peut voir en la Loy Coterie fa- ( 
milU hercifcundiC. fF. LimbliquejPorphyrejProclc, Aca- 
démiciens, quoy qu'ils fudent accufcz & tenuz pour 
Sorciers, <5c les autres Philofophes Payens faccordcnt 
qu il faut fuïr les Sorciers & malins efpritSjComc nous 
au6sdit:en forte que les Sorcelleries & Sorciers furent 
déferiez , <5c furent pourfuiuis parlufiiccfoubs l'Ern" 



DES SORCIERS 

pire des Perfcs, des Grecs & des Romains , &: mefmc- 
ment en Athènes les Sorciers eftoienc mis à mort fans 
pitié, comme nous lifons en Demofthene que à la dé- 
lation d'vne chambrière, Lemnia Sorcière fut exécu- 
tée à mort. Et fur tout les Romains les ont cuenhor- 
- reur mefmcment foubs l'Empu'e de Tibère , comme 
f nous lifons en Tacite, & cncores plus viucmcnt fouz 
Domirian l'Empereur, qui en lift recherche diligcm- 
[' /"^t^^ ment, & puis fouzDiocletian ' : mais bien plus rigou- 
reuiement quand les Empereurs rcccurcnt la Foy 
Chreftienne Alors les templez& oracles furent rafcz, 
les lacrificcs des Payens , 6c toute lafciencc Arufpi- 
cienne ôc Au^rurale déclarée illicite , auec deflcnccs 
t.lnemo^. j'^j^ ^ç^^ ç^^ peine de la vie aux * Aurufpices, &: d'eftre 
c. conhnezaceuxqui demanderoicnt conlcil aux Au- 

gures & Arufpices, qui n'eftoient pas entre les Chre- 
IHens reputez fi mefchans à beaucoup près que les 
Sorciers, qu'on difoit Maléfiques , qui furent alors 
^.l.nemo ^~ condamncz d'eftre ^ bruflcz toufs vifs , èc depuis aufli 
rifj}ex,eo •'^- l^s Atufpices furent condamnez à mefme peine, & Ics 
4. /. w«//i, autres expofez aux beftes.^ Ainfi void-on que après 
^'^" la publication de la loy de Dieu &: de la Religion 

Chrçll:ienne, non feulement on commença d'auoir 
en horreur ce qu'on auoit adorée ains auffi au parauat 
la publication de la loy de Dieu les Payens mefmes 
auoient en horreur les Sorceleries ôc diuinations : car 
^•^'^/V^T Vlpian^ quoy qu'il fuft Pavcn drennemy capital des 
ft qiiis ^y?ro/.Chrelticns, & qui a compoie lept hures delà puni- 
de imiinis. i[q^ ^qs Chtcftiens : Neantmoins il auoit en horreur 
la Sorcellerie & toute diuination, qu'ils appellent illi- 
cite. 



LIVRE TROISIESME. isJ 

cite, quand il die que le Deuin qui aura dit de quelcun 
qu'il a defrobé lachofe perdue, il ne fera pas quitte 
pour vne adlion d'iniure^mais il fera puny felo les Or- 
donnances qui lors eftoient ja fai6tcs contre lesDi- 
uins. Etjaçoit qu'ily eut vne Sorcière nommée Mar- 
the du temps de Marius , qui promcttoit vidloire fur 
les ennemis par les moyens qu'elle difoit fçauoir:fi cft 
ce que le Sénat ne voulut pas qu'elle fut employée en 
vn telcasjcomme nous liions en Dion. Et les Perfes 
qui eftoient plus infedez de celle vermine^cn fin vfe- 
rent contre les Sorciers des fupplices les plus cruels, 
rompans la teftc des Sorciers entre deux pierrcs^com- 
me di6l Plutarque. Mais la publication de la Loy Di- 
uine à bien fort diminué la puifTance de Sathan, & les 
peuples qui ont longuement demeuré, ou qui font 
cncores Payans, ont aufli fort long temps e{lé,& font 
encores fort trauaillez des malings Efprits iour ÔC 
nui6t, comme au pays de Noruegue, FinflandiejPila- 
pie &c autres régions Septentrionales, ôc aux Ifles Oc- 
cidentales, comme on peut voir en l'hiftoire d'Olaus 
le grand ôc en Thiftoire des Indes, mcfmemcnt au païs 
du Brezil ôc autres pays circonuoifins, oii ils facrifient 
encores, 6^ mangent les liommes. C'eftchofe eftran- 
gc, di6b Ihirtoire, comme ils font tourmentez en tou- 
tes fortes des malings efprits &: n'ont trouué moyen 
de les appaifcr que en enterrant les morts foubs latrc 
de la maifon. Et auparauât que Charles le Grand euft 
oftéd'Allemaignele Paganifme , elle cftoir remplie 
de Sorciers , comme on peut voir aux Loix Saliques, 
ôc aux chapitre:^ de Charlcmaigne , &: aux Commen- 

Ll 



DES SO RCIERS 

taires de C^efar. Et qui voudra diligemment confide- 
rer le chapitre quarante & vniefme de lob, Se difcuter 
les allégories des proprietezde Behemoth, &: dcLe- 
uiathan, que tous interprètent les ennemis du genre 
humain, du corps ôc de lame, il pourra defcouurir de 
beaux fecrets touchât la propriété des efprits malings. 
Il efl dit que la force de Behemoth eft en fes reins, en 
fon ventre, &: en fa queue : qui fignific la cupidité ôc 
partie beftialcjqui pour cefte caufe fappelle Behemir. 
Et comme les anciens Hebrieux difoient que Sathan 
a la puifîance des voluptez beflialcs.Puis il eft diâ: que 
Dieu qu'il a fai6t, le frappe de fon couftcau, qui eft (a 
Parolle : ôc qu'il eft veautré entre les marefcagcs , qui 
fignifie les vices ôc immondicitez,aufquellcs Sathan 
fc dclecSte. Puis il eft di6l que les montaigncs , qui fî- 
gnifienten l'Efcriture j les Princes arrogans ôc hom- 
mes fuperbes luy donnent pafture.Et à vray dire,c'eft 
le plus ordinaire gibbier de Sathan : Et n'y à rien plus 
ordinaire en la Court des mefchans Princes que les 
troupeaux de Sorciers ôc de Sorcières. Car c'eft,dit Sa- 
lomon,au Palais des Roys que les arraignes tendent 
leurs fillets. Par les arraignes beftcs tref- venimeufes,il 
entend les Diables. Il eft di6t aufli qu'il f efgaye foubs 
les arbres feuilleus,&: aux faufaycs. Or en l'Efcriturc 
les arbres feuillcus fîgnifient les hipocrices, qui n'ont 
rien que la mine : ôc les faufiyes qui ne portent aucun 
fruidl.Et toutcsfoisil eft did: qu'il a laveuë hebetee, 
pour monftrcr que la Prophétie véritable n'eft poin6l 
es oracles de Sathan : c'eft pourquoy le Prophète Bale- 
ham benilTant le peuple de Dieu difoit, O peuple heu- 



LIVP.E TROISIESME. 134 

feux qui n'as poin6b de Sorciers , ny d'enchanteurs, 

F mais à qui Dieu reucle les choies fecretes par vifions 
quand il efl befoin, Se fans y failUr. D auantage il eft 
didl, qu'on peut boucler aifement par le nez celle be- 
fie, pour monftrer qu'il ne taut pas craindre Sathan. 
EtdeLeuiathan^qui ne fe contente pas des corps, ains 
attente aux âmes : Il eft di6l : Feras tu traidé auec luy 
pour t'en feruir toufiours?C'eft pour ceux qui penfent 
auoir les cfprits familiers en leur puiflance comme ef- 
claues. Quant à ce qui efl: di£t que Sathan chercKe les 
Princes fupcrbcs Se hommes hautains,celà f efl: veu,&: 
voit encores que les Princes qui ont laiflc Dieu/e laiC 
fent captiuer miferablement à Sathan par le moyen 
des Sorciers: Se fen trouue beaucoup qu'il a pipez, 
fçachant bien que le peuple eft tel que le Prince. Et fî 
le Prince eft Sorcier, les mignons & courtifans , puis 
tout le peuplcy eft attiré, &par confequcntà toutes 
impietez. Suétone di6t que Néron fut cinq ans bons 
Prince. Et de faitTrajan difoit qu'il ne trouuoit point 
fbn pareil es cinq premiers ans; mais depuis qu'il (c 
fut addonné aux Sorcelcrics, did le mefmc Autheur, 
iamais il n'y eut Sorcier qui en fuft plus diffamé, & fa 
vie aufTi fut la plus deteftablc,& fa fin la plus miferable 
que de Prince de fon aage. Car Pline faifant récit de 
plufieurs Sorceleries, Se de la vertu qu'on leur donne 
■ il di6t, Qu^ omnid atate noflra Princcps Nero varia falfa- 

^ que comperiit : primàm imperare diis concupiuit. Ncrno vn- | 
quam vlli anium v alidm fauit.V uis après il à\(kjmmen- 
Jkm ^ indiibitatum exemplum efifalpc artis mam dereli- 
cjuit JVerOj Se peu après : Nam hommes immolare etïam 

Ll ij 



DES SORCIEP. S 

gratijfimtim illifuit. Il parle de lalviagic & Sorcellerie. 
Or iwimais Sathan ne faut à donner loyer aux fiens tels 
t]uilsmcrirenr, ôcles induire à toutes les cruautcz, in- 
ccfl-es & parricides cju'il peur, tel que fut Néron. Car 
les Sorciers ô»: Diables luy faifoient entendre , qu'il 
failloit faire beaucoup de tels homicides, cruautez & 
parricides, pour viure en feureté de Tonellat: ce que 
les Sorciers confeillcnt encores à plufieurs Princes de 
procurer meurtres & cruautez, & donner grâces de 
toutes mefchancetez. Mais ordmairemct les Sorciers 
font chaftiez par les Princes,qui leur demandent con- 
fci! : craignans qu'ils parlent trop , ou pour cHayer fi 
leurs diuinations font véritables : corne fiil Domitian 
'l au Sorcier Afclctarion, qui auoitpredid: à limptreur 
j qu'il feroit tué bien toft. L'Empereur luy demanda de 
I quelle mort deuoit mourir Afcletarion. Il rcipondic 
' qu'il feroit vn iour manizé des chiens : loudain l'Em- 
; pereur le firt: tuer : &: fut mange des chiens après fa 
[ morr,cequi cfpouuantabien fortDomitian.Vn au- 
tre Sorcier de Tibère en vfaplus finement : Car corne 
Tibère l'eulî: mené en vn précipice haut &: glillant, il 
demanda au Sorcier f'il fçauoit bien quand il mou- 
roit;!e Sorcier refpondit qu'il elloit au plus grand 
danger de fa vie qu'il auoit iamais elle: car Tibère a- 
uoit délibéré de le faire précipiter foudain, fil eufl: 
autrcmentrcfpondu,commedidSuetone. £t quoy • 
qu'il en loit, on à veu (ouuent que les Sorciers ont 
predidl&affeuré le iour de leur mort, ôc la façon. Il y 
en a mil exemples , mais ic n'en trouuc poincSb de plus 
récent, &: qui ioit aducnu plus près d icy que dVn Sor- 



LIVRE TROISIESME. 155 

cier de Noyon , qui cfloic familier de rEuefque de 
Noyon de la niaifon d Hangeft , ôc penfant euiter la 
niortjil alla le iour que Sathan luy auoit dénoncé cjue 
il feroic tuéjCnlamaifon dcl'Euefquejauquel il dift 
qu'il dcuoiteftre tué ce iour là :& après auoir difhé à 
la table de rEuefque,fur la fin il furuint quelcun le de 
mander pour parler à luy, il fill refponfe qu'il montaft 
ce qu'il fift, & en parlant à luy,il tua entre deux portes 
le Sorcier. le tiens l'hilloire de M. Louys Châtelain 
Lieutenant de Noyon &: de plufieurs autres , qui me 
l'ont afleuré. Il faut donc poureuiccr ces malheurs 
prcfcher la Loy de Dieu fouuét &c imprimer fa crainte 
aux grands,aux moyens.aux petits, cngrauer au cœur 
fa fiance fur touf.car lil cft ainfi ci lenom. dece^rand 
Dieu terrible Retour puiflant prononcé à bonne in- 
tention_,& par celuy qui craint Dieu,chafle les troupes 
des Diables & Sorciers, come nous auons monilré cy 
deffus eftrc aduenu plufieurs fois, combien faut il ef- 
pcrer qu'il f'efloignera oyant prefcher, lire, publier Se 
parler des louanges & des œuures de Dieu. Voila donc 
leplusgrand,&:leplusbeau,& le plus aifé moyen de 
chafrer&: Sorciers^ Sorcelleries, 6c maléfices, & ma- 
lings cfprits d'vne Republique : car tant que les blaf- 
phcmcs d'vn colléjô*: l'athcilme d'autre cofté aura cre- 
dir,il nefautpasefpererde chailerlcs malincrs efprits, 
ny les Sorciers, ny les pelles, ny les guerres, ny les fa- 
mines : non pas qu'il foit pollible de chaffer du tout 
les Sorciers, qu'il n'y en ait toufiours quelques vns,qui 
font tout ainfi que les crapaux &: coulcuures en terre, 
les arraignes es maifons, les chenilles, Ôc les mouches 

Ll hj 



DES S ORCIERS 
en l'air, qui font engendrées de corruption,^^ qui at- 
tirent le venin de la terre,& l'infedion de l'airiMais la 
terre bien cultiuce, l'air purifié, les arbres nettoyez nc^ 
font pas tant fubiedbs à ccfte infection : & fi on laifle 
peupler la vermine,elle n'attire pas, ains elle engendre 
la corruption & infecte tout. Ainfi le peuple cfttref- 
heureux qui a de fages Gouuerncurs, debonsmagi- 
fl:rats,&: fur tout de bons pafteurs^qui le fçachcnt bien 
inftruirc : alors les m;alings efprits ny feront pas long 
feiour : Aufïi faut il quand on eft feul au li6Î, ou en 
chemin fafclié, ou comme defcfperé, ou irrité tour- 
ner la penfee à Dieu^ car c'eil lors que le Diable fe pre- 
fente, ou du moins fc gliflc en l'efprit des hommes, & 
les induit à fe precipitcr,ou faire quelque mefchance- 
té : comme les Théologiens demeurent d'accord. Et 
de fai6t i'ay remarqué au procès de leanne Bonnet, &c 
d'Abcl de la Rue condamnez à mort par M. Nicolas 
quatre folz,Lieutenant du Bailly de ColomierSjTan 
M.D.LXXix. & M.D.LXXXii.Etpar leproces de Ro- 
bert Oliue condamné à mort par le luge de Falaize, 
l'an M. cccCLvr. ôc de pluficurs autres m malleo malefi- 
carum^ que le Diable les voyans en fafcherie grande Sc 
feuls,fe prefenta à eux pour les ruiner. Car ce dernier 
cftant trauaillé de tailles par fes voifins & feul couché 
en fon li6t,il appelîa le Diable à fon ayde,qui foudain 
refpondit,auqucl ledid Ohue difl: qu'il defiroit fe vâ- 
gcr de fes ennemis. Alors le Diable d'vne voix enrouée 
luy refpond (après auoir fait vn fort grand bruit come 
de tonerre ) par ces mots : le fuis le Diable Grifopole. 
Si tu veux me feruir ôi iamais ne confciTer tes péchez 




LIVRE TROISIESME. ij^J 

mefmc ceftuy cy que tu fais ie te feray riche Se te ven- 
geray de tous tes ennemis. Ce qu'il promift de faire. 
O il fe faut bien garder d'efcoutcr ceux qui prefchenc 
que ce n'cft que illufîon , ce qu on di6t des Sorciers, 
comme prefchoit ce Dodleur Sorcier, duquel nous 
auons parlé cydeflus, qui cofeffa que le Diable lauoit 
inftruit à preicher ainfi.Et tout ainfi que Dieu enuoy e 
les pelles, guerres, & famines par le miniftere des ma- 
lins efprits, exécuteurs de fa luftice, aufli faidl il des 
Sorciers,&: principalement quand le nom de Dieu eft 
blafphemé, comme il eft à prefent par tour, & auec 
telle impunité &c licence, que les pctis enfans en font 
niefticr.Or toutes les mefchancctez, parricides, ince- 
fles, empoifonncmens , meurtres , adultères , ne font 
pas fi grands,ny tant puniflables à beaucoup pres,que 
les blafphemes, comme les Théologiens demeurent 
d'accord. Car les autres mefchancetez font première- 
ment contre les hommes,comme difoit Samuel,maisi'^w//f/. i.a, 
les blafphemes font diredement contre l'honneur de 
Dieu , Ôc en defpit de luy. Car c'eft le mot ordinaire 
duquel on vfe.Et d'autât que ccfte impieté la regnoit 
du temps de Charles 9. plus que iamais,IeRoy Hen- 
ry troifiefmeà fa venue fiftvnEdiâ-trcflaind: contre 
les blalphemeurs,mais l'cxccurion en a efté mefprifee 
au grand def honneur de Dieu & impunité des blaf- 
phemeurs:aufqucls il ne fuffit pas d'auoir audacicufe- 
ment renié Dieu,fils n'adiouftét que c'eft de bon cœur 
ôc fen trouueencoresqui blafphemé en rime, come 
vn nommé Bourfier de Troye en Champaigne. Il fuï 
prins blafphemant le Vendredy Sain6l Tan mil cinq 



mon. 



DES SORCIERS 

cens foixante neuf, &: condamné d'auoir la leure fen- 
due d'vn fer chaut, & a faire amende Iionnorable,& 
payer cinq cens liure d'amende, dont il appella: & 
depuis l'enfuit des priions ; toutesfois Dieu voulut 
qu'il fut reprins fept iours après , ^ par arrcft de la 
Cour fut diâ: mal iugé, & en amendant le iugemenr, 
il fur condamne à faire amende honorable en chemi- 
fe, &:auoir la langue percée d'vn fer chaud, & après 
pendu & edranglé. Mais depuis d'vn million il n'y en 

Unit. i4. a pas vn exécuté: Et toutesfois la loy de Dieu diâ: que 
celuy qui auranommé Dieu par mefpris, fera lapidé, 
c]ui eft la plus cruelle mort de toutes : comme diâ: 

3.1/&. 3.AV-Moyfe May mon.' l'ay bien voulu remarquer ccfte 
impieté, qui eft vniuerfclle en tout ce Royaume, & 
toutesfois impunie. Nos pères difoient ancienncméc 
en toutes leurs a6lions &: entreprinfes,f il plaift à Dieu 
&à Tiffuë des affaires, Loué foit Dieu, &: en prenant 
congé 6^ fduant,Dieu vous gard,au lieu que les Grecs 
difoiét, p^ccTpê, refiouiïlez vous,& les Hebrieux nS £=iV;:; 
paix foit auec vous : qui eft la filutation de tous les 
peuplesdAfieô.: d'Afrique: qui en font le mot Turc 
^ Arabefque corropu de la langue Hébraïque. 5fW^ 
malice. Les Italiens ôc Efpaignols baifent les mains & 
les pieds, mais ie ne trouue point de meilleure couftu- 
me que la noftre,& qui eft de merueillcufe cofequcn- 
ce,cômc nous auons monftré par trois ou quatre exé- 
ples,que ceux qui auoient efté menez aux Sabbats par 
leurs femmes,nc fâchant que c eftoit en difant,Hé mo 
Dieu qu'eft cecy ? auroient chaflé tout raflemblee des 
malings efprits ôc les Sorciers ; mais aufli il n'y a bla(- 

pheme 



LIVRE TROISIESME. 137 
phcme plus mefchant, que d'appeller Dieu pour faire 
vn (ortilege, ce que les Sorciers ne font iamais , finon 
en le conioignanc auec fes creaturcs,ou bien en i'inuo- 
quantpour faire vnemefchanceté, ou comme quel- 
ques Poètes qui en font vnc interiedion en chofes vi- 
laines, qui eft vn blafpheme contre le nom de Dieu. 
Voyla en gênerai le moyen d'obuieraux forcelleries, 
mais en particulier chacun doibtinftruire fa famille à 
prier Dieu matin & foir , bénir , rendre grâces à Dieu 
deuant& après le repas: ordonner pour le moins vnc 
ou deux heures en vn iour de la fepmaine,à faire lire la 
Bible par le chef de famille , en la prefence de toute la 
famille^comme il eft commandé parla loy de Dieu. La 
couftume ancienne de nos Roys,&: qui fut mieux pra- 
tiquée que iamais par S. Loys en {a icunefle tendre, e- 
ftoit, que le Roy en (ortant du lidl, s'agenouilloit, re- 
quérant pardon de fes péchez , ôc remerciant Dieu de 
l'auoir gardé la nuid: , ôc le priant de luy continuer (a 
faindlc garde: cela faidb, on lifoit la Bible, ou quelque 
faindt liure , pendant que le Roy s'abilloit. Cela eftoit 
d'vnemerueilleufeconfequéce à toute la Republique 
en gênerai , ôc à chacune famille en particulier de faire 
le femblable. Car le peuple (uyura roufiours 1 humeur 
de Ion Prince, iufques aux plus deteftables pariurcs^&: 
blafphemes: come il y auoit vn Prince quoy qu'il fuft 
au refte débonnaire qui n'auoit que le Diable en tous 
les difcours qu'il faifoit,qui eft vn blafphcimè detefta- 
ble d'appcller, & de iurer le Diable , comme pliifieuf fe 
font:& quelques-fois le Diable les emportc,eftan5 en- 
cores pleins de vie , ainfi qu'il fift l'an mil cinqcês cinr 

Mm 



DES SORCIERS 
^^f ■"'^'''^^quâtc &: vn en Allemagne'au pays de Vvildftudic,cîV- 
ne femme qui iuioïc IcDi.ible inceflamment, elle fut 
emportée deuant tout le peuple. Ecencas Icmblabic 
comme vnhofteaiant dcfrobc labourfe dVn quilo- 
gcoit chez luy , & qu'il fc donnoit au Diable en plein 
iugemenc s'il eltoic vray^lc Diable remporta,&: depuis 
^ ^A^^^^u ■ ^'^ ^^^ veu'.Ferncl'^cn recite vn autre d'vn ieune enfât 
^' qui fut emporté en appellant le Diable. Voila quant 

aux familles, pour clorre la porte non feulement des 
villes,ains aufli de chacune maifon aux Sorciers & for 
tilcges.ll y-a bien encores vn autre remede,c*eft de ne 
craindre aucunement Sathan, ny les Sorcières. Car il 
n'y-a, peut-eftre, moyen plus grand de donner puif- 
. fance au Diable fur foy, que de le craindre: Auffic'eft 
t faire iniure à Dieu, que de craindre le Diable. Et pour 
ceftecaufe, pluheurs fois en la Loy de Dieu, il cil ex- _ 
preflément défendu de ne craindre aucunement les 
Dieux des Payens,qui ne peuuent ny bien,ny mal-fai- 
rc.Et de fait on a veu fouuent, ôc fe voit tous les iours 
que la Sorcière ne peut nuire à celuy quiTaccufe, &c 
qui la foule aux pieds, fçachnnt qu'elle cft Sorcière. Il 
y-a bien auflîvn autre moyen que les Sorcières con- 
feffent^qucceluy quicftaumofnier , ne peut eftreof- 
fenlé des fortileges, encores que d'ailleurs il foit vi- 
cieux. Vierius Protedteur des Sorcières, cfcrit au li- 
urc quatriefmcjchapitre dixiefme, qiTe les Religicufcs 
de Vvcrter, au Comté de Hornes, furent tourmen- 
tées des malins efprits trois ans, & plus. Etfutre- 
niarqué que Toccafion entre autres vint de ce qu'on 
prefta à vnc pauure vieille Sorcière vne liure de fcl^ 



LIVRE TROISIESME. 138 
qu'on ne pcnfoic point cftrc Sorcière , à la charge que 
elle en rendoic trois liures deux mois après, ce que 
fît la Sorcière. Alors les Religieufes trouuerent de la 
dragée de fclfemeneeen leur Monafl:ere,&au mef- 
meinftant furent affiegees des cfprits malins. No pas 
que ce fut la feule occafion , mais eflant diffamées de 
plufieurs vices, encoresil fetrouua qu'au lieu de fai- 
re aumofne,elles preftoient à vfures aux pauures. C'eft 
pourquoy les Sorciers qui font contraints par Satlian 
de mal faire,tuer,empoifonner hommes Ôc beftes, ou 
bien eftrc tourmctez fans relâche quâd ils n'ont point 
d'ennemis , dcfquels ils fe puiffent venger, ils vont de- 
mander l'aumofne, &celuy qui les rcfufe, ayant de- 
quoy donner, feraen danger, pouru eu qu*il ne fçache 
qu'ils foient Sorciers : Car le Sorcier n'a point plus de 
puiffance que fur celuy qui luy donne l'aumofne , ou 
quis'accofte de luy s'il fçait qu'il foit Sorcier. Et fe faut 
bien garder mefmes de donner l'aumofne à celles qui 
en ont le bruit : mais celuy qui ne leur donnera fau- 
mofne,ne fçachant qu'ils foient Sorciers, à grand pei- 
ne efchappera-il qu'il ne foit offenfé,comme il s'eft vé- 
rifié fouucnt. Et de fait,i'ay fçeu eftant à Poid:iers aux 
Grands iours l'an mil cinq cens foixance-fcpt, entre les 
fubftituts du Procureur gênerai du Roy qu'il y eut 
deux Sorciers fort piteux & pauures, qui demanderét 
l'aumofne en vne riche maifon. On les refufa ils iette- 
runt là leur fort,ôe tous ceux de la maifon furent enra- 
gez, & moururent furieux : non pas que ce feuft la 
caufe pourquoy Dieu les huraen la puiflance de Sa- 
tha,ôc des Sorciers fes mini(lres,mais que d'ailleurs c- 

M m ij 



EttTj?, 



aie . 



DES SORCIERS 
flans mefchans, Ôc n'ayâs pitié des pauures, Dieu n'eut 
' point pitié d'eux. Auili l'Efcriturc laindcappclle l'au- 
mofnc nsTv c'eft à direjullice: &c au lieu cjuc no^ dilons 
donnes raumofne,ils difent dônez la lulHcc , comme 
ellant Tvne des ciiofes (]ui plus iullifîe le mefchant. Et 
2icepïoposïEiQtituTcdiù.,El^e}7Jofwa libérât a morte ^^ 
Toh.c.ii. en autre lieu, Flilarem àatorem âdi<^it Dctis^ & au Pfalme 
cent onzicfme, ou il eft di6V, Di^erfit^ âed^it^du^enhws: 
mjlitia eius manet in i^tcrnum: l'interprétation efl de mot 
à motTa-jx qui fignifie l'aumolne^quc les foixate &: dix 
ont tourné luflice : c'eft pourquoy Daniel perfuadoit 
auRoy Nâbuchodonofor,qu'il rachetaftfonamepar 
aumofnes.Et en autre lieu ' il eft di6l , que l'eau froide 
n'eftaint pas fi toft le feu , comme laumolneeftaint le 
péché. Brief toute r£fcriturefainâ:en'eft pleine d'au- 
tre chofe. Voila,peut-eftre,rvn des plus grands & des 
plus beaux fecrcts qu'on puiflc remarquer, pour ofter 
à Sathâ,& a tous les Sorciers la puiflance de nuire:non 
pas feulement aux gens de bien , qui font bien gardez, 
mais aufli aux me(chans,& Paycns qui ne cognoiifent 
point Dieu: comme cftoit 'Cornelius,duquel eft fai6t 
nientio aux Aèles des Apoftrcs. Toutesfois le plus af- 
feuré moyé &qui pafte tous lcsautres,c'eft dcfcficr cri 
DieUj&s'affeurerdeluy com,mcd'vne fortcrelfe très- 
haute &: inexpugnablerc'eft^ dit Philon Je plus grand, 
& le plus agréable facrificc qu'on fçauroit faire a Dieu, 
& pour lequel Abraham receut tant de bcnedidions, 
& duquel rEfcricuredit,qu'il fc fia e1iDieu,& qu'il luy 
fut imputé à lufticc.C eft de ne s'appuyer fur les Roys,, 
By fur fa force^ ny fur fcs biei^s^ àc amis: mais fur Dieu 



^.CA^.lQ^ 



LIVRE TROÎSIESME. 159 

feuI.Et de fai(5t tous les Sorciers qui font profeffio de 
guérir les maladies , &ofterlcs charmes.demandent 
premièrement à celuy qu'ils veulêt guérir, qu'il croyc 
fermement qu'ilsle gueriront,& qu'ils fî fient. Cela efi: 
ordinaire & qui eftync idolâtrie mefchantc : carc'cft 
donnera la créature la fiance qui appartient au Créa- 
teur. Aufli voit on au procès d'Abel de la Rue exécuté 
àmort^I'an i 58i.pararreftdeIacourt,quelediablene 
lu y parloit d'autre chofe que d'auoir fiance en luy, & 
qu'il feroit bien heureux,qu'il ne feroit iamais pauure. 
AuiriSathan employé toutes ces reccptes,&: fa puiflan- 
ce à guérir ccluy qui fe fie en luy, ou es créatures. De- 
quoy Galcneftanteftonné , quand il parle de Mcdi- 
cdtione Homerica , di(5t que plus on a de fiance aux pa- 
roles es ligatures plulloll on guarift.Toutesfois Sprâ- 
gerfaifantle procez aux Sorcières, a entendu que ce- 
la n'a lieu fi non aux maladies venues par fortilcges. 
Et que les Sorciers ne peuuent guérir des maladies- | 
naturelles , non plus que les médecins ne peuuent 
guérir des maladies venues par fortilcges. Il y auoit 
vnfauetier Sorcier dans Paris qui gucriiToit de cefte 
forte la fieure quarce,en touchant feulement la main; 
mais celuy qui ne vouloit pas croire qu'il peufl: gué- 
rir :, ne gueriflbitpoindt: l'en ay vcu vn autre qui e- 
ftoit de Mirebeau en Anjou qui gueriiToit du mal des 
dents en la mefme forte : Et voyant MeflTire Charles- 
des Cars Euefque dcLangres & Pair de France Hap- 
pé d'vne fieure quarte ^ il luy dill qu'il cognoilToir 
vn homme qui le gucriroit feurement. Le iour fuy- 
mant il luy amena vn homme q^ui luy toucha la main^; 

Mm iij 



DES SORCIERS 
ôc luy demanda comme il s'appclloit. Et après auoir 
fçeu fon nom , il luy diftjfîez vous en moy que vous 
cftes guéri. Teftois alors en fa chambre. Et par ce que 
iemeprisàfous-rirc, comme auili lift le Fcure méde- 
cin tref-do6le,oynnt ce nouucau faindt rempli de mi- 
racles , Non dit-il , ie gagecent efcusa qui voudra, 
_ qu'il eftguery.Apresqu'ilfuftpartyiedisàrEuefquc 
de Langres que c'eftoit la façon ordinaire des Sorciers 
d attraire la fiance des hommes pour les deftourner de 
fe fier en Dieu , & de rapporter à fa louange tout le 
bienôc le mal qui nous aduient.L'Euefque ne laifla pas 
de continuer en fa fieure , qui luy dura deux ans en- 
tiers. L'homme voyant les accez de fieure continuer, 
dift en rougiflanr^qu'il auoit autât fait pour l'Euefque 
qu'il fift iamais pour homme du mondermais il ne di- 
foit pas ce qu'il auoit fait. Il y en a qui ont remarque de 
toute antiquité que les malings efprits s'efforcent plus 
de faire mal en certain temps^ô*: principalement appa- 
roiffentlanui^Slpluftoftqueleiour: &lanui6l d'en- 
i; tre le Vendredy & Samedy pluftoft que des autres 
I iourSjCommeLauatierliure I. chap. S.arecueilly des 
Anciens.Aquoy ie n'auois iamais pris garde , mais de- 
puis i'ay obferué ce que le mefme autheur à remarqué 
queceuxquilifentleGrimoire,aufquelsSathanappa- 
roift,lelifentla nuidt d'entre le Vendredy &Snmcdy: 
& fiayleu en vn liure imprimé auecpriuilcgevnere- 
cepte Démoniaque , pour offenfcr ou tuer le larron a- 
uec certains mots^ôc charmes que ie ne mettray point 
ôc ne nommeray poin6b l'Autheur , qui mérite le feu; 
niaisileftdicSbquecelace doit faire le Samedy matin 



LIVRE TROISIESME. 140 

deuant le Soleil leuant. En en pluficurs proccz i'ay 
trouuéque les maléfices eftoienc donnez ordinaire- 
ment le Samedy. Et au proccz de Marguerite Paiot 
exécutée a Tonerrc Fan ijy^î. ilcfl: porté en pluficurs 
articles de fon proccz , qu elle alloit aux afTcmblees la 
nuiâ: du y endTedy: & rctournoit froide comme gla- 
ce.Et encores au proccz d'Abel de la Ruc,(jui fut exé- 
cuté à MeauXjil dift,cjuc le diable l'ayant tranfporté le 
leudy le raporta le Vendredy^au lieu de la facriftie des 
Cordeliers de Meaux,ou il l'auoit trouué lifant le Gri- 
moire , & le plus louuent il fe trouue que les feux fols, 
qui font malins efprits , apparoificnt entre le Védredy 
& Samedy,& qui plus eft Pricrias au liure deuxicfmc 
chapitre onzïc[mc de Strigimagts , efcritquelc fouuc-i 
rain remède que les femmes des châps ont pour em- 
pefcher que leurs vaches ne tarifient foit par fortilegc 
ou autrement , eft de donner aux pauures tout le laid: 
qu'elles peuuent tirer le iour du Samedy,qui fait qu'el- 
les ne tariiTent poindl: ains le laid leur vient en abon- 
dance . Et après auoir bien cherché la raifon, i'ay leu 
aux commentaires Hebrieux d'Abraham, Abcn-Efi'a 
fur le quacriefme article du Decaloguc,queDieuauoit ^^''Wf/Tî.f. 
commandé fur la vie,de chômer & fandifier le Same-l"^ '"'■"• 

\ r -Il ' 1 rr Denter;^. 

dy lur toutjôc iceluy bcny entre tous : puis il paile ow-Eleckn.i^^ 
tre, & tient que Dieu a donné puiflance aux malin^s-^^'"'"''!"'^ ^ 
efprits de chaftier & nuire le quatriefme & la feptief-)^,'^/?^^]'^''* 
me naid: &c qu'il fe faut bien garder d'oiFcnfcr, ny <^^omml 
de faire œuure quelconque le Samedy. Mais il rend 
vne raifon d' Aftrologue, qui m'a femblé plus eftran- 
ge , c eft à fçauoir , que Mars & Saturne, que les . 



DES SORCIERS 

Aftrologues appellent Maléfiques , ont puiflance ces 
deux iours là.Or s'il eftoit ainfi, il deuoit plultoll dire 
la troifiefmc& fcpticfme(s'il n'y a faute aux nombres) 
car tous font d'accord cjuc la nuiél eft première que le 
iour:aufli cil: il did::Facium efivefj^ere&'mane Mes ^nuSj 
ôc que la nui£l d'entre le Vendredy & Samedy eftdu 
Samcdy ou la plancte de Saturne^qui cfl: la plus haute, 
donne le nom a la première heure de lanui6b , & au 
iourfuyuant: Ôc s'appelle celle Planette enHcbrieu 
Sabthai, quifignifierepofant,& le mot Sabathfigni- 
xxeuh.cd. 23. fie repos : &r par la Loy * de Dieu il eft did , qu'il faut 
^^'''^•^^V'-^^-chommerla fefte du faind iour toft après le Soleil 
couché: Il faudroir donc conclure que c'eft la nuid 
d'entre le Lundy & Mardy,qui eftla troifiefmc: &: 
puis la feptiefmc celle d'entre le Vendredy & Samcdy. 
Icm'arrefte fur ce propos quiferta l'intelligence du 
fuiet & a la decifîon des procez^car il y a plufieurs pro- 
cez & confefïîons de Sorciers^oiî il appert que les da- 
fes &: copulations des Sorcières , auecles Incubes, &: 
Succubes fc font ordinairement la nui6b, après le So- 
leil du Icudy,qui eft celle du Vendredy, ou la Planette 
de Venus fur les cupiditez à plus de puifTance que non 
pas es autres iours,& de faidl le procez faidl en la ville 
d'Auigno. 1 5 8 i.a plufieurs Sorciers condamncz,por- 
te que les affemblees ordinairemét fe font après le So- 
leil couché du leudy d'autre poind que i'ay remarqué 
eft que les affemblees fe font aufli après le Soleil cou- 
ché du Lundy .Et de fait i'ay veu quelque procesou les 
Sorciers depofoient qu'ils s'affembloient la nuit d'en-' 
. tre le Lundy & Mardy,come celuy deLongny en Po- 

tez 



LIVRE TROISIESME. 141 

tez,ou les Sorcières confelTerent qu'en danfant auec 
les diables^leuant en haut leurs ramons difoient^Har, 
har^Sabath, Sabath:&envn autre de Berry. Toutes- 
fois ie ne fuis pas encores bien informé fi lesaflêm- 
blees des Sorciers fe font aufli le Samedy. Mais quand 
au rroifiefmeiour il cft efcric auliure du Lcuitiquc, 
quclesPreftresenleur confccration , deuoient cilre 
purifiez le troifiefme, pour eftre fané^ificzlefeptief- 
mc iour.Et au liure des Nombres , Cliapit.dixneuf & 
trente & vn,il ell di6t , que celuy qui ne fera purifié le 
troifiefme iour , ne fera point fmdlifié le feptiefmc. 
loindl auffi que la Planette de Mars commence la pre- 
mière heure du Lundy au foir après le Soleil coudié, 
comme celle de Saturne la première heure de la nuid: 
du Samedy après le Soleil couché du Védrcdy au loir. 
Car Cl Ion prend la plus digne Planette cjui efl: le Soleil 
la première heure de la création du monde, qu'on ap- 
pelle encores Diem Solïs , en contant xx i 1 1 i . heures, 
la Lunefe trouuera la première heure de la nui6t fuy- 
uanc , cjuieftdu Lundy,&:Marsàla nuidtduMardy. 
l'ay aufli leu aux mefmesCométaires d*Abrahâ,Abé- 
Efra fur le decalogue,quc Dieu départ fes bencdidios^ 
principalementle iour du Samedy, ceft aflauoir force 
& vigueur a toutes chofes corporelles & Spirituelles, 
que l'antiquité à remarqué fe monflrer ordinaireméc \ 
beau Ô<:ferain;de forte qu'être les Prouerbes populai- 
res que loubert médecin à rccueilly , il y en à vn qui 
porte que iamais Samedy ne paffa qu'on n'ait veu le 
Soleil. Ce que ien'ayiamaisexperimêté. Aufïî ne faut 
il pas s'enqucrir curieufcmcnt pourquoy Dieu a beny 

Nn 



DES SORCIERS 
&r fancTtifié le fcpticfme iour pluftoll que les autrcsrco 
inc Caluin qui s'ellonnc pourquoy le repos du fcptkC 
mciourefhiîfouuenc &iieftroittement commandé 
qu'il femble qu'ê cela gifl: le pomt principal de noftrc 
falur.Mais tout ainfFi que les luifs chôment IcSamedy 
&lesMahomedfteslc Vendredy ^ nouscnfuiuansU 
Loy Chrefticnne&lcsconilitutionsd-Eglife, fandi- 
fionsjoù pour mieux dire,deuons fandiifier le Dimcn- 
chc^lequel ncâtmoins cft fouillé de toutes les defbau- 
ches ôc folies dont on fepeutauiferau grand dcf hon- 
neur de Dieu, qui n'a rien commandé plus eftioitte- 
ment que chommer le iour du repos: Ôc fur peine de la 
Vie. Toutesrois ictrouue vn autre Rabm qui dit que 
Dieu retient la puiffance des diables le iour du Same- 
dy,.& quand au Mcrcredy i'ay leu en Cadamofte clia. 
(j i.qu'il y a vn temple enla ville de Maluber, où celuy 
qui y entre deuantmidy le iour du Mercredy meurt. 
Difonsmaintenât fi les Sorciers peuuent faire que les 
homes foiét fains,alaigres,richcs,pui{rans, vidlorieux, 
honorez,& qui iouiffent de leurs plaiûrs comme plu- 
fieurspenfeiit.. 

Si les Sorciers peuuent ajjetirer laûnte des hommes alaiw-cs 
^ donner guerijon aux malades , . 
Chap. I I. 

L ne faut pas s'eftonners'il y a des Sorciers 
par le monde, veu les promeflès que Sa- 
thanfaidtà ceux qui fe font vouez & dé- 
diez à fon fcruice , de les faire riches , puiHaiis , Ôc ho- 




LIVRE TROISIESME 141 

norez,5«: iouyr de ce qu'ils défirent. Etiaçoitqueles 
homnicsencendus defcouurent foudain Timpodure, 
&: que les Sorciers font beliftrcs pour la plufparc, be- 
ftcs&ignorans, mefprifezd'vn chacun, fi d'ailleurs 
ils n'ont biens , honneurs, &:richeires:ficfl: ce qu'il 
y a des p'erfonnes fi miferablcs qu'ils (ciettet du meil- 
leur fensqu'ilsont aux filets de Sathan: les vns parcu- 
riofitéjies autres pour faire preuue defcs belles pro- 
merfes , cftimans qu'ils s'en pourront retirer cjuand ils 
voudrontrmais depuis qu'ils y font^ de cent i!n y en 
a pcutcftre pas ladixicfme qui s'en dcpeftrcnt,en- 
cores que plufieurs de ceux qui font dédiez à Sathan, 
& qui ont renonce à Dieu, ayant cogneu les impo- 
ftures de Sathan, n'en tiennent plus conte; & néant- 
moins ils ne renoncent point à Sathan, ôcnefe re- 
concilient point à Dieu. Et de ceux la il ne faut pas 
douter que le diable n'en foit en bonne pofTeflîon 6c 
paifiblc,encores qu'ils ne Tapperçoiuent aucunement 
Et d'autant qu'il n'y a rien plus précieux après l'ame 
quela{antéducorps,plufieurs eftant affligez de ma- 
ladie ont demandé confeil au diable s'ils rechaperont, 
comme fiftle Roy Ochoziasimais Elie ayant renco- 
trc fes Ambafladeurs leur did, Allczdire à voftre mai- 
ftrc,qu'ily a vnDieu au Ciel, à oui il faut demander 
aduisi&pourl'auoir demandé à Baal,qu'il en mourra. 
Les autres preifez de douleur fc font vouez au diable 
pour guérir, comme vn certain aduocat de Paris,quc 
icne veux nommer, qui fut déféré Fan mil cinq cens 
feptantc vn, ôc defaidil confcffa qu'eftant malade à 
rextremité,ilfe donna au diable pour guérir , & luy 

Nn ij 



DES SORCIERS 
mcfmesefcriuit &fignala fcdule de fon fang, celle 
cxcufc vraye ou fauilc liiy fcruic alors , comme en cas 
femblable Oldradc confil. ici. col. 2. cxcufc ccluy 
qui pouriouyr dcics plaifirs , auoit faicl des images 
de cire,iaçoit que la loy le condamne in /. miilti de mct- 
lefic.C. çjrcap. z. de fonde qiïs. Mais Tybere l'Empereur 
ayant faid: rafcr le temple d'Anubis,&: bruflcrles pre- 
ftres pour lemaquercllage deccftable par eux fai6b, 
a pris d'argent pour faire coucher la plus belle dame 
î de Rome auec Mondus defguife en Dieu, enuoya l'a- 
\ moureuxabfous:commereciteIofephlib. I 8. cap.4. 
Antiqui. &: cas femblable aduint en Egypteau temple 
de Saturne^comme nous lifons en Ruftin liure onzief 
me chapitre vingt cinquicfmef///?or/^r. Lesautresne 
fc donnent pas au diable^mais biêil ne font point dif- 
duîiàTato ficulté de felaifl'er guérir aux Sorciers, defquels com- 
<■%./. mcS.IeanChryfolï. dit qu'il faut fuir la voix comme 
peltiferc.Or on voit des Sorciers qu'on appelle en Ef- 
paignc SalMudores^o^m fot mcftier de guérir: (S^ fe trou 
uacn Anjou, vne vieille Italienne, quigueriffoit des 
maladies l'an mil cinq cens feptate trois,&furce que 
Jeiugeluy deffendit de plus fe meflerde medeciner 
les malades^elle appella hc releua fon appel en la Cour 
de ParlementjOU M Jean Bautru Aduocat enParlemet 
Sieur des Matrats mon collègue , & citoyen plaida fa 
caufe dcfertcment & dodlement: mais on monflroit 
que les moyens par lefqucls elle gueriffoit :, eftoyenc 
contre naturc^çomme delà ccruellcd'vnchat^qui eft 
vnepoifon, delà telle d'vn corbeau & autres choies 
femblablcs^qui monftre bien que ce n'eftpasen vertu- 



LIVRE TROISIESME. tfy 

de quelques bonnes huiles &c vnguens falucaires^com- 
me font plufieurs gens de bié ôc charitables enucrs les 
pauures gens: mais par moyens contre nature^ ou par 
charmes. lodocus DarmHnhadus efcrit, qu'il y auoit auffi 
vue Sorcière à Bruges en Flandre j qui eftoit réputée 
fainde. Car elle gueriflbit vne infinité de maladies; 
mais premieremét elle gaignoit ce poin6t,qu'il falloir 
fermement croire qu elle pouuoit guérir: puis elle co- 
mâdoit qu'on ieufnaft, & qoi'on dift certaines fois Pa^ 
ternoficr^ou qu'on allall en voyage à S.Iacques,ou à S. 
Arnoul.En fin elle fuft conuaincue de plufieurs force- 
leri€s,& punie comme elle meritoit. Mais Philon He- 
brieu au liure de Specialib. Legib. parlant des Sorciers^ 
di6î:,que les maladies données par fortilegesjnepeu- 
uéc eftre guéries par médecines naturelles, ce que l'In- 
quifiteur Sprangcr di£l en cas pareil, auoir fçeu par les 
confeffions desSorciercs:comme auffi Barbe Doré de 
Senlis,qui fut bruflee par Arrcfl de la Court l'an 1 574. 
cofef^a.Iecroy bien que les Sorciers peuuêt quelques-' 
fois ofter le maléfice i^maladie,que les autres Sorciers 
ou bien eux- mefmes ont donné: mais nonpas tous,. 
ny toufiours, & fi faut ordinairement , comme ils ont 
depofé, qu'ils donnent le fort à vn autre ; oubié ils ne 
peuucntefchappcrquelemalnetombefureux. Mais 
quant aux maladies^qui aduicnnent autremet que par 
fortjles Sorciers confefient qu'ils n'en peuuent guarir.. 
Et pour fçauoir fi c'eft fort,, Spranger cfcrit qu'ils en 
font la preuue, mettât du plomb fondu en vn vaifieau 
plein d'eau fur le patient. Etneantmoins ilercritaufii 
qu'il y-a des maléfices donnez parles vns, que les au^ 

Nn iij 



DES SORCIERS 
trcs ne peuucntofl:er,ny quelcjuesfois cux-mcfmes,& 
pour certain exemple ie mettraylcannc Haniillier,qui 
fut brullee viue^comme i'ay dit cy deflus. Elle côfefla 
qu'elle auoit ictté le fort pour faire mourir vn homme 
qui auoit batu fa fille, ôc qu vn autre pafla par deflusjc 
quclfoudain&aumcfme inftant fefentit frappé aux 
reins, ôc par tout le corps: &c Cm ce, qu'on luy dill, oue 
c'efloit elle qui l'auoicenforcelé par ce qu'elle auoit le 
bruit d'eftre telle, ellepromiftleguarirj&femift aie 
garder.-elleconfefla qu'elle auoit prié le Diable, ôcvfé 
deplufieur-s moyens qu'i! n'efl: befoin d'efcrirepourle 
guarir, Se ncantmoins que Sathan auoit fait refponfe, 
qu'il cftoit impoflible. Alors elle luy dit, qu'il ne vint 
doncplus à elle. Et que le Diable luy fit refponfe, qu'il 
ne vicndroic plus. Bien toft après le malade mourut, & 
la Sorcière s'alla cacher, mais elle fut trouuee. De ce 
poind ie coclus qu'il n'eft pas en la puifîance des Sor- 
ciers de guarir touiî ours ceux qui fot malades par ma- 
léfices, veu qu'ils ne peuuent pas guarir toufiours ceux 
là qu'ils ont eux-mefmes enforcelez. En fecod lieu,on 
lient que files Sorciers guariffcnc vn homme malcfi- 
cic,il faut qu'ils donnét le fort à vn autre. Cela eft vul- 
gaire parla confcfli on deplufieurs Sorciers. Et défait, 
i'ay veu vn Sorcier d'Auuergne, prifonnier à Paris l'an 
M. D. L X I X. qui guariiîoit les cheuaux & les hom- 
mes quelques-fois : & fut trouué faifi d'vn grand li- 
ure plein de poils de cheuaux, vaches, &c d'autres 
belles de toutes couleurs: & quand il auoit ietté le 
Sort pour faire mourir quelque chcual , on venoit 
à luy, ôc le guariffoit , en luy apportant du poil de 



LIVRE TROISIESME. 144 

}abefl:e,& donnoit le Sort à vti autre, &ncprcnoit 
point d'argent : car autrement , comme il difoit, il 
n euftpas guary ; auffi eftoit-il habillé d'vn vieil fàyc 
compofc de milles pièces . Vn iour ayant donne le 
Sort au cheual d'vn Gentil-homme, on vint à luy, il 
guarit , & donna le Sort à fon homme : on vint à luy 
pour guarir aufli rhomm«:Il fit refponfe qu'on demâ- 
daft au Gen cil-homme lequel il aymoit mieux perdre, 
fon homme, ou fon cheuahle Gentil-homme fe trou- 
ua bien empefché : &c ce pendant quildeliberoit ,fon 
homme mourut , & le Sorcier fut pris . Et faid a no- 
ter , que le Diabk veut toufiours gaigncr au change,, 
tellement que fi le Sorcier ofle le fort àvn cheual, il 
donnera à vn autre cheual qui vaudra mieux. Et s'il 
guaritvne femmcjla maladie tombera fur vn homme^ 
s'il guarit vn vicillard,la maladie tombera fur vn icu~ 
ne garçon. Et fi le Sorcier ne donne le fort à vn autre^il 
cft en danger de fa vie:bref fi le Diable guaricle corps,, 
it tue lame. l'en reciteray deux exemples L'vnquefay 
entendu de M. Fournier Confciller d'Orléans, d'vit 
nommé HulinPetit, marchant de bois d'Orléans, le-^ 
quel eftant enforcelé àla mort, enuoya qperirvn qxii. 
fe difoit guarir de toutes maladies , fufpeél toutcsfois 
d'eftie grand Sorcier,pour le guarirdequelfift refpon- 
fe,qu-il nepouuoitleguaritjSÏlne donnoit la maladie 
àfon fils,qui eftoit encorcs à la mamrQelIe;Le père co- 
fentit le parricide de fon fils; qui fai€l bien à noter 
pour congnoiftre la malice de Satham La nourrice 
ayant entendu cela , s'enfuit auecfon fils pendant que 
le Sorcier touchoit lepere pour le guarir. Apres IV 



DES SORCIERS 

uoir touché , le pcre fc trouua guary : Mais le Sorcier 
demanda ou eftoit le fils,& ne le trouu?.nt point,il co- 
mença à s'efcrier,îe fuis mortjoù cft l'enfantPNc l'ayâc 
point trouué, il s'en va r mais il n cuft pas mis les pieds 
hors la porte, que le Diable le tua foudain. Il deuint 
auffinoir que ù on leufl noircy de propos délibéré. 
layfçeuauiTiqu au iugemécd'vne Sorcière, quieiloit 
accufee d'auoir enforcelé fa voifine en la ville de Nan- 
tes, les luges luy commandèrent de toucher celle qui 
fftoit eniorcelce, chofe qui eft ordinaire aux luges 
d'Allemagne,& mefmes en la Chambre Imperiale,cc- 
Ja fe faid: fouuent:elle n'en vouloit rien fairc,on la co- 
traignitielle s'cfcria, le fuis morte. Elle n'euft pas tou- 
ché la femme qu'elle auoit enforcclee que foudain elle 
neguarifl:,&: la Sorcière tomba roidemorre. Ellefuc 
condamnée d'eflrebruflee morte. le tiens l'hiftoire de 
l'vn des luges quiaflîfta au iugement.I'ay cncores ap- 
pris à Thoulouze quVn Efcolier du Parlement de 
Bourdcaux,voyât fon amy trauaillé d'vnc fieurc quar- 
te à rcxtremité,luy difl:,qu'il donnaft fa fieure à l'vn de 
fcs ennemis: il fit refponfc qu'il n'auoit point d'enne- 
mis:Donnez-la donc,dit-il,à voftre feruiteur; Le ma- 
lade en fift confcience:en fin le Sorcier luy diU, Don- 
nez la moy:le malade re{pondit:Ie le veux bien. La fie- 
ure prend le Sorcier , qui en mourut, ^ le malede r ef- 
chappa.Or ce n'cft pas chofe nouuelle^ car nous lifons 
en Grégoire de Tours,liurc vi.chap.xxxv. que la fem- 
me du Roy Childcbert futaduertie que fon petit fils 
eftoitmorr par maléfice, & de rage reminine,ellefifl: 
prendre grand nobrc de Sorcières, qui furent bruflees 

ôc mifes 



LIVRE TROISIESME. T4S 

Se mifes {ur la roue. Elles confefferent que pour fauucr 
la vie à Mumol Grand-maifl:rc,el!es auoicnc fait mou- 
rir le fils du Roy. Alors on print Mumol, cjui fut mis à 
la torture, quiconfcfla auoir eu des Sorcières certai- 
nes greffes ôc bruuagcs pour auoir, corne il penfoit , la 
faucur des Princes: & dit au bourreau qui le gchcnoit, 
qu'on dift au Roy,qu'il ne fcntoit aucun mal. Alors le 
Roy le fift eftédre auecques poulics,&:fichcr des poin- 
tes entre les ongles des pieds, & des mains , qui eft la 
forme de bailler la gefne en tout l'Orient fans fradurc 
des membres , & auec douleur infupportable. Quel- 
ques iours après, eftant confiné en fon paysdeBour- 
dcauXjil mourut. Ce que i'ay noté pour monftrer que 
Sathan veut toufiours gaigner au change, ayant les 
Sorcières confcffé pour fauuerla vie au grand Preuofl 
auoir tué le fils du Roy,que le père &:la mère adoroiér. 
Or c'eft chofc vulgaire,que ce qui eft le plus aymCj cft 
pluftoft perdu par vneiufte vengeance deDieU;» qui 
veutchallier parce moyen, ceux qui font leurs dieux 
de ce qu'ils aymét,& fur ceux-là Sathan a plus de puif- 
fance que fur les autres. Maison tient que les Sorciers 
ne peuuent oftcrla maladie qui cft venue naturclle- 
mét,&: non par maléfice. Etde fait, l'Inquifiteur Sprâ- 
ger recite vn exemple, qu'en faifint le procès aux Sor- 
ciers de la ville d'ifprug en Allemagne,]! y eut vn Po- 
tier Sorcicr,lequel voyant vne panure femme fi voifi- 
ne affligée extrcmemcnt,comme fi on luy euft donné 
des coups de coufteaux aux entrailles, lefçanray^ dit- 
il, fi vous eftes enforcelee , & ie vous guariray. Et pre- 
nant du plomb fondu, il vcrfa dedans vn plar plein 

Oo 



DES SORCIERS 
d'eau , le tenant lur la-femme malade. Et après auoir 
dit quelques parolles, qub ie ne mettray point , ilap- 
perccutaupiQbgiacé certaines images, par lefquellcs 
ilcogneut^qu'eHeertoicenforcelec. Cela fait, il meinc 
le mary de celle femmc^d: tous deux enfcble vont rc- 
garder f oubs le fueïl de la porte,oil ils trouuerct vnc i- 
magc de cire de la grandeur d'vnc paume , ayant deux 
aiguilles fichées des deux coftezauec d'autres poudres, 
graincs,& os de fcrpcs,& ietta tout dedans le feu": & la 
fcme guarit, ayant engagé fon ame à Satha & aux Sor- 
ciers aufquels elle demâdaguariso. Le mcfm>c autheur 
dit queleSorcierentretenoit vne Sorcière, qui auoit 
donc le mal à fa voifînc,tellemét qu'il fe peut fairequc 
le Sorcier auoit appris le fecret de (a Sorcière. Toutes- 
fois ic ne fçay s'il efi: befoindedoner toufiours le fort 
à vn autre quad le mal vient de malefice.Maisie tiens 
pour tout certain, que Sathâ efl fî malin , qu'il ne fouf- 
fre point qu'on face bié, fi on ne fait vn plus grâd mal, 
c'elt à fçauoir de demander fanté à vn Sorcier, qu'on 
fçait eflre tel , ou participer à Ces prières, ou faire quel- 
que fupcrftirioUj ou dire quelques paroles , ou porter 
quelques billets, ou autres choies qui ne fc pcuuér fai- 
re fans idolâtrie, pour dcllourner l'homme delafian- 
ce,qu'il doit auoir en Dieu feul. l'ay vcu le procès fiïidV 
à Marguerite Pajot exécutée a mort par lentence des- 
luo-es de Tonnerre Tan 157^. quifutconuaincuepar 
plus de cinquante tefnioins, d'auoir faid mourirplut- 
ficurs hommes ô: beftail en les touchât d'vne baguet- 
te:Il s'en remarquoit treize perfonnes qui eïloiêfmor- 
tes de tel attouchement : & quand elle retouchoit de 



LIVRE TROISIESME. 146 

la mcfinc baguette, elle guariiïoic . Entre autres, 
aiât guary vne fille de ccftc fortejaupres d'elle fou dain 
vne brebis mourut: Et quelquesfois elle cngraiffoit le 
beftial en le touchant de fa baguette. Et fe trouua que ,' 
en mefme iour deux perfonnes par elle touchées, IVn 
cnfla^l'autre feicha, qui depuis retoucheZjrecouurerêt 
fànté. Mais il falloit la fuppher, ôc tenir la vie ôc la fan- 
té du Diable. Bref, il faut tenir pour Maxime, que ia- 
mais Sathan ne fait bien , fi ce n'eft à fin qu'il en puifle 
reiiffir vn plus grâd mal,qui efc en cela du tout cotraire 
à Dieu,qui ne ioufifre iamais aucû mal eftre fait , finon 
à fin qu'il en aduienne vn plus grand bien. Hipocratc 
au liure deMorbo facro^ efcrit que de fon téps il y auoit 
Sorciers qui faifoicntprofcflion de guarirdu malca- 
duc,qu'ils appelloiét maladie (âcree,en difât quelques 
prières, & faifant quelques facrifices,& acqueroient la 
reputatio d'eftre faincSls perlonnages.Mais il dit qu'ils 
eftoient deteftables Ôcmcfchans , & que Dieu cftoit 
blafphemé par telles gens , qui difoient que les Dieux 
cnuoyent telles maladies. Vray eflqucHippocrate ne , 
veut pas confefler appertement que les Démons iai- | 
fiffent les perfonnes , ains il di6t que c'eft le malcaduc: 
Mais toute la pofterité a cogneuqu'ily en a des ma- 
lades du mal caduc , qui font quelques-fois guaris par 
médecines naturelles: les autres faifis des Démons, 
que les Sorciers guarifient foudain , par intelligence 
qu'ils ont auecSathan,ou bien en faifant quelques fa- 
crifices ou idolâtries , que Sarhan mefme commande. 
Nous conclurons donc que les Sorciers, a l'aydede 
Sathan,peuuent nuire ôc ofFenfer , non pas tous , ains 

Oo ij 



DES SORCIERS 

feulement ceux que Dieu permet par fon iugement fè- 
crct, {oient bons ou mauuais, pour chaflicr les vns , Ôc 
fonder les autres : afin de multiplier en fes cfleuz fa bc- 
nediâ:ion,les ayans trouuez fermes &c côilans. Et ne- 
antmoins pour moftrer que les Sorciers par leurs mau 
dites exécrations , &: facrifices deteilablcs,font mini- 
ftrcs de la vengeance de Dieu, prcltâs la main ôc la vo- 
loté à Sathan,ic recitcray vne hifloire cflrage publiée, 
ôc dot la mémoire cfl: recétc. Au Duché de Cleues^pres 
du bourg d'Elten, fur le grand chemin, les hommes à 
pied ôc à cheual cîloient frappez &c batus, &: les char- 
rettes verfces,& ne fevoy oit autre chofe qu'vne main 
qu'on appclloit Ekerken. En fin ont print vne Sor- 
cicre,quis'appelloitSybi!IeDiufcops, qui demeuroit 
es enuu'ons de ce pays-là. Et depuis qu'elle fut bruflcc 
on n*y a rien veu:Cc fut l'an M. D.XXX V.Et par ainfi 
nous pouuonsconclurrc que les Sorciers vfans de leur 
mefticr à l'ayde de Sathan, peuuent faire beaucoup de 
mal par vne iuftepcrmiilion de Dieu , qui s'en fert co- 
rne de bourreaux : car toufiburs la fa^elle & luftice de 
Dieu fait bien ce que l'homme fait mal : Et ncâcmoins 
on void que les Sorciers ne peuuent ofter que les ma- 
ladies aduenuës parleur fai6b»&ne lesollent iamais 
qu'ils ne ble[lcnt&: vlcerentl'ame , ou qu'ils ne facent 
vn autre mal. Nous dirons tantoir s'il cil licite d'auoir 
recours à eux pour auoir fanté : Mais difons auiTi s'ils 
peuuent auoir lafaueur,&: la beauté, tantdefiree des 
laides femmes , &: les plaifirs , honneurs , ôc richcffes , 
pour lefquellcs les hommes feprceipitembien fou- 
ucnc en ruine. . !>.'■•' ' -^ 




LIVRE TROISIESME. "147 

Si les Sorciers peuvent afioir par leur mefiierjafaueur des 
ùerjonnesja beauté Jes plai/trsjes honneurs^ les 
richejps.,&lesfdences.,Q^ don- 
ner fertilité, 

C H A P. III. 

Equi attire les malheureux au précipice 
gliflantdu chemin de perdition, & de fc 
vouer àSathan, eftvne®piniondepraucc 
qu'ils ont, que le djable donne richefles 
aux pauureSjplaifiraux affligez^puiflance aux foibles, 
beauté aux Iaides,fçauoir auxignorans^honneur aux 
mcrprifcz , ôc la faueur des grands. Et neantmoins 
on cognoift à veuë d'œil, qu'il n'y a point de plus mi- 
ferableSjde plus beliftres, de plus hays, de plus igno- 
rans,de plus tourmétez que les Sorciers, comme nous 
auons monllré cy deuant. Et à ce propos Plutarque 
did: que la Roync Olympias mère d'Alexandre Iç 
Grand, eftant aduertic que Philippe Roy de Macc- 
doynefon mary cftoit fi affolé de l'amour d'vneipu- 
ne Dame, qu'il en mouroit fur les pieds, & qu'elle la- 
uoir cnforcelé, elle voulut la voir:& après auoir con- 
templé fa beauté admirable , & fa bonne grâce, elle 
fut toute rauie,&:ne luy fift aucun dcfplaifir.C'eft,dic 
clic 5 cefte beauté ôc bonne grâce qui a charmé mon 
mary,&: qui pourroit charmer les Dieux. Et àvray di- 
re les beautcz qu'on voit en tout ce monde ,& en ces^ 
parties,fonc les rayons de la beauté dîuinc,6cnepcuc 

O O iij 



DES SORCIERS 

la bcautc venir que deDieu.Mais on n'a iamais veu Sor 

ciere qui air peu par charmcs^ny autrement defguirec 

fon vilage pour fe faire plus belle qu'el le n'eftoit: ains 

, , au contraire on dict en commun Prouerbe, Laide co- 

lt.de Slib 10. n • 1 r • r» n / 

me vne Sorcière ,& de raict Cardan qui a elle en ré- 
putation d'eftre grand Sorcier^à remarqué qu'il n'en a 
point veu qui ne fufl: laide y ce que ic croy bien. Car 
i.inhkdere- niefmes Cardan n'a pas nié que fon père ^ ne fuil ei'âd 

rumy^rieU- . ,., r n n r il i 

tec.adjînem,^^^^^^^ & qu il ne reult cnecitale quand il vouloir, 
qui cft plus que fon percn'auoitfai6l:l!di6l: auffiquc 
les efprits malings font puants , & le lieu puant la où 
ils frequentctjCelafe voit par infinis procès^ & princi- 
palement au procez d'Abel de la Rue, exécuté à more 
pararreftdelacourt, 1581. ilconfefTaque le diable 
s^apparoiflbit à luy,en figure d'homme blcfme &: fort 
puât de corps &: de l'aleine & que la première fois il le 
porta du conuent des Cordcliers de Meaux,fous le gi- 
bct:duquel gibet il eft a prefumer qu'il auoit pris ledit 
corps mort,&: croy que de la vient que les anciens ont 
appelle les Sorcieresy^rew/^ey , ôc:Ies Gafcons fetillereSy 
pour la puanteur d'icelles , qui vient comme ic croy 
de la copulation des diables , lefquels fouuent pren- 
nent des corps des pendus, ou autres femblables pour 
les allions charnelles & corporelles.xome aufli Vicrà 
remarqué que les perfonnes demoni^iques font fore 
puantes. Et combien qu'Hypocrates péfaft que les dé- 
moniaques fuffent frapez du mal caduc, fi eft-ce qu'il 
dit qu'ils font puants , enquoyonpeut iuger que les 
fémes qui de leur naturel ont l'aleine douce beaucoup 
plus que les hommes,parraccointa;nce de Sathan en 



LIVRE TROISIESME. 148 

deuiennent hideufeSjmornes,laicies, & puantes outre 
leur naturel. Qui n'eft point feulement remarqué par 
Hippocrate,ains aufli par Lucian lequel fe mocquanc 
d'vn Sorcier qui auoitchaffé le diable du corps d'au- 
truyjil dit,que le diable eftoit pluftoft forty de la pua- 
teurdu Sorcier que de {es coniurations.Et au contrai- 
re les anciens parlant des Anges & bosefprits difoiéc 
■ué mbrofium foirant à fummo l^crtice odorem. Et quât aux 
plaifirsdefirez par elles , &: de ceux qu'elles aiment 
nous auons monftré cy deflus , de plufîeurs qui ont 
efté prifes j & conuaincues d'cftre Sorcières , par leur 
confeffion , qu'elles ontaufliconfeffé , qu'elles font 
abandonnées à Sathan par copulation charnelle. Oc 
auecdefplaifirjtrouuansieneïçay quelle feméce fort 
froide, comme elles ont dcpofé. Sprangerefcrit qu'il 
a faid le procez a vne infinité de Sorcières , qui toutes 
ont confeiîé auoir eu copulatio auec Sathâ , & fans en 
cftre enquifes.Il n'cft pas à prefumer fî elles trouuoiéc 
mieux qu'elles s'addonnailent à tels amoureux,qui les 
tourmentent iour& nuid: , fi elles ne continuent au 
feruicedeleur maifire. Quant à la faueur qu'on défi- 
re auoir des perfonnes , onvoid que telles gcnslont 
fuis&hays à mort. Et me fouuientque dcfchellcs 
Manfeau eftant en la prcfence d'vn Roy,fift vh trai(£t 
de fon meftier , qui eftonna le Roy àvray dire, car 
il faifoit fortir les chcfnons d'vne chaine d orde loin, 
èc les faifoit venir dedans fi maili^ comme il fem- 
bîoit, & neantmoiris Li.chaincre trouua depuis ennc- 
re.'Mais aufii toft lie Roy le fiil forcir ^ 6: ne \c voulue 
oncques voir, tellement que au lieu û cftre fauory^on 



DES SORCIERS 

luy fift fon procez , & fut condamné comme Sorcier 
parlePreuoftde l'Hoftel , comme nous auons di6t 
cydelFus. Quant aux honneurs & dignitez, onvoid 
qu'il n'y a gens plus mcfprifez ny plus abhomincz que 

tnlihrù ' ^^^^ '^' -Aufli liions nous en Samuel vn trai6b que les 
•'m3«'?nD anciens Hebrieux ont bien remarqué, où Dieu parle 
ainfi.Ccluy qui me fera honneur^ie rhonoreray,Ô<: cc- 
luy qui me contemnera ie le feray mèfprifcr &: vilipé- 
dcr. Ce n'eft pas la parole dvn homme j c'eft la pa- 
role de Dieu j qui ell plus certaine que toutes les de- 
monilrations du monde.O fi les hommes ambitieux 
fçauoient ce beau fecret, combien ils magnifieroient 
la gloire de Dieu, pour ell:re louez àiamais , &: com- 
bien ils craindroient def-honorerDicu j pourneftre 

suei-^n^cro. j^çÇp^^Çç^ ^: diiïamez.Suetoncdi6t qucNeronfut vn 

des plus grands Sorciers du monde,me{prifant toute 
religion : y eut-il iamais homme plus mefpriféjplus 
vilipendé,plus cruellement traittéqueceftuy-là? Car 
Dieu non feulemét le précipita en la fleur de fon aage 
de 3 i.ans du haut lieu d'honneur,oLiil auoit colloque 
auparauant qu'il fufl: Sorcier, ainsauffi il fut delailfé 
de tous fes amis, Se gardes, ôc feruitcurs domcftiques, 
6^ condamné à eftre flcftii tout nud à coup de ballon 
tant &: fi longuement, que la mort s'en enfuyuifl : &c 
pour cuitervne mort fi cruclle,il fut contraidife tuer 
foy mefmc.Mais quel mefpris, quel def-honeur:quel- 
levillcnieplus derellable peut on imaginer, que cel- 
le que foutlrent les Sorciers cftans contrains d'adorer 
SarhanenguifcdeBoucpunnt, ôc lebaiferenlapar- 
tie,qu'onn'ofeefcrire, nydire honeftcmcnt/cc qui 

me 



LIVRE TROISIESME. 749 

me femblcroit du tout incroyable, fi ie ne Feuffelcu 
es confcffions &c conui6tions d'infinis Sorciers exécu- 
tez à more. Il f en eft trouué d'autres qui au lieu d'atti- 
rer la faueur&: amour de ceux qu'ils defiroient^ils les 
ont faicl mourir ou renduz furieux, ou malades à l'ex- 
trémité comme il aduint n'a paslong temps d'vn qui 
ietta vn billet au iein d'vne fille qui en fut à vn poind: 
près de la morr,& par arreft confîrmatif delà fcntcn- 
ce du Bailly de Tours, fon procez luy à efté fai6b ex- 
traordinaircment.Icy dira quelcun, que depuis Sylue- 
ftre fécond, iufques à Grégoire feptiefmc inclufiuc- 
mentj tous les Papes ont eltéSorciers^ comme nous 
lifons en Naucler & Platine. A quoy ic refpond que 
le Cardinal Benon,qui a remarque les Papes Sorciers, 
n'en trouuequecinq,àfçauoirSylucf!:re fécond, Be- 
noiftneufiefme,Ican vinticfme, & vint vniefme,& 
Grégoire feptiefmc. Encores de tous ceux la, Augu- 
ftin Onophrechambrier du Pape, qui a receuilly di- 
ligemment du Vatican, & des anciens re^iftrcs Ihi- 
ftoire des Papes , n'en me6l que deux , a (çauoir Syl- 
uellre fécond, & Benoift neufiefmc:Et toutesfois Be- 
noill fuft chaflé du fiege, auquel il edoit paruenu par 
la faueur de deux oncles Papes. Et quant àSyluellre, 
qui fappelloit Gilbert , c'elloit vn moyne de Fleury 
fur Loyre,qui auoit Ci bien eftudié en fa ieunefle^qu'il 
fuft Pedagoge de Robert Roy de France, de Lothaii^ 
Duc,&:d Oihontroifiefme Empereur, qui le firent 
Pape, & non pas Sathan, comme penfent (es mifera- 
blés Sorciers;&r neantmoins Sylucilre [c repentit fup- 
pliant à la fin de fcs iours, qu'on luy coupall la langue 

pp 



DES SORCIERS 

6c les mainSjqui auoicni: facrific aux Diables. Or il co- 
fefla qu'il ne feftoic voueau Diable que depuis qu'il 
fut Aicheuefquc de Reims. Il faut donc conclure que 
toute puifTance, honneur, & dignité vient de la main 
de Dieu : &c le vray plaifir & contentement afleuré de 
la tranquillité de l'efprit que Dieu donne à ceux qui fe 
fient en luy : duquel plaiiîr les cfprits pofTedez de Sa- 
than ne fentiront oncques vne eltinccllcjcftans cruel- 
lement 5 &c affiduellement tyrannifez en leur amc. 
Quand aux vidoircs que les Princes fouhaittent tant 
ôc pour lefquclles les plus mal aduifez demandent 
confeil aux Diables, ie n'en parleray plus, ayant par 
infinis exemples faiâ: cognoiftre que le Prince qui 
aura inuoqué Sathan pour c'cft efted: il fe peut affeu- 
rer de fi ruine : toit en bataille, foit en combat. Qui 
eft pour Icuer le fcrupulc à ceux qui cherchent cu- 
lieufemcnt fi les combattans font poindb garnis de 
billets ou d'elpces charaârerifces par Magie.Et de fai6t 
nous trouuons encores le ferment que faifoient noz 
pères cntrans aux combats qui fe tenant la main iu- 
roientDieu fvn après l'autre qu'ils n'auoicntny pier- 
re, ny bref, ny herbe pour vaincre, ains par l'ayde de 
Dieufcul&de leur bon droidl. Quelques Allemans 
portent des chemifes coniurees auec figures de Dia- 
bles : qui font toutes impietez qui les attirent en 
ruine. Quant aux richeffcs , on fcait aflcz qu'il y a 
de grands threfors chachez , ôc que Sathan n'i- 
gnore pas les lieux où ils font , comme il eft tout 
[ certain. Et neanrmoins il n'y eut oncques Sorcier 
1 qui gaignaft vn Efcu à fon mefticr, comme ils font 



LIVRE TROÎSIESME. 150 

d'accord. Or orivoid ordinairement que les riches 
qui fe font Sorciers pour enrichir d'auantage , dé- 
clinent enpoureté: &ceux qui font poures demeu- 
rent bchftres toute leur vie. Auffi ejfl il bien certain 
que les biens en l'Efcriture fappcllent benedidions: 
parce que Dieu les donne. Ainfi difoit lacob à fon 
Frère Efau , prens de la benedidtion que Dieu m'a 
donné , luy faifant prefent de fes troupeaux que 
Dieu luy auoit iuflemcnt acquis. Mais pourquoy 
Sathan ne départ de fcs threfors cachez en terre à 
fes cfclaiues : pourquoy les laifTe il mourir de faim, 
& mendier miferablement leur pain ? Il faut bien 
dire e]ue Dieu ne le veut pas , Ôc que le Diable n'a 
pas la puifTance. Car par ce moyen il femble qu'il 
attireroit beaucoup d hommes à fa cordelle. Et de 
fai6l eflant à Thoulouze Oger Ferrier Médecin , 
print à louage vne maifon près de la Bourfc bien 
baflic , &c en beau lieu, qu'on luy bailla quafi pour 
néant l'an mil cinq cens cinquante huicft ^ d'autanc 
quil y auoit vn Elprit malin qui tourmentoit les lo- 
cataires : mais luy ne fen foucioit non plus que le 
Philofophe Athenodore^qui ofa demeurer feul en 
la maifon d'Athènes , qui eftoit deferte de inhabi-^^''^- ^'^■'^- *'* 
tee par le moyen d'vn Éfprit. Oyant ce qu'il n'a- ^^'^' 
uoit iamaispenfé , &c qu'on ne pouuoit aller lèure- 
ment en la caue , ny repofer quelqucsfoisjl fut ad- 
uerty qu'il y auoit vn ieune Efcolier Portugais qui 
ciludioit lors à Tholouzc , ôc qui faifoit voir fur 
l'ongle d'vn ieunc enfant les chofes chachees ; l'Ef- 
colier vfa de fon mcftier, de la fille enquife did , que 

Pp i) 



DES SORCIERS 

elle voyoit vne femme richement parée de chefnct dc 
dorures, &: qui tenoic vne torche en la main près d'vn 
pillier, le Portugais diilau Médecin, qu'il fift fouir en 
terre dedans la caueprcs du pillierôs: qu'il trouueroic 
vntrefor. Qui fut bien ay(e, fut le Médecin, qui Hc 
fouir: mais lors qu'il efperoit trouuer le trefor,il (e 
leua vn tourbillon de vent qui foufla la lumière ^ ôc 
forcit par vn (oufpirail de la cauc, &c rompit deux toi- 
zes de créneaux qui eftoicnr en la mailon voyime, 
don: il tomba vne partie (ur l'olteuant, ô^ l'autre par- 
tie en lacauepar le fou fpi rail, & fur vne femme qui 
portoit vn cruche d'eau, qui fut rompue. Depuis l'el- 
prit ne fut ouy en forte quelconque. Le iourfuyuanc 
le Portugais aduerty dufiid, diâ: que l'efptit auoic 
emporté le trefor,& qu'il icimcrueilloitqu'iln auoic 
oftcncé le Médecin lequel me conta l'hilloire deux 
iours après, qui eiloit le quinzief me Décembre m.d. 
L V 1 1 1. ellant le ciel ferain Se beau^comme il eft ordi- 
naire aux iours Alcyoniens, & fut voir les créneaux 
de la maifon voyfine abattuz,& l'ofteuant de la bouti 
que rompu. Les anciens Hebricux ont tenu que ceux 
qui cachent les trefors en terre, &c meimement ceux 
qui font mal acquis, fouffrent la damnation ôc iufte 
peine dc leur impieté près de leurs trefors, eftans pri- 
uczde lavifiondeDieu: ôcpour ceftecaufe qu'il y a 
vne maledicSbion en rEcclcfiartique cotre ceux-là qui 
cachent les trefors en leur ruine. Phil ppc Mclanch- 
thon recite vne hiftoirequafi femblable: c|u'il y eut 
dix pcrf mnes à Magdcbourg tuez de la ruine d'vne 
tour, lors qu'ils folloy oient pour trouuer les trefors 



LIVRE TROISIESME. 151 

que Sathan leur auoit enfcigncz.Ec Georges Agricola 
au liurc qu'il a faiâ: des Efprics fubterrains, cfcrit que 
à Aneberg en la mine nommée Couronne de ro(e,vn 
efpric en forme de cheual tua douze hommes : telle- 
ment qu'il fit quitter la mine pleine d'argent que les 
Sorciers auoienttrouué à l'ayde de Sathan. l'ay ap- 
prins aufïî d'vnLyonnois qui depuis futChapellain 
de l'Eglife noftre Dame de Paris,que luy auec Tes com 
paignons auoicnt defcouuert par Magie vn trefor à 
Arcueil près de Paris : mais voulant auoir le coffre où 
il eftoit, qu'il fut emporté par vn tourbillon 5 & qu'il | 
tomba fur luy vn pan dcmuraille5dontilcl]:,& fera ' 
toute fa vie boiteux. Et n'y à pas long temps qu'vn 
Prefl:re, de Noremberg ayant trouué vn trefor à l'ay- 
de de Sathan, ôc fur le poin£t douurir le. coffre fut 
accablé de la ruine de lamaifon. Ce n'efi: pas chofe 
nouuelle de chercher lestrefors par Sorcelleries: car 
mefmes la Loy did:,que les trefors n'appartiennent 
pas à ceux, qui buniendis Cacrifciis :, aut alia quauls artei. •)inica do 
^rohibita fcmtantur. Ce font les termes de la Loy : Et '^C/'*''* ^'. 
défend pour mefme caufe d'obtenir lettres & permit 
fion du Prince pour fouir en la terre d'autruy. l'ay 
fçeu auffi d'vn praticien de Lyon, que ie ne nommc- 
ray poin6t , combien qu'il le contoit tout haut en 
bonne compagnie, que ayant cfté auec fes compai- 
gnons la nuid pour coniurcr &: chercher vn trefor, 
comme ils auoicnt commencé de fouir en terre, i/s 
ouyrent la voix comme d'vn homme , qui cltoic 
fur la roue près du lieu où ils chcrchoieiir, criant eC- 
pouuentablemcnt y Aux larrons : Ce qui le mit en 

Pp lij 



DES s ORCIERS 

fuite. Et au mefme inftant les malings Efprits les pour 
fuiuircnt batans iLifqucs en la maifon d'où ils elloicnt 
fortis, <^" entrèrent dedans faifantvn bruit fi irrand, 
que l'hofte penfoit qu'il tonnaft. Ainfi void on que 
les malings Efprits qui font le plus fouuent gardes 
des threfors, ne veulent pas, ou pour mieux, dire, que 
Dieu ne fouffre pas que perfonne par tels moyens 
puiffe enrichir. Àufli les Hebrieux difcnt que ceux | 
qui font morts à regret , infcnfez d'vn amour furieux | 
d eux mefmes , fouftrent leur enfer, comme on diâr, 
au fepulchre, ou au tour de leur charongne, à fin que 
par la luftice de Dieu éternelle chacun foit puny en 
ce qu'il a ofFencé.Et qui plus eft, les fouffleurs Alche- 
miftespourlaplufpart,voyans qu'ils ne peuuenr ve- 
nir à bout de la pierre Philofophale, demandent con- j 
fcil aux Efprits , qu'ils appellent familliers. Mais i'ay 1 
fçeu deConftantin,cfl:imé entre les plus fçauans en ^ 
la Pyrotechnie, & art métallique, qui foit en France, 
&c qui eft affez cogneu en ce Royaume, que fcs com- 
paignons ayans long temps foufflé fans aucune appa- 
rence de proffit, demandèrent confeil au Diable fils 
faifoient bien , ôc fils en viendroicnt à bout. Il feic 
refponfeen vn mot, Trauaillez. Les fouffleurs bien 
aifes continuèrent, Ôc foufflerent fi bien qu'ils multi- 
plièrent tout en rien & foufflcroient cncores n'euft 
efté que Conftantin leur dift , que Sathan rendoic | 
toufiours les oracles à double fens,& que ce mot Tra- 
uaillez vouloit dire, qu'il falloir quitter l'Alchemie ôc 
femploycrau trauail , &:honnelîc exercice de quel- 
que bonne fcienccpourgaigner fa vie > &:quec'eftoic 



LIVRE TROISIESME. 152, 

vnc pure follie de penfer contrefaire l'or en fi peu de 
teiDps, veu que nature y employé mille ans. Et par 
mcfmes moyens il faut dire à ceux qui veulent auoir 
les fciences par art Diabolique, Trauaillez, ou com- 
me noz pereSjTreCveillez : ainfi difoit Lucilius noéles 
^igilate ferenas ^ &c prier Dieu qu'il donne heureux 
fuccezà noftre labeur, qui eft le poind principal. le 
mettray encores la rcfponfe que fift leanne Bonnec 
de Boifly qui fut condamnée d'eftre bruflee le x 1 1 1. 
lanuier m. d.lxxxiii. qui confefla que le Diable 
luy diloit iour & nui(5t,qu'clle creuft en luyj& qu'il la 
feroit riche, &: luy bailleroit des poudres pour ietter ça 
ôc là, & parloir à elle fort rudement & la poufloit fort 
quand elle ne fe haftoit d'obcïr: &c neantmoins elle 
mourut en extrême pauuretc encores que le Diable 
ne luy parlaft que de l'enrichir. Dcquoy nous aduer- 
tiftSalomon au commencement du liure deSaeelîe, 
OU il inuite vn chacun , & leur déclare le plus beau fc- 
crc6l qui fuft iamais ; ôc le vray moyen d'acquérir Sa» 
gefTe^c'eftjdid-il^de la demander à Dieu de bon cœur, 
ic fier en luy, &c ne le tenter poind. Et fi adioufte l'o- ^''F- S-^f wi- 
raifon qu'il fid à Dieu^ Auilî Moy fe Maymon tient ''^'^' 
pour vne dcmonftrarion tref-eertaine , que iamais 
homme ne congnoiftra la Sagcflc diuinc , qui tire 
après foy la fcience Se les vertus Morales , comme 
di<5b Salomon au chapitre huidiefrne de la Sao-cfie, 
fil ne f humilie deuant Dieu fans feinte. Or nous a- 
uons monftré cy dcflus, qu'il n'y a poinâ; d'hommes 
plus ignorans que les Sorciers, &c qui meurent ordi- 
nairement furieux 6i enragez, ôc ne font iamais plua- 



DES SORCIERS 

infenfez que alors que Sathan les pofleclc. Qui ma 
quelquestois cftonné^ccftauclespcrfonnages fore 
dovflcs le font précipitez es fillets du Diable pour fça- 
uoir d'auantagc corne Hcrmolaus Barbarus,& Geor- 
ges de PlaifancCjinuoquerent le Diable pour fçauoir 
ce que Ariftotc :iuoit entendu par le mot ivTeXl'^eicù 
2Linii que nous lifons en Crinitus : mais ils fcn retour- 
nèrent plus ignorans; Si ondidlquc Sathan eftfça- 
uant pour auoir longuement vefcu , ainfi que dict 
Saincl Auc^uftin, comme de faidt les Diables defcou- 
urenc quafi ce qui fe fai6b icy bas, & fçauent trelbien 
iufquesau moindre pcché remarquer, voire calom- 
nier la vie des Sain6lsperfonnagcs: Quand i'accor- 
deray qu'ils fçauenc la vertu des plantcî>, des métaux, 
des pierres , des animaux , le mouucmcnt & la force 
des Aftres ce qui n'efl pas : Car il eft did: en lob que 
la fageflc n'efl: poin6t es oyfeaux du Ciel, c'cfc à dire es 
Démons, comme quand il efl; di6t en Salomon que 
fil y a quelqu'vn qui penfe mal du Roy,en fon li6bjes 
oyfeaux du Ciel le raporteront : c'efl: à dire que fil y a 
perfonneqyi penfeenfoname qui eft: au corps com- 
me en vn licl,quelque chofe contre Dieu, les Démons 
lereuclentàDieu.CarlemotdeRoy,fignifieDieu, & 
Toyfeaufignifielc Démon: Mais le but du Diable efl 
de nourrir les hommes en erreur & io-norance exrre- 
me, comme le feul comble de tous malheurs. C'efl: 
pourquoy ils donnent toujours des bourdes 6c mcn- 
teries à leurs fcruiteurs, ou des parolles à double fcns. 
g C'efl: la façon des tyrans de nourrir les fubiets en ex- 
trême ignorance &:bcfl:ife^ craignant fur tout qu'ils 

ouurenc 



LIVRE TROISIESME. in 

ouurent les yeux pour fc depeftrer de tel maiftre. Or 
fil cd ainfi, comme la vérité eft telle que le Diable ne 
peut,ou qu'il ne veut enrichir, ne donner les threfors 
cachez, ny la faueur des perfonnes, ny la iouïflance 
des plaifirs , ny la fcicnce , ains feulement la vengean- 
ce contre les mefchans,5«: non toutesfois contre tous. 
Quel malheur peut effcrc plus grand que fe rendre cf- 
claue de Sathan pour fi peu de recompence en ce mo- 
de, &: la damnation éternelle en l'autre? Mais dcuant 
que conclure ce chapitre, iemettray encorcs vne lii- 
ftoire mémorable defraifche mémoire. Il fctrouua 
vnfignaléSorcicràBlois, l'an mil cinq cens feptante 
fept , au mois de lanuier , qui eftoit de Sauoye , &c fe 
faifoit nommer le Compte, 6i neantmoins il n'auoit 
ne feruiteur ne chambrière. Il prefenta requcfle au 
Roy, qui fufl: rcnuoyé au priuc Confcil , par laquelle 
il promettoit faire multiplier les fruidbsà cent pour 
vn: (au lieu que la meilleure terre de France ne rapor- 
te que douze pour vn ) en greffant les fcmences de 
certaines huyies qu'il enfcigneroit, à la charge que le 
Roy luy donneroit la dilme , ôc l'autre difme demcu- 
reroit au Roy pour eft:re( comme il difoit) incorpo- 
rée au domaine inahenable. Il promettoit aufli enfei- 
gncr l'Arithmétique en peu de temps. l'eftois lors à 
Blois aux Eftats : la requelle fut entérinée par le priué 
Confeilj & lettres patentes expédiées aux Pailemens 
pour cftre publiées & enreoiftrces. l'en ay apporté la 
copieaLaon, que i'ay communiqué à pluficurs. La 
Gourde Parlement de Paris n'en fiPc conte non plus 
que les autres Parlemens. Mais il failloit,ce me fem- 

03 



DES S O RCIERS 

blc, décerner prife de corps contre le Sorcier, &:Iuy 
faire ôc parfaire ion proccz. Car il elloit vray Sorcier, 
comme i! fut defcouuert par l'vn des Commis de Phi- 
fes Secrétaire d'Ellar , auquel il vouloit monflrer le 
moyen de cognoidrc les cartes fans les voir. Mais il 
fe tournoi: à toutes qucllions contre la muraille a 
rcfcnrr,Tnarmotant aueclc Diable jÔc puis difoit les 
pomdls des cartes. Ce que toutcsfois plufieurs Sor- 
ciers font par l'intelligence fccrette de Sathan^ fins 
parleraluy.-commcplufieurs ont veul'Afcot des plus 
fignalez Sorciers de fon aage:qui difoit les poin6bs 
de quartes que chacun de ceux qui elloknt prefens 
penfoit. Mais vn iour Pierre Capony, i'cftant retiré 
de Florence en Angletcrre^trompa l'Afcot^ayant dit à 
ceux qui l'Afcot deuoic venir voir,qu ils diflent qu'el- 
le carte ils prcndroient au parauant que l'Afcot full 
venu: ce qu'ils firent.Peu aprcs^l'Afcot vint pour faire 
i^s tours, èc leur dift qu'ils penfalTent chacun v ne car- 
te, ils dirent qu'ils l'auoient pcnfe : Alors il le trouua 
court, &: ne peut rien deuiner, icttant les cartes. Pierre 
Capony m'a conté l'hiftoirc. Et pour retourner à no- 
ftre homme qui promertoit abondance: il faidbicn 
à renisirquer que Sathan vouloit faire fon proffît de 
la fertilité ôc abondance des biens de l'année m. d. 
Lxxvii I. qui a eftédes plus belles qui fut dix ans 
auparauant, à fin que le monde oftaft la fiance qu'il 
a en Dieu , que c'eft luy oui enuoye la fertilité , & 
la famine: qui me faidt croire que les Diables peu- 
uent auffi par mefmes moyens, prcuoyar^t les tem- 
peftes ôc famines faire croire aux Sorciers qu'ils fonc 



LIVRE TROISIESME. i^ï 

venir la tempcftc Ôc famine. C'cft pourquoy Oui- 
dcdifoic, 

Carminc Ufa (^eres flcrilcm vanefcit in herbam. 
JUcibus glandes i cantatame uitibiis vua 
"Deciditj (^ nullo poma mouente jiuunt. 
On me dira fi ceux qui iouenc à la prime &: aux 
flux , fçauoient le fecrec des cartes ^ ils fcroyenc ri- 
ches : le refpons que tous ceux qui ont efcrit & faidt 
le procez aux Sorciers, tiennent pour maxime indu- 
bitable^ que toutes les fouplelTcs & tours de pafle à : 
pafTc, que le Diable leur apprend, ne fçauroient les ' 
enrichir d'vn Efcu : &: fe trouue (buuent par la confef 
fion des Sorciers, qu'au lieu que Sarhan leur ayant 
remply la main d'or ou d'argent, qu'ils mettoienc en 
leur bourfe , ils y trouuoicnt du fom , & fils gaigncnt 
vnEfcu d'vn cofté,ils en perdront dix d'autre codé. 
Vray cft que les Sorciers feront rire , & non pas tous, 
& donneront eftonnement à ceux qui les voyent, 
comme fift vn iour le Sorcier Def efchellcs , qui diâ: 
àvn Curédcuant fès parroiffiens: Voyez cell: hypo- 
crite qui fai6t fcmblant de porter vn brcuiaire,^: por- 
te vn ieu de cartes. Le Curé voulant monltrer que c'e- 
ftoit vn brcuiaire , trouua que c efloit vn ieu de cartes 
ce luy fembloit : & tous ceux qui elloient prefcns le 
penfoient auHi , tellement que le Curé ietca fon bre- 
uiaire, & fen alla tout confuz en foy mcfme. Toft 
après il furuinr, quelques autres qui amaiïerent le 
breuiaire , qui n'auoit ny forme ny femblance de 
cartes : en qucy on appcrccut que plufieurs adions 
de Sathanfc font par iiIufions,6<: neantmoins qu'il 



DES SORCIERS 
ne peut pas eitlouïr les yeux d'vn chacun. Car ceux 
qui nauoient poindtcftcau commencement, quand 
le Sorcier elblouïc les yeux des allîllans , ne voyoienc 
qu'vnbreuiaire,&: les autres voyoient des cartes fi- 
gurées; comme il aduint aufii, que fil y a quelque 
homme craignant Dieu , & fc fiant en luy , le Sorcier 
ne pourra luy defguifer les poin6ls des cartes, ny faire 
les iliufions en ù prefcncc : Bricf pour monibcr qu cl- 
ic iilue les Sorciers doiuent efperer , il né faut que 
voir rifluë des plus grands Sorciers qui furent onc- 
ques: comme de Sy mon le Magicien, qui fut préci- 
pité par Sathan, l'ayant efleué en l'air :deNeron ôc 
Maxence, les deux plus grands Sorciers qui furent 
entre les Empereurs. Le premier fe rua , le voyant 
condamne, l'autre fe noya. LaRoyne lezabcl Sor- 
cière fi^^nalce fut manece des chiens.-Methotis le plus 
grand Sorcierdefonaap-e enNorucgue luftdemem- 
breparlepcuplc, commeefcrit Olaus. Et vn Comte 
de Adafcon emporté par Sathan deuant tout le peu- 
ple: &: le Baron de Raiz brufîé comme pluficurs Sor- 
ciers, l\: en nombre infiny ont elle brûliez tous vifs. 
Ainfi donc pouuons nous recueillir que Sathan ne 
peut de foy-mefme faire rien qui vaille. Mais qu'il 
peut par la pcrmilfiondeDieu nuire, ofFencer, tuer, 
meui:trir hommes Se belles. Brief qu'il n'a rien que la 
vengeance, & fur certaines perfonnes , comme i'ay 
noté cy dclTus d'vn Pradicien fuiuy du Diable à la tra- 
ce, & qui n'auoit poindl de repos : qui me confefla 
franchement que le Diable ne luy auoit iamais rien 
appris , ny faid gaigner vn Efcu^ ains feulement à fe 



1 



LIVRE TPvOISIESME. 155 

venger. Mais difons fî les Sorciers peimcnt nuire à 
toutes perfonncs indifrercmmcnc, ôc aux vns plus que 
aux autres ; par ce qu'il me femble^que ce poincl n eft 
pas affez bien efclarcy. 

Si les Sorciers fcuuent nuyre aux njns fins 
que aux autres. 
Chap. iiii. 
.#fc^'^ E s Théologiens font plufieurs quc- 
^^f (|^ fiions , & trois entre autres fur le faid 
u^^feÊ ^^^ Sorciers. La première, pourquoy 
les Sorciers ne peuuent enricihir dé 
leur nicflier. La féconde, pourquoy 
les Princes, qui en ont à leur fuitte, 
ne fen peuuent feruir pour tuer &defFaire leurs en- 
nemis. La troifiefme , pourquoy ils ne peuuent nui- 
re à ceux qui les perfecutcnt. Quant à la premiè- 
re , nous Fauons touchée au précèdent chapitre. 
Quant à la féconde, les Théologiens difent que les 
Anges, que Dieu à choifis pour laconferuation des 
Roys &: Royaumes , empefchent l'efFort des maléfi- 
ces, & que les vidoires font en la main de Dieu , qui 
f appelle le grand Dieu Sabaoth : c'eft à dire , D^eu 
des armées, non feulement pour la puifTimce qu'il à 
fur les aftres 6^ Anges celeftes , qui l'appellent armées 
en l'Efcriture : ains aufTi fur les armées des Princes. Et 
tant f en faut que les Princes qui le fcruent de Sorciers 
puiilent vaincre leurs ennemis , que les anciens ont 
remarqué pour maxime indiibitable, eue fil y a deux 
Princes en guerre , celuy qui^aydcia des Sorciers ^ 
fera vaincu. Et le Prince qui i^^nquicrr au D.ablc 



DES SORCIERS 
de (on eftac & de fes fucccffcurs , pcrira mifcrable- 
menc auec tous les fîens.Car Dieu les void &: en pren- 
dra la vengeance. Et ne faut pas dire comme le tra- 
ducteur du premier Pfalme. Et jmur autant qu'il n'a ne 
Joing ne cure des mal njïuans. Mais il faut ^ ce me femble, 
traduire ai nf], 

Et pour autant que les malings nont cure 

1l>h Dieu njiuant , les chemins qu'ils tiendront ^ 

Eux CjT leurs fkiéls en ruine tiendront. 
Laquelle traduction eft conforme au Pfalmc tren- 
te-quatricfme,oii il eftdid. 

Dieu tient (on œil fiche 

Sur Us mefchanSy &' fur leurs jki fis : 

yî fin que du monde a iamais 

Leur nom foi t arrache. 
l'en pourrois mettre mille exemples-, mais ic me 
contenteray de deux ou trois. Pompée le Grand auoic 
tout l'Empire des Romains, ôc tous les plus grands 
Princes 5c Roys à fa dcuotion, Si trente Légions pour 
cinqoudxqu'enauoitCxfar, quand il luy donna la 
bataille, lors qu'il eftoit reduicSb à telle extrémité , que 
fon armée mouroit de faini:, ayant la mer ôc toutes 
les villes clofes contre luy ; Neantmoins Pompée fe 
voulut encores ayder des Sorciers : ôc de faidt on 
luy addreffa Erichtho Theflalienne , la plus grande 
Sorcière de fonaage , comme on peut voir en En- 
can. Chacun fçait Tiflué miferahlc, qui luy aduinc 
tofl; après, ayant toute fa vie efté vidlorieux en Eu- 
rope, en Afîe, en Afrif|ue,&: plus cncoîcs fur toute 
la mer Méditerranée. Ariouille General de l'armée 



LIVRE TROISIESME. j^6 

Tudefque, qui n'efloic pas moindre de quatre cent 
mille hommes, prenant confeil des Sorciers d'Alle- 
maigncy(cardc tout temps ce pays là enacflérem- 
ply ) fut ruiné de tout poindt par Cxfar , qui le moc- 
quoit des Sorciers. le laiiïe Néron, Domitian, & in- 
finis autres, qui tous ont eu miferable fin pour mcf- 
mes caufes. Mais ie ne puis laifler vn grand Prince de 
nollre fieclc , lequel ayant voulu voir les armées de Ces 
ennemis par moyens illicites , &c fçauoir d'vn dcuin 
riffuë de la bataille , Sathanluy donna vn Oracle à 
double fensjfiir lequel feflant arrclléfut miferable- 
ment dcfFaid:, le tiens aufli de bon lieu quand fon 
petit fils eftoit malade à l'extrémité, on demanda lors 
à vn Sorcier ce qu'il en aduiendroit. Il dift qu'il leur 
failloic enuoyer c]uerir de plus grands maiflres que 
luy en Allemaigne, pour fçauoir ce qui en aduien- 
droit : car entre les Diables , &c entre les Sorciers , il y 
en a qui font plus habiles les vns que les autres. Bien 
tort après les Sorciers vindrent, «S^: quelque bonne et 
perancc deguarifon qu'ils donnalîcnt, fi mourut iL 
Et ceux qui fen font feruis, n'ont laiflé de ruiner mi- 
ferablement.Or fi les Sorciers &leurmaiftreauoicnt: 
puiiTance de nuire à toutes perfonncs,lesRoys en fe 
ioiiant auec des images de cire, ou des fajettes tirées 
en l'air, ou d'vnc parolle , ou du vent de leur efpce 
tucroient leurs ennemis. Mais tous demeurent d'ac- 
cord par l'expérience de toute l'antiquité , que le j 
Prince, quand il auroit tous les Sorciers du monde, | 
ne fçauroit faire mourir par Sortilèges les Princes I 
eftrangers,ny fes ennemis, fo y ent boas ou mcfchaiis> * 



DES SORCIERS 

Il y a bien plus , les Sorciers ne peuucnt aucuncmcnc 
io^}^o •// "'Jiï'^'^ ceux qui les perfecuccnr. 'Et quant à ce point, 
Dei. Thom.ts Sptangcr &: Nidcr qui en ont faidb bruder vnc infini- 
infecnndxje- te, dcmcurcnt d'accord que les Sorcières ne peuuenc 
an. s. c?-//» ^^^''^^'Jcunement auxomciers deJuIrice, ruilent ils 
m.MmiucH. les plus mefchans du monde. Ec fur ce interrogées^ 
elles depofoient,qu*cllcs auoient faidt tout ce qu'elles 
pouuoient, pour faire mourir les lugesimais qu'il leur 
elloit impoilible. Etdefaiâ: i'ayles interrogatoires 
de Jeanne Hcruillier, ayant affilié au iugement rendu 
contre elle : Au fixielme article elle confeffa que de- 
puis qu'elle eftoités mains de lullice, le Diable n'a- 
uoit plus de puifTance fur elle, ny pour la tirer de pri- 
fon, ny pour luy fauuer la vie.Toutesfois Sprangcr & 
Danneauefcriuentque le Diable ne lailTepas de par- 
ler & communiquer auec les Sorcières , &: leur don- 
î ner confeil de ne rien dire *. &: qui plus cfl: il leur olle 
les fers des pieds & des mains , ce que i auois Icu en 
Philoflrate d'Apollonius Thianeus, qu'on eftimoic 
le plus grand Sorcier de fon aagc , qu'il ofta fes fers 
eftant à Rome en prifon auveu des prifonnicrs: Ec 
pour cefte caufe E)omitian l'Empereur le fit razer 
comme il fe faid: encores en Allemaigne,& le fi 11: dé- 
pouiller tout nud quand il commanda qu'on Tamc- 
nad: en Iugement : mais ie ne pouuois entendre que le 
Diable peu (1 déferrer vn Sorcier, & nepeuH: le tirer 
de prifon, fi mailhc lean MartinXieutcnant de la Prc- 
uoftedeLaon nem'euftafleuréjque faifantle procez 
à la Sorcière de Sainclc Preuuc, qu'il fift brufler toute 
viuc,iliuy demanda pourquoy elle n'efchappoit: clic 

fin 



LIVRE TROISIESME. 157 

jfîft refponfc qu elle ofteroit bien les fers , mais qu elle 
ne pouuoic fortirdes mainsdeiuftice.Etde faidde- 
ftournantlaveuc de l'autre coflé , cUeofta les fers de 
fesbras.-cequieftoicimpoflîblepar puiflancc humai- 
ne. l'ayveuvn autre procès contre lanne mâchant de 
Thierarche qui confeflà qu'elle eftoit fouuent déliée 
enprifon,&n*y auoit perfonne quiladehaft^dequoy 
les iuges & Geôliers s'eftonoient.Elle auoit efté quin* 
zcans Sorcière lors qu'elle fut prife amenée aux Sa- 
bats & danfes auec quatre autres Sorcières y dénom- 
mées. Çeft pourquoy Danaeu en fon petit DiaFo- 
gueefcrit, qu'ilncfautpaslaiflcrlaSorcicre feule en 
prifon , à fin qu'elle ne communique auec le Dia- 
ble , ou que Sathan ne luy donne le charme de filcn- 
ce , c'eft de ne rien confejflèr : duquel charme plu- 
fleurs Sorciers accufés d'homicide :, ôc autres crimes, 
fe fontferuis. l'en ay leu vn exécrable imprimé par 
priuilege ^ ôc qucienemettray point icy, à fin que 
perfonne ne puiffe prendre la moindre occafion de 
faire fon mal profit du fuiet qucie trai6le. Encores efl: 
ilpluseftrangc, que les Sorciers ne fçauroient ietter 
vne feule larme des yeux , quelques douleur qu'on 
leur face: optons les luges d'Allemaigne tiennent ce- 
lle marque pour vne prefomptiontref- violente que 
la femme efl Sorcière. Car on fçait combien les fem- 
mes ont les pleurs à commandement: &neantmoins 
on a apperceuque les Sorcières, ne pleurent iamais, 
quoy qu'elles s'efforcent de fe mouiller les yeux de 
crachats. Encores y a- il chofeellrangeque Spranger 
inquifiteur a remarqué^c'eft à fçauoir que k Sorcière^ 

Rr 



DES SORCIERS 

bien qu'elle foie prifonnierc , pcutcnclincr IcTugcî 
pitié fi elle peut ietter les yeux lui' luy la première.. Ec 
de fai6l le mefme autheur cfcrit que les Sorcières qu'il 
tcnoitprifonnieres, neprioiciu les Gcolliers daurrc 
chofe (î non qu'elles peuflcnt voiries luges nuparauat 
qu'ils parlafl'eiit à elles.Ec par ce moyen tout ceux d'ê- 
tre les iugc? , qui auoient elle veus , auovent hor- 
reur de les condamner,cncorcs qu'ils en cu(Fcnt con- 
damné plufieurs qui n'eftoyent fans comparaifon* a 
beaucoup près fi coulpables. Mais bien tous demeu- 
rent d'accord que les Sorciers ne peuuent nuyrc aux 
o&icrs dciuftice: touiesfois plufieurs Sergcns pren- 
nent les Sorcières par derrière,^ les efleuent de* rcrrc: 
mais les autres fans crainte les vont chercher iufqucs 
dedans leurs tanières. Ceft dbncqucs vn merueilfcux 
fecretdeDieu , & que les iugesdeuroient bien poi- 
fer, que Dieu les maintient fousfaprotcélion , non 
feulement contre la puifTance humaine,ains auflTcon- 
tre la puilfance des malings elprits, Ceft pourquoy 
nouslifonsenlaloy de Dieu: Quand vous iugerez, 
ne craignez perfonne r car le lûgement eft de Dieu: 
Et loram Roy deluda recommandant aux luges le 
dcuoir de leur charge , Regardez bieU;, dit-il, à ce que 
vousiugerez , & vous furuienne que vous exercez 
le iugement de Dieu. Encores en tout I Orient les 

f>artics prennent le bout de la robe de ceux qu'ils veu- 
cnrappellcr deuanilcs luges fans miniftcre de Ser- 
gent, &difent, Allons à; la lufticc de Dieu. Les an- 
ciens Hebrieuxtiennentquc les Anges de Dieu font 
prefeiis.'ôcmefmes François Aluarcz efcrit qu'en ^- 



^ LIVRE TROISIESME. 158 

lliiopiclcs luges fe mettcncaufieges bas, &: laifTcnt 
douze chaires hautes vuides ^ ôc dilenc que ce font les ; 
fîegcsdes Anges. On me dira, peut cftre , que les 
Sorcières prifonniercs peuuent eilrc rauics en ecfta- 
fe , Ôc fe rendre infenfiblcs, comme nous auonsdi6b 
cy de(ius:Ie refponsquiln'cft poffiblc , veu qu'elles 
ne peuuent euirer le fupplice. le mcttray encorcs 

I c'clt exemple aduenuà Cazeres près deThouloufc , 
où il y eut vne Sorcière , laquelle ayant prefenté le 
pain bénit à l'offrande, s'en va ictrcr dedans Tcau , elle 
fufl:tiree:&:confe(ra qu'elle auoitempoifonné le pain 
benift : qui fut ietté aux chiens , & moururent fou- 
dain. Ellant en prifon elle tomba pafmee plus de 
fix heures {ans aucun fentiment, puis fe releua s'ef- 
criant qu'elle eftoit fort lafTe , &c dill des nouucUes de 
plufieurs lieux auec bonnes enfeignesrmais eftant co- 
damnee, &:furle poin6td'e(lrcexecutee,clle appclla 
le Diable, difant qu'il luy auoit promis qu'il fcroit tât 
pleuuoir qu'elle ne fentiroit point le feu : elle ne laiffa 
pas de bruller toute viue. Et par ainfi les luges ne 
doiuent craindre de procéder hardiment contre les 
Sorciers : comme il y en a qui fuyent & tremblent 
depeur,&: n'ofent mefmcs regarder. Côbicnqueles 
Sorciers ne tuent pas la dixicfme partie de ceux qu'ils 
voudroient: & de feidbNidcr elcrir, quVn Sorcier luy 
confelîaparfes interrogatoires , qu'il auoit eftc prieT 
de tuer fon cnnemy,& qu'il employa toute la puiffan- 
ce de Sathan,qui luy dit,qu'il eftoit impofflble de nui- 
reàcefluy-là.Etquâdnous voyosdepetiscnfanstuez 
par les Sorcières ou autres innocês^ilfaut cofîdcrer vn x 

Rr ij 



DE S SORCIERS 

paflage de faind Auguftin au dixhuiclicfmc liurc cha- 
pitre dixhuidlicfme de la Cité Judicia Deiflurimafunt^ 
inquit occulta: inmfla "vero nulla. Il efl: di6l au liure de Sa- 
pience que Dieu extermina les peuples fans difcrctio 
d'aage ny de fcxe, des Amorrheans & Amalecites: car 
dit-il,leur femenceeftoit maudite, ce cjue ie n allègue 
pas pourraifon, & me contente de fçauoirc]uc Dieu 
eft trcf-iufte. Ainfi voit on que les Sorciers n'ont pas 
lapuifTanced'ofFenfer lesmefclians, fi Dieu ne le per- 
met . Comment donques pourroient-ils ofFcnfêr 
celuy: 

^^ienla garde du haut Dieu 

n^ouriamais (c retire f 
Conclus donc en l'entendement^. 

'Dieuejl ma garde feure^ 
Aîa haute tour ërfondement^ 
Sur lequel ie m'affeure^ ërc, 
Siquedenuiél ne craindras point 

Chojequiej^ouuante: 
Ny dard^njfagettequipoinSl^ 

De iour en l'air volante. 
N' aucune pefle cheminant. 

Lors quen ténèbres Comme s: 
Ny maljoudain exterminant^ 
En plein midy les hommes^ 
Quand a la dextre il en cherroit 

Mille ^-^ mille a feneftre. 
Leur mal de toj napprocheroit^^ 

Quel mal que puijfe efire. 
Et tout pour auoir dit a DieUj , 



LIVRE TROISIESME: 159; 

Tu es la garde mienne: 
Et d'auoir mis en fi haut lieu 

La confiance tienne. 
Malheur ne te 'tiendra chercher^r 

Tienfile four choje njraye^_ 
Et de ta maijon approcher 
Me pourra nulle ployé. 
Car il afaiB commandement^. 

A fis Anges tref-dignts. 
De te garder foigrieufiment 
Quelque part que chemines. 
Par CCS mots. Dard ^ fiagette en l'air njolante, ^c. 
N'aucunepefte c/;ewiw^w/^:SalomonTheologié Hcbricu^ 
interprétant le mot awno & le mot nan ef erit que le mot 
Deberfîgnifie le Démon, qui apuiffancecloffenferla 
nuiâ::& Cheteb , qui ofFeofc c-n plein midy. Et de cc- 
ft'ui-cy les Grecs mefmes ont eu grâdfrayeur,commc 
on peut voir es Comment;aires deceluy qui interprè- 
te Ariftophanezwr^w^f/ur le mot g/^'5ry(ûw qu'il èïdo 
cftre le Dcmon de midy S^cLifJiiviov /xco'nyU.Ce^vovrmais 
il s'abufe,car les Lxx 11 . Interprètes tournant ce pafla- 
ge de lefayc qui dit que leluiton criera après fbn com- 
pagnon,ont tourné iiuL^'i(jji>\t mot r\hh qui jSgnific 
le Démon nodturnc du mot r\hh qui eft la nui (5 que 
Nicephore appelle Lcgilo. Theoorite fai6fcaufG men-^ 
tion /^/./^riwo, du Démon de midy. Et me iouuient 
auoir veu au procès d-e leanne Bonnet de BoifE, qui 
confeffa que le Diable luy apparut la première fois au^ 
poind de midy ; & femble que les cloches qu'on Ton- 
ne au poin6t dcmidy,cft pcut-cftre, pris de ecfteaa* 

Rr iiy 



DES SORCIERS 

cicnneopinion , & qucc eft pour induire les hommes 
àdeuotion, &afFoibIirla puillancc du Diable. Tou- 
tesfoisSathaneftiour &nuiâ:aux efcoutes : &:nuift 
au(IîbienIciourquelanui<Sl : laçoic quetout lesan- 
cicns demeurent d'accord, quil a plus de puiflancc 
la nuiâ:,& en dormant qu'en veillant : Comme il 
tua au poinâ; de nuiâ: tous les aifnez des hommes 
ôc des belles en tout le Royaume d'Egyptc,come auflî 
la nuiâ; il tua clxxxv. mil hommes de Tarmcc de Scna- 
cherib.Ce qui eft auflî entendu par le Proucrbe de Zo- 
roaltcjoùildit. Ne fors pas quand le bourreau pafTc: 
non pas que Dieu n'afflige auflî fes efleuz : ce qu'il fait 
quafi afl^ez fouuent; mais tout cela leur tourne à grand 
fruiift, profir, & honneur, comme nous auons didl en 
Iob,auquel Dieu rcftitua la fanté aflcuree,& cent tren- 
te ans de vie bien heurcufe, $c deux fois autant de bien 
qu'il en auoit perdu. Aufli lob difoit: Encores que 
Dieu me tuall , fi efl:-ce que i'auray toufiours efperâcc 
en luy.Ec Salomo au liure de la Sagefle parlât des meC 
chans qui tuent les iuftes pour voir fi Dieu les gardera, 
il dit que les iuftes deliurczdecc monde pour peu de 
douleurjoiiiflent du fruiât de la vie éternelle . Ce que 
i'ay bien voulu remarquerjparce que Moy le Maimon 
tient qu'il n'aduient point d'affliélion fans péché, ny 
de peine fans coulpc : qui eft l'opinion de Baldad , & 
d'Eliphas au liure de lob , reprouuee par le iugemét de 
hK7o7m I^ieUjlcquel affligea lob encores qu'il luy dônafl: louâ- 
ged'efl:re droi6l & entier. Et la mefme opinion efl: re- 
prouuee au liure de lob, qui mérite d'cfti e bien enten- 
due. Vray efl; que le atflidions des iuftes font bien ra- 



LIVRE TROISIESME. IjS- 
f es, car qui cft femblablc à lob? qui eft ccluyqu'o peut 
appellcr lude ? C eft pourquoy telles affligions s ap- 
pcîlcnc verges d'amour : car combien que S. Ambroifc 
tient que Dieu nelaiflc pas en ce monde les forfaids 
du tout impunis, à fin qu'on ne penfc qu'il n'y a point 
fje Dicu.ou qu'il fauorife les mefchans:& ne les punift 
pas tous aufli.à fin qu*on n'eftimc qu'il n'y a pointd'au 
trc vie après celle- cy : toutesfois les 'Hcbrieux ncfe j|„^;^^^>,;^ 
corttententpas de ccfte raifon. mais ils tiennent com^ ftedots 
mcvnc dbdrinc tref-certainc & indubitable, quc*^^^''''^'^ 
les afftidbions qui aduiennent aux gens debicn,fer- 
uecàfaircpreuuede leur fermeté, &c à redoubler leurs 
félicitez de bcnedi(5bions: ou bien elles (eruent de pur- 
gerions en ce monde , pour les pcchez qui font cômis 
parles plus faindls pcrlonnnges : afin qu'ils puilTent 
iouyrdVne entière félicité après ccfte vie : Etlesplai- 
fîrs &c richeflcs que Dieu donne quelquesfois aux met 
cbans, eft pour loyer du bien qu'ils font en ce mon- 
dcrcaril n'y a fi mefchant homme duquel Dieu ne ti- 
re fa gloire,& qui ne face quelque bié, à fin qu'ils foiéc 
tourmentez après cefte vie des peines qu'ils méritent, 
& que par ce moyen les ofFenfesfoient punies, &que 
les vertus rcçoiuent leur plein & entier loyer : qui eft \ 

ce beau f:crer de la faindte Efcriture : c'eft a fçauoir 
que Dieu fii6t luftice, lugement, & Mifcricorde : lu- 
ftice quand il donne le vray loyer aux bonnes œuures: 
lugement quand il Jifcerne la peine félon le vray mé- 
rite du forfaidt ; & Mifcricorde quâd il donne le loyer 
plus grand que la vertu, & la peine moindre que le 
forfaicl Oivpeut donc tenirpour Maxime indubita- 



DES SORCIERS 

h\c que Tafflidion des bons leur tourne à ^rand bien, 
& que le loyer du mcfchantluy tourne a laifuine. Ce 
que les Stoïciens difoiêt en vn mot, Qu'il ne peut rien 
aduenir de bien aux mefchans , ny de mal aux gens de 
bien. Et quelqucsfois le plus melchant n'eft cîleué en 
honneur que pour feruir à la gloire de Dieu au iour de 
Ja vengeance,comme dit Salomon,&: tenirpour tout 
refolujquenon feulement les Diables ains au fli toute 
la nature eft armée & dilpofee à tous mofticnts,de vâ- 
ger les forfaits fi toft qu'ils en ont commandement , 
&: de fe garder d'oiFenfer les bons,sïls n'ont charge de 
Dieu. Et ne faut pas eflimer ny que Dieu haifle les Dia- 
bles (car d'vn clin d'œil il aneantiroit toute la puiffan- 
ce infernale) ny que les Diables baillent Dieu^ainsils le 
craignentjôc luy obeiflenr , & ne font rien que ce qu'il 
<:ommande,commeilefttrefbicndi(fbauPfaIme 148. 
& demonftré claircmenten Iob,& au 4. liure des Rois 
par le propos que Michee tientdeuât le Roy Achab. 
Apres auoir parlé des moy es pourpreuenir &:empef- 
cherles maléfices des Sorciers licitemêt, difons raain- 
tenât des moyés illicites,defquels ont vfé pourpreue- 
nir le maléfice, oude le chaflcr, s'il eft donc à quelcii. 
Des moyens illicites J de [quels ont vjé pour pret^nir les malefi^ 
ccSy(S^ chajfer les maladteé ^ charmes. 
C H A P. V. 

Efte queftion eft des plus difficiles qu'on 
peut former en ce Trai6lé,&: qui n eft pas 
refoluë entre les Théologiens, Canoni- 
ftes, & îurifconfultes . Car cçux-cy tien^ 
Hent qu'on peut çhaiTer les naalefices par moyens fu- 

perftitieux. 




eu. 



LIVRE TROISIESME. 271 

perfiiticux j Ôc de ceft aduis font auffi les Canoniftes , i- eomm, de 
ôc mcfmcment Hoftienfe.Panorme,& GoiFred Hun- *»t^f(^;^%' 
bcrtin:, & autres ; & quelques Théologiens , comme Unom Cm- 
l'Efcot Théologien fubtii hure ^AiPcmô:. 3 4. ou il eftf/" »'^'"^^^ 
didjqucc'eft: (uperftitiondepcnfer qu'il ne faut pas '^""'^^ '"'' 
chafler le maléfice par fuperflition . Mais les autres 
Theôlogicns,& la plus grande & faine partie tiér, que 
c'eft idolâtrie & apoftafie d vfer de l'ay de des Diables, 
& Sorciers, pour empefcher ou chafler les maléfices. 
Comme il eft détermine au fécond hure des Senten- 
ces diftind. 7. Et de ceft aduis eft Thomas d'Aquin en 
lamefme diftindlion, &Bonauenturc,& Pierre Al- 
bert , & Durand , foit qu'on ofte maléfice par maléfi- 
ce, par le moyen d'vn Sorcier ; foit que celuy qui ofte 
le maléfice le donnant à vn autre par moyens fuper- 
ftitieux, nefuft point Sorcier, foit qu'on inuoque le 
Diable expreflTément, ou tacitement: & font d'aduis 
qu'il vault mieux fouffrir la mort. Or cefte opinion 
eft tres-fainde, & l'autre damnable & défendue en la 
Loy de Dieu , comme nous dirons cy après. Et (ain6t 
Bafile fur lePfalme 45. deteftc grandement ceux qui 
ont recours à Sathan , & aux Sorciers , & qui vfent de 
tels preftiges pour guarir. Et faindt Chryfoftome, 
fur l'Homélie 8 .en l'Epirtre des Colloflcnces,di6t ain- 
fi, Cit'msmors homini Chrifiiano Jkbemda ^ mamvitali- 
gaturïs redimenda. Mais les Théologiens le tranchent 
trop court à mon aduis. Car ils ne parlent que des 
plus hauts poinds de forcellerie: Et neancmoins ilefl: 
certain que tous les moyens de preuehir les maux,' 
pcftcs, guerres, famines, maladies , c'alarhitez , foit en ~ 

Si 



DES 'SORCIERS 
gcneral, ouen particulier, oùily-adelafuperftiticn 
font illicites, ledy fuperftition, car les moyens na- 
turels ôc Diuins, que Dieu nous a donnez pour prc- 
uenir & chaflcr les maux, font &c feront toufiours- 
louables, & permis. Mais d'autant que nous lifons. 
en lob qu'il n'y-a puifîance en t<:rre que Sathan crain- 
gne,c'efi vne fupcrftition de pendre de la fcillc fur vne 
porte pour empcfcher les charmes & forcellerics,. 
Mais bici> peut-on vfcr des créatures auec les prières 
diuines,faid:es àceluy qui cfttout puilfantencemo- 

^.nUecA.^, de. Come on void ^ que l'Ange vfe de.foye d'vn poif- 
fon, &: dèparfums , 6c auccpriercs chaffe le malin ef- 
prit, qui auoit tue fept maris de la femme qu'efpoufa: 
Thobic. Et combien que les Diables ont le fel en 
horreur, comme le Symbole d'Eternité,. &qucDieu 
commande qu'en tous fa cri fi ces on y mette du fc!,, 

Umus,i. pour deftourner, peut- cftre, fon peuple de facrifier 
aux Diables 'iîefl:- ce que ceuxqui portent du fel,, ne 
feront pas garâtis des embufches de Sathan^ fi la fian- 
ce de Dieu n'y cft . Autrement de porter le fel , ou Ic] 

Tlm.Çtfc d noyau de date poly, comme Pline didauliurex ni. 
chap. I XI I . pour empelcner ou challer les malms el- 
prits^fans prières, cVlt idolâtrie. Le^ Latins appellent 
amulcta , les preferuatifs pour preuenir le mal, & rcmcr- 
dia ^ ce que les médecines font pour chaffcr le mal. 
Et pour monftrcr que Sathan eft miniflrc, autbeur^ &. 
inucnteur des amuletes & preferuatifs , ou. contre- 
charmes , dcfqucls on vfe , & des rcmc4cspour chaf- 
{er le Sort , & maléfice , les anciens &r mefmes les Ror- 
x^ai^s^ aujoicnt accouftumc de pendre au col des. 



LIVRE TROISIESME Ut 

en fans la figure dVn membre, que par honneur on 
doic cacher, qu'ils âppcïloicnt frfcinHm, pourcontrc- 
charmcjà fin d'empcfcher les fortileges, & mefincméc 
s'il eftoit d'ambre. Ce que Phne a fignifié au chapitre 
I I I .hure XXXV 1 1 .qui cftoit vn villain moyen & Dia- 
bohque pourincitcrlesperfonnes à lubricité. Et quâc 
IcsEfpagnols fc firent maiftrcs des Ifles Occidenta- 
les, ils trouuerenc auffi qu'on portoit pendu au col v- 
ne image de Pedcraftie, dVnPedicon, &:d'vnCyne- 
dc, pour contre-charme, qui efloitencores plus vil- 
lain. Auffi ces peuples là eftoient fondus en Sodomies 
& ordures deceftables , &c en toutes fortesde Sorcele- 
rics,& qui ont eftié prefque tous exterminez par les Ef 
pagnols qui en ont fait mourir plus de quinze millios, 
lix ces mil perfonnes , comme il a efté aueré par les in- 
formations que les Euefques Efpagnols ont raportecs 
au cofeil des Indes &en demandoientiuftice.L'hiftoi- 
redit qu'ils aymoyent mieux perdre lahberté que la 
Pederaltie. Chacun fera d accord quec'efè vneinuen- 
tion diabolique.il y en a d'autres qui ne font pas Ci or- 
dcs,mais elles nefont pas moins ilhcites,de porter des 
ligatures efcrires ,&billcts pourpreferuarif, dequoy 
faind: Chryfoftome Homcl. i^.ini.ad Timotheum, ÔC 
faind; Auguftin parlant au liuvcde Do^rïna Chrifîta- 
na^ di£tainfi : ^d hoc gênas peninent ligatura execrabi- 
Imm rcmediorHmJîtie "liotiSjfiue quibuCuis aliis rébus JMen- 
dendts c3r ligandk : en tant qu'on y adioufte fiance, c'efl 
idolatrie^ôc chofe illicite. Et quoy que Thomas d'A - 
quin foit en quelq chofe fuperftitieux, h a il blafme ôc 

Sfij 



DES SORCIERS ' 
défendu de porter aucuns charadleres fur foy, pour 
prefcruatifjhorfmis le figne de la criox,m 2. 2.q.^6. ar- 
tic. ^. Et toutesfois il eftbié certain cju'il n'y a que Dieu 
qui nous preferue. Baibe Doré quihitbiufleepar Ar- 
reft de la Cour, conlirmatif de la fentence du Preuofl 

S.Chriftoflelez Senlis,le X 1 x.Ianuier,,N4.D.LXXVIL 
confelTa auoir guary quelquesvns qu'elle auoit enfor- 
cclee^ après auoir fendu vn pigeon & mis fur l'efto- 
mac du patienr,en difant ces mots qui font portez par 
fon procès, au nom du Père, du Fils, 6c du S. Efprir, de 
moniîcurS-Anthoine, Se de monfîeur S. Michel l'An- 
ge, tu puiifeguarir du mal,enioignât de faire vnc neuf- 
uaine par chacun iour à l'EgUfe du village. Le plus Ca- 
tholique du monde trouuera ceftc recepte fort belle 
& bonne: mais ie tiens quand ellefcroit bonne en foy, 
que c'eft vn blafpheme contre la majeftc deDieu^de la 
prendre de Satha, ou du Sorcier qui la tict de Sathan: 
ioinrauffi que toute»; ces oraifons qui viennent de Sa- 
than, doiuenteftrc en horreur a chacun 1 car. elle con-^ 
feifa que Sathan luy auoit appris ce remède, comme il 
fc trouue par fon procés,que le fieur de Pipemont Gé- 
til-homme d honneur, m'a enuoyé. En cas pareil de 
prendre &: faire, ce qu'il ne faut dire, par l'anneau de 
fon efpoufcc pour fe deflier,c'eft chofe illicite. Car en- 
cela on met fon ayde ôc fecours en fe deftournant du 
Créateur, & ny a doute q le Diable ny prcfte la main, 
il y en a qui de rechef fe remarient cftans liez auec les 
mefmesfolcnnitez qu'ils ont cfpoufc, &fe trouucnt 
defliez.&s'en trouue encores qui dilent la Meffe à re- 
bours pour deflicr &:pcnfenc trefbien faire.Ll y en a cm 



LIVRE TROISIESME, 17$ 
Allemagne d'autres qui mettent en vn pot bouillir du 
laid de la vache,que la Sorcière aura tarie:ôc en difanc 
certaines paroles, que ietairay,& frappant contre le 
potdes coups de bafton,aumefmesinftant ils difem, 
que le diable frappera la Sorcière par le dos autant de 
coups, c'eft chofc illicite. Car c'eft fuyure Tintétion & 
volonté de Sathan, qui par ce moyen attire celle qui 
n cfl pas Sorcière pour en eftreaufli, voyant chofefi 
cftrange. Nous ferons mefme iugcment des Antido- 
tes d Apulcc pour perdre la figure d'vn Afnc,qu'il faut 
manger des rofesfraifchcs , ou bien del'anis, &des 
fucilles de laurier auecques eau de fontaine . Spranger 
cft luy mefme en ceft erreur , que l'homme tourné en 
befte perd la figure beftiale eftant baigné en eau viue. 
comme fift celuy d'Alemaigne duquel nous auons 
fai6lmention,il eftbien certain que la purité de l'eau 
cft contraire à Satban,qui ne demande que fouillcurc, 
& pollution, & que la preuue des Sorcières d'Allema- 
gne fe faidt en l'eaUjen laquelle les Sorcières ne peuuéc 
iloycr,fionnelesfubmergc. Encores eft il a remar* 
querque Marguerite Paiot qui fut bruflee en la ville 
de Tonnerre , en touchant les perfonncs d'vne vergej^ 
foudain ils mouroient, ou deuenoient perclus , ou en- 
flez^& celles qu'elle vouloit.guerifToiet en les frappât 
de la mefme verge. Vn iour voulât toucher vn vacher 
elle toucha fon cornet , duquel il fut impoflîble de 
corner quoy qu'on fouflaftatoutepuiffanceiufques 
à ce que le cornet tomba en leau cafuellemenf.alors le 
charme ceffa & forma comme auparauant. Le procez 
fut faid: àlaSorcierc par le hcutcnant gênerai deTa- 

Sf iij; 



DES SORCIERS 
nerrc l'an 1576. la rage ceflc par l'eau , ôc plu/îcurs 
mala<l4es:&: ferc beaucoup aux Ladres, oc fi quelqu'vn 
^fl: Sorcier il ne fe lauera iamais finon à recrrcr. Et icm- 
ble que pour certe caule , la Loydc Dieu ii Touuent 
<:ommandcdcrelaucr<Sv:fes vellemens, afin cjue telle 
puritcextcrieureinciic l'hommcàla purité intérieu- 
re. Le Prophète Elifee guérit le LadreNaaman Syrien 
l'ayant faicâ: baigner fcpt fois en l'eau viue du lour- 
dan. Mais ce fut la grâce de Dieu , ôc non pas l'eau 
du tout. Et par fembiable remède , quand on veut 
fçauoir qui elt la Sorcière qui a rendu vn cheual im- 
potent &c malcficié en Allcmaigne , on va quérir des 
boyaux d'vn autre cheual mort,cnlctrainant iufqucs 
à quelquelogis , (Ims entrer par la porte commune, 
ains par la caue,ou par dcflbus terre, 6c la font brullcr 
les boyaux du cheual. Alors la Sorcière qui a ietté le 
Sx)rt , fent cnfes boyaux vne douleur collique, ôc 
s'en vadroidienla maifonoiî l'on bruflelcs boyaux 
pour prendre vn charbon ardant 5 &:foudain fa dou- 
leur cefle. Et fi on ne luy ouurela porte , la maifon 
s'obfcurcit de ténèbres auec vn tonnerre effroyable, 
& menace ruine, fi ceux qui font dedans ne veulent 
ouurir : comme Spranger efcript auoir veu fouuent 
praâjquer en Allemaigne. l'ay aufTi apprins de M. 
Anthoinc de Louain Lieutenant de Ripemont^ qu'il 
y eut vn Sorcier , qui delcouurit vn autre Sorcier auec 
vn tamis , après auoir diâ: quelques paroles,&quo 
nommoit tous ceux qu'on foupçonnoit. Quand on 
Venoit à nommer ce!uy qui eitoit coulpable du cri- 
me : alors le tamis fcmouuoic fans celle, Ôc leSor^ 



LIVRE TROISÎESME. xc^ 

ekrcoulpablcdu fai6bvenoitenlamaifon , comme 
il fut aucré; &:cîepukil fut condamné. Maison de- 
uoitauflî fairele procès à celuy qui vfok du tamis. 
Tout celafe faid par art diabolique, à fin que ceux 
qui voyentceftemerueiUc 3 paflcnt plus outre pour 
fçauoir toute la Sorcellerie. Car Sathâ eftia aïïcuré de 
la Sorcière qu'elle eft fienne, 6c en veut toujours gai- 
gner d'autres. Il me fouuiét que Maiftrc Bourdin Pro- 
GureurGeneral du Roy^mc difoit vn iour que tout fon 
beftailquilauoitenvncmeftairiepresde Mcaux , fe 
mouroit,iufqucsà ce quondiftàfafammequ'il fail- 
1 oit tuûrvne certaine beilc,queie ne mettray point: ô^ 
la pendre pieds contre-mont fousl'efueil de l'cftable 
&:dirc quelques paroles,qu'il n'efl befoin de mcttrer 
ce qui fttt fai 61': & depuis il ne mourut aucû bellail. En> 
quoy Sathan gaignoit ce point là qu'on luy faifoitfà^ 
crifice pour l'appaifer^qui eft vne vraye idolatrie.Sprâ- 
ger recite aufli que pour empefclier les Sorciersde for- 
tir quand elles {ont entrccsenrEglife^ils ont de cou- 
flumc en Allemaigne de greffer les fouliers d'oindt 
dcporcàquelques ieunes enfans:celafaitjfiles enfans. 
nebougent de l'Eglifc, , celles qui feront Sorcières, ne 
pourront fortir fans leur congé:&: fi di6l , qu'il fe peut 
faire auffi par quelques paroles , queie ne- mettray 
poindr.Icy dira quelqu'vn,neft-ce pas chofe trcfbon- 
ne dedefcouurirlcsSorciercspourlespunirB leleco- 
fcffc : & les larrons & meurtriers auflitmais il ne faut 
Jamais faire mal^à fin qu'il en puiffe reufiir bien^comr- 
me did faind Paul : & moins en maricre de Sorcelle- 
lie qu'en toute autre chofe.Or Sathan en cela gaigne 



DES SORCIERS 

doublement: car il deftourne les Sorcières daller au 
lieu où elles puiflent ouir la parole de Dieu, & attirée 
la icunefle tendre par telles impofturcs pour s'enqué- 
rir au diable de la vérité des chofesfecrettcs. Nous li- 
1.IJ.1Z. c.ic,. ç^^^ ^^ Pline * beaucoup de contre-charmes & amu- 
lettes ridicules, & femblables à ceux-cy comme d'oin- 
dre de grefledcioupjlefurfueil, &pofteauxdcs huis, 
quand les nouueaux mariez vont coucher enfemble 
pour empefcher les charmes ôc ligatures. Et au liure 
trente fcptiefme chapitre dixneufiefme il did: que le 
Saphir blanc, oii le nom du Soleil &: de la Lune foit 
graué. Se pendu au col auec du poil de Cynocéphale, 
f crt auffî contre tous charmcs,& donne faueur enuers 
lesRoys.-maisilfaulttrouuerdes Cynocéphales , qui 
ne furent oncques. Et aurnefmeliure^chapit.fiiyuant: 
ildidlquela pierre Anthipathes bouillie au laidl eft 
propre cotre les charmes: mais il faut qu elle foit noi- 
re^& luifantc,qui eft vne autre impofture encoresplus 
inepte. Et en cas pareil que l'herbe Anthirrinon fert 
contre toutes poifons & Sorcelleries , & de contre- 
charmes, & qu'elle done grâce Se faueur: Et que l'her- 
be Euplea donne réputation: &: que rArmoifefèrt co- 
tre tous charmes:qui font toutes impoftures aucrees. 
Et me fuis efmerueillé comment les Empereurs Chre- 
ftiens ont public par loix Se par edits qu'il eft licite par 
telles fupcrftitions chafferles tcmpeftes , & maladies, 
veu que les RomainSjlors qu'ils eftoiét cncores Payés, 
puniflbient capitalcment ceux qui auoientparSorcel- 
leries defcouuert feulement vn larron, Se ne vouloiéc 
iliiemS- 4- pas qu'on y adiouftaft foy.C'eft la loy ' Item apudLa- 



LIVRE TROISIESME 7^5 

heonem ^ .fi quis ^ftrologHs de iniuriisff. lepaflcray plus, 
outre,. qu'il n'eft pas licite de rechercherfbusl'eflueil 
des portes pour ofter les images de cire,& autres grai- 
nes & ofTemenSjque les Sorciers y mettent pour faire 
mourir,comme ils penfent, les hommes &c lebeftail. 
Car c'cft ce que demande Sathan, qu'on adioufte foy 
qu'il donc telle puiflance à la circ^ôc aux poudres: ains 
qu'il faut auoir recours à Dieu: & tenir pour tout re- 
foluce qui eft di6t au Cantique qu'il donne à Moy- 
fe, Qu^e c'eft luy feul qui enuoyc la mort &: les mala- 
dies: & n'y a mal ny afflidion qui ne vienne de luy. 
Et par ce que cellabus eft ordinaire &:tref- agréable à 
Sathan,Ia Sorbonne a fagement condamné dherefie 
ceuxquipenfentquele malcficc vient de telles pou- 
dres. Et de faicllaindlHierofme parlant de la vie de 
faindl Hilarion,di6t que Sathan tenoit vne ieune fille 
démoniaque , en laquelle il parloir. difant qu'il ne for- 
tiroir poin6t, qu'on n'oltall vnelamede cuyureque 
l'amy de la fille auoit*tnis fous la porte. Hilarion n'en 
voulut rien faire,& par prières à Dieu deliura la fille. 
Il y en a d'autres qui flamboyentles petits enfans, & 
les font paffer par le feu, pour les preferuer de mal,qui 
eft vne abomination des Amorrheans remarquée en 
l'Eftriture fiinde : & femblablc a celle que les Sorciè- 
res font faire à quelques fortes , qui portent leurs en- 
fans entre deux croix , pour eftre heureux: ce que i'ay 
veu pratiquer aux proceffions. Qui eft vn abus , éz 
quand le diable fai6b femblant de s'en fuyr &: la crain- 
drejC*cftpour tenir les fimples gens en horreur . Et 
qu'ainfi foie il appert que tous les charaderes &: in- 

Tt 



DES SORCIERS 

uocations font pleines de croix a chacun mot. Etpai 
cydcLiant nousauonsmonftrc^quc les aflembjees. fie 
font ordinairement a certaine croix, que le diable do- 
nc pour marque aux Sorciers de s'y trouucr.Et au pro- 
cez de Marguerite Paiot qui fut brullec vifueaTon- 
nerrc, il fut vérifié qu'en mettant vne croix fur les- ro- 
bes d'vn fien enncmy, foudain il fut perclus. Ce n'efl: 
donc pas lacroixqui peut bien faire, mais Dieu feul. 
Les anciens , di6b auffi Theophrafte^voyat vn furieux 
ou Fanatique crachoienten leur fein, f^icavi /iô^ivr'è 
'IScûv (pcA^^ s/^ xoXTtov tHucciv. Laquelle fuperftition 
cftoit auiîi commune en Italie, comme nous lifons eh 
Tibullc, Def^mt in molles ^ fibiqu'iJaHcfinus. Ils fe trou 
uoient afleurez après telle fuperftition^en laquelle Sa- 
than les nourrifloit: comme il faicSt des autres fuper- 
flitios femblablcs.il faut doques auoir recours à Dieu 
fcul.C'eftpourquoy la faculté de Sorbonne a refolu 
d>c arreflé que c'eft vne pure hcrcfie de chafîerks nia- 
]eficesparmaIefices:Iadetcrminatio eftdu 15?. de Se- 
ptembre I 3 5 8.oùiln'cfl;pasdi6lqueSathan&fesfu- 
gets ncpuifïent chaflervn maléfice par maléfice; mais 
de chercher tels moyens c'efl impieté. Car fi Sathan 
guérit la playe du corps , il laiffe toufiours vne vlcerc 
à famé. l'en mettray vn exemple que maiftre leaii 
Martin Lieutenant du Preuofl de la cité de Laon, (car 
la vérité ne peut mieux élire congnue j que par les iu- 
gesbien expérimentez en telles chofes parle moyen 
des procez qu'ils font) m'a did^quand il fifl: le procès à 
la Sorcière de lain6bePreuue,qui auoit rendu vn ma- 
çon impotente courbé , en forte qu'il auoicla telle 



LIVRE TROISTESME. ^66 

prefque entre les iambes,&:aLioit opinion que la Sor- 
cière f uy auoit faiâ: ce mal. Il fîH: dire a la Sorcière co- 
rne iuge bien aduifé , qu'il n'y auoit moyen dcfauuer 
favie,(ino engucriflantlemaçon.En fin elle fefift ap- 
porter par fa fille vn petit pacquetdefamaifon: ôc a- 
pres auoir inuoqué le diable, la face en terre,marmo- 
tant quelques charmes en prcfcnce d'vn chacun elle 
bailla !cpaquetaumaçon,&:luydifl: qu'il fe baignait 
cnvn bain : ôc qu'il miftce qui cftoit dedans le pa- 
quet en fon bain, en difant ces mots , Vade par le dia- 
blerautrement qu'il n'y auoit moyen de le guérir. Le 
maçon fift ce qu'on luy dift, & fut guery. On voulue 
fçauoircequ'ilyauoitaupacquctauparauant que de 
le mettre au bain: ce que toutcsfois elle auoit dcifen- 
du:on trouua trois petits lezars vifs. Et pendant que le 
maçon eftoit dedans le bain, ilfentoit comme trois 
grolles carpes, & puis on rechercha diligemment au 
bain: maisonn'y trouua ny carpe ne lézard. La Sor- 
cière fut brufleeviue,& ne voulut iamais fe repentir. 
Or on voit l'idolâtrie &bla(j3heme tout enfcmble de 
faire chofe quelconque au nom & à l'inuocation du 
diable. Les autres Sorciers ne font pas fi impudés,mais 
plusruzcz &plus mcfchans : car ils parlent fiainde- 
hientj&: font icufner lespcrfonnes,comme]e noble 
Sorcier de Normandie l'an 1571.1'cnay Icu vn autre à 
troificfmeliurcdu lardin d'Anthoine Turqucmedc, 
d'vn Sorcier,voyât vn payfan mordu d'vn chien enra- 
geai luy difl: qu'il cftoit .SW///-^<^t)r:c'efl: à dire fuiueur, 
PerofjHe no perdais la vita: cci} à dire à fin que tu ne per- 
des la vie.Puis il piqua trois fois au nez iufqucs au sag^, 

Tij 



DES SO RCIERS 

&: futguery. On voidquecefl: impofteur s'appelloic 
Sauueur,qui cfc vn blafpheme pour ofter la jSâce qu o 
doitauoir en Dieu , qui iVcft pas moins abomina- 
ble que s'il inuoquoitSathan. Or Dieu parlant en Ic- 
fay eje fuis, dit il,le grand Dieu Eternel qui enuoyc la 
vie & la mortjla fanté &: la maladie: & n'y a poindt de 
falutfînon en moy feul.Au mefmes temps quei'efcri- 
uois ce liureM. Charles Martin , Prcuoft de la Cité de 
Laonaduerty qu'il y auoit vnepauure femme enfor- 
cclec par vne fa voifine en Vaux , qui eft au faubourg 
de Laon ayat pitié de celle pauure femme enforcelee, 
menafîa la Sorcière de la faire mourir,fi elle ne guerif- 
foit la maladie de fa voifine. Elle craignât , promift de 
la guérir. Et defaidlellefe miftau piedduli6b, lafacc 
contre terre ioingnant les mains.&appellant le grâd 
diable à haute voix , réitéra pluhcurs fois fes prières, 
marmotcât quelques paroles incognucs:puis elle bail- 
la vn morceau de pai n à celle qui cîloit malade^qui co 
mencca à guérir. Cela faiâ: le Prcuoft s'en retourna en 
fa maifon auec rcfolution de la fiirc prédre & brufler 
toft après. Mais depuis elle n'a eftéveue par deçà. On 
voideuidemmcnr que la malade n'a pas moins inuo- 
qué.ny moins adore le diable que laSorcire. Or il vaut 
mille fois mieux mourir que d'eflaycr vn remède /î 
detcilable qui guérit le corps , & tué Tame. Encores 
void on la cotenâce de la Sorcière mcrtat la face cotre 
terre,quicft la façon que les ancics Prophètes Moyfc^ 
lofué, Elie, auoicnt quand ils vouloicntappaifer l'ire 
de Dieu. Mais outre ceLijles plus dcteftabiCiSorcicres, 
font des foffettes, mettans la face deda> pour tçftifier 



LIVRRE TROISIESME. 1C7 

que Tinuocation fc fait à Saclian,6i non pas à Dieu. Et 
appellent Sathan à haute voix. A quoy fe r'apporte ce 
que dit Apulee,parlant de Pamphilc la Sorcière de La- 
lifTe^pour faire fes horribles coniurations,il dit : Deuo- 
tionib'ds in fcrobe procuratis , c'efl à dirc.faifant (es prières 
ôc deuotions en vne folTcfay fçeu d'vn homme digne 
de foy,qu*il y auoit vne vieille Sorcière fameufe^qui fe 
leuoit prefque toutesles nui6ls,6c l'ayant fuyuie quel- 
ques fois pour l'efpier, il apperceut qu'elle faifoit fcs 
prières à Sathan au pied d'vn arbre,mettant la teflc de- 
dans vne foile , qui cfl le plus haut poin6t d'adoration 
ou inclination qu'on peut faire,&: duquel vloienten- 
ucrs Dieu les anciens au iour du grand ieufne, oiîils e- 
ftoient en danger , mettant la face contre terre, & les 
Sorciers fontdcs foflcs, inuoquant Sathan des enfers. 
Aulicuqueleplus bel œuure&le plus excellent que 
Ihomme peutfaire en ce monde, c'eft de feleuerla 
x\uid:,5c prier Dieu la face contre terre:&: cela fait, luy 
chanter louange.Et à ce propos, il eft dit en lob, vous 
plaignez des tyrannies ôc afflidlionsj qui eft celuy qui 
fe leue la nuidl , pour chanter louange à Dieu? Auflî 
peut-on dire qu'il n'y-a fi grande impicté,que fc leuer 
la nuiâ: pour faire facrifice ôc hommage à Sathan. Les 
autres ne veulent pasinuoquer, n'yaffiftcrauxinuo- 
cations Diaboliques , mais ils ne font point de dif- 
ficulté d'aller aux Sorciers pour auoirguarifon. l'en 
recitcray vn exemple qui eft récent , que i ay apprins 
du Prefidcnt de Vitry le François , homme d hon- 
neur , qui fut député à Bloys aux EflarsT^n mil cinq 
cens fcptantc fept,lors que nous auions befoin de luy, 

Tt il) 



•T r -^ t -^ 



V ' DES^SORC lERS 

pour nous aider les vns les autrcsen la charge commu- 
nale le priay bie forr^de ne forcir point que les Eftats 
ne fufTcnt finis. Ilmediflcjuil y auoit vnfienamy au 
Ii6bde la mortcjui Tauoic mande , (Se fait fon héritier, 
lequel auparauant auoit ell:c cinq ou fix ans malade, &: 
cftropiat: &: que fon perc fut aducrry qu'il y auoit en 
Flandres vn homme qui gueriroir fon fils: ce père y al- 
la foudain. Le Sorcier de Flâdres luy dift la maladie de 
fon fils^qu'il n'auoit iamais veu : & l'cnuoya iufques en 
Portugal à vn autre Sorcier qu'il luy noma , qui cftoit 
à la fuite de la Cour. Ce pauure homme print patience 
'&allaiufques en Portugal: où le Sorcier luy diftauanc 
que le père ouurift la bouche:Mon amy, voftre fils fe- 
ra bien toft gucry. Aile vous en en Frâcc, <^ vous trou- 
uerez à lo. lieues de voftre maifon près Noyo vn no- 
me maiftreBenoift, (il yen aplufieursdecenom) qui 
guarira voftre fils. Le père cftonnéd'auoir tant voya- 
gé pour chercher ce qu'il auoit près de fa maifon, préd 
courage, & s'en va à ce maiftre Benoift, qui dift au pè- 
re: Vous auez bien pris de la peine d'aller en Flandres, 
& en Portugal, pour guarir voftre fils: allez luy dire 
qu'il vienne à moy; c'eft moy qui luy donneray guari- 
fon. Le père refpond, qu'il y auoit cinq ans &: plus 
qu'il n'auoit bougé du lid:,6cqu'il ne pouuoit feule- 
ment fe mouuoir. On fit tant que le malade luy fuft 
amené, quiieguaritàdemy : 6j toutes -fois il ne la fit 
pas longue depuis. On vient de plus de cent lieues à 
ce Sorcier, qu'on did- ne fçauoit lire; ny cfcrirc,blaf- 
phemeur ordinaire, & réputé des plus mcfchans hom* 
mes du pays-'&: continue ceftc vie parla (ouffrancc 



LIVRE TROISIESME. i6S 

de ceux qui en doiuent faire la vcngeâce. Or il ne faut 
s'eftonner fi les ignorans vont quelques fois cherchât 
tels remèdes. - Car on le permet publiquement loubs 
ombre de quelques loix^Ô.: opinions deprauees de 
certains Canoniiles , directement contraires à la Lo v 
dePieu; qui n'eflpas.chofenouuelle.Car nous lifons 
enSudas qu'ily auoitdesle tempsde Minos des hom- 
mes qui par paroles & facrifices guariflbient les ma- 
ladies : Et en Homère on void Autholycus guary du 
flux de fang par paroles. Etmefme s Hippocrate au li- 
ure de cj^lorbo facrOy efcrit, qu'il y auoitpluficursim- 
pôfteurSj qui fe vantoient de guarir du mal caduc, 
difant, que c'cftoit la puiffànce des Demonsien fouiâc 
enterre, ou iettant en la mer le fort d'expiation, ôç 
]a pluf part n'eiloient que beliftres : Mais à lafin il 
met ces mots : SedDâus ,, qui fcelcnttifjlma qUi^eque f?Hr~ 
gat y noflm cfl liherano.C'cù.2. dirc^ quilny aqueDieu 
qui eiface les péchez , qui foit noftre falu t & deliuran- 
cej'ay mis les mots de celuy que nous appelions paye, 
pour nous enfeigncrd'auoir en horreur telles impie^- 
tez. Et a ce propos lacqucs Spranger Inquifiteur des 
Sorciers efcrit , qu'il a veu vn Eucfque d'Allemaigne, 
lequel cdâtenforcelé, futaducrty parvnc vieille Sor- 
ciere,qu'il eftoit enforcelé.Et que fa maladieeftoit ve- 
nue par malefice,& qu'il ny auoit moyen de la guarir, 
que par Sort, en faifant mourir la Sorcière, qui l'aucic 
enforcelé.Dcquoy eiïâtedonnéjilenuoyeenpofte à 
Rome aduertir Nicolas cin quiefme Pape,qu'il luy do- 
naft difpéfc deguarir en cefte forte: ce-ciae le Pape lujr 
accorda^aymant vniquemcnt l'Eucfque : ôw'portoitla 



DES SORCIERS 
difpcnfcccde claufe (pour fuir de deux maux le plus 
grand) La dilpenfe venue , la Sorcière dift : Puis que le 
Pape & lEuefque le vouloient, qu'elle s'y employé- 
roir. Sur la mu'iuid: l'Eucfque recouurafancé,&:au 
melmeinftanc, la Sorcière quiauoitenforcelé l'Euef- 
que, fut frappée de maladie dont elle mourut. Ainfi 
void-on queSatlianfiftque le Pape, l'EuefquCj&la 
Sorcière furent homicides. Etlaiila à tous trois vue 
impreflîon de feruir &: obéir à fes commandemens:&: 
ce pendant la Sorcière qui mourut,ne voulut oncques 
fc repcntir,ains au contraire elle ie recommandoità 
Sathan pour guérir. On void auffi leiugemêt de Dieu 
terrible (5<:ineuitable,quivage fes ennemis par fes en- 
nemis, comme il dit en Hieremie. Car ordinairement 
les Sorciers defcouurent le maléfice, ôc fe font mourir 
lesvnsles autres: d'autant qu'il ne peut challoir à Sa- 
than par quel moyen , pourueu qu'il vienne à bout du 
genre humain, en tuant le corps ou lame, ou les deux 
enfemble.I'en mettray vn exemple que i'ay leu au pro- 
cès de Marguerite Pajot, exécutée à mort par la fente- 
ce des luges de Tonnerre, l'an M D. LXXVI. qui fifl: 
mourir vn Sorcier en le touchant de fa baguette, par- 
ce qu'il ne luy vouloir pas prefter vn lopin de bois 
qu'il difoit eftrc la vraye Croix, & duquel il difoit gua- 
rir toutes maladies en le portât fur foy: comc de fait il 
en auoit guari pluficursrmais ii fut il pris par laditefor 
cicrc, dmepeurertreguarecy par fa vraye Croix. Mais 
il n'y-a point de plus remarquable exemple que ccluy 
qui aduint en Poîdou l'an M. D. LXXI. Le Roy Char- 
les neufielîiie après difner,commanda qu'on luy ame- 
nai 



LIVRE TROISIESME. iGp 

naftDcs-Efchelles , auquel il auoic donné grâce pour 
accuferfes complices. Etconfefladcuant le Roy, en 
prefcnce de plufieurs grands Seigneurs, la façon du 
tranfport des Sorciers,dcs danfcs,dcs facrifices faiâ:s à 
Satliâ :, des paillardifcs aucc les Diables en figure d'ho- 
mes &: des femmes : &: que chacun prenoit des pou- 
dres pour faire mourir hommes, belles, & fruids. Et 
comme chacun s'eftonnoic de ce qu'il difoit. Gafpard 
de Colligny lors Admirai de Frâce, qui eftoir prefent, 
dift qu'on auoic pris en Poidlou peu de mois au para- 
uant vn ieune garçon,accufé d'auoir fait mourir deux 
Gencils-hommes.-ilconfefla qu'il eftoii icurferuiteur, 
& les aiâc veu ictter des poudres aux maifons,d:{ur les 
bleds, difans ces mots, Malédiction fur ces fruits, ma- 
ledidion furceftemaifon,furcepays. Ayâttrouuéde 
ces poudres, ilenprint, après auoir dit, Malcdidlion 
furceli6b, &eniettafurleliâ:oucouchoientles deux 
Gentils-hommes,qui furet trouuez morts en leurlidt 
to^ enflez & forcnoirs.il fut abfous par les luges. Des- 
Efchelles alors en raconta beaucoup defcmblables: 
Et faut croire que fi le Roy , qui ciloit d'vne forte 
complexion & robufte, euftfai6tbrufler ce maillrc 
Sorcier ô<:fes complices,il efl à prefumer que Dieu luy 
cuft donné pour telles exécutions heurcufe &: longue 
vie. Caria parole deDieu eft trcf-certainc , que celuy 
qui faidtefcapper l'homme digne de mort, verfefur 
luy mefmes la peine d'autruy,comme le Prophète àiiï 
au Roy Achab , qu'il mourroit pour auoir donné grâ- 
ce à Benadab,qui auoit mérité la mort. Or iamais n'a- 
uoiteftéouy qu'on donnafi: grâce aux Sorciers. Vray 

Vv 



DES SORCIERS 
cfl- qu'on peut dire que c'eftoic pouraccufer les com- 
plices, qu'on luy donnoit grâce , mnis tous cfchrippe- 
rent.Et pourretourncrànoihepropoSjSprangei (qui 
a fait exécuter vne infinité de Sorcicres^^r cognu leurs 
fccrets)eicrit qu'il y-a des maléfices incurablcs^des au- 
tres qui nepeuuent élire oftez qu'en donnant le Sorc 
à vn autre. Les autres en donnant le Sort àccluy qui Ta 
donné , les autres ne guariflent que d vne maladie , les 
autres de pludeursjes autres ne guariflêf pas, fi ccn'efl 
de deu x iicucs à la rode de leur maifo, & certaines per- 
fonnes : les autres n'ollenriamais le Sort, ficcn'eddu 
contentement de celuy qui l'a donné. Et voulant fça- 
uoir des Sorciers pourquoy tout cela , les Sorcières 
rerpondoycnt , que tout (c faifoit félon le marché 
qu'ils auoicnt, venant au feruice deSarhan, & par 
Gonuentionscxpreffes. Et cela clloit fi vulgaire en AK 
lemaigne de fon aage ,xomnic il a elle de tout tcm[ s^ 
qu'il clair, que le Seigneur du villagedc Ridlif haffen, 
territoire de Côilance,prcnoitvnimpollde ceux qui 
venoiéc à vne Sorcière de fon village pour etlre deflor- 
celczuV pat ce moyé le Seigneur du village, & Sathaa 
auoiêt bonne intelligence Se obligatio réciproque; êc 
les pauurcsignoi as pipez du Diable, auqi4tl ils s'adrct- 
foiêr, en lieu qu'ils deuoicnt add'cller àDieu, comme 
diloit legrand Klic au Roy Ocliofier &: dit qu il y en a- 
uoit plufieurs Seigneurs en Allemagne qui en violent 
ainii , en cotes que les Sorciers ne pouuoicnr rien, s'ils 
prcnoient argent. Il ell allez notoire cjU'îI le rrou- 
ua à la Rochelle vn homme fmppé à mort, en lor- 
te q,ue tous les chuurgiens rabbaadonncrcnt; mais 



LIVRE TROÎSÎESME. 170 
il vient vn Sorcier qui fift marcher & parler le pa- 
ticnc quelques iours , qui n'eftoic autre chofe que Sa- 
than qui le portoit , & toufiours pour donner crédit 
aux Sorciers fes fubiedls , comme depuis il eft ad- 
uenu à vng grand Roy,lequel ayant perdu l'vn de fes 
mignons , le trouua vng Flaman , qui le fift refTulciter 
& marcher par trois iours, que le Roy penfoit formc- 
ment, qu'il ne fut pas mort. Mais le troifiefme iour il 
tomba mort auec telle puanteur que chacun en auoit 
horreur. Mais c eft chofe eftrange que Pierre Mamor 
efcript , que les os d'vn cheual rompu em^pefchent 
qu'on puifle oftcr le fort. Il n'y à pas grand apparen- 
ce , n'y pareillement en ce que dit Albert le Grand au 
liurc de animalibîis ^ qu'il y a desoyfcauxparlefquels 
on peut ofter les charmes,qui feroit le moyê de rédui- 
re des hommes aux augures des Payens . Mais ie tiens 
que tout cela eft illicite, & induit les hommes à idolâ- 
trie & à reuercr les pierres : Car la parole de Dieu ne 
peut faillir qui dir,qu'il ny-a puiflance fur la terre, qui 
puiffe rcfifter à la puiffance de Sacha. Comme il eft dit 
en lob * afin qu'on ait recours à Dieu feuL& non à au- 4.cj<.4i.e^ 
tre:& bien vler des créatures & mcdecmes ordonnées sôrcuria^ix. 
de Dieu, auec prières comme fift Tobie,& non autre- ^'• cr i6.f. 
met. Thomas d'Aquin pafle plus outre,car il tiét q to^ Hfntl 7nl 
remèdes & preferuatifs qui ne peuuct par raifon vray- i.tj..^6.Art.i, 
femblable guarir^chaffer, ou empefcher le mal, font il- 
licites . Et S. Auguftin au dixiefme liure de la Cité de 
Dicujdifputant contre Porphire 6: Iaipblique,qui pé- 
foient attirer les puiffmces celefte's auec les chofes élé- 
mentaires , défend toutes forces de remèdes & prefer- 

Vv ij 



DES SORCIERS 

natifs contre le Diable,horfgiis la prière & pcnitécc, Se 

tiét que tous les remèdes de parolcs,chara6leres, liga- 

^' ...w tures.ôc autres chofes vaincs fôt les filets dcSatliârc'cft 

monemt z(J. aufli le tcxte fomicl du cano '^^afin qu'ones'arrcftepas ^ 

t^j.crtnd. ^l'Qpini5 del'£(coc,ny d'Hoftiéfc.oiîilditTi^w^l'^wif: 

cm.fi fus fer ^ ; /• , ^ \ r'-\ C • • 1 

sorcim^^i^. contundtrc Licct: ny a la Giole qui interprète le mot ^a- 
3-L «^,qui ne font point illicitcs,qui eft chofe impoflibler 

&parainfi la luperllition Payenne de ceux qui chat 
foient les cfprits en prenant certain légume en la bou» 
che^queiene mettray point, &:leiettantpar derrière,, 
aiant les piedsnuds,apres auoir prié neuf fois, à la mo- 
de qu'ils failoicc, eil: damnabîe & pleine d'impiété: caE 
c'eft en bons termes adorer Sathan,pour n'eltre point 
mal traité. Les anciens Latins faifoient cela par trois 
iours au mois de May :& appelloient cclaPlacare lemu- 
r&Sj ou Remur&s : parce que la chofe prinr origine pour 
rhomicidedeRcmus^aprcs la mort duquel, Icseiprits 
trauailloient les habitans du lieu: & pour moftrer que 
telles c ho fes (ont vaines Ôcillicites, outre ce qui eft cy 
deffus dcdi]ir,nous lifons qu'il eft eftroittcment défen- 
du de faire palîèr les en fans par le feu. MoyfeMaymOj 
qui eft entre les Théologiens Hebrieux: le plus eftimé,. 
cfcrit que les Amorrhcans entre autres chofes, auoiec 
accouftumé de faire paffer leurs enfans par la flamme^ 
4,i{eg.Hk^.c. 4 eftans fortis du ventre : &:auoicnt opinion que cela 
^aSUcit '^^ garantiffbit de beaucoup de calamitez , & mefi-ncs. 
cr3h il dit auoir veu^ en Egypte que les nourriflcsgardoieci 
jM.y^emo' gj^^Qj-gg ^-çfl-g fuperftition de fon temps : il viuoir Paiii 
aA. M. C C C X X.Or s'il eft ainii que Dieu ait en horreur 

*£eiie fuperftition^ combien péfons nous qu'il dctefta' 



LIVRE TROISIESME. 171 

les charmes & remèdes ccy;itre les maléfices , dcfquels 
onvfe? On peut voir en MoyfeMaymon, qui defcric 
plufieursfuperftitions , comme il a trouué es anciens 
liures 5 dcfquels vfoientles Amorrlieans, queloyde 
Dieu n'a pas voulu taire du tout^ny fpecifier par le me- 
nu,à fin de n'enfeigner ce qu'il faut enfeuclirv& néant- 
moins par quelques exemples propofez,. les mcfchans 
n'auront point d'occafion prétendre caufe d'ignoran- 
ce de leur mefchanccté^ny les iuges de TauGir. ignoré. 
Nos anciens Druides a grande folennité de preH:res,&: 
peuples alloient cueillir le guy,& en departoiet a cha- 
cun vn petit au prcmieriourderan,& chacun y cou- 
roit plus qu'au pain bcnifl:,criansaguy ranneuf,done 
leprouerbenousrefteencores : ayans opinion que le 
gui du chefiieportoit toute félicité : ce quedepuis à 
e(lé trouué faux par infinies expériences. On voit vne 
fuperftition ordinaire par tout,de faire mettre les cn- 
fans fur vn ours^pour les aflcurer de la peur; ôc lier les 
arbres de foirre pour garantiras fruits , comme ils 
font en Valois: qui font toutes pernicieufes fuperfti- 
tionsrcarc'efttoufioursvncauerfiondu Créateur ^ &c 
fiance en la créature. Et pour celle caufeMahomet A- 
ben-Taulon Sangiach d'Egypte fit brufler,n a pas log 
tcmpSjvn crocodile de plombj qu'on auoit mis fous la; 
porte dVn temple d'Egypte , parcequeleshabitans 
du licU:,pcnfoient par ce moyen eftre garentis des ero- 
codilles. Voyia quant aux moyens illicites pourob- 
uîcrauxfortileges.Difons auffi s'il y a moyen de chaf^- 
fcr les efprits malins de ceux quienfontaffiegez. 

V V ii), 




DES SORCIERS 

a-, 

"De ceux quijont aJJiegeT^JvrceTparles malins 
ejj>rits:^ s'ilji a moyen de les chajjer. 
C H A P, VI. 

Ovs auons parlé de ceux qui volontaire- 
ment par coniientiôs tacites: ou exprcffes, 
ont part auec les malins cfpris: difôs main- 
'^ tenant de ceux qui fontafliegez & forcez 
pariceux^&s'ily amoyendeles chafTer. le ne mets 
point en difputes'ily adesperfonncsaffiegces par les 
malins efprits: car toutes les hilloires diuines & hu- 
maines en font pleines: mefmementrEuangile:6(: aux 
Adtes des Apofïres, chapitre fciziefmc il elt dit qu'il y 
auoit vne ieune fille efclaue qui auoit vn efprit qui par 
loit en elle^que lefcriture appelle iyyctç'e^|uvfov:c^ui 
difoit les chofes cacheeSjà l'aduenture à plufieurs : ôc 
pour vne vérité dix menfbngcs. Elle diil que Sainct 
Pierre &:fain(5t Paul prefchoient la voyc defaluc : ôc 
par ce moyen fonmaiftregaignoit : & le Diable atti- 
roitksperfonnes à demander la vérité au maiftredc 
menfonge. Sleidan recite aulli qu'en la ville de Mon- 
fier en Vucftphalie, lorsque les Anabaptiftcs tenoiét 
la ville après la publication de la communauté de biés 
iJfalloit que chacun rapportaftlesdenierscncommiî: 
ôc parce qu'il y en auoit qui receloicnt leurs efcus , il fe 
tiouuadeux ieunes filles qui reueloicnt tout. Maison 
V-oidla pr-çuue de ceux qui font polledezdu diable, 
qui parlent diuets langages , qu'ils n'ont. iamais ap- 
prins.l! y en apeu en France fi cft-ce qu'il s'en void; ôC 



LÎVRÊ TROISTËSME ïyi 

depuis vn an en çà vn ieune enfant aagé de douze ans, 
nommé Samuel. du village VVantelet près cefte ville 
de Laottjfilsd'vn gentil homme , Se'gneurdes Lan- 
des , vn mois après la mort de fa mère a efté (àifi d'vn 
e{prir,qui le trauailloit forc,& luy bailloit desfouflets, 
êi quelcfuesfoîs luy cniroit dedâs le corps,6c fi on vou 
loitofterFenfantjilleretiroit par force. Le père pour- 
Irréligion qu'il tient , ne voulut pas cju'il fuft exor- 
cizé. lenefçay fi de puis il eftdeliuré. On à veu aufli 
depuis douze ou treize ans vne femme de V£ruin,c]ui 
eftoitpoHedeed'vn malin efprit , &fut exorcizee en 
celle ville de Laon, que ie pafleray, parcequ'ily ena 
plufieursliurcs imprimez. L'Italie &: l'Efpaigne en a 
grand nombrequ'il faut enferrer, &: qui parlentGrce, 
Latin & autres langages fans tes auoir appris: ou pour 
mieux direj'efprit parle en ieellcs. Car lefprit de celle 
de Verutn Jars qu'elle tiroit la langue iufques aux la- 
ryngés, parloitdifertcment Mekn€lho-n cfcrit qui! 
a veu en Saxe vne femme démoniaque, qui ne fçauoic 
ny lire, ny efcrirciEtneanrmoins elle parloit Crec,& 
Latin,&predîâ: la guerre cruelle de Saxe en ces mots, 
«Vcq dviyyxn cRà rn<^ yrï^ o^un iv rqS KctCf^- rircfx. 
C'clt à dire,qu'i} y aura de terribles chofes en ce pays 
& rage en ce peuple. Fernelau MmQcle t^bditis rentm 
cau/iSj die auoir veu auflî vn ieune garçon demonfa- 
quequi parloir Grcc,encores qu'il ne fçeufèpas lire. 
Et d'autant queccliure a efté plufieurs fois reimpri- 
mé,i'ay peafc d'y adioufter fur ce propos l'abrégé du 
proccz flic a vne femme nômcîaGantierc,oui futco- 
dûuceà la niort ^ar aiicllde la cour de Pailenicc rcda 



DES SORCIERS 

au raport de mofieur de Gricux autremét de S. Aubin^ 
cofirmatif de la fétcce de maiftre Touflaindls, Sagot, 
baillydelaFertéjImbantran i 58i.&dcplufieurs au- 
tres condamnez, qui ont eu le fouet,lcs autres bannis. 
Lefai6b fut defcouucrt par vneicune fille de laagede 
douze ans, demeurant au bourg, de faindt Genolca 
Souloigne, laquelle fedifoitfuiuicd'vn cfprit malin, 
en forme dVn linj^c blanc, battue &: outrance, & tan- 
toft eileueeen hautjtantofttirafTec.'&fouucnt frap- 
pce,iufques à efFufion de fang,que plufîeurs tefmoins 
& en fort grand nombre voyoyét,fins voirceluy qui 
la tourmentoit. En fin,eftant exorcifeel'efprit , qui la 
poflcdoit parla, ayant la fille la bouche fermee,& fans 
aucun mouuementdeleureS:,nyde langue,difl: que la 
maiftrcfTe de la fille , auoit enuoyé le diable au corps 
de ladite fille,lequel parloir tâtofl d'vne voix fort grc- 
fle, tantoft d'vne voix groflc. Le iuge faidt prendre la 
Sorciere^qui confeffc qu'elle efloit Sorcierc,& qu vne 
femme nommée la Lofarde l'auoit faidl teîle,luy pro- 
mettant richefres,cc qu'ayant promisse diable la vint 
veoir,&folliciterdercnoceràDieu,5<:fe doner àluy 
ce qu'elle fiftralors il la marqua au bras, & luy fift ma!, 
& dcflors ill eporta au fabath,au village de Bailly,oa 
elle trouua la Lofarde qui 1 auoit appellce, & perTua- 
dee:&: fix perfonnes qu'elle noma qu'ellecognoifToit: 
& quand aux autres,au nombre de foixante & plus, ôc 
lors tous danferent à rebours les faces hors la danfe,& 
le diable habille d'vn haliretiaune,qui luy couuroic 
feulement le corps,ô<r non les parties ba{res,ny fes par- 
ties honteufcs fort noir, &c clpouuantable, ôc au der- 
rière 



LIVRE TROISIESME. 173 

riere deluy vnc grade relie fans yeux ny bouche, ayât 
eriffes,& le diable prefTc chacun de prendre des pou- 
dres pour fc venger, & chacû en princ pour faire mou- 
lir, hommes,fruits&: belles, & s'ils failloient deuanc 
que retourner au fabatjl leur roproit le col , 6c qu'elle 
ne pouuoic deriuer la poifon (înon a Tes plus familiers. 
Dcpoic que tous efloicnt marquez, & qu'au lieu de la 
marque on ne fentoit point la piqueurc:di(l auflî que 
le diable luy bailla huit fols pour payer la taille, & que 
voulant tirer les huit fols qu'elleauoitenueloppez en 
vn iinge,clle ne trouua rien,Ô: que lors elle fc repentit 
d'auoirc{lcforciere,ainfi voitonque la fille pofTedec 
dumauuaisefpritdefcouurittout.Hipocrate au liure 
de Alorbojkcro y pcnCoiz que ccnefuftque le mal ca- 
duc: mais la differéce a elle bien remarquée par la po- 
fl:erité:& en Grèce melnies,depuis qu'6 apperceull les 
diuerfes langues &diuinatiôsdesa(liegez; qui ne font 
point en ceux qui ont le mal caduc.Et la marque aulîî 
efleuidcnte,& plufieurs fymptomes tous difFcrens:&: 
ceux qui en veulent faire la preuue,i'entés les Sorciers 
ilsdifent en l'oreille du p^LÙem^Exi D^emonj qmaEphi- 
molei tibi praccipmnt. Soud.im le patient démoniaque to- 
be comme pafmé:(&: puis quelque temps après il fe re- 
leuc,& dit des nouuelles de loing , véritables & inco- 
gneues;& cela fait,il eft deliuré du Démo; mais fi c'efl 
le mal caduCjCela n'aduient point. Lesautres qui ont le 
diable au corps font Sorciers, qui ne font point vexez 
qu'on appcrçoiuc , ou ceux qui par deuotion penfant 
bien faire font faifis des Démons , pour vn téps come 
eûoient les preftreiles Pythiaques cnGrccc.On péfoic 

Xx 



DES SO R CTER S 

que Dieu prfTcdoit leurs perlonncs, &:appcIIoier ce- 
la Enthoufia(mc:c|uand les Sy billes &: PrtrtrcfTcs d'A- 
pollon.apresauoir couche en lo-cauerne de Del} lies, 
oudeDeloSjeftoiencainfifaifies, & le diable parloir 
en elleSjQu'ils appelloienc le Dieu Apollon , lefcjucllcs 
elloienr peu après deliurecs : mais ceux qui clioienc 
vrayes démoniaques cftoicnt deliurecs quelques fois 
par certaines fuperllicionSjdontHipocrateparleauli- 
UXQ de Àdorbo ptcro'.hAdds les Sorciers fouuent chailoicr, 
Gome ils font encorcsjes Démons. Les Chrcfliens de 
laprimitiue Eglifc vfoient de priercs,&: puis côiuroiet 
les Cathecumencs &: Energumencsjcs exorcifantren- 
eores q celuy quifc prefcnroic pour eflre baptizé ,.fuft 
en aagCjfage ^ prudent^ô^ qu'il n'y euft aucune appa- 
rence de malin efprit en luy. Ce qui a toufiours efté 
gardé,& fe garde encores es baptelmes àcs enfans,qui 
font baptizczàla religion Catholique. Carien'ay a> 
traitter icy que de ceux qu'on voidaffiegcz du malin 
erprit,qui ne font point Sorciers; ains au contraire les- 
Sorciers demeurent d accord par infinis procés,quc Çi> 
vn Sorcier ayât faidbprofc/Tion d: conuéiion expreficr 
auecle diable pour iamais quitter fon fer ui ce y&: qu'il 
ft repente de ce qu'il afaict fans prier Dieu, il fera mal 
traiâiCjtourmété & batu^fi Dieu par ia grâce ne le prc- 
feruCjComme il fait fans doute quand larepentâce ell: 
vrayc,& qu'il fe tourne a Dieu de bô cueur.fay lemar- 
qué cy dcuant.queiVn ay veuvn 5 lequel eiloirfuyui' 
par tout du malm efprit, & ne s'en pouuoit deffaire,& 
au plus profond de fon fomeil le diable 1 eiueilloit luy 
tirant le nez,&: les oreilles,en luy demâdât,s'il ne vou- 
loir pas luy demâdcr quelcjuc chofe.Sprâger dit qu'il a. 



LIVRE TROISIESME. 174 

condâné pliilîeurs Sorcières qui eftoiéc bien aifes qu'o 
les f'iloit mourir , di(ant qu'elles eftoient battues du 
diable,(i elles ne faifoiéc (es commandemês, & qu'au- 
trement elles n*auoict point de repos. l'ay auffi remar- 
qué vn gentilhômc demeurant près de Villiers Colle- 
rets/âuqucl vnfoldatEfpaignolauoit vêdu vn malin 
cfprit auec vn an r, eau: & d'autant qu'il n'obeiffoit pas 
augencilhommCjCornmeil clpcroit , il ietta l'anneau 
dedans le feu: & depuis n'acefledeletrauaillcr. Il y en 
a auffi qui ont efté Sorciers,& ont renoncé DieUj&: iu- 
ré alliacé auec Sathâ:& coenoiflans fes imnoflures ne 
tienent conte:&n erontny pénitence ny repcntacc: 
aufquels toutesfois Satban ne fait riéicar il fe contéte: 
qu'ils font à luy en pofrefliô paifîble.Il y en a d'autres, 
quifemblent cftre fols feulcmét^& qui riét & fautent 
fans proposrcômc eltoir celuy ducjuel parle Philoftra- 
te,qui fut dcfcouuert par Apollonius Thianeus mai- 
lire Sorcier cftrcaffiegéd'vn malin efprit , &z deliurc 
par iceluy: & à dire vray,{i la folie de l'homme ne pro- 
uient de nialadie,quand il rit fans mefure ôc uns pro- 
poSjc'cll: l'vn des fignes que la persone cil: pofîedee du 
malin efprit, il y en a qui par couftumcfot les fols sas 
propos,&cn fin (ont (aiiis des malins efprits: comme 
ciloit vn Vibius Gall^ declamateur qui (e plaifoit fort 
acotrefairerinfenié,qu'ildcuintdutourinfcnfécomc 
nous lifons en Seneque. On en voit auffi qui ne font 
point autremcrfolsr^ neâtmoinsils vot en dormant 
comc s'ils veilloiét.qui eft vne Ietargie,ou autre mala- 
die de cerueau^qui aduiêr quelcjucsfois aux plus fages. 
l'cay veu trois malades de celle maladie, cjuin'auoiêt 

Xx ij 



DES SORCIERS 

. aucune douleur : & mefmes Galon confcfTe i.]u'il a efté 
' malade en ccfte forte vnc foix en fa vie , & alla dcmy 
quart de lieue tout dormat, iufques a ce qu'il rencotra 
vue pierre qui le fift tomber,&: le reueilla : mais il y en 
a qui vont fort fouuent la nuidl les yeux clos, &c mon- 
tent fur les maifonSjfur les Eglifcs & hauts lieux inac- 
ceflibleSjOU le plus vigilant, & le plus fagc homme du 
monde ne fçauroit moter : Et fi on les appelle par leur 
nom,foudain ils tombent par terre. Spranger diden 
auoir veu tôbcr en celle forte. en Orlcâs. Il y en eut vn 
agité la nuir,qui fut fuyui par fon c6paignon,qui cou- 
choit auec luy : ô^ le voyant aller en la riuiere il ne vou- 
lut pas lefuyurc;mais de peur qu'il n'allafl tropauât,ii 
l'appella par fon nom :foudain il toba tout dormat, & 
fut noyé.ll eft à prefumer que le malin eiprit l'agitoit: 
toutcsfois ien'ê fuis pas a(Icuré:car il fe peut faire que 
l'homme oyant fon nom,s'e(ueillcen furlauc,qui iufîiL 
pourle faire tomber:maisie ne trouue point d'appa- 
rence de monter en dormat aux lieux inacccllibles , &: 
précipices dangereux,&: s'en retourner fans choperny 
s'oiFenfcr,commeTitoreus Stoicié lequel fe pourmc- 
noit la nuit fur les maifons en dormat : 6c ce tauernicr 
duquel pavley^rift.in li. de mirabili ^aniit. c^uiMoiz la nuit 
en dormant parmy les rues ayant la clef de fa tauernc 
qu'il gardoit fi bic qu'on ne peut onques luy ofter/co • 
me auili nous liions en Bartole qu'il y en auoit vn a Pi^ 
fe qui sarmoit la nui6l,&: couroir endormy parmy les 
rues. Et en quelque forte q ce foit,il faut elïimcr que 
Gchiy qui ell aflicgé du mahn efprir, ^ tou^menré par 
keiuy ,n'eil pas hors la voy e de falut^comme les.{aia£s 



LIVRE TROISIESME. 17} 

perfohnagesontiugérEtde faiâ:, S. Paul en la pre- 
mière des Corinthiens parlant de celuy qui auoit abu- 
fédc G belle- mère; Il ell-jdi6b- il, expédient que ceft 
homme-là foit liuré à Sathan, à fin que fon cfpric 
fbit fauué au iour du iugement.ll eft à croire qu'ils en- 
tédoirl'excomunication, de laquelle on vfe encorcs. 
Relie à voir les moyens dechaflerles malins efprits, 
foie des pcrfonncSjfoit des belles, foit des maifons:car 
Thomas d'Aquin ' eft d'accord , qu'on peult auffi^- infecmdd 

côiurcr vnc befteirraifonnable, comme eftant icelle-'*'^''""^^* 

90. 

agitée par Sathan, pour oftenfer les hommes: & par 
confequenr il fuppofe qu'on peut chafler les malings 
cfpiics. Et quand aux moyens dechaflerles DemonSj. 
Alexandre i. Pape inftirua l'eau bcneille , com- 
bien qu'elle tft infticuee parla loy de Dieu, des fimples 
qui font les plus purgatifs du monde,pour ceux qui à- 
uoient touché quelque mort:, & autres foùilleures le- 
galeSj&nonpas pour chafler les Diables ^ qui fouuent 
entretiennent les hommes en cefte opinion, à fin d'ar- 
refter toufiourslhommeaux créatures : Mais vn iour 
Melandhthon voyant que le Diable s'enfuioytpour 
l'eau beneifte , & quittoit pour vn temps le dcmonia^ 
que,ilprit de l'eaupure, Se en ietta fur le démoniaque, 
& le Diable s'enfuie auffi^car les efprits immondes ont 
en horreur la purité du fel,& de l'eau. Quant aux con- 
jurations , elles font alfez notoires^:^xora?o te N, per '^' ^^^':^^^^\ 

aum njiuum, & c^ct. Et puis 1 O raiion Dens mijencor- p^^. 
dU,& r^f;&: après l'exécration, Ernro malcdiffe Dialpcle^ 
ej^cpuis autre oraifon,& derechef rcxecratio.iufques ' 
ào^rois coniurations ^iDruflas tous les Sorts ôc poudres. 



DES SORCIERS 

m Jefiqucs qui fc trouuent en la m lion de celuy qui 
cftpollcdcdu Diab'e,qyielt directement contre lad- 
vis de faindl Hilarion,(i' de ùind: Hicrofme ,comn)c 
nous auons didt cy dcuant ils adioultenc aulli les con- 
feilions, lesSaciemcns, les tltoles^ ôc beaucoup d au- 
tres chofcs fcmblables. Etneantmoins les malins cf- 
prits ne fortét pas pour tout cela, comme il fevoidaC- 
fezfouuéc.Iay fait mérion cydeuat de celle qui clloit 
poflcdced'vn malin efpric , & qui demeure encorcs 
au Menil près Damartin , qui eltoic lice ordmaireméc 
d vn efpric depuis laagc de huit ans ; &: ne luy failoit 
autre mal. Le Ooâ:curPicard,&: plufieurs autres l'cx- 
orcizerent en la ville de Paris, l'an M. D. L 1 1. comme 
i'ay did: : mais cela ne fcruit de rien. Et neantmoins 
plufieurs voulans exorcizer les Démoniaques, font bié 
fouuent faifis du Diable , comme nous liions es Ades 
des Apoftres de deux Dilciplcs , qui vouloicnr chalîer 
l'efpric malin du corps d'vne perlônc^difant ces mots, 
u4diHro vos per Icjum quem ^anUs pr^dicat^ ^ c^t. rc- 
J^ondens autem Spirittis ncquam dixit cis : Icfum noui^c^ 
fcioj V.OS autem qui eftisf Et foudain le Diable fe faifit 
de tous deux, ^laifTa celuy qu'il vexoit. Nous auons 
vnehiftoirefemblableen fainâ: Grégoire au premier 
Dialogue, qu'il y eut vn Preftre, lec|uel voyant vnc 
femme faifie du Diable , il print vne eflole , &: la mill 
fur la femme: foudain le Diable fe(aifit du Prellre, ôc 
quitta la femme. Nider récite aufîi qu'il y auoit en Co- 
loigne vn Moyne Sorcier,facetieux , qui auoit grande 
réputation de chalîer les malins efprirs.Vn iour le ma- 
lin luy demanda où il iroit, Va die- il en mon piiué. Le 



LIVRRE TROÎSIESMË. 175 

Diable ny faillit pa<;,& la nui6l il batift tcinr comme J 
alloit à fon priué , qu'il fuft à vn doigt près de la mort. 
Quelques-fois les Diables s'en vonc parcommande- 
mens des Sorciers^ corne on dit d'Appollonius Thya- 
neus,qui chaflbit les Diables,ou pluitoÇ qui luy obciC- 
foient pour luy donner cFedit de ie déifier, comme il 
tachoit, Ôc trouua force difciples qui en faifoient plus 
de cas que de IcfusChrift:en forte qu Eufebe a efté co- 
traind; d'efcrirehuitliures contre Philoftrate Euâgic- 
lifte du Sorcier Appollonius, oii Ton voit l'afcention 
d'Appollonius, au temple d'Ephefe ; &: en S. Clément 
l'afcention de Symon Magus qui faifoit le fem- 
blable:Carilny-afine(rcny fubtilité dont Sathan ne 
s'aduife,pour faire idolâtrer les hôraes.enquoyfàpuif 
ianccn'eftpasruinee,maisbiécftablie.SprâgerInrqui- 
{iteur en met vn ex épie d'vn Bohemic nômé Dachon 
Preftre^quifutlogtépspofledé du Diable: & fut mené 
à Romme^ lequel difair qu'il hayoit à mort les chofes 
que Sacha aime le pP. Il récite aufïi que à Magdebourg 
il y auoic vn autre Preftre, qui fut poffedé du Diable 
7. ans: Ôc quâdon dcmâdoitau Diable pourquoy ila- 
uoit cômencé à tourméter le Preftre depuis 3 .mois, il- 
dit qu'il ne laifl^ir pas d'cftre auparauanr dans le corps 
du Prcllre: 6c cpand l'Exorciftcdemâda au Diable où 
>1 fecachoit quand le Preftre prenoit l'Fioftie facree. 
rcftois,.dit-îl,foubs fa langue: Se l'cxorcifte l'iniuriant 
difoir, pourquoy ne t'cnfuis-tu delà prefenccdeton 
CrcateurPlc Diable refpondit, 6: pendant quVn hom- 
medc bien pa (Te lut le pont,pourquoy vn mefchâr ne 
paflera-îlfoubslemcfmepotPVoylademotàmocIes 



DES SORCIERS 

^Mcf'm propos de Spranger'Inquificcur. Etquclqucs-foislc 
Diable faiâ: des plaintes , comme s'il endurcie gran- 
de douleur, & dilenrcftre l'amedyn teijoud'vntel, 
pourtenirtoufiours leshommes en erreur . Nous en 
auons aflcz d ty^oircs : &: Pierre Mamor en récite vnc 
c[ui aduint en France, à Confollent fur Vienne, en la 
îîiaifon dVn nommé Capland, l'an M. CCCCLVIII. 
d'vn diable cjui fe difoit lame de la defûdlCj qui gemiC- 
foir, Ôc cxioir, en fe complaignanx bien fort: ôc admo- 
neftoic de faire pluficurs prières & voyages, ô»:rcuclâ 
beaucoup de chofes véritables: mais quelcun luy dift, 
fi tu veux qu'on te croyc, dy^Mifrere mei Dcusfecundu^ 
..^c. mais ildit<qu'il nepouuoit. Alors les afli flans fc 
mocquerentde luy,& s'enfuit en frcmiflant . Le fem- 
blable aduint à Nicole Aubery, femme natifue de 
Vcruin.,de laquelle M. Berthelemy Fayc^Confeilleren 
Parlem^ntja efcrit l'hiftoire,oii il did que Satlian s'ap- 
parut à elle, priant fur la foflc de fon pcre, comme for- 
rat du fepulchre:& luy difl:,qu'il falloir dire beaucoup 
de MeflTes, faire quelques voyages fpecifiez, &: après 
tout cela il ne laifTa pas de tourmentcrceft^ pauurc fc- 
me,côbien que au commencement il dift que c'cftoit 
fon ayeuhneantmoins à la fin il dift qu'il eftoit Bceize- 
butli. Tay dit plufieurs fois ce qui cft efcrit en lob, qu'il 
ny a puiflàncc en terre que Sathâ craigne. Çt l'opinion 
de lofeph hiftorié Hcbricu, que i'ay remarqué cy def- 
fus,eftpernicieufe,en ce qu'il dit qu'il aveuvn luifde 
fa natiô,leql mcttât vn âncau au nez de celui qui eftoit 
âfliegé,q foudam le Diable s'enfuyoit. C'eftoitpour 
induire les homes à reuerer la créature , la pierre , l'an- 
neau. 



LIVRE TROISIESME. 177 

neau. Il ne diâ: pas que l'anneau portaft vn Diamant: 
car il f en eft trouué de celle opinion,qui ont diâ: que 
cefte force eft au Diamant , qu'il garentift des fonges 
friuoles &c des malings efprits , comme diâ; vn Poète 
fans renom , Et noftis lémures ^ ft) femnia njana repellit. 
Mais ils ne difent point quelle forte de Diamant. Car 
ilyenafixfortdifterens^, &:lafîxicfme efpecc eft le7-^/^'«.^'^-35- 
Diamant Arabic^qui vient à gros tas es monts Pyré- 
nées, Se qu on foule aux pieds , en forte que le quin- 
tal ne courte que trois Efcus fur les lieux : Il eft figuré 
&poly par nature d'vnc beauté que tous les artifans 
ne fçauroient fi bien contrefaire à fix coftes efgaux^&r 
les deux bouts en poinâie, ôc forme çonoide : ôc f en 
trouue de plufieurs couleurs. Les anciens renoieht 
auftî que les Diables craignent fort les tranchans des 
efpees,&glaiues,&mefmesPlaton,& plufieurs autres 
Académiciens font de ceft aduis, que les efprits fouf- 
frent diuifion. Etmefouuicntquel'anmil cinq cens 
cinquante &fept,vn malin Efprit foudroyât à Thou- 
louze tomba auec le tonnerre dedans la maifon de 
Poudot Courdouannicr, demeurant près du Salin, 
qui icttoit des pierres de touscoftcz de la chambre: 
on ramaflbit les pierres en fi grand nombre^ qu on en 
rempliftvn grand coffre, que la maiftreffe fermoir à 
clef, fermant portes ôc feneftres. Et neantmoins l'ef- 
prit aDportoit foudain d'autres pierres, & toutcsfois 
fans fliire mal à perfonne. Latomy , qui eftoit lors 
quart Prcfidenr, fut voir que c'eftoit : auffi tofr î'efprit 
luy fift voler fon bonnet dVne pierre , & le hafta bien 
de fuir.ll y auoit efté fix iours quand M. îean Morgcs 

Yy 



DES SORCIERS 

ÇonicillerduPrcfidial m'en vint aduerdrpour aller 
voir ce myfl:cre,OLi ic fuftdeuxou troisheures fans 
rien appcrceuoir. Quelqu'vn, lors que i'cntray, did:^ 
JDieu foit céans : &: aprcs auoir entendu rhiftoire,dift 
au maiftre qu'il priafï Dieu de bon cœur, & puis qu'il 
fift la roue d'vne efpec par toute la chambre. Ce qu'il 
fift. Le iour fuiuant la maiflreffe luy dift, qu'ils n'a- 
uoicnt depuis ouy aucun bruit, &: qu'il y auoit fept 
iours qu'ils n'auoientrepofc. Les anciennes hiftoires 
lont fréquentes de tels efpritsietteurs de pierres :& 
iiicfmes Guillaume de Paris efcrit que l'an m. c c C c. 
XLvii. il y en auoit vn à Poicliers en la parroifle fainâ: 
Paul, qui rompoit voirres 5c voirrieres , ôc frappoit à 
coups de pierres fans blefler perfonne. Encores diâ: 
on, qu'il faut en chafîant les malings efpritsjes en- 
uoyer en certain lieu, corne en l'Euangile lefus- Chrifl: 
les enuoyoitaux troupeaux de pourceaux- Et enTo- 
bic l'Ange ayant chaflé le maling Efprit Je lia en la 
haute Egypte:oii il fcmble que Dieu a limité non feu- 
lement la puiilance,ainsaufli le lieu où les malings cf- 
prits font reclus. Et de fait Ca^fîrius en fon Dialogue 
efcrit, que la fille d'vn Preflre de Coloigne eihu tour- 
mentée d'vn malin efprit Incube,deuint phrenetiquc. 
Le perc fut aduerty de faire aller fa fille par delà le 
Rhein, échanger de lieu. Ce qu'il fit. Le Diable par 
ce moyen laifia la fille : mais il bâtit tant le père qu'il 
en mourut trois iours après. Auffi liions nous que les 
malings efprirs ne font pas fi frcquens dedans les vil- 
les , comme es villages : ny aux villages , comme aux 
lieux deferts 6: aquatiques, comme il eft efcrit en lob 



LIVRE TROISIESME. 178 

quarante &c vnicfme chap. C'eft pourquoy les malins 
efprits qu'on appelle Fcuz fols lanuic^ apparoiflans, 
& mefmement la nuid: d'entre le Vendrcdy, ôc Samc- 
dy fuyuent les eaux, &c fouuent font noyer les perfon- 
nes pour les chaiTcr : il faut prier Dieu la face en terre, 
& foudain tout f enfuit. le croy bien que les créature^ 
auec la crainte ô(:parolle de Dicuypeuucnt feruir, & 
(ans la crainte de Dieu rien du tout. le mcttray pour 
vn exemple la Mufiquc qui eft IVne des cliofcs qui 
plus a de force contre les malings efprits,comme il cft 
efcrit de Salil , que le maling efprit le laifloit tandis 
que Dauid touclioit fa harpe: Vray eft queDauida- 
uoit alors le Saincl Efprit, &: neantmoins il eft dit,que 
le tourment de Saùl ne cefloit finon au fon de la har- 
pCj foit que la Mufique eft vne chofe diuine, ôc que le 
Diable n'ayme que les difcorsrfoit que l'harmonie 
con(pirantauecrame,reduid:laraifonefgarec à fon 
principe: comme les anciens ont remarqué , que la 
Mufique guarift le corps par le moyen de lame , tout 
ainfi que la médecine guarift l'amepar le corps. Et de 
fait il y a vne efpece de furieux en Allemaigne,qui ne 
guariffent finon au fon de l'inftrumcnt , quand le 
Muficien accommode fa Mufique au branfle des fu- 
rieux : &c puis il fait peu à peu, que le furieux faccom- 
mode à la cadence du Muficien pofémcnt , & en cefte 
forte il gueriftlefaifant rcpofer:on l'appelle la ma- 
ladie SaindlVitus. Nous liions auflî que le Prophète 
Michec eftant appelle par AchabRoy deSai-narie,&:. 
en la prefence du Roy de Samaric dcuant que pro- 
phctizerdcnffuëdelabataillejil fit entonner vn in- 

Yy ij 



DES SORCIERS 

ftrument de Muficjucalors refprit de Dieu le faifit ôc 
prophetiza: <Sc mefmes Samuel ayant confîicrc Saiil, 
Va dit-il,en tel lieu oiï tu trouueras vne troupe de Pro- 
phètes cjui delccdent de la montaignc,ôi qui Ibnnent 
des inftrumcns. Alors l'eiprit de Dieu te failîra. Si tofî: 
que SaulcuR- approche des Prophètes qui fonnoicnt 
leurs infhrumenSj l'cfprit de Dieu le faifît, ôc Te trouua 
tout changé : combien qu'il eft à croire que l'efprit de 
Dieu, duquel latrouppe des Prophètes cftoit rem- 
plie, non feulement embraza Saiil de l'efprit diuin, 
ainsaufli chafToitlesmalings efprits de tous coflez: 
comme de faiâ: Saiil eftant laifîé de Dieu, &: de fon 
Ange, fut faifydu malingcrprit: & comme il auoit 
refolutuer Dauid^il enuoyapar deux fois des meur- 
triers pour lafTafTiner en compagnie de Samuel, mais 
fî tofl: qu'ils auoient approché, ils clîoient faifîs de 
l'efprit de Dieu,& au lieu de tuer Dauid ils bcnifloienc 
^ ôc louoyentDicu.Dcquoy Saiiladuertyy vintenpc^- 
| fonncjfoudainil fe trouua tout changé,prophcti2ant 
^ & louant Dieu. Car les anciens Hebrieux ont remar- 
qué pour vne demonftrationtrefcertaine&indubita- 
ble,qu'il n'y a rien plus aggrcable à Dieu,que fa louan- 
ge chantée d'vn cœur entier ôc ioycux , comme il efl 
did: au Pfalmc x x x 1 1 r. 

Louange eft tref-feante & belles, 

En la bouche de l homme droiéîj &c. 

Aufli n'y a il rien qui pluftofl chaffe les malings 

cfpritS;, & les force de fortir: maisc'efl la louange du 

Créateur & non pas des créatures. Comment donc, 

dira quelqu vn, eft- il poffible que le Sorcier ApoUo- 



LIVRE TROISIESME. 179^^ 

nius cliaflafl les Démons, ôc comment les Sorciers 
de noftre temps ont ils encores ccfte puillancc de 
chafler foudain les malingsefprirs ? le rcipondray ce 
qui cà efté refolu en la Sorbonne l'an mil trois cens 
nonante ôc hui6l : Hiereticï Junt qui jutant Djcmones 
m.tlefcus cogi pojje ^ qui Je cogifingunt. C'eft à dire, que 
ceux là font Hérétiques qui croycnt que par char- 
mes,on puiffe contraindre Sathanjqui fliicl beau fem- 
blant d'cftre contraint. Et par ainfi quand on void les 
Sorciers chafler les malings efprirs, ce n'eft pas chafler 
ny forcer de fortir.Mais c eft de gré à gré : corne nous 
lifons en Léon d'Afrique,que les Sorciers qu'ils appel- 
lent Af/*7;^;^/;7;i;2 mot dem y Hebrieu qui peut venir de 
Afefcaphim , en faifant quelques cercles & charadlercs 
au front du démoniaque, après auoir interrogé le 
Démon Juycomandcnc de fortir,& foudain il fort. 
Ce que pareillement efcrit îacques Spranger des Sor- 
ciers d'Allemai^ne. En ouoy faifant Sathan commen- 
ceàpoffederpaifiblemcntrame,aulieu qu'il ne pot 
fcdoit que le corps par force Se violence. Et en cas pa- 
reil quandonvfedefuperftitions &c idolâtries, alors 
l'efprit maling fen va, &c fainâ: qu'il cù contrainâ: de 
ce faire pour attirer les ic^norans à continuer en leur 
idolâtrie. Et en Allcmaignc fil y a auelque demonia- 
que ou malehcié, qui ayt fufpicion de quelque Sor- 
cier qu'il luy aytenuoyé le maling cfprit, ou donné 
aiitre maléfice, les luges, & mefmes la chambre îm- 
perialle ùidi dire ces mots à la Sorcière en prcfcnce 
du maleficié, Bcnedico tibi in nomiric Pdtrïs^O^ fMj,& (jn^ 
ritHS JanÛiJn tais bonis ^pingainc ^ armento. Et foudain 

Y y iij 



DES SO RCIERS 

les maleficiez (ont dcliurcz ; ce que les plus homme 
de bien de ce pays-Li en cliicint les mefmes parollcs ne 
peut faire: qui monftrebien l'intelligence du maling 
efprit auec le Sorcier; Comme les Sorciers faifoienc 
fortirles Diables du corps des hommes du temps mef 
mes d'HippocratCj comme on peut voir enfonliure 
deMorboJkcro. Auffi voit-on grand nombre deper- 
fonnes démoniaques: 5-: mefmement en Efpaigne^ 
Italie, &: Allcmaignc, qui tiennent quelques fois dix 
ans ou vingt ans les perfonnes qu'on ne les peut chaf- 
fer, comme de faicl l'an m. d. L v i. il (e trouua en la 
ville d'Amflierdam trente ieunes cnfans démonia- 
ques, qui n'ont peut eftre deliurcz pour tous les cxor- 
cifmes qu'on y a faidls. Et fut refolu que c'cfloit par 
fortileges de maléfices , d'autant qu'ils iettoient des 
ferremens , des lopins de voirre, des cheueux , des ai- 
guilles, des drapeaux & autres chofcs fcmblables,que 
les perfonnes malades par Sortilèges rendent ordinai- 
rement, l'ay did: fi deillis que l'an M. D. L 1 1 1 1. il y 
auoit LX XX. filles & femmes démoniaques à Rome 
qui furent cxorcizees parvn moync Sain6b Benoift-, 
que M. Gondy Euefque de Paris y auoit mène: lequel 
ny fift pas grande chofc^, cncorcs qu'il y fufl; fix mois. 
Il interrogea Sathan pourquoy il auoit fiify fes pau- 
iires filles. Il rcfpondit que les Juifs l'auoient enuoyc, 
dcfpitsdecequ'on les auoit baptizecspour ce qu'el- 
les eftoient luifues pour la plus part. On penfoic 
que Sathan diil cela , parce qu'il cftima que le Pape 
Theatin feroit mourir les luifs : mais vn lefuittefou- 
ftint dcuanc le Pape que les hommes n'ont pas cède 



LIVRE TROISIESME. 180 

puiflance. Ce qui eft bien certain , ny Sathan auffi ; 
mais fi Dieu le permeâ: aux vns &: aux autres , cela ce 
peut faire: &: d'entrer enConfeilde Dieu c'efl: cliofe 
incomprehenfible. Non pas que iepenfe que Sathan 
fuft cnuoyé par les luifs ; car ceux de leur Religion en 
feroient pluiloft polTedcz que ceux qui fe font bapti- 
zer, ôc renoncent à leur loy. Mais au Monaftere de 
Kentorp au cofté de Marche en Alleraaigne, où les 
Religieufcs furent vexées des malings elprits d'vne 
façon eftrange l'an m. d.l i i. les Sorciers & les Da- 
mes interrogées refpondirent , que c'eftoit la cuifi- 
niere du Monaftere nommée Elfe Kame, cjui le con- 
fefîa , qu'elle eftoit Sorcière , difant qu'elle auoit prié 
Sathan, 6c fai6l des Sortilèges pour ceft efleâ:. Elle 
fut bruflee vifue auec fa mère. Ces Démoniaques 
eftoicnt eflcuecs en l'air par chacun iour , Ôc quel- 
ques fois à chacune heure, & retomboient fans dou- 
leur ; puis elles eftoicnt chatouillées deiTous les pieds, 
& rioyent uns cefTe : & tantoft ce frappoient les vnes 
& les autres: Et quand il fetrouuoit c]ueIquepcrfon- 
nage de vertu, faifant la prière, ou parlant de Dieu 
iencufement, elles cftoient vexées. Et fi elles difoient 
leurs heures en Latin, (S: menuz Suffrages, ou qu'on 
leurs parlaft de iouer,ou de follaftrer, elles ne fcn- 
toient plus de douleur fe trouvant fort allégées, ô£ 
toutes rendoient vne haleine fort puante. Au mef- 
me temps il fe trouua pluficurs Démoniaques aux 
villes &: villages prochains : qui fuft caufe , qu'on 
print plufieuis Sorcières qui furent exécutées . Ee 
au Monaftere de Nazarcrh ^ au Diocefe de Coloigns 



DES SO R.CIERS 

par vne ieunc Sorcicre nommée Gertrude qui auoit 
accointacc auec vn Démon par chacune nuidt depuis 
l'aagc de douze ansrtoutcs les Religicules furent alïie- 
, gccs des malings elprits.Nous liions aufli en Ferncl au 
I liure de Abditis rerum caujts^ qu'on le mena voir vn ieu- 
ne Gentil homme démoniaque parlant Grcc^cncorcs 
qu'il fuil: fans lettres: & difoit tu fon pcre qu'il oftaft le 
collier de l'Ordre de fon col, & l'cfprit interrogé qui 
il eftoit, did tjue c'eftoit vn perfonnage,qu'il ne vou- 
loitpas nommer, qui l'auoitenuoyé dans fon corps. 
On peut bien iuger que c'eftoit l'vn de fcs bons fujets 
non pas que Sathan ny tous les Sorciers aycnt aucune 
puiflance fur les hommes, fi Dieu ne le permc6l:com- 
me il eft aducnu n'a pas long temps en Flandre vne 
chofe cftrange , & qui a depuis efté publiée par toute 
la Chreftienté. Anthoine Suquct, Cheuallicr de l'Or- 
dre de laToifon,& Confciller du Confcil priué de 
Brabant, auoit vn baftard, qui auoit quelque temps 
au parauant que de feftre marié, conuerfé familière- 
ment auec vn autre femme , qu'on difoit cftre Sorciè- 
re, laquelle eftant jaloufc d'vne ieunc Damoyfelle qui 
efpoufa le Gentil homme, fift en forte auec Sathan, 
que la ieune Damoyfelle fuftfaificd'vnmalingcfprit, 
qui latiraffoit en pleine compagnie, & l'eficuoit en 
haut contre toute lapuiffance humaine, puis la iet- 
toit ça & là. Lors qu'elle fut fur Icpoindl d'accoucher, 
pendant qu'on alloit quérir la fige fcmmc,la Sorcière 
que la Damoyfelle craignoit &c hayoit à mort, entra, 
&foudain la Damoyfelle tomba pafmee &c endormie 
& quelque temps après elle fe fentit deliurce de fon 

frui6l. 



LIVRE TROrSIESME. TSi^ 

ftuiâi. La Sorcière f en va, 6c la fage femme venue ne 
trouuaque l'accouchée, mais renfancnefeftiamais 
trouué depuis. Chacun iugeoit que la Sorcière jalou- 
fe auoic cnuoyé Sarhan au corps de la Damoyfelle, 
înais celanefeftpoinâifaid:, queparvn fecrec iuge- 
menc de Dieu. L'Hiftoirc qu'on recite eftre aduenue 
en Loraine d'vnc femme enleuee par Sathan pour 
auoir fon frui6b , approche de celle cy : mais on tient 
quele père cftoit Sorcier, qui auoit voué fon enfant 
à Sathan. Et quelquefois l'appétit bcflial de quelques 
femmes , fiià croire que c*eft vn Démon , comme il 
aduint l'an mil cinq cens foixante &fîx,au Diocefc 
de Coloigne : il fe trouua en vn Monaftere vn chien 
qu'on difoit eftre vn Démon qui leiioit les robbes 
des Rehgieufes pour en abufer. Ce n eftoit point vn 
Dcmon comme ie croy : mais vn chien naturel. Il fe 
•trouua à Thoulôufe vne femme qui en abufoit en ce- 
fte forte. Et le chien deuant tout le monde la vouloic 
forcer.Elle confefla la vérité, & fut bruflce. Il y en eut 
Vne autre qui fut amenée prifonniere à Paris l'an mil 
cinq cens quarante , conuaincuë de mefmes cas qui 
ïi-eft pas chofe nouuelle ; car mefmes Elian efcrit que 
vn Citoyen Romain fecoftitua demandeur en crime 
d'aduItere de fa femme contre vn chien. Etdutemps 
de Louys xM.'il nàfquit en Bretaigne vn enfant 
d'vne vache qui n'auoitrien qu'vn pied qui rcflem- 
blaft à la vache dont y eu procez recite par Boy er Prc- 
ÛdGùtdc'^ùùïdQkux'dciiJionc 301. mais ccfte mcfchan- 
cete eft plUs ordinaire auec les chiens. EtSigibert di6t 
auflit^u'iJ nafquit vn cochon ayant la faced'hom- 

Zz 



DES SORCIERS 

me. Et femble que la Loy de Dieu pour l'abomina- 
tion &:-mefchancctéj ne ('cftpas contentée de prohi*- 
bcr cela fur la vie : ains cncorcs elle dcftend d offrir a 
Dieu, le loyer de la paillarde, & le pris d'vn chien en 
vn mefme article. Il fc peut bien faire aufli que Sathan 
foit enuoycdeDicu , comme il eft certain que toute 
punition vient de luy paries moyens ordinaires, ou 
fans moyen, pour vanger vne telle vilainie ; comme il 
aduintauMonaftcre du Mont deHefle en Allemai- 
gnc , que les Religicufes furent Démoniaques : &c 
voyoit on fur leurs liCts des chiens, qui attentoycnt 
impudiquement celles qui efloient fu{peâ:esd'ena- 
I uoir abufé , & commis le péché , qu'ils appellent le 
péché muet. Dequoy i'ay bien voulu aduertir le Le- 
cteur , à fin qu'on prenne garde de ne forcer la volon- 
té des ieunes filles au veu de chafteté. Mais c'eft mer- 
ueillcs des exorcifmcs defquels plufieurs vfcnt, veu 
que iamais les SaincSts Prophètes n'en ont vfé : & cuf 
fcnt eu horreur d'interroger, où de rien demander 1 
Sathan ;, ny rien faire de ce qu'il commandoit ; ains 
• la prefencc des Sainâ:s perfonnages chaflbit les ma- 
lings cfprits , en la louange d'vn feul Dieu. Et au 
temps de laprimitiuc Eglife on faifoit venir les Dé- 
moniaques en l'afTemblee , & tout le peuple prioic 
Dieu , comme nous lifons en Saind lehan Chryfo- 
'•^^^•,^'rftome', Ô^enSaind Clément' qui baille vne trcf- 
hth Dei nati ocïlc orailon , &c en Théodore Lecteur ^ Nous liions 
wtate. qije le Roy de Perfe en la primitiue Eglife , comman- 
^ l.Lit'z^' ^^ dechafler les Démons : on fit prières en l'Eglife, 
$.Likf. & les Démons eftoyent chaflez. Et en ThcodorecJ 



à 



LIVRE TROISIESME. 181 
nous Iifons,que l'Euefciued'Apamecfaifanc fà priè- 
re à DicUj la fâcc couchant à terre chafTa le Dcmon 
qui ciloit au temple de lupiter. C'cfl: pourquoy la 
Loy de Dieu ^commande cxpreflémcnt de rafcr Ics^-^^'^^-^^*-^^- 
Temples ou les Payens faifoycnc prières à leurs ima- 
ges; à fin que le nom de Dieu ny fuit fouillé, ny con- 
taminé j ny prié en forte quelconque. Et en Saindt 
AusulHn, ^ Ôc en Sozcmene ^ nous lifons quon nef- *^ 

^ raiioitrien que prier Dieu pour challer les Démons, 7. iii-. 6,c.i, 
' lànsfamiliarizer, ny plai(anteraueceux,&: fansaucu-^^' 
nement interroger Saihan , comme il eftaducnu à 
quelques vns en Allcmaignc : lefquels mefmcs ont 
creu aux paroles de Sathan , &c les autres ont execu- \ 
té (es mandemens , qui cil: vne deteftable ôz damna- \ 
ble impieté. Saindt Denis en la Hiérarchie, Theod. 
de Sacra jjnaxi j efcriucnt qu'en la primitiuc Eglife, 
on ne bailla iamais HolHe aux Démoniaques. Ec 
Sainâ: Hicrofme en la vie de Saindi Hylarion , ef- 
cripc que vn ieune Sorcier ne pouuant gaigncr le 
coeur dVne ieune fille , ietta foubs fa porte vne lame 
de cuyurCjOu il y auoit quelques charadlcres graucz, 
&toft après la fille fut afficgeedu Démon , parlant 
comme furieufe : & difoit le Démon, qu'il ne forti- 
roit point du corps de la fille , qu'on n'eufi: ollé cefte 
lame. Neantmoins Hilarion défendit qu'on Toftafl: , 
&: par ces (eules prières fans Hoftie , ny autres adiura- t 
tions , ny aucuns interrogatoires faidts aux Diables ! 
chofe qu'il auoit en horreur , deliura la fille. Ichan 
Vicr ^ recire c]u*il aveu vne fille Démoniaque en Aile- '^^ ■^•'"*^^* 
maigne : Et fur ce quvn certain exorcifte l'intcrro- 

Zz ij 



"DES SO RCIERS ^ 

geoit^ Sathanrcfpondit qu'il falloitque la fille alkft? 
en voyage à Marcodnre ville d'Allemaigne , ôc quei 
de trois pas l'vn elle fagcnouillafi; , puis qu'elle fift di-^ 
re vne Meffe fur l'Autel Saincte Anne, ôc qu'elle fe- 
roitdeliurcejpredifant lefîgnalde fadeliurance à Ja' 
lin de la Mefle . Ce qui fut faid , 6^ fur la fin de Ja 
Mcffc, elle $c le Prefîre veirent vn nuage blanc, ôc 
fut ainfideliurec. Et l'an m.d.lix. le x v m. De-^ 
cembrc au viilacre de Loen au Comte de luillicrs le' 
Curé ofabien interroger le Diable , qui tenoit vne- 
fille afliegce, fi la Méfie eftoit bonne, ôc pourquoy 
il poufioit ôccontraignoit la fille d'aller foudainàla 
Méfie quand on fonnoit la cloche: Sathan refpon- 
dit qu'il vouloit y aduifer, c'eftoit reuoquer en dou- 
te le fondement de fa Reiig:ion ôc en faire iLi^re Sa- 
i.zz^.2.frf.i4. j-jYaj^^ Qj. Pylocrates ' parlant de fes beaux interro- 
gatoires di6l ainfi, Alalt Dccnicr.es fachint jjcntc quod- 
inuiti 'yidentur facere ^ ç;^ fmalant Ce coaclos njï cxorcif- 
morum :,o.UGS fingunt in noniïneTrinitatis :, eojhtie tradunt^ 
hém'mibHS :, donec eos crimine Jacrilegij (^ panadamnatia- 
m inmluant. Nous auons vn autre exemple de Phi- 
lippe VVofolich Religieux de Coloigne en l'Abbaye 
de Kneden , lequel ellant afiiegé d'vn Démon l'an^ 
mil cinq cens cinquante :rcfpondit àccluy qui l'in- 
terrogeoit qu'il eftoit l'ame de Matthias Durenfè 
Abbé précèdent: lequel n'auoit payé le peintre qui- 
auoit peint fi bien l'Image de la Vierge Marie , & 
que le Religieux ne pouuoit efl:re deliuré fil nalloit? 
en voyage à Trcues ^ 6c Aix la Chappelle : ce qui fut 
faift : 6c le Religieux ayant obey fuit deliuré. L'hi-,; 



LIVRE TROISIESME. 183 

iiôire eft imprimée à Coloigne. M. Berthclemy Fiyè; 
Prefident des Requeftes en Parlement , efcrit que-. 
Nicole Aubery natifue de Vcruin priant fur la fofTc: 
de fon ayeul , il fe leua comme forrant de rerre vn 
homme cnuclopcde Ton drap,difantàla iemiefemi 
m:c qu'il eftoit fon ayeul , Ôc que pour fortir des pei- 
nes de Purgatoire, il failloit dire plufieurs Méfies, &- 
ajlcrcn voyage à noftre Dame de Lieflc; Et après a- 
uoir faid cela , il defcouurift, ôc fcmbla eUrd'ayeuI. 
d'icelle ôc continua de faire dire force Méfies : ôc 
quand on ccfloit de dire Méfies , la ieune femme fe 
trouuoit tourmentée : En fin que Sathan difl: qu'il 
cftoit Beelzcbutb. Et d'autant que riiifl:oireefl: no- 
toire à toute la France ôcmife en lumière par M.Ber- 
îhelemy de FayçPrefid ont des Requeftes, ien'endi-, 
ray autre chofe. Mais il y en a vneautre plus récen- 
te, notoire aux Parifiens, ôc non imprimée qui efi;^ 
aduenue en la ville de Paris en la rue Sain6l Honoré^ 
au Cheual rouge. Vn PafiTementier auoit retiré fa 
niepcc chez luy voyant orpheline : vn iour la fille- 
priant fur la fofie de fon père à Sainâ: Geruais, Sa-; 
than ie prcfenta à elle feule en forme d'homme grand 
&noir, luy prenant la main, Scdifant, m'amie , ne. 

' c^ain point , ton pcrc Ôc ta mcrc font bien : mais il 
faut dire quelques Meffes, daller en voyage à no- 
ftre Dame des Vertus , ôc ils iront droidl en Paradis : -, 

'' par ce que Sathan eft fort foigncux du falut des hom- , 
mes, la fille demande qui il eltoit. îl rcfpondit qu'il; 
cftoit Sathan , ôc qu'elle ne fcfi:onnaft point. La fille, 
fift ce qu'illuy cftoit commandé. Cela faict, illuy;. 

Zz iij 



DES SORCIERS 
difl: qu'il fliilloit aller en voyagea Saindl Iacqucs:Ic 
ne fçaurois diâ:-elle aller fî loing. Depuis Sathannc 
cefîa iamiis de litiiportuner, parlant familicrcmenc 
aelleen fai(anc fa bcfongne lors qu'elle crtoic feule, 
luy difanc ces mors , tu es bien cruelle , elle ne vou- 
droit pas mettre les fizeauxau feinpour l'amour de 
moy : ce qu'elle faifoit pour le contenter , Ôc fen 
depefcher : mais cela flii6t , il demandoit qu'elle luy 
donnaft quelque chofe, iufques à luy demander de 
fes chcucux , elle luy en donne vn jfloquet : quelques 
fois il voulut luy perfuader qu'elle fc ieftaft en Feau : 
ô<:tantoft qu'elle fenllranglaft, luy mettant la corde 
dVn puis à l'entour du col voulant i'cftrangler , fi elle 
n'euftcrié. Combien que fon oncle voulant vn iour 
lareuanclier fut fi bien battu , qu'il demeura au li6t 
malade plus de quinze iours. Vne autre fois Sathan 
la voulut forcer, &: lacognoiftre charnellement, Se 
pour la refiftence qu'elle fit 5 elle fut battue iufques a 
effufion de fang. Entre plulieurs qui ont vcu la fille, 
vn nommé Chaomy , Secrétaire de lEuefquc de Va- 
lance, luy difl: , qu'il n'yauoit plus beau moyen de 
chalTcr l'efprit , qu'en ne luy rcfpondant rien de ce 
qu'il diroit , encores qu'il commandai de prier Dieu, 
ce qu'il ne fai6l iamais fi ce n'eften leblalphemanr, 
ôc leconioignant toufioursauec fes créatures par ir- 
rifion. Et de faidl Sathan voyant que la fille ne luy 
refpondoit,& ne faifoit chofc quelconque pour luy, 
il la print de la ictta contre terre , Se depuis elle n a 
I rien veu.M. Amyot Euelque d'Auxerre , & le Cure 
^ de la fille n'y auoyem fçeu remédier. Celle rccepte 



LIVRE TROISIESME. 184 

me femble fort bonne. Car comme il cfl di<5t au 

douziefme article de la détermination de la Sorbon- 

ne contre les Sorciers 5 fa i 61 e l'an m. cccxcviii. 

Sathan commande des leufnes ^ Prières , & Oraifons, 

ôc iufques à employer l'Hoftie pour deceuoir les igno 

rans. Ten ay remarqué cy deuant vne Hiftoire de 

Pierre Mamor au liure des Sorciers ^ qu'il a compofé 

il y a fix vingts ans : où il efcrit que Sathan fe difoic 

lame d'vn defund à Comfolem fur Vienne en la mai- 

fon d Vn nomme Caplanr l'an mil cccglviii. qui 

gemiffoit comme fil euftfouffert grand douleur^ad- 

moneftant qu'on fift dire grand nombre de MefFcs, 

&c qu'on fift des voyages , reuclant beaucoup de cho- 

fcs occultes ôc véritables : mais on luy dift, fi tu veux 

qu'on te croye dy , J\difercre met Deus Jecundum ma- 

gnam rnifcrkordiam tuam ^ ce qu'il ne voulut faire , & 

fcn fuyt en fremifTant de defpit qu'il auoit d'cftrc 

mocqué. 








DE L'INQJ.^lSITION DES 

SORCIERS. 

LirKE QJ^ A TKI ES ME, 
Chapitre Premier. 




O V s auons parlé des moyens de chaft 
fer les malings efprits:mais pour néant 
on les chafleroic fi les Sorciers les rap- 
pellent. Car toufioursSathaneftaux 
efcoutes pour venir quand on l'ap- 
pelle : & bien fouuent (ans qu'on l'ap^ 
pcHerNous auons déclaré les moyens doux &r mé- 
decines ayfces à prendre qui eft d'inftruire le peuple 
en la Loy de Dieu , & de l'induire à fon feruice. Et fi 
tout cela ne peut retenir les mefchans en la crainte de 
Dieu, ny dellourner les Sorciers de leur viedctefta- 
ble,il y faut appliquer les cautères & fers chaux, &C 
couper les parties putrifiees ; combien que à dire vé- 
rité quelque punition qu on ordonne contre eux à 
roftir , & bruflcr les Sorciers à petit feu , fi eft-ce que 
ccfte peine là n'cfl: pas à beaucoup près fi grande que 
celle que Sathan leur fai6l fouffrir en ce monde , fans 
parler des peines éternelles qui leur font préparées , 
car le feu ne peut durer vne heure voire demie.que les 
Sorciers ne foyent morts. Mais de tous les péchez 

qui 



LIVRE QVATRIESME. iSs 

qui tirent leur peine après eux , comme l'Auarice, 
rEnuiejl'YurogneriCj la Paillardife, & autres fem- 
blables, il n'y a point qui punifTe plus cruellement 
fon homme :, ny plus longuement que la Sorcellerie, 
qui fc venge de lame Se du corps : comme fift vn Mi- 
lannois pour fe venger de fon cnnemy, l'ayant en (a 

f)uifrancejluy mifl: la dague fur la gorge,menafrant de 
uy couper, fil ne vouloit renier Dieu:Ce qui fut fait, 
ôcnon content il luyfift renier Dieu de bon cœur, & 
repeter cela plufieurs fois. Cela faid; il tue,difanr:Voi- 
la ce venger du corps, &r de Tame : ainfi faid: le Diable 
à (es fubiets.Nous auons monftré que leur meflier ne 
les peut enrichir ny leur donner plaifir , honneur , ny 
fçauoir,ains feulement le moicn de faire des mefchan 
cetez, en quoy Sathan les employé; Et pour loyer en 
ce monde Jl les contraindt de renoncer à Dieu, ôcfc 
faicl adorer Ô<:bai2er le derrière en guife de Bouc, ou 
autre animal infccSt: Ôc au lieu de repofer, il tranf- 
portefes cfclaues la nuicl pour y faire les ordures que 
nous auons deduidt. Et par ainfi la peine de mort or- 
donnée cotre les Sorciers, n'eft pas pour les faire fouf- 
fiir d'auantage qu'ils fouffrent en les puniflant, ains 
pour faire cefîer l'ire de Dieu fur tout vn peuple, en 
partie auflî pour les amener à rcpentance & les guarir, 
ou pour le moins fils ne veulent famender, de les di- 
minuer,& efloner les mefchans,& coferuer les cflcuz. 
C'eft docques chofe bien fort (alutaire à tout le corps 
d'vne Republique de rechercher diligemcnr, &: punir 
feuerement les Sorciers-.aurrement il y a danger que le 
peuple ne lapide &c Magiftrats ôc Sorciers : comme il 

AAa 



DES S ORCIERS 

cfladucnu depuis vn anàHagucnone presceftc vilie 
de Laon^que deux Sorcières qui auoient mérité iuftc- 
nieat lamortjfurcntcondamncesjl'vneau foùet^l'au- 
trc à y affilier : mais le peuple les print , & les lapida & 
chafla les officiers. Vue autre Sorcière fort diffiimce de 
ineurat à Vcrigny^ qui cil morte au mois d Auril der- 
liicrjqui receuoit les cnfans, après auoircftcaccufee 
de plufieurs Sorcelleries fut abfoulte: mais cUcccfl: fi 
bien vengée^ qu'elle a fai6l mourir des hommes &: du 
bcftailfans nombre, comme i'ay fçcu des habitans. 
Et me fuis efmerueillc pourquoy plufieurs Princes 
ont inftitué des inquifitions , &c décerné Commiffai- 
res extraordinaires, pour faire le proccz aux larrons> 
aux financiers,aux yfuriers^aux guetteurs de chemins: 
ôc ont laifTé les plus deteftablcs & horribles mefchan- 
cctez des Sorciers impunies.Vray eft,que de toute an- 
cienneté, il c'eft trouué des Princes Sorciers,ou qui fe 
font voulu feruir des Sorciers, par lefquels ncâtmoins 
ils font roufiours précipitez du haut lieu d'honneur 
au grouffre de toute mifcre &c calamité. Car ils f^cn- 
quicrent aux Sorciers fils auront vidloire , Dieu les 
rend vaincus: fils demandent à Sathan qui feraleur 
fucccffi:ur, Dieu faid leurs ennemis leurs fuccefleurs: 
ils demandent aux S orciers,f ils guériront de leurs ma- 
ladies,Dieu les fait mourir.comme nousauonsmon- 
flré par infinies hiftoires. En cefte forte Dieu chaftic 
ks Princes Sorciers que les magiflrats ne peuuènt cha- 
flicr. Quclquesfois auffi Dieu faid rebeller les fubicts 
contre les Princes Sorciers, &c ordinairement il les 
chaftic par les Sorciers nxefmes ^ d'autant que Sathan 



LIVRE QVATRÎESME. "iSô 
&: les Sorciers ioiient leurs myftcresla nuidt^ &quc 
les marques des Sorciers font cachées ôc couuerteSj ôc 
que la veuë au doigt & a l'œil ne fen peut ayrémcnc 
faire Tinquifirion , Se la preuue en cft difficile : qui eft 
lachofe qui plus empcfche les luges de donner iu- 
gement ou tenir pour conuaincuslesperfonnes dVn 
crime Ci deteftable^&: qui tire après foy toutes les meC 
chancetez qu'on peut imaginer, comme nous auons 
monftré cy deffus. Il faut doncques en tel cas ou les 
crimes fî exécrables fe font fi couuertement, qu'on 
ne les peut defcouurir par gens de bien , les auercr par 
les complices 6c coulpables de mefme faid, ainfi que 
on faid aux volleurs, Se n'en faut qu vn pour en accu- 
fer vne infinité. Cela fut vérifié foubs le Roy Charles 
neufiefme lorsque Dcs-efchellcs fe voyant conuain- 
eu de pluficurs ades impofiiblcsà la puillance humai- 
ne, Se ne pouuant donner raifon apparente de ce qu'il 
faifoit , confefîa que tout cela ce faifoit à l'ayde de Sa- 
than : Se fupplia le Roy luy pardonncr^ô^ qu'il en-de-^ 
fereroit vn^ infinité. Le Roy luy donagraceala char-^ 
gc de reueler fes compaignons Se complices. Ce qu'il 
lift: Et en nomma grand nombre par nom &:furnoni 
qu'il cognoifibit, Se quant aux autres qu'il auoit vcil 
aux Sabbaths , Se qu'il ne cognoiflbit que de veue 
pour les rccognoiftre il fe faifoit mener aux affem- 
blces publiques Se faifoit regarder l'efpaulc, ou autre 
partie du corps humain de ceux qui en eftoycnt,ou 
l'on trouuoit la marque ^ Se cognoilToit auffi entre 
deux yeux ceux qui n'cftoyent point marquez , 
dcfquels le Diable fafleuroit , Se luy cftoyent pluà 

AAa ij 



DES SORCIERS 

loyaux fujcts. Et toutesfois la pouiTuitte&r délation 
fufl fupprimcCjfoit par faucur ou concuffion,ou pour 
couurirlahontc de quelques vns qui eltoient, peut 
cftre de la partie, & qu'on n'euft iamais pcnlé : loic 
l pour le nombre qui fc trouua , ou que la prcuue ne 
f fcmbloit pas aflez claire, & le délateur cfchappa. Au 
cas pareil quand l'aueugle des Quinze Vingts fuft 
pendu a Paris auec quelques vns de fcs complices, il 
f en trouua près de cent cinquante déferez : mais ceux 
qui furent pendus furent côuaincus d'auoir pluficurs 
fois vfé de l'Hollie confacree en leurs Sorcellerie. De- 
puis peu à peu on a ouuert les yeux,ck mcrmcmcnt de- 
puis la mort du Roy Charles neufiefme : les luges ne 
ont plus faidl: les difficultez que on faifoit foubs le rè- 
gne de Charic neufiefme, &{ que iamais cm n'auoit fait 
au parauantleRoy Henry fcccnd.Dei,]uoy fcft plaint 
en iesœuurcs M. Berthelemy Paye, Prcfidcnt des Re- 
queftcs. Or il y a pluficurs moyens de procéder à la 
punition des Sorciers: foit parles luges ordinaires, 
foit par Commiflaires. Car outre les luges ordinai- 
res, il eftbefoingd'eilablirCommiflaires àccftcfin,. 
pour le moins vn ou deux en chacun gouuernement^ 
Mais ie n'entens pas pour cela que la cognoiffancc 
foit oftecaux ïuges ordinaires d'en cognoifl:re,foic 
par preuention ou concurrence , à fin que les vns pre- 
ilcnt la main aux autres à vn œuure fi Sain6le. An- 
\ ciennement les luges d'Eglife en auoyent la cognoif^ 
I fance priuatiuement aux luges lays. Et fen trouuc ar- 
I r,eft du Parlement rendu à la pourfuitte de rEucCque 
^ de Paris mil deux cens odante'dcux. Comme il fe 



LIVRE QVATRIESME. 1S7 
voit encores en Icalic, & en Efpaigne *. & en France le 
luge Ecclefiaftique , &c le luge lay conioindlemcnt 
faifoyenc le proccz comme celuy de Gilles de Raiz, 
Marcfclial de France, fut faid par Pierre de l'Hofpital 
ôc l'Euefquc de Nantes,& fut ledid Marefchal exécu- 
té à mort le X X V. Décembre M. ccccxL. eftant 
conuaincu de plufieurs Sortilèges cinquante ans au- 
parauant.La congnoifTance full attribuée aux luges ^ 
lays, priuatiuement aux gens d'Eglife par arreft de 
Parlement l'an mil trois cens nonantc,qui fut fain- 
dlcment ordonné^par ce que les gens d'Eglife qui ne 
ont puiflance de condamner à mort n'y a peine de 
fangn vfoyent que de peincslegeres.Ccftfuiuant l'o- 
pinion d'Alexandre deH^retic. C. Accufatus lib, 6, ^ 
Oldrad. Con/il. 1 1 o. carlesEcclefiaftiquesncprenoiét 
cognoiiflance des Sorciers finon en qualité d Héréti- 
ques, qui eftoyent lors de la cognoilfance Ecclcfîafti- 
que priuatiuement aux luges lays: Mais d'autant que 
les Sorciers font conuaincuz d'homicides,& de mille 
mcfchancetez qui pafTent les termes de la fimple he- 
rcfie il eftoit bien ncceffaire que la lurifdidion fecu- 
liere,y mit la main. Mais depuis Poulailler PreuoJd 
des Marefchaux de Laon, ayant prins plufîeurs Sor- 
ciers, voular^j: attirer cela à fa cognoiilance, en fut dé- 
bouté par ari'eft de la Cour.C'eftoit alors que Sathan 
fîfl: fi bien, qu'on auoit opinion que ce n'eftoitque ; 
fable tout ce qu'on en di6t. Et à fin que les luges n'at- 
tendent pas qu'on en face plaind-e ou que les Pro- 
cureurs du Roy fc reueillenc,i!s doiucnt de leur of- i-s^ru^l.i. 
fice' faire informer des fufpeds , qui cîr' !a p!"' '"■ '' '*■ '"' 



DES SORCIERS 

Inmdeteftih.l. crettc voyc , & peut cftre la plus fcure. xMais d'autant 
7» <^mstn o'qj^jg jç5 ^^^^ craic^ncnc, & les autres ne veulent pas fin- 
demis. c. gérer d'en faire eux mefmes la recherche, il cil bien 
befoing que les Procureurs du Roy, 6n: lubfticuts fe 
facent parties;qui c(ï ie fécond moyen : Car c'eil pro- 
preméc leur charge de vacquer fur tout & fongncr à 
la pourfuitte des forfaids. Et d'autant que les Procu- 
reurs du Roy font bien fouuent plus ncgligcns en leur 
charge que les luges, il eft expédient que chacun foie 
receu acculateur en ce crime, le Procureur du Roy 
ioint : ôc fil ne fe veut ioindre,qu'il foit permis neanc- 
moins aux particuliers d'accufcr pour la vindicte pu- 
s bliquede ce crime, & fans farrefter, fil y va de l'in- 
I tereft particulier, ou non, comme il eft requis en ce 
Royaume en touts autres crimes, pourueu qu'en ce 
cas on y garde les folemnitez requifes de droid com- 
mun portées en la Loy , qui accufare j de publias ïudiciis. 
^qui efl la troifîcfme forme de procéder qu'on pour- 
ra tenir. La quatriefme fe fera par délations fans que 
Jes Procureurs du Roy foyent contraints de nommer 
les délateurs , fi la calomnie n'cft bien euidente; 5.: 
que l'accufe foit abfouls à pur, 6c à plein , fuyuant 1 E- 
did de Moulins, &: non pas fi le prifonnier eft eflargy 
quonfque^ ou qu'il foit did qu'il en fera .plus ample- 
ment enquis. Comme il fedoibtfairel'ilyaindices, 
ouprefomption. Et d'autant que cefte pefte de Sor- 
ciers eft plus ordinaire aux villages & aux fauxbourgs 
des villes , que dedans les villes , &:que les panures 
fimplcs gens craignent les Sorciers plus que Dieu , ny 
tous les Magiftrats, &nofent fe porter pour açcyf^- 



LIVRE QVATRIESME. 188 
teurs,ny pour délateurs, il eft neceflaire de mettre 
cnvfaeeen la recherche de ce crime fi deteftablc la 
Gouftume louable de Efcofle , pratiquée a Milan, 
qu'on appelle Indid:,c'e(l afçauoir qu'il y ay t vn tronc 
en l'Eglife , où il fera loyfible à vn chafcun de mettre 
dedans vn billet de papier^le nom du Sorcier, le cas 
par luy commis, le lieu, le temps, les refmoings : Ec 
que letroncenprefenceduIugCj & du Procureur du 
Roy , ou Fifcal , qui auront chacun v ne clef du tronc, 
fermant à deux ferrures, fcraouuert tous les quinze 
iours, pour informer fccrcttement contre ceux qui 
feront nommez : qui eft la cinquiefmc & la plus feure 
forme de procéder. Et en quelque forte que ce foit ne 
publier iamais le nom des accufateurs& délateurs, ny 
destefmoings fi faire fe peut, comme il eft àiô: au 
chap. ftdtHta. de Hceret^ lib. 6. pour les inconueniens 
qui en aduienncnt cjuand les prcuenuz efchappent. 
Lafixiefmefe doibt faire par monicoircs, qui eft vnc 
voye bien neceflairc pour contraindre ceux qui n'o- 
fent , ou qui ne veulent accu fer , ny déférer , ny fc 
plaindre. Lafeptiefmeièradereceuoir les complices 
accufateurs de mcfmes crimes contre les autres , & - 
promettre impunité à l'accufateur, & luy tenir pro- \ 
meflc j pourueu qu'il fe repente & renonce à Sathan. 
C'cft l'opinion de Ichan ' Durand des plus grands lu- ^* ^»#<'^«^' 
rifconfultes de fon aage, au tiltre de dccujkt, qui eft 
d'aduis que ce priuilegc doibt cftre donné au com- 
plice des Sorciers. laçoit que de droiâ: commun les 
conforsne font pasreceuables accufateurs: encorcs 
que la Loy Tnllia , de ambim^ donnaft mefrocs prero- 



DES SORCIERS 

gatiucs aux compcticeurs de conuaincre Tvn l'autre 
au crime de corruption , pour paruenir aux Eftats : ôc 
pour loyer le vauiqucurauoic impunité, ôc empor- 
toit l'Ellat de Ton competitcur.Et cncorcs que le Sor- 
cier foie preuenu au parauancque d'accuferjfieft-cc 
qu'il faut coufiours promettre impunité , &c dimi- 
nuer la peine de ceux qui confefTcrontfans torture, 
èc qui accuferont leurs coforts,qui eft vn moyen bien 
feur pour paruenir à la cognoiffancedes autres. Car 
il eft bien certain qu'il ny a que la crainte de la mort, 
qui cmpcfche deconfeflcr la vérité, & au fuiedt qui 
fe prefente il fut cogneu quand le Roy Charles neuf- 
iefme euft donné la grâce à Des-efchelles condamné à 
la mort, comme Sorcier à la charge qu'il accuferoic 
fcs complices. Il en dcfcouurit vne infinité , com- 
me i ay di6b cy deflus. Et cy par ce moyen on n'y peut 
paruenir, il faut prendre les ieuncs filles des Sorciers, 
Car le plus fouuent il c'eft trouué, qu'elles eftoient in^ 
ftruites par leurs mercs , ôc menées aux aîlemblees : Ôc 
en Taage tendre elles feront ayfccs à perfuadcr & re- 
dreflerauecpromeflcs d'impunité, que l'aage, & l'in- 
dudion des mercs doibt impetrer. Alors elles nom- 
mèrent les perfonnes , le temps , le lieu daller aux af- 
femblecs , éc ce qu'on y faidi:. Par ce moyen Bonin 
Bailly deChafteau-Roux fçeuc tout ce qui fe faifoic 
par vne icune fille, que la mère auoit feduide. Et cel- 
les de Longny en Potez, dont nous auons fai£l men- 
tion cy dcflus, furent defcounertcs par vne ieune fille; 
Ôz fi elles craignent dire la vérité deuant plufieurs per- 
fonnes, il faut que le luge face cacher deux ou trois 

perfonnes 



LIVRE TROISIESME. 185^ 

pcrfonncs derrière vnerapifleric, ôcouyv Icsdepoii- 
tions fans efcrire : puis faire réitérer les confeflions & 
les efcrire. Et d'autant que les luges qui iamais n'ont 
fait le procès aux Sorcicres,ou qui n'en ont point veu, 
ou qui ne fçauent leur fuicr, fi trouueront empcfchcz: 
il faut premièrement, & le pluftoft que faire fe pour- 
ra, commence r à interroguer la Sorcière , &c fi cela cft 
tref-vtilc en tous crimes : il eft necefTàire en ccflui-cy; 
Car il s'eft veutoufiours,que fi toft que la Sorcière 
eft prife , aufli toft elle fent que Sathan l'a dclaiffeCj&r 
comme toute effrayée , elle confeffe alors volontaiic- 
ment ce que la force, Se la queftion ne fçauroiéi arra- 
cher:comc il aduint d'vne Sorcière de Geneue laquel- 
le eftant prife, auflî toft fut efperdue,fe lamentant que 
fon copagnon la delaiffoit, &c qu'elle feule difoit voir: 
& vne autre de Tenailhes: Ôc alors l'interroger de ceft 
cfl^onnemenc , & raffcurer de la peine difmc la vérité, 
mais fi on la laiffe enprifon quelque temps, iln'y-a 
doubte , que Sathan ne luy donne inftruâ:ion . Il 
faut donc commencer par chofes légères, &c dignes 
de rifee, comme des tours de paffe-pafle, & fms Gref- 
fier, &rdiffimuler l'enuie qu'on a d'cftre de la partie, 
qui eft la chofe que plus volontiers elles oy et, Se peu à 
peu s'enquérir fi leur père ôc mère ont efté du mefticr. 
Comme ie fus d'aduis qu'on s'enquift diligemment 
de la mère de leanne Haruillier^de laquelle nous a- 
uous parlé cydeuant. Onenuoyaà Verbery cxprcf- 
fément, paysdefanaifTance, &ilfe trouua qu'elle a- 
uoit efté condamnée d'eftre bruflee plus de trente ans 
auparauant,& leanne Heruillier fa fille, lors bien fore 

BBb 



DES SORCIERS 

ieunCjCondamnec au fouet. Car il n'y- a rien plus ordi- 
naire c]ue les mères Icduifent leurs filles, &: les dédient 
à Sathan:&:fouucnt h toll: qu elles font necs.Ec de faic 
la fille de leannc Haruillicr^voyant fa mère prifonnic- 
re,s'enfuit,& depuis on fçcuil qu elle en cftoit: aufli &c 
les filles de Barbe Doré,qui fut exécutée par arrcft(co- 
menous auonsdi6l) aulli toft que leur mère futprife 
pour les SorcellerieSjS'enfuirent, fans eilre accufees ny 
rccherehces , &: depuis l'vn des Sorciers familier amy 
de ladidtc Doré, depofa que toute la race en efloit. Le 
fécond poinâ: doibt eftre^ à fçauoir de quel pays eft la 
Sorciere,& fi elle a point chagé de pays: Car il fe trou- 
uc ordinairement que les Sorcières changent de place 
en place, 6c d'vn village en autre , f\ les biens ne les re- 
tiennent en vn lieu. Ce qu'elles font craignît cftrc ac- 
cufees, quand elles fevoyent defcouuertes, & fçauoir 
l'occafiô pourquoy elles ont changé de lieu, de prêdre 
^arde foi^neufemét à leur vifap:e: car telles eens n'ofe- 
roient regarder les perfonnes entre deux yeux,& n'ou- 
blier rien au procès de leur firçon, contenances de pro- 
pos. O r il a elle expérimenté que les Sorcières ne pleu- 
rent iamais,qui eft vne prefomption bien grâde,d'au- 
tant que les femmes iettent larmes &c foufpirs à pro-^ 
pos ôc fans propos. Mais Paul Grilland,&r Spranger In- 
quifiteurs difent qu'ils n'ont iamaisfçeu faire pleurer 
vn fcul Sorcier: ôc faut auffi prendre garde de près aux 
variations,^ réitérer plufieursfois vn mefmc interro- 
gatoire par interualles fçauoir pourqiioy el les fot ainfi 
redoutees^pourquoyapres auoir menafféjtel ou tel eft- 



LIVRRE QVATRIESME. 190 

tobé mort ou malade^voir la cotenâce, & tout efcrire: 
&mefmes l'interroger fi ellecognoift point de Sor- 
cière & de quelle qualité ils font,& ce qu'ils font : & fi 
ellc,en a iamais ouy parler^à qui, quand, &c comment: 
&que les confeiTions volontaires que feront les Sor- 
ciers foient en prefencede trois ou quatre perfonnes, 
ôc rechercher diligément tous les endroits de lamai- 
fonfiontrouuera pointde crapaut, mefmement ha- 
billez de liuree, ou en pots, ou des os d'enfant, ou des 
greffes & poudres puantes, & autres chofes fembla- 
bles , dont les Sorcières font ordinairement pour- 
ueues . Mais il faut , s'il eft poflible , faire inter- 
rogatoires de toutes les charges fans difcontinuer , 
à fin que Sathan ne les deftourne de dire la vérité : 
& pour celle caufc Danneau didltrelbien en fon pe- 
tit Dialogue , qu'il ne faut iamais JaifTer la Sorciè- 
re feule quâdellecftprifonnicre : par ce que, dit-il, 
elle parle au diable qui la deftourne de dire la ve- 
rité,ou la fait départir de ce qu'elle a confeflé, ôc touf- 
iours luy promet qu'elle ne mourra point;, dont ils 
aduiennent pluficurs inconueniens. Car il s'en eft 
trouué qui pcnfoient voiler , eftant dedans la pri- 
fon, comme ils faifoyent hors laprifon, Se fe rom- 
poientlecol. 

l'ay fçcu de Maiftre Adam Martin, Procureur en 
cefte ville de Laon , que la Sorcière de Bicure qu'il 
iugea, &c fift exécuter à mort, luy dift qu'elle cftoic 
codamnee à mourir, &r qu'elle feroit brudce toute vif- 
uc,cobien que pas vn ne luy auoic did horfmis Sathâ. 
Marguerite P ajot, excutee à Toaerre, fçeut de Sathâ, 

Bbb ij 



DES SORCIERS 

tout ce quvn homme malade & cnforceléanoitdiârà 
Ion voiiin : cncores qu'il ny cull homme viuât qui luy 
cuit r'apportc. C'cd pouiquoy les luges doiueiit prê- 
drc cT;ii-de,failant rels proccz de parler peu, 6»: tromper 
le Diable qui cft touiiours aux elcoutes. Et ce qui plus 
cflonna les luges fut qu'ils l'auoient condanec d'élire 
effcranglee &: puis bruflee , Se neantmoins le bourreau 
n'ayant peu bien exécuter le mandemêt, la fill brufler 
toute viue. Il y en a d'autres aufquelles Sathan promet 
qu'elles feront bien-heureufes après ceftevic^qui em- 
pefchcnt qu'elles ne fe repentent. Se meurêt obftmees 
en leur mclchanceté. Et fi le Sorcier confcfle la vérité, 
il cft en danger d'eCtrc tué,ou bien baflu par Sathâ, s'il- 
ne prie Dieu de bon coeur.rcn mettray vn exemple du 
procès fait à lourdain Faure^natif de Dauphiné, Abbé 
de S.Ieâd'Angel^, lequel empoifonna Charles de Frâ- 
cc frère de Loys xi.& la Cotelfc de Motforcau, en leur 
baillât àchnculamoitiéd'vne pefche;ou il nyauoit au 
cune aparccede poizormais l'Abbé qui eftoit Sorcier, 
les fift mourirpar maléfice aiât charge d'vn grâd rrin- 
Gercerchafoccafion lors qu'ils auroiétadultcrezl'vn a-' 
uec l'autre. Eftantprifonnicr àNates, ilconfeflàtout 
pour euitcr à la torture. Cela faillie Geôlier aduerrit les 
luges qu'il eftoit impoffible de pF demourer en la pri- 
fô pour les figures efpouétables qu'o y voioir,ô<:lescris 
lamétables qu'o oyoitrmais il ne peut e/tre fi toit iugé 
qu'vnc nuidt entre autreSjil ne fe leuaft vn orage, auec 
tonnerre, & foudres^ & le prifon nier fut trouué roide 
mort,enflé,ô^ la lague tiree,noir come vn charbon : le 
procès ell: rapporté par le Seigneur d'Argétré li.xij.ch» 



LIVRE TROISIESME. is>t 

4i3.derhiftoiredeBretagne. Les autres c|uife tuent 
eftant ia condamnees,c6mc il eft fouucnt aduenu: les 
autres qui fe dedifcnt de ce qu'elles ont confefle en la | 
torturc^& mettét les iuges en telle perplexité, que par { 
faute de preuuefuffifantc, ilsfont contrains leur faire 
ouucrture des prifons. Mais celuy qui a confefle les 
mefchâcetez fans torture s'il fe defdit^doit neâtmoins 
eftre condamné fi la confeflion efl ay dcc d'autres pre- 
fomptions& indices.Et d'autant que les Sorciers exei^ 
cent leur mefchanceté fur leurs ennemis,il faiit diligé- 
mcnt s'enqucrir^fi celle qu'on prefume tuée ou enfor- 
eclee àeu inimitié contre la Sorciere,qui en eft fufpc- 
ùcyôc interroger dilio-emment la Sorcière fur chacun 
point d'inimitié. Il faut auffi pour tirer la vérité de cel- 
les qui font accufces ou foupçonnccs^quc les iuges fa- 
eent contenance d'auoir pitié d'elles, & leur dire que 
ce n'eft pas elles,ains le diable,qui les a forcées & con- 
traintes de faire mourir les perfonncs. Etpourcefte 
caufe qu'elles en font innocentes. Et fi on voit que les 
Sorciers ne confeflent rien , il faut leur faire changer 
d habits 5^ leur faire razer tout le poil , ôc alors les in- 
terroger. Et s'il y.a demy prcuue ou de violentes pre- 
fomptionsjil faut appliquer la torture. Car tous font 
d'accord^que les Sorciers portcntdes drogues de taci- 
turnité , combien que c'eft le diable qui les confor- 
te,& les afleureiÔc neantmoinsayant perdu la drogue, 
ils ont opinon qu'ils ne pourront iamais fouftenir la 
queftion,qui faid que bien fouuent ils difcnt la vérité 
fansqueftion,commei'ayleudel'Inquifiteur Cuma- 
nus, qu'il fift brufler quarante ôc vne Sorcière au terri- 

BBb ijj 



DES SORCIERS 
toire y arnifer fur les marches de Milan, l'a mil quatre 
cens odlantc & cinq^qui confcflerent toutes fans que- 
ftion^apres qu'on les eut faidrazer & changer d'ha- 
bits.'cequefiitDomitiân 1 Empereur au Sorcier A po- 
lonius (de Thiance,qu'il fill defpouillcr tout nud & ra- 
zerainfi que nous liions cnPhiloftratcLemnicn : car 
Sprangcr niquifiteur efcrit.fi le Sorcier à fur luy le fore 
defilence, qu'ilne fcntira douleur quelconque en la 
aueI]:ion,& ne confelieraiamais la vérité. A quoyfe 
raporte Qp qu efcrit Grégoire Archeuefque de Tours, 
que Mummo grand Preuoft de l'Oftel, duquel nous 
auons parlé cy deuantjors qu'il eftoit à laqueftion, 
enuoya dire au Roy Childebert qu'il ne fentoit dou- . | 
leurs quelconques. Alors leRoyJefifl; eftendre auec 
poulies ôclc tirer de telle force, que les bourreaux e- 
ftoyentlas, encorcs qu'on luy mifl: des pointes entre 
les ongles &c la chair des pieds,& des mains : Ljui eft la 
plus excellente géhenne de toutes les autres, & prati- 
quée enTurquie.I'exceptcray la géhenne deFlorencc 
qui a l'empefchement de dormir : car on attache l'ac- 
cufé, comme ceux à qui on donne l'e(lrapadc,&: on le 
fai6t foir fur vne chère en pendant ^ fur laquelle il fc 
peut repofer , tant qu'il peut veiller ; mais fi toft qu'il 
dort il tombe, & fe trouue pendu par les deux poings 
derrière à vne corde qui leur caufe la douleur qu'ils 
ne peuuent dormir auffi toft ils fc remettét fur la chai- 
re,en fin ils difent tout. Car les membres ne font point 
ropus,&: fans peine ny trauail on tire biê toft la vérité, 
Paul Grilland autraicté de qucdion, ^^aftione quarta, 
numéro dccimo quarto j 6c Hypolite deMarfil cfcriuent 



LIVRE QVATRIESME. ipi 

quefouuent on a trouué le fort de taciturnicé entre les 
clicueux des Sorciers, qui fembloienc alors qu'on les '• 
gehennoit qu'ils fuiïcnt endormis fans douleur^telle- 
mcnt que Paul Grilland en ayant veuplufieurs , fuft: 
aduerty qu'il failloit dire Domine Lbia meaaiicrics; ^c, 
& qu'on fentalorsla douleur, &r qu'on diâ: la vérité, 
ce que ie ne voudrois pas faire, ny cercher la vérité par 
charmes de parolesrmais ilfautdeuât qu'appliquera 
la qucflion faire contenance, depreparer des inftru- 
mens en nombre, & des cordes en quantité, & des fer- 
uiteurs pour les gehenner, &les tenir quelque temps 
en ccfte frayeur ôc langueur. Il efl: aufli expédient au- 
parauantque faire entrer l'accufé en la chambre de la 
queftionjde faire crier quelqu'vn dVn cry efpouuâta- 
blcjComme s'il eftoit géhenne & qu'on die à laccufé 
(juec'eftla qucflion qu'on donne , l'eftonner par ce I 
moyen & arracher la vérité. î'ay veu vn iuge qui mon- 
ftroit le vifage fi atroce,& la voix fi terrible,menafîanc 
défaire prendre fi onnediroit la vérité , que par ce' 
moyen ils fc confefîoyent foudain, comme ayant per- 
du tout courage. C'eftcxpediêteft bon enuerslesper- 
fonnes craintifues& non pas aux impudés.Il faut auffi 
mettre des efpions accords &: bien entcndus,qui fe di- 
fent prifonnicrs pour cas femblable que le Sorcier 
accufé^& par ce moyen tirer fa confeffion. Et s'il ne 
veut rien dire , il luy faut faire croire que fes compai- 
gnons prifonnicrs l'ont accufé , encorcs quils n'y aycc 
penfé:&alorspourfcvengerilrcndra, peut eftre, la- 
parcillc.To'ut cela eft licite de droit Diuin & humain^ 



i.ca. omne \ 



DES SORCIERS 

quoy que faindl Auguftin au liure de Mendacio , & 
Thomas d'Aquin foyenrd'aduis qu il ne faut iamais 
mentir de huidl forces de mcnfonges j qu'ils mettent 
■g^' bien au lon^ ' mais les iuges ne fuvucnt pas ces rcfolu- 
adte 11.^^^^^' Aulli voitonqucles lages remmcs d Egypte 
^.z.c^f.^tt^^il'hoftefle Rachab receurét loyer dcDieu pourauoir 
rittir.eod. nienti. Ec tel mérite d'cflre pendu , qui did: la vérité: 
^.22.j.i. comme n on celé vn homme innocent : au meurtrier 
qui s'enquicrr de celuy qui le cherche. Aufli la folutio 
des Cnnoniftes^qui difcnt,qu'Abraham ne confeilloit 
pas à fa femme de mentir,pour empefcher qu'Abrahâ 
nefufttué : mais qu'il vouloit que Sara nediftpas la 
vcrité,en: bien friuolc. Car mentinefl contra mentem ire, 
comme difoic Nigidius Figulus , ôc celuy qui dicSi: au- 
trementjqu'il ne penfe^il eft bien certain , qu'il ment, 
comme fitl Abraham , Ifaac, Sara, & autres infinis: Il 
faut donc confefTer parneceflicé quec'eftchofe ver- 
tueufejlouable&necciTaircde mentir pour fauucr la 
vicàfinnocenc, &damnablededirela vérité pour le 
faire aflaflîner.C'cftpourquoy Platon, & Xcnophon 
ont permis aux magiftrats de mentir pour gouucrncr 
vn peuple ainfi qu'on faiâ: aux malades , & aux pe- 
tits cnfans. Ainfifautil faire en iufticc pourauoir la 
vérité des mcfchancetez cachees:Or de toutes les mef- 
chancetcz du mondc,il n'y en a point de plus fignalee 
ny plus deteftable que celle des Sorcicrs,comme nous 
auons monftré cy defTus.Difons donc des preuuesre- 
quifcs pour auerer telles mcfchancetez. 

Des 




LIVRE QVATRIESME. i?3 

Des pre fi fies requifes pour anerer le crime 
de Sorcelerie. 

c H A p. I r. 
Ntre les preuues fur lefquellcs on peut 
afleoirlugement, il y en a trois qu'on peut 
dire necciTaires & indubitables. La premicrc 
cfl:,delaveritédu fai(5l notoire , &pcrma- 
nenr.La féconde de la confeffionvolotairc,^.: faite en 
iugcment de ccluy qui cft preucnu & attaind: du fait. 
Latroifieftne de la dcpofition deplufieurs tefmoins 
fins reproche.Quancà la prcuue de la renommée pu- 
bliquc,dc la confcffion forcée, desprcfomptions de 
droitjOuautrcsiemblables, on peut dire que ce font 
prefomptions plus grandes les vnes que les autres , 6c 
non pas preuues indubitables. Quant à la vérité du 
fait notoire &: pcrmanantjc'eft la preuue ' la plus clai- -t.s^W./» l 
re. Il va notoriété de fii(5t:notorictc de droiià: d<, no- J^ "° ^, * 
torietédc prefomption violente ; mais proprement f^.cW/.j. 
il n'y a que la notoriété du faiâ: pcrmanant: laquelle ^^'"^^î"'"''*'^ 
notoriété elt plus rorte,quetous les telmomsdumo-/»„of./„f. 
de,voires mcfmes que les confciTions volontaires (\Qsf^^r°(^*'fi ^ 
accu fez : comme (i on produidl au iuge cinquantc^^ '*'* 
tefmoings,qui tous d'vn confentement teftifient que 
Pierre cil: mort &:enforcelé, par lefaid de ccluy qui 
ell: accufé de Tliomicide , & neantmoins qu'il fc trou- 
ue plein de vie deuant le iuge. Alors le iuge ne doit 
auoir aucun cfgard aux tcfmoings, ny à leur d^pod- 
tions , entorcs qu'ils ne foyent reprochez , & que 

CCc 



DES S O îl C I E R S 

l'accu fé s'en fut rapporté à leur dire. Car ils font re- 
prochablcs de droidt , lequel drolddoit cflre fup- 
„,. plecpar leluqe. Aulli elT: telle prcuuc plus forte que 
il siirriPto. ^^ coiircliion melmes volontaire & ludician-e, de 1 ac- 
^.adofficmmcuté : comme nous en auons exemple en ValereMa- 
domZ ffTll ^'^"^^^ '^'■^ \\nrQ hnidliefme , qu'vn eiclaue fut exécuté à 
in 1. 1 siAd-ïr\on fur la confelFion volontaire,qu'il fiil d'auoir tué 
uerfusliberu- y^ hommc , oui clloit abfcnt , qui depuis fe trouua 
/'.»W^/;;<'^fPleindevie.C'eirpourc]uoy Pilon le Conlul rut blal- '{ 
pem.tiitor.c. aie d'vnc cruauté notable foubs ombre de fcucrité ] 
conmnezM- ^^^^^^^^^^' Car comme vn ioldat rut retourne au camp i 
tem.adlegem ùv\s fon compaignon, Pifon le condamna à la mort, || 
^'^^",'^ comme avant tué fon compaii^non. Le foldat rc- | 

m riibncA. de i ' > i i i n i i ' 

proùu.c.Lr monltrc qu il venoit après luy : Nonobltant cch le '' 
htiAin ^^,/^.pro conlul commande à vn Centenier qu'il exécute à 
Accttùt.e'xcii. rnort le condamné. Sur le poind qu'il eftoit d'eftre 
CT-/»-:. i^<r exécuté, l'autre compaignon fe prcfente plein de vie. 
2— ^'i.'^TAlors le Centenier tient l'exécution enfurfeance , & 
7. l'ib. col. 4. repre(entc les deux foldats au Proconful , lequel irrité 
T'^y* 7 ou dépit d'auoir (îteinerairemét condamné vn hom- 
pc«.^Mm/<.iTiea mourir, il hit exécuter a mort le Cenrcnierpour 
£/co«y: n6. n'auoir obey,&:lefoldac condamné,par ce qu'il elloic 
iS^'c^Ti' côdamné,6clc troidefme pource qu'il cftoit caulc de 
i.etconf.^y.h, mortdes deux autresitcllement que trois hommes 
'^ ''^.'/;^'^[(i\XQï\i condamnez & exécutez à mort pour Tinno- 

conçu. 6^. col. 1 •! 1 I " 1 

pen.li.^.curccncc d'vn. Lliiltoire ell en Scneque. 'il faut donc 
fi '^ ^^^"^'^^ '^ sancAcr Ih vérité du faid: permanent , que le iuize 

repet.Ladtno- . , ^ , '• ' ^ 

nendhcol.^. voidou coguoilt , OU toulche , OU pcrçoic , OUCO-j 
de'utreiHrca^gX\o'i[\ par 1 vn dcs ciuq cens, ' laquelle preuuen'cft. 
^^^^'"'"^^''iamais'exclufcnypar edits,nypar featence, ny par 



LIVRE QVATRIESME. 15)4- 

Couftumes.Etiaçoic qu'après publication d'enqueftc, ,, ,/. 
Gii ne loit receu a raire preuue , h elt-ce que la ipïcuuc ^,„steflih. ad 
cfl: rcceue,qui eft fondée fur vnfaiâ: permanent, cô-f"-^'^^^^- 

^ I In t T- r I r> Sahcetits col. 

metienncnt les doôteurs .^ ht 11 par edict: , ou ^^^ -ykje M, 
couftumeil cftoic défendu rcceuoir aucune exccp-<r./?ow.zwr^/;. 
tion, il eft ce que l'exception d'vn fai6t euidenc eftl;^^'!?^^ 

^ ï _ l'ire JoIh. ma. 

toujours receuable Ôc ne le peut reiettcr , '^ A p'us/. stcphanus 
forte raifon en matière de crimes,ou il n'y a iamais for ^'rmndicof, 
çlufion de prcuueSjl'euidence du fait efl: toufiours re- colç).^iex. 
ceuable. Et par ainlî quand les poifons & Sortilèges ^""/^ôj.Z/.j. 
font trouuez fur la Sorciere,qui en eft faifîe, ou en (on ^o/T/T/^* 
cabinet, ou coffre, ou qu'on la trouue fouyr fous l'ef- ^.comme dit 
fueild'vne eftable , ôcquelafe trouucnt les poi(rons^'<^^^'"^,'.'f: 

> I o I 1 n 1 • bocmteriiaïc 

qu on luy a veu mettre^ ce le beltail mourir , on peut -^erl^o imper- 
dirc au cas qui s'offre que c'cH: vn faid euident & p^i- fe^uwje u- 
iTianent:Sion trouue ccU^quieit acculée dcitre Sor-^^^^^^ ^^^^ 
ciere faifie decrapaux,d'hofties, de mébres humains, loyyexpradm 
d'images de cire tranfpercees d'aiguilles au crime q^i^^*""'^'''»'^' 
s'offre, font faids pcrmanens:en cas pareil, fi on trou- 
ue la Sorcière ou fufpedte d'eilre telle tuant vn en- 
fant, comme il eft aducnu es Cœuures le fécond iour 
de Feurier mil cinq cens fcprante&fepr, qu'vne Sor- 
cière non furieufc coupa la gorge à deux filles , 6<:fut 
furprife fur le fai6t parlaiuffice. On peut direque 
c'eft vn fai6l euident, pour la conuaincrc , ores 
qu'elle n'euft confeOTé ( comme elle fill ) que le dia- 
ble luy fifi faire , attendu quelle n'eftoit poind: fu- 
rieufc.Elles'appclloitCailierinc d'Arec rcarilnyarié 
plus ordinaire aux Sorcières que de meurtrir les en- 
fans: fioavoid que la Sorcière menafTefon enncmy 

CCc ij 



DES SORCIERS 
cflantfain &:dirpos:ou qu'elle toulchcj&rqu a l'inflâc 
il combe more , ouqu'il deuienne ladre, ou qu'il de- 
uiennefoudain contrefait, ou cftropiat, ou frappé de 
maladie foudainc, comme nous auons monitrépar 
plufieurs exemples mefmcment de Marguerite Paior, 
brulleeà Tonnerre qui foudain par l'attouchcméc de 
fa baguette rcndoit les hommes eihopiatsoulesgue- 
ridourccft vnfai6leuident,&: permanent, &lid ail- 
leurs le bruit cft qu'elle eft Sorcicre.Si le iuge void que 
laSorcierc oftelefortilcge & charme par prières tai- 
lles au diable lappcllant à claire voix,c'clt vn fait no- 
toire de notoriété de fait au iuge,&: autres^fi cela c'eft 
faidb en prefence des iuges,qlîi doiuent procederen ce 
cas à la condemnation de mort. Et fî cela c'elt faidt en 
l'abfcncedu iuge prefcns tefmoins, il faut procéder 
par recoIemens,&: confrontationSjfi le fai6l ell dénié. 
Si on trouuc l'obligation & pa6lion mutuelle du Sor- 
cierauecleDïablehgneedeluy en fon coifre^comme 
i'en ay remarqué cy delTus^c'eft vn faid: permanent, fi 
le Icing du Sorcier eft par luyrecogneu. C'eft donc- 
^^ ^ r ques la preuue !a plus claire Se la plus forte qui met ^en 
ndojficiiiji- vcue la vérité qu'on ccrche des chofes fenhbles. Aufli 
nmmregido- ^^.^^ ^^ mettre pour exemple d'vn faid; euident, fi la 
ï.fiamaejiib. Sorcière parle au diaDie,& que le diable ores qu'il loit 
deteflt.c.o- inuifible luy refpondejComme i'ay veu en Angleterre 
r^liher. yT-^^ grand Seigncur,deuant que deuiner,paner au dia- 
\o infwnm^ blc toumant le vifage , Se puis rapporter ce qu'on luy 

jnl.eu^uij. Car 1 ouic n'cit pas moins ains bcaucoup pi certaine 
-^flt.colipenul qucla veuë,&r d'autâtplus certaine 6 l'ouyepeutcftrc 



LIVRE Q^VATRÎESIESME. 195 

moins abyfce que la vcuë, qui s'abufe fouuent. ^'^^ili^^coni 
auflî vn faid euident fi la Sorcière en vn inftât fe trou- i%6.li.ct co^ 
ueabfente defon liâ:,& de (a maifon, les huis fermez, i'^-^^'/'-^^vf 
S eltant couchée le loir melme au net, & qu après elle ^.caroln^ i{u. 
fc trouue en Ton lic,come nous dii auons moftré afîcz '"^ ^"'î/*^- . 
d'exemples cydcuant en tous ces cas, &: autres fcmbla- ^ ''' 
blés de faidls euidents,apparoifrans aux luges, ils peu- 
uent afTeoir ingénient de condcmnation , (clon la di- 
uerfitcdes faits comme nous dirons cy après. Orque 
la Sorcière ne vouluft rié cofcffer, à plus forte raifon fi 
auec le fait euident, la confefTion du Sorcier eft con- 
currente, & encores plus s'il y-a tefmoins fans repro- 
che. C'eft aufli vne preuue euidente & trefccrtaine , Ci 
le Sorcier fafcine ou efbouit les yeux,ou charme de pa 
roles,ce que la loy de Dieu a bien expreflcment remar- 
qué quand elle dit,Celle qui efbouifl: les ycux,foit mis 
à mort, vfantdu propre terme Hebrieu Mefcaphat. 
Car la loy de Dieu * a déterminé celle preuue comme 
trcfcertaine & fuflifante pour ct)nuaincre le Soicicr i-.Exoli.zi. 
d'auoir padion expreflc auec Sathan, &par mcfmc 
moyen celuy qui charme les hommes, ou Icsbeftcs, 
ou les fruids comme celuy qui monte en l'air, qui fait 
parler vn chien, qui couppe les mebres, & fait fortir le 
lang, &:puis r'aflemble les membres, c'eft vne preuue 
euidente & trcfcertaine qu'il eft Sorcier. Et pourcelle 
caufe les Sorciers font appeliez fafcinateurs:, &:les Sor- 
cières en Auuergnes'appellent fafcinaires, qui falchi- 
nent, ou charmêt les yeux ,& font voirchofesconrre 
le cours ordinaire de nature: car combié que Pompo- 

CCc iiî 



DES SORCIERS 

nianus Arheifle^Auicenne liur.4 chapcJernier^â^ AI- 
gazelliu. y.Phyfi. chap.5>. ont voulu faire à croire que 
les charmes de fafcinations (e pcuucnt faire naturelle- 
ment, fi e(t-ce que tous les Théologiens tiennent le 
contraire,mcrnîemccS. Augullin/z.j .^e7>/«/. aufli fc- 
roit-cc démentir la loy deDicu, Le fécond moyen de 
preuue claire & certaine cft, s'il y a pluficurs tcfmoins 
îans rcproche,qui depofêt des choies fenfibles par les 
fcntimens,&: de chofes infenfibles par difcours & rai- 
fons certaines Carlcuidéced'vn faitiiotcircdoitap- 
i. l.refcrlpto. paroit aux luges , ôc autres prefens , &: ne fuffift * d'ap- 
ytqunaccH- p^j-QJj. au lu^c.ou autres feulemêt:& la preuue des teC- 
neribusa-ho' moins lans reprocliedes actions traniitoires, n clt pas 
'^^^^■f notoire de fait permanent , coaic lî les tcfmoins r ap- 
portât auoir veu la Sorcière fliirc vn ou plufieurs adles 
deNecromantie,ouinuoquerSathan,ous*eftreabfcn- 
teeinuifiblemér, &: pour retourner les huysclos, font 
adVions tranfiroires, & aufquelles les luges ne peuuenc 
jj- ,r pas fouucntaflifter. Et d'aurât plus la preuue eft forte, 
fer. cols, ^e H les tçimoins depolcc de pluiieurs a6lcs, & qu'ils s ac- 
honommpof- cordent du temps,du lieu, des perfonncs <3s: autres cir- 
m.m\âJL conftâces,que les Docteurs appellent Contefles,^ plus 
îitersle accu- cncorcs fi la Sorcicrc en prefence du luge &autres,faic 
ht. '^'^^'^^''^qj^jelqiieinijocation àSathâ: c'eftnotoiietédefair, ^ 
fccpnUeiier telle prcuue efl: des pi us fortes pour eflre procède a la 
yo.oUigat ff. condamnation^.Et fi la confcffion de laccufce eft co- 
ftl ^j.lib.i. currece aucc la depodcioa des teunoms, \à preuue elt 
»/^6.cor/j^wençores beaucoup plus certaine ^' & ncantmoins elle 
fo/ï.i49- ^i- ^^ \^\{^Q d'eltre bien certaine fans la confcffion des a- 

^.z.q.i.c.j7ro- r î 1 1 ? 1 r rr 

^;W«r,r^/^.6tes que l'ay remarquez OU lemblables ; canine lam- 



LIVRE QVATRIESME, i^G 

rûit pas que plufieiirs tefmoins depoflafcnt quelque /'fw»//,f^. 
temps après les menaces delaccufccfaidcs à fonen-"''-^"'"''^f/'* 
nemyjl feroic tombe en maladie. Bien leruiroic cela âeAffd. 
^swç. prefomption pour ayder la preuue,& fi foudain s-J-r^^j^*^^ 
ôc a 1 mitant que la Sorcière a menallc ou touche quel- * 
qu\n , il cft tombé mort , les luges font difficulté de 
condamner la Sorciere,s'iI n'y a autre preuue, ny pre- 
fomption ny confeflion : & ne voudrois pas conclu- 
re à la mort en tct cas, s'il n'y auoit plufieurs ad:ions 
réitérées comme au procczdeMarguerite Pajot^qui 
fut conuaincue d'auoir tué treze perionnes en les tou- 
chât d'vnebaguette,encores qu'elle deniaft, fi fut- elle 
bruflee vifue. Cardan efcrit qu'il y eut vne féiHe à Pa- 
uie,qui toucha d'vnc verge vnieunc enfant qui luy a- 
uoitprisvnepomejfoudainil tobamort: pourvn feul 
ad:e tel qu'eftoit ceftuy-là , s'il ny auoit autre chofe, ie 
ne conclurois pas à la morr, mais bié aux autres pei nés 
corporellesrcartous les peuples d'vn commun cofen- 
tement ontreccu quela punition doit élire aggrauee 
ou modérée félon la preuue plus ou moins , & que la . . 
forme des anciens'^, d'abfoudrc Taccufé, fi la preuuey^';.^^'^^^"^^^^^^ 
n'eft claire & entière de tout poind eft abolie. M'âis^^-^fi^f^^em 
nous dirons par cy après des pcines,quandfay dit plu- '^^^''''^'''■•^° 
fieurs tefmoins lans reproche , la loy did deux ^ pour 7. IMimm, 
le moins. Er ne fluit chercher erâd nôbre de tefmoins t ''f-^ r 
en choies li dcteltables,t^.'qui le rot la nuit^oués cauer-/. ohc^rme.i. 
nés es lieux fecrets. Mais q diros nous fi trois tefmoins '^^'•^y^M 
depofcnïde trais faits tousdifïerés: c'eft à fçauoir que^w/^^l^fl 
le premier depofeauoir vcu le Sorcier cauer,& foiiyr^^'^^''.^«J^«- 
foubs l'e/rueil d'vnhuys,ou en quarrefour : car ccft j?^^;;^^ 



DES SORCIERS 

rf^r.B^/^./« ordinairement ou les Sorciers mettent leur fort: Et 
tf;^;f;:^Z:pLiis les hommes ou le beftail y foit mort. L'autre de- 



;«/.i.^/f/?^-pofequele mefme Sorcier ayanttouché quelquVn, 
n^cn.Docml ç[\^Q^-y^[y^ mort foudain : L'autre^ qu ayant mcnaflé 

mter parcs, de r- .^ ., ,, , , , ^ '' . 

rcmdiuuf *(^i^ voilin , il elt tombe en langueur. le tiens que ces 



^lex.copiosè trois tcfmoins ians reproche, auecques quelque autre 
wiJi^Ttcl prefomprion , fuffift pour afleoir iugement de mort, 
ftijiM.i. iaçoit que les tcfmoins foient fingulierschacun en fon 
ç, /nlJejH fai(51::CarilsfontvniucrfelsaucrmiedcSorceleric:au- 

flUo^.jtfiPS , 1 n 8 I 1 11 

ipfideopms quel cas tous les Docteurs tombent d'accord, que la 
«o/«.^.8. ^- preuue efh fuiîifante en crimes couucrs.comme la con- 
lul'lpfinu cuflion, raflaflinatj l'vfure, l'adultère, ôc autres crimes 
iz.etufo.nit. qui fe font toufîours le plus couuerteméc qu'on peut, 
loz^B.irto . ^ meimemcncles Sortilèges. Si donc trois tcfmoins 
argcntarnsS. en tcl cas (uffilcnt pout ptouucr 1 vfure, ou la concuf- 
anifero m.^, fîon,ou Tadulterc , à plus forte raifon doiuent fuffire , 

({eedenao,cr i • i i i n i l il 

thiUtè lafon. pourlecrmie leplusdetcltable 5clc pluscouuert qui 
fub§.Prxtor. foit dc toUs Ics ctimcs qu'on peut imaginer. Et non 
coTÎ/.So.V/Q feulement telle preuue cft fuffifmte comme les Do- 
pertotttm.li. 6leurs allcguczcn font d'accord, ains auflî Bartole^ 
DeciHs coftl. rj^ç^Q plu5 outtc. Car il cft d'aduis en crimes fi occultes 

S77-^ijo. nu. ^ y*- r • i -riirrr^T 

n.socmHsco. que la prelompcion& la preuue coniea:uraie{umlt,&: 
fi.^i.mppoh. j^'f.[\ P25 fç^[ jg fonaduis. Vrayed qu'il ne fuffiroit pas 

Conft.ôi.pofî ^ .^^ . . 1 • 1 

teditu.nu.2,1. pour ailcoir iugement de mort: mais de toute autre 
i.innocent.m pcinc iufqucs à la mott excluhucmcnt. Et non feule- 
r. fuhterje ^^^^ |^^ Dodcuts cn Droid CiuiLains auflî les Cano- 
Uinc.cu opor niftcs* iont dcmcfmcs aduis,(S^ entre les PapeS;, le plus 
'/'^'^'^''/'^'^''^erand lurifconfijlte Innocence I i i i. Et la raifon eft 
3.5«/^./»r//- pertinente, d'autant que les telmoins s accordent au 
hicade coiro- cas vniucrfel,&: crime gênerai, en forte que la fingula- 



rué 



LIVRE OlVATRIESME. 797 
ritén*efl; pas incompatible nyrepugnante^ains elle ai- uerfimeJfJe 
de ôc conforte la preuue. Ce que Balde ' appelle fino-u- ¥^#«^7} 
larite adminiculatiue, qui elt bien difrerente de la fin- tiurog4ù.c. 
gularité contradidoire & répugnante àfoymefmes,^y#^-^'J^ 
qu'il appelle obftatiuc, quand vn tefmoin deflruid la ie/enuLcur 
preuue de l'aurrCj pour la diuerfité du lieu, ou du têps, tlti^mmBa. 
ouautres circonftances fcmblables. Car en ce cas la ^*^1' •'^°"'' 
prcune n eft pas fufiSfante , mefmement quand il y va 4. BenoUnL 
de la vie, oudepunitioacorporelleiou il faut que la ^^^"^"/■^''^^ 
preuue loit bien plus rorte qu'en matière ci uile. C'Q\xji„e.E^omAnM 
pourquoy en matière criminelle, le ferment fup pi etif^-^^^^*^"'^- 
de preuue n elt pas rcceuable, comme 11 elt en cas ciuii ^g-^^^y^ ohU. 
es cliofes Iccrcres , ôc n'eft auffi receuable la conuérion BM.ml.iuJi 
de fer'apporter à vn tefmoin, pourafleoir iu£rement'^^^'^^-'7^^'* 
delhonneurou delavie,comme il eft en casciuil'^duc. Felmtif'm 
confentementdes parties. Et parainfî, quand ondid^;!)'^'^"'^»'^'.'^ 

^ r • r • • I flih.Iafo. ait 

quvne preuue imparraitc ne le peut loindreauccvnc^^t ^^^^0";^,^ 
autre imparfaite ^, cela s'entend de deux preuues, ou de «^^""'''V'* 

dr • 11 r • 1 J l.ItireM.prm- 

eux telmoins, ou de deux prelomptions, ou de deux • ^gj^l^ein- 

crimes diffcrés.-comme fî vn tefmoin depofe d'vn ho- rando.ff. 
micide,& l'autre depofedVnadultere,rautred'vnlar-^' ^^"''^^^"' 
cinicela rait bien preuue d vn homme icelcrermais no probatw. ^- 
pas qu'il foit prouué adultère, ny homicide, ny larron ^^•^''<"^-'^''"i*^- 
pouryalieoircondamnation de peine corporelle.Car, pof?.mf^. 
laLoy de Dieu ne veut pas que la dcpofirion dVn tc[-~)>lt.deficcef 
moin face preuue pourafleoiriu^ement decondam- 1;'^'^'''^'^'-, 
nation: ny les loix Ciuiies ne veulent pas qu on puif- 
fe afîeoir la moindre condamnation pécuniaire. Et 
en cecy tous les lurifconfultes, & Canoniftes , font 
d'accord , quelque dignité, faindeté, 6c réputation 

Ddd 



DES SORCIERS 

7./.-^'Jz»ttw. ^^^P^i^^c^uoirlctefmoing'. Etiaçoitquelcan An- 
iietefiil?.vo~drc , &: le Dodleur Alexandre foyenc d'aduis ''qu vn 
8/04;; ^„. bon tcfmoing fans reproche fuffit pour condamner à 
ÂreAitnadcli.\^ qucflion : fi cft cc qu'ils ne font pas fuyuis en ce 
^^^''^'''- "^-Royaume obilancTordonnance du Roy Louys xii. 
§.spcctesAer-^^^ 1 ^ dcrenduimais n lumra bien pour prelcnter 1 ac- 
ftt.-\'tolentx. cufé a la queftion en tous autres crimes: & s'il y a quel- 

^lexand.co- r • C • r 1-1 

fhi.lth I ^^-^ prelomption auec vn tcimoing lans reproche, il 
nti.i, iuffira pour appliquer à la quellion es cas qui méri- 
tent peines capitales ou corporelles : Mais en ce cas fi 
énorme &: fi occulte , ieferaybien daduis que l'opi- 
nion d'Alexandre & de lean André foit fiiyuie,^^ que 
pour appliquer à la queftion , ilfijffifed'vntefmoing 
homme de bien &c fans reproche , ny fufpicion quel- 
conque, duquel la dcpofitionfiDit accompagnée de 
çaifon , ou des fens : i'entends ceux-là contre les- 
quels on ne peut rien dire, que les dodleurs difcnt 
Omni exceptione majores , mais ceux qui n'ont point 
c).Bxl. infa-^ouScït Condamnation portant infamie,'^ d^ non pas 
9»ew,c{epiM. s ils font teprochez pour cftre homicides , adulte- 
» tcw.jf. j-e5 ^ ij^ccftueux , ou attaints d'autres crimes, qu'on 
appelle infâmes de fai6t : & toutes-fois leur tefmoi- 
oXiHciwJe g^^^g^ ^^ bon "^ auec d'autres . Comme ilfe pratique 
ihfùnotan en tout cc Royaume fans auoir efgard à l'infamie du 
*7ch'vÀ- f^i^j^y ''^ux canons ^ pour ce regard qui veulent que 
mrmi.mup. OU rcçoiuc telles reprochcs^cc qui ne doibt cftre fai6t. 
fupeoiJe Car fi on reçoit les faidts de reproches , contrclcstef- 
mings non condamnez, ilraudroitraireleprocesa 
touslestcfmoings furies faidls des reproches , Ôc par 



LIVRE QVATRÎESME. 198 
ce moyen les me(chans clchapperoicnt , ôc les gens de 
bien feroient fouucnt calomniez. Et iaçoic quevn 
tefmoing foie artamdl , voire conuaincu , & condam- 
né de crime public portant infamie, ôcnon pas d'vn 
iniure verbale,qui ne porte point d infamie dcdroiâ: 
Ganon ' pratique pour ce regard , iaçoit que la Loy le ?-'^' ^«»»M<f 

tient ^pour infâme, fi eft-ce que letefmoin condâné,.^",^^!'/^^ 
& infâme, ellreceuable en telmoignage, fi il y-a ap-^-l'i-^ens 
pcl ,ô<: ne fera point reproche* pour celFc caufe, fi le iu-Ç^ "''''''''^''' 
gement n eft confirmé comme did la Loy^& lomcs-^.l.fifrtijeiis 
foislelu^c ne doibt appliquer à laaucftion pour vn'ï''i "'"^«'«'' 

r • • C J C A '1 r • f^famiaf 

telmoing inrame , de raict encores qu il ne loit con- s.ucoIp Butri^ 
damné: mais bien fi ce tcfmoinf^eftay dé d'autres içÇ. ^^r.Bartol.cr' 
eprelomptions Violentes, autremenciir„,,; , ■■ ■ 
fautattendre le iugemcnt dernier du telmoing^ rc- noûtur w/a- 
proché:& fi on did que lelurifconfulte' ne reçoit f''''^'/'^'*' 
pas le telmoignage d vne remmc acculée d adultère , eti^fi fentetU 
& neantmoins abfouhe, le lurifconfulre di^^Puto no- ^<>frm^j^. ftt, 
tam ohcjje^&c ne parle que des femmes qui font touf IcMnaJ. 
iours moins croyables que les hommes : &:de faïd:,<^^<P"i^^ol^efe 
par les Ordonnances de Venife de l'an M. D. XXllUjjf,"''- , 
ôcde tout 1 Orient , il faut tounours deux femmes i/r^^^f- m;* 
pour le tefmoîgnage d'vn homme , & quatre fem-^"^^-^* 
mes pour deux refmoins. Comme auffi les femmes 
n'eftoient parlesloix des Romains receuables à tef- 
moigneren tedament \ouen obligation par corps. 3 l^uitefta- 
Et mefmes de droicl ^ Canon les femmes ^en matière '^^ ^.muUer, 

nr ^ ^ ^ r ■ de tefl.imenî. 

e,ne lonr pas receuables a telmoigner, pour ^ ^^ /-^^^.^^^ 

l'imbecilicé (S: fragilité du fcxe. Mais les îurifconfultes yn-lfignific, 

&c Empereurs ont aduifé que les plus grandes mellhâ- T^'^"' "^'*^ 

DDdij ' 



DES SORCIERS 

cctcz demcuroicnt impunies , fi cela auoit lieu : Et 
j./.fA-^o.^/e/e pour ceftecaufe ils ont fagcmentpourueu \ à ce que 
/'^•/•^''"/^- les crimes fuflent teftifiez par toutes pcrfonncs, &la 

la Leonif Phi- . p ,-, . ^/r>i-- 

lofobhi.^S. railoneitpercmptoire. Car es actes Icgitmics, on a 
j moyen de prendre des tefmoins tels qu'on veutj&aux 
l crimes tels qu'on peut. C'eft pourquoy en ce Royau- 
me, & en toute Republique bien ordonnée, ledroidt 
Canon n'a aucun lieu pour ce regard, & le droidl Ciuil 
eft fuiuy.Ec au fait qui s'oftrc,il cil biê neceflaire d'ad- 
ioufler foy aux femmes , encores qu'elles foicnt infâ- 
mes, comme difent nos Docteurs, ou bien ignomini- 
G.Fefl.TGmp. e^fes dc fait "^come parlêt les lurifcofultes.S: autres au- 
//.4.^erf;«i. teurs Latms, comme leroit vne femme impudique. 
cic hnf^me. Car les lurifconfultes reçoiuét les femmes en tcfmoi- 
»«"/./. focr«/-g^^g^^^'^ 4^^^ '^srorraits ne demeurent mipunis.qui 
îtonrUe-vur'a^ cff vnc raifon for grande & confiderable,comme di6l 
fof«//zM/ j^ lurifconfjlte. Il faut pour mefme raifon ^ , & beau- 
rat.adl.^- coup plus grande receuoir les perionncs inramcs de 
f^^^'ff- fai6t, & de droit en tcfmoignage contre les Sorciers^ 
pourueu qu'il y enaitplufieurs concurrens auecques 
indicesiautremcnt il ne faut pas efperer que iamais ce- 
ç „ rf . fteimpictc fi exécrable foit punie. Or tous *fontd'ac- 
fionu, de te- cord,& Ics lugcs Ic Içaucnt treibien pratiquer , que les 
fiiy.Butri. Pd- complices du mefme fiiit de volerie , ouaffaffinat, ou 

nor.Fehn.lbi, i^-n/r i -i ^i 

^reti.confd. ^^^^ maieile rontpreuueies vns cotre les autres, quad 
^i.clofijnl. on ne peut autrement tirer la vérité du fai6t , non feu- 
^ j ^r-' lement contre les autres qui ont commis vn lembla- 
c^feft.Gra- blc afTaflinat (qui eft là l'imitation de Pierre Ancaran) 
mau.coftlnii. ^jj^g ^^.jf|] Ju mefiiic afTafîinat dont le tcfmoing eft 
conuaincu , fi le tefiiioing fe charge luy-mefmcs. 



LIVRE QYATRIESME. 199 
Ecdefaidil me fouuiencqueM.Gclee Lieutenant cri- i^^jo.^roc. 
minel de Paris ayant condamné par l'aduis desiuges'«^->-.^^'*^^. 
Prefidiaux du Chaftelet deParis.trois voleurs acculez ^;^^^'^''^; 
ôc conuaincus par leur propre confefsion de plufieurs ftonumlibe. 
voleries &:aflafsinats,ilscnaccuferent vn quinevou-^'j^^^j;^' 
loitrienconfefTeràlaqucftion. Et neantmoins zucc ^u^fi.Doa.m 
les prcfomptions &c les tefmoinenao-es des complices ^•fr»*^^-'^'^' 
il rut condamnej& puis exécute lur la roue : ocn(;.oiina^de tejîih. 
qu'il declarafl: qu'il mouroitinnocét,commcilsfont#^^«^«'''«.^^ 
prefque tous,&: voulant blafphemer Dieu pour cou-J^;^' 'J^J'J 
urir fon honneur deuant le mode, fi eft-ce qu'il dccls.- fodus.cyntts. 
ra à Ton confcfleur qu'il edoit aufsi coulpablc que les ^'j'*- j'^^'^' "^ 
autres , le priant de n en rien direiMais le luge hit ap- ^kx. confiL 
^~ pellerle confefleur , qui déclara ce qui en eftoit. En ^î'-f'; 4- c?- 
Aliemaigneilsont vnctrelmauuaiie couitumcde t^^ 1.^ conftl. 
faire mourir le coulpables'il ne cofeiîe^quoy qu'il foit ^^^-l^.Mar 
conuaincu de mille tefinoins^vray eft qu'ils appliquer •(|.;^|"^^y-'^^^ 
la queftion fi violente & fi cruelle^que la perfonne de- nu.s^.'mfm, 
meure eftropiattoutefavie.Ortoutainfi que ceci n*a^°^* ^^^'^ 
lieu linon es crimes exceptez c^ non es autres, comme 175.185). 
difentlesDod:curs,qui ne veulent pas mefinesqueles 
complices tefinoinsauecprefomptionfoyétfijffifans 
pour appliquer à la quePdon.aiiisi faut il qu'es crimes 
exceptez , comme eft le poiilon ôc la Sorcellerie , * le ^-^^f'^ V- 
crime de Icze maiefté , & d'adaffinat les complices du {jAmàlc 
mefmc faid foyent rcceuables à fiare prcuue fuffifan- 
i tejs'iln'yareprochepertinentc^commefi le complice 
I eft enncmy capital de celuy qui accufcdauoir eu part 
* au maléfice. Etncfautauoircfgardfi c'eftleperc ou 
le fils. Letcfinoingnagedefquelsnedoitpaseftre re- 

Ddd iij. 



DES SO^RClERS 

cculVn contre l'a Litre, pour autres crimes , encorcs 
qu'il ny eull autres ccfmoins pour la rcuerence du 
f.l.Nrfntesdet^àng: ' mais ceduycy eil (ingulier.Ecfaut ouyr la fille 
tejlw.c. contre la mcrc en ce crime de Sorcellerie , par ce qu'il 
c'eil cogneu par vne infinité de iugemens que la mè- 
re Sorcière mcine fa fille en perdition ordinairemcnc. 
Bounin Bailly de Chaileau-Roux depuis trois ans en 
fin brufler vne toute vifue^qui auoit mené fa fille aux 
affemblees, Ôc qui depuis reuela tout , comme i'ay 
didicy defîus. Les Sorcières de Longny en Potez fu- 
irent audiaccufeespar vne fille, que la mère y auoic 
. menée, & fi le père & le -fils en crime de lefe maieflé 

o.Doft indi- Q ^ \ r • rt r V V o 

Bt}.p.iretes,et ^^^^ tcceus a tclmomgner & acculer i vn 1 autre ^ oC 
inîe qiujTj-iis, mefiîies fi les loix décernent loyer à qui tue (on pcre, 
mMc'fatisc venant pour rumeria patrie (commelaloy^dict que 
4. /.mwwf, tous font d'accord ericcpoin6t la ) pourquoy ne fc- 
dereh^'ofts.fj.^^^ ik receus l'vn contre l'autre en vn crime de lefe 
maieftédiuine , &ccn vne meichanceté qui empor- 
te toutes les autres? Il ne fiiut donc pas s'arrefter aux 
o./.?.$./f^.</r règles ordinaires de procéder, ° reprocher , ou rece- 
'^^' '■"' uoir tefmoins en vn crime fi deteftable , que ceftuy- 
cy. Et afin que les confciencescraintifues s'aiîeurenc 
eniugeant de ce faid icy ,nous auons vn exemple 
(.chap.zi. notable en Exode ^oiîMoyfe, ayant veu que le peu- 
ple auoit faid le veau d'or,ccux,dit iL qui font du par- 
ty de Dieu , qu'ils s'approchent de moy : lesLeuites 
fe prefenterent:tiufquelsilfifl commademcnt deprê- 
dre les armes ^ de tuer chacun fon frcre & fon pro- 
chain,qui auoicnt idolâtré après le veau d'or.Ge qu e- 
ftanc exécuté iufques au nombre de trois mille hom- 



LIVRE QVATRIESME. 200 

mes j ivîoyfc leurclidt qu'ils auoient confacré leurs <5. ./rïex.c^ 
mains a Dieu pour receuoir {a benedidion ; & défi '"/'** 
fai6l Dicuchoilitceuxlaaurquéls il donna le droiCt de opemnom, 
deaineffe , & laprelacurepourafiifteràiamaisdcuâc^/^^-^-.^- 
Dieu , &: lugcr le peuple, hn cjuoy on voit combien of r— r'.'/. 
l'idolâtrie fut defplaiiante à Dieu , ôc qu'il ne vou-/^'^/''o««'' 
Jut pas que pour ven^^er l'iniure fai6be à Dieu , on euft /^'!' ^'^' '" 

i 1 1 o ' Q^ m eu. cwn 

aucunefgarda laproximitédu iang, encores que le cefunte de ap. 
peuple n'euil autre intention que d'adorer Dieu, qui^"'" • f'^ 

1 • l'T- -1 n 1-n propter, c'ere. 

lesauoit tirezd Egypte, commeileit dict au texte: lur.text.tnl. 
mais ils formèrent vn veau d'or à fon honneur con-'^l/^',^'^^ '^'^• 
treladefence àeux faille; combien cft plus derplai-^^^'^j^j^^'*^^' 
fant à Dieu d'adorer le Diable. Il ne faut donc pàs^^^'-cJetcfia. 
s'arreflerauxvoycs ordinaires qui deffendent d'ouyr '/'*''/'"'"' ^^ 

r . ^ 1 r\ 1 I ce(utatem.:i^ 

en telmoingnage le nls contre le père, ny le père con-fiojmo nms 
trelc fils car ce crime paiîe tous les autres . Or il c(iM' ^^^'^'^r. L 
certam en termes aedroict,ou il y a perii &necclii-^/^;,„^^o n^ 
té,&: cliofc exorbitante, qu'il ne faut pas s'arrefter aux^'''-/- ^f^g- 
relies de droidt ■: ains au contraire c'cft droidement'l "'T^'^'** 

O cerem.de ex4, 

procéder félon le droidldelaiffer l'ordre de droi6"b ytribut.c. 

capit.tua nos j (Sf capit.njejif'a^ de cohabita. clericor. Et. par ' . , 
•ri r ■ -r r r t n. ^,. ,7 s.ir.wî.poji 

V amiilctelmom qui le lerapreicntclanseitre appelle /f^^/^^./^i 

/| pour depofer contre vn Sorcier,il doit eftre ouy iaçoit ^'''"^' f«'^'"* 

i « quen autre choie il ne ioit pas reccuable/ I excepte- /^^.^^^r^,/; 

ray feulement la reproche d'inimitié capitale proce-iS.iJ. ;»/.,-. 

dât d'autre caufe que de Sorcelleric.Car qui cft 1 hom- "^'^f^; T" 

me de bien qui ne habile les ennemis de Dieu & duiurefKc.etUi 

genre humain, d'autât que l'inimirié prjuce ^ pour au- '^''^- ^'"'- ''*"'• 

trc caule pourroit induire la calonie cotre 1 innocent, remd. rmor, 

Etiaçoic que le tcfmoing en autres caufes foit con- ^ ^'^^^- '« 



,!esJct.pk DES SORCIERS 

j.c./f/imon. uaincudepariure,&qu'ildoiuecflrc'reictté,/îcft-cè 

de tefiw'.cAn. > \ C v r • r 

arl .. o^ qu en ce cnme,uterareceuauecd autres telmoinsfans \ 
dtft.Bxld. a- reproche u la depofiLion cil conforme aux autres , s'il 
sdicmlftcx j^'^ haine capitale cotre l'accufé.Et iaçoic que l'Aduo- 

fdjts^ de traf. 1 T> rr I 1 r» 

i.Ex l.muda- cat &c Ic Procurcur ne puillenc , ôc ne dcuoicnt cltrc 
tu, dcteflih, contraints de depofer au faidl de leurs parties: jfi eft-ce 
eod. c^itain ^^ ^^^ doiuent eitre cotramts en ce crime icy , comble 
dicatii arrefto quc pluficurs * ont tcnu qu'ils peuuent cftre contrains 
Tmfto.\:^Z6. ^g depofer fur le faid, de leurs parties , ce requérant la 
/frre.$.;Je^e partie aduer[e,[oit choie ciuilc ou criminelle. Et corn- 
mrefifci^ w^^hien quelcs complices ne facent^ pas prcuueneceffai- 

catii Gratta- , ^ • r n ii- <^- 

nopoH, i4;4. ^^ es autres crimes,ii eit-ce que les comphces Sorciers 
^.cMim. ^f accufans outeftifians contre leurs copliccs^font preu- 
l quomamli-^^ lumlante pour eltre procède a la condemnation, 
heri^eo.c.c?- mefmemcnt s'ils font plufieurs.Car on fçait affez qu'il 
^/o/:mc4i.mj^' Sorciers qui puiffent teftifier d'auoirafsifté 

"yerboadtep ^ i^ ^i l 

momu. ^le. aux aflcmblees, ou ils vont la nuidb. Aufsi void on en 
cow/^/.izo.k^pr^ncrer que lesiu2;esd'Alemaene , procèdent à la 
fo«/ï/69./<. condemnation des Sorciers , lur le teimoignage des 
i.conf^ciM. complices,encores que les accufez, le dénient. Paul 
3.»«.io..oa. ç^.jj^^^ efcritlefemblable des iucres d'Italie: &sefl: 

conj.ç^. coll. t) 

i.lih. 3. text, toufîours pratiqué en ce Royaume iufqucsà ce temps 
^-/^'"/•'^^'•'^^miferable.qu'ona voulu cacher l'ordure de quelques 

accuj.C.Bart. •n--'îi -t- 'r- • ♦4'rL 

in l.i.§.fifer. vtts qui eltoiet de la partie.Et n y rait rien qu on ^ n eit 
mm.^iufl. pjjs receuabled'allec^uer ôc defcouurirfaturpitudc:car 
iGo.Ub. 6. ^^^^ ^ entend contre ceux qui en veulent tirer pronr,Oi: 
niim.%. non pas contre eux mefmes quâd ils s'accufent les vns 
^.Ukm profi [^^ autres. Vray eft,que tout ce qui eft , &; qu'on peut 

tear{f>dereuo { >n 1 1 • i- A 

undïs donat. dire dcs telmoins,&: quelle toy on leur doit adioultcr 
c. o-in Lfi ^ quelle preuue eft fuffifante ou non^eirt plus en fait 

creditorib. de ^ ^ » 

feruofign.C, , 4^^" 



LIVRE aVATRIESME. loi 

qu*en droiâ;. Età ce propos on doit remarquer ccy/^ §.^u4Je 
que diOi Califtratc,* ^u^ argumenta frobandac cuique rei ieftth,f, 
fufficiant nuUo certo modojatis dcfiniri^otefl : Se peu après, 
uilias numertis tejlmm^^alias dignitas (jr atjv citas ^alias njelu- 
ti conCentiens fama confirmât rei , de qua qH^eritur^fidem, 
C'eft purquoy l'Empereur Adrian difoit qu'il faut 
croire aux tcfmoings, non pas aux tcfmoignagcs.Car 
le iuge bien exercé en fa charge, & bien entendu iugc- 
raletefmoingnageà la veuedu tefmoing, à la face, 
à la qualité , & infinies autres circonftances. Mais il 
faut bien prendre garde que le crime de Sorcellerie ne 
foit traidé en la forte des autres:ains il faut fuyure vne 
voye tout autre &:extraordinaire,pour les raifons que 
i'ay déduites. Nous auons dit de la première & fécon- 
de preuueeuidentc , difons de la troifiefmc qui eft la 
confefïion. 

De la confefïion 'yolontaire(^ forcée, que font 
les Sorcières. 
Chap. I I I. 

O V V E N T les iuges fe trouuét empef- 
chez fur les cofefîions des Sorcières , Se 
font difficulté d'y affeoir iugemét , veu 
les chofes eftranges qu'elles confefl'ent 
parce quelesvnscuidentque ce foyét 
fables de ce qu'elles difent comme Alciat & plufieurs 
autres ont voulu def^uifer ôc cacher les mefchâcetcz : 
les autres craingnent que telles perfonnes defcfpcrces i 
ne cerchent qu'à mourir. Or il ne faut pas croire celuy / 

EEc 




DES SORCIERS 

6.Ul>fentï Je c^uiv eut mouïïr^commc difllaLoy/ Et me fouuiés 
^I/l'I:^^" auoir Icu en Tertullian .juc ï'Huyiucv d'vn Proconful 
d«/?y^«/f«//4d'Alfriquc, demandant tout haut en l'audience , s'il y 
mortemfihi. ^jjq jj- pQJnt là d c Chiclliens pour les punir felô la cou- 
^ ilume^cjui cftoif alors: Soudain pluficursleucrentla 
f main difans qu'ils elloict du nombre, à Hn d'cftie exé- 
cutez pour mourir en Martyrs. Le Proconful les voyâc 
refolusde mourir, Allez,did:-il, vous icttercn la mer,. 
qui efl deuanc vos yeux:^ & vous précipitez des mon- 
tagnes , & des mairon,ou vaus pendez aux arbres , & 
cherchez qui vous condamnera. Iulian l'Empereur 
voyant vneieune femme Chrefticnne aucc fon petit 
enfant pendu à la mamelle , qui couroic au fupplicc 
i pour c(lre martyrc,il fift dcfcnce d'exécuter à mort les 
Chreiliens ; non pas pour garder celle quicouroit à 
la more, mais par ce qu'il diloitquc les autres Chrc- 
ftiens les faifoient Dieux aprej) leur mort, & que cela 
incitoit les plus mefchans a fe déifier. Il y on a d autres 
qui ne veulent pas mourir pour 1 honneur qu'ils efpc- 
rent, mais pour vndefefpoir ou douleur extrême: &l 
ne les faut pas ouyr encorcs que la loy Icsexcufe , ôc 
que Platon trouuebeau de faire fortir l'ame deuanc 
qu'o la chaffcjCe qu'il apelleg^o^-y^j/ gccurov.maisSprâ- 
ger recite auoir vcu des Sorcières qui confelloientleur 
mefchâcetéj&fupplioicnt leiugc de les faire mourir,, 
autrement qu'elles fe tueroient , par ce que le diable 
les tourmentoit fî elles ne luy obeifloient , comme 
, , ^^^cllesdifoict.Orcncccaslaloy ^quidiâ:,i«fo;?/?rr«ffw^ 
fis, nmU junt partes îtidicantis ^cet:^ ne peut auoir lieu. Jit 

ne faut pas que leiugc fuyuc le vouloir de telles per- 



LIVRE QVATRIESME. loi 

fonnes. Car on tientpour certain que la Sorcière que 
Je Diable afflige & tourmente, e(l repentie, & efl en 
voye de falut , & parainfiil faut la tenir en pri(on,& 
l'initruirCj&vlcr de peines modérées Ôc falutaifes : 
Mais (i on voie qu'elle ne vucillc fe repctir,il faut pro- 
céder à la condemnation de mort, encorcs que la Sor- 
cière fupplic qu'on la face mourir^aprcs qu'on aura leu 
ôc répète la confeflion, & qu'elle le trouuera confian- 
te es mefchancetcz que nous auonsdi6t. Et quand à 
celles qui fe font confcflces de repenties deuât que d'c- 
ftre accufe^s , il ne faut pas que le luge en prenne co- 
gnoi(Tànce,s'il n'apparoic des homicides par elles co- 
fedez pourueu toutesfois que cela foit fai6l: fans frau- 
de: &: que celle quic'eftrcpétien'eufi: preueu l'accufa- 
tion incuitable : comme fillMa^dcleinede la Croix 
Abcfle de Cordouc,dc laquelle i'ay (aiOc mention cy 
de(rus,fc voyant dif£imec^&: grandement fufpedle^el- 
les'accufad auoir eu trente ansaccointance auec Sa- 
than , toutesfois fon pardon fut rcccu par les inquifi- 
teurSjCommc lis font toufioursencecasdepardo re- 
quis (ans preuécion.O r il y a double contefsion: l'vne 
volontairc^l'aucie forcée. Et IVne 6.: l'autre peut eftre 
cniugement ou horsiugemcnt. Et celle qui fe fai6t 
hors iugement peut cllrc deuant plufieurs perfonnes, 
ouvnfcul,ioitamy,parent,ennemy,ouconfenreur.Et 
toutes ces circonltances font à remarquer , non pas 
qucla vérité foit plus véritable en iugement qu'hors 
iugement, ny deuant vn peuple, que deuant vn con- 
fcîfeur: ains aucontraircla plufpart defguile en pu- 
blic ce qu il confelfe en particulier , foitde honte ou 

E E e i j 



DES SO RCIERS 

de crainte, comme il fc void fouucnt des voleurs , qui 
defcouurent au confefTeur ce qu'ils ne veulent iamais 
dire en iugement. Mais toutesfois la preuue n'eft pas 
fi force d'vneconfeffionextraiudiciaire que iudiciai- 
rc:ny forcée que volontaire : Et entre les confeflions 
volontaires, celle qui fc faiâ: deuant qu'on foit inter- 
roc^é,àplus d'efficace-.Carquelquesfoisleluge trom- 
pe celuy qu'il interroge, &:quelquesfoisilluy faiâ:Ia 
bouche & la leçon , comme fift Auguileà vn ieunc 
homme accufé de parricide, l'interrogeant en cefte 
I {brte.Ic m'affeuredid-il^que tu n'as point tué ton pè- 
re. Et quelquesfois le iugemeflera deux ou trois faidls 
enfemble defquels l'vn fera véritable les autres non. 
Surquoy leslurifconfultes font en débat, fi la con- 
feffion ou négation fe doit prendre pour tous lesfaits: 
8./o4;ï.^W. ^|ç^ vnssdifent que la négation ou confeflion s'en- 
deliùsconteft. tend pour tout. Il eit bien certam en termes de Dia- 
purtei, ledique , quand tous les fai6ls font articulez par dif- 
ion6lion (ou) le tout efl: vray,fivne partie eft vraye 
encores que tout le refte foit faux : mais fi lesfaiéls 
font articulez par laconiondion (Et) tout eft faux 
fi l'vn des faids eft faux. Mais ceux qui font en iu- 
ftice font au Temple d'Equité , & de vérité : Il faut 
donc que celuy qui eft interrogé de plufieurs fai6ts 
I defquels il a cognoiffance : diuife les vns des au- 
I très , & qu'il confeffe les vns , & dénie les autres , 
félon la vérité de ce qu'il fçait, quicft l'aduisdeBar- 
j^Z j § z^tole , ^ & de Panorme. ' Ce qui acfté confirmé par 
fipulantï, ^^arreft de la chambre Impériale * rapporté par Min- 
^''''^•''^^''■^•fineer Sénateur, 'contre la ContefTe de FrifeOricn- 



LIVRE QVATRÎESME. 105 
talc. Mais c'eft à faire au luge prudent ^ & cntcn-^-^^f^^-'^^' 
^duenfon eftat, dediuifcrles faids en faifant ^'i^^^^'\jl[^Jp^l 
rogatoire. Et ne faut pas s*arrefter à l'opinion de ceux no \ss^-oBo. 
qui tiennent*, que k lu^e les ayant faid pofés par ^7- 
lacculateur , y adioulte que la conteliion lera prile§.^f„«/.^^7» 
comme eftanc faide hors iugement. Ce qui n'a point ^^^^^'^ndo cr 
à apparenccjcar les mterrogatoires iont actes ludiciai- Jn-^y^ 
res.Et pour ccfte caufe, le tilcrc porte de interrogatïoni- 4. innocen.in 
bus in mre faciendk'.Et la loy interprétant que c'cft à di- 'j^^'-'^/'^" 
rc in iure, àit^'VhicHnc^uc magifîratus fdlua imperij maiefla- ^lexand. m 
te iîis dicere potefl. loind auffi que la confeffion de la l-jt^^de lunf- 
partie deuant le luge fans interrogatoire, ncft point ' 
fur les fai6ls articulez , & neantmoins elle efl: plus 
forte que fi elle eftoit fur les interrogatoires cora-^j^jiçtng^.^ 
me did la Loy ^ Et en matière criminelle, &: mef- ^^^"^"•'■«<g'*- 

y r 11-1 J • • ^orns aBio. et 

mement en ce crime de Sorcellerie la voye ordinal-^ -^^^^^ 
re des accufations * ne doit pas eftrefuyuie: au con- de probaùoni. 
traire le luee , par tous les moyens qu*il peut ïm^,-^' h^^'^'' j^ 
gincr, doibt tirer la vente. Or la relponie de lac-r/«./ 
CLifé eft certaine, ou incertaine , & celle oui efl: certai-7"^'^-^"^^""- 
amrmatiue ou negatiue , ou bien 1 accule dict, dehheradi. §. 
qu'il ne fçait que c'eft. La refponfe eft incertaine ^quâd./ï»^'%<^ mo 
l'accufé refpond par ambages, &: en doutant.qu'il pen- -f^ ^ ^ f 
le qu il croit , ou par equiuocation : li 1 accule aiierme 8./. fifusm 
^ vne cliofe fauflc , ou qu'il dénie ^ chofe vrayc il iVeft ^'^'*^- ^^- ^-^ 

ni I t 1* -ri ! 'StAte. de mter 

^ coulpable que celuy qui relpond par ambages, roir^totns.f. 

'\ Car en ce cas il faut tenir pourconfeflé' la refponfe^-^"''"'^''^- 
I equiuoquealon prciudiceicar chacun doibteltrecer- ujje^tate 

tain de fon faid, & ne peut" feruir l'excufe d'erreur ^«^W. 

en ce cas s'il ne refpod à propos. Maisladifficulté eft, °; '^'•'^^ 

EEe iii 



DES SORCIERS 

ac^io.f.cAp.al; f] on doiht tcnit l'accufc' pour confefle, s'il ne veut 
^xcommnm rcfpondrc cliofc quclconouc, comme il y en a quel- 

cato de rejcri. 1 ^ 1 i ii'i/ 

2M.deatate. qucs fois. cjuatau ciuil, cela n'a point de uifticulté que 
§.fn '^f'''^]csfaid:s neloienc tenus pour confellez àfon preiu- 

Crl.fi defen ,. • J'- e j 

for.eo.ff.c.fi^^^^y ^" matierc d interrogatoires , & pour déniez 
ufics§Mc,^. ésEfcriturcs. Maiscjuandil y va de la vie, onnedoibc , 
^r^^'^mcû P^^ tenir les fai6ts pour confeflez , s'il n'y a preuue par f 
tefmoins. Mais s'il y a preuue, la taciturniic empor- 
tera cflecl de la confcfTion en la peifonnc de ce!uy 
qui efl; accufc,pour procéder à condânation,ainfi que \ 
^.Lymc^yfî^ le cas méritera : Ôc non pas toutesfois , fi la taciturni- 
fîTiTiJtnr ^^?^^^^^^ d'vntefmoing qui doibteftre contraindl 
ÂeVetninf-^ par amcudes & prifons à depofer: & neantmoins 
fieâofd.Ue]^^ luee doibt auparauanr procéder par tortures, fc- 
c,ut,o-c-fto-lon la qualité des pcrfonnes contre l'accufé de Sor- 
mam,ytfne cellcric, qui ne veut rien rcfpondre, Se qu'il ait vn bon 
^<.^,^^r -^telmoing, OU plulieursprelomptions: & s il ne veut 
IcertuJerekncnàhc en la rorturc, le crime lera à demy confcf- 
crédit. jf.B Art. çf ^ punv fclou la (Tiandeur de la preuue, comme 

tnl.i.dereUt. > T / O i t 

c.Bdd.m II. nous dirons cy après. Et en cas pareil de ccluy qui 
^Homodo cr Jiç propos délibère obrcurcilt fa rerponfc. Eciaçoic 
V.c^poUcaii- que telle rcfponfe par interprétation de droiâ: ne fut- 
tela.ii^, fin pas pour la preuue des autres crimes, ou il y va 
de la peine corporelle, s'il n'y a tefmoins: (Ce qui 
n'efl: pas neceffaire en la confcflion claire ôc volon- 
taire,) fi e(l-ce qu'en ce crime fi couucrt &: fi dctc- 
fiable, elle fijffiil: auec les autres prefi^mptions. Les 
Do6lcursont mis la confciïion pourl'vne des preu- 
ucs neceflaires : & indubitables, comme ilcft vray en 
matières ciuiles : fi eft-ce que la différence eft bien no- 



LIVRE QVATRIESME. 204 
table pour les circonftances des lieux , du temps , des 
perfonncSj& du crime, comme la confeflion d'vn en- 
fant,&dVn homme aagé: d'vn fage, ou d'vn fol: d'vn 
homme,ou dVne femme, dVn amy, ou d'vn cnnemy: 
en iugement,ou hors iugementid'vne iniure, ou d'vn 
parricide : en la torture, ou fans torture. Laquelle y^- ^XiJecofe^^ 
rieté doibt eftre bien poifce par vn luîje fa^e & enten- cnecremcA^ 
du. Et ne faut pas prendre la Loy première de ^o«/^j^^>vl"o«/î/? r 
pourlesantres crimes qui emportent peine caprtalc;y?^»oz»4/ro- 
que ecluy qui cilconfciré, foit tenu pour condam- '^^^!^V' ^'-^ 
nés s lin appert d autres prclomptions lumlantes , Lw?,c.f. 
& comme di£t la Loy ^, Si nuila prohatio religionem tu- 6li.§Jmm 
dîcantts inflrudt : &c mefmement fi la confeflion eft/^'^'^-^* 
raid:e en la torture^ , ou eilant prcfenté à la tortu-f^rW/cjc^-/. 
re: car la Loy tient telle confeflîon faideau pied de P'^'^'jf^ "^^ '«- 
la torture femblable ^ à celle qui eft faille en la tortu- ^.L^.'^uomm 
re. D'autant que la pcur^ du tourment eft vn tour- ^pp^l^-nonre- 
ment. Et en matière à^s Sorciers qui ont padtion ^^;^ ^^^^^^ 
exprefle aucc le Diable, & qui confefTent auoir cRé '^'^ftcitunerf 
aux aflemblees , ik autres mefchancetcz , qu'on ne^^l^^''"^"'* 
peut Içauoir,.que par leur coiueliion , ou de leurs co- teje eo quod 
plices : telle confcffion hors la torture faid preuue>'^'°'^f' 
^ fi elle eftfaide par ccluy qui eft preuenu, mefme-4./f«7^«/"- 
ment s'il eft foupçonné, & tenu pour tel, encores qu'il '''''^''!^ P'^"j^ 
nappafoiile quil ayt raiôt mourir homme, ny be-madc^iup 
ftial. Car ccfte mefchanceté-là eft plus deteftable, 
que tous les parricides qu'on peut imaginer. Et G, 
on did, qu'il ne fault pas s'arrefter à la confeflion , /„ r^ 
dvne choie contre nature % comme difentquelques/yïn//V;^,^e 
vns,il ne faudroit donc pas punir les Bourres, So-'^^"'''^*^'*'''^ 
oomites, qui conrcflcacle péché contre nature: mai« 



DES SORCIERS 

fi on veut dire contre nature pour chofe impofïî- 
ble , cela eft faux *. car ce qui eft impolTible par natu- 
re,n ejft pas impo^Tiblcicommc font toutes les adions 
des intelligences, & les œuures de Dieu cotre le cours 
de nature,quon voidfouucnt, &:qucmefmesHip- 
pocrate à remarqué , que toutes les maladies popu- 
laires viennent de Dieu, ou comme, il di6t,ont quel- 
que chofc de Diuin , & contre le cours & ordre des 
caufes naturelles , ou les médecins ne cognoifTent 
rien. C'eftdonc vne pure Sophifterie, de dire ceftc 
mefchanceté eft impodible par nature : elle eft donc 
impoflible : comme qui diroit d'vn mefchant hom- 
me il eft bon chantre, il eftdoncqucsbon. Or nous 
auons monftré par au6toritez diuincs ôc humaines, 
& parla preuuede toute l'antiquité , oc par les loix 
diuines & humaines, expérience, iugemcnts, conui- 
6bions , confrontations &:confe(ïions, le tranfport 
des Sorciers : 5claftcrilité,&queles tempcftesfefonc 
par leur moyen: il eft donc poffible. Et par ainfi quâd 
on dit que la confeffion poury adioufter foy doibc 
l'atiusaâLA- Porter chofe ^ qui foit poffible , & véritable : & qu'el- 
^ml.fc. final. \c ne peut eftre véritable Çi elle n'eft pofsible : & que 
'^ffA-f^-^rienn'eftpofsiblede droid, que ce qui eft pofsible 
confefiis. G. p^^ natute . C elt vn argument Sophiitic & captieux: 
7./.i.§.//w,5^neantmoins l'affomption d'iceluy eft faulfe. Car 
^yV^''*les grandes œuures & merueilles de Dieu font im- 
po&ibies par nature , àc toutes- fois véritables : & les 
actions des intelligenceSj&: tout ce qui eft de la Me- 
taphyfique, eft impofsible par nature , qui eft la cau- 
fepourquoylaMctaphyfique , eft du tout diftindlc 



LIVRE QVATRIESME 205 
<V différente de la Pliyfique 3 qui ne touche que la na- 
ture. Il ne faut donc pas mefurcr les adlions des cfprits 
ôc Démons aux effed:s de nature. Combien que s'il eft 
ainfîqu'en vne minute d'heure qui a ioixanteminu- 1 
tes, le premier mobile fliit plus de cinq ces mille lieues 
par dcmonllration natu relie: il efl: auiîi poffible qu'en 

A' peu de tempSjle malin cfpritportele corps d'vne Sor- 
cière tout autour de la terre , qui n'eft qu'vn poin6t, 
eu efgardàcegrandcicl. le dy donc, que la confef- 
iîon des Sorciers d'eftrc tranfportez eft poffible & 
véritable , de encores plus que les Sorciers à laydc 
ôc inuocation des malings clprits , tuent les hom* 
mes, ôc les beftes.: ainfi que nous auons en la fain- 
6tc Efcriture, qu'en Egypte , à l'heure de minuit, 
le Diable tua tous Icsaifnez des hommes Sz des be- 
ftes. Le Royaume auoit deux cens lieues delargeur, 
quatre cens en longueur, comme Strabon &: Pline 
font d'accord, & le mieux peuplé , &c le plus riche, qui 

I fuft foubs le Ciel. Or l'Efcriture diâ que Dieu ne 
voulut pas que le deftrudeurSathanentraft aux mai- 
ions de fon peuple. Ce faidl là par nature eft impoffi- 
blc. Et toutes- fois il n'eft pas moins véritable que la 
lumière du Soleil. Combien qu'Auicenne &Alga- 
zcldifent que telles adions des efprits font naturel- 
les &c poffibles par nature : qui feroit tolerable s'ils en- 
tendoient que les efprits ont telle puiffance par la per- 
miffion deDicUjCommelefeu dcbruflenmaiscelane .!•^'*^^*'/'^^• 
e peut entendre des caulcs naturelles &c ommair es yptiaii, prtnc 
comme nous auons dit cy deffus. Or pour conforter deaHio.cr'm 
lapreuue des confefsions des Sorciers , il faut les r'ap- /^^J^^' ^"|^* 

FFf 



DES SORCIERS 

fefperî.pH- porter à la confcdion des autres Sorciers:car les acflios 
'i-^.i^^ ''"du Diable fcr'apportenttOLiiiours en tous pavsxom- 
l.fifiliAM. nie vil Singe ell toujours Singe , habille de toile, ou 
de interrogA- depourpie. C efl pourquoy on voitlesconfcffions 
nm'm'u.'iX^^^ Sorcicrs d'Allcmaigne , d'Italie, de Fiance , d'Ef- 
-ylt. de donut. paigne, des anciens Grecs & Latins, cftrc femblables: 
an.nitp.c.ia- ^ [^ j^^^ fouuent Ics Soixicrs font accufez les vns par 
Fet.BelUpcr- Ics auttcs^comine nous auons a\€c cy dcflus , de celuy 
//<:< C7- cyn. j^ Lochcs, qui accufa (à femme, &: côfeifa y auoir elle 
13. '^We'ibi. ^ l-i fuafîon de fi femme, laquelle depuis cofefTa tou-t, 
qioJecofef. & f^; bi'uflee vifue : mais il furuint à Cliaftelleraut 
e'tkmT"de 4^^^^ ^H (emblablc faidb , où le mary & la femme fu- 
minonb. ^ rcnt accufcz par vn tiers , qui eftoitconuaincu d'eftre 
îf^l:^"-/*-^^- Sorcier. Le mary dift qu'il auoic efté aux affemblees 

Iferjti prêter. r \ C v r 

h.i.dedonut. des Sorciers vnenuidt ieulcment, pour Içauoir ou la 
dntenup.tex. femme alloitpaillarder la nui6b,.&: depuis qu'il n'ya- 
le, i.etl.pop. "^^^ ^ft^ • ^ '^ femme confefToit en eftre auffi , ôc que 
$. I. a-if^t. fon mariy auoitellé.LadrfficuItcfutfiondeuoitpré' 
ajo.co . i. f j^.^ ]^^ confeflîon du marv à fa dcfcliarcre , fans l:\ diui- 
ffB.ùdinl.tS^^ , comme plufîeurs Dodleurs ' font d'aduis qu'il 
detrmfiB. f*-^^. prendre la confefsion entière, tant à la charge cô- 
diciofam.her "le à la dcfcliarge du eonfir fiant, loi t que la confefsioiî 
cifcun.Bulet fuft portcc pat VH atticlc ou pluiîcurs. Et leur rai- . 
perfcorneû ^^^ principale cf!:, queleierment ellindiuiduel, qui: 
de iitrepatro-^di vnc raifon bicii froide. Car par mefiiie moyen, 
?**''" "^'^H^" cinquante ftipularions en vncontradl, qui ne porte 

t.i.dereindic. , ' /- ^ r ^ ij • 1 • 

cFel.mc.cH qiJ vn icrmeiit, leroietu prinies pour vne Itipi.lation. 
Y^rpn.fd- ôX^qÇq notoirement fiulie &:.ibfur Je, attendu qu'il 

Un. de rein- j /t- ' • 1 f r o J 

£uu, y-aautantdeltipuMtions quedeclaulcs : &:autantdc 
fentenecs que de chefs, qui peuuent fe diuifer "^ en ap_ 



LIVRRE QVATRIESME. lo^ 

pellant d'vn chef, & iaiffans l'autre : & en cas pareil, ;-f*'^-/'«f^.^'^ 
pluficurs Dodeurs font d'aduis quelaconfeflîon fe^^^^^^^^^^^ 
peut dkiifer' &:quc du temps delacques de K^iucn'-yitJepofft.et 

necefte queflion fuIl:difputec&refoluë,que lacon-'^T^''";^" 
feiîion le doibt diuirencommeil aelce iuge depuis'panor.inch 
par pluficurs arrcfts*^: Ôc Ce pratique principalement"'^ ^^'"°''''^; 

* ^ ^ . . 11 r ^ * ,-!> A r rr "^(^f extra Je 

es caules cimimelles , en lorte que iil accule conrelle^^l^^^^/c^r. 
auoir occis , mais qu'il à fait eftantaflailly le premicr/'^'^ uutcl. ^ 
chef de fa confefîion , fera tenu pour vérifié par preu- ^ ^^f ^^[^'^ 
ue indubitable : le fécond qui faid: à fa defchargc , ne lurdu. Félin, 
fera tenu pour vérifié , ains il faudra que Taccuf é veri-'f '^' "'/'Jf'^* 

r r r rt • n ■ r C -lij n de accuja.pne. 

heiesxaiŒS lultihcanrs: autrement ri doibt eltre con- CBoenuspr^^ 
damné '^. Qui n'ell pas en bons termes diuifcr la con-f^^^"^^^"fr"' 
fcflion : Car fi elle eftoitdiuifee, Ô:rc2;rcttee,raccufé "IT^"^^' 
ne feroit pas receu en fon faidiuftificatif.Mais quand ^.l.finonco- 
il n'y a point de preuue, ôc qu'il eft impoffible d'en a- 'l''!.'' ! ''""''•. 
uoir, comme des aflemblees nodurnes des Sorciers, conftUoteali- 
fçauoir s'il faut prendre toute la confefsion pour vc- ij*''^'»"^rwf, 

WM • C • CL^) I ^ I j r dtxijfe prohar. 

e,tant celle qui raidt a la charge comme a la d^i- potes. édes^'e- 

charge de l'accufé : Carilfcmble que c*eft le cas au-'"/i^'«^«"/f'^ 

quel on doibt prendre toute la depoiition,ou la reiet- ^^^^ deficcA- 

ter du tout, comme en casfemblable le Iurifconfultcr/;;^.c. 

Alexandre ''eft de ceftaduis. Car quand le luc^e de- ^•f'^/'^'^5'- 

manda au mary pourquoy iln auuit accule la remmc,^,./^,. 7.7^0. 

il fin rcfponfe , qu'il vouloir fauuerfon honneur, Se *" ^"-''P f^l- 

l'honneur de fa famille. Et quant à la femme , elle di- {^'''^0^^^^^^^ 

foit que fon mary ny auoit efté que celle fois-là. MahJ^rcrftfconfil. 

il n'eftoit pas excufable attendu qu'il cnduroit que C:i]^Jpf"/J'J/^ 

femme demcuraft fouillée delà plus horrible &:dc- ccfiLy.-Mfo. 

teitablepaillardife, qu'on peut imaginer: 6v:s'il faut'''"^'''"^-/-'^^ 

FFf ij 



DES SORCIERS 
ihemitg.nu.}. dire, il eftoic conuaincu de tel maqucrcllage. Car 
ran'couloS "^^^ 'luoiis monilic cy licfllis , que toutes les Sorcie- 
judex.confiL ics oiit oïdinaircmeiic copulation auec le Diable. 
femlt.crco.YQiy-^^ auilî Que ccluv cll conuaiiicu de leze maiefté. 

JiLioj.an. ■ r ^ ■■ i i 

colU.i. c]ui a Içeu la coniuration 6c ne la pas rcuelce ^ encores 

qu'il n'ait prcflé aucun confentenicnt aux coniurez. 

8. voûinl. Cc!ae(l vulgaire ^ A plus forte raifonccluy cft coul- 

fi[fl'tis,adl.^^\y\Q ç,yj ^ Çç-Q^ Ig crime de lefc Maieilé diuinc' & 

luh.in.mMcn. \ . ^ «îiinil • n «i 

c, humaine, &: la plus deteltable qui peut eltre,&: la re- 

i.c.-\'er^cti<, celle. Nous dirons cy après, fîccftuy-là doibt eftre. 
LmMas^' ?^^'^y comme Sorcier, & de quelle pcme. Maisilfauc 
c. voir comment le luge fe doit gouuerner, fi la Sor- 

cière confefle le fai<St:,& puis après qu'elle dénie. Et en 
cecy ilfaut diftingucr, àfçauoir fila confefiion pre- 
mière efl faide deuant luge compc^ant, ô^ fans tortu- 
re, quand la Sorcière a cflé preuenuc & accufee. Et en 
ce cas ie tiens qu'il fe faut arrcftcr à la première confef 
fion, & pafTcr outre à lacondamnation , quand il n'y 
auroit autre prcuue. Car il s'eft veu fouuct que les Sor- 
ciereSjCnfcignees parle Diable en la prifon,fc font de- 
parties de leur confelFion. Et d'autant que ce crime cft 
i,Ex^p/«/«J^pl*-is couuert&leplus exécrable qui foit, il faut te- 
«/ff/fyW.rc'o- nirlaconfefîion volontaire des Sorcières, quand on- 
tolEtDinc lesapreucnues pourcertame &C indubitable prcuue. 
atftclericcr Mefouuicîit quc l'an M. D. LXIX. il y eut vn chanoi- 
prxyneFehn ^^^ jg Laual , qui fuft accufé d'auoir vcrfe la poifon au 
^//'fr/V.i;//. calice du Doyen de Laual : lequel après lauoir prifè,, 
mao^ijlrunjc en difant la Mefle de minui6t,romba par terre, &: neât- 
^eljireti ^in^^^^'^^ ^^ iCgetta la poifon.L'accufé confefTa volontai- 
\.feâfims,t- rement -^ fans torture. : &: depuis fe voyant codamné,^ 



LrVREQVATRIESME. ^^7pu^;„j.f.j: 

ilappella au Parlemencd^ ?ms, ôc cependant onluy pea^^tutonh 
fiftkbouche,& fc départit de{a confeiTion. Néant- ^^^^^ ^"I'^^' 
moins ilfuft condamné d'cftre bruflé par arreft , & ^CslJfToll 
vey mener au fnppHce-.ce que la court n'cuft pasfaid:,««.;//^. 4. 
iî la confeflioneuftefté arrachée à la cjucftion. ^^^'^^D^no'''^' 
que dirons nous fi la confeffion eft faide par dcuantj.Ff/./^ro re^, 
vniuo-eincompetent.fcauoirfiellefaidpreuue: Plu-f?'/ ^'^'"^• 
fleurs 'tiennent quelle ne rait nepreuueny prciom- de refcricor. 
ption pour la torture.Et qui plus eft, laplufpart ' des^^f^^-S-^'i- 

i^ ^n ■ ] C rr • J- • • ^d.conf.iii,. 

Canoniitcs tient que la conreliion exrraïudiciaire neifr,^;„;^r^. 
preiudicie aucunement a celuy c]ui la faide, & beau- ^nd'bA.cafl.. 
coup moms aux complices : les autres ^ tiennent ^'^^ ^erpt , i^ it^ 
la confcflion deuant luge incompétent ne fcnc^UQcet.detranfa,. 
de prefomptions ôc coiiiedures. Or l'erreur cft prife ^••^"^^j;'"^^' 
de ce que diCt Vlpain en la loy certum.^.Jiqinsabjcntc, iuremr.c. 
de confefÏÏs. ffoù il dit que celuy n'eft pas iuo;é qui à co- "^-^^^ol. in' 
relie en rablence de partie aducrie : mais cen citpas^V^^^c^/^j;.^, 
à dire que la confeffion foit en iugement , foithors^-i-^-^^o^/y^ 
iup-ement.foit deuant lui^c compétent , ou incompe- ''''■'<' "^■\^' ^• 
têt ne race prcuue pi us ou moins, <k de raio: les mieux .Xn^çcoJliS,.. 
entendus^ en pratique tiennent que la confefl]onnaî''-'f''^' ^s- 
point d ciredr en rablence cfc partie , 11 la preiencc Jpertext.ctd.. 
ell neccflairc. Et fi le iu^c incompétent à coeneu du'^'^-^-/'-/-^^^*^ 
faid: èc inftruît le procès, & que par deuant luy l'accu- unt^Mil^ 
fé ayt confeiïé C\ les procédures font mifirs au néant ^'^^^f/-'^'?^. 
pour Tincompetence ou autre nullité * les prcuues ne- ^''-^'''^•^"^''^ 

^ . . ^ \ r tncclehocJe 

antmoms demeurent en Icurrorce : autrement plu-/^o«wc-/»- 
fieurs crimes & criminels dcmeureroyent impunis; ^•''^''^'^'":^/^' 
auquel inconuenient il mut obuier par tous moyens p^^;«.\^^^ 
eomme àidc. la loy ^ : ô^ faire tellement que l'iniquité ''""'f^^^em- 



DES SORCÎERS 
^';[;;;;^/^]_'& abfurdic^ de loy foit ollce^ & mcfmementau faid 
ûtjmmoc^dcs SoTcicrs ou la preuuc c(l fi obfcurc, ôc les mcfcha- 
^'''•'^''"'•'/'cecezficouuertes^quedc mille à peine qu'il y en ait va 

efiutitto^de y r v- r i 

/ii«/?r«we. puny,iine raïupas que 1 incompétence race penr Ja 

<î././/4W«f-prcuuc.NoLisauonsdid:de la confcllion volontaire, 

^tilff, ^' ^^ ^^ ''^ troificfiiie preuuc , qu'on appelle neceflaire; 

-j Isduuihde QdiZ quant à la confelli on forcée , 6c qui fe faid:enla 

lc^^.tprj:fla- queiiion,elle peut bien fcruir de prcuue fi l'accufé per- 

fille après la qucftion: autrement s'ils ne perfifte^c'cft 

pluftoftprefomption que preuue neceflaire. Difons 

donc des prefomptions qu'on peut recueillir contre 

les Sorciers. 



Dcst>reJdmptions contre les Sorciers. 

C H A P. I I 1 I. 

V A N D les trois preuues cuidetcs dé- 
faillent, c'eft à fçauoir le fai6l perma- 
nentjôc notoire, la depofition côfor- 
me des tefmoins fans reproche, Se la 
confeffion volontaire , & réitérée de 
l'accufé preuenudeuant la confellion: il faut cxami-' 
ncr les prefomptions qui peuuent fcruir à la preuue & 
punition des Sorciers Or il y a des prefomptiôs temc- 
raires,les autres probables,les autres violentes, quand 
à la dernière elle peut eftrc fondée en droiâ:,&:quicft. 

Î>lus forte que toutes les auti es preuuesicontre laquel- 
c,la preuuc n'eftreccuc au contraire , comme les Do- 
reurs demeurée d'accord. Corne celle fur laquelle Sa- 




LIVRE QVATRIESME. 208 

lomon donna fon jugement fur le débat de deux me- j-'^-'^^i'^-c-i^ 
res qui dcbattoicnt pour auoir l'enfant. 'Et Claude j;;f;£'^f;; 
l'Empereur qui commanda à la mercd'efpoufer eeluy conl appofit, 
qu'elle ne vouloir rccoenoiftre pourenfanr/ OnmeV^ff f'^''^^" 
dira que Salomon,&: 1 Empcreuriepouuoientabuler. sjncafferto 
le le confclTe : aufîi peut on aux tefmoings fans i^- ^e frkfum^. 

e,& îîux conreliions : comme nous auons mon- <,, , 
flréde l'cfclaue qui fut exécuté fur la confeflionparo/.//f;»wf/<*> 
luy fiide, d'auoir tué celuy qu'on cherchoit , qui de- '*'^/- ^^l'^'/'f/- 
puis le trouuaiC cit pourquoy la Loy dit qu li ne raut deiureinr.o" 
pas adionftcr foy à la feule confefsion de celuy qui cH'^^^'^tlfthi 
homicide, s'il n'appert de celuy ° qui cil tué. Mais les J'j^^^'J^j^' 
prcfomptions qui font de droidt^ ' ôc articulées zul.Excmmtut 
droid,font fondées fur vneraifon naturelle;' Car iP'^'^-^f '# 
n elt pas a prelumer qu vnc merc n aimait mieux que i,cct, dehbem 
fon enfant , fut adiugé à vn autre que le voir tuer ^p^'^tentis. c^ 
ayant rai tt tout ce quelle pouuoit pourlauoir. i^t^^^^/ -^^^_ 
celuy qui ne veut iurer fur vn fait par luy dénié» ny vc-ns.ff, 
ferer le ferment à celuy qui l'offre fe rend couaincu du 
£iî6l.Nouslifons d'vn AlphonfeRoy deN.iples, que 
fur la dénégation que le perc faifoit de recognoillre 
fon fils , commanda qu'on le vendill à vn marchant: 
de Barbarie. Alors le pcrerecoc^neuft fon fils. Ceftc 
preiomprion là vuyda le différent : Es ncantmoins/^/f i^/^'*'/^;^' 
s'il y a preuuecuidentedcfaidt contraire, elle eft re-»''-9.c;-^/o. 
ceuc ' conrre.laprefomption,quoy queplufieurs ' cié.l!^^//"'J'^! 
ncnt que la prcuue ii'eftpas receue contre la prcCom- mo:lorirj^tt. 
ption du droit. Car lapreuuedeccluy quimortrequit^^'-'^^'T* 
cacc dupay emet^ cit reccue^iaçojt qu il n ait voulu m-mmj^^^ 



DES SORCIERS 

3.vof}.ml i'eï'''i^ioirpayé , n'y refcrer le ferment , qu'il poiiuoit 
mAmfeft^ tur auoiv oublié ftl auoir payéounon : &nefçauoirlil 
^'/W.;«m«r. ^^^Qjj- [^ quittance : Maisilnefaiit pas prendre pour 
inc.jfcrtcde^^^ prclomption de droid les elblouiflcmcnts des 
frxfurftpt.o- yeux que font les Sorciers , & les miracles contre na- 

tn caitatoy eo . i r i r>k- n 

j^mc. quho,^^^^^ • ^^"^ '^ ^^y ^^ Dïeu met ceitepreuue pour cer- 
depr^fumpti. tainc & indubitable, (Tu ne laiffcras point viurc celle 
/o f c7n?/?/ï ^- ^-j-j^^i-jyjç Jg5 y^.,jjj \ chofe dont elles ne fe cachent 

a- Cjnm m ^ oint. Car laLoy de Dieu tient pour tout certain & 

^/'"'•-(^''''^' ''°- indubitable , que tous ceux là qui charment , ont 

.*f»«/;. c.cT-p^^tion auec Satnan : raiians choies contre lecours 

§A.tnamhc.iQ nature. Si donc pour venir auxprcfomptions des 

^ Sorciers , on trouue les cnrans tuez en la mam de la 

mère , encores qu'il n'y cufl autre qu'elle à la maifon, 

il ne faut pas prefumer qu'elle ait comis le parricide, 

V'"^^'/*^"^^; attendu que la prefomption detoutledroi6l^efl:au 

l.penAJei>~ Contraire , & Icra abloulte, s il n y a preuuc Dien eui- 

noderitHnu.^Qi^x.Cy pat Liquclle cllc foit conueincue du parricidc: 

EptfcoPuau- ^^^^^ fi elle à le brui6u d'eftre Sorciere:,il eft à prcfumer 

Jiential. hit- qu'elle eft parricide de fcs propres cnfans , fi elle n'eft 

mamtati^, iuftïfiec pat prcuues au contraire. Il eft aducnu à 

^Im fui/m- Cœuuvcs le deuxiefmc iour de Fcurier , mil cinq 

■^^^•^- censfeptante&fept, que Catherine Dareecouppa la 

gorge à deux filles : l'vne qui eftoitfienne, l'autre^ fa 

voyfine, & fi n'cftoit diffamée d'eftre Sorcière : mais 

:elle confeiïa que le Diable en guife d'vn homme haut 

ôc fort noir, luy auoit faiâ: faire, Oc fut bruflce, car elle 

îie voulut appeller,quoy que le Bdlly de Cœuurcs luy 

remonftraft qu'elle pouuoitappeller; elle dift qu'elle 

auoit bien mérité. En cas pareil,Gillcs Marcfchal de 

Rais 



LIVRE QVATRIESME. ic^ 
Raiz fufi: conuaincu, & confefla d'auoir tué ôc facrifîé 
Iiuid: cnfans au Diable ; & que Sathan luy did qu'il 
failloit encores facrifier fon propre enfant, & le tirer 
du ventre de la mcre , qui en fentit le vent. Et par ce 
moyen fon procez luy fut faidt. Nous lifons en la vie 
de Manaffes Roy de ludee, qui fut le plus grand Sor- 
cier de fon aage,qu il (acrifia fes enfans au Diable^qui 
•luy promettoit de le faire grand : Et neantmoins il 
fut prins par fes ennemis & perdit fon eftat. Il faut 
donc prefumer que le Sorcier eft parricide, attendu la 
prefomption du droid Diuin \ Et fî l'enfant du Sor- ieJ!l'J'lç,\ 
cicrnefctrouucj il faut prefumer qu'il l'a facrifié au i./(f^.f^f i8. 
Diable, fil ne vérifie du contraire : Et la prefomption '7-^'^g^^^'^' 
du droi6t diuin eft fondée en railon. Car ccluy qui ^mlu. §.qtaa 
perdu toute pieté diuine,&: f eft rendu efclaue du Dia- f^^^'^'^j^^i 
bic,aaulfi perdu toute aiteCtion &:pieteliumame, oCfinÂmfinede 
affedion naturelle. Et faut prefumer qu'il a faiâ: tout/^^""/^'*- <^' 
ce que les Sorciers ont accoultume de raire. ht laçoit ^;J^ aqmpln 
qu'on doit prefumer ^quelque chofe cftre fai6le ^:xxiiid.^ilexan. 
erreur ' pluftoft que par malice, fil n'appert du con- ^""P-^^^-^^^- 
traire. 1 outesrois on doibt touiiours prclumer que 8 l.fioties,§, 
les Sorciers n'ont rien faid par erreur, ains par mef- ^^^^^^^^f^'^^^à 
cliancete &: impiété : Et raut prelumcr toutes lortesy?^>„^;;^. ^,/;^- 
de mefcliancetez ordinaires aux Sorciers en celuy qui ^^r. fm^nUi^ 
eft Sorcier, & au lieu que celuy qui n'a point efté con4'27/'omV* 
damné que de larcin, ou de fauffeté, ne doibt cù.xcc.ifirenfis a. 
diffamé ny prefumécoulpable^ d'autre mefchancctc^^'^°r^'^vV 

j 1 .' \ r rr f \ immola conjil. 

que de larcin, ou de raulTetc. Si doncvnc Sorcière 3104. W.fo«- 
cfté condamnée comme Sorcière, elle fera toufiours/^'^-^-^-'^^-J* 
réputée borciere,&par conlequent prclumec couIy;^. 15;. & 



GGg 



DES SORCIERS 

)V/^^^^^^,,,^pabIe de toutes les impietez, dont les Sorciers font 
dereg.c^po- Hotcz. Et iaçoit quc la condemnation ne foit point 
^lacGnfiii.co. enfuyuie.fi eft-ccquc 1 accufuion, la renommée ,6^ 
7:ior conft.js. bruidi commun fut-hra pour la prclomption violen- 
^kxan.conf. jc^ ^ pout Tinfamic de flii6b. Car fi la Loy ' veut que 
j^'^ '^' ' * la femme acciifee de paillardife & abfoulce demeure 
^. CAnomflanoict toute fa vie, combien plus doit on eftimer celle 
^rJ^^'l' '-r élire notée & diffamée qui a le bruit d'cftre Sorcière i 
I. /. rM.^. Car c'eft vne prefomption tref-violente quand vne 
quxmadult. femme a bruit d'cftre Sorcière, qu'elle eft telle, & qui 

de riiu niwti.i ,- ^/- , vin 1 

rum.ff. ' ,i.ianr pour la condamner a la queilionauec quelques 
2;,/o.t.^W. JQ^iices ioints au bruit commun^iaçoit que l'ordon- 
ciiUtJc pro- "^ncede Louys xii. Roy de France ne veut pas qu on 
/-^/J-Wf/î- donne la torture fil nya vntefmoing fans reproche^ 
BMwlmi'-^^^^^ indices: Et ne faut pas auffi appliquer à la toitu- 
hîesje^mfl. re pour vn bruit commun es autres crimes de droid. 
cympsinip,'^^ cu ccla tous Ics Dodlcuts ' prcfque en demeurent 

eûd.C.Butrirr, ... n i x / •• 1 

»»r.t/;>«n'7îi. ci-^^-cord', laçoit que par coultume de Mantoue la 
coH.^jciej}. commune renommée fuflit de quatre tefmoings, qui 
^^^o//^/^^^j depoient iauoir ouy dire pour appliquer a la que- 
jaftnUdmo- lliou cu tous criiTics qui méritent la mort. A plus for- 
mnà colLi^ ^^ j-^^if^^-j ^^\ j ^ ig |^^.y jj. commun, & contlant d c- 

ff.AUrfd.ini. lire Sorcier^ auec indices doit eft re applique a la que- 
de minore, § j}[qj^ '^ : ô,: au Contraire fi la femme cil: accufee d'auoir 
S. yerf. alte- ^^^^^ uiourir quclcun , ôc qu elle n ay t lamais cite lul- 
r/;w,^f/j.'/.ey?.pc6lc d'auoir efté Sorcière fi la prcuue de l'homicide 
fncfij.udete^.^^^^ bicn ciaire, on ne doit pas afleoir ingénient ^ de 
coll.^.AU)jil. condemnation, mais ordonner qu'il en fera plus am- 
tn j^mxi en- plument cnquis,& ce pendant luy faire ouucrture des 
iigcmcv,nu.%. priions.; Mais quand on veut larrefter au bruit com- / 



LIVRE QJ/ATRIESME. ïio 
niutî:, Sclh renommée, il faut que le bruit ayt com- ^;p»*/^»'.'* 
, mcnce par gens dignes de toy , & non pas des enne- ^J^ prohtm- 
^ mis. 'Ccftelimitatio mcfembleneceflairepourofter^^^'^^'ï^É''?^ 
occafion aux mefchans de calomnier les 2;ens de bien "/r ^*'""*'^"'' 
6<:n'eft pas necefîaire que le bruic commun foie de \:kfclïatur l. fi 
plufparc du peuple. comme quelques vns '^ ont voulu, 'f•■^^^"/ i^ 
Car 11 ia ville cit grande il iurht bien que le bruit loit cU.fi ferais 
de tous les voifins qui fçauent mieux la vie de leurs ^''^^'^'''^f^^-^- 
voifîns^que les autres plus eftoignez.Et par ainfi il fuf- '^^ui'JinÙ 
fira de vingt perfonncs autant que font deux tourbes hgmmt.^.ca. 
pour prouuer le bruid commun. Et fi on dit qu'il ne ^^^""""^^*''^~ 
faut rarreftcr a la voix d vn peuple,qui cil réputée yai-fHmi?tio. extr. 
ne ^cclaefl: bien vray quand on peut iuo-er le contrai- («•''^j''?'««^- 
rc leniiblcmcnt ou par dilcours ronae en railon.Mais ^^ ryiihun.ff. 
quand il eft queftion des Sorciers^ le bruidi commun fi'^ fi ft^^'^-^-^ 
eit prefque infallible ^^ mefmement i'il y a apparencc/'^"''^ '" ''"'*;*'• 

ri * / rr ^gcncre maU 

ce que les Dodleurs^ appellent legitimam famam. ^t2i jjr^fumpio eft 
plus forte raifon fi outre le bruit com.mun il-y-a desf ■'''f^Vr'' 
inûices,comme li la Sorciere;quand on ia prent dit,Ic [i,s tuionh.f. 
fais morte,ou bicn,ne me faites point mourir^ie diray ^-i/fw^/w- 
U vQntQ. Car c cit alors qu elle lent en Ion eiprit vii;/,^^.,.,^^ /y^ 
changement norable,comme fi(î: vne Sorcière, de la- «V aSlwmL 
quelle le proccz m'a elle apporté par le Baiily dcTe-|-^^"''"^"'-/^ 
nailles.Car c ell: vn tref-certain ligne de niellait quand quJncr o- 
la pcrfonne fe codamne deuat qu'on l'accufe.xome fiil: i^'-^^l'^'-^^^^'-'- 

vn parricide,icquel ayant tue Ion perc.oi yoyatvn nid ;;;/. ^c;?2wo- 

re, §. tormenta dt quafriomb .s^lex4nd;ihi in addit.Salicct.m Lot aunlcm, de accufti. C. Textm in 
c. iKnentate exir.i de pivY.C^ncmc.Vecuf^ coj^fil.^yjn c^!ifii>col,6.n!f.().C^- 1 o.CT-' ^^^.l'ifopro- 
c-f.confiLfiip.'^.glQr.iftl.}J.c!i(.jdem,cleteft.qt(aBiirt.ytitHr ml. de minore. §. pLrriwnde qiujr, 
j. Jn l.dcciirionum de pœnis. 

6. Vanorm.CT' Fclin.in c.'^cmon.i.de tejî.P.irfi. ccnftl. i^j^.lih.^.nii. ii.lf^uc .uli8. 
j.BAd.m L diffamari, de w^enuis mdnamif'. C.'Z^ in c,'^'erit.<tis de iurciimwdo y cr in L pro- 
l?riet^tis ,fi(ie , ne probAtiomb. C. ^ *-'X '/ 



DES SORCIERS 
d'Arondclles , il tue les petits &; les foule aux picds:5: 
fur ce qu'on laccufoic de cruauté, Il-y-a, did:-il ^ trop 
f long temps qu'elles ne font que me reprocher que 
8.^fy?m»«-i'ay tuémon pcrerainfique Plutarquc ^ récite :& fur 
cela on le prend, on 1 appaque a la qucihon, il corelîe 
Icfaidl.Oubienfi la Sorcière promet guarifon dece- 
luy qu'elle a affligé, & qu'elle f en fuit n'ayant rien peu 
faire ; comme filt leanne Heruillier, de laquelle nous 
auons parlé cy delFus. Car 1 homme innocent d'vn tel 
crime^ ne craindra iamais les calomnies , qu'on craint 
es autres crimes. Quant aux coniurations de parolles 
& prières à Sathan , que fai£l le Sorcier pour oftcr les 
maléfices 5 c'cll vnc prefomption trcf-violcnte, que 
ccftuy là ell Sorcier. Car rncfme laLby Ciuilcpunift 
capicallement les cxorciftes , /. i.c^ ^.de malefxiïs. C, 
la Loy entend ceux qui failoient mefticrdeconiurer 
les Diables,& de faillies chafToient.-qui eftoient alors 
les plus grands Sorciers , qui foubs voile de Religion^ 
comme à\(X Hippocratc au liure de morbo facro ^ fai- 
foient des coniurations 6«:Prieres.EtiaçoitquelaLoy 
nepunifTcàmort celuyqui guarit pnr telles voyes^ fi 
eft-ce que la Loy de Dieu veut que le Sorcier foitpu- 
ny à mort. Car il cft certain qu'il a traiâ:é auec Sathan, 
& pour vn qu'il guarifl:,il en faid: deux malades, com- 
me nous auons monftré.Et quand il ny auroit que l'o- 
bligation au Diable, ayant renié Dieu , cela mérite la 
mort ia plus cruelle qu'on puifle imaginer. Les autres 
indices (ont la contenance du Sorcier, qui baiflc or- 
dinairement la veuë contre terre, &:n'ofe regarder en 
^ V,^"^^"^; face,les variations aux interrogatoires % ôc (ur tout fi 



LIVRE QVATx^IESME. Uî 
le Sorcier cfl defcendu de perc ou mère Sorciers. C^^'j^J^'Ç^^J'^ 
c'eft vn ar2;ument bien grand aucc le bruit commun, ml.-\!t. deqn. 
d'autant que le plus ag^(>rcable facrifice aue le Diable ^^^•'''''"•"-f 
defire de telles ges, eit de vouer &c dédier leurs enrans cofLj-jMy. 
à fon feruice, fi tofi: qu'ils font nez : comme l'en ay rc- ^- ^"^^■' <^^"fl' 
marque des exemples, lit ny a pas long temps que 
M. Anthoinc de Louan Lieutenant de Ribemont me 
dift, qu'il auoic faiâ: le procez à vn nommé Claude 
V varier, accufé de plufieurs Sortileges,duqucl le pcre 
Nicolas Vvatier eft mort en prifon pour mefme cri- 
me de Sorcellerie:^ fa merc grand, nommée Catho, 
auoitcfté bruflce toute vifue. l'ay remarqué le fem- 
blabledeleannedeHeruillier, qui fut bruilee vifue, 
de laquelle la mère auoit eflc condamnée par arrcft à 
eftre bruflee vifue, & la petite fille cjfloit ja dedieeà 
Sathan quand fa mère fuft prifc: ô^ en cas pareil Barbe 
Doré qui fut aufli bruflee, &: les Sorcières de Longny 
en Potc2,& les Sorcières de Valéry en Sauoy c,& celle 
de Chafteau Roux auoient faiét leurs filles Sorciè- 
res : tellement qu'on peut faire vne reigle qui n'aura 
pas beaucoup d'exceptions. Que fi la mère eft Sorciè- 
re auflî eft la fille ( comme on di6t pour l'impudicité ) 
que la fille fembleà lamcre:qui n'eft pas toufiours 
véritable. Mais quant aux Sorcières , la reigle eft pref- 
que infallible, comme il feft rrouué par infinis pro- 
cez. L'autre prefomption eft fi la Sorcière ne pleure 
point, qui eft vne des plus fortes prefomptions que 
Paul Grilland, &c les inquifiteurs ont remarqué pour 
en auoir faid exécuter bien crrand nombre.Le Licute- 
nant de Ribcmont,duquclfay parlé cy dcffus, m'a dit 

GGg iij 



DES SORCIEPvS 

que iVnc des Sorcières 3 aufquclles ilafai(f^ leprocez, 

confefla qu'elles ne pcuuent ietrer que trois larmes de 

l'oeil dexcrerce qui m'a fcmblé digne d'cftre remarque. 

L autre prcfumption efl, fi la Sorcière f eft trouuce en 

la maifon, ou en l'cftable d^autruy, & que peu après la 

mort ou maladie foudainfoit aduenuë à quelc|u'vn, 

encorcs que la Sorcière n'ayc elle faifie des poudres, ^ 

qu'on ne l'ayt veu ietter le Sort. Car cefte preuue fe- 

roit euidcnte. Mais quant à la prefomption dernière, 

_ elle cft tref-violence : ôc de prefomption femblable 

ç).B^r:o!wl.^'*-^ Cornihcms . &Barcoie contre celuy qui a cite 

fnJi in fine vcu OU il n'auoit accouflumé de fréquenter, quand le 

«VpW. crimeacfté faid^ouqui aeftétrouuépres de l'ade', 

colc.vamde ÔC ctïmc perpctrc. Nous en auons les hiltoires recen- 

putcommB. t-cs mefmemcnt de Cazal en Piedmont,oii l'on appcr- 

Syndic. ^erho ai- • / ■ r 

yifi,ex L §. ceut^que vne nommée Androgmacntroi!: es maiions 
quid ergo ^ d'autruy,& toft aprcs lesperfonnesmouroyent. Elle 
? BZl7'mi ^^^?^^^^ ^ ^'^^'^^^^^'^ la coniurationde toutes les Sor- 
furdefurtisff. ciercs fcs compaigucS:, qui eftoient enuiron quarante 
i.^rgtmen- • m'efloient Ics cliqucts des portes pour faire mou- 
hs.de excu- Ht Ics pcrionnes. Cela adumt 1 an m. d. x x x v i. Ô: 
p-tjutorl.ne^Qv^yj^i^ cncores à Geneueil aduint vn cas femblable 

^.pndLaheone. y-, *• „ i n r fL -11 1^ 

udduxifcJe^ ^^ j;i.D.LXViri. &lapette tut en celte vnle la près 
mmrus,jf. l. de fcptans, ou plufieurs moururent. Nous lifons vnc 
"îf'"''^:îi' Semblable hiftoire de cent feptante Sorcières qui fu- 
/.^^;7f;.§.p^-rent aufli exécutées en Rome pour cas iemblabie, 
dmsje^ddi- foubs le Coufulat de Claudius Marccllus , ôc Valerius 

m editlo, fj. „, , 1 

Flaccus : auquel temps on ne les prenoit que pour 
empoifonnerelfes. L'autre prefomption cft la frequc- 
tation auec les Sorciers attaints de conuaincus, qui eft t 



LIVRE QVATRIESME. m 

auffi fort notable. Car chacun fe ioint auec fon fcm- 
blable. C'efI; aufli grande prefomption quand celle 
qui eft foupçonnee a accouilumé d'en menacer ^. Car 4. Bail ml. 
le naturel des femmes impotent brufle d'vn appétit /'ff'^""^^' 

j , , , ^ -ri dehtered. m- 

de vengeance incroyable , Ôc ne peut tenir la langue^ y?,/„e„^. ^. 
f] cllea puifiTance de nuire qu'elle ne menace : & fi a- ^rv.lfihi^ui 
pres les menaces la mort 1 en enluit, c elt vne prelom- ^^^/ c././î>- 

ption tref- violence ^ en tous crimes , & ncccfraircowo.vpw^^^- 
encelluv cy. Tay vcu au procez de Guillaume l'An- '''^f'^'/rV^' 
gloisqui fut condamné d'eftre brufle vif par le Baillywf,yî.^^/./«. 
de Corbeuille, que après auoir menacé vne femme ^'''^^''^^'<fi'ff 
en blafphemant Dieu qu elle f en repentiroit aufli tofl: J^ L^^finùÀ. 
elle deuint forcenée, ôcfurieufe laquelle rage luy dura#^'"^ '^'^rfn 
vn mois ôc iufques à ce que le mary d'elle eufl: o.ppàiCé-'l^^-^^J^'-^ ^ 
ledidirAngloisquiaufïîtoftla guaiit. Baptiile Ziletwf/«w,^/W 
grand lurifconfukeau Confil lxx ix. allègue d\n'^'^'^^-^''^'!' 
nommé Anthoine Zund Allcmant, lequel citant ac- /. i. Jefcruis 
cufé d'auoir fai6l mourir vn nommé Valentin vn pcuP^S^'^^"'^ ' c. 

euant qu il mourult , il auoit dit que J année ne pal- ^.^^..^^ ^^ ^^_ 
feroit pas qu'il ne fechaft comme vnbafl;on:5<: de fait f«y^'. 
il mourut. Le Sorcier fut appliqué à la quellion ; ce 
qui fufiîroit en tous autres crimes', 6c' en ccduy'Cy }J. de mmore, 
telle menace eft encores plus violente : Et la confef- ^'^^^'^(nt^>^c 
fîon hors iugement es autres crimes fuffifl: à la toi- ^-irèn.xnfiu 
ture^.'En ccltuy-cyjcllc fuffifl: à la condamnarion/"^'#^'^»-"» 
comme en cas pareil , fi le cou!p:îb!e à demandé ^^''^^"^^^^^^^^^ 
pardon hors iugement de l'homicide commis , \2i^-l c^'f-sJe. 
tortin-e y cfchet fil à.z\\\ç: en iuecment : en ce crime '^f'^'-^ 
icy il detciiablG il lumitpour lacondcmnation a la 



nbita,dehom. cord ^ quc Tnccufe eft conuaincUj fil à requis pardon 
^oan. ^'^^-en iu^cment du crime dont il eft attaindl, encores 



D ES SORCIERS 

.f.M/;.v;w^- peine, qui fera rclMce félon la qualité des pcrfonncs' 

hiUs de elecî. i . 

^pj^^^^^Car tous lesDodeurs ^'pra6liciens demeurent d'ac- 
ht ' ' 

loan. 

Hoflien.BHtr. "^',?r'^" , , 

carJin.Pmor. qu il l'en dcpaitc puis après : & demeurent aulli d ac- 
ihclem. ç^Qj^^ ^ qyg i^ confeffion faide hors iueemcnt, ôc puis 
Lc.sJeadtd. reuoquee lurhlt a la torture es autres crimes. Comme 
glliSlti^fti-tn cas pareil les menfongcs'^d: variations font indi- 

mïi de lis qm o - T • • 1 \ o • 

nount'irBar ^^> ^ preiomption violcncc contre les Sorciers, pour 
cr ^///r». w les appliquer à la queflion. Or il faut que le iugement 
l.^Honum, de ^Q cc crimc fi dctcftable foit traidé cxtraordinaire- 
x^nd o-soc mcnr, & autrement que les autres crimes, ht qui vou- 



comumm e . 



. # droit garder l'ordre de droidôr procédures ordinai- 
mi7i(ir.'.n. de ^^^> ^^ pcrucrtiroit tout droîdt diuin 6>r humain , mais 
iimfdicl. il ne faut pas ayfément appliquer les Sorciers à la quc- 
7./.>«,w... (j.JQj^ Car les lucres ont remarqué qu'ils n'en tiennent 

tejtes,de qiult. O 11 ^ 

o-cJner^hdep^s grand com.pre, qui pourroit caufer 1 impunité: 
/"■'^Z^^'"/'^'^^^- d'autant que après la queftion , fi laccufé à bonne ; 
4.ci./«4»o:f. bouche, il eft cflargypar tout: qui cftle plus grand > 
c. >/?r4 , de danger qui puifîe aduenir en l'inquifition de ce crime 

cohAmUtione ii • n f i- • o \ • o • ^ J 7 

1- -. de lezemaicltcdiuine&: humaine. &r qui comprend '^ 
rhnlierum. c. tous les aùtres crimcs qu*on peut imaginer.Car corn- 
7'".l''^^^''''bienquelc Diable ne puifie deliurer le Sorcier delat 

de coUnmm. , -l r ^ » l o '• 

er àffimt. 1. main de luftice: ii eft-ce qu on a veu que ks Sorcières 
^.i.frfn./^roè/nefont pas delaiflezde Sathan,fils ne fe repentent. 
7./. 3. 4.<^t'tmeimcsSarhan leurnomme celuyqui eltleuren- 
i>it. de mdef. nemy.l'ay fçcu de M. Adam Martin Baillif de Bieures, 
^2!^'<^'"'"'^^quclorsquilfift- le procez à vne Sorcière de Bieures, 
elle luy difbit fouuent: le fçay bien que tu me feras vn 
mefchant tounô*: deuant que la fcntence luy fuft pro- 
noncée. 



LIVRE QVATRIESME. iij 
nôncce, elle luy did qu'il la feroic bruflcr toute vifuc. 
( Ce qui fut fai6t par la faute du bourreau, qui deuoic 
par la fentence l'cllrangler : mais il ne peut : ) & touf- 
iours font difluadez par Sathan de dire la vérité. Eç 
quelquefois il empcfche' qu'ils nefententlaqueftion^^^f'^^-^''»- 
comme clcrit Spranger Imquiliteurquineltpas de^^,^ j;^^ ,^^^^ 
aduis qu'on applique les Sorciers ayfement à la que- .yy"f/>>'/W» 
(lion.Toutesfois ie feray toufiours d'aduis.fi ceft vne'7'' ''^^f^^' 

• C r 1 1- demonjimm. 

leune hlie, vn leune enranr , ou vne remme délicate, /ï.4.r.j.P4«/L 
ou quelquemignart.filya prefomptions violentes, ^'"'f'^f'^- ''* 
qu on prelente les vns a la queltion auec terreur, ^ ^.^.mi^^oU' 
qu'on y applique les autres : &: non pas les vieilles Sor- ^f^^.^'eMurftL 
cieres endurcies & opiniaitrcs en leur meichancete. /^ ^,14, 
Et fi après qu'on aura tiré la vérité de celuy qu'on aura^/Vf.y^f .c.f . 
appliqué à la queftion , il faut foigneufemcnt le gar- ^' "^^ 
der, à fin que le Diable ne parle à luy,& puis de rechef 
X X II i r. fleures après luy repeter fa confeffion , fuy- 
uant l'ordonnance du Roy Loys douziefme.Car pour 
en tirer prcuue neceflaire, il faut perfifter , comme 
l'ordonnance veut^ qui à elle confirmée par plufieurs 
'arrcfts. Autrement (i la Sorcière fc départ hors h^-'^""'' ^W- 
queftion, il ne faut pas y aflfeoir iugcment' de con'^j[[^ J^l^^ 
dcmnation de mort : n'y d'autre peine corporelle , fil seucrnf , ^e 
n'y auoit d'autres prefomptions. l'ay did cy deflus,^'*''-^'^"^*-^" 
que 1 ordonnance de Louys douzielme,qui derendj.F^/ifr./»/. 
d'appliquer à la queftion pourvn tefmoin^ fans re-/f«'W/<^. 
procne , 1 il n y a autres indices , ne doibt auoir lieu, /?^,;V. c. 
au crime, qui fofFre, ou la prcuue ne fe peut auoir, 
que bien difficilemcnt.Car fi pour crime de leze Ma- 
jefté humaine, il eft permis d'appliquer ^ à la queftion 

HHh 



DES SORCIERS 

fur lafimplcprcfomption, comme il feft toufiours 
4. \yfcc,nftm pratic|uc : & mefmcs que les Docteurs ^ [ont d'accord 
w Ma Lfi^s autres crimes qu'on peut appliquer à la queftion 
BMa-sali,^^^ ^^ depofition d'vn feul tefmoing fans reproche, 
MAtth£ii4 4f~S>i procéder a la condemnation de mort fur la de- 
Neft,o!uf7e po^^^ion de deux tefmoings , fuiuant la Loy de Dieu, 
ils qui jïdaïf Se les ordonnances humaines. A plus forte raifon les 
fores. riH 17. luaes doiucnt promptcmcnt , comme diâ: Balde & 

Ucct yerba le- .P , 1 • n 1 n r 

^is mmth de Alexandre , appliquer a la queftion pour vn crime li 
^u^fl.frepu- abominable ^ fur la depofîcion d'vn tefmoing fans 
s.notat.BJ.m l'cproclie , OU lur les prelomptions violentes & vr- 
l.s.deEpijco. gentcs ; Et la raifon cft qu'vn tefmoing fans reproche 
"^xmem^^i' demie preuue^ comme iî le mary depofc qu'il a 
^fw./f.ccT^eftc conduit par fa femme aux affemblees des Sor- 
*»W-''[C''V*':>c\eiSt & qu'elle denve, elle doit cftre appliquée à la 

<f.€Jer:mfimt, 1 ' n 1 -il 

c. ^row/?W torture, 11 elle n allègue haync capitalle, ou parjure 
C mquit ) ejje j^ niarv. Car ces deux points de reproche font touf- 

debct index . 1 î « r 1 • 

ad tcrtnrim. lOî-i^s rcceuablcs, OC mclmemcnt le parjure , qui ne 
idem^lcxtioiht iamais cftre receu en tefmoienage pour faire 
^J^^Jl^^prefomption & indice: fil n'eft aydé d'vn bon tef- 
in confiictiU. moing, OU autre prefomption bien violente^comme 
Neapolt.^.def^ je Sorcîcr fetrouue marqué: qui fut le moyen par 
j?/wc»;«w,«'f lequel le Sorcier Del-elchellcs en delcouurilt plu- 
tefi. f./a<^iîeurs. Mais ie fuis bien de l'aduis de Dagneau ^ qui 
TapLllFuI^ ^^^ ^i^^^ l^s plus grands Sorciers ne font points mar- 
•»/ï.I75•e^•quez,o^ bien en lieu fifecrer^ c|u'il cfl: quafi impof 



con 



cmft.xoj.c^ fible de les defcouurir.Car i'ay fçeu d'vn Gentil-hom- 

2857. me de Vallois , qu il y en a de marquez par le Diable 

foubs la paupière de l'œil , foubs la leure , & mefmes 

au fondement. Mais Def-cfchelles difoic, que ceux 



LIVRE qVATRIESME. ni 
qui cfloient marquez auoyenc comme vne pifte, ou 
pied de Heure, &: que l'en droideftoit infenfible, en- 
cores qu'on y mift vne aiguille iufques aux os. Ce fe- 
roic bien vne prcfomption tref-violcnte, &c fuffifante 
auecques d'autres indices : pour procéder à la con- 
demnation: comme en cas pareil ^ la dcpofition du 
Sorcier repeuty^cjui en accureplufîeurs en mourant, 
doibt feruir deprefomption violente contre les au- 
très. Car il cltaprelumcr , puis qu il celtrcpenty, &: , ^^^ 
qu'il a inuoqué Dieu , qu'il a dicSb la vérité. Mais aulli timd. cr <?. 
il ne faut pas y adioufter foy , fî le Sorcier eft rnort'^'*'^''^^'^'^'''' 

1 n ' f 1 I r ma.q.y Lcum 

obltine, comme la plulpart meurent &: ne ^tuu^ni ^ms dccedem^ 
ouyr parler de Dieu. Qui feruira de limitation à \o,^'Codicdhsde 
rcigle des anciens Docteurs : queceiuy qui meurt ^^^then.cjmdoh- 
prefumé de dire vérité. Sur laquelle dcpofition nos tmetMîBdd. 
pcres anciens procedoientàlacondemnation-.com- %'' "^ 

1 r r r • rr • • n / i/ileg. i. com- 

me il le raifoit aulli en crime de Iczemajclte. Et demamudeL-g. 

faiâ: Néron fift mourir fes plus intimes fur la depo-^:^-''^^-.?"'^ 

tion de ceux qui mouroyent^qui nauoyent ^uixc c^ta.^h 



ex An, 



but que de fe venger de leurs ennemis en vi\o\xï2^Vii^nl ji de do- 
Tout cela dépend de la difcretion d'vn luge prudent'^'*** ^^^^ '^*'' 
& bien entendu , qui peut voir fi celuy qui meure 
parle pour fe venger , ^ & f enquérir diligemment 7-^''^^ ^^^^. 
fil a eu inimitié contre ceux qu'il défère. Il y en eut!!'"!,''^^^^'' 
vne Sorcière nommée Bcraude bruflee a M auh e cio y.fJt. in 
près Beaumont de Lomaigne: & lorsqu'elle fut fur^^Y"'^^/'!*'* 
le poind d'eftre bruflee , on luy demanda fi wnc confd.' 192* 
Damoyfelle , qu'elle auoit accufec , en c'elloit : h'^'fi- '^'/'M 
Damoyfclle luy fuft confrontée, qui le nya. "Mais ^-[''^^•"^^7//^ 
la Sorcière luy répliqua ces mots , No fcales tu pas 11. a- m 

HHh ij 



DES SORCIERS 

ruhricd J.efi- (juc lo davrc cop que nos hem lo barra n a U crotT datt 
^''"ie'tu^rf'^^^^'^^ f or/.ï//e5 lo topin de les pofons f C'cfl: à dire, ne 
iartol m l.fS(^^\s tii pas cjuc la dcmicre fois que nous fifmcs la dan- 
^m w^rj^^feà la croix du parte, ru portois le potdespoifons? 

§.i.adSylU- rni or*i-- 

nUmm.ff. -La Damoylcllc demeura muette, oc ne relpondit nen^ 
En quoy elle fe monllra conuaincuë. Mais fi le Sor- 
cier meurt opiniaflre, il faut prcfumer qu'il eftennc- 
niy iuré de Dieu & des hommes *. & qu'il voudroitr 
tous faire mourir en viuant: comme difoit Néron le 
grand maiftrc Sorcier , corrigeant le dire de celujr 
qui dcfiroit qu'en mourant le ciel Se la terre fuflcnt 
réduits en cendre, il difoit me moriente,. Ncron dift 
€/x?{û)j/ro$ c'cfl: à dire, moy viuant. C'cfl: le cas auquel 
8. N/«A^.^c>vneprefomptiondefl;ruit l'autre^. Etneantmoins le 
^i Ti ci ^^Z^ "^ doibt pas mefprifer ladepofition de ccluy qui 
z/?.e7- f. wMneurt. Caril fepeut faire quelle fera véritable, com- 
5«/j, ne f'jj^-je nous auons monfl:ré cy deflus , ciue les Sorciers 

mitretur. r r -in- t^- 

iont iouuent mourir les Sorciers : ôc que Dieu ruine 
fes ennemis par fcs ennemis , comme didl: leremie. 
Mais fi laccufé parvn Sorcier obfliné allègue pour 
fcs faits iuftificatifs , qu'il atoufiours vefcu en hom- 
me de bien, il doibt clfre rcceu en fa iuftification , Se 
au contraire fil appert que laccufé foit auffifufpedt^ 
ou qu'il ayt autresfois efté attain^t, & non iufl:ifié, ou 
punvjil faut prefumer contre luy qu'il eft Sorcier. Et 
jaçoit qu'on trouuc c|u'il ne faut pas rcceuoir la preu- 
Id >XTÎ "^ contre la prcfomption ^ de droid:,& que de droidt 
-^'ItMmdcel diuin la Sorcière efl: prefumee homicide, voire parri- 
l.-ylt arl^arm^-j^^Q . £ cfl-ce qu'elle fera receue à reprefenter , ou 

tuteU.C.l. a ^ .^ > V r r> 

dmo pio § ft monltrer en vie ceux qu on 1 accule aucii tuez. Car ce 



LIVRE QVATRIESA^E. lif . 

fait iuftificatifqui dépend deleuidencc'eftplus fort^^f^^^J^' r/^ 
que toutes les preuues &c prefomptions contraires, ^Icxan.ml. 
quand le fait ci\ permanent : tout ainfi que nous auos '"^'''Pp'^'-^- 
diék cy dellus,que la vente du raici: permanent contre >ri.. ohhg^t. 
la Sorciere.eft la plus euidentc preuue qui foit.Mais la ^""y*;47. 
maxime de droidt elt, que la preuue moins légitime coll.f,Lu.B. 
doitfuffire toutesfois & qualités qu'on ne peut auoir<5./^5w^fo«/: 
la preuue es crimes atroces, &: mefmemcnt nodurnes, M°rfi/m7z 
comme ceftuy-cy. Toutesfois le luge bien entendu ^Mfi^flJe 
ioindra toutes les prefomptions pour recueillir la ve- V'^f #'^''''*- 
ritêjpourucu toutesrois qu il ne race comme pluiieursy?/w/;//o. 
lu^es d'Allemaiene, qui cherchent d'autres Sorciers ^•^^^'«•'«f'*. 
qui ront danlcr les tamis, pour Içauoir ii celuy qui ^i^fnmpùo.BM. 
accuféefl Sorcier, ouenfaifant prendre des fouliers'"^-'^^''''*^^^- 
neufs crrefTez d'oin^x de porc aux ieuncs enfans, Quv^^"!^^' ^%' 
vont àrEgIife,de laquelle les Sorcières ne peuuent3;o. coll. 8. 
forrir, ('il ne plaifl à ceux qui ont les fouliers : ou bien ^^(^■'^''" '" ^• 
de lier les deux pieds <5^ mains a la Sorcière, & la met- defiwt adno. 
tre doucement fur l'eau :& fi elle eft Sorcière, elle ne '^^'"- ^- <^ 
peut aller à fonds. Car le Diable faict par ce moyen Zmft^ 
vne Sorcellerie de la luflice , qui doibtcftre facree. ^.ca.pr^tcreay 
Comme en cas pareil au liure des Coniurations impri ^^T^ TJnor 
méàRome, &cn Auignon,ily avne receptcde faire /«t. >«mf- 
vn formaicreau nom de la Sorcière, pour l'accufc.que ^'Î!^..''''''^''';'^; 
le ne mettray point, ny d autres lemblables , que i ay ten;,adLiHi:. 
leiies. Mais la queftion eft , fils ny a ne confefiîon du «^ '*^«^'#. 
Sorcier, ny tcfmoingfaifs reproche, ny cuidcnce de 
fait permanent, & ncantmoins qu'il y ayt pluficurs- 
prefomptions violentes , comme d'élire réputé & te- 
nu pour Sorcier par tous les voifins , ' ou d'aaoir elle ^:^'^"'^'"'^'- 

HHh iij 




DES SORCIERS 

hMrî poiejï faify de crapaux nourris en pots , ou autre lieu fecrcf, 
^^^;^^^^^^_(X néant m Oins que le Sorcier n ayt menace perlonne» 
reor;<,m.\ocj.ii. le cJits quc telle prcfomprion violente ne futhra pas à 
•/(*.^'\'"*<?";. -lacondcmnation de mort: Mais bien à d'autres pci- 
a-ibLEartol. nés. Diions donc de la peine des Sorciers qui doibc 
ciefundo w-cftre acr^rauee , ou tnoderce pour la grandeur de la 
^^ prcuue^ &des rortaidrs. 

De la peine aue mentent les Sorciers. \ 

Chap. V. 
L y a deux moyens par lefquels les Ré- 
publiques font maintenues en leur 
eftat &: grandeur , le loyer &: la peine ; 
l'vn pour les bons ^ 1 autre pour les 
mauuais : &: fil y a faute à la diftribu- 
tion de ces deux poin6ts , il ne faut rien efperer que la 
ruine ineuitable des Republiques, non pas qu'il foie 
neceifaire que tous les forfaidls foyent punis : Car les 
luges ne fuffiroient à les iuger,ny les bourreaux à exe- 
cutenauflî n'aduient il pas que de dix crimes il y en ay c 
vn puny parles luges : & ordinairement on ne void 
que des beliftres condamnez. Ceux qui ont des amis, 
ou de l'argent, efchappcnt le plus fouuent la main des 
hommes. Vray efl: que leurs amis,ny leurs biens ne les 
garentiront pas de la main de Dieu. Mais ceux-là f a- 
bufcnt bien fort, qui penfcnt que les peines ne font 
eftablies que pour chailier le forfait. le tiens que c efl: 
le moindre fruiârqui enre^ffit à la Republique. Car 
le plus grand & principal efl: pour appaifer l'ire de 
Dieu,mefmement (i le forfaid efl dire6lement contre 
lamajeftcde Dieu comme ceftuy-cy. Auffi void on 



LIVRE QVATRIESME. 2.16 
quand le peuple de Dieu fc mcflaauecles Moabites, 
qu'ils les attirèrent aux facrifices de Balial-Phcgor ' Fi- 1* ^^i^-^^^s- 
re de Dieu fembrafa, & en mourut vingt & quatre 
mil: ôc en fufl: mort beaucoup plus n'euft efté que fou- 
dain Pinhas fils d'Eleazar voyant l'ire de Dieufe cm- 
brafer, tranfperça d'outre en outre Tvn des Capitaines 
du peuple couché auec vne Moabitide. Alors la mor- 
talité cefla : Et Dieu di6l à Moyfe^Pinhas a appaifé ma 
fureur par vn zèle ardent qu'il a eu de mon honneur, 
&C a cmpefché que ie ne ruinafle ce peuple. Dy luy que 
ie traittcray alliance auec luy, 3c fa pofterité pour e/îrc 
mes Sacrificateurs. Depuis il vefcut trois cens ans, & 
fà pofterité à iouy plus de trois mil cinq cens ans de la 
facrificaturc,qui elloit leplusgrand honneur qu'on 
peutauoir. Voyladonc le premier fruid de la puni- 
tion des mefchans. C'eft d'appaifer l'ire de Dieu, ôc fa 
vengeance fur tout vn peuple. C'eft pourquoy il eft 
commandé ' aux luges quand ils auroient faid infor- ^'^^^^^^^' ^"^^ 
mation^&qu ils n'auront peu defcouurir celuy qui au- 
ra fai6l rhomicide,qu'ils prennent vne vache pour fi- 
crifierau lieu ou l'homicide f eft fait, &: lauer les mains 
corne innocens du faid:,& prier Dieu qu'il n'efpande 
fon ire fur le peuple pour l'efFufion du fang.Le fécond 
fruidde la punition eft pour obtenir la benedidion 
de Dieu fur tout vn pays , comme quand il eft did: en 
la LoydeDieu, 'Apres que vous aurez razé àfcu& às'^^^f^r.i}. 
fang la ville d'entre mon peuple^^: d'entre voz frères, 
qui aura laifte Dieu pour fcruir aux idoleSj& que vous 
aurez tué toute ame viuante, hommes & befles, vous 
drefterez vn comble de pierre ôc mont-joye en triom- 



DES SORCIERS 

phe, &: alors i'eftendray mes grandes mifcricordcs fuc 
vous, & vous comblcray de mes faucurs Se benedi- 
dions.Lc troificfmc fruic qu'on reçoit de la punition 
desmefcLians, ell pour donner frayeur Se terreur aux 
^•^^'^"''!*'^'*'autres,comme il eli dit en la Loy de Dieu '^.que les au- 
très ayant veu la punition, craignent d ofrencer. Le 
cjuatricfnie fruidc eft de conferuer les bons à fin qu'ils 
ne foient infedlez ôc gaftez par les mcfchans,comc les 
j.Zf«//.r4.i2.pef[;if(;;i-e2; & ladres infedbcnt Mes fains. Le cinquiefmc 
^* '^' rrui6b eft pour diminuer le nombre des mefchans,qui 
cft la feule raifon pourquoy la couftumc de Bretaigne 
ancienne veut, qu'on pende les larrons , par ce qu'il y 
en auroit trop. Voy la les mots de la couftume ineprc, 
attendu que toutes les forefts du pays n'y fufhroient 
pas. Se que la mort cft trop grieuepour punir les lar- 
rons, ôc ne fuffitpas pour empefcher les larrecins: 
ncantmoins la couftume eft fondée fur ce feul point. 
Le fixiefmc eft , à fin que les bons puiffent viure en 
feureté.Le feptiefmc fruiâ: e(l pour punir la mefchan* 
6.DeHter,if). ceté. ^ l'ay bien voulu toucher les biens & vtilitez qui 
f"^' rcufliffent de la punition des mefchans. Or fil y eut 

oncques moyen d'appaifer l'ire de Dieu , d'obtenir fa 
benedidion, d'eftonner les vns par la punition des 
autres,de conferuer les vns de l'infcdion des autres^de 
diminuer le nombre des mefchans :. d'affèurer la vie 
des bons, &c de punir les mefchancetez les plus dete- 
ftables que l'efprit humain peut imaginer , c*eft de 
chaftieràtoute rigueur les Sorciers: combien que le 
mot de Rigueur eft mal pris, attendu que il n'y a pei- 
ne fi cruelle qui pcuft fuffire à punir les mefchancetez 

des 



LIVRE QVATRIESME. I17 

des Sorciers , d'autant que toutes leurs mefchancetez, 
blafphcmes , & tous leurs delTcings fe dreflcnt contre 
la Majeftc de Dieu,pour le dcfpiter & ofFenfèr par mil- 
le moyens. Les anciés fe font trouuez fort empefchez 
de quelle peine ils feront mourir celuy quiatué fon 
père ou la mere,come on peut voir en la Loy de Pom- 
/^cy^ contre les parricides, la nouueauté d'vn fupplicc 
exquis, & neantmoins il a femblé trop doux: Et défait 
la Cour de Parlement condamna Tarquez Taifnéj qui 
auoit fait tuer fon père Efleu de PoitierSjd'eftre tenail- 
le de tenailles ardcntes,puis eftre rompu fur la roue, ÔC 
après bruflé. Encores on iugcoit qu'il ne fouftroit pas 
ce qu'il auoit mérité, d'auoir ofté la vie à celuy qui luy 
auoit donné la fîcnne. Parvn autre ArrefI: du mefmc 
Parlement, vne Damoyfellc qui auoit fait occir fon 
mary,fut bruflee viuc.Ce qu'elle endura affez patiem- 
ment , ayant deuant fes yeux la chemife fanglante de 
fon mary .Et quelques vns font difficulté de faire bruf 
1er les Sorciers, mefmemét les Sorciers qui ont pa6lio 
cxprcflTcauecSathan. Carc'eft principalement de cel- 
les-cy, defquelles il faut pourfuyure la vengeance, en 
toute diligéce,&: à toute rigueur , pour faire cefTer Tire 
dcDieUj&favengcâcefurnous. Et d'autant que ceux 
qui en ont efcrit, interprètent le Sortilège pour here- 
fie,&:rienplus:combien que la vrayehcrefieeft crime ^''^""'''''^''''^^ 
delezemajeftédiuine, ÔcpunifTableaufeu par le cha- 
pitre Tcrge«m:,rfei<^rer.Sieft:-ce qui! faut remarquer la 
différence de ce crime à l'herefie (împlc: qui eft vne o- 
pinion particulière contraire à la commune,toucliant 
les chofcs diuincs:ô<: laquelle peut eftre telle qu'elle ne 

Ili 



DESSORCIERS 

concerncpointlefalut:& en cecascen'eftpointlierc- 
fie à la manière cju on l'cntend-.autremcnt il n'y auroic 
iiiaindperfonnagequincfufthcrctique. C'eftpour- 
quoy le Pape Innocent 4. fur le chap. fi inmtaris de con- 
/?/>//r.efcrit,c]ue celuy qui tient l'vn des opinions deba- 
tues entre les Do6les^nefl: point hérétique, qui fai(5t à 
noter. Mais au cas qui s'offre, nous auons monftré 
que la profcflion première des Sorciers eft de renier 

7 Vente c I ^^^^ 5 ^ toute rcligîon. La loy de Dieu 7 condamne 
ccfluy-là qui a laiffé le vray Dieu pour vn autrc,^ d'eftrc 

8./^4^^;Mrfj- lapide , que les Interprètes ^ Hcbrieux difent eftre le 

^^^.3^"^,-^3 fupplice le plus grief. Ce poin6licy eft bien cofidera- 
ble: Car le Sorcier que i'ay dir,nc fe contente pas de re- 
nier Dieu , pour châger Se prendre vne autre religion,, 
mais il renoce à toute religion, foitvraye ou fuperftiti- 
cufe , qui peut tenir les hommes en crainte d'ofFcnfer. 

setondcr:me L^fç^ond crime dcs Sorciers eft, après auoir renoncé à 

des Sorciers. iiri ir- 

DicUjde le maudire,bialphemer ôc dclpiter3&: tout au 
tre Dieu, ou idole qu'il auoit en crainte. Or la loy de 
^zenit.i^. £)jcu^ di6t ainfi : quiconque blafphcmerafon Dieu, 
fon péché luy demeurera, ôc Quiconque prononcera 
le grand no de Dieu par mefp ris, qu'il foitmis à mort. 
Ce paflage à fort empefché Philon,& les docteurs He- 
bricux. Car il femble que le premier chef de cefte loy 
parle contre tous ceux qui blafphcment leur Dieu , 
qu'ils penfent eftre vray Dieu, ôc de ceux-là il eft did, 
qu'ils porteront leur péché. Les autres Interprètes di- 
fent,que celuy qui a blafphemé Dieu,iamais ne luy eft 
pardonné,quelque peine qu'on luy face fouffrir,s'ilnc 
s'en repent:&:çcluy qui a exprimé trop audacieufemêc 



LIVRE QVATRIESMË. ii8 

îe grand nom de Dieu, nim, qu'il doit cftre mis à mort, 
lemettrayles mots delà loy 'de Dieu, qui faid bien ^•^^^'"■^4« 
a noter nov nîû nin>-û\y ap pt m^n Hv:i] î'n^« ^V o ty^x wk . C elt 
pourc^uoy les Hebrieux n'efcriuent ôc ne prononcent 
iamais ce Sain6t ôc facré nom de Dieu. Or on voit au 
premier chef de cefte loy, qu'il ne di6l pasn^m, qui 
cft le propre nom de Dieu ,mais î>nS« qui s'attribue à 
tous Dicux,& aux Anges. Car il fcmblc que Dieu veut 
nionllrer^que ceux qui blafphement ce qu'ils penfent 
eftre Dieu, blafphemcnt Dieu : ayant efgard à leur in- 
tention : & qui fonde les cœurs ôc volontez des hom- 
mes/comme les Sorciers qui par cy deuantrompoi- 
cnt les bras ôc les cuifles aux crucifix qu'ils adoroycnt 
comme Dieux. Ils faifoicnt aulli prendre 11iofl:ic,& en 
repaiftrclescrapaux. On voit donc vne double detc- 
ftable impieté aux Sorciers , qui blafphement le vray 
Dieu, & tout ce qu'ils penfent auoir quelque diuinité, 
pour arracher toute opinio de pieté, & crainte d'offen- 
fer. Letroifiefme crime efl; encores plus abominable, letroiftefme 
C'eft qu'ils font homage au diablejadorent, facrifiét, dcssoraeru 
ôc les plus deteftables font vne foffe, &c mettent la fa- 
ce en terrcjle prians & adoras de tout leur cœur, cam- 
me nous auons remarqué de la Sorcière Pamphile en 
]a ville de Lariffe en Theffahe^ainfi que Apulée efcrit : 
&: fans aller plus loing, il s'eftvcu es faulx-bourgs de 
cefte ville de Laonau mois deMay, M.DLXXVIII. 
d'vne Sorcière auxfaulx-bourgsde Vaux, qui feift le 
fcmbkble dcuant pluficurs perfonnes.Ceftcabomi- 
nation palle toutes les peines que l'homme peut ima- 
giner, attendu le texte formeîdelaLoy deDieu, qui 

Ili ij 



DES SORCIERS 

i.EATo^.f.io. veut * que celuyqui s'incline feulement pour faire 
Ç^^IJ^^'^^^'^honeuraux images, que les Grecs appellent Idoles ^ 
27. foitmis à mort, car le mot Hebrieu Tiftaueh,&le 

Num.c.is. CaldeanTifgur, ne fignifient autre chofe ques'cncli- 
ner, ce que tous les Interprètes tournent, ôc les Latins 
difent adorer. Or les Sorciers ne fe contentent pas d'a- 
dorer, ou s'encliner feulement deuant Sathan , ains ils 
fc donnent à Sathan, & le prient, &rmuoquent. Le 
^'^"'^''""'•^'^^quatriefme crime eft encoresplus grâd , c eftque plu- 
fieurs Sorciers ont efté couaincus , ôc ont confeflé d'a- 
uoirvoiiéleursenfansàSathâ, pour laquelle mefcha- 

^.Lcmt. 11. / r^. n / 1 .1 I r r 

Pentcr.iS, cete ^ Dieu protelte en la ioy qu il embraiera la vengea 
ce contre ceux qui dedioyent leursenfansà Moloch, 
que loieph intreprete Priapus,& Philon interprète Sa- 
turne : & en quelque forte que ce foit , c'eftoitàSa- 

Le cm^mefme il^g^^ , ÔC aux malins cfptits. Lecinquiefmc paifc en- 
corcs plus outre, c'clî que les Sorcières font ordinaire- 
ment conuaincues par leur confefsion,d'auoir facrifié 
au Diable leurs petis enfans , auparauant qu'ils foient 
baptifez Jcs efleuant en l'air, &c puis leur mettant vne 
gro(reefpingleenlatefte,quilcsfait mourir: qui eft 
vn autre crimeplus eftrangeque le précèdent. Et de 
fait Sprager dit, qu'il en a fait brufler vne, qui en auoic 
ainfi faidt mourir quarante & vn , defquels elle auoic 

Leffxiefme humé Ic fang, auec d'autres Sorcières. Le fixiefme cri- 
me paflTc encores plus outre: car les Sorcières ne fe co- 
tentét pas de facrifier au Diable leurs propres enfans, 
&: les faire brufler par forme de facrifice, comme fai- 
foient les Amorrheans & Cananeans , pour monftrcr 
cobien ils font afFedionnces à Sathan:- contre lefquels 



crime. 



cnmet 



LIVRE QVATRIESME. 215? 
Dieu parle en fa loy^dilant^Lp il a arraché les peuples 4Pf/</e'r.i8. 

la terre pour telles abominatios: ainscncoresilslcs 
confacrent à Sathan dés le ventre de la mère , comme 
le Baron de Raiz , auquel Sathan dift, qu'il faîloit luy 
facrifier fon filseftant encores au ventre de la merc, 
pour faire mourir l'vn &c l'autre: corne il s'ctForcea de 
faire , s'il n'euftcfi;épreucnu,ainfi qu'il recogneuft &: 
confefla : qui efl: vn double parricide aucc la plus abo- 
minable idolâtrie, qu'on peut imaginer. Le feptiefme •^^/^'^>'<?'^«: 
& le plus ordinaire eft ,, que les Sorciers font ferment, 
ôr promettent au Diable d'attirer à fon feruice tous 
ceux qu'ils pourront, comme ils font ordinairement, 
ainfique nousauonsmonftréfideflus. Orlaloy^de^' ^'**'^^' 
DieudicSbqueceftuy-làquieJftainfî appelle doit faire 
lapider celuy qui l'a voulu defbaucher. Le hui6liefmc LeS.crme. 
crime eft , d'appellerôc iurer par le nom du diable eu 
fîgne d'honneur , comme font les Sorciers qui l'ont 
toufîours en la bouche,& ne iurent que par luy5finon 
quand ils renient Dieu , ce qui eft difcrtement contre 
laioy de Dieu qui défend de iurer parautre que par le 
nom ^ de Dieu. Ce que l'efcriture didl , donne gloire à ^ „ , 
Dieu:ainii difoient lesiuges en prenant le ferment des u. 
partiesou destefmoinsidoneeloireàDieu. Etleneu- ^. rr 
neimeeit,queles Sorciers font inceftueux , qui eft le w^. 
crime de toute ancienneté , duquel les Sorciers fonc. 
blafmez& Conuaincus.Car SathanleurAiél: entendre 
qu'il n'y eut onques parfaid:Sorcier,&enchâteur qui 
ne fut engendré du père & de la fille , ou de la mcre ôc 
du fils.Et a ce propos difoit Catulle. 

Iliiij 



DES SORCIERS 

Ndm AdagHS ex matre ^gnato ngnatur oportetj ''- 

Si vera cfl Perjarum imbid reli'no. 

Epiphanius contre les Gnofl:iques,& Athcnagoras 
enlÂpologie ont rcnivirqué que l'incefte eft commun 
aux Sorciers. Toutes ces impietez là , font dirc6teméc 
contre Dieu &: fon honneur , que les iuges doiuent 
vengera toute rigueur ^ & faire ceffer l'ire de Dieu fur 
nous. Quant aux autres crimes des Sorciers , ils tou- 
chent l'iniure faidte aux hommes^qu'ils vengent bien 
quandilspeuucnt. Oril n'y arien quidefplaife tantà 
j.smueLc.i i)icu^ 7 ^^^ jg voir les iuges venger les moindres iniu- 
res à eux faidles, ou aux autres,^: diflimulerles blaf- 
phemcs horribles contre la Maiefté de Dieu: comme 
ceux que i'ay recité des Sorciers. Pourfuyuons don- 
^^•/'■''"'''^''^ques les autres crimes.Ledixiefmecftque les Sorciè- 
res font meftier de tuer les perfonncs^qui plus clld'ho- 
micidcr les petits enfans , puis après les faire bouillir 
ôc confommer iufqucs à rendre l'humeur j ôc chair 
d'iceux potable^ comme ditSpranger auoir fçeu par 
leurs confeffions:& Baptifte Porta Neapohtain au h- 
ure de la Magie.Et faidl: encores à noter , qu'elles font 
mourir les enfans auparauanr, qu'ils foyent baptifez: 
qui font quatre circonftances^qui aggrauét bien fort 
l'homicide. L'onzicfme crime eft que les Sorcières 
mangent la chair liumainc,&: mcfmement des petits 
cnfans,&: boiiient leur fang euidemmcnt.Ce qui fem- 
bloit eftrange à Horace^quand il didr, 

MeuoranQ Lami^ viunm puerum extrahataluo, 

Etneantmoins cela s'eft vérifié fouuent, &c quand 
^Ues ne peuuent auoir des enfans,elles vot déterrer les 



u.cnme. 



LIVRE QVATRIESME. 210 

hommes des ft pulchres,ou bien elles vont aux gibets 
pour auoir la chair des pendus, comme il s'cft vérifié 
aflez fouuent.Et a ce propos difoit Lucan, 

-laqueum^nodolque nocentes 
Orejuorupitjpendendacorporacarpjitj 
^brafit cruccs aperçu ffaque ^ifcera riymhis 
Vulfit^^ incoéîas admijjofole medullas. 

Ceftpourquoy Apulée did^eftantarriué à la ville 
de Lariffe en Thalaflîc, qu il gaigna fîx efcus à garder 
vn corps mort vne nuiâ:,par ce que les Sorcieres^dont 
ce pays là eftoit diffame , s'il n'y auoit bonne garde , 
entroient en telle forme qu'elles voloient, & ron- 
geoient les corps morts iufques aux os. Mais on void 
que c'eft vne pcrfuafiondeteftablejque le Diable mec 
au cœur des hommes pour les faire tuer, & manger 
les vnslesautres, bruiner le genre humain.Encores 
faid-il à noter que tous Sorciers font ordinairement 
des poifons,qui fuffift pour procéder à la condemna- 
tion de mort par la Loy Cornclia dejicariis^c^uznd mcf- . 
mes la poifon n auroit eflc baillee,/.i.i« njerho^njenenum 
confeceritJef!canis.ff.Oi:\ho}x\ic\à^p2Lï\d.hoy de Dieu „ 
J & par les loix humâmes mente la mort , &c ceux s. rotoùt. ad 
qui mandent la chair humainc.ou qui la font mander '^•^•^^''•^^7'' 
mentent aulii la mort, comme 11 le trouua vn paltil- 
fier dans Paris ^ qui faifoit meflier de faire des pa- 
ftez de chair de pendus. Il fut brufîé tout vif, écù. 
maifon razee auec defcces d'y baftir-.ôc qui eft demeu- 
rée longuement deferte en la rue des Marmoufets. Le.,^^,^^ 
douziefme eft particulier , de faire mourir par poi- 
fons ou fortileges; qui eft feparé du fimple homicide 



1^. crime, 

ï^. crime 
i^.crlme. 



D S SEORCIERS 

en laloy Cornelia, deftcanis ft) njeneficiis. jf. Car c*cft 

beaucoup plus gricfuenientofFcnfer de tuerparpoi- 

fonqu'aforcc ouuertejcomme nous dirons tantoff-, 

2./.I. «fWr & encores plus grief de faire mourir par fortiIege*quc 

fc.cod. p2r pcifon.Çraums ejl occidere 'vcneno^ quamgladio. Le 

trefiefmc crime des Sorciers efl: de faire mourir lebc- 
ftial , chofe c]ui eft ordinaire. Et pour ccfte caufe vn 
Sorcier d'Aufbourg l'an mil cinq cens foixâte ôc neuf, 
futtcnaiIlé,pour auoir faiâ: mourir lebcftial, ayant 
prins la ferme de cuir des belles. Le quatorfiefme eft 
ordinaire, & porté par la Loy 5 c'eft à fçauoir de faire 
mourir les fruidls , &:caufer la famine &fterilite en 
tout vn pays Le quinziefmc efl: , que les Sorcières ont 
copulation charnelle auecle diable, &bien fouuent 
près des maris, comme i'ay remarque cydefllus^ que 
toutes confejGTent ceflie mefchanceté. Voyla quinze 
crimes detcflablcs , le moindre defquels mérite la 
mort exquife , non pas que tous les Sorciers foyent 
coulpables de telles mefchancetez, maisilaeftébien 
verifié^quc les Sorciers qui ontpadion exprcflè auec 
le diable, font ordinairement coulpables de toutes, 
ou delaplufpartdeccsmefchancetez. Orquandil y 
apluficurs crimes commis par vne pcrfonne , ôc par 
plufieurs adesjils faut qu'ils foient tous punis, & ny à 
iamais d'impunité de IVn pour la concurrence de Tau- 
l^.nun^uam ^^^ . 5 ^ faur,comme did Bartole , ^ impofer plufieurs 

defrmatpsde- in r 11 1 

liBu.ff. peines diltindcsMoitpar les loix &: ordonnances , 
4,.exl.:^Jc ^Q-j. par l'arbitracre du iuQ;e. En plufieurs crimes font 

termina moto. ^ O ^r*'nl 

/./.;r^for.$. commis par vnmelmc acte , liceneltque les crimes 
ftmihi plures foyent d'vnc mcfme efpece : comme le parricide ^ eft 



LIVRE QVATRIESME. m ,, , „ 

aulli homicide, &touccstoisil ne Icra tenu que ^^incefiudeA- 
la peine des parricides. OïlaLoy de Dieu qui de- duU.f 
cerne la peine de mort, n articule pas les mefchancc-^*"''j^-/\r.''' 
tcz des Sorciers : Mais eft didt feulement que la Soi'- empt^m/è- 
cicre ^ ne viue poind:,c'eft à dire ninnnSnD^sûJcquel paf-f"'^^^" ^"" 
(âge interprétant Philon Hcbrieu didlque ces Tuots ^ i^^„^f^, 
lohtechaieh , fignifie que le iour mefmcs qu'elle eft co- ^eaccufa. er 
e doit eltre mile a mort, & quille ^^^' toredixit.î.i 
tiquoit ainfi. En quoy non feulement Dieu vc\ov\-d^imur.ff. 
ftre la grandeur du crime : ains aufli le defir qu'il a^' * "* 
qu'on en face bonncôj briefuc iuftice,& notamment 
la loy condamne à mort , à fin que la peine ne foie 
diminuée pour le fexe féminin , comme il fc faidlen ^•If^^cnleff 
tous autres crimes en terme de droict. Car il y a plus Ji^u^rium^. 
d'offcnce à tuer vne femme qu'vn homme, di6b An- flttprum, de 
ftote auxproble. liure vingneufiefme chapitre ^ ^'^Jt^£'i,'J^i 
Et par ainfi quand il ne fera rien vérifié contre la Sor- 
cière desidolatries,bla(phemesj facrifices, parricides, 
liomicides,adulteres, & paillardifes, auec le Diable 
ôc autres mefchancetez . Sieft-ccques'il eft vérifié 
qucfaccuféfoitSorcierjil mérite la mort. La loy Ci- 
uilepafle plus outre. Car elle ne veut pas feulement 
quelaSorcicre,quiapa6i:ion expreffeauec le diable, 
telle que nous auons did foitmifeàmort , ainsaufli 
celuy qui demande i confeil aux Sorcières, que la Loy , 

1 I • r r 11 11 rL 11 U.nemo attira 

abhomincli tort qu'elle appelle tantolt telles gens ,jj>icen.demj, 

hoftcs faluth communiS:,'' tantoft ob facinorum ma<mitudi-'^^'^- 

% le n ■ ; .^A xlMteod. 

ncm j * maleficos^tantoiiperegrinos natunt^hos tanqua * na- ii„emo,eo, 
turiZferegrlnosferalispeflisabjumat^tdinio^ihHmani ^ gène- 4J.multt,eo. 
ns hofies. Et mefmcs Saind Auguftin au liure de la^-^fîT^''^' 

KKk ' 



DES SORCIERS 
Cité àc Dieu, :i^pc\\cmalcfico< les Sorciers oh makfi^ 
ciomm magnitudmcm. Et quand aux Sorciers courtifans 
d'autant que cefte vermine s'approche des Princes 
tant qu'elle pcur,&: non feulement à prêtent , ains de 
toute ancienneté^pour ruiner toute vnc Republique, 
y attirant les Princes,qui puis après y attirer lesTubiets 
laloyy eft notable:Carilefl:ditqucs'ilya Sorcier qui 
fuyue la Cour,ou Magicien,ou arufpice , ou ariolc, ou 
augur^ou interprétant les fonges par art diuinatricc, il 
adioufte encores ce mor,Mathematicus,qui fignifioic 
diuin , de quelque qualité, & pour grand Seigneur 
qu'il puifTeeftrej qu'il foie expofé aux tourmens , 6c 
crucifié fans auoirelgard à la qualité. Il feroit de be- 
foing que cefte loy full: gr:;iuee en lettre d'or fur les 
portes des princes:Car ils n'ont pefte plus dangereu- 
fe à leur fuitte. Etàfin qu'on (cache combiéles Prin- 
ces Payens font plus loiiables que plufieurs Princes 
Chreftiensquiont des Sorciers a gages , nous lifons 
6'pïut.irchiis^.^^ du temps de Marius ^ le Sénat Romain bannie 
tnMmo. vne femme nommée Marthe,qui fe faifoit fort de di^ 
rc tout ce qui aduiendroit de la bataille contre les 
Cymbres:,& Claude l'Empereur fift procéder à toute 
rigueur contre vn cheualicr Romain qui fuft condam- 
i ?;^"''*^^^- né à mort: 7 & (on bien confifqué, pour auoir porté 
furluyvn œuf decoq les autres di(cnt de Serpent, 
penfant par ce moyen abuier de la religion des iuge's,- 
Ôc parfaueurgaigner la caufe. Et f >uos Tybere il y 
. en eut, pour la moindre opinion d'auoir vfé (h ne- 
S).spartian. cromantie, condamnc a mort. JLt mcimes Ihmpe- 
m c4ucdU. reur Caracalla^ en côdamna, pour auoir pendu à leur 



LIVRE QVATRIESME. mz 
col d'hcrbcs&aijtresc hofcs, pour guérir des fieures, \ 
qui eft chofe dcffcndue par la loy de Dicu^quand il ab- / 
hominc les manières defairedes Amorrheâs&Cha- 
naneans: entre lefquellesMoyfe May mon met telles 
ligaturcs^que faind Auguftin codamne auffi, comme 
nous auons diû: cy deflus. Ce iugement de l'Empereur 
Caracalla doit eftre misdeuât les icux de ceux qui abu 
fent de la loy de Dieu , pardonant les exécrables meC- 
çhancerez des Sorciers qui caufe tous les maux que 
nous foufFros.Touteîfoisie fuis d'aduis que ceux qui 
les baillent,& non pas ceux qui les prennent par igno- 
ranccjfoient pourfuiuis en iuftice.Car ce font les prin- 
cipes d'idolâtrie & de Sorcellerie : Ce qui feruira d'ex- 
emple pour monftrer en premier lieu que les Sorciers 
qui ont padio expreflc auec Sathan, meritét la mort. 
Et d'autât que le crime efl plus dcteftablcja peine doit 
eftre plus rigoureufc. C'eft à fçauoir, de lapidation, 
ou la peine eft v(îtee:ou bié du feu,qui eft la peine or- 
dinaire obferuee d'ancienneté en toute la Chreftien- 
té. En Flandres , Ôc en plufieurs lieux d'Allemaigne 
ont iette les femmes condamnées en l'eau : mais il 
c'efl: trouuc que les Sorcières iettecs en l'eau pieds 
&poin6ts liez ne fe peuuent noyer , fi par force on 
ne leur met la tefte en l'eau j commenous auons di6t 
cydeflusrEtfiauecle crime de Sorcellerie on vérifie, 
fbitparconfefiion.oupartefmoingSjOupar euiden- 
cc de faid:,que la Sorcière ait faid mourir quclqu'vn, "^ft- 

le crime eft encores plus grand, &mefmes fi cc9Lvn2.jaa!iisJi- 
enfvnt.Etencores qu'il aduicnne que le Sort ietté parr^^'-^f^»'*^ 
Sorcière pour iaire mourir ion enncmy, en ait raiCc ^^^^ ^ 

KKk ij ^" 



DES SORCIERS 

^ 5^^, -^/jç^. mourir vnautrCjfiefl elle puniffable (Je mort: & fîel- 
deprokc.app.lc a faidt mourir , voulant faire aymer , ellcmcrite 

Cl/JfwX'^e ^^^''^^"^^>^^^^^^^^ cju'cllenefeufl Sorcière , com- 
c^ idemm l. me Aidi la loy. " Mais en celle qui n'efl: Sorcière^ doit 
prx^h)t. ^f^-ei"|;fe|a peine modérée, Toutesfois la difSculté bicri' 

piJcop.C. „ i -n ' I o I • r 

i.U^fentemy louucnt nc gilt qu en la preuuc,&: les lugcs ne le trou- 
depen.ff l.i>l. yent empcfcliez qu'en cela. Si doncqucs il ny a tef- 
alJdi'.Jeac. moingSjians reproche, ny confcffion des aeculcz, ny 
c.Gmlm euidence de fai(5b,qui font les trois preuues que nous 
mfl. mdef. ^^ç^^^ ^\Ci. fur lefquelles on peut alleoir iuo;emcnt de 
fubr^b.fu- ' r \ '1 • j r • 1 

do pimuntnr mort: ams leulement quily altaesprelomptîons,l^ 
/'^'*•^'^^**''•*• fautdiftineuer fi les prefomprions font foibles , on 
lex.imm.cof. violeutes: Si les preiomptions iont roiDics , on ne. 
iji. i.f<# doit pas condamnerlapcrfonne comme Sorcier, ny 
flr'ii^S l'^t>f"^'J^^^ aufliiains il faut ordonner qu'il en feraplus 
<:o».i5/i,.x- amplement informé & cependant ellargir l'aGCufé. 
lex.conf. 8i. \i^i^ fi les prefomprions font violentes, on peut dou- 

hks.yCn^.de r r . ^ ^ 1 J-nr 

m.ilef.m-\'er- tcr il ctt procedcra au lugemet de mort, pour la diiie- 

bo o- -^-tnà. renée notable, qu'il y a de ce crime icy aux autres. Car 

quant aux autres crimes on ne doibt ^condamner 

perfonne à la mort parprefomption, pour violente 

qu'elle foie. Mais ceux qui ne peuuenc eftre condem- 

2.i?^«.i5. ^ç^j^ \ autres peines,^ comme des Galeres,ou du fouer^ 

ou à l'amende honorable,ou pécuniaire félon la qua- 

3J.f4/7;W/«;nlité des perfonues,' & la grandeur delapreuue: & pai> 

^''^^T^'airifii' f^'^'^tïlc qu'en ce crime fi abominable on doit- 

i///.^e;»cfw- procéder au iugcmcnt de mort, Ç\ les prefomptions 

■^" font violentes. Toutesfois ie ne fuis pas d'aduis que 

pour les prefomptions violentes on procedcà la co- 

dénaxion de mort; mais bien de toute autre peine ex:- 



LIVRE QVATRIESME. tt^ 

ccptc la mort naturelle. La loy de Dieu nous inftruid 
en cas femblable^où il cft dit^Que fi tu as entendu que 
Tvne des villes de ton peuple fothcite les autres à laiC- 
fer IcDicu Eterncl^pour pncr les autres dieux^enquiers 
toy diligemment de la vérité du fai6b. Et fi tu cognois 
que le cas cft bien certain, alors tu iras ailiegcr, forcer, 
&: mettre à feu & à fang les habitans de celle ville. It 
faut donc eftre bien afleuré de la verité,pour afToir iu- 
gcment de mort. Icy dira quclcun , Il faut abfouldrc,, 
ou condamner fi le cas cft vray : la mort ny fuffift pas. 
S'il n eft vray,il faut ab foudre, ou pour le plus ordon- 
ner qu'il en fera plus amplement enquis :&cepédanc 
cflargir leprifonnier à la charge de fe reprefenter en 
reftat^&c. & non pas vfer de punition corporelle, ny 
oftcr Ihonncur à pcrfonnc pour les prefomptions,fui- 
lïac ladifpofition de la loy Mes Romains,quinauoiét^ /y^^^^^^^ 
que trois lettresj'vnc portant ^ A-.l'autre C:la troifief- b^t.l.fcimt. 
meN.L. Cciïàd'iïc^brolHo.Condemno.Nonliquet. J^^'^-^'^-^-f^K 
cela y a relponic, que celte rorme de procéder rult o- v.iVUem. 
ftee^, Ôcla forme extraordinaire mife en auant foubs ^ ^j^"'^'^' 
Lmpire melmes des Romains, & quant a la Loy ^y^iyiordojefn 
dk^aSlore non probante reusahfolmtur. Cela eft vray :mais ^^^; ii*(iic.f. ' 
lapreuue n'eft pas feulement celle qui cft necefFairc//'r^"'^r''^' 
ains aulii celle qui approche de lapreuue indubitable, coll.-ylt.-^erf. 
mefmcment des choies qu'on adccouftumed'execu- ^»''''*''^/- 
ter en tecrct.La preuue par bones & vrgentes prelom- ^uxsSwnesy 
ptions fufiit comme dit Balde \^ lean André '^ àk/4- ''rcafaJefa- 
tione diffialis frobationis yfufficit frobatio prcefumpt'ma : ôc j iTcafcum 
pour mefme raifon , la preuue des tefmoins domefti- diocefin^Uf,.. 
ques eft receuablc ' es chofes faites en licufccrctôc^'^''^'''^'': 



DES SORCIERS 

c^^p.ilïo'vosje domc/liqucj qui autrement ne (èroic pas receuabk^ . 
i'^ar^.Z.!!! ^^ ^^ mefchanccté des Sorciers fc faid ordinaire- 
deemptione. mcHt la Huid^ôc CD licu dcfcrt^efcarté des hommes, & 
S.ml.confen- par niové OU on ne pourroitiamais prcfumcr nv pcn- 
cr ïhi notAt^^^' iHuiTit donc dauojr des prelomptions violentes 
Ban.cr-idem pout ptoccdcr à punition corporelle en ce cas fi dete- 
aL'tutor S^^'^'^^ &iufques à la mort naturelle exclufiucment: 
admim]}. tut. C'eft à fçauoir pat fuftigatios^fcdlions, marques, em- 
a^sjn^ml. prijfj^nnemens pcrpecuels.amendcs pécuniaires , con- 

parent.de telf, L ^ . ^ r i l i i • i r • T i 

c.Not.inc.i. nications,&: autres iemblablespemes,horimis le ban- 
loco>deproha. nifTcment^fi le Sorcier n'ell confiné en certain lieuicar 
fecundJete^. ^'^^ cliofc Ordinaire aux Sorciers de châgcr de lieu en 
f^inc.cndi-^uiXQ,, quandonlesadefirouucrs, portans la perte par 
^'/' ^7 * tout, & fi on les contraind de ne bouo-er d'vn lieu, ils 

c)J. omnibus, y J , r % r 

e^ièi. no[l. n oient plus rien faire, fe voyans elclairez,ôc foupçon- 

detefi.cod. ncziôc quantaux ptifons perpetuellcs,iaçoit qu'il foit 
défendu de doit commun ' ; fi eft-ce que le droid Ca- 

ï.lmMdatisyixon y a mieux pourueu: ôc mefmemét au cas qui s of- 

'^"^"'^' fra ; Car il n'y a chofe que les Sorciers craignent plus 

que la prifon , & qui ell: l'vn à^s plus grands moyens 

de leur faire confefTer la vérité, «S*: les amener à repen- 

7.^nion.Bu- t.^ce:mais il neles faut pas laifTer fans compagnie dau- 

trig.Panorm. i •^•1/1. 

FeitJol^n- très prilonniers,qui ne loiét pomt Sorciers. Car il s'elt 
drea^tnc af- crouu€ par expericncc,quand ils font fculs,que le Dia- 
fi^/cJ- les faid perfi[l:er en leur mefchancetc:&r quelque-fois 
ludje^ clerk\cur aydc à fe faire mourir. Si doncla Sorcière eft trou- 
fccHduFelmn ç^^ç^^ j^ ctapaux, OU Iczards , ou hofties , S: autres 

tnc.f miter, \^ r 11 1 1 • J' A 

cr-fundo. oiïcmés,^ graines incogneuës, lieilealebruitdeltrc 
r ^j^^^'^ Sorcière, telles prefomptions font trefviolentes & vr- 
almdepï- gentes : ou bien fi autrefois elle a efté repiife de lufli- 



LIVRE QVATRIESMË. 114 

CC)Sc non iuflifiec : c eft vne prefomption biê fort vr- uiUepr^fu^. 
cente ; ou bien fi on Ta veuë fortir de l'cftable ou bcr- ^î'^'- ^W• 
gcrie de (on cnnemy , & puis après le beltial de la ber- §.j]>ecies,yerf 
gcrie mourir: ou biê fi ce jx quelle a menacé de les f-ii-^^fif^-olrad. 

^ ... <- . I con(ilAC)i.'yt' 

rercpennr,(]ui puis après loient morts, ou tombez cnj-^/^jn^i 
langueur, mefincmét qu'il y en ait plufieurs, c'eft vnepreshyt.coU.u 
prefomption trefvioléte,pourIefc[uelle?;preromptios]^J^.^^J^ 
cncores qu'il n'y eut autre preuue de confeflion^ny dcinl.no efiye- 
tefmoines , on doit neantmoins procéder à kcondé- ''5^'^'^'' J"""^ 
nation des peines Iuldites;& lulques a la? mort excluli- ;„/. cius. §.r. 
uemêt.C'ell la règle que nous deuos tenir,ofl:ât la pei- ^^f^fij^^- er 
ne de mort, & adoucir la rigueur des loix, quand on ^^ 4o^^^. c. 
procède parprcfoption.lr ne faut pas s arrefterà ceux'*^/"^^./^ 
quidifent3 qu'il ne faut condâner à peins corporelle 1^ ^''"'*.f^' 
par prcloptions pour vioktes quelles loîcnt : (ScceuX/^w'/rJ/.!. 
qui font de ccfl: aduis ont fuiui l'opinion d'Albert Gâ- ^'^'^'<^^«'<'^ 
diniSi mefmemét de Paul de Caftredeque! empefclia, y?^„;, fn^lti. 
corne il ie vante 4, de procéder à la condamnation de c.hlemB'M 
peine corporelle catrcvnaflaffin quifuttrouué ayant'^ V^'^'^'^'* 
J elpee, tortant du lieu oui on trouua ion ennemy tue fui animât. 
fraifchemét : & mefmes le père du mcurrrier auoit di r.-^''-^'^-'^^'' 
a Ion hls qu il ne retournait a la mailon, qu il n e omvt'm^coLio. de. 
des nouuclles. Et après le coup,il fuft aufii vérifié que*'^^?-^'^^/^''^''- 
fon père Taduertift de s'enfuir. L'efprithumain,di<5l:^/;7,"^f''^'° 
Paul de Cadre, ne pouuoit doubter , que le meurtrier 
ne fullceluy quiefîoitaccufé, encores queil le niaft. ^•.^'^"'''•'^^ 
Jbt neantmoins il ne tut pas puny corporellcmenr, Ecdem^lefi. ùt. 
de fait, les Doâ:eurs ^ de Bouloignefurent deccll: ad- "!' ^^--fi^p*- 

uis,& s'arrcftoient auciinement'irancienneopmion'r.l;2^r^^^^^^^^ 
des Romains, d ablouldre ou condamner du tout, ii- s'y fpys m 



DES SO RCIERS 

')iÏÏ4j»e,ad\on la loy,ou relafchcr: &c neantmoins tous font d*ad- 

SjllanutFra- • ,i r i P i • • i 

af.^A^ren.m^^^^^^^y ^ touliours dc 1 amende pecuniaue, cjuand 
l.eiHsqm§.fi. les prcfomptions font notables. Pourquoy àramen- 
slrl'î/To»^*^^^ S'ils iugent que les prefomptions ne méritent pas 
i6.col7.-\er- ^u'ott y doiuc afleoit iugemcnt , il ne faut pas les con- 
fthmodo Li. damner à raméde, attendu mefmement que celuy qui 
SAfientifitm. clt Condamne pout crmie^s 11 n a dccjuoy payerjildoit 
coll -yltM. 2. eftre puny corporellement par les loix '^ diuines ôc hu- 
coll E -^'erfii "^^^^^s. ht S ils lugent que les prclomptions violentes 
iï^>««.^fcr^ méritent peine, pourquoy font-ils doute de procéder 
^f/^/wr./cT^àla punition corporelle, mefmement quâd Tenormi- 

conjH.i^.lifo , / . ^ r 1 

frocepoll 1. te du ctimc y elt? Les luges Ôc Parlemens de ce Royau- 
lib.i.o^-cofil. me n'ont pas fuiuy les opinions des Dodeurs Italiens. 
j^^o„yj/^Cariis procéder alaconaanationde pcme corporel- ^ 
pojfprm. U.j. le pro modo probattonis ^ài en tous les crimes qui ne font 

ri Q Q 7 % 

'-lit ht 7 p2s a beaucoup près fi énormes, que ccluy dot eft que- 
6.lt.L§.^ene- ftion. Tay cogneu vn Gentil homme, que ie ne nom- 
rAhendepœ- mcray point,pour 1 Iioimeur de ceux à qui il attouche, 
jdauod,deM'<l^^ eltoit du pays du Maine lequel ayant tue de guet a 
ri/diB.f pend fon ennemy,fut trouué faifi dVne lettre efcrite à 
fon oncle, qu'il prioicde luy enuoyer argent pour fa 
remiflîon. Interrogé il dénie que foit fon efcriture. Si- 
mon Cornu Clerc du Greffe, par ordonnance de la 
Cour,le fait cfcrire:il contrefait fî bien fa lettre,qu'elle 
n'auoit aucune femblancc à celle qu'il auoit efcrite ; Il 
fut deux ans prifonnicr, &: n y auoit autre preuue:bien 
y auoit-il quelques autres prefomptions: neantmoins 
il fut condamné aux galleres pour neufans,ainfî qu'il 
J m'a confefle luy-meftnes.Tcls iugcmens font ordinai- 
res en tout ce Royaume, fans s'arrefler aux opinions 

des 



LIVRE QYATRIESME. 115 

des Docteurs Italiens. Au bas pays de Flandres, & en 
quelques lieux en Allemaigne on y procède bien au- 
trement: Car ils ont d'anciennes couftumes &ordon-' 
nances de Charlemaigne, corne ils difent, par Icfquel- 
les ils punifTent à mort fur la renomraeCjÔc fur des pre- 
fomptions bien foibles , comme ils faifoient aufli , n'a 
pas long temps , cnCarinthie ^ oùTon faifoit mourir 
fur la prcfomption , puis on faifoit le procès au mort. 
C'eftoit abufer de laluftice-.Mais le procès eftant fai6t 
Se parfait fur les prefôptions violentes, telles que nous 
auons dit, on doit procéder au iugemét de peine cor- 
porelle: autrement il ny auraiamais de punition de j 
mefchâcetez,fi on ne punit que les crimes, qu'on tou- ^' 
chc au doifft ôc à l'œil : qui cfl: vn inconuenient que le 
lurilconluitc^ amis en auantpour procéder a ia con-^^^^^/ -^ 
damnation, cncores qu'ily aye doute deplufieurs c^ni ff-l.fiînrixa, 
ont offencé, lequel doit eftrc puny. Et iaçoit qu'il ne '^^^J^Trj^ 
fuftlors qucftion que du dommage, neantmoinsla^ fîmes, 
raifon de la peine pécuniaire au cas ciuil eftfemblable 
es peines corporelles au cas criminel, &: principalemét 
aux crimes énormes, comme celuy dont eft: qucftion. 
Combien que Balde * monftrc aflez qu'on doit proce- S.BM.incu 
der à condamnation de peines corporelles par prefo-^"'''^''^.'^?' 
ptionSjquandilditA/m//^ agi in fœnis cor^oralw.auan- dumAmt, 
do eBdolm pr^ejkmptus^ (jT non ajerns.Et allègue la loy. i . 
ad L. Corneliam de ficcariis . jf. le confeffe bien qu'il vaut ' 
mieux abfouldrelecoulpable,que de condamner l'in- 
iiocent:mais ie dis que celuy qui eft conuaincu de vif- 
ues prefomptions ,n'eft pas innocent, comme celuy 
qui fut trouué l'elpee fanglantc près du meurtry., 

LLl 



DES SORCIERS 
ii*ayant autre que luy , & autres conicdVurcs , qtic 
nous auons remarquez. C'cltpourqaoy leRoy Hen- 
ry fécond lill vn Edid: en ce Royaume , fort falutaire, 
publié &:enrcgillré le quatriefmc de Mars, l'an mil 
cinq cens cinquante fix, par lequel il veut que la fem- 
me loit réputée auoir tué (on enfanr,& punie de more 
I fî elle a celé fa groflcffe, & fon enfantement:& que fon 
cnfât foie mort fans baptefme,&qu'elle n'ait prins tef^ 
moiiina^e de l'vn ou de l'autre , de ne feront creues de 
dire que l'enfant eft mort né. Ce qui a depuis efté pra- 
tiqué par plufieurs arrcftsicar non feulement les fem- 
mes perdues & defefpercesfailoiêt mourir leur fruit, 
ains auffi les Sorcières les incitoiét à ce faire. C'elt vne 
prefomtion de droit puis que l'Edidl eft Elit: &lEdi6b' 
cft fait fur la prefoption des homcs,qui eft bié vrgéte,. 
ôc no toutesfois fi grade q les prelôptions q i'ay rcmar 
quees cydcfllis. Etnonobftant cela,nonfeulemenc 
on procède à punition corporelle , ains auffi à la mort. 
Et neantmoins il fe peut faire que la femme pour con- 
feruer fon honneur, aura celé ion fruiâ:,&: fagrofTcffe- 
& fon enfanrcmenc, que l'enfant quelle euft volon- 
tiers nourry foit mort en la deliurance: mais d'autant 
qu'onaveu que (oubs celte couuerture que t'enfmt 
eftoit mortnay,on commccroit plufieurs parricides, 
i! a efté refolu lagemcnt que telle pielomption luf- 
fit pour procéder à peine de morr, pour vanger le 
fang mnocent: Car il ne faut pas pour vn inconuc- 
Q /^^,4 j^nient qui n'aduiendra pas iouuent , qu'on laifTe à 
legihf.9.sic faire vne bonne loy ° , & pour ccftc caule ie fus d'ad- 
catoàce a ^jjsqyeyne jg Muret près de Soiflons fuftcondam^ 



LIVRE QYATRIESME. iic 

née à morr, ayant celé la ^roflcflc, &: fa dcliurance, &^'"^f'«^'*''^ 
enterre lonenranc en vn lardin le mois de Mars , 1 an ç^jfiauiudr*, 
M. D. L XX VII. Et en ce cas beaucoup moindre'^"»'^''^^^*'''' 
ceux qui onccfté accu fez ci adultère^ puis abfoubsjfi J * ^^^^ 
après ils fe marient enfemble, comme ileftoit licite eo<;.coi. 
après la répudiation fe maricr.La loy veut qu'ils foicnc 
punis à toute rigueur , comme adultères, que la loy de 
Dieu condânoit à la mort:&:celuy auquel le mary a dé- 
noncé par trois fois qu'il ne frequéte la femme, s'il les 
trouue enféble fans crmie, il luy eft permis neâtmoins 
de les tucr'fans forme de iuftice.Et qui pl^ eH;,Nicolas tri.etauL. §, 
Abbé de Palermc ne veut qu'il foit licite aux luges de ^'^ f^ofte. 
diminuer la peine delà loy.qui toutesfois n'eftfondce^^°^^^^.^*^j. 
que fur prcfomptions humâmes : Car la prefomption/^^/o, moh- 
des loix , n eft rie autre chofe que prefoption liumai-^^^^'f J'^'^"-/^' 
ne de ceux qui ont raict la loy lut telles preiom-^«/.n(5. 
prions, & qui plus eft , d'vn fai6^ prefent la loy prefu- 
me le pafTéjôd fur telle prefomption procède àlacon- 
dénation de mort, comme i'ay monftré cy deflus : qui 
fait bié à notenCar tout cela n'ell fondé que fur la dif- 
ficulté qu'il y- a de trouuer les adultères cnfemble. Co- 
bien cfl: il doques plus necelfaire de procéder aux pei- 
nes corporelles quad les prefomptiôs lot violétes co- 
tre les Sorciers , ôc quâd leuidéce du fait y efl:,on doit 
procéder à la peine capitale, comme fi l'accufé de Sor- 
cellerie a efté trouue fa ifi des membres humains, mef- 
mes de petis enfans,il ne faut pas douter de procéder à 
la condemnation de mort:Car Teuidcnce du fii6l per- 
manéty eft.fil'accufé de Sorcelleric^pour guarir quel- 
cun,inuoqucleDiableàhaute voix, ou priât tout bas 

LUiiîi 



DES SORCIERS 

contre terre fon petit maiflre^commc ils parlent,reui« 
dence du fait permanent y eft : Il ne Faut pas douter de 
procéder à la peine de mort,commc fift M. lean Mar- 
tin,(jui condamna d'eftrebruflcc toute vifucvne Sor- 
cière de faindle Prcuuc, qui eftoit accufee d'auoh ren- 
du le Maçon de fainâ:ePreuue courbé &: impotent. 
Elle luy fit faire vn baingj&luy bailla trois lézards en- 
ueloppez en vn mouchoir Juy enioignant qu'il les ict» 
taft au baing,& qu'il dit^Va de par le DiablerCar l'in- 
uoeation du Diable eft vnedeteftable idolâtrie, de ce 
feul poin6l fuffifoit,pour la conuaincre,encores qu'el- 
le ne confelîafl: rien,& qu'il n y eut aucune preuuc,d'a- 
uoir rendu le Maçon impotent. Car plufieurs cftcnt le 
charme & maladie donné par les autres Sorciers ; II- 
faut procéder auffi contre ceux-là, fionvoid que les 
remèdes qu'ils appliquent ne foient naturels 5 ny con- 
uenablescommeîes trois lézards, qui ne forent onc- 
ques depuis trouuez aubaing. Et comme la Sorcière 
d'Angiers, de laquelle nousauons touché, qui vfoit 
3^n<o^,/«é>. pour guérir, dcceruelledechats qui eft vne violente 
de m. ptMc. poiron,& de teftc de corbeaux, ôc autres ordures. Si a- 

C.Lucci Pend, l ' ^ . ^ . 

î.i,w/.8.>nuec autres preiomptions &c miormations , on doit 
éj}uletft,prm proccdcr à punition corporelle. Et s'il adulent que la 
Ukii.cod. ' Sorcière inuoquc ou appelle le Diable, il fautproce- 
^.ii.fae. de der fans doubte à condcmnation de mort pour les rai- 
'""^rTur fonsfufdides : & non pas feulement de mort, ainsi! 
fit texûnc.ft- tant Condamner tclsmoftresacftrebrufleztous vifs,. 



euti 



^'^ff'^fuyuant la couftumep-encraicjobfcrucedetoutean- 
i.^.7.c^/« f. cicnnete en toute la Ghreftiete : de laquelle coulturac 
mor.^oJifl, Scloy generalle , le luge ne fe doibt départir ne dero-^ 
ger àicelle, ny diminuer la peine^s'il n*y a grade ôc vr^ 



EIVRE QVATRIESME. 217 
gcnte raifon.Car la loy dit, que c'eft tout vn diminuer ^.•[•J^*'^'" 
ou remettre du tout la peine ; & qui plus eft , hloy ^.Lfemosf ne 
tient le luse pour coulpable, qui remet ou diminue la^^^'/';f^-5* 

111 T^ r T 1 • 1- fiem aliénât. 

peme de la loy. Etjtludex non^indicatrepertiim^tegereff^jf^^j^-^ 
"vt confcif^ criminofafeBinat.Etpâffc encores plus outre: ^»d.inm^' 
Car ellenote d'infamie le iuge pour ceftc caufe.Et <\^^Z -yérbl^eod 
plus eftjla loy veut qu'on punifTe decofifcation celuy Pmor.inf. a 
qui remet ou diminue la peine de laloy -.<? ôc quelques- ^'j-^^^-'^l^- '• 
lois d exil; ^ & d autres peines ^ leton la variété des cas, offjele.^m, 
iufques à punir les iuges de mefmes peines que le coul-./^^<^- 77- loa: 
pable,& conueincu,leroitpuny,commc dit la loy' en^^n^.^^ ^^^ 
en ces termes jnijî ipje pati vclit auodalik dïfsimuUndo co- C.Text.m d. l, 
ce/?/r.Et a ce propos André Ifernidi6bque Charles de'' y^f^-.^f 
France premier de ce nom Roy deNaples,hil: pendre «'o/ro.Kî. 
le iucrc qui auoit condamné lemeurtrier de o-uet à péd^'-^:/^^'^'-'"^'' 
d aiioir la main coupée leulement. Et s ileit ainîi que-^,/ neauemil 
leiugceftcoulpablc, &doit fouffrir la peine de IcÇQnequefœdere. 
maiefté, qui a remis ou diminué la peine de lefc Maie-^^y^^^^^ 
lié comme did: la loy, combien plus eflrcoulpable \cu.dcmonof>, 
luge qui remet ou diminue la peine de celuy quieft^'j-^^"^^/^" 
coulpable de lefe maicdé diuine?Et la raifon fort pcv-fepuic.. \ioC- 
tinenteeftcnGicero quidit ainfi: NonifiumVerrem^'Grl.fra- 
mams injejceuc-s conccpijje ycum fana woUaret ^cum tôt homi^ ^^ ^-^ ^ ^ 
nés innocentes nccaret^cum dues Romanos morte ^ cruciatH,jmbl.Ltit. c, 
cruce afficcret : cum pr^dones accepta pècunia dimitteretMua f "''• "^rV^'^f 
eos quiijtpim tot^tantis^tam nefariisjcelcrib'ds compa'ttm m^femisfuo^i. c, 
ratifententiafua liherarent. Autant peut on dire de ceux 'J-^-j^'^^l^M 
qui enuoyent abfoulres les Sorcières (encores qu'elles^^^^^)^^^^^^^ 
foyentconueincues) ôc difécpour toute excufe qn ils i-firji.c,i, u. 
îïe peuusnt croire ce qu'on did , qu'ils merirenr^|^Y5;^'. 

LLl iijA 



DES SORCIERS 
la mort.Car c'cll reuoqu er en cloute la loy de Dieu,& 
toutes les loix humai!ies,& hili:c)ires,Ô<: exccutiôs in- 
finies far ce faidlcs depujs i.ou trois mil aiiSj&dôncr 
impunité à tous Sorcicrs.Sionmcdiâ:,que tous cri- 
mes en ce Royaume font arbitraires : le l'accorde s'il 
n'y a peine de mort limitée par edit ou parcouftume. 
Or par la couftume tref-ancienne les Sorciers en tou- 
te l'Europe font condamnez à c/lfcbruflez tous vifs. 
Nous auons parle principalemét des Sorciers qui ont 
padion iurcc& focietéexpreiïeaucc le Diable. Mais 
il y a d'autres fortes de Sorciers, defquels nous auons 
difcouru au fécond liurc,qui ne font pas (î deteftables, 
& neantmoins qui ont part auec lediabîe par allions 
diaboliques: comme les noueurs d'aiguillettes qui eft 
vne melchanceté damnable : ôc iaçoit qu'il y en a qui 
lefontfansauoircLî conuentionexprefîe, ny focieté 
aueclediable.Sieft-ceql'a^Slioenfoy cft diabolique, 
^■?f^'**,^^''f & mérite peine capital e.i Carceluy qui en vfe.nepeut 

adhoc litus.l. . i r • • i i i i ) »^- i 

dej^nuat.car- Hier qu'ii ne loit violatcut dcLiloy de Dieu& de natu- 
cenh.c. cr l rc^d'empefclicr le faid de mariage ordonné par la loy 
■iioiX'iMt. de Dieu. Car de cela il aduient qu'il faut' rôpre les ma- 
^^/./«/.^«•>/riagcs,&:pour]emoins les tenir en ll:erilité,qui eil en 
^n '^'''C^•|^3QJ^5^gJ.J^ j^ facrileee. Ne peut aufTinier qu'il ne 

id f.iarfftt.i. loit homicide:car ceiuy n clt pas moins homicide qui 
C4.i>hjefri- empefchc la procréation des enfansj que s'il leur cou- 
j^^frjor-poiï^l^ gorge. En troilielmelicu il olte i'amitie mu- 



can. 



rwr/.jj.^.S. tuelle du mariage qui eft le facré lié de nature & de fo- 
cieté humaine,& y met la haine capitale. Car ordinai- 
rcmétces noueurs mettct vne haine capitale entre les 
deux conioints.En quatriefme lieu ccfte liaifon fe fait 



LIVRRE qyATRIESME. 118 

au mcfme inllâc que le miniftre pronôcc les Saindles 
paroles & qu'vn chacun doit ellrc ententif à Dieu,ce- 
luy qui noue,vienc entre- 'méfier des paroles ôc mifi:e- 
res diaboliques, qui efi: vne impieté detcftable.En cin- 
quiefmelieu il eil caufe des adultères ôc paillardifes 
qui s'en cnfuyent. Car ceux qui (ont liez bruflans de 
eupiditéjl'vn auprès de l'autre^vont adultérer. Enfix- 
iefmelicUjilen aduientauflîplufieurs meurtres com- 
mis en la perfonne de ceux qu'on foupçonneauoir 
faict^qui bien fouuent n'y ont pas penfé. Voyla donc 
cinq ou fix crimes qui fe commettent en nouant les 
perlonnesjlefquels i'ay remarquez , à fin que les iuges 
qui font prendre les coupeurs de bourfes , ne laififent 
pas celle mefchanceté capitale impunie: comme fift 
vniuge de Niort, lequel mit en prifon vne femme,, 
qui par tel moyen auoir empefché Ta voifineau fait de 
mariage contracté {urlarcquefi:e& dilationde ceux,, 
qui fe trouuoient empefclicz, la menaçant , qu'elle ne 
fortiroitiamais qu'elle n'euilollérépelchcméc.Trois 
iours appreselle fiildireauxnouueaux mariez, qu'ils 
Gouchairentenféblc fetrouuâsdeflicz.llsen aduertirét 
le iuge,qui lafcha la prilonnierc fans autre peine , par 
ce que plulieurs & iufques aux enfms en fonr meltier. 
Il eli doncbeloin puis que ce crime pullule, 5«: qui soc 
lescommencemcns &c fondemens des Sorciers , de 
procéder par peines capitales contre ce crime, qui eil: 
diredlement contre la loy de Dieu & de nature. Et fi 
quelqu'vn eit furpris voulât lier les perfonnes,ou qu'il 
fbit vérifie qu'il a faid la liai fon, qui n'apoint (brty ef- 
£ed;(Car ceux qui ont la crainte de Dieu, nepeuuent^ ? 



DES SORCIERS 

cftre liez) pour la première fois méritent le fouet,& la 

Tnarqucdufer chaud.Carfi celuy quiaverfc lapoiso, 

qui n'a point forty effcd^cfl: puny de la peine des ho- 

^.l.iA. prêter micidcs, comme la loy y eft formelle, 3 & la decifion 

ea.l.euifdcyde ^ç^^ Dodeuts : & oLii plus eft ccluy quiaefté trouué 

/./ïtf^wwo/j'^i^iiy,^ quia vendu,ouachcptedespoiions,cit tenu 

dic4m,d£Epi- de la peine des homicides: & fi celuy qui attête de vio- 

jcopc. 1er la pudicité d'vne relieieufefans efFed:,eft condam- 

j.D. 1. 1.^ l. ne a mort , 4 ou il n y a qu vne elpece de crime;aplus 

'^'^'/^f'f^f'foïtc raifon les licurs d'ef^uillcrtes ayant faid: tout ce 

C.l.yltdem' . n ' l- i--n 

Ma-yidniu. ^^^^ eltoit en eux pour Jier,nc doiuet eltre quites pour 
^- - le fouet , attendu mcfmement l'atrocité du crime, ôc 

4. . jt^uis ^^ j^^ Do6beurs demeurer d'accord ^ que TefFort fans 

non dicd > c^ i J 

in l. I. ad L effeâ: es crimes atroces doit cftre puny capitalcment. 

Cor. défi. fae£^ pat l'ordounance publiée alarcquefte des cftats 

f'/«V/ic»;?^;f5. de France à Blois article lî? 5. ileftdidque ceux quia 
pris d'argent fe louét pour tuer,outrager,ou recouurer 
prifonniers pour crime,& ceux qui les auroient louez 
ou induits pour ce faire la feule machinatio &attainc 
fera puny de peine de mort, cncores que l'effed n'en 
foit enfuyui,fans elpcrance de grâce ny remiffion: co- 
rne de fait il fut pratiqué a Moulins contre vn alî'affin 
italien qui confefTaeftrevenua pris d'argent en Frâ- 
cc pour tucrvn Seigneur, fans effort nycffedt il futpé- 
du & eftranglé.Et qui plus eft,ils demeurent d'accord 
qu'au crime de lefe maiefté,raffe6lion & volonté, eft 

^./»/.fo^/>4- punie capitalcment ^ comme de faid il fe pratique. 

tiomsde{,œn. j'^y j^Sftfé qu'il y a Crime de lefe maiefté diuine.fouil- 

Cribi.DoH,., '' 1 r ^ • r ii j- 

7.Li.i?rincJe^^^t les lacremeus OU prieres lacrecs de charmes dia- 
exfraord. cri. boUqucs.Iaçoit qu'és autres crimes l'jsfïbrt foit moins 

puny 



LIVRE QVATRIESME. 219 

puny que l'eiFed^.Ce que i ay dit dcrcIFort des lieurs, mimkf.wn. 
seftend par identité de raifons aux Sorciers qui ont^'^Trî^W 
icttc le Sort , ou grefle les portes, encorcs que pcrfon- in Li.§.h^cau 
ne n'en foit morc.Veu mefmes que la Loy veut que ce-^^'ff^"^. l'jjf" 

1 ' n /îr-r • i /ii-r mienmsjf. 

iuy qui clt trouue laid , ou qui a acheté de la poilon i^iexa. coftl. 
fansautrecffecSt, foit tenu de la peine des homicides. ponderatM. i^ 
Les autres lortes de Sorcelleries, qui feront pour Iça-^^^/^^^^^^ 
uoirleschofes futures, comme eft la Géomancie, Se chmM.yIimit. 
autres femblables, que nous auons touchées aufecod<^''f'^'''Ç''*' 

^ . . . t^y- tn jum. 

liure, attendu que toutes telles fortes dediuinations^e/W«r. /«^. 

fontdiaboliques, &inuentions du Diable, défendues ^^^^''^^''i^ 
par la parole de Dicu,& ceux qui s en melieront, oC criadl. aaml.ff. 
feront conuaincus , pour la première fois doiuét eftre c^poLin re- 
condamnez en amendes pécuniaires ôc honorab!es,{f'V{''<^!,"~ 
puis pour la féconde fois au fouet & marquez: &: pour //««^ m cd. ex 
la troifiefme pendus. Et quant à ceux qui font profef- ^'^"'"'''.f^^T 
iiondcguarir en oltant le charme, comme ils dilent,yï/. 5^. cafus 
ou par moyens diaboliques chaffcnt la tempefte, ôc'^^^"'^'^-^-/"- 

ri I 1 e n Til B.LiJefuar^ 

empelchentlespluyes&greiies. La loy ncveutpas^ / 
qu'ils ioiet punis, mais ie tiens que tels médecins doi-^-.l.iJemaîe'^'^ 
uent eftre interrogez , ôc vifitez pour fçauoir s'ils font-^^*^" * 
Sorciers:& fi on ne trouue la preuue, il leur faut faire 
defenfes fur peine de punition corporelle defemcfler 
de médecines,^ auoir l'œil de près fur eux: & quand à 
la Chiromantie,qui eft ordinaire de ceux qui par les li- 
gnes des mains fe meflent dédire la bonne aduenture, 
que ceux qui en feront meftier^ comme il y en a,pour 
la première fois leur foit faide dcfen(èd'en vfcrplus 
fur peine arbitraire, Scncantmoins que les Hures de ' ■ 

Chiromantie ôc Geomantie qui fe vendent partout, 

M Mm 



h 



DES SORCIERS 

foicntbruflez,auecdef:cnccs aux imprimeurs &: librai- 
res d'en imprimer, ou cxpoferen vcte fur peine à ceux 
qui en feront trouucz faifis pour la première fois d*e- 
ftre punis par amendes pécuniaires : & pour la fécon- 
de, paramendes honorables. Et à fin qu'on ne préten- 
de caufc d'ignorance, il (croit bien ncceflaire de fpcci- 
fier les auteurs par le mcnu,&: tp il foit enioind: à cous 
luges de bruflei fur lecham tous les liuresdeMagiCy 
qui fe trouucronc en faifant les inuenraires. Ce que 
ilc^t.famil. mefmcs les luges Paycns faifoicnt^fms les mettrecii 
hjrafcun.U parragc : ô^: comme nousMifons vHijiI fut faid en E- 
lihros. phclc, au temps delà primitiue Êglile. Carie trouuc 

^.^ci.^^o. qye Içs anciens ont puny capitalement telles impieter 
que les Chrclliens paffent par diffimularion. comme 
i.^^mmun. nous Iifons de Aphrouius ' Preuoll: de Romme, qui 

MarccUt 3,6. i ni ' r t I • ■ f 

condamna a la mort vn nomme Hilnnus, q.ui rut con- 
uaincu d'auoir baillé (on fils pour inllruirc z vn Sor- 
cier: & fut tire de l'Eglifc pour cllre mis à mort, fuiuat 
i.?.4.//w4- les termes de la loy 2-, Culpam jimtlem ejje tam prohibita 
lejîc.cod. difcerCj^atiàmclocere. Nous lifons aufli' que l'Empereur 
liT.'^s'o7om.^^^^^^ ayant Tçcu que lambliquc auoit cherché par 
/»6.(r.^y. N;- Aledlriomantie, qui feroit Empereur après luy , en 
eeph.hbi:.c.\ faifant fa foffc dcuant fa mort,, fifl: mourir tous 

4;. Zonarx, / n ' 1 Ll f 

B.^. w^iuccux qui en elroient coulpabics , ou loupçonnez,. 
ralentis, comme nous auons remarc|uc cy deuant . Et qui plus 
^^y^^Z/'ip ett, vn nomme Ballianus rut puny par conhlcatioa 
de tous Qt.^ biens pour seitre enquis aux diuins (ifa 
femme efl enceinte d'vn fils ou tfvne fille. Vn au- 
4.^riff^W/« crc nomme Lollianus'^ fort ieune fut bannv ,& foa 
^•i«>- biea confili^ué pour auoir ttanfcrit vn liure de Ma.- 



LIVRE QVATRIESME. 230 
gicSrvn autre ' prcftigiateur,falcinanc les yeux des ^.Nicetustt^, 
aflidans, fut condamné d'eftre aueuglé : il s'appelloit "^^ 
Sicitidcs, par la loy de Dieu il mcriroïc la mort . Car il 
cft indubicabic que les preftigiarcurs ôc charmeurs 
ont padlioncxprcflcauec le Diable, ^ tous ceux cjui 
l'exercent la Necromantie,Pfichagogiej Goetie & au- 
tres femblables. Quant à l' Aftrologie naturelle, &: co- 
gnoifTance d'icclle , dautât que par icelle on cognoift 
les merueilles de Dieu Je cours des luminaires ccleftes, 
les ans, les faifons,ioind: auflî qu'elle eft neceflaire aux 
Médecins j &: à IVfàge des inftrumcnts Mecheori- 
<jues,il nefautpaslameder aucc les autres: mais bien 
cmpefcher l'abus de ceux qui font profcfTionde di- 
uiner l'eftat Se la vie des perfonnes , qui attire après 
foyvne défiance de Dieu Ôcimpietc. Ceftpourquoy 
la plus belle fcicnce du monde a efté blafmec, en forte 
quelemot d'Allrologus, &Matliematicus, &Chal- 
deusésloix fouuent font prins pour Sorciers^: Mais (jj.i.^f;;,4. 
il ne faut pas reierrer les belles fciences pour l'abus: ^eA'^-C7-M4- 

• I r I 1 • j 1 ^ c thematj item 

autrement il lauldroit condamner tous les arts, ^ ^p,^^^ n.,tif 

fciences du monde , voire la Loy de Dieu. Mais Wâjlrolo.dem- 

y a de grands perfonnaecs qui pour n'auoir p^s (e- "!"^'f: ' 

/Il r, r l'A n j 1 1» 1 • <^-c ^^'tfi<:-Cr 

pare le droict vlage d Altrologic de labus , ont n- Mathema. s. 

rc plufieurs en erreur : c'eft à fçauoir , Ichan Fran- ^^'^^^''^ •['•'• 

çois Pic, Prince de la Mirande, qui l'a blafnieeou-JJJ^^^^;^/^ 

tre mcfure , & Philippe Mclandhon , qui s'eft parfvww/o^/Vi 

trop arrcftéàrAftroIogiediuinatrice. Les Egyptiens J^'^^"!'^^^^^ 

ne pouuans ofter l'abus , ny deffcndre la Çcicncc ^Taj^thoien^t. 

faUaycnt payer vn^^imooftà tous ceux qui dcman- <^^"^^^'*^ 

doycntconlcilauxAltrologuesdiuins, quon appel-' 

MM m ij 



DES SORCIERS 
toit Blafêunomion, comme c]ui diroicje trcage des 
fols , comme font encorcs ceux qui demandent con- 
feilà vn tas de larrons & voleurs, qu'on appelle Egy- 
ptiens, qui font pour la plufpart Sorciers, cômc il s'eft 
trouué en pludeurs procez. Brief, en toutes chofes ou 
rcfprit humain eft efirayé de crainte (uperftiticufe, ou 
retiré de la fiance dvn feul Dieu, pour adhérer aux va- 
nitez quelle qu elle foiétjDieu y ell offenfé,& eft vraie 
idolâtrie: (5c pour cefte cauie les Payens mefmes dccer- 
j.I.ftfjUMah noient ' f^rande peine contre ceux-là, commenous li- 
^Hu epœnis ç^^^ |^ Conftitution dc Marc Aurele portât ces mots». 
i.funtfi^du^fiauiS dliauid jccevit qno Icu^ ammijkperjlitione terreau- | 
de extraordi- ^^^^ Diuiis Adarctis m infuldm rcleq-andum himc refcrtpfit. | 
l,ifs. Celtpourquoy il raut bien prendre garde a la diltm- 

x.l.ftfùsali^ dlion de Sortilèges , pour iugcr l'enormité 6c grauité 
ni'f. ^^^ d'entre les Sorciers, qui ont conucntion cxpreffeauec 
le Diable, & ceux qui vfent dc ligatures Vautres arts 
de Sortilèges. Car il y en a qui ne fc peuuent ofter, ny 
punir par les magiftrats, comme la fuperftition de plu- 
fieurs perfonnes de ne filer par les champs, que les 
Payens craigrioicnt,&craignoientau(Ii de faigner de 
la narine feneftre,ou de r encocrer vnc femme encein- 
te deuantdeficuner. Mais la fuperftition eft bien plus 
grande de porter des rolleaux de papiers pendus au 
coljOiî Ihoftie confacrce en fa pochette : Comme fii- 
foit le Prefident Gentil ^ qui fut trouué faifi d'vne ho- 
ftic parle bourreau qui le pendit à Mont-faucon;<5c au- 
tres luperfticions femblables quel'Efcriture laind:e,&: 
le Rabbin Maymon met entre les façons des Amor- 
îiieans ^ q^u'elle appelle, "vias %^ morrheorum ^.qui font 



LIVRE QVATRIESME. 23^ 
cftroittcmcntdeffcnduesparlaloy de Dieu , &Pro- 
pheces,pour la dcfiance,cju il y a enuers Dieu,& idolâ- 
trie enuers les créatures. Cela ne fc peut corriger, que 
par la parole de Dieuimais bien le magiftrat doit cha- j 
ftier les Sarlatans & porteurs de billets qui vendét ces I 
fumées là,& les bannir du pays:Car s'il eft ainfi que les 
Empereurs Payens ayent banny ceux qui faifoient 
telles choCcSyquo leues animï ^Juperflitione tnrcantur, que 8. 1 Ifi t^fds 
doiuent faire les Chreftiens enuers ceux-là, ou qui Qo-^^^T^f^^^t^ 
trefont les eiprits,comme on fift à Orléans, &: àBer- 
? ne?Il ny a doute que ceux-là ne meritaiïent la mort^ 
comme aufli ceux de Berne furent exécutez à mort,& 
en cas pareil de faird pleurer les crucifix,ainfi qu'o fift 
à Murer près Thouloufe , & en Picardie, ôr en la ville 
d'Orléans à làm6l Pierre des puilliers : Mais quelque 
pourfuittc qu'on ait fait,cela eft demeuré impuny co- 
rne en cas pareil ces bons moynes qui font adorer le 
corps mort de leur cuifinier pour le corps dVnfaind:. 
Or c'eft double impieté en la perlonne de ceux qui 
font preftres& palpeurs. Mais l'impiété eft beaucoup 
plus grande,. quandlePrcftreoulcpafteur à pa6lion 
auec Sac!ian,&: qu'il faid d Vn facrifice vne Sorcellerie 
deteftable.Car tous les Théologiens demeurent d'ac- 
Gord,quelePreftreneconfàcrepoin6t, s'il n'a inten- 
tion de conficrer , encorcs qu'il prononce les mots 
facramentaux : ôcdefaidily eut vn Curé de Sainâ: 
îean le petit à Lyon , lequel fut bruflé vif l'an mil cinq 
cens quarante huid:,pour auoir dit,ce que depuisil cô^ 
fcflacniugement , qu'il ne confacroit point l'hoftis 
quand il difoit la MeiTc, pour faire damner fcs p'aroif- 

M M m iij 



DESSORCIERS 

fies corne il difoir à caufc dVn proccz qu'il auoit cotre 

eux. Combien doncqucs cft plus puniflable le prc- 

ftre Sorcier qui au lieu de confacrcr , blafphemc exc- 

9.//".ii,</f/f^.crablcment.C'eftpourquoy Platon^ le premier entre 

les loix en a fait vnc qui veut que lePrcltre Sorcier iâs 

I remiffion foit mis à mort,car l'enormitc de la Sorcel- 

I lerieeft beaucoup plus atroce en ccluy qui manie les 

chofcs facrecs.Car au lieu de les fan(5lifier il pollue , il 

fouille j il blafphemc cxecrablemcnt, comme le cure 

de SoiflbnSjduqucl parle Froiflard qui baptiia vn cra- 

^ . paut j & luy bailla l'hoftic confacrce.il fut bruflé tout 

cler. fx /of/7. Vit lanss'arreltcr aux canons^ qui ex communient Icu- 

-^"'■fCT- ^5 lemait les prcftrcs Sorciers. Il cftvray qu'on peut di- 

*Jf^th7nfh ^^ S"^ ^'^^ ^^ pejne ecclefiaftiquc, qui ne faià aucun 

crf^w./fw/^preiudice aux peines des Magiflrats lais. Or tout ainfi 

^^^'■^^■'^^'''^"' que par proportion de iuftice harmonique, la peine 

efl plus grande , & le crime aggraué pour la qualité 

dcsperfonnes , comme le Médecin qui cmpoifonnc 

le tuteur qui viole fa pupille , leiugc quifaicSt iniure, 

le notaire qui commet faufetc, l'orfcure quifaid: de 

la faufemonnoye, le vallal quitrahift fon Seigneur, 

le Citoyen , qui vend fa patrie , le fubied qui tue 

fon princcjle Prince qui manque de (a foy ,font beau- 

d!fîn'u£-^^^P ^plus puniflables , 6c généralement tous ceux 

dam. ^<';/r». qui faillent en leur office , aulïi le prcftre Sorcier eft 

/.rfcor». i.i. non feulement plus mefchant que tous ceux-là , ains 

p-jj^ ^^/^auffîplusdeteftableque tous les autres Sorciers qui 

sJi.idc. Are ne font poind: preftres. Car ccftuy ' cy eft deferteur 

r * ^"""^ ^de fon Dieu pour s'abandonner au diable, &: prodi- 

1,1 ^resh^ter, taxi des chofcs facrees , quil deuoitfur cous garder 



LTVRRE QiyATRlESME. 132, 

fa'n(5temetu &:inuiolablemenc.EtparainriIepreftre,''*^#-C- ^' 
ou muiilircqui fera actaindt , &C conuaincu d'auoir?"^ 'J^"/ 
vfé des Sondes par mirouerSjOuanneauXjOU haches, 47^.cr 665? 
ouramis, ou aunes chofes icmblablcs , cjui fc font ^"^^^^^'Z*^"" 
mcfmcslans cxpreflcinuocation du Diable mérite l3,„J.Vf/./»f. 
mort : & les autres d'eftrc bannis . Es autres cii- P'^P-^^^^^^f' 
mes , horfmis les iortilegcs , ôc les iacrilcges , ce 
n'efl pas la raifonquclc prellrc foit puny fi gricfuc- 
ment : Mais la dignité de la perfonne doibt amoin- 
drir la peine : & celuy quioffencclcspreftrcs &c mi- 
niftres de Dieu , doit eltrc puny plusgriefucment, 
que pour tous les autres : d'autant que fa dignité 
■* cii: plus grande , & doit eftre fa perfonne facreCy&T'*''^'^'''"^^** 
inuiolable. Mais auffi quand il s'oublie iufqucs à huit^flT'' 
defe dcdier à Sathan,la peine ne peut cftrcaflez gra- 
de: Car il s*eft trouué en infinie proccz. que les Sor- 
ciers bien fouuent font preftres , ou Qia'ils ont intelli- 
gence aueclcsprellres : & par argent ou parfaueurs 
ils font induits à dire des mciicspour les Sorciers, & 
les accommodent d'hofties ^ ou bien ils con(acrent 
du parchemin vierge , ou bien ils mettent des an- 
lîeaux ^ lames charaderifecs^, ou autres cho(cs fem- 
blables furl'auteLoudcflbus leslinges,CQmme il c'eft 
trouué fouucnt,&: n'a pas longtemps^ qu'on y â fur- 
prrns vn Curé,qui aeuadé,ayant bongarand , qui luy 
auoir baillé vn anneaupour mettre foubs les linges de 
l'aurcl quand il diroit fa mcflc.Aprcs les prcitrcsÂ: mi- 
niftresde DieUjIes magiftrats<:[ui font gardes &depo- 
fitaires de la luOiccJoîuenreftre recherchez, & punis 
à la rigueur s'il s'en trouuc.Gar s'il y a vn Magiilraî , il 



DES SO RCIERS 
fera toufiours euader les Sorciers, &c maintiendra par 
ce moyen le règne de Sathan:Et la première préem- 
ption contre le magiftrat qu'il cil Sorcier, eft quand il 
fe mocque de telles Sorcellerics.Car fous voile de rifcc 
il couue fa poifon morrc-!le,i'ay did: par cy deuant que 
IVn des premiers d Vne court fouueraine auoit accoa- 
ftumé de faire efcliaper tousiesSorciers,&: fe moquoit 
au raport de leurs proces:&: après fa mort il fut accufé 
par l'aueugle des quinze vingts d'auoir efté Sorcier. 
Or tout ainfi que Solon ordonna que fî les Areopa- 
[ gites,qui eftoient gardes des loix,les auoient cnfrain- 
* tcs,feroient tenus payer vne ftatuc d'or de leur pefan- 
fjnselonc. teur^comme di6î: Plutarquc^ auffi faut-il que le Magi- 
firatSorcier,qui doit punir lesSorciers,ou qui les faid: 
euader foit puny à la rigueur:car par la fouffrance des 
iugcs cefle vermine a fî bié multiplié, que Des-efchel- 
les dill au Roy Charles ncufiefmc qu'il y en auoit plus 
de trois cens mille en ce Royaume. Et puis après les 
Courtifans Sorciers doiuent eftre lans difcretion de 
É.lnemoarti- Icut qualité, commc did la loy,*^ cxpofez aux tourmé^ 
fiicemJe w^niens.Etnon fàns caufclaloy a voulu punit rigouteu- 
9<^-^' fement les Sorciers delà Cour.-car il ne faut qu'vn Sor- 
cier Courtizan pour gafter tous les Princes ôc Dames 
qui fuiucnt la cour , & infeder le Prince fouuerain, 
pour la curiofité que les grands Seigneurs ont de voir 
6i fçauoir les preftiges des Sorciers , eftimans que par 
cemoyen ils feront grandes cliofes. Auflî Sathan n a 
rien en plus grande recommandation que d y attirer 
lés PriiiceSjCar depuis qu'ils font plongez, c'eft d'exé- 
cuter la volonté de Sathan , fc mocquer de toute reli- 
gion. 



LIVRE QVATRIESME. 533 
gion,monftrer exemple aux fuiets de toutes paillardi- 
Tes^ inccftes,parricides,cruautez, exactions, mouuoir 
des {éditions entre les fuiets , ou guerres ciuiles , pour 
voirl'cfFufîondefang, & faire facrificeau diable qui 
neluyeftpoindplusaggreablequedu fang innocéc. 
Et donner srace de toutes mefchancetez. Car il veut 
conferuer les mefchans. Apres ceux là on peut mettre 
les mères, qui meinent leurs filles aux affemblées dia- 
boliques; ôc quât aux filles fi elles ont accufé leurs mè- 
res auparauât,qu'elles fuflent preucnues, elles meritét 
pardon,par double raifon : tant pour auoir accufé le 
Tai6tjque pour la repentance;fi après eftre preuenues, 
il fuffira des verges^fi elles font en bas aage & penité- 
tes:Et neantmoins il eft befoin qu elles foiét mifcs en 
la garde de quelque Sage matrone, pour les inftiruer. 
Car combien que la minorité ne mérite poin6lde fa- 
ucur,quand il eft qucftion de punir les forfai6ls:fi efl- 
cCjdit la *loy,qu'on y doit procéder auec quelque rc- iXi.ftactuer* 
lâche de la rigueur des loix, mefmement^ fi le mineur/" ^.^^'^•<^-^- 
efl au deffous dedixhui6tans.Mais s'il n'a rien voulu ^^^^/^^ 
confefTer des payions expreffcs, & d auoir aflifté aux ^.duth.ficdpti 
affemblees desSorciers^à qullfbitconuaincu parau-'^''^î'"<^ ; 
treSjiidoit eltremis a mort : car en celaiimonltrc i^c.uc.^renA 
ferme, & arrefté propos qu'il a auec les diables. Car la •^'*^-'«^-/?«^ 
^loy condamne a mort 1 entant qui napasattainct i^dcyi.c.ph^L 
puberté pour n auoir pas crié quâdontuoit fon mai-co''<^<'»p47 
lire & n'auoir pas déclaré les meurtriers , corne en cas ^ jj* • — 
pareil fut pendu & cftranglé vn ieune enfant aagé dctwad syl.ff. 
onze ans,qui auoit tué d vn coup de pierre vne fille, & 
l'auoit cachée. Il fut trainé fur vne claye au gibet par 

NNn 



DES SORCIERS 
arrefl: de parlement, donné Tan mil trois cens cinquan- 
te & quatre. A plus forte raifon doit l'enfant Sorcier, 
qui aattaindb la puberté cftre mis à mort, s'il n'a dé- 
claré les adèmblees aucc les Diables^ mefmemct citât 
preuenuj& qu'il foir conueincu,ne voulant rien con- 
fefTer.Car combien que les pcrcs & mercs Sorciers co- 
fàcrent&: dédient leurs enfans aux Diables , lesvnsfi 
toll qu'ils (ont forcis , les autres deuant quefbrtir du 
ventre de la mere:>fi ell-ccque i'ay monftré cy deuanr, 
que les diables ne font point de pa6bion expreflc aucc 
les enfans,qui leur font voucz^s'ils n'ont attaint laage 
de pubertéjCommei'ayapprins par les interrogatoi- 
res de lanne Haruillier,qui depofa que fa merc,qui la^ 
uoitdedieeà Sathan fi toft qu'elle fuftnce,nc la maria 
poinéb auec Sathan,ny Sathan ne demanda poinâ: fa 
copulation, Ô<: renonciation à Dieu,&à toute religion 
qu'elle n'euft attaint l'aage de douze ans. Et en cas fcm 
blable Magdalcine de la Croix, AbbeiTc des Moniales 
de Courdoue en tipaigne confelTa^que Sathan n'cufl 
point copulationy cognorlfance d'elle , qu'elle n'euft 
douze ans,qui efl: l'aage de cognoiffancermais bien on 
pourra modérer la peine de feu,à laquelle ceux qui foc 
^•^*'''^**''*'^ en aagcdoiuét cftre condanez, & ne faut point en ce 
^uoâ dute^i. cas 11 exécrable , que la peine loit diminuée pour l'im- 
^.i.c^un. becillitéoufraeilitcdu fexcdes femmes, fiel les ne fc 

•ylt.Je pan, o ' Il • i^- 

iVfw^ 7. fi repentent, &qu elles muoquent Dieu aucc vnevraye 
c.t.fin.de con rcpencancc r auquel cas la peine du feu doit cftre oftee: 
cluJcnton i'J^qu^ ^ ce que celle qui c eft repentie, foit (uffoquee 
3utr. Jm.Te. OU cftranglccrMais quiconques perfittera en la pa6tia 
^^y''^"^[ qu'il a auec la diable fans aucune repcntance, com- 



J.Theol.i 



LIVRE QVATRIESME. 134 
me font la plufpart, il faut procéder à la peine du feu. 49 ^w-^- 
Etncfaucpas vjuelebapuelme, &larcpcntancc , qui^ ^^•^^^'^" 
peut aucunement diminuer la peine :, "^ ofte la peine ««liw/oro/^w 
dedroid &c de la Loy de Dieu, qui efl capitale qui^^i- ^^' 
ne peutpar pemtencequelle qu elle loit,eltreabo- j//pç. ^j^^^. 
lie : auis pluftollt l'Eglife &: le droicSl canon veut & en- (xtturum,(le 
tend entretenir la iuftice. ' Ceft pourquoy tous les^^'J-^ ^^ 
Canonifles y demeurent d'accord,que celuy qui a fait ^.cA.iJedîie. 
pénitence de fon crime , peutcftreaccufc& puny en^?'''^î!^^^' 
Courlayc : caxl'abfolution de l'Eglife ne faid aucun uni. pUcet\ 
preiudice au bras feculier,comme diél Balde. ' Enco- ^<^hr<f^»^' 
res la plufpart ' des Dodbeurs en droid: Ciuil & Cano ^^coicùu 
tiennent,quela repentance pour grande qu'elle puif-^^'»^-*^'»»- 
fe efl:re,ne diminue rienqui foit de la rigueur de la pei- T'^'^^'^//^* 
ne eftablieparlesIoiXjCommeDeciusefcritjqu'il (at c^- Hofie. in 
iuc^e contre vn Iuif,qui voulut fe faire Chreftien.pour "^'•'^/'•M^''- 
dimmuerlapemeducrime quil a'ioit commis: mais ^«^^.P^^oy;^. 
leMagiftrat dePadoue ne diminua nen de la peine/" '^'«/'X'*"^* 
fuiuant l'aduis de tous les Doâ:eurs . Auili ell-cc lad- X'^'/^^Lor " 
uis des Théologiens : ^ & melmes la loy de Dieu zMamn. cr 
voulu que le meurtrier de euet à pend foit arraché dc^T T 

t. .} , n • N ^ r 1 n - ^'^"'^"*'''*' 

1 autel lacre pour elfcre mis a mort;ann que les mekhas carlmck.u 
ne fc couurent point du voile de religion, de franchi- ^.pwfV^'V'*- 
(cy depenitéce,pour euader les peines eftablies parles /ï^.^^„>o^, * 
loixj&afinauflî que les mefchâcetcz en quelque forte '■"/./'fw.^ffo- 
qce loit, ne demeurer mipunics, qui eulcbut auquel ^^^ incMtu 
tous les lurifconfultes * fe font principalemét arreftés mEcdcolLS. 
qui feruira de rcfpocc à ceux qui fous ombre de repé- '^^^'l^f'^- ^ 

i. i ^ 1 conf^^o. 

in ^.fen,fTLO,mclr, i.ârt.i^BoHmenturdift dfBd ^.fenteniiM-nm JlfinBione fecun da artic. i.j. 

NNn ij 



DES SORCIERS 

tteThm.m^. f^mccvculent faire cuadcrlcs Sorciers.d'autatit que Ist 
ôS.art.s.^- couipe cltau pardonnce, la peine n cit pas pardonnec, 
fiepin.l.^.ut. comme Ion voit en la loy de Dieu aflcz fouuent après 

Item ^.art. i. , , i i r • j 1 

coll't. -ylnm. auoir pardonne la ccu]pc,il vie neantmoms de quel- 
^'fnt. Flo. tn ques peines. Exod. 3 4. Si donc l'homicide ne laide pas 

prima par. ?. i J' H. • ^ i 

pmismntit pour la repentaucc deltremis a mort , pourquoy le 
i^.uj}. 15. Sorcier mille fois plus coulpable euadera il ? l'entens 
^ •"■?!' de ceux qui fe repentent après qu'ils font preucnus.ou 

rAt!4^Jin.adl. ^ f, . ^1 i -r i 

^fulfl.co qui entrent en religion, &: veulent que la maiion de- 
7ien:rhie;?aa. jj^e à faiudletc foit vuc cauemc de parricides, & Sor- 
rhw.§!uL ciers.ll ne faut pas doc que le magiftrat diffère la pour 
•Vfr/?*c^/mofuitte des Sorciers, qui vont en religion après qu'ils 
é'^UrldcoC^^^^ preuenus^ainsla peine doit cftre plus exemplaire 
j^.qmiUicM fans s'arrefteràriiabitjny aux priuileges,qui ne doiuét 
£^r/o/.;«i^^^^QJj. lieuencecas.quoy que quelques vnsncsot pas 
Li.adfi.anCe. dc c elt aduis. Mais 11 la loy de Dieu veut <x comman- 
exfaB.fup. Je qu'o arrache le meurtrier de l'autel (acré,pourquoy 
laffnlTemd. fcra le Soixier^qui cfi: pire que les parricides , afleuré 
fnncMt.no- dcspcincs qu il a méritées pour entrer en religion? 
iah.denmfi jyf^|^ [^-^^^ ç^ |^ Sotcicr eftant prcuenu . & iron toutes- 

ÏATt.Cnlulm. . ^ . ç ^ . r ,> r r - 

lAco.Biitr. o- lOis couaincUjConrelie la vente, & qu il accule les co- 

Fal.tnl. i/h. plicesjil v a bien apparcucc quc la Deine de fcu foitre- 
qwfttifd.io. \ r \ 7 ,-1 r CL ■ I 

i/Cnd.mc. I. lalchee/ s il lerepcnt,tant poureitte moins coulpa- 

deoU.adK>t.h\c^ que pout attirer les auttcs à confeffcr la vérité Se 
Vl'^^'^'c.j ferepentirtcomme la court de Parlement modéra la 
Hfifcop. peincdufcu, porté par la fentence rendue contre A^- 
^•%'^- ^•, „ bel de la Rue , & ne voulut qu'il fuft brulîé qu'après a- 
c.dHth.fedno ^oiï cite citrangle , parcequil conreiia deuant que 
itomre.c. de d'eftrc conuaincu &c fe repentit, 
S;l/;c!"! E^ mefmes en Athènes ccluy qui confeflbit fans cftre ^ 



LIVRE QVATRIESME. 135 

: eoniiaincu cftoit abfous , comme dit Plutarquc en la Y'^'^- ^ '^* 
! vie d'Alcibiade r mais cefte loy n a pas efté fuyuie pour'^'^^^';^»/?»' 
l'impunité des maléfices qu'elle tiroit après foy: 3c corf?oraHaiier 
mefmes en la loy de Dieu ' celuy qui confeffoitfon{');^^'^^^^ 
larrccin au Preftrejil efloit tenu reftitucr le larrecin^ & ur^lubiglof. 
la cinquicfmc partie d'auâtao-e outre l'oblatio pour le ^^•'^•^^^ 
iacnhce de Ion pcclie. Beaucoup moms doit la pcine^;,^,,,^.;.^^^ 
cflre relâchée, fi ccluy qui confefTe peut efte conuain- ^^^-nfndtu- 
eu: Mais celuy qui confciTe fans eftre aecufé,ny p^^^^-n[or„of.'m\ 
nu ny attaint ,& qui ne peut eftre conuaineu & fe re- nonomnej^. 
pent.ôi accule les complices.ceftuy-là mérite pardon: '^'.^•j^^^'^':' 
non pas qu'il n ait mente la mort d auoir adore Satnan in c. atftcle- 
&rcniéDieu ; mais la vie luy doibt eftre laifTee, tanf"'""^'^^^^- 
pour loyer d auoir accule les complices, que pour at- cU Ux ediFlo 
tirer les autres par te! moiemautremcnt ^ la confeflion princ de mre 
après la preuention,&deuant lapreuue:,ou apparence-^"/,^^ '^j' 
de preuuedoibt bien diminuer , &non pas ofterMaS. Exod. n. 
pcine,s'iî ny auoit edi6b ou loy exprefle qui deffendit ^^'""^•^• 
aux luges de diminuer la peine eitabliepar laloy : au- Felm.tnc.^t 
quel cas la confeflion volontaire deuant l'accufationT^^^^'''^'''^'^»'- 
n emportcroit ny ablolutio, ny diminution de la pei- ]^^^^ ^ ^^^^J 
ne. Car la defenle de la loy en ce cas eft plus forte que ext.gîof.'m u: 
Tauthorité de tous les Maaiftrats. Mais on peut demâ- ^•■[°- '^'j'^iS 
aer,li le Prince a contraint Ion vaflai, ou le Seigneur ip^w^r»?;;, 
fbn fuicd:, ou le maiftre fon feruiteur ou le père fon ^''^•'''; ^''^'^'^' 

, , • , .... fimoma. 

l.Bddm leaaiu,decondiB.ind€hiti,C.e^.\o.cap.-\<lt.dcuiumcnto caîum.Ith.6.Bald. m l.contra ne- 
gAmë.colAJAege\Afiîlu:C.<C^înc.liafallusMcol:i,.fide^f^^ Cttni.^.por- 

rh,co!.^.tit. fiJfmtpnmd cdufafeitd!.^nge.m §.ex malcf.col.S.Barhat. confd. z8. 4, U. U auod, 
feruo.§.i. depeculw legato.cr thi Bar. çy If dam î.^'ît. de ritn. nup.ff. bM. in L at (r,u, ^. j_ ,(^ < 
condi^.indcbiti, C. Pctr. .,/CàCArM.in c. perpétua, col. i. de cleâ. lih.6. Florivt. in U, adïaatiH.. 
^ngeî. .Aretm.intrSAt.mdefcAnyerhodedH^^.fmupaneMld:inl'\'U.col.z. de exsctm r/r 

NNn iij 



DES SORCIERS 

s. /./fi^yj fiIs,ou lamere fa fille, de faire Icsadcs des Sorciers, al- 
->;«. §fitup lerauxaflcmblces, renier Dieu : fi ceux-là font fuicds 

Dorm.de imu. • j i t i r* > n 

f.e7-;.V/.m^'Jxp^'^""cIelaLoy : Icdy quelctaidncltpasrcce- 
fne,cttUglo. uabic. loincauffi quïl n'cil ny véritable ny vray-fcm- 
çrljèriTcr ^^^^^^y d'autaiit quc Sathaii veut le plein confcntcmét 
ibi de S. cr & franche volonté (\ts perfonnes^comme nous auons 
o%f{.j'^^rnonftrc par exemples cy deuant. Et quand il fe trou- 
fit nounjn- ucroit vn pcrc , ou Seigneur n melchant de eontrain- 
p.flh.hom. drefon fils à renier Dieu, il ne fcroitpas pourtant Sor- 
fflad J.2 ^^^^3 "y couipable de la peine. Car le péché n'eft point 
reg.tur.ff.4H- peché s'il n'cll volontaire, comme dit S. Auguftm. Et 
iW.y^^.»jo«Oencecas Jesloix ^ont accouftumed'abfouldrc ceux 

Vire, de cujio. , •' /-r / i i • ^ i 

feor.l.fifcnt. ^ui ottteu ncccflite d'obeir, &ne pumr a langueur, 
defepu.-^'ioU ains adoucir la peine deceuxqui ont bié peu delobeir. 

C.ettbtFder,^. . *. ^ , j f \ r-^ 

Çf//_/,_i^7 Mais pour quelque reueren ce n ont pas delobey. Ce 
c.Deuter. 15. qui ne fc peut cntédre en crimes atroces, & beaucoup 
l'ij/Tr 'rnoinsen ce crime fi execrable.Car laloy ^de Dieu cô- 

BAid. et Salie. / 

adl.iulmJe mande en ce cas de tuer quiconque voudra feulement 

yipHUtccet fuadcr de faire vne mcfchâceté Ci exécrable ; mais bien 

r/o.F4^.f<p. l'obeiffance d'vneieune fille enucrs fa merc,dVn icu- 

</f/^/7«/c.>w-tiecnfant^nuers fon père, ô.:d'vn icune feruiteuren- 

c2xit%l'rm ^^^^ ^^^ maiftre , mérite ^ que la peine foit adoucie, fi 

i4.^.j.f/wf. on apperçoit la confcifion, ôcrepcntance deuant la 

^"""IjJ^' conuidion. Et en ce cas fc peut bien accommoder ce 

que did Scnequc en la Tragédie de Thydï^^cjuempec-- 

cajp pœnitet^pené efl innocens, quand la pénitence eft v^e- 

ritablc, Ô<:non fainte. Etiaçoit que les prières dVn 

r„^,^;-/> Prince, ou a vn louueram font plus violentes que la 

B^rMw/M^.force^neantmoins l'obeiflance en celle mefchancetc 

^'5"^*^J/ficxecrablcnapointd*cxcufe. Car le Prince n a rien à 

Ciytre, conyi, L . 



LIVRE QVATRIESME. 1^6 

commander à fon fuict contre la loy de Dieu, ny le fu- yo.col.^Jf.^: 
iec aucune ncceflîcé d'obéir. Et toutesfois c'eft bien la ^""^^-^^ ^-f^- 
raifon que la peine foit modérée, s'il y a confeflion du iurcm'7oan, 
fait, & rcpentance ; mais s'il y a force ouuerte, & iufte conf.i6}. can. 
crainte de mort en cas de defobeiirancc(cobien qu on ^%^l„^'^'r^ 
doit pluftoft mourir que d'obéir) toutesfois l'obeif-^r Us ^«< > 
fancc en ce cas cft aucunement excufable^ pour la pei- ^^^'*P'<'*^f 

Il ï C • -A/ Crc.fresbyt, 

nccorpoicUe,enGores que le Sorcier qui a elte con- ^ojùi.^k^ 
traint défaire quelque fortiIcge,cuftfait mourir quel- ^^'^•^^*- »>» 
cun,tout ainfi que s'ilauoit cfté contraint fur peine àc^mn/.'^^*] 
la vie de tuer quelcun, il ne feroit ' fuict à la peine des rnek4..Ar.-yit, 
homicides. Car on n« peut accufer qu'il y ayt dol ne ^•^'*^ '"/•'»- 

ri} 1 al tur.ttt.de p4C, 

rraudeeniuy,pourueu quelacontraintc dcmort,oui«r4OT?/rm", 
de tourment (oit precife,commc i ay dit.Mais que di- . . ^^''- '" '- 
e celuy qui renie Dieu y & la religion, & le -„^ ^^ j^^^ 
donne au feruice de Sathan pour guarir d'vne maladie '^^A- ^^ùK 
ou pour crainte de mort & de fon cnnemy ? combien^^-^^j >^1 V 
que nous auons monftrc cy defliis que de dix à peine cMr. ml.i, 
qu'il y en ayt vn qiii euarifle , & encores des fortileees '""''*^' ^•^■^' 
ieulement. En ce cas la perlonnc ignorante leroitau- dseoauodmt 
euncmét excufàble de la peine capitale, &: non pas vn ''^'f ' ^'^w» 
homme de lettres, iaçoit que l'ignorance n*a point de ^^^'^'^ 
\iCM ence crime. Car il ny a pcrfonc qui puiflcdire que 
par erreur il ait renié Dieu fon Créateur pour fe doner 
au diable. Auflî voit-on par tous les procès que Sathan 
veut vne frâche volonté . Mais bien l'erreur peut cftrc 
cxcufible en telles perfonnes feulement es façons illi- 
cites de Sortilèges, qui n'ont pas conuétioniurec auec 
Sarhan,come la forcellerie d'Anneaux, de Miroirs,.dô 
Tamisy& autres fcmblablcs, que quelques- vnsfoa^ 



DES SORCIERS 

i.^»^el'<s de pou^ lauoir vcu faire, ainfi que nous auons diâ: cy 
<r;^>^o Prf.^^^'Js. Et toutefois elles ne doiuent pas demeurer fans 
cxciiiij.fcril?. quelque peine pour la première fois^ ôc pour la f econ- 
fiatutaejTe "v/^^ corporellement, &c pour la troificfmc de mort, vcu 
/fr//o/w/.y;f-meimesqu vncouppcLir de bouriesclt ordinairement 
ficndffnres, » condamné à mort pour la troificfmc fois, comme 
demM.ritb. ^^ couliumc y clt prelquc ordinaire. Que dirons nous 
defnnb.a- 1 donc de ceux qui ont inuoqué les malins efprits, &faic 
conl'an/pro ^^^ myfteres pourl'attircr,& que Sathan ne foit point 
^mnfiefolid venu'.combien qu'il n'y faut iamais:ô<: toutesfois qu'il 
fœna capital, j^.^jj. point refpondu comme il contrefait les paillar* t 

fkcermtnr. , ^ -V r r\ i- ? 

iii.$.z?/M«^, des rulees^qui le rpnt prier. On ne peut dire que ce 
etik.Bxrt. 4^foit vn attentat feulement,mais vne detcftable Sorcel- 
fetTnifiin^^^^^ accompIic & parfaide. Et par ainfi la peine ca- 
m^ro/.iW.pitaley cfchet , la diminution de la peine es atten- 
Bald.m *• / t^^ts^qui n'ont forty effet n'a point de lieu en ce cas.-Car 
Epife.eod. crccn elt pas vn Iimple attentat , mais vne melchancete ; 
ml.tsjuf '•«fai<5te& parfaite'. Ceft àfçauoir d'auoir inuoqué & ■' 
/-^^c.^f/j.^y prieSatha, qui elt aulli vne droite renociation a Dieu: 
3.-B4/i,^/fA;. Et par ainfi c'eft abuferdes loixdiuines & humaines, 
Tfi'msmn' de pardonner au S orcier pénitent , fous ombre que les 
dicarapereje loix "^ & canoHS ^ vculent qu'oii pardonne auxhereti- 
Epifcop.c. ^^jgj, repcntis^combicn que les Magiftrats en quelques 
deUret.coi Hcux pat cy dcuant, y ont eu tel efgard, que celuy qui 
yc.adAboled.2i\]ioit mangé de la chair au Vendredy, eftoitbrullc 
htreuT.i ^ ^^^^ vifjcomme il fut fait en la ville d'AngierSjl'an mil 
cinq cens trente neuf,s'il ne s'en repétoiti&iaçoit qu'il 
fe rcpcntift^fi eftoit-il pendu par compaflîon. Car ce- 
luy qui croit vne chofe contre la loy de Dieu: cncores 
qu'il foit hérétique, fi eft- ce que celle opinion eftant 

changée. 



LIVRE QVATRIESME. I37 

changee,Ia cofciencc demeure entière. Mais celuy qui 
adore Sathan ou renie Dieu, ( cobien que IVn ne peut 
edrc fans lautrejà mis en efFed vne chofc qui ne peut 
qu'elle ne foie faite, & comme on dit en droite Faflum 
infeSlum efje nonpotefl.Et quant à ceux qui n'ont pas re- 
noncé Dieu,ains qui ont vfc des charaâ;cres,ccrcles &c 
inuocations , comme ils ont trouué par eferit en quel- 
ques liures défendus, «&:quercfpritfamiIier,comme ils 
parlêt,ne foit point venu,on doit diftingucr la quali- 
té des perfonnes.Si c'eft vn folaftre ôcignorât,ne pen- 
fant pas que tels efprits familiers foient Diables, il 
doibt eftre puny par bonnes amendes honorables, 
& pécuniaires. Car combien qu'en France l'affedion j.^^r/o/.;»/jî 
ne foit pas punie fanseffed ': fi ell-ce qu'en ce cas l'cf- rixa^eti i. $". 
cdt y clt,a Içauoir 1 inuocarion ; 6c 11 la perionne qui /i,,^ffjf„^^ 
a faid: telle inuocation,eft homme de lettre, & de faiufi'fWfyÇ.^r- 
iu^emenr -il mérite la mort. Garonne peutnieren''"^ ''"'*'. 
ce cas qu 11 n ait Iciemmentuiuoque Sathan : &:ii ct-ft^uisnoSu 
luy qui eft condamné à faire amende honorable pour^'^/'^''^-'^^^/''- 
telle mefchanceté faid du rétif, & qu'il refufc d'o- •^['sj^^'^ 
beïr à iuftice , il doit eftre condamné à la mort : com- 
me il fut faid par Arreft delà Cour le x v i i . Auril, 
M. D. XXlX.de îean Berquin : lequel ne voulant fai- 
re l'amende honorable pour vnehercfie, fut condam- 
né d'eftrc bru (lé tout vif, &fut auiTitoft exécuté. Et 
neantmoins quand on did que l'attentat en France 
n'cft pas puny fans l'efFed: Celle Maxime n'eft pas vc- 
rit.ible en tous les crimes atroces , où l'attentat, 6^ 
l'effort eft puny fans rcffed' ': &GcJuy.qui a^bailléla^^-^-^^'^^-'f^^w' 
poifon, qui n'aforty effed , eft puny . enc^orés que l^'^i^'Zl 

OOo 



DES SORCIERS 

£;7/>; c. cr peine ne foit pas i\ griefue: Ce qui a lieu en tous délits, 
r^wSfri^^^' n'eftpas en la puiflance des Princes de pardoner 
tol.l.ù qui cïi y n crime c^uchloy de Dieu punid de peine de mort : 
teîo.d(ficcar. comme (ont les crimes de Sorcelleries. lointaufTi que 
Ifxfolum co- les Prmces ront vne grande miure a Dieu de pardoncr 
n^ttum intue-dcfi horribles mefchancetrz commifesdirc6temenc 

Jart inTz^cne^^^^^^^'^^^^i^^^i^^^ que Ic moindre Princc vâgc fcs 
ralitA.i. de iniures capitalement. Auffi ceux-là qui font euader les 
cdumniAton- 5Qj-cicrs^ OU qùi n'en font punition à toute rigueur, fc 
peuuent afleurcr, qu'ils feront abandonnez de Dieu, à 
la mercy des Sorciers. Et le pays qui les endurera , fera 
batu de peftes^famincSj& guerres^ôc ceux qui en fcrot 
la vengeancCjfcront bénits de Dieu^ & feront ceflcr fa 
fureur. C'eft pourquoy celuy qui efl: attaint & accufc 
d'eftrc Sorcier, ne doit iamais eftreenuoyé abfousà 
pur & à plein, fi la calônie de l'accufateur ou délateur, 
nt{\. plus claire que le Soleil. D'autant que la prcuuc de 
telles mefchancetez efl fi cachée &: fi difficile, qu'il ny 
auroir iamais perfonne accufé, ny puny d'vn millio de. 
Sorciers qu'il y a , fi les parties elVoient réglées en pro- 
cès ordinaire par faute de preuuerc'efi: pourquoy l'or- 
donace ne permet point cela aux luges en crimes, fi la 
matière ny efl: difpofec. Combié que Plutarque efcric 
des Lacedemonicns, qu'ils n'auoicnt iamais accouflu- 
méd'abfoudreàpur (5<:àplain: ains feulement eflargir 
iufques au r'appel,cn quelque crime que ce fuft. Nous 
auons remarqué cy dcffus , que la Sorcière nomeeSy- 
billc Duifcops^au Duché de Cleues, eflant bruflee , la 
main qu'on voyoit qui perfccutoit tous lespafTans, 
cefTa foudain. Apres que la Sorcière de Bieure qui eft 



LIVRE QVATRIESME. Ï38 

près ccfte ville de Laon fuft bruflec ^ les morralirez 
d'hommes ôc beftes , qui aduenoient par les venefices 
ccfTeréc.Encores eft-il à noter,ce que i'ay appris de M. 
Adam Martin , quiluy a fait fon procès : c'eft quelle 
mcnaffa vne femme qu'elle n'alaiteroit iamais enfant, 
foudain fon laidfeicha : & combien qu'elle eull: de- 
puis plu/îeurs enfans,fieft-ccque fon lai6b tarifToir 
touiîoursimais fon laidb retourna auffi tofl: que la Sor- 
cière fut exécutée , & fut bruflce toute vifue par vn iu- 
fte iugement de Dieu , contre l'aduis des luges , qui a- 
uoient ordonne qu'elle fu fi: cflranglee. Et me fouuiéc 
auoir leuau liure intitule MaUeus malcficarum, qucla 
perte ne celTa point en vn bourg d'Allemaigne au pays 
de ConftancCjiufques à ce qu'on cuft dcterré vne Sor- 
cière, & rédigé fon corps en cendres . Comme en cas 
pareil il y eut vne femme au village de Verigny, près 
de Concy, laquelle fut attainte & accufec de plufieurs 
malefices:& pour la difficulté de la prcuue relachee:de 
puis i'ay fçcu des habitans qu'il eftoit mort vne infini- 
té de befl:ial,&de perfonnes.Elle mourut au mois d'A- 
uril, M. D. L X X I X. depuis fa mort tous les habitans 
de Verigny,&: le beftial font en repos, & ne fe meuréc 
plus, comme de courtume. Quieft bien pourmon- 
ftrer que la caufe principale ceflantjles efteds ceffenr, 
cncoresque Dieu face tomber les affligions fur ceux 
qu il luy plaift. 

O O o ij 



l.in Uh. de 




REFVTATION DES 

OPINIONS DE I EAN 

y V I E R. 

V R la fin de ceft* oeuure , & fur le 
poind de le mettre foubs la prefTe , 
rimprimeur, auquel l'en auois don- 
tié la charge , m'enuoya vn nauueaa 
liure de LamiiSy de lean Vvier, Méde- 
cin j où il fouftient que les Sorciers , ôc Sorcières ne 
doiuent eftrc punies : ce qui a différé rimpreffion 
del'œuure. Long temps ^ au pàrauant, Vvier auoit 
tenu celle opinion : & iur ce qu'on luy auoit rcfifté 
fans toucher les cordes principales d'vn tel fubicâ:, il 
aurôit répliqué e^ telle forte, que s'il euft eu ja wïâ:oi- 
re.' Qui m'adonne occafion de luy.rerpondre; i|on 
par haine : mais premièrement pour l'honeur de Dieu, 
contre lequel il s'eft armé. En fécond Heu, pour le- 
uer l'opinion de quelques luges, aufquels eeft hom- 
me-la le vante d'aupirfaiâ; changer d'opinion, fe glo- 
rifiant d'auoir gaigné ce poin6l par fcs liures , qu'on 
eflargiffoitmaintenâc les Sorciers à pur & à plain , ap* 
pellant bourreaux les autres luges qui les font mou- 
rir : ce qui m'a fort eftonné, car il faut bien que telle 
opinion foit d'vn homme tref-ignorant, ou tref mef- 
chant. Or lean Vvier monftrepar ces liures^ qu'il n'ell 



REFVTATION DES OPIN. 'z]^9 
poindl ignorant,& mefmes qu'il efl médecin, 6c neâc- 
moinsilenfeigneenccs5 liures mille forcelleries dâ- /; ^y^jde 
nableSjiufques à mètre les mots , lesinuocations, lesPr-^. 
figures^les cercles^les charadieres des plus grands Sor- 
ciers, qui furent oncques pour faire mille mefchance- 
tez execrables,queien'ay peu lire fans horreur. D'a- 
uantage il met tous les autheurs SorcierSj6<: les plus fi- 
gnalcz qui furent onqucs,pour y auoir recours:&: qui 
plus eftjà la fin de fon liure de Prafligiis imprimé a Ba- 
fle mi! cinq cens foixante &: hui6t,il a mis l'inuentaire 
delà Monarchie diabolique auec les noms ^ furnoms 
des foixante &: douze Princes, & de fept millions^qua» 
tre cens cinq mil neuf cens vingt fix diables, fauf l'er- 
reur du calcul. Car il conte par légions les petits, & en 
met fix mil (ix cens foixante & fix en chacune légion, 
adiouftant leurs qualitezÔ^proprietez , &àquoyi!s 
pouuoicntferuir pour les inuoquer.Etneantmoins au- 
près auoir enfeigné curieufement les receptes diaboli- 
ques,il adioufte ces mots, (mais cela cft mefchant.)La 
\oy^ïç,m\cït de ZJar'ns cognit. §. medicos.jf. di6l qu'il ne 
faut pas appcller Médecin celuy qui incantauit :, qui in- 
precattis eJtMui^vt^ulgari verho impoj%rum 'ytar^ cxorciCa- 
uitmonfuntifld medicince gênera. Mais la loy de Dieu ne 
dirpasquecefï: vne fimpleimpoflure,ains vne dete- 
fiable impieté. On peut donc appeller impofteur ce- 
luy qui ne fc contéte pas de faire.ains encores qui en- 
fdgnc par liures imprimez telles merchâcctez,6<: pour 
les couurir,i! parle quelquesfois de Dieu , & de fa loy, 
qui eft l'importure de laquelle Sathan & fes fuiets ont: 
toufioursvfé. C'eflàfçauoir, fouslcvoiledes chofes 

OOo iij 



REFVTATION DES OPIN. 
fainâ:es & {acrees,fairc pa/Tcr toutes les impietez,qu'o 

i./.f. deaU:. P^^^ îmaginer.FcmcI * dit auoir veu vn Sorcier,lequcI 

tisrcr.<Aiifis. en dlsît dcs otaifons Se mots facrés auec des mots bar- 
bares,faifoit voiren vnmirouerce qu'il vouloit. Ce 
quedi6t aufliOrigcne,& Tintcrpretc Grec^deSync- 

4 mlih. fius.Or on peut dire de VVier,& de telles gcnSjCe que 
^j,v^,uu ^.^ Dionyfius, ad Sojîpatmm parlant d'Apolophanes^ 
Diuïnïs aduerfus Dcum ncfariè vtittir,Qovcic auffi V Vier 
confeflc auoir tranfcrit la Sténographie de IcanTrite- 
me qu'il trouua en l'ellude de fou maiftre Agrippa,la- 
quellecft toute pleine d'oraifons, &:dniuocationsde 
diables, &:rvn des plus deteftablesliures du monde, 

?. Nucp orus ç5 j^g ^j^j^j] ^ efcrit Carolus Bouillus.Nous lifos 'qu'vn 

CalijtiisU. 10. , i ^ 

ieune homme nomméLollianus fut banny,6c Tes biés 
confifquez pour auoir tranfcrit vn liure de Magic, &c 
qu'elle peine mérite ccluy qui la foufticnt , voire qui 
renfeigncpardits&parcfcrits.Ilnefautpasdoncsar- 
refter quand V Vier parle de Dieu,puis qu'on void de 
fi horribles blafphemesen ces liures. Car tout ain/î 
quil n'yapoifonplus dangereufe , que celle qui eil 
coulôc auec le fuccrc,ou fauces appetiffantes, d'autant 
qu'elle cft auallce plus cuidémcnt,&: plus difficileméc 
fevomiftrauflî n'y a il impieté plus grande que celle 
qui cft couuerte du voile de pieté, l'ay di6b cy dcuant, 
que Sathan à des Sorciers de toutes qualitez.ll a eu au- 
tresfois plufieurs Papes,comme cfcrit le Cardinal Be- 
non,Naucler,&: Platinril a i^s Roys , des Princes, des 
Preftres, des Prefchcurs , en plufieurs lieux des luges, 
desmedecinSjbriefilen adetousmeftiers.Maisil n*a 
point de meilleurs fubicts à fon gré, que ceux qui font 



DE lEAN VVIER. 140 

les autres Sorciers, & qui les attirée par dits, ou par cC- 
crits, en fcs filets.ouquiempefchétlapunitiôdes Sor-;^* ^f^^^^^f'* 

\, / i ^ îi^-ll Jt Marmor .fia" 

eiers.I ay remarque ey deuat que Guillaume de Lure^^//«^ ^^j;,. 
Do6teur en Theologie,grand Predicateur,fut coniz- fi^^rum. 
né comme Sorcier à Poitiers l'an mil quatre cens cin- 
quante troisjle douxicfme Decembre,conuaincu par 
icfmoings^&parfaconfeffion propre , quifetrouue 
cncores es regiftres de Poitiers , corne i'ay fccu de Sal- 
uer tPrcfidét de Poiticrs,que par obligation récipro- 
que qu'il auoitauec Sathâ.de laquelle il fut trouué faifi 
il auoit promis en renonçant à Dicu^ôc facrifiât au dia- 
ble,de prcfcher,comme il fiftjque tout ce qu'on difoit 
des Sorciers,n'efl:oitquefable,& que c'eftoic cruelle- 
ment fait de les condamner à mort , & par ce moyen,, 
dit- iljlapunitio des Sorciers ceffa, &: le règne de Sathâ 
fut eftably , croiflant le nombre infiny de Sorciers. 
Tous les compaignons de ce Prefcheur ne font pas 
morts. Car il s'cft trouué n'a pas longtcmps,vnPjrc- 
ftre nommé de la Mote,fameux Sorcier, qui contre- 
faifoitTexorcifte , & le Diable dift qu'il ne fortiroit 
poinddu corps d'vne perfonne que pour ceftuy-là. 
Nous voyons que VVier efcrit ce c]uc le Docteur en 
Diabologieprefchoit.D'auantageilfaic bien à noter 
que VVier confefla qu'il eftoit difciple * d'Agrippa, 4 /^^ ^ ^a ds 
je plus grand Sorcier qui fut onqucs de fon aage, àc^f^Pg. 
non feulement ilelloit fon difciple,ainsaufrifon va- 
let & feruiteur,beuuat, mangeant, 6<: couchât auecluy 
come il côfefle ^ après qu'Agrippa eut répudié fa fem- 
me. Et fur ce que Paul loue, "" & plufieurs autres ont [*,,^£^^^^[*^ 
cfcrit que le chien noir d'Agrippa^qu'il appelloit Mo- 



REFVTATION DES OPIN. 
fieur,fi toft qu Agrippa fut mort en Hiofpita! de Grc^ 
noble , s'alla ietter en la riuieredeuanttoutle mon- 
da, Ôi que depuis ne fut iamaisveniVVicr diminue ce 
n'cftoit pas Sathan en guifede chien , ains qu'il le me- 
noie après Agrippa en Icfle , 8c que le chien couchoic 
encre Agrippa,&luy.Et quand il parle de fonmaiftre 
6.li^.cap. 3f . Sorcier il di^iFclicis memorU ^grippd^ ou bien '^ l^ene- 
mai'îre cr ^^^"^ pneccptotis mei ysgrippieiht neantmoins il n y a ho- 
dl.eiireufe me de fain iugcmcnt, qui ne confefle après auoir leu 
mémoire, j^^ liurcs d' Agrippa , qucc'eftoit l'vn des plus grands 
Sorciers du monde. Ce qui eft encores plus euidéc par 
les epiftres qui font à la fin des trois liures^e Occultx^ 
^Fhilofophia^^oii il cfcritàvn certain Auguftin Italien, 
qu'il auoit referué la clef de l'Occulte Philofophie à 
fes amis feulemcnt:qui eft le quatriefme liure, que les 
difciples ôc amis d'Agrippa ont fai6b imprimer après 
la mort de leur maiftre , lequel liure defcouure com- 
me en plein iour,lapoifondeteftabledc Sorcellerie 
auec toutes les inuocations des demonsjôc les cercles, 
chara6lercs,& facrifices faits à Sathan. Tay bien vou- 
lu mettre en auant quel homme efloit Agrippa , afin 
qu'onnes'efmcrueillefiVViers'cfcarmouche fi fbrt 
pourlaprotediondcs Sorciers j appellant les Magi- 
ftrats cruels bourreaux , & bouchers. Et qui plus eft, 
il s'eft efforcé de falfifier la Loy ^ de Dieu où il eft ef- 
i.E;^o^.f.ii. critainfi: Tune fouftnras poindqucla Sorcière vi- 
ue: prenant le Grec, & interprétant que la Loy veut 
qu'onface mourirlesempoifonncurs, &:non pas les. 
Sorciers foubs le mot Equiuoque , & laidarît la lettre 
Elebraiquc qui n'a aucune difliculcé. La loy de morà* 

mot 



^ DE lEAN VVIER. I47 

mot cfl: telle, n^nnN^na^sa. LemotHcbrieu vicntde «it^a» 
qui fignific cfblouïr les ycux^ôc le mot tza^stcDo. fîgnific 
prcftigiatcur en l'Exode * , &: en plufîeurs autres lieux ^'"2^'^^^'^ 
Me la Saindlc Efcriture, que i'ay remarquez^ où\c}.Michxecap, 
mot de Mecafphim ne fc prend poindl autrement que ^* ^ ^'^•'^• 
pour Sorciers. Et d autant que tous Sorciers ordinal- ^uy^ ^,pa. 
rement font mourir les perfonnes, & qu'ils vfenc dc^^-'^-^jo- 
pouldres , ofTcmens , belles venimeufes , les Grecs les J^^l/,'^^,^;^ 
ont appeliez (^oc/pfMduxidç^S^ <()c(/piu.duxov<^ Se (^oupfjLct-c.tj.er dx- 
Tceurcùç^ Ôc les femmes (pcc/pjUduxîS'cij; y ôc (^a/pfxctxîv-^^^^^'^'^^ 
T^ctÇj par-ce que la plufpart des Sorciers contre-font 
les Médecins, & ExorciftesiMais leanVVier voulant 
defguifer la Loy de Dieu , qui eft publiée en Hebrieu 
foubs vmbre de l'interprétation Grecque, a commis 
vn erreur tropgro(ïîer,ou il didlque les empoifon- 
neurs fappellcnt (^u/jiUduxiv{<; , qui n eft poindt vn 
erreur d'Imprimeur: Car l'accent defcouure le con- 
traire, ioindb qu'il eft ainfi en la Préface du liuredes 
Preftiges,&: le mefme erreur eft auliure troifiefmc, 
chapirretrente-huidlicfme, &:au liurefixiefme, cha- 
pitre vingt-deuxiefme, & au liurc de Lamiis ^ chapitre 
quatricfme,au lieu qu'il dcuoit dire Çot/pjLLctzécuç ou 
par contradion Qci/pjitdbxSlç : Mais l'erreur eft bien 
plus grand aux chofes. Car Philon Hebrieu &: les foi- 
xantc Se douze Interprètes , n'ayant autre mot plus ^ 
propre en Grec,ont ainfi tourné le mot de Mecajfhaty 
qui ne fignifierien autre chofe, que Sorciers. Et le 
mot Grec fignifie Apothecaires^&empoifonneurs, 
& Teinturiers, Arboriftes,& Sorciers, & ceux qui pu- 
rifioyeut anciennement les Temples fouillez, &: qui, 

PPp 



'^ REFVTATÎON DES OPIN. ^ 

4 /. I §.me- faifoyent fôrtir les Diables . que la loy * appelle exor- 
cogmt.f ciltcs , & impotteurs : ce qui a eltc remarque par 
Eufthatius interprétant le xx ir. liure de rodyffcc, 
fur la fin. Mais pour moftrcr que les Grecs ordinaire- 
ment, ôc fans equiuocation appelloyent les Sorciers 
cpct/p^rt/XoW^ &:non pas empoifonneurs, on le peut 
veoir en Diofcoride, quand il di(5l que le Nerprun au 
Rhamnus empcfchc les mefchancetez des charmeurs. 
Ces mots font tels , ^>i75>c^J<l rkç r (poi/pjuictxicûv x«- 
zovpyiùuç ôc Ariftote parlât de l'Hippomanes au liurc 
V I. chap. XVII I. de hifloria animalium^ appelle les Sor- 
ciers 01 "^t^rri'S (J^cLffJLdLx^du; quand il dit que l'Hip- 
pomanes fert aux Sorciers , qui n'eflpoinà poifon,. 
puifque les Sorciers le font prendre aux hommes 
pour aymer.Et mcfmcTheocriteparlant de THippô- 
manes, dit que c'cft vne herbe qui croift en Theflalic,' 
c'eft à dire vn Sortilège ThelTalien.Car c'eft en l'Ecîo- 
5. ;» (pc^^M^- gue de la Sorcière \ qu'il appelle (^cc/pjLLdDcivr^ctVy ia- 
-'"^*' quelle employé tous les charmes, veuz, prières &c in- 
uocations aux aftres,& Demons,auec l'oyfèau que les 
Grecs appellent ii^y/ctjles Latins Motacillam ^ les Frâ- 
çois Mouette, qui n'eftoit pas pour empoifonner fon 
amy:mais pour lattirer cftant efloignc d'icelle. Auffi 
la Mouette eft bonne a mangcr,combien que Seruius 
did que le mot ivyï, fignifie vne forte de flufte pour 
entonner les charmes des Sorciers , qui monflre bien 
que ce n eft rien de poifon, en quelque fignification 
^.^.5).f.i7. qu'on le veille prendre. Auffî Ariftote ^ parlant de 
^ ']' ''»''»• j oyfeau Sippe que les François appellent torchepot 
didk ainfi j 11 eft courageux, ayfc a appriuoifcr bon a 



acro» 



,. ; DE lEAN VVIER: 241 

manger, & didt on qu'il fert à la Sorcellerie, pour fai- 
re fçauoir les chofes chachees : il vfc du mot (pa/p^c6- 
Wct/. le mettray ces mots qui font tels , <nWn ro fjd/j 

iuCioro'; >(^ ^éyerojf (pcc/pjLtcib)i^ct uvauj S^icù ro Tto- 
A J'i<ri2/t$ IivcLf, Audi lifons nous en Hippocrate '', que 7. '« fi^rodt 
ceux qui eftoicnt enforcelcz par les Sorciers, fappel- ^^^^'^ f 
loyent 7rî(pc(/pyiuS/joi: car tout le liure de morbojacro 
cfcrit contre les Sorciers,qu il appelle /^cfyoW:>yo>iTct^» 
(foupfjLctXQtç i ctyJpTûtç : c'eft dire Magiciens , impo- 
flcurs, Sorciers, SarlatanSjlefquelsdid-il, fe vantent 
d'attirer la Lune, obfcurcir le Soleil, faire la tempefte, 
& afleruir les Dieux. Or chacun fçait, que les Sorciers 
font mourir (ans aucune poifon, auec vne pomme, 
ou en touchant de la main , ou dVne verge , comme 
didt Cardan auoir veu à Pauie vne Sorcière qui tua 
tout roide mort vn enfant, enluy touchant douce- 
ment fur le dos d'vne verge. La Sorcière Medee ia- 
loufc que Glauca fille du RoyCreon efpoufoit fon 
amy lafon, elle luy cnuoya vne couronne d'or le iour 
de fes nopces , & foudain qu elle eut mis la couronne 
fur fa tefte , la flamme y print , &: mourut foudain 
comme diâ: Euripide inMedea,vfant dumot (po£^- 
fJicLKûûv r ccûv iItto : c'efl: à dire par tes Sorcelleries , & 
non pas par poifons. Car il eft di6b que Medee fa- 
crifia ces deux propres enfans pour venir à chef de 
faire mourir Glauca , & de tels facrificcs fentend 
la Loy ex fenatufconjiilto j de Jica.ff. où il eft didl , Ex 
fenatHjconJHlto eadem legis CornelU pœna tenetnr ^ qui 
maU facrificia fecerit _, habuerit : c'cft à dire, les facri- 

PPp ij 



REFVTATION DES OPIN. 

fices deteftables des Sorciers , ôc non pas des Payans, 
comme di6t Accurfe en la ^lofe;car l'autheur mefmcs 
de la loy cftoit Payan : cela eft confirme par le paflagc 
de Ciceron contre Vatinius qui auoit facrific des en- 
fans & vfc d^ Necromantie , ^u^ te, inquitytanta pra^ 
' uitaSj tant u^ fur or tenuit^t cum inaudita ac nefaria Jacra 
fàrcipereSj cum inferorum animas elicere^cum puerorum extis 
Deos mânes maHare foleas^^c. Or il appert que le Se* 
nat interprétant la loy contre les meurtriers, donna 
Ion arreft contre ceux qui ont, ou qui font les facrifi- 
ces deteftables des Sorciers. Et pour monftrer encores 
plus la différence qu'il y a entre lapoifon &:Sortilc- 
ge , l'vn àc l'autre eftant fignifié par le mot C^oi/ppLcx^- 
Kelct^ comme le mot Latin, njenejicium ^ fignifié poifon 
naturelle, & Sortilège, il faut voirPlaton au liure on- 
2iefme des Loix, où il faidb diftindion de l'vn & l'au- 
tre^ & décerne peine de mort contre les Preftres, &c 
Arufpices, qui auroient faidl mourir quelcun par fà- 
crifices, Iiaifons,cncIiaiitemens,ou autres Sorcelleries 
qu 11 diot n T roisiroùv (poi/p]Ltctxuo)v covrivcùvovv , oC 
letilrrcdefaloy eft tel Myoç «^6 vojuo';'Zi^(^oc/pfict' 
Vr^4W^/o;,;j^Si:tÇjf enfuit la loy des poifons ôc Sorcelleries, ou il 
Mti$;o,^^,- appelle telles liaifons illecebres , Ôc enchantemens, 
TwnxçpcUùxnXciTdu à€(T'i(r€iç èTrctycû'ycvç , ^Ttcùdduç, 1 uis après U 
a^ImT^to Z- f^ic vn article de loy pour ccluy qui cmpoifonnc fans 
^T^!^<f^ ^^g^^ '^'^^^V^»''^<^îî'^^ ^ pu^s il did,quc les Sorciers 
' '^ -w"iÀ«c- bcfon^nent par moyens eftranîrcs, & qui feroyent 
mcroyables, Jj on ne les auoic veuz mettre leurs mia- 
ges de cire aux carrefours, aux fepulchres de leurs pè- 
res^ &:foubs les portes, oul'on voit euidemment les 



T 



DE lEAN VVIER. 143 

images de cire, dont ils vfoient du temps , & aupara- 
uant Platon, comme font noz Sorciers^ qui n'ont pas 
Jeu Platon , & par le moyen defquelles images , auec 
J'ayde de Sathan elles font mourir les pcrfonnes.C'cft 
pourquoy Azon interprétant ces mots delà Loy pre- 
mière de malcficis ^ mathematicis ^ où il cft dicSl yfltis ejl 
occidere ^cncno qu^m gladio j di6t , 'yenenum arte magicài 
datum j & en la loy 'venenum^ ad L Corneliam dejtcariis 
Ârcnla loy 'venenum ^de "verborum Jtgnif. jf. le mot de 
njenenum emporte l'vn &: lautre. Mais d'autant que 
V Vier allègue l'interprétation de lofeph, qui eft am- 
biguë, pour le mettre hors d'equiuocation,àfin que 
la loy de Dieu ne foit falfificc , il faut voir Philon He- 
brieu compaignon &: amy de lofeph qui à interprété 
c'efl article de la Loy de Dieu d'Hebrieu en Grec au 
liure^desLoix particulières où il diûainfi, la Loy de 7. ^n Uro 
Dieu , did-il , a en horreur les Magiciens & Sorciers ^t^tli" 
vfant des mots jucctyol Xcd (fa/p/uciKevrcu qui par"'^'"' 
moyen & ars damnables font mille maux , qu'elle 
veut que le iour mefmes qu'ils feront pris, qu'on les 
exécute à morr^comme la loy dernière de malefcis C. 
did:,queccluy qui auradefcouucrt vn Sorcier, /'///Va 
ad publicum penrahat. Puis après que Philon a déclaré 
les mefchancctcz des Sorciers, & magiciens, il diftin- 
guc la Magic naturelle, qu'il appelle Phyiique,d'auec 
la Magie enchanteurSjSoixicrs , ôc prcftigiatcurs , qui 
font des exorcifmcs Se enchantemens, & mettent les 
inimitiez capicaltcs entre les amis , Se autres mcfchan- 
cctez incroyables, ou chacun peut vcoir l'euidente 
calomnie de lean V Vicr , qui fouilienc que la Loy de . 



' REFVTATION DES OPIN. 
Dieu ne veut pas , que les Sorcières foyent mifcs à 
mort ains feulement ceux qui empoiflbnnent. le de- 
meure fur ce poinct, qui cft de grande confequcnce, 
pour fçauoir i'i! faut abfouldrc tant d'innocens, com- 
me di6t V Vier & f arrefter à fes calomnies , ou bien à 
la Loy de Dieu,c[ui dcffcnd de laiffer viure les Sorciers 
vn fcul iour. Et qui peut mieux entendre la langue 
Hébraïque ôc la Loy de Dieu , que les Hebrieux , ôc 
Prophètes. Or Elias Leuites pour oftcr toute equiuo- 

cation.a tourné le mot de Mecafhhat:, lamiamj duquel 
8. Inerte \ /-/ t t s tv r ri- ^ 

poèt. niot a vie. Horace NetipranJ^ iamia vmum puerum 

extrahat aluo^HcCichius les appelle XoLjniœH'^ yuxica- 

Xdbc, : combien qu'à la vérité Euftathius fur Homère 

^"num. u. di6l^ que lamia fignifie vn Démon en guife de fem- 

rUe Dyon. me: &enmefmcfignificationraprisPhilofl:rate',ou 

chryfonomu ^ j-^ Appollonius Thiaucus chaffa de Corinthc 

^hU, vnc lamiequi deuoroit les ieuncsperlonncs. VVier 

did qu'il n'eft: poind: mention de lamies en la Sainâ:c 

Efcriture, lemotefl: Grec, &c le vieil Teftament en 

Hebrieu-, Et quand lefaye detcftoit la ville deBaby- 

lonne pour fes Sorcelleries il did^qu'il ny demeurera 

pierre fur pierre (ce qui eftaduenu: Car long temps a 

qu il ny a homme viuant qui puiflTe remarquer vnc 

pierre de ruines de cefte ville là, qui auoit du moins 

XXX. lieues de tour en quarré ) ou comme did lonas 

& Hérodote trois tournées , ains que les luitons & 

Démons y feront leurs danfes, ôc que la Fee ou lamic 

y fera (a demeure. Il y en a en Hebrieu Wn que les 

Lxxii. interprètes ont tourné ijuma-ct^ &c les Latins 

lamia ^ qui eft tout vn : que Rabby Helias Leuites /» . 



tollonij, 



DE lEAN VVIER: 244 

Thisby appelle mère des Diables. Et d'autant que ce 
Dcmon fc voit es lieux deferts j comme eft l'Afrique 
pour la plufpart , Dion en l'hiftoire d'Afrique la def- 
crit comme vnc belle fauuage, qui alevifage d'vne 
femme tref-belle , & pour attirer les paflàns , elle def- 
couure fon eftomach, & fes tetins & d'vn regard mo- 
defte & gratieux , le furplus eft vn Serpent plain d'ef- 
cailles, & la tcfte de Serpens au lieu des pieds, ôc fi toft 
qu on approche , elle deuore l'homme euidemment : 
Ce qui fe peut r'apporter à ce que did Hieremie. La- 
mUnHclamnt vlpera^Threnorum ca. 2^. C'eftpourquoy 
tels efprits font appeliez deuorateurs, &c lamies , '^t^^ 
To XiXdb(jL(Jiaji ou de Xcujuoç qui fignifie inglnuies ^ 
comme di6t Porphyrion. * Et pourmefmccaufe le^. /» itlud 
poiffon.qui deuore tout^ôi les hommes tous entiers f^!!'"'^'^"' 
eft appelle lamia, comme diclNicandre Colopho- 
nien* ôc d'autant que les Sorciers hument euidem-fl":^^'^" ^'*' 
ment le lang des perlonncs, Apulée appelle Sorciereso^^/Ai-.ij,. 
/^;w/^j.comme celle qui fiftvneouuertureen la gor- 
ge de Socrate compagnon d'Apulée couché auprès 
de luy , Ôc cndormy ^ Ôc recueillit le fang en vn vaif- 
feau 5 puis renferma la playe^ Ôc Socrates fefueillanr 
àiû, qu'il n'auoit rien fenty , ôc n'en faifoit que rire : 
neantmoins le iour fuiuant il mourut. A quoy (e rap- 
porte la fentence allégorique de Salomon, que l'Aigle 
rcpaift fes petits de fang,il entend par TAigle Sathan,. 
qui nourrift fes fubiets de telle viande. Auflî Porphy- 
re did que les Démons , &malings efprits aymcnt 
les facrifices , pourfercpaifirc de la fumée du fang. 
^u liure'sfec ^^^i^ r €/^'4'J;^ûJV:.qui mcriteroient 



' REFVTATION DES OPIN. 

tien eftre traduits de Grec en Latin. C'eft pourquoy 
Dieu voulant retirer fon peuple des facrifices qu'ils 
faifoienc aux Démons , commande qu'on efpande le 
fang dcflus, & à cofté dcxtre de fon Autel,&: à fin que 
on Içeuftj que c'eftoit pour deftourner fon peuple de 

i.uuit.c.ij. telles impictez, il eft diâ: ainfi : Et ne vous * aduienne 
iamais par cy après daller facrificraux Diables,& Sa- 
tyres, après lefquels vous auez idolâtre :, & paillarde. 
Car ils auoyent accouftumé (comme di6t le Rabin 
5. Lf^, 5. îvloyfe Maymon ) ' d'aller facrifier aux Démons foubs 
les arbres , & montaignes , & mettre partie du fang 
en vne fofle , autour de laquelle ils banquetoyent 
aucc ic^malings efprits. Ainfi f entend l'article de la 

7mIT.c!i^^\ Loy de Dieu, qui did^. Vous ne mangerez point fiir 
le fang, & ne ferez poin(51: Sorciers : il y a en Hebrieu 
tsinSy, que les interprètes ont tourné , cum pcnguine y 
contre la nature de la propofition Sy qui fignifiey«- 
fer^ n'ayant prins garde à cefte couftume , que le Ra- 
bin Maymon di6t eftre venue des Caldeans. C'eft 

4.f.5.>r/: 4. pourquoy le Prophète Nalium"^ deteftant la paillar- 
de Babylone ville Capitallc de Caldec, di(5b qu'elle eft 
f)ui(rante en Sorcelleries, &: qui a enfeigné les Sorcel- 
eries à tous les peuples de la terre; le Prophète à vfc 
du mot fufdidt o^s^3û' & mstr/sa que Rabby Dauid 
Kimhy à interprété onoya en mefmc fignification de 
Sorciers & lonatas Ben-Vriel interprète Caldean à 
tourné y^\n qui font Sorcelleries. Car l'interprète 
Caldean ofte non feulement requiuocation,ainsauffi 
cfclarciftlc vray fens de TEfcriture S. AufTi feroitcc 
chofe inepte de dire que Babylone cuft fourny de 

poifons 



DE lEAN VVIER: 245 

poifons tous les peuples & Roys de la terre : veu qu'en 
tous pays il y a bonncprouifionde poifons dequoy 
Pline fe plaint. Mais il eft bien notoire qu'ils eftoienc 
les premiers Sorcicrs,&Magiciens du monde^comme 
tous les Grecs &Latins demeurent d'accord, que pour 
cefte caufe le mot de ChaldafisXignidc Sorcier^Deuin, 
Magicien,commcdi61:Hefichius ^ct^S^caoi royivoç 
T fjLctycv & Ibuucnc en Ciccron '^ ^ & en noz Loix ^,&^ ^^ 4"'«'*- 
en la Saindlc Efcriture^'^ôc quand il eft did' au liure^J^yç^„ '^ 
des Roys que des Sorcelleries de lefabcl Royne de Sa-^^^^^^^'»^''^"- 
marie la terre eftoit infedcc, on I16I le mefme mot'^"^,'^r'^'^'^* 
de 0^3^30 qui ne peut fignificr poifons-. Car elle fifl:7.D7',3.c.i8. 
tuer les Prophètes de Dieu , qu'elle hayoit à mort , & 
Nabot à force ouuerte, &: non pas par poifons *. & de- 
puis que cefte Sorcière la eut attiré les Sorciers en Sa- 
marie, comme la Royne Medee en Theflalie, fix cens 
ans après la Samarie demeura toufiours infedee de 
cefte pcfte, tellement qu'on difoit en proucrbe,Tu 
es Samaritain, tu as vn Diable familier; Ce qui fut 
d'idi à lefus-Chrift ^ par i^cs ennemis en le caIoni-7.^^*^«.S. 
niant , &: de ce pays-là mefmes eftoit Sy mon furnom- 
me le Sorcier ou Magicien , maiftre de Menandcr. 
Mais VVier calomniant c'eft article de la Loy de 
Dieu (que la Sorcière 'meure foudain ) n'a pas priss. kaW. n, 
garde pourquoy la Loy n'a pas did Sorcier: Car ce 
n'eft pas pour cfpargner les Sorciers,ny les Médecins, 
Se Apothccaircs,filsempoifonnent,&: qui fcnt-cn- 
dent beaucoup mieux aux poifons, que non pas les 
femmes .-Mais la Loy de Dieu à voulu monftrer,que 
les hommes font moins infedez de cefte maladie, & 

osa 



REFVTATION DES OPIN. 

que pour vn homme il y a cinc[uante femmes^commc 
ni3«^'-rr ^^ ^^^ au prouerbe ^ Hebrieu plus de fcmmes,plus 
dcSorciers,c'eft à dire nmo tzjoiys na -ysa^y C'eft pour- 
S.iT-.i/.f.ii.quoy Pline Miâ: que les femmes font excellentes en 
Sorcelleries, c'eft à diïCjfeminar>fm fcientiam in vempcio 
fr^Halere : ce qu'il n entend pas poifon , car il met 
pour exemple Circe,qui changeoit les hommes en 
belles , ce que toutes les poifons du monde ne fçau- 
9. Jn ^ecl^'xoycxit faite. Ainfi Quintilian^ did, que la prefom- 
ption clt plus grande que la remme loit Sorcière, que 
l'homme^ & l'homme pluftoft voleur que la femme, 
Latrocin'mm'm "virojkciliuS:, ^ueneficium infœmina credam. 
, Qu^on life les liures de tous ceux qui ont cfcrit des 
} Sorciers, il fe trouuera cinquante femmes Sorcières 
ou Démoniaques pour vn homme ,, comme i'ay re- 
) marqué cy deuant.I'excepteray feulement la compa- 
gnie des Sorciers mentionnez au procez d'Abel de U 
Ruc^qui tous eftoient hommesjdefquels les Diables 
font beaucoup plus d'eflat que des femmes : qui ny 
vont que trop. Ce qui aduienr non pas pour la fragi- 
lité du fexeà mon aduis : Car nous voyons vnc opi- 
niaftrcté indoutable en la plus partj& qu'elles font 
bien fouuenc plus confiantes à foufFrir la qucftion 
que les hommes , comme il fut efprouué en la conii>- 
5. r4o>«tf/;^. ration^ de Néron, & après la mort d'Hippias Tyran 
^^* I d'Athènes, que les femmes fe tranchoycnt la langue 
f pour ofler toute efperaneed^ tirer la vérité. Etdeplu- 
fieurs femmes martyres il y auroit plus d'apparence 
de dire , que c'eft la force de la cupidité beftiale , qui a 
icduiit la femme à l'extrémité pour iouïr de ces ap-^. 



DE lEAN VVÎER. 14^ 

petits , ou pour fc venger. Et femble que pour cefte 
caufc Platon meâ: la femme entre l'homme & la be- 
ftebrutc.Car on voit les parties vifcerallesplus gran- 
des aux femmes qu'aux hommes, qui n'ont par les 
cupiditez Ci violentes. Et au contraire les telles des 
hommes font plus grofles de beaucoup, &: par confe- 
quent ils ont plus de cerueau, & de prudence, que les 
femmes: Ce que les Poètes ont figuré quand ils ont 
did: que Pallas Decffc de fagefle^cftoit née du cerueau 
de luppiter, ôc qu elle n'auoit point de mererpour mo- 
ftrer que la fagefle ne vient iamais des femmes, qui 
approchent plus de la nature des belles brutes. loindt 
auffi que Sathan faddrefl'a premièrement à la femme 
par laquelle l'homme fut fcduidl. D'auantage ie tiens 
que Dieu à voulu ranger , ôc affoiblir Sarhan , luy 
donnant puifl'ance ordinairement ôc premièrement 
(ur les créatures moins dignes , comme fur les Ser- 
pens , fur les mouches , &c autres belles que la Eoy 
de Dieu appelle immondes, & puis fur les autres be- 
lles brutes pluftoil que fur le genre humain : Et fur 
les femmes plulloft que fur les hommes, &: fur les ho- 
mes qui viuent en belles pluflofl, que furies autres, 
loindi auffi que Sathan par le moyen des femmes atti- 
re les maris &:les enfans à facordclle. Etpnrainfila 
refolution de laLoydc Dieu demeurera, que la Sor- 
cière foudain doibtcftre mis à mort, 6«:la calomnie 
de VVier contre la Loy de Dieu & des Magiflrats exe- 
5 cutansfon mandement fcrareiedee. Car VVier 'eft. /;; , ,^ ^ 
\ d accord que les Sorcières ont communication , &c^ 8.0^34. 
" padioa auec les Diables, &c cp'elles font beaucoup^ ''^"^•'''** 



REFVTATION DES OPIN. 

î4.C7-A-i,;. je merdiancetcz a l'ayde du Diable, (Se neantmoins 
jii^ns , fxpe ^^ lii-irc ^^ Umiis, il did tantoft qu'il ny a point de pa- 
'î/'^^- d:ion,&: tantoft qu'on ne fçauroit le prouuer, tan- 

toft qu'il ne faut pas croire la eonfcflion des Sorciè- 
res , àc qu'elles f abufent de pcnfcr faire ce qu'elles di- 
fent & que c'eft la maladie melancholique qui les. 
tient. Voyla la couucrture que les ignorans , ou Jes 
Sorciers ont prifepour faire euader leurs fcniblables . 
&accroiftrc leregnedeSathan. Par cy deuant ceux, 
qui ont did: que c'eftoit la melancholie , ne pen- 
foyent pas qu il y cuft des Démons , ny peut eftre 
qu'il y euft des Anges, nyDieu quelconque. Mais 
V Vier confcfle qu'il y a vn Dieu ( comme les Diables 

^ .. . le confeiîcnt auiïi, éc tremblent foubz fa puifTancc, 
i.EpipoUu- , ^ * , . r, ' 

col'}. Cl. amli que nous liions en ihtcnture ) il conreiie aulii 
par tous ces efcrits qu'il y à de bons &malings efprits 
qui ont intelligence, &padionauec les hommes. Il 
nefailloit donc pas attribuer les tranfports des Sor- 
ciers, leurs maléfices , ôz a6tions eftranges à la melan- 
cholie. Se beaucoup moins faire les femmes melan- 
choliques, veu que l'antiquité à remarqué pour cho- 
fe eftrano-e, que iamais femme ne mourut de melan- 
cholie, ny l'homme de ioye, ains au contraire plu- 

^.panc ni.j. fiçyt^s^fci-nnacs meurent de ioye extrême, &:puifquc. 

yalere Max. J 'Il 

solw, VVicreft Médecin il ne peut ignorer, que 1 humeur 

de la femme ne foit diredemcnt contraire à la melan- 
cholie adufte,dont la fureur proccde,foit qu'elle vien- 
ne à bilcjlaHci adujla^aur a fucco mcUncholtco , comme' 
les Médecins demeurent d'accord. Car rvn& l'autre 
procède d'vnc chaleur, Ôi fecherefle cxceffiue comme 



DE lE AN VVIER.. 147 

dict Galen au Xiuic deatrabile. Or les femmes naturel-' 
kmeac font froides Si humides, comme àiCt le mef- 
me autheur, .& tous les Grccs^ Latins, & Arabes fac- 
cordant en ce point icy.Et pour ceftecaufeGalen'^ dit 4- ^^.^'^' ^^. 
auili que l'homme eftant d Vn tempérament chaud, 
& fec, en région chaude & feiche, àc en cfté tombe en 
la maladie mclancholique, &: neantmoins Olaus le 
Grand Qàj}^'i^ ^Peucerus^ Saxo Grammaticus , & VVier 
mefmes elî d'accord auec tous les Inquifiteurs des 
Sorciers dAllemaigne que fouz la région Ardique^, 
ou la Mer glace , 6«: en Allcmaigne & aux Mons des 
Alpes, &: de Sauoye tout cft plein de Sorciers. Or il eft 
certain que les peuples de Septentrion tiennent aufli 
peudelamelancholicjComme les peuples d Afrique, 
de la pituite. Car on voit tous les peuples de Septen- 
trion blancs,les yeux vers,!es chcueux blondz,&: déf- 
iiez, la face vermeille, ioyeux & babillards, chofe da. 
tout contraire à l'humeur mclancholique. D auanta- .' 
g£ Hippocracc au premier liure des maladies popu^n 
laires, & Galen au mefme liure tiennent que les fem- ' 
mes gcnerallement font plus faines que leshommes, 
pour les flueurs menftruales,qui les garentiifent de 
mille maladies. lamais, di-6l Hippocrates, les f^mmes^ '[ 
n'ont la goûte ny vlceration des poulmons , did: Ca- 
len * , ny d'epilefies , ny d'apoplexies , ny de frenefies, j. /;, /;^,^ ^^ 
ny de léthargies , ny de conuuKions , ny de tremble-^ '^^^'^>^^""^f- 
ment tant qu'elles ont leurs fleurs , ou leurs nicn- 
flruës , & fleurs. Et combien qyc Hippocrate "^ àxdcc. in Brode 
que le mal caduc, & de ceux qui cftoyenr ailîegcz des '^''''^° fi 
Démons, qu'on appclloit maladie facrec , elt nata- 



icro. 



REFVTATION DES OPIN. 
r<;lle : neantmoins il fouftient , que cela n'aduicnt fî- 
non aux pituiceux , &: non point aux bilieux : ce que 
kan V Vier cftanc iMedccin , ne pouuoit ignorer. Or 
nous auons monftrc que les femmes ordinairement 
font Démoniaques plulloft que lc$ hommes, &c que 
les Sorcières font tranfportecs fouuent en corps, ÔC 
fouuenc auflî rauies en ccftafe , eftanc lame leparec 
du corps , par moyens Diaboliques , demeurant le 
corps infenlîblc, ôiftupide. Encores eil: il plus ridi- 
cule de dire , que la maladie des Sorcières prouienc 
de melancholie, veu que les maladies procedans de 
iûatnlîlf '^'^ niclancholie,font coufiours dangcrcufes^. Néant- 
moins on void des Sorciers, & qui ont faidlceme- 
ftier quarante,ou cinquante ans, &c de laage de douze 
ans, comme leanne Haruillier, qui futbruflce vifuc 
le vingtneufiefme Auril mil cinq cens feptante hui<51:, 
ÔC Magdaleine de la Croix , Abbeffe de Cordouc en 
Efpaigne,mil cinq cens quarante cinq, auoyenteu 
accointance ordinaire, ôc copulation auec le Diable, 
qui dura , quarante ans à l'vne , & trente a l'autre. Il 
faut donc que VVicr confefle que c'efl: vne incon- 
gruité notable à luy qui cfl: Médecin, ôd ignorance par 
trop groflîcre: (mais ccn'ell: pas ignorance) dattri* 
buer aux femmes les maladies melancholiques , qui 
leur conuiennent auflî peu que les eiFeds louables 
de Thumeur melancboliquc tempéré, qui rend l'hom- 
me fage, pofé, contemplatif, (comme tous les an- 
7../tflfiot.lnQ'içns Philofophes & Médecins ont remarqué^) qui 
rrçhu fBt ç^^^ qualitez aufll peu compatibles auec la femme, 
que le feu auec 1 eau.Et mcfmcs Salomon qui cognoil- 



DE lEAN VVIER. '248 

foit aufïî bien l'humeur des femmes , que homme du 
monde^did qu'il à veu de mil ' hommes vn fagc,mais 8. inmucr, 
de femme qu il n'en à pas veu vnc feule. Laiffons donc 
l'erreur fanatique de ceux qui font les femmes mc- 
lancholiqucs. Aufïî VVier voyant que fon voile de 
melancholic cftoit defcouuert par la demonftration 
& vérité apparente par tant de Loix diuines & hu- 
maines j par tant d'hiftoires de tous les peuples de la 
terre, par tant de confefTions les vncs volontaires , les 
autres forceeSjpartantdc iugcmenSjdeconuidions, 
de condamnations ^ d'exécutions failles depuis trois 
mille ans en tous les pays du monde, il e'eft aduifé . 
d'vne rufe trop grofliere , pour empefcher qu W 
face mourir les Sorciers , difant * que le Diable {c-9-eA-c^cAi. 
duidb les Sorcières, & leur fai6b croire qu'elles font 
ce que luy mefme faid. Et ce faifant il faid fem- 
blant , qu'il eft bien fors contraire à Sathan , & ce 
pendant il fauue les Sorciers , qui eft en bons ter- ; 

mes fe iouer auec Sathan de parolles , & en effcâ: cfta- 
blir fa grandeur & fapuiflance. Car il fçait bien que 
les Magiftrats n'ont point de Iurifdi(5l:ion ny de mairt 
mife fur les Diables. Qui n eft pas feulement abfou- 
dre les Sorciers, ains aufli tous les meurtriers, voleurs, 
inccftueux, &r parricides, qui font pouflez par Tcnne- 
my du genre humain à faire ce qu'ils font. Puis il loue 
grandement '''la taxe de la chambre du Pape-.quicon-4./^^.24,dt' 
damne les Sorcières repenties à deux ducats pour Ic^'*'»'"- 
pardon; &: en autre Mieu il dit que fil fouftenoitque5./;7;.5.r.5;.. 
non fculemeut les Sorciers ne doyuent eftre punies^^ ^ro;pg... 
à mort par la Loy de Dieu, ains aufli qu'il n'eft fai- 



î> • REFVTATION DES OPIN. 
fte aucune mention des Sorcières en la S. Efcriturc, 

qu il ne peut eftrc conuaincu facilement. Icy i'appelle 
c.ExolcA.j. DieUj &: fa Loy en tcfmoignage, & mille pafîagcs '^ de 
c^.s.c^■ 9. la Bible pour conuaincre c'elt homme. Et pour co- 

Deut.u. 18. ble deuant Dieu, ny plus fouuent défendu en toutes 
^■'^'^^^•''•lesEfcritures. Baleham infpirédc Dieubenift lepcu- 
23.e^' t.rar. plc dlfracl ^ quoy que Balaac Roy des Madianites, le 
3^'Criefa.c. îùppliaft tref-inftammentde n'en rien faire; & le Pro- 
4j.Damel.c. phcte Ic tend la raifon : Car, dit-il, il n'y a ny Enchan- 
i.Miche. r.5. ccur, ny Sorcier en ce peuple : Mais Dieu luy fai6b fça- 
^echil'lc 13. ^°^^ ^^ volonté quand il eft befoing. Et quarnd Dieu 
Num.caj^.i^. voulut monflrei combien il auoit en horreur les 
^"'^"'''''*''^' Sorcelleries , il diâ:. Gardez vous fur la vie de fuy- 
cr $0. 07- Lire les abominables couftumes de ces nations, que 
^. ca.ï6. j'^y j-^f^ Je 1^ terre, pour les Sorcelleries, Magies , di- 
umations,ouilenme6t neur genres, qui compren- 
7.z?f«/.c.iS.nent tous les autres' : Mais ilfai6t bien à noter qu'il 
ne diâ: poindb qu'il à exterminé ces peuples pour les 
homicides, parricides, inceftes, tyrannies, idolâtries, 
mais pour les Sorcelleries, & d'autant que ces peu- 
ples-là dedioyent leurs enfans au Diable Moloch, 
pour exécuter leurs Sorcelleries , Dieu commande 
xi.umn. io. que celuy qui fera celle abhomination , foit lapidé : ° 
qui eftoit la plus cruelle mort de toutes , comme 
8. //^.j.oa did: le Rabin SMaymon i Puis après Dieu adioufte 
qu'il cftendra fa fureur contre le peuple qui fouf- 
frira ces mefchancetez impunies. Et quand Samu-el 
voulut faire entcpdre àSaîil la grandeur de fa faute, 
Ton pcché, did-il , eft aufTi grand que le péché des 

Sorciers. 



DE lEAN WIER. 145^ 

Sorciers. Et p our monftrer cobien Dieu auoit en hor- 
rcur le Roy Manaflcs, il eftdic, Manafles irrita Dieu 
par fes mcfcliancetcz deteftablcs : Puis il cft dit,qu'il c- 
ftoit Sorcier,ayant conucntion auec les Diables. Il fut 
priué de Ton Royaume, & mis aux fcps en vne prifon. 
Et combien qu'il fe fut repenty grandement, fi eft-cc 
<juc cinquante ans après fa mort,Dieu dift au Prophè- 
te Hieremie; le raferay à feu ôc à fang celle ville, pour 
les mcfchancetcz exécrables du Roy ManafTes-.Sc quâd 
au lieu Topliet ', où il auoit fait Ces facrifices à Sathan, ç-c.i^.ffter, 
il eft dit, que ce fera le lieu des meurtres pour vangcr ^°* 
l'ire de Dieu.ce qui fut fait.Et au4.1iure des Rois, cha- 
pitre XV 1 1 .il eft dit que les dix lignées furent extcrmi- : 
nées & emmenées efclaues , parce qu'elles eftoient ad- ; 
données aux Magies & Sorcelleries. Qui (ont lieux ' 
hié notables,car la captiuitc des dix lignées, n'eft fbn- î 
dee quefurcepoin^l-là. Et quant aux deux autres li- 
gnées , il eft dit que cinquante ans après, Dieu qui cft 
tardif à la vengeance, vengea les Sorcelleries deMa- 
nafleSjalors que la ville de Hierufalem fut mife à feu Se 
à fang,& les deux autres lignées emmenées captifues, 
6c en autre lieu il dit ^, ÇUdms ad d'minos :, Çladius ad 
Chad^os:, & au Prophète Michce ^ il cft dit, le raferay v-^'^M- 
de la terre les Sorciers &Deuins. Et quand Efaye me- 
naiïa Babylonc qu'elle fera rafee,& mife à feu & à fig, 
il dit:Toutes ces calamitez t'aduiendront pour la grâ- 
deur de tels mefchancetcz exécrables que tu as comi- 
fes auec tes Sorciers,Brief ce feroit chofe infinie d'cf- 
plucher par le menu tous les paffages de la S.Efcriture, 
fans toucher aux Dodeurs,Legiflateurs, Philofophcs, 

RRr 



REFVTATION DES OPTN. 

Hiftoriens qui font pleins d'exemples, parlefqucis 
on peut voir que les Sorciers de toute ancienneté ont 
çfté exécrables à Dieu , & aux hommes ; Comme i ay 
note cy deuant que fain(5t Auguflin a efcrit , que tou- 
tes les fcdbes ont décerne peines contre les Magiciens 
& Sorciers,pour monftrer que V Vier a trcfbien Icu de 
entendu les peines eftablies par les loix diuines, &c hu- 
ir^aincs : &c neantraoins que de propos délibéré illes a 
calomniées, difant qu'il n'cft parlé que des empoifon- 
rieurs,& non pas des Sorcicrs.Voyons donc qu'il veut 
dire par le mot de Sorciers, qu'il appelle Lam tas ^ car 
c'eft le fondemét de toute la difputc.îe mettray fa dc^ 
tli.j.cd.ije finition: ' Lamia ejlq^a obfœdHS ùntJligiofHni^aHt imagL 
Pr^J ig-€r i. yi^yip^yyi q^ D ^moHc iHitu pro'ûrîa cx fuo delccl^i^.'vel mdlizno 
c. j. D^mon ïs mJlmaH impmfuque], mujqj opequaLiacHque ma,- 

Uj'V.elcogitationey vel imprccatione j "ydre ludicrdj atque ad 
inflitutumopus incpta dtjignare putatur. C'eft a dire, en 
trois mots,Ia Sorcière eft celle qu'on penfe auoir al!iâ^ 
ccauec les Démons, 6«: à leur ayde faire ce qu'elle ne 
fait point. En quoy on peut voir, que fi V Viérs'efta- 
bufegrandcmentenfonarrdemcdeçinc, parlant de 
la melâcholie des femmcs,qu'il a bien failly plus lour- 
dement en termes de Dialcàique,de former vne défi-- 
nition parimaginationrveuquela définition doit tou 
cher au doigt , &: monftrer à. lœil la vray eeifenee delà 
chofe.-Encores eft-il plus ridicule d'auoir mis fîx dilîo- 
6lions en fa définition . Attendu que la définition eft 
vicieufe,s'il y a feulement vne difionâ:ion,con:in;c dit 
9M.6.To^tc, Ariftotc': ^ Comme fi on difoitjep^euarierxûçel 






DE lEAN VVIER: Ï;o 

qu'on penfe qui frappe, ou qui tue, ou qui fe mocquc 
d autruy. La définition de V Vier eft femblable. Or fi 
laSorciere eft celle qu'on pêfc qui eft Sorcière, &:qui 
ne l'eft point, il ne falloir point faire de liurcs des Sor- 
cières, ny chercher la définition de ce qui n'eft poinr. 
Car premièrement on demande, fi la chofè qu'on met 
en difputc eft en nature, ou non : id eft anjît:, puis 
après j quidfit^ ôc en troifiefme lieu, qualis fit ^ &:en 
quatrieime lieu, ^cur ft. Il faut donc rayer le tiltrc 
De Lamik du liurc de VVicr , Se ne mettre la défi- 
nition d'vne chofequi n'eftpoint,qui eft vnc incon- 
gruité notable en terme de Philofophie. Ettoutcsfois 
VVier definift ^ le Sorcier, qu'il appelle magnum i«- 9.//.2.M/.2. 
famem, qui s'eiForce d'appellcr, & inuoquer le Dia- 
ble , à fin qu'il fe monftre,& qu'il rcfpondc à ce qu'on 
luy demande. Ce que i'ay mis briefuement:car la 
définition de VVier, contient près d'vne page, & v- 
ne douzaine de difiondlions. Pierre d'Apponnc, qui 
n'a pas ofé confeffer, qu'il y euft des Démons, tant 
pour leuer l'opinion qu'on auoit qu'il fuftSorcier, que 
pour y attrappcr les autres, n'eftoit pasfiaifé àcon- 
uaincre. Mais VVier ayant confeflé qu'il y a des ma- 
lins c(prits,&: qui plus cft,en ayant fiid: l'inuentaire à | 
la fin de fon liure de Traftigiis . Et mefmes confefTe 
que le Sorcier a communication , & alliance auec 
Sathan , c'eft chofe bien eftrangc , de nyer que la 
Sorcière ayt alliance auec Sathan : ains que cela eft 
imaginaire, veu que la loy de Dieu difertement a par- 
lé delà Sorcière, qui s'accointe auec lemaling efprit. ojnm^Heo 
Et d'autant que les cinq ° Inquifiteurs,qui ont mis païmalefiunm. 

RRrij 



REFVTATION DES OPIN. 
cfcrit fommairemencle nombre infiny des Sorcières 
qu'ils ont fait exécuter en Allemaigne, & que par la 
confeiljondc toutes, ils ont trouué qu'elles faifoient 
^^'•"^^ ^'*'"'^' alliance auec Sathan, luy touchant en la mainrVVicr ^ 
dit fur cela qu'il efè impoffible de toucher la main, par 
5->Vr«>/4». cequelcsDcmonSjdit-il.n'ontpointdechair^jD^wo- 
we^ non camea,JedJJ)irituali cocretione cojlare. Or le mot de 
côcrction,efl: du tout cotraire à la nature des efprits,wi- 
hil efl^ dit Ciccron^w animis concretUynïhïlmiflum.Qc que 
oM.iM^' Ciccronauoitpris d'Ariftote qui appelle M'Intelled. 
a/.ui>cTov }{^Ji duTT^LTA : Maisconreliant la concrétion 
en la nature fpirituelle,il faut aufli confefTer qu'ils ont 
corps, comme S. Auguftin,fuiuant la définition d'A- 
pulee, qui appelle les Démons natum corporeos^ & Phi- 
4.w//.^A-loponePeripateticien^&Porphirc^,Iambhquc'^,Pla- 
*'w7 r,.ton,Pfe!lus,Plonn Académiciens, &: GaudentiusMe- 
i7To;y75.TSR/i,a-rula,ic tondent lur ce que la choie incorporelle ne 
'^'^'' peut foufFrir d'vne chofe corporelle: & mefme S.Bafi- 
Cmhjemy. Jg tient, qucles Auees aufli bien que les Démons , ont 
corps, qui eitl occalionpourquoy les anciens difoiéc 
que les Démons fouifrentdiuiflon. Or S. Auguftin 
tient au 3 . liure, chap. dernier delà Trinité, qu'on ne 
peut faillir de dire que les Démons font corporels. Et 
s'il cft ainfi qu'Ariftoteau 4.de laMetaphyfique^ a te- 
nu que les Démons font non fculemét corporels, ains 
auffi élémentaires : toutes IcsSophifteries deVVierj.. 
n'aurontaucun fondement, car les adionsfefcrot de 
corps à corpSj&: de corps clcmcntaire à corps élémen- 
taire. Et tenantque les Anges & Démons font corpo- 
rels comme S .Bafile Ôc S . Grégoire in Jz/omilia6piphan: 



rems. 



DE lEAN VVIER. ijr 

la demonftration fera fondée en principes indubita- 
bleSjCcft àfçauoir qu'il n'y a qu vne fubftanceinfinie 
qui ejft DicUjCar s'il y auoit pluficurs infinis l'vn ne fc^ 
roit pas compris par l'aurre^ôc par confcquêc ne feroic 
pas infinie. Or la fubftance ne peut eftre finie que par 
extremitcz des fnperficcs qui ne conuicnncnt finô au 
corps. Mais la plus commune opinio des Théologies, 
êc mefmc de lean Damafcene, Grégoire Nazianzene,, 
Thomas d'Aquin^Sc du Maiftre de fentences , cft que 
les Demos font de mefme nature que les Anges qu'ils 
difent eftre formes pures & fimples ,5& neantraoins^ '^^ ^^"^"^ 
ils s'accordent auflî en ce point que les bom &: malins 
efprits fe forment en corps vifible^quand il eft bcfoin 
pour effedluer ce qu'ils veulent corporellemcnt.Tou- 
te la fain6te efcriturc eft pleine d'excmples,Gome l'ap- 
parition d'Abraham , de lacob , de Moyfe,d'HeIie,cle 
Manoha,d'Abacuch^de Thobie , ôc infinis autres , ôc 
les liures de lambhque ^e myftcriis jE^yptiomm^de Plu- 
rarque,de Proclc, de Porphyre, &: de Plotin , mefme 4.^*«^/^w. 
celle d'Olaus le Grand^qui efcrit qu'il n'y à rie plus frc- \HTccyrèt\^>- 
^ quent en toutes les régions feptentrionalcs , que dc*"^*"'" 
voir des efprits en figure humaine, qui touchent en la 
main(voilacomeilefcrit)6<rpuiss'euanouiirent. Tou- 
tesfois pofonsle cas que les Démons n'ayent ny con- 
crétion en foy , & qu'ils neprcnnent corps quelcon- 
ques , ains que font natures pures ôc fimples , du tour 
feparecSjComme Ariftotea parlé des Angcs_,ou intel- 
ligcnces^fi ert-ce que VVier ne peut nier qu'il ne foie: 
vnvray calomniateur d'vfer de c'eft argument, pour 
monftrer qu'il n'y à point de padion^ ny de conueav 

R.Rr îij 



T>. REFVTATION DES OPIN. 
tioh des hommes auecSathan. Carilfufïiftd'vn fîm- 
pic c:anfcntemcnt,pour faire vneconucntion : lequel 
confcntemcnt fc peut faire fans jftipuladon/ans paro- 
le, fans cfcrirure , d'vn clin d'oeil , & comme did la 
j^.lnuuhdele ]^Qy ^ j^^j-j^ ^fi^^^ & Dicu qul cft incorporcl a fai6t con- 
^^ ' ^* ucntion &c trai<flé aucc fon peuple , & neantmoins 
$Jli.cA^.i. VVicr cil: d'accord ''que les Sorciers ont pa6bion , & 
conuentio aucc Sathâ,&: qu'il parle à eux, & qu'il leur 
faicrefponce. Pourquoy donc pluftoft aux Sorciers 
qu'aux Sorcieres,veu que la Loy de Dieu parle difèrtc- 
ment des Sorcières, &r que nous auons monftré par in- 
finis exeples^que les femmes font beaucoup plus fub- 
ietes à cefte mefchanccté,que les hommes. Et qui plus 
c.c.i6Jeu~ eitjVVier demeure d'accord, (^ que les Démons prcn- 

mwctUb.de •' . , -lin r '^ 

prxf^.^.cM ncnt les corps des iiommes,& des beltesien lorte qu o 
cr//.4.f.i4. peut iug^r la contrariété de ks cfcrits,& l'incongruité 
de fes conclufions.Car il demeure d'accord, que les de* 
mons tranfportent les perfonnes,&: les efleuét en l'air 
"^ÈiprX^' fans corps,& en baille plufieurshiftoires^ ^ qu'il con- 
Z.m li.de La. fcffc luy mcfmesauoir veu. Wierfcmocque^ auili 
de la copulation des Sorciers auec les Démons , que 
toute rantiquité,& tous les peuples ont tenu pour cer- 
taine, & les Théologiens ont confirmé; â: mefmes S. 
Auguftin au quinziefmehure delà Cité di6b,que c'efl: 
V.ne impudence bien grande denier cela. le mettray 
CCS mots. D^moneSjCreherrimafama ejlj^quos Latïnï incu- 
hoSj Q^tli 'Dufios njocant^miilierum aflentarcj atqucperage^ 
fç concuhïtus y (^ banc ajîiduè immunditiam , ^ atten^ 
tare ^ ^ efficerCypluns talêfqne ajjeuemnt ^ 'vt hoc negare 
impudentiie ejje videatur, Onfçaitbien que les femmes 



DE 1£AN VVÏËr; 15Ï 

n'ont pas accouftùmécîc fe vanter de leurs paillardi- 
fcs.Et comment cohfcfreroiènt-elles atioir eu copu- 
lation a«ec \es Diables ^ s'il n'eftoî^ Vrày ? OrnOtisli^ 
fotts que les luges d'Allemaigne^d'Elpâignè,de Fran-^ 
ce,& d'Italie ont mis par e(crit , que toutes les Sorciè- 
res, qu'ils ont fait exécuter, ont confeffé, Se pcrfifté-cn 
leurs confellîons iufqucs àlamort inclufiuêment, ^2 
pluficurs aufli à qui on auoitpardôné, qu'elles auoiêt 
eu copulation auec les Dcmons,iufqucs à direqu'elles 
trouuoienc leur femcnce froide^ comme nouslifons 
^auliuredes cinq Inquifiteurs,quien ontùkc^ccu^ ^î'^^'^^^fo 
ter vn nombre infiny,ôc en PaurCrrltand. l'ay mon. ^'¥77* 

/t/T'ir'-i l.m lt.de Sof 

ftrc cy demis pluficurs exéplcs des procès particuliers^ tUe^m, 

qui m'ont cfté communiquez,ou cela eft trefbien ve-» 

rifié;>& par confeffions fans torture,^par conuidlioi; 

Et ne faut pas douter quele defir de paillardile çonpcN. 

relie n'attire ( mefmement les femmes) à la paillardife 

fpiritucllc. A quoy fc pcutauffi r'apportcr l'abomina* 

tion d'vne fi exécrable mefchancccé portée par la Loy . . . . - 

*de Dieu,ou iJe£è dit, que tous ceux qui l'cfîoiét cour ^•^'«'- f^-- 

plez au Diable Pehor, eièoient péris malheureu(c!mér. 

Et quant la Loy de Dieu ' défend de lafffcr viurc ^'^■^''"'•^* "' 

la Sorcière, il eft did tort après, que ceftuyqyi: pail- 

laf dera auec la befte brure.qu il fera mis a mort. ^ C^r b 

fuite des propos de la.Loy dci Dieii touclie> cbuùertc* 

ment Icsvilennies 5s: mefcl-iancetez incroiables:Com- 

lïie quand il eft did. Tu ne prcfentcras p^irit à Dieu 

1^ loyer i^h paillarde, ,ny lepris d- vn cJiicn ; cd^ tbnr. 

î:ious ayonsiremarquce cy deûTus par exemples me- 



REFVTATION DES OPIN. 
morablesiEtauxdixfepticfmedu Lcuitique ileftdit, 
Et vous n'irez plus ficrifier à vos Satyres diablcs^aptcs 
Icfcjw^ls nous aucz paillarde .Or VVier, qui eftMcdcr 
cin,cognoiflant que l'opillation de foyc , ny l'oppref- 
fîon de la rate , ne pouuoient s'attribuer aux fem- 
mes faines, ô^gaillardes^ô,: que telle maladie naduienc 
qu'endormant, 6(:: que toute l'antiquité auoit remar- 
qué non feulement la copulati5 des Démons aucc les 
femmes, que les Grecs appellent Ephialtes, les Latins 
Incubes , comme,aufri des hommes aucc les Démons 
j>>u wt îcn guifede femmes. qu'ils appelloient Hyphialtcs ou 
'Succubcs'j&quecelalcfaifoiten veillât,&continuoit 
à quelques vns trente , ôc quarante ans comme VVier 
mefme a confeffé. Il n'a pas di<St que c'eftoit maladie, 
mais il a denié,difant que les femmes font melancho- 
lrqucs,qui penfcnt faire ce qu'elles ne font poindt. Et 
4-^-^*"««^'^ncantmoinsonn*cnbrufleiamais defurieufes : '^On 
Lp'œnTsàni' void en elles la rufè , la difcretion , &: le iugement de 
Mepamc.f . fçâuoirconftamét denier lefai6t, comme quelques 
■^ ' Ynes,oii'î'cxcufer6(: demander pardon,comme les au- 
tres fe cacher,& s enfuir,quine font pbindl les adions 
de perfonnes furieufes. Ioin<St aufli que les conui- 
(SbionSjtcfmoingnages , confrontations, & confeffios 
femblables de toutes nations fe rapportent iufques au 
peuple des Indes Occidcntalcs,quifc trouucnt fem- 
blables auecles autres,& les copulations des Démons 
auec les femmes,ainfi que nous lifons es Hiftoir^s des 
îndcs,comme i'ay remarqué cy deffus. Mais ie detnan- 
; deroyc à VVier quelle maladie le ferm* ^és SorfciercS 
de pcnfer auoir tué les petits cnfans , qiii fc trouuent 

tuez 



à 



DE lEAN VVIER. 553 

tuez de les faire bouillir &r confbmmer.pour en auoir 
la grefTe^comme elles ont confefîé , & fouuent y ont 
efte furprifcs. V Vier did: qu'elles imaginent auoir fait 
tout cela^maisqu elles s'abufcnt : voila ces mots, ^ &1''' ^/c' 
qui fera creu en ccftcmefchanceté fi exécrable finon 
les yeuxjcs fens,rattouchement,lcs tefmoins fans re- 
proche,lcs confeflions fans torture , brieflcfait cui- 
dent & permanent,quand on les trouue fur le faid:, 
Sprangerefcritj qu'il en fut exécutée vne aupaysde/-^'^'"'*^^»- 
Confiance qui auoit ( corne fage femme pour aflifter 
aux gcfines) tué quarante Ô<:vn enfant fortant du ven- 
trCjCn leur mettant fecrettement de groilcs efpingles 
en latcfte.Or on voit femblables parricides auoir eflé 
commis par Mcdee la Sorcière , tuant tantoft fon fre- 
re,puis fes propres enfans. Nous voyons les Sorcelle- 
ries de Canidia en Horace , "^ & de Eridlio en Lucan, ^-li^. ^fsâon 
les crapauxJesSerpens, ^oflemensquenosSorcie- ''^' 
res ont ordinairement, & dont elles fetrouuét faifies. 
Et ny a forcellcrie, qui ne foit defcrite par Orpheeiil y 
après de trois mille ans, '5^: en partie par Homère , &: 
remarquée en laloy de Dieu, il y a trois mil cinq cens 
ans.I'ay remarqué cy deilus en Ammian Marcellm 
d'vn Sorcier,qui ou u rit vne femme enceinte , pour a- 
uoir fon fruid fous l'Empire de Valens. Le Baron de 
Raiz fut conuaincu , il y a cent ans après pluficurs 
meurtres des petits enfans auoir attenté d'ouurir fa 
femme enceinte pour facrifier fon propre fils à Sa- 
than,quin'a rien plus aggreable, &no pas pour auoir 
lagreflepourcnvfercn chofesdeteftables.qui eflv- 
ne perfuafîondeSathan, pour induire les Sorciers à 

SSf 



REFVTATION DES GPIN. 

tels parricides , car elles difent que la greffe d'vn petit 
enfant mort naturellement n'y eil p^s bonne, & pour 
Icmonllreron voidjComme.i'ay di6l, quarante & vn 
enfant tuez par vne Sorcière, 6^ dcuanr qued'eftreba- 
pti^ez,&: apreslesauoir prcfentezàSaihan. Etneant- 
moins VVier^quifaidblemblant de ne croire rien des 
chofes qu'il fçaitauffi bien que fon maiftrc Agrippa, 
a bien ofé efcrire^ de faire femblant d^ fuyure l'opinio 
do Baptifla Porta Italien ^ le louant bien fort , lequel 
neantmoins efcrit que les Sorcières luy ont confellé 
<]u'elles font l'onguent dés petits enfans bouillis , ôc 
confommez,y mettant plufieurs drogues, qu'il n'efl: 
befoin d'efcrire qui eft enbons tcrmes,cn(cigner à co- 
mettretcls parrieideSjfous vnefauffe perfuafion dia- 
bolique,quetelvnguent a la vertu de faire voler les 
perfonnes. Or les Sorcières de France ne font pas plus 
agiles,ny pluslegercs,quc celles d'Allemaigne, ôc d'I- 
talie, & neantmoins la plufpartjComme ceux du Mas, 
ôc celle deVerbery , ôc de Longny en Potez quei'ay 
remarqué cydeffus , ne mettoient qu'vn ramon ou 
balet entre les iambes en difant quelques paroles ^ ÔC 
foudain eft oient tranfportees en l'air : Ôc Paul Gril- 
land àiÔ: que plufieurs de celles qui l'a veu exécuter 
en Italie, confefloicnt, qu'il fepre(entoit vn bouc à la 
porte, fur lequel elles montoient poureftretranlpor- 
teeSjfans greffe ny onâiion quelconque. On voie que 
l'Italien Baptifte en fonliure deiaiMagie , c'cil à di- 
re Sorcellerie , ôc VVier s'efforcent de fairetenrcfîdre 
que c'eft vn vnguent a force naturelle, ^^ (oporatiue^ à 
fin qu'on en face expérience. Car les herbes fopora- 



DE lEAN VVIER. 154 

tiucsfontlà Mandragore^IePauot , le Solatre mor- 
tiferCjlc hiofcyameouhanebane, la ciguë, &:neanc- 
moinsilncretrouua onc médecin Grec , Arabe, ou 
Latin,qui ait applique des vnguentSjfur le dos , fur les 
braSjfur les cuiffeSj pour endormir fi bien la perfonne 
qu'elle ne fcnt douleur quelconque. Et s'il applique 
quelque chofe extérieurement , c'efl quelque fron- 
tcau furlatcftedefemences froides corrigées parmi- 
fl:ions,&: fufions Et quand à la greffe^c eft vn principe 
de médecine, qu'elle cft chaudej^ inflammatiue. Co- 
rnent donc feruiroit elle pour endormir,appliqucc au 
dos,oufurlebras ? Veu quclefommeileft caufé par 
les veines carotidcs^portât le fang du cœur au ccrueau, 
ôcparla fluxion douce des humeurs , qui font mon- 
tées au cerueau^commelcs vapeurs en l'air retournât 
doucement fur les parties cordiales. Mais pour mon- 
ftrerqueSatlianrauiftl'ame hors du corps, lelaiilant 
comme mort & infenfible,ainfi que nous auonsdiC- 
couru au chapitre de l'ecftafe & que ce n efl: point fom 
meil,onvoiteuiderament,que tous les fimples fopo- 
ratifs nefçauroient empefcher que l'homme, tant loîc • 
il cndormy,nc fente le feu appliqué au cuitT & ncant- 
moins les Sorciers ne fentent ny feu ny douleur quel- 
conque,eftant rauis en e6lafe,comme il a efté fouuent 
experimentc:EncQres void on vn argument,auquel il 
ny a poind de rcfponce, pour moftrer que ce n'eil: pas 
l'onguent ny lefommicil, mais vn vray rauifTcmcnt de 
l'amc hors duxorp"s,c'cil q tous ceux qui font ainfi ra- 
uis retournée demie heure après , & aufli toft qu il leur 
plaift^cequieftimpolTible à celuy qui eft cndormy 

SSf ij 



REFVTATION DES OPIN! 
parfiaiplesNarcotiq_ucs,ainsiIs demeurent quelques 
? rois vn ou deux iours fans s'efuciller.Et aufli l'on a auc- 
ré que ceux qui cfl:oiêcrauis,auoient remarque la vé- 
rité des cliofes à cent lieues loin^ comme nous auons 

ffXy ^ di6l cy de/Tus / Mais il faiâ: bien à noter que la com- 
pofîtiondcccftvngucnt , que l'authcur de la Magic 
naturelle a enfeigné , n a pas vn fimplc foporatif,mais 
bien pluficurs poifons dangercufcs. Sain6t Auguftin 
parlant de telle cdlafe, s'cfmerueillant delà puiflàncc 
diabolique, diâ: ainCi,Serpit hoc malum damonis per om- 
nés aditus fenf^ales jdat fefiguriSj,accommodat Je colorïhîis^ 
adh^rctfonis y odoribv^ Je jubùcït. Si donques il eft ainfii 
que les Démons par vne iufte pcrmiiïîon de Dieu ont 
puiflance de feparei lame du corps , comment n'au- 
roient ilspuiffànce delestranfporteren corps , car il 
cil fans comparaifon plus admirable de deflier ^ ôcfe- 
parer l'ame du corps, que d'emporter le corps &: lame 
tout cnfemblc. Quant à moy ie tiens que celle ecftafc^, 
ouaphaircfceft l'vn des plus forts argumcntSjaprcs le 
rcfmoingnage de la loy de Dieu, que nous ayons de 
rimmortaiitcdes ames5&decifil de riiipothcfe d'A- 

^kiJe^- riftote, " quand il di6l que lame eft immortelle, fi clic 
peutqueiqucchoielansies corps,quc les grands Sor- 
ciers(quile fçauoient par cxperiécc, comme Orphée) 
appellent la prifon de l'ame , &:Empedocle &:Zoroa- 
jflre les plus illudrés magiciens de leurs temps appellcc 

I7.de /^I^Hk fepulchre,& après eux Platon au Cratyledi£l,queo-û!'- 
^c2> c cita dire corps eUdidc de crn^ct/, celr a du"e le^ 
pulchn^ ôc Socrate Tappclloit la cnuernc de l'ame. 
Mais en difputant naturellement , il eft certain 



HE TE AN VVIER. ij? 

que le mouuemenc local fefai6t fouuent fans at- 
touchement par la feule vertu de l'agent, comme l'on 
voit la mer (e mouuoir , par la Lune diftâte de plus de 
cinquante mil lieues , & le Magnes attire le fer fans le 
toucher, chofes toutesfois quifontinfenfîbles & ina- 
nimées .'à plus forte raifon les chofes animées auront 
plus de vertu,mefmes quand elles feroiét incorporel- 
îesj comme il fe dit des intelligences pures & feparecSj.v 
qui mouuent les cieux. Outre ces argumens & raifons 
aufquelles VVier ne refpond rien, nous auonsl'autho - 
rite des plus grands perfonnages déroute l'antiquité, 
comme Plutarque , qui en met plulieursexepiesme-,;^^^^ • 
morableSjPlotin ',Pline % S. Auguftin \ Thomas d'A- ma. 
quin ^ leDodeurBonaucnture^, Durand, & tous les '^j'^-7- 
Théologiens, & Sylueftrc Prier, Paul Grilland ^, & \^s deciuit. pek- 
cinq Inquifireurs ^ d'Allemaigne qui ont fait le procès ^- '«/^«W^' 
à nombre infiny de Sorcières , ôc qui ont briefuemcnt^^^^"!' *^^^j* 
laiffé par efcrit leurs procès. Etpuis qu'outre rauthori->/'f>)^/.c>'i« 
ré de tant de perfonnaQ-es nous auons Texperience or-*''''^:P^'^^ 
dmaire de procès mhnis ^ ou 1 on void les telmoigna- tit. di 



c Mirac, 



ges.les recol!emens,confrontations,conuiâ:ions,co- f^^^-^^ti.s. et 
feflîons iufques à la mort , ce n'eft pas opiniaftreté à \^^^^y '^' 
VVier de fouftenir le contraire, mais vne impieté y&L^i-^nterti.fo 
defirqu'ilad'accroiftreleregnedeSathan: Car on zT/'']^'"^'^" 

I ^ r- ' 1 r 1 o.h.iJe cor- 

veuJapreuuedes Sorcières ablentcs Januid:, quiont///Vç.c^;,.7. 
confefle la verité,& la caufe de leur abfence. On a veu ^'^ ^^•^^^'^^^«V- 
que ceux qui efloiet de nouueau venues à telles aflcm-' 
blces,ayant appelle Dieu à leur ayde,ou mefm es ayant- 
crainte & horreur de ce qu'ils voyoient, s'cftrc trou- 
uczàcent ou cinquante Ucucs loin de leur maifc»n, &t- 

SS£ ii) 



< REFVTATION DES OPIN. 

retourner à longues iournees au lieu duquel Sathan 
les auoittranfportez en peu d heure, l'en ay remarqué 
de fraîche mémoire les exemples de Loches, de Lyon , 
du ManSjde Poiâiicrs^de Chatleau-RouXjdc Loigny, 
&:infinis autres; qu'on lifl es auteurs que iay correz, 
quitanchenc tous les arguments de VVicr, quidid:, 
que les Sorcières font mclanchohques. Car il ne peut 
dire cela: de ceux qui font retournez à longues iour- 
i !i.^^i4w/Af^ccs,combicnquc VVier^fccontrcdifantàtouspro- 
! '"'^■^•5* . posefl: d'accord que Simonl eMagicien, auquel Ne- 
Ex.imero'' ^^^^ dcdia vttc ftatuc honorabIe,voloit en l'air. Ce que 
iren^mEHrelcs aucîens Dodeurs,&: en j^râd nobre i ont aufli laiffé 
''*'''^"" par efcrit.C'eftdonqucsvnefohe extrême à VVierde 
E^efipp.lf.^. corefier q Simon le Sorcier voloit en l'air, &:fouftenir 
deexcilHie- g^ç J^g autrcs Sorcicrs s'abulent de penfer eftre tranf- 
Nicepho.h.i. portez en l'air aux affemblees des Sorciers. Sathan a- il 
Ecclefhijî.u. moins de puiffance qu'il auoit alors? Car c'cftoit après 
i7.F«^. ;. , j^ j^Qj^j. jg Icfus-Chrift. Et mefmes Vvier di61; ' auoir 

C.llO. 

3.fn//yfpr^. veuen Allemaigncvn bafteleur Sorcier, quimontoic 
IH'"^' au ciel deuant le peuple en plain iour,& corne fa fem- 
me le print par les ianfbes, elle fut auflicnleuee, ^ la 
châbriere print fa maiftrcde , qui fur auffi enleuee , ôc 
demeurèrent afiez long temps en l'air en celle forte, 
eftant le peuple eftoné àc rauy de ce miracle. Nous Ut- 
fons le fcblable en Lhiftoire d'Hugues de Flcury, que 
vn Cote de Mafcon fut ainfi eileué en l'air, & empor- 
ta criant à haute voix,Mes amis aidez moy , & iamais 
depuis ne fut veu,non plus que Romule,qui fut deuâc 
fon armée rauy en l'ainCobien que par le texte de LE- 
uangileil appert, que Sathan cnleualefus-Chnftfurlc 



: DE lEAN VVIER. Ï56 

fommct du temple:puis fur la crope d'vne montagne. 
Surquoy Thomas d'Aquintire vne confequenec in- 
dubitable, que SathanperpcrmiiîiondeDicun'apas 
moins de puiflance es autres pour les tranfporter,attê- 
du qu'il eil tout certain que lefufchrifl: eftoit vray ho- 
me ôc non pas fantaftic.Mais il me fuflilT: de conuain- 
cre V Vier par (es propos mefmeSj&r par fes liures:Car 
luy mefmes* efcrit qu'il aveu les hommes tranfportez -^M.i.cap.jx 
en l'air par les diables, & qu'il ny apointd'abfurdité, '^''^'"''•/^•^'*-^' 
ôc au m efmelicu il cfcrit vne chofe faufe,qu'o alla cer- 
cheren Allemagne vn Sorcier qui promenoir tirer du 
chafteau de Madril les enfans du Roy François ,. &c les 
faire trafporter en l'air d'Efpaigne en Frâce, mais qu'il 
n'en fut rien fait,par ce qu'on craignoit ,. qu'il leur fift 
ropre le col. Et qui plus efl il efcrit au liure ' r 11 1 ,ch, jMrrxf^^ 
xix.que le diable plaidant vne caufe en guifed'aduo- 
cat,ayant ouy que la partie aducrfe fe donnoit au dia- 
ble s'il auoit pris l'argent de fonofte ,foudain Sathan 
Jaiflant le barreau emporte celuy qui c'eftoitpariuré 
deuant tout le mode. Il did: que l'hilloire eft véritable 
aduenuecnAllemaigne.Et après qu'il a mis plufieurs 
exemples de ces tranfports diaboliques, il coclud que 
cela e(l cerrain,& qu'il n'y a rien d'abfurdicé,& ncanc- 
raoins au hure des L amies il diiltout le contraire. En 
quoy oii peut veoir vn cerueau Ieger,& qui s'êbrouil- 
le à tous propos. Et combien qu'il regrette plufieurs 
hiftoriens^&TheologicnSjncanrmoinsilfc fertde la 
iegêde Dorée/ alléguant la vie de S.Germain,oû il c{k ^,ii.i,ca^.\^^ 
di6t que faind Germain alla voir la dance des Sorcie- depr<tfî'i^, 
rcs^&r toft après il alla voir aux hds dcleurs maris, ou 



REFVTATION DES OPIN. 
elles furent trouuecs,commcfiS. Germain cuft cfté 
plus léger que Sathan. Et tout ainfi qu il le$ auoit tranC 
portees^il ne l'euft pas aufli tort r'aportees. Et à ce pro- 
pos, il fe trouue au procès de Robert Oliuc , qui fut 
bruflévif àFalaizel'ani4 5 6. qu'ilconfeflàauoireftc 
deux ans Sorcier, s'eftant donc au Diable pour fe van- 
ger de fes ennemis,pendant lequel temps il confefTa a- 
uoir cflé tranfporté de lieu en autre plus de quarante 
fois,& toufiours r'apporté au mefme lieu, mcfme en- 
droi^mefmeplace que le Diable lauoit pris : à fçauoir 
de Falaizc à la Guibray , où le Diable luy fift bruiler v- 
ncmaifon, &puis le rapporta, &encoresde Falaizc 
audit lieu de la Guibray où il bruflavne autre maifon, 
ôc puis de la ville de Sablé, il fut ttanfporté à la coure 
des bons Puez deFalaizc,où il fift cncores brufler vne 
autre maifon par vn garçon: & vne autre fois il fut ti i 
Iporté de Lyon à la Guybray , où le Diable luy bailla 
des poudres pour bailler audit garçon, pour brufler 
vne autre maifon : &dudit lieu il fut trâfporté aucc vn 

f)etit enfant qu'il eftrangla, &;futraporté au mefme 
ieu.Et fut aullî porté à Moulins, à S.Denis en France. 
Or il eft impoffible quelcs maifonspar luy bruflees, 
& homicides fuffent imaginaires, car ce fut la caufe de 
foncmprifonnemcnt. Quand àcequedit VVierquc 
les Sorcières ne peuuent de {by-mefmes faire tonner, 
ny grefler, ie Taccorde, & auiïi peu tuer, ôc faire mou* 
lir les hommes par le moyen des images de cire & pa- 
loles.-Mais on ne peut nier, ôc V Vier en demeure dac- 
iCord,quc Sathâ ne face mourir Se hommes, 6c belles, 
Se frui<3;s,fi Dieu ne l'en garde , ôc ce par le moyen des 

facrificcs. 



DE lEAN WIER: Ï57 

{àcrifîccs,vœuz,& prières des Sorciers, &: par vneiuftc 
permiifion de Dieu , qui fe vangedefes ennemis , par 
(es ennemis. Aufli les Sorciers méritent mille fois plus 
de fuppliceSjpour auoir renoncé Dieu,&: adoré Sacha, 
que s'ils auoienc en effed meurcry de leurs mains leurs 
pères, Se mercs, 5c mis le feu aux bIcds.Car ces ofFenfes 
font contre les hommeSjComme dit Samuel:Mais cel- 
le-là eft diredement contre la Majefté facree de Dieu. 
A plus forte raifon, fi Dieu dirc6lcment eft offenfé, &: 
puis les hommes tuez, ôc les fruidls gaftez par les Sor- 
celleries de telles gensx'eft pour quoy la Loy des dou- 
ze tables puniflbit ceux qui auoient enchaté les fruits, 
dequoy V Vier fe mocque, aufli bien qu'il calomnie la 
Loy de Dieu. Mais on luy peut refpondre que fa vaca- 
tion eft deiugerdc la couleur, &: hypoftafedes vrines, 
& autres chofes féblables,& non pas toucher aux cho- 
fesfacrecs, ny attenter aux loix diuines &: humaines. 
Car combien queVVicr confefTeque cefoit Sachan, 
fi ne peut-il nier,qu'il nefoit incité,poufre,attiré,aydé 
par les Sorciers , & les So'i'dcFes par Satha, à commet- 
tre les mefchancetcz qui fê font, toutainfi qu'on peut 
dire à bon droit que les prières ardentes d'vnMoyfe, 
d'vn Helie,d'vn Samuel,'^ autres fainéls perfonnages 
o'nt fiuué les peuples. Puis qu'on'voitque Dieu incli- 
nant à leurs prières, a retiré famain^ &'appaifé fon ire: 
Audi peut-on dire,que les Sorciers parleurs prières, ÔC 
facrifices abhominablès font en partiq caufe des cala- 
mitez qu'oïl void.Et mèfiiie VVier confcile '^efcriuât ^ ^'^' ^•'^^'^• 
delaSorciert fameufe defori pays deCleucs, auprès ' ^"^-^ ^ ' 
dubouP Eltcn^.norhmeeSybilleDuifcops. quefiioft 

TTt 



REFVTATION DES OPIN. 
qu'elle fut bruflee , les perfecutions des pafTans, qui c- 
ftoicc battus outrageulcméc par vne main qu'on voy- 
ok^ôc rien autre chofc,cclTcrent: qui moftre alTez que 
c cftoit la caufp principale de telles perfecutions , puis 
quelescfFcâ:scefrcrcnt:(oudain,e(lant ccfte caufcla 
oftee^ôc que la Maxime générale en toutes fciéccs dit, 
^J-^dt^fre qygjvj caufe3cefrantjles effets celîent.Toutainfi qu'on 
iurepatronf. euit pcu ctirc au contrairc.quc ce n eult pas elce la cau- 
4./ codmonM fe 4^ {] ]ç5 perfecutions euffent continué. Et toutesfois 
Wcondit. a- ^' ^^^ ^^^^ certam que les luges ne hrent pas le procez 
dem.jf. l.pe- à Satlian , mais ils diminuèrent d'autant la force , & fa 
"aur.mJorê p^^^^^^^Mj oftant cefte Sorciere-là, qui luy preftoit 
la main,qui leprioit,qui l'adoroit, qui luy aydoit à fes 
deffeins.ray parlé cy deuant d'vne Sorcière de Bieurc, 
qui fut bruflee près de celle ville de Laon,M. D. LVI. 
Elle rendoit les pcrfonneseftropiats,& cotre faits d'v^ 
ne façon eftrangc^&failoi.t mourir hommcs3bc{les^& 
fruid:s.Si toft qu'elle fut bruflee, tout cela cefla, comc 
i'ay fçcu du luge qui luy a faitfon procez: lequel m'a 
ditcncorcs qu'elle auoitmenaflé vne femme qu'elle 
n'allcârcroit iamais, ce qui aduint, car fon lai£l leicha 
fo'jdain. Et combien qu'elle euft euplulîeuisenfanSy 
toutesfois fon hï€t tarilloit toufiours. Soudain que la 
Sorcière fut bruflee fon laid retourna en grande abo- 
danceiSathan toutesfois ncftoit pas mort auecla Sor- 
cière. I'ay fçcu d'vn Gentil homme d'honncur,quc fa 
tante auoit empefclié la femme d'iccluy d'auoir cnfâs,. 
comme elle confefla en mourat, pour faire tomber la 
fucceflîô à fes enfans.Si toft qu'^ellc fi4t morteja nicp- 
cefiu cnceiate, qui efl: accouchée depuis fa mort ^ 62 



DE lEAN VVIER: 158 

bien tort après fut encores enceinte , combien qu'il y 
auoic onze ans qu'ils eftoicnc mariez. Et toutefois Sa- 
tlian , que Y Vier di6t eftre feul caufe de tout ccla^n'e- 
ftoit pas mort. Quand le peuple Hebrieu alla s'encli- 
ner&prollerncr deuant l'image deBahalpehorpour 
prier^lire de Dieu s'embrafa contre tout le peuple , ôc 
en mourut en peu d heurex X I i i i. mil. On ne peut 
nier que Satlian n'inuitaft le peuple à telle idolatric,& 
ncâtmoins Pinlias le Sacrificateur, d'vne ardétc ialou- 
fie qu'il auoic de l'honcur de Dieu,perfa d'outre en ou- 
tre vn Capitaine couché auec vne Madianite, qui l'a- 
uoit attiré à telle idolâtrie: tout fpudain l'ire de Dieu 
ccfla.Et mcfme Dieu bénit Pinhas de grandes bcnedi- 
dbios , difant qu'il auoic appaifé fa fureur cotre le peu- 
ple : & toutesfois Sathan n'eftoit pas mort que V Vier 
ditauoit efté &cfl:re feule caufe de tous fes maux, ex- 
cufanttotalemét les Sorcieres:Mais Thomas d'Aquin 
a fort bien dit,que les Demos w^/e^a^y^c/V^;;/ 'Deopcr- 
mittente principaliterjSc par les Sorciers inflrumetaliter in 
^.dift. 3 ^,art. 3 .Nous coclurons donc que les Sorcières 
font caufes coadiuuates & impulfiues des maledics^ & , 
mortalitez d'hommes & beftes,puifque après l'execu- '^ 
tion d'icelles tout cela ceffe , qui feruira pour rcfpon- 
dre à tous les argumens qu'on fait, & que V Vier a ap- 
pris de quelques Do6teurs,qui dUputêc ^ comme luy, {'^l'Y^l ' 
c elt a dirc,naturellcment de la Metaphyfique : qui cii ciatjn parer. 
y n erreur notable^&duquel il enfuit mille abfurditez. 
Car fi on parle naturellement , on diroit que les Sor- 
cières ne font pas mourir les frûids, ^les animaux, 
d'autant qu'il faudroit quelles euflcnt lapuiiTance, & 

TTt ij 



^ :/. REFVTAT.IOÎN^DES OPIN. 
pour auoir la puiflaiice il faut trois chofes, la forcc^ & 
faculté de l'agent j aptitude delà chofcpatiête,&rap- 
plication conuenable &r poffible de Tvn à l'autre. Or 
la faculté n'eft point en vue femme de difpoferdcsE- 
lemens, &: quant aux paroles, elles n'ont force que de 
ccluy qui les prononce, qui n a pas cefle puifTance, ny 
par confequent les paroles, quoyque dit lean Pic en 
les portions Màgiqucs,c6meauiri nous rauons-mQn- 
flré cy deffus : rcllemét que quand bien la Sorcière au- 
roit cefte puiflance , le moy é inhabile duquel elle vie : 
c'eftàfçauoir les paroles, feroient cognoiftre qu'elle 
n'a pas la puiOance. ; Ceft argument cil fondé en rai- 
fon.Maisdedircquela Sorcière nepeut faire auccSa- 
than,cc qu'elle ne peut faire de foy mefme, comme dit 
VVier, cela cft faux. Car comme auffi l'argument eft 
captieux, & vn Elenche SophiUiquc ^ajtmplicibt^ ad co- 
pojita , Car il eft bié certain que tout ainfi que le corps 
fèul ne peut rien fans l'ame , ôc que l'ame feule ne peut 
auffi fans les adions qui touchent le corps, corne boi- 
re, manger, dormir, digérer, &: autres a6lions fem- 
blables qui font naturelles & communes conioinâ:e- 
ment à l'ame, ôc au corps, & que fvn auec l'autre font 
tre[biêleursa6lions,auffi peut-on dire par raifonfem- 
blable qu'il fe pourroit faire , quela Sorcière feule , ny 
Sathan Icul ne feroit pas ce' que l'vn Se l'autre feroient 
conioinâ:cment. La raifon eft fondée en demonftra- 
tion naturelle des caufes concurrentes àvnefFe(flj& 
qui s'aydent l'vne l'autre,comme la procréation vient 
du mafie & de la femelle conioindlement , lefquels e- 
liantfepareznepcuuentrien: Et mcfouuicnt d'àuoir 



DEIEAN VVIER. 159 

leu en vn Rabin ancien^que le corps, & lame font pu- 
nispour auoir affenfé conîoindt^menr, & leur excufc 
des choies difioindtes aux cliofes conioin6lcs,n'eit no 
plus receuab!e,qu^l'excufede l'aucuglc : ôc deceluy 
Cjuiauoiclesiambes couppces, queleiardinicr accu- 
foic d'eft revenus en foniardin manger fesfruids. L'a- 
ueugledifoic ,icnevoisgoutcejny-iardin , ny arbres: 
L'ellropiatdifok icn'ay poinddeiambcs pour y al- 
ler:Mais le iardinier leur dicSb^quelaueugle auoic por- 
té l'edropiat, & cefluy-cy auoit guidé Taucugle , &c 
tous deux enfembleauoientfaidt , ce qu'ils nepou- 
uoyent faire feparemenc. Encoresy a il plus grande 
apparence en ce cas:d'aucanc que Sathan peut (eul fai- 
re Mes chofeseftranges que nous auonsdi6bes , tueryiMc.z, 
meurtri refaire mourir les frui6ts,agiter les vents,iette£ 
les feus.greflcsj & foudres, pour chaftier comme vn 
bourreau & exécuteur delà haute iufticedcDicu, par 
la permiflion d'iceluy . A plus forte raifon eftant aydé^ 
prié,& adore pour ce faire par les Sorcières, &fans la 
prière, inuocation, & adoration defquelles fa force 
cftaffoibhe»& fa puifîance débilitée. Se l'occafion de 
nuyre tellement retranchée , que les Sorcières mor- 
tes on void fouuent que les eftropiats fe redre{rcnt,la 
maladie fegueriftJesmortalitezcejGTentjComme nous, 
auons monftré cy deflus . Et quand à l'argument 
qu'on faid , que les Sorcières ne méritent poin6l de 
peine, s'il cfl ainfiquc Sathan vfc d'icclles pour exé- 
cuter des defleins , ^qucladlion , & fouffranccncv 
peuucnt eftre enfemble : font ar^umens Sophiiti- 
ques ôc captieux. Car quant à l'adion ôc padion , il 

T T c iij 



REFVTATION DES OPIN. 
eft lans doute qu'elles pcuuent cftrc en mefme temps 
pourdiuers rcfpcts, comme ccluy qui iecte quelqu vu 
par terre,qui au mclme iiiftant faicxomber Ton voifin* 
Quant à l'autre argument , par lequel VVieriusvcut 
conclure(commeilarerolupartout)que les Sorcières 
ne mentent point de peine^puifque Sathan les met en 
befongneiilneft pas feulement plein de Sophifterie, 
ainsauffid impieté. Car fic'eil argument auoit lieu, 
toutes les plus grandes impictez des hommes demeu- 
roient impunies, d'autant que les hommes ores qu'ils 
foycntquclquesfois pouffez de vengeance à tuer ÔC 
frapper en fe rcuengcât, ou de forcer la pudicitc d'au- 
truy par vnc cupidité brutale,{îeft-cequeles grandes 
mefchancetez ne fortent pas de cefte boutique , ains 
raffiflinat de guet à pend(comme font tous les homi- 
cides, &:venefîces des Sorciers,) les meurtres des en- 
fansjles parricides, &: autres mefchancetez femblables 
quifontceuxquine font pas Sorciers, fontaufliconr 
dui^tcs par Sathan qui fcroient auflî impunies: Brief fi 
la Sophifteric de V Vier,&: de fes beaux Do6leurs,def 
quels il atirécesargumens,auoit lieu , les voleurs,&: 
brigans auroient toujours leurs recours dcgarentic 
I contre les Diables y fur lequel les officiers de iufticc 
' n'ont ny iurifdidion ny main mife. Et par mefme 
moyen il faudroit rayer &c bifer toutes lesloix diui- 
nés&c humaines, touchant la peine desforfaidsrdu- 
quel argument vfoitvn Académicien contre Poffî- 
doniusStoicien,pour monftrcr labfurdité incuitable, 
4.w/./>/?«/'. delà neceflîté fatale , qu'ils pofoient que tout fefai-^ 
deadidt.ff.cu^Qiipg^^ ncccffité.Veu la maxime ^ des iurifcpnfultcs 



DE ÎEAN VVÎER, Ico 

difertement articulcc par la Loy de Dieu , qui ab foule 
celuy qui a efté forcé , & concrainâ; de faire quelque 
chofciCarlancceffiténeft point fuietteà ladifcretio 
desloix : & pour euitcr vne telle abfurdicé, Poffido- 
nius^ fe départit de fon opinion. Or nous Commes ^^calinl. àt 
en plus forts termes , car tous les Sorciers demeurcnt/^-^^^'. -'^'//'o. 
d'accord,queSathan ne force perfonne de renoncer 
àDieu, ny defevoucrau Diable : Ains au contraire 
fur toutes chofcs il demande vue pure , franche, & 
libérale volonté defes fuicts, & contracte aueccux 
par conucntions. Tellement que la necefïîté fatale 
des Stoiciens ne peut auoir lieu , &:aufli l'edicSb^De 
eo quod metus caufa^^ff, qui veut que la craindte de la- 
quelle/on cfl: relcué , doit ellre crainte de mort ou ^.Uietu, de 
de tourments : Et tout autre crainte de douleur, ou fo <3^od met, 
perte d'honneur & debiens , n'cfl: pas excufec par la ^^Xmfjier ea 
Loy, "^ains la loy di6l que tous tels ad:cs font vo-dcmf. 
lontaires. A plus forte raifon les cotrads^conuentios, 
facrifices, aw^orations ^ ôcdeteftables copulations des 
Sorciers aueelcsDemons,non feulement font volon* 
taire3,ains aufTi d'vne franche volonté , que les Philo- 
fophes appellent Spontaneam 'Voluntatem^^faÛiiJhon^ 
te^ou comme difent les Grecs, ht'tia'ïCùÇ cturo/^ce/Tû)',.!! 
ne faut donc pas dire comme fai6b V Vicr, tirant ccftc 
raifon âi^^n certain Doâ:eur , que fiSathan vfe des 
Sorciers comme d'inllruments, les Sorciers nefoicnt 
point puniffables , par ce que lesaftions ne font pas 
eftimecs par lesinftruments, &: la fin des adionsne 
dépend pas des inftrumens, & qu'il n'y 7 a que la fin . 
confidcrable en droid: pour la p eine; qui font' raifons 7./^^/W,rf/ 



REFVTATrON DES OPIN. 

/./. -««^.A^^tirees du droit, qui font diredement contre ces bons 
y,^^^'^^;,''^'Docleurs.CarlaSorcicrevfedc malings cfprits pour 
riis.f infl:rumensdemalfairej6cpour exécuter fes melcha- 
l^'^mlhi^d ^^^ entreprifeSjpuis qu'il eft ainfi,que la poudre.ny les 
cton.f paroles,ny les charmes n'ont poind de puidance. Car 
il a efté vérifié cy deflus que les Sorciers communi- 
cans auec Sathan,le prient de tuer l'vnjde rendre l'au- 
tre eftropiat , comme ils ont puidance de ce faire par 
pcrmifflondiuine,ainfiquedo6bementà traidléXer- 
t.cxb.ii. tullian en l'Apologétique.' Auflî voidon en tous les 
procez des Sorciers, que leurs confclïionsne font plei- 
nes d'autrcsxrhofes.Tcllement que les Sorcières font 
beaucoup plus coulpables fans coparaifon , que ceux 
qui font aflaffiner leurs ennemis a pris faiâ: auec les 
, u^, meurtriers.qui font coulpables de mort fans remiffio, 
$.;jf<:w4»^4- en termes dedroi6t : cncores que le meurtrier, n aie 
tfsderniur. l. ^^^ i cxecutéle meurtre,& leiuge pratique ordinaire- 
^$,<,^^^j^<^^ment.Combien donc cit plus capital le Sorcier , qui 
4^^/».W. (<r employé Sathan en telles chofes? Voire qui le prie, &: 
\ ]^f^'f' qui ladorePll ne faut donc pas que VVier, d>c fesbons 

t.l.jt t^uts non A , r 1 1 

dtcdm upere, Dodeurs fe pleignent qu'on fai6t porter la peine de 

cr tk bM. s^jj-h^^n aux Sorciers,ny calomnier indignement de la 

i.EXec.ii. l. loy de Dieu, qui ne veut pas que les vns porter la pei- 

crlm.p^tronu, ne des auttcs.Et neantmoins toute la fainde cfcriturc 

s'mim. 'eôl ^^ pleine, que Dieu a en extrême horreur les Sorciers, 

voire plus que les parricides & inceftucux , & Sodo- 

mites : pourquoy Dieu les a-il en fi grande abomina- .^ 

tio, qu'il n'en parle iamais fînon auec ce^ mots , de ra- 

«.E^oi-c^. If. ge,fureur,ouvengcance,cc qui n'ell: pas dit des autres 

<^5^* -^^'^^'mefcbancctez/ horfmis de l'idolâtrie. Qui feruira de 

rcfponfe 



DE lEAN VVIER: i^i 

; rcfponfe à vn autre argument, que VVicratircdefesf/i(?.^«.n. 
bons Do6beurs,qu il ne fe faut pasarrefter aux confct '^^^'^T^' 
fion^fi elles ne font vray es, &pofriblcs, ce que ie lu y 7.^7-15.* 
accorde: mais fon aflbmption eft en ce qu'il dit , qu'il ^ ^^c?'^-^4.^« 
ny a rien poffible de droit, qu il ne foit pofFiblc par ndL-t'.pifdA^t 
ture:eft non feulement faulfe , ains auiïi pleine d'im- ^S.o- 2c>. 
pieté.CarcUe ofte entièrement toutes les merueillcs^^^* 
deDieu,&fes œuures faides contre le cours de natu- 
re: & les fondemens de toute religion , & pietc enuers 
Dieu . Et fi cefte maxime auoit lieu, il faudroit rayer 
tous les articles de foy. Ettoutesfois fans fortir des 
termes de droid,on ne peut nier que les Hermaphro- 
dites , & autres monftres ne foient contre nature, lef- 
quels neantmoinslaloy reçoit' & recognoit. Onnc^^jf'^T^b 
peut auili nier,que ce ne loit contre nature, qu vn ho- 
me arrefte les beftcs fauuages dVne parole,iufquesà | 
ce qu'il les aittirees:ceque VVier afferme auoir veu ' 
de fes yeux. Aufficft-iî contre nature, qu'on deui- 
ne qui a commis le larrecin , & neantmoins il eft 
punycapitalement' quiconques c'eftcnquisauxSor-^.'^;^^'"^'^^'*- 
ciersdu larcni , oc qui a raictconuenir tel larron pre-Zo^^^^^^^w 
fomptif en iugcmcnt.Il eft impoffible par nature que 
les hommes facent la grefle,& la tempefte,&: mourir 
les fruidls par charmes , ôc neantmoins les loix reçoi- 
uent * cela comme tref-certain,qui toutesfois eft im- ^•^- Eomml. 
poffible par nature , &puniffent capitalementccux^"^''!' ^'' 
qui en vient. Qui monftrebien que les loix V^ycn-tototitMM^ 
nés, &:diuines recognoiffent plufieurschofcs com-^'^'^*^' 
me certaines, & impoffibles parnature , &: neatmoins 
poffibles contre tout le cours , & ordre de nature: 

VVv 



REFVTATION DES OPIN. 
lefquclles loix VVier ôc les complices voudroycnt 
volontiers rayer des Digclles,^ du Codice, comme 
ils feroicc en cas femblablc laloy de Dicu^en ce qu'ils 
difent qu'il faut corriger les loix quand les caufcs d'i- 
celles ne fe trouuent plus véritables, prenant pour c6- 
fefTé , ce qui eft le poinâ: principal de la difputc, ôc ce- 
la s'appelle en matière de So^Aiii] cric petere principiuj 
c'eft à dire to ê§ c/jp^ï^, ajjlimcre id quod j^uerat con'cla- 
dendum: qui eft vnelourde incongruité en Dialcâ:i- 
que. Or tant s'en faut que l'afTomption du fy llogifmc 
leur foit accordée, \{ que les chofcs, que de toute an- 
tiquité^^ depuis quatre mil ans on a aueré des Sorciè- 
res, foyenrtrouuecsfauces depuis l'ange de VVier, &î 
de fcs Do6tcurs:que mefmes faind: Augnftin à remar- 
qué,quc toutes les fentes dePhilofophe-, 5c toutes les 
religions qui furent iamais , ont décerné peines con- 
tre les Sorciers, & magie iensij^&sowwt'j ?7jagLt panas 
decrcmjjc ^ comme l'ay monllrécydcfTus. Et melmcs 
Plutarque aux Apophtegmes cfcrit que les Perfcspu- 
nidoientlcs Sorcières delapeine la plus cruelle qu'ils 
enflent , rompant laieftc entre deux pierres. Tay re- 
marqué pludeurs pafTagesdelafainde Ciciirure, qui 
ne chante autre clîofe , & les peines de mort rigou- 
reule ordonnées parlaLoy de Dieu , contre les Sor- 
ciers, l'ay remarqué les loix de Platon, qui a décerné 
auffi peine de mort aux Sorciers. l'ay ^illcgué plufieurs 
hi[l:oircs,&: non pas toutesfois lacenticfme partie des 
condemnations capitales contre les Sorciers , &; con • 
treceuxmcfnies, qui auoient tels liures. Il faut con- 
damner coûte l'amiquité d'erreur 6^ d'ignorance ^ il 



DE lEAN VVIER. iCi, 

fâut rayer toutes les hiftoires & bifer les loix diuines, | 
& humaines comme faulcesô»: illufoires, & fondées ' 
furfaux principes : ^contre tout cela oppofer l'opi- 
nionde VVier,&de quelques autres Sorciers, qui fe 
tiennent la main pour eftablir , & aflcurer le règne de 
Sathanrce que VVicr ne peut nier, s'il n'a perdu toute 
honte, ayant publié en fonliurc'^eTr^y?/^ç/7i', lesexe-5'-'^^'^-4-J- 
érables Sorcelleries plus que n'auoit iamais faid: fon „' i, *j^' j^* 
maiftre Agrippa ^ lequel a retraité entièrement tes li- ly.iS.zi. ij. 
ures de occulta 'Thilojofthta au quarante huid:ieliTie cha- ^ ^'^^^* 
I pmcdeyanitatefcientiamm: 6.: fon difciple monllreau 
doigtj&à l'oeil tout ce que Sathan peut enfeigner aux 
plus grands SorcierSj&rentrc-mefle neantmoins plu- 
fieursproppsdeDicu,&desSain6ls DocfVeurs 5 pour 
faire boire la poifonauec du miel , quieft, & à touf- 
fîourseftélellylede Sathan.Combien que Dieu à tel- 
lement ofté le iugement à ceft home la,que le feu n'cft 
point plus cotraire à l'eaUjqu'il eft foy mcfmes. Car en 
plufieurs lieux ilcofefTe que celuy qui exerce l'art Ma- 
gique, doit eftrepuny capitalcment^maisnonpas les 
Sorcieres.Voyla ces mots . ^ Confiteor magicas artes ca- "^J^-^- ';-^-4» 
pitalcs cjje.jed LamU non continentuncommc qui diroir, '*^* 
qu'il fxut prendre les mcurtricrs,&pard6neraux vo- 
leurs.Ilyaniillcpropos femblables. Et en autrcMieuS.^^ imiis, 
ildidque les Sorciers ne méritent poindd'cfl:repu-'^'*f*^^'* 
nis pour auoir traidé aucc Saihan, éc renoncé à Dieu, 
par ce qu'ils ont eflé dcceuz,&" que le dol adonné cau- 
Ic au contrat: lequel par confcquentcfl: nul j &l qu'il 
faut pardonner à ceux qui font trompez, & non pas 
à ceux qui trompent: qui font les arguments ndir 

VVv ij 



REFVTATION DES OPIN. 

culcs de ces Docteurs Italiens , qui ont fi bien profité 
en ce meftier,que l'Italie efl prefique toute infcOiec de 
cefte peftc , & en a infc6lé la France : tirant les loix 
parles cheueux pour donner luftre à telle mefchance- 
té.Or il n'y a homme fi groflier qui ne voye l'abrurdi- 
té lourde de tels argumens.Car fi la conuention faille 
aucc le fijiet à la fuafion de celuy qui eft ennemy capi- 
tal de fon Prince^eft punie à mort lans aucune remif- 
fion, comment pourroit-on excufer la conuention 
faid:c auec Sathan, ennemy de Dieu,& de tous les fiés. 
Car quand bien le Sorcier n'auroitiamais fai6lmou- 
rir,ny maleficié hommes,ny befl:es,ny frui6ts, & mef- 
mes qu'il auroit toufiours guery les hommes enfor- 
celez,&cha(ré la tempefte comme faifoit vn Sorcier^ 
curé de Sauillac près de Tholouze , qui enuoioit touf- 
iours la trumade ou têpcftehorsdcfaparroifle, fi cft- 
ce que pour auoir renoncé Dieu, & traidlé auec Sathâ 
il mérite d'eftre bruflé tout vif: carrelle conuention 
eft fans comparaifonpluscapitale,quede faire mou- 
rir par feu &c par glaiue les fruits, les hommes,& les be 
ftes:car cecy fefai6l contre les créatures, auec lefquel- 
$jmueh.i. les on peut compofer.'^mais traid:er auec Sathan^e'eft 
directement combattre la maiefté de Dieu, ôc en def- 
pit d'iceluy .C'eft pourquoy la Loy de Dieu diô: que h 
Sorcière foit foudainmife à mort,fans parler, fi elle a 
fait mourir les fruits,ou le beftail ;, où i ay remarqué q 
la loy vfe du mot ns^DO^ c eft à dire,celle qui fafcine les 
ieux,comelc Dodteur Abrahâ Aben-Efra, & tous les 
Interprètes demeurer d'accord:qui fait bié à noter.-ca? 
la loy de Dieu eft telle, qu*il n'y a mot qui n'cporte fon 



DE lEAN VVIER. \6i 

cinphafe,à fin qu'on fçache qu'il ne faut punir les Sor- 
ciers principalement pour faire mourir les hommes, 
&les beftes, mais pour au oirtrai6tcauecSathan. Et 
pour cognoiftre celuy qui a traic^é auec Sathan^la loy 
en monftrc vne forte au doigt , & à l'oeil, à fçauoir ce- 
luy qui efblouifl & fafchine les yeux, tellement qu'il 
faid: voir fouuent ce qui n'efl: point , ou ccluy qui 
charme de parole , à fin qu'on tienne pour prcuuc 
tref-certaine&: indubitable entre autres que celuy a 
traidlc auec Sathan qui fafcine les yeux, qui charme 
de paroles , ôc qui faidl autres chofes femblables. Car 
les Sorciers font fouuent telles chofes pour faire rire, 
& pour eflre eftimez fort habilles , qui cft pour tran- 
cher la racine à VVier,& à tous fcs fùppofts, & aux 
luges de fcnquerir plus auant fil y-a traid:e faidt auec 
Sathan , ou non ^ & quel , & quand, & comment il 
a eflé faidl, ou fi le Sorcier a ietté quelque forr^ou ma- 
léfice pour nuire à pcrfonne.-car les prennes de ces cho 
fes-làleroicntquafiimpoffibles, d'autant qu'elles ne 
fe font qu'en ténèbres, &aux lieux deferts, àc par 
moyens quafi incroyables, & à ceux qui n'en auroy- 
ent ouy parler^^non pas qu'il ne foit bon auffi de s'en 
enquérir; Mais la Loy de Dieu a voulumonftrer qu'il 
fuffit de vérifier que le Sorcier a vfé de charme ^ ou 
cfblouy les yeux ; comme fift Def-efchelles deuant 
le Roy , faifant venir en fa main les chefnons d'vne 
chaine d'or qu auoit vn Gentil-homme, fans y tou- 
cher, demeurant toutcsfoisla chaine entière au col 
du Gentil-homme, & faifant voir que le Breuiairc | 
d'vn Prcftrc efloit vn jeu de cartes. Ccile preuuc-là ■ 

VVv iij 



REFVTATION DES OPIN. 
fîiffit pour proccdcr à la condânation du Sorciencaril 
çft trefcertain q telles chofes, qui ne ie font point par 
miracle diuin,&:neâtmoins font cotre nature , fc font 
par Sathan,& par conucntion exprcflc luree auccques 
luy:afin qu'on prénc garde à tous ces maillrcs Gonins 
('qui cfl: vn mot Hcbricu cys^^a mefgonim , qui fignifie 
Sorciers), & qu'on en face bone & biicfue iuftice, co- 
rne citoit vnSorcicrIuifnôméSedechias, lequel, co- 
rne efcrit lean Abbé de Triteme, chafToit en l'air, puis 
il mettoit vn homme en pièces , & le raflembloic (co- 
rne fiH: Simon le Sorcier dcuantNcron) ^fifcmbloic 
aualler vnechartee de foin, &!es chcuaux,5vle charrier 
ijn lihje deuant tout le peuple , & mefmes V Vier * di6b n'auoir 
pr^ftg. p.^5 ouy, mais auoir veu en Allemaigne celuy qui mo- 
toit au ciel,& tiroit après foy fa femme , & la chabrie- 
rc, qui fetenoient par les pieds Tvn de l'autre, auccvn 
cftonncmcnt de tout le pcuple,que nous auos remar- 
qué cy deuant. Qui cil aulli pour refpondrc à VVicr & 
à ces bos Docleurs, qui difent qu'il ne faut croire élire 
fait ce qui efl: impollibîe par nature : veu que V Vier 
mefmecôfeife auoir veu telles chofcsqui neanrmoins 
4./M.f. 12. font impollibles par nature, comme il dit "^ auffi auoir 
dePr4%' veu de fes yeux enleu cr en l'air pcr le Diable, (ans auci 
repos vne fille nommée Henriette,auchafl:eau de Lal- 
débroc,au Duché de Gueldrci>: laquelle hiftoire quâd 
il n'y auroit autre choie, fufïiroit pour reietrcr tous les 
argumcns de VVier , d>c fes complices : combien que 
tout fon liure cft plein de chofeîj aducnues cotre tout 
le cours «S: puilTance de nature, qu'il confelk eftre fai- 
tes parle moyen des malins cfprits: comn.ed'vn çpu- 
ftcau tiré du ventre d'vnc fille ^ fans aucune appaience 



DE ÎEAN VVIER. 1(^4 

d'viccre : ce qu'il didt auoir veu en prefence d vne in^ 
finité deperlbnnes.&le coulleau, quieflencdres en „ . 
nature, comme en cas pareil il diCt auoir veu tirer du prM^. 
corps d'Vlrich Nuffefccr enforcelé, quand on Tou- 
urit quatre couftcaux^vn gros bafl:on,pluficurscIoux, 
ôc grande quantité de filallce dcuant plufieurs Mé- 
decins, ôc pluficurs perfonnes eflonnees d'vntel fpe- 
(Slacle. C'eft donc vne faulfe Maxime, ôc pleine d'im- 
piété, de dire qu'il ne faut pas croire ce qui eft im- 
poflible par nature, quand nous voyons la demon- 
ftration on fôi. Et tout ainfi que les Catholiques 
faifant foiiettcr les Manicheans , leur faifoicnt dire 
par le bourreau, qu'on ne fouettoit pas leur corps, ôc 
que ce n'eiloit qu'vn corps fantaftic, comme ilsdi- 
foient que lefus Chrill n'auoic quvn corps fantafli- 
que: ainfi faudroit-il faire àçcuxqui vfcnt dcsargu- 
mensde VVierpour faire euaJer les SorciVres : Car 
laiffantces merueilleuresa(5tions, &: fafcinations con^ 
tre le cours ordinaire denarurc,il eft principalement 
queition de punir à toute rigueur ceux qui rencncétà 
Dieu,&('aband6nentàSaiha,que Vvicr ne peut dire 
cfhe vneadlio impoflible ; ôc d'autat que la preuue de 
relies impietezefl:diiïicilc,laIoy deDieucômandedc 
mettre â mort les charmeurs. qui csblouifiét les yeux, 
Gu la facafie (as fcncjuerir plus auar, tcnat pour refolu 
que le charmeur cil Sorcier, qui apadiô expreflé, ou 
tacite auccSathâ. A pP forte raisô s'il appert ou par co 
fclïrons , ou par cfcrit des conuemions atiecSathan 
qui ne fepcuuent commettre par nature : Car A faid: 
bien à noter,commei'ay dk,6c le faut fouuent répéter 
que la Loy de Dieu parlant des Sorciers , &: de la peine 



REFVTATION DES OPIR 

capitale contre eux décernée, ne fai 61 aucune metion 
ny delamortjdu befl:ial,ny des hommes,ny des malé- 
fices icttez fur les fruits, (qui font les moindres mef- 
cliancctez que facent les Sorciers) ains de ceux qui fa- 
fcinentj ou charment les yeux, ou qui demandent ad- 
uis aux morts, ou autres cliofes femblablesquc nous 
auons cy deifus interprétées . Car d'autant que ceux 
qui font ces tours ell;ranges,-&: cotre nature,faifans ri- 
re vn chacun, les œuures des luges famoIilTent,&cha- 
cun pen{è qu il n y ait point de mal. Il y auoit vn grâd 
perfonnaged'authorité qui fut accufé après fa mort, 
d'auoirefté au nombre desSorciers,qui auoit accou- 
ftumé de tourner la fcueritéde luftice en rifcc, pour 
faire cuader les Sorciers. C'eft la faço de Sathan de fai- 
re rire,pour adoucir le combled'impietc.-ainfi font les 
Sorciers par leurs charmes, & pour dix forcelleries , ils 
fot couler vn trait de foupleffe, à fin qu'on penfe que 
tout ce qu'ils font eft par foupleffe. Pourcefte caufe. 
Dieu a expreffemét articule, que ceux qui cfbouy fsér, 
. ,. , . ou fafcinét les yeux.foiét mis à mort: encores il eft dit 
UltUerib. qu on ne les louitre viure,a nn,dit Philon Hebrieux, 
que fbudain ils foient exécutées amortie iourmef- 
mes:& dit qu'il fepratiquoitainfi. Enquoyil appert 
affez qu'on ne farreftoit pas à l'inquifition des autres 
maléfices des Sorciers, à fin que la difficulté de la preu 
ucncrctardafllefuppHce.Or VVierpour anéantir les 
loix faites cotre les Sorciers, &reuoquer en doute tou- 
tes les hiftoiresj f amufe à réfuter l'opinio de ceux qui 
I croyentles Lycanthropes,difansque tout cela n'efl 
qu ilIufion.Cc n'efl pas rcfpondre à la loy de Dieu,qui 

veut 



DE lEAN VVIER: Ï^; 

veut que ceux qui font telles illufiôs loiéc mis à mort: 
Etn'cit pas queftion de fçauoir s'il y a vray change- 
ment du corps humain en loup,ou demeurant la mai- 
fon en fon entier.ou qu'il y ayt entier changement du 
corps & de l'ame^ou qu'il n y ait quVne illu(îo,ou faf- 
cinationdeceuxqui le voyenc demeurant le corps Se 
l'ame en fon enticr.Toutes fois V Vier ' fe moftre plus i.^Hgu.ti.i% 
hardy, &fouftient que tout cela n'eftqu'illuiion. Ce^,^^"^ wx 
n eft pas fait en Mathematicié^ny enPhilolophe,d af- des-t,':tu.o^ 
feurer témérairement vne chofe qu'on n'cntéd point:/"-*^-^^- 
Mais il faut en ce cas voir l*effed:,& ce qu'on di6b, ort 
gVl, &:laifrer à Dieu la cau{c,c'cfl: à dire, i^/oTi. Ortou^ 
les arguments de VVier font appuiez (urvn fonde- 
ment ruineux,en ce qu'il difputedes efprics & Demos 
&: de leurs adions, comme ilfcroitdes chofcs natu- 
relles, qui eft confondre le ciel & la terre ; comme i'ay 
demonftrc en la Préface de ccft œuure.ll confdlc l'hi- 
ftoire de lob eftre véritable, ôcqueSathan efmeutles 
vents, la foudre, le feu,&: les ennemis pour faire ruiner 
6c brufler les maifons , enfans , & famille , & tout le 
beftail de lob tout à coup : oc puis après que Sathan 
l'affligea d'vne rongne incurable, depuis le fommet 
de la tefte,iufques à la plante des pieds : toutes lef- 
quellcs a6bions font plus difficiles , que de tourner 
vn homme en figure de loup : Et neantmoins on 
void que Dieu donne ccfte grade puiflànce à Sathan. 
Aullî VVier ne peut nyer , que Nabuchodonofor 
Empereur d'Affyrie, n'ayt eftc changé en bœuf, paif- 
fant l'herbe fept ans entiers, eftant fa peau,{on poil,fes 
ongles y ôc toute fa forme changée , ôc puis reftitué en 

XXx 



: '': REFVTATION DES OPIN. 
ù. figure : comme THiftoii'G de Daniel le Prophète 
nous enfejghe. S il diÔ: c^uc ce changem.cntdu Roy 
Nabuchodonolor cil véritable , comme la faindtc 
Efcripture , ôc non pas vnc illufion fabuleufc : il 
fault aufli qu'il confcïïe cjue le mefme changement 
fe peut faire de figure humaine en loups, & autres be- 
lles : Et en affeurantquc le changement des Sorciers 
en loups. Se autres belles eft fabuleux, & que c'eft vne 
illufion ril faid vne conclufion que l'hirtoirc (àcrec 
e/l vnc fable ô<:illufion: Cars'il eft faiden l'vn, ilfe 
peut faire es autres .-attendu que lapuiiïancede Dieu 
n'efl: point diminuée. C'eft l'argument que Thomas 
d'Aquinfaid, pour monftrcr que Sachan tranfportc 
les Sorciers véritablement , par l'exemple de le/us- 
Chrift qui eftoit vray homme,qui fut tranfportc par 
Sathan îur le temple, ôc puis fur la montaigne. Ec 
jfi Dieu a donné ccftepuilfance à Sathan furlob, Ôc 
fur le fus Chrift, qui doute qu'il ne la donne cncores- 
jiJus gran de fijr les Sorciers, ^fur Icsmefchans? Car 
j.e.iG.o-ii V Vièr eft d'accord au liure dcLamïis 7, que Satha mua 
i.c.i^.de Nabucîîodonofor d'homme en bœuf qui doit le fai- 
rc rougir de honte de confefler, comme il ne peut 
nier le vray changement de Nabuchodonolor en be- 
fte fâid: par Sathan, & le nier ésautrcs.Carle Canon 
IJ,6.^.^. £pi^copi 8^ ^ autres femblables touchant la rransfor- 
mation,ncfe peut entendre finon de ceux quipcn- 
fcnt que les Sorciers, ou. Sathan ayentpurflance de 
foy-mcfmcs de foire telles chofes. Maisceferoitvne 
lourde hercfie, de penfer que 'Dieu ne donne ecfte 
puiffance a Sathan quand bon luy fembic, pourcha» 



.: DE lEAN WIER, nCG 

flierlcsmerchans, oc dclimiterlapuiflancede Dieu, 
<:'c(l vn blafplieme : d: de iugcr de Tes fecrcts , c'eit vnc 
témérité capicalc. Et en bons tcrmcSj la puiliancc des 
créatures cft la puiflancc de Dieu : & la gloire de Dieu 
ne luid pas moins en la puiilancc qu'il a donnée à 
Sarlian, que à toutes Jes créatures de la terre: Ciril 
-cil di6ten lob, qu'il ny-a puiflàncc en terre parcillcà 
la ficnne: Qui monilrc bien que les adions de Sathan 
font fupernaturcllcs j & qu'il ne les faut pas mcfurer 
au pied des caufes naturelles. Nous lifons aufli que 
les Sorciers du Roy d'Egypte tournoycnt lesbaftons 
en SerpcnSjComme Moyfc. Or il eil certain que Moy- 
fene faifoit rien par illufion, c'eftoycnt donc vrays 
Serpens, qui cft (ans comparaifon plus difficile que 
changer la nature d'vn animal en l'autre. Et néant- 
moins la vérité eftquc Dieu a créé toutes chofes, & 
n'y a autre Créateur que Dieu feul: aulTi n'eft-il pas die 
& ne fc trouue point que Sathan, ny tous les Sorciers, 
ayent créé ou formé vne cfpece nouuellc . Et fi Dieu 
adonné cefte puiifanceàMoyfe, ilapeu, &pcut cn- 
cores la donner, & à Sathan, &aux Sorciers: car tout 
iours c'eftlapuifiTancedeDieuioit ordinaire, ouex- 
traordinairc,&: fans moyen, ou par fes créatures, com- 
me Thomas ^d'Aquin & l'EfcQt d eme ur en r d'accord, anl'ï^.^ 
ainfi que nous auonsdi6tcydeuant. Mais VVier feit 
bien abufé de prendre la création pour la génération, 
&:ln génération pour latranfmutation : La première 
cft ^c nihïlo, qui eft propre au Créateur, la féconde cft 
ex eo ciuod fubftflit , çyjà s'appelle yivtciç infornanim 
gmcratione, ^ la croificfmc n'eil psiS motus , c'eil à dire, 

XXx ij 



REFVTATION DES OPÎN. 
xivncTiÇy ains feulement vn cliangemcnr, & altcratioa 
accidctale,c'efl: àdirectA9iû)0't$,& /U-gTûtf oAjfjdemcu- 
1^^%'JJ' râc k forme cdenticlle ^ . Et par ainfi ce que le créateur 
«*2i- a vnc fois crée, les créatures engendrée par (ucccflion, 

e j-a &c transformer par la propriété ôc puillàncc que Dieu 
leur a données, que 1 homas d Acjum appelle Vertu 
naturelle,parLint des efprits en ccftc fonCyOmnts ange» 
Il boni c^ y^dli habenî ex ^irtuts naturali poteflatem tranf- 
mutandt corpora noflra. Or tous les anciens depuis Ho- 
mère, & tous ceux qui ont fait les procez aux Sorciers, 
qui ont fouitert tel changement ^ font d'accord que la 
raifon,& forme effentielle demeure immuable, com- 
5^^*h' menousauonsditcn fonlieu. Mais VVier^,qui veut 
diiputer en Phy ficien de la Metaphy/ique^tresbuchc à 
tous propos es fondemës,S: principes delà Phyfiquc. 
Et quand il fe void accablé d'vn milion d'hilloires di- 
uincs Se humâmes , touchant les changcmens de la fi- 
: gurc humaine en beftes, il diâ: que Saihanendortles- 
corps. Ccla.fe pourroit faire pour vnc heure, ou va 
iour:mais il cil impoffible par nature, que l'home fain 
viue plus de fix iours fans rien manger , corne didl Pli- 
j.p/i»,iL;4. ne ',que les anciens ont expérimente en tous ceux qui 
cftoiér condânez à mourir de faim,& les ieunes beau- 
coup mois que les vieillards,iquicft: la caufepourquoy 
ils mcurét les premiers de faim aux places afliegecs^co 
x.lnîiJeCdr-vnc dïc Hippocratc : * Et neantmoins en Liuonic ils 
*"^* font pour le moins douze iours en figure de loup : les 

autres trois mois:Et les anciens" m ont remarqué qui 
o.FmM. Tauoiét cfié dix ans châgeât de figure,apres auoirpaf- 
fé cercaihc riuiere. Mais il fait bien ânocer,q^u'ilncfc 



DE lEAN VVIEK. ^Cj 

trouuc par vn des corps humains,Gome Peucer cfcric. 
D'auancage l'arreft donné au Parlement de Dol,le dix 
hui^tiefme lanuier mil cinq cens feptante & quatre^ 
contre Gilles Garnicr Lyonnois, porte fa confcffion, 
c'eft à fçauoir qu'il auoit mangé deux filles , &: vn icu- 
lîc garçon:la premiereje iour de la fainâ: Michcl^prcs 
le bois de la Serre^au village de Chaftenoy^à vn quart 
delieue deDol3&rauoittuce,&: defchirce auecqucs 
fes griffes en forme deloup, comme i'ay didl plus au 
longcy deuant, ' laquelle confciïion fut tresbien aue- ^M.i.CitJ^ 
ree par la mort des enfansdesli^ux,du temps,(&: la fa- 
çon, &: des perfonncs, qui fe trouuerec,à ce qu'il auoit 
fai6t l'ayant veu en formedeloupiôcfailloit bien que 
le corps fu 11: changé en figure de loup, ou du moins 
que l'cfprit humain pafTafl: au corps d'vn loup , pour 
remarquer exa6lement toutes chofes.Et neantmoins 
en cefte forte il fau droit confeflcr que deux formes 
fcroient enfemble en mefmcfuict> qui eft dirc^lcmét 
contre les principes de Phyfique : ^ &r toutcsfois ^^a^-^^^ 
VVier quiveut difputer delaMetapliyfiqueenPhy-^or/.c?-w^; 
ficien,confefre en mille endroits de fes liures,queles 
diables, qui font formes intelligibles^entrét au corps 
deshommes,que les anciens pourceftc caufeappel- 
loicnt S'cujULœvraiÇ' C'cft pourquoy'Ariftotcna ia- 
mais difpute descfprits, nydes intelligences aux li- 
ures delà Pliyfique,ains il a referué aux liurcs imitU' 
IczrSv iu€rcùrciù(pvmKcjùy craignant tomber aux in- 
conuenicns, & abfurditez, où les anciens s'eftoient 
enuelopez, en mcflant les queftions , des Mathemati- j.,,, 10,]^^, 
<jues en Phy fique^equoy il les à repris' VVier,&: tous '^^'^*''~^ *' 

XX X ii|< 



REFVTATION DES OPIR 

ccuxqLns'arrcfl:encàlcsaro;umcnsronccrcfbuche7cn 
lamclme rautc. Car Aiiltote tient pour maxime de 
Phy{ic]ue,quc la forme Phylicjue iir parce du corps na- 
turel,! eiill, & neantmojns enfaMciaphv(ic|uciI ex- 
cepte lame de l'hommcJa<quelle i!d;d auiliaux liures 
iic partihfis animantium Jvç^èev iyr.SiiT'e^oLf c'clt a dire 

«nlhommedc dehors, & demeure après la corruptio 
du corps humain. Auffi VVier , qui veut traidler en 
Phylîcien les a6lion des cfprits^dic en mil cndroids de 
fes liures que les Diables vont de iieu en autre, &:di(Sl 
vray,&: cela (e cognoifl à veue d œil en ceux qui font 
a/Tiegcz,outranfportczparlcsDcmos:ô(:neantmoins 
il eftimpoffiblc par nature (fi les principes de Phyfi- 
que polez par Ariilote font veritablcs)que tout ce qui 
cil mobile,&occupelicunc{oitcorps,qiiielldu tout 
contraire aux cfprits: Ettoutcsfois Lcmelme Anllotc 
difputant en Théologien c'cft à dire Mctnphyficien, 
s^Mh S. ^^^ ^^^ '^^ efprits fcparcz meuuent les corps ^ celelles 
r^fi^Ttiçv. 3c fouffrent aufli mouuemcnt^horfmis le premier mo- 
teur.Ec mefines Dieu qui furpafle tous les Anges en 
puritc & fimpliciié d'cfTcncc parlant de ioy nu-înies 
di6t,ïe remplis le ciel & la terre , 6c pour celle caule il 
s'appelle auiIiDipo,c'eftàdirelieu,parcequclemondc 
;eftcnluy,&: nonpasluy dedans le monde, comme 
difentles Douleurs Hebrieux fur ce pafTIige d Haye 
delum mihifedes ejï^ç;^ terra fcabelluni fcdum meorum. Et' 
fi on veut dire comme SaincSl Auguftin qui aluiuy. 
la définition qu'Apulée baille des Démons , que les 
.Académiciens ont rcceue, c'eil à fçauoirque lo De-, 



DE lEAN VVIER. tCî 

iïiôns ont corps, il fera encoresplus eftrange, ôc beau*- 
coup plus incôpatiblej& cotre nature. Car deux corps 
fc pourroicnt penecrer,cjui fcroit eucrtir toute la Phi- 
fique fondée lur le principc,qu'il ny a point de péné- 
tration de dimcnfions^attendu cjue les Démons pen^e- 
trent les corps des hommcs,ce que V Vicr cofefle par 
tous ces liurcs . Il ne deuoit donc fonder fcs argu- 
mens des Sorciers, & des allions des Démons fur les 
principes, '5.:hypothcfes delà Pliyfique, lefquellestou- 
tesfois il a tref-mal entendues , comme i'ay touché en 
paflâtiEt ce peut cognoiftrc à veuc d'œil par celuy cjui: 
aura [eu ferieufemcnr,&: entêdu les liures des Philofo- 
phes:lcfquels en la difpute des Démons s'accordent 
auecles Theorogienspour lapluf-part, mefmemenD 
les Academicicns.Carle mouuemcnt des chux ôc lu- 
mières celeftes cfl attribuée aux Anges en la Saincle cf 
critureaulli bien c|ueparlesPhilofophcs,comme.on 
peut voirenEzechiel&:auPfal.<î8.verf.i8. ouliricer- 
prête Caldean dit qu'il y a XX. mil, lumières Ôc autant 
d Anges pour les mouuoir.Et Thomas d'Aquia, que^ 
les Grecs nouueaux ont eftimé fl b6Philofophe,qu'ils 
ont traduid le plus beau de fes œuurcs de Latin en 
Grec^tient toutes les adiôs des efprits, &des Sorciers 
pour vericabics, comme nous auonsmonftré cy dcuat 
Ôcdia qu'il n'elt point ellrange-que Sim5 ' Sorcier fift J,f t!ml' '^ 
parler vn chien par le moyé des diables,come auffi Bik- 
Frâcifquc de Syene& les 4. Sorciers qui furent bruflez 
à PoidicFsj'an i 5 64, depofeient que le bouc , qu'ils 
a^doroiéclanuid,parloitàeux,&PaulGrilIan.dScfcrirs.u,^,.^,7, 
qjdcfontepsiîavcubrufler vue Sorcière à R8me quiM7.«».H-' 



REFVTATION DES OPIR 
s*appelloitFranci(qucdcSicnc, c^uifaifoit parler va 
chien deuant tout le monde. Toutes fcs avions , ôc 
autres femblables eftrangcs que VVier confcfle , Ce 
font canrrenature.il faut donc baifTerla telle deuant 
Dicu,& confeflerla foibleffe denoftre cfprit fans s'ar- 
reftcr aux principes, ô^raifons de nature , qui nous 
manquent quand on veut examiner les a6lionsdes ef- 
prits,&focieté des démons auec les Sorciers, & faire 
feparalogifmc que telles adios ne font pas véritables, 
parce qu'elles font contre nature. Et que tout ce qui 
cft impolTible par nature eft impofliblc , qui eft vn 
droit paralogifme ôc elenchc fophiftiquercomme qui 
diroit d*vnmefchanthomme,ileftbonefcrimeur, il 
cft doncbon.Carlaconiequcncei co^i^wAV^^/Fw^/Z- 
ci^nevautricn. Or VVier voulant en quelque forte, 
& à quelque prix que ce foit faire cuader les Sorciers, 
9,c.\6Je u. ji^c^ 9 (ju'cUes font poiredees,&: forcez du diable.Cha- 
cun fçait la différence qu'il y a entre les Sorciers, qui le 
font vouées, confacrecs,&: dédiées à Sathan, qui font 
comme les paillardes abandonnées , & celle qui cft 
aflîegeedere(pritmalin,qui eftcommela viergcpu- 
diquerauic par force. Aufli Sathan n'eft pas fi mal 
aduiféenucrsfes loyaux fuieds.Puis après ildicl que 
le tranfport d'icelles aux alfemblecs cft impollible par 
nature,&: en fi peu de temps. l'ay refpondu à ce poin6l: 
fuffifàmment : Etneantmoins VVier monftrc bien 
qu'il cft aufsi mauuais mathématicien, comme Phyfi- 
cien: Car on voit lehuidiefmc ciel auec tous les a- 
\ ftrcs faire fon tour en xxi 1 1 1. heures, lequel tour a 
plus de ctnt trente & trois millions de lieues à deux - 

mil 



DE lEAN VVIER: l^r^ 

mil pas la liciic au pas Géométrique. Car combien 
que Archimcde,& Ptolomce, n ayent demonftré feu- 
lement que la diftance de la terre iufques au Soleil, 
qui a douze cens & neuf femydiametres &demy de 
la terre, lequel femy diamètre a 27 3 (î. lieues & plus à 
deux mil pas la lieiie , & le tour de la terre fîx fois au- 
tant auecvnefeptiefmed'auantage, ainfique Ptolo- 
mee a demonftré , après auoirrecueilly lesobferua- 
tions d'Hyparchus : Qui font en tout depuis le centre 
de la terre iufques au Soleil, quatre cens quarante, ôc 
neuf mil trois cens foixante de quatre lieiics , à deux 
mil pas chacune. Neantmoins les Arabes Alfragan, 
Albategny , Tcbit , Campan , ont pafle plus outre , & 
laifle par efcrit, que la diftancede la terre , iufques 
au hui6tiefme ciel, à vingt mil o6lante & vn femydia- 
metre de la terre,& x x v 1 1 1. minutes d'auantage.qui 
font trente ôc fix millions , cent quarante ôc cinq 
mil huictccns lieues. Le Rabin Moyfe Ramban au 
troifiefme liure Hoiainioa : y en met plus: car les de- 
monftrations Aftronomiques fc font au fens : mais 
en prenant le moins, ileft certain Se demonftré par 
Ptolomee que la raifon du femydiametre à l'arc, eft 
comme de cinquante deux à foixante : Se par la de- 
monftration d'Euclide au troifiefme , les fix femy- 
diametres du cercle font iuftement l'exagone, telle- 
ment que le femydiametre, depuis le centre de la ter- 
re iufques a l'hui^liefmeciel, fc trouuera iuftement 
fix fois en l'huidiefme ciel , qui font fix fois trente fix 
millions cent quarante & fix mille huitflcenslicùcs: 
& lefurplus du cercle, qui font quaraiire)&:bui£liilc-. 

YYy 



REFUTATION DES OPIN. 
grez prenant huid degrcz en chacun arc de lexagonc 
du cercle outre les fix fcmydiamctrcs j reuicnnent à 
2891(^(^90. lieues &plus; cariclaiffc 28. minutes, cjui 
font huidt cens lieues 3 qui cil pour tout le circuit du 
ciel huidicfmc , deux cens quarante ôc cinq millions 
fept cens nonanre ôc vn mille quatre cens quarante 
lieues , qui fe font en vingt 6c quatre heures. Le neuf 
&c dixiefme ciel font bien encores plus grands : Car il 
eft trefbien demonllré par Ptolomec en fon Almage- 
ftc , que toute la terre qui a vnze mil cens foixante 
lieues de tour n'eft rien qu'vn poind infenfiblc, eu 
cigard feulement au cercle du Soleil, qui eft beaucoup 
moindre que l'huidiiefme: fi doncques en vingt ôc 
quatre heures l'huicliefme ciel fai6l fon tourcnvne 
minute d'heure ( dont les foixante font l'heure ) 1 hui- 
â:iefme ciel faiâ: vn million fept cens fix mil cent 
cinquante ôc cinq lieues par le mouuement de TAnge 
à qui Dieu a donné celle puiUlmce, que les Hcbrieux 
o.icdHe- appellent le Chérubin ° faifant la roue du elayue 
flamboyant de lumières celeftes : eft il donc impom- 
blequeSathan à qui Dieu à donné tant de puiffancc 
fur la terre tranfporre vn homme à cent ou deux cens 
lieues en vnc heure ? On voit donc euidemment que 
tel mouuement n eft pas impoflible par nature. Ican- 
ne Haruillierde laquelle i'ay parlé cydeuant, 6«:qui 
fut bruflce vifue le dernier iour d'Auril 15 7 8. confcfla 
que le Diable l'auoit tranfportce fort loin la derniè- 
re fois, & qu'elle auoit elle long temps deuant que 
d'arriuer cnl'aflemblce, &: puis ellant rapportée^, elle 
fctrouuoit toute foulée & fort laflc ^ comme i'ay rc- 



DE lEAN VVIER. 270 

cueilly du procez qui m'a efté rapporté par maiftre 
Claucie de Fay Procureur du Roy à Ribcmonc. Mais 
on voie vne malice notable en V Vier^, lequel cfcrit au 
chapitre huidbicfme ^e Lamiis j cjuc les Sorcières onc 
confcffé que Sathan leur faifoic cracher en terre pen- 
dant qu'on monftroit l'Hoftie , ôc marcher fur la 
Croix. Or VVier fe fert de ceflc occafion pour pi- 
per ceux qui ont laiffc la Mefle, en ce qu'il didl que 
tout cela eft ridicule. Spranger efcrit auffi, qu'il a- 
uoitfçcuen faifant le procez des Sorciers , que plu- 
sieurs auoient padlion exprefîe aucc Sathan de rompre 
les bras &les cuiilcs des Crucifix :& mefmemcnt le 
Vendredy Sain6b. VVier did: que tout cela n'cfl: que 
folie. le ne veux pas entrer au mérite de la Religion, 
que tant de Théologiens ont traidlé amplementrauf- 
fî n'cft ce pas mon fuiedb. Mais ie tiens que les rufcs 
de Sathan font incroyablcs,fi on ny prend garde de 
fort près : à quoy n'a pas regardé celuy , qui a faid: le 
liure des Strategemes de Sathan , qui font fort puéri- 
les. Car le deflcin de Sathan n'efl pas feulement de 
faire mefprifcr, & renoncer Dieu par fcs fubiets, ains 
auffi toute religion, &c tout ce que chacun pcnfe eflrc 
Dieu , ôc qui le peut teniren crainte de mal faire pour 
fetournerdu tout à Sathan. C'cflpourquoy les Sor- 
ciers demeurent d'accord , que la première chofe 
que fai6l Sathan aux Sorciers apprentifs , c'eft de les 
faire renoncer à Dieu , ôc à toute Religion , fçachans 
bien, que celuy qui n'a Religion quelconque, fe deC 
borde en toutes impietez Ôc mefchancetez. Car mef- 
mes cuJlornc on dcfcouurit que aux Sacrifices no- 

YYy ,j 



REFVTATION DES OPIN. 
diurnes de Bacchus il Te trouuavn nombre infiny de 
Sorciers, qui commcttoicnc mille inceftes, &c Sodo- 
mies puis ils facrifioicnt les plus innoccns, ôz pour ce- 
fte caufe ils furent deflendus par toute l'Italie à iamais, 
z, imm. ^ plufîeurs Sorciers ' exécutez à mort. Comme nous 
liions auffi en EpiphaniiiSj que des laprimitiuc Eglife 
Sathan hfl: couler vne feàe damnable de Sorciers 
Gnortiques, laquelle foubz voile de Religion facri- 
fioyent les petits enfans prouenus des inceftes, qu'ils 
commettoyent;,6«:lespilloyent en mortiers aucc de 
la farine Ôc du miel , dont ils faifoyent des tourteaux 
qu'ils bailloyent à leurs fe6Vatcurs à manger,&: appel- 
loyent cela leur Cène : qui efloyent les vra) s Sorciers 
ainfi appris par Sathan : duquel le but principal pour 
cftablir fa puiffancc, eft d'arracher toute Religion du 
cœur des hommes, ou bien foubz le voile de fuper- 
ftition couurir toutes les mefchancetez qu'on peut 
faire en defpit de Dicu^ ou de celuy que chacun penfe 
cftre Dieu. Car ie tiens que celuy n'ofFence pas gueres 
moins qui fai6t quelque chofc en defpit d vne pierre 
ou autre matière qu'il penfe eftre Dieu, que celuy qui 
blafphcme le vray Dieu Eternel qu'il cognoift '.com- 
me faifoit Caligula qui prcnoit l'image de luppiter ÔC 
LTranquiLin \uy difok iniures en l'aureiHe*, & brifoit l'image de 
c^fo, Vefta , que les Vcftales luy bailloyent pour baifer. 

Non pas que ce fuft malfaid en foy de brifer laftatuë 
des Vcftales : mais c'cftoic blafphcme & impiété à 
Caligula qui auoitcebut de faire cela en defpit de ce- 
luy qu'il pcnfoit eftrc Dieu , lequel à toufiours cfgard 
à la confcicncc ôc intention des perfonnes; ôc pour 



DE lEAN VVIER. 271 

ceflecaùfe il fappelle Scrutateur despenfecs fans a- 
uoircfgard aux mines. C'eftpourquoy Hiercmie le 
Prophète fçachant que le peuple captif en Babylone 
cftoit contraint de fagcnouiller deuant les images 
de métal , de bois , &: de pierre , il leur efcrit ainii: 
Quand vous verrez porter des images furies efpaules 
pour les faire reucrcr, vous direz en voz cœurs, C'eft a 
toy ô Dieu Eternel, à qui l'honneur appartient. Ainfi 
faifoyent plufieurs en la primitiue Eglife , qui aili- 
lloycnt ou par force ou par crain6le aux facrificcs des 
Payens, ou pour cuiter au fcandale qu'on ne les elH- 
maft AtheVftcSjOres qu'ils fufTent à genoulx deuant les 
images , ils prioycnt Dieu ncantmoins à ce qu'il luy 
pleuft les garder de toute pollution ôc idolâtrie, Ôc 
qu'il print en gré la confcience Ôc intention bonne 
tant d'eux que des pauures ignorans.Ie conclud donc 
que la volonté & intention d'vnc part & d'autre eft 
le fondement de toute a6iion bonne ou mauuaife;en 
forte que fi la volonté contreuient à ce que la raifon 
iuge & croit eftre bon, encorcs que la raifon foit abu- 
fecj on offence Dieu. C'eft la dccifion de Thomas 
d'Aqwin ^ au traidé qu'il a faiâ: de 'Bonitateaflus inte- l'^^J'^^ {'" 
rioris 'voluntatis : ou il di6l ainfi, Quando ratio errans ad ^mntHw, 
ponit aliauid "Vt pr^ceptum Dei^ tune idem efl contemnere 
diflamen rationiS:, (jr T>ei pr^eceptum : fuyuant Sain6t 
Auguftin \ C'eft pourquoy Sathan coenoifTant que^^î'' • '''* 
Dieu regarde Imtentionexculant touiiours larorce, 
la crainte, la iufte ignorance fefForce,d'arrachernon 
feulement la vrayc Religion, ains aufli toute opinion 
dcdiuinitc du cœur dcshommcs.Et faid tour ce qu'il 

YYy iîj 



REFVTATÎON DES OPÎN. 
peut 5 a ce que celuy qui n'adore qu'vn Dieu, luy don- 
ne plufieurs compaignons,puis après il lediftrait du 
Créateur aux créatures, & des créatures intcllicribles 
aux créatures fcnfiblcs : ^ des créatures nobles &: ce- 
lc(îes aux créatures élémentaires, iufques aux belles 
immondes , Serpens & crapaux &: des créatures de 
Dieu aux ouuragcs des hommes : Car c'eft chofe plus 
abhominable de f aggenouiller par rcuerence deuanc 
les Idoles œuures de l'homme^que deuant les crapaux 
&Crocodillcs , que les égyptiens adoroyent , qui 
font créatures & œuures de Dieu. C'eft pourquoy Sa- 
than après les créatures de Dieu faid honnorcr les 
œuures des hommes, comme les images &ftatucs, 
que les Grecs appellent Idoles , les Hebrieux Peflelin, 
& non content il faidk encores en fin renoncer aux 
images, qui les tiennent en quelque crainte d'offcnfer 
pour fe faire adorer foy-mcfme, & à fin d'empefcher 
que iamais fcs feruiteurs ne fe puiiTent reconcilier à 
DieUj il les oblige par mefchancetez fignalees, & hor- 
ribles blafphemes pour n efperer iamais pardon, co- 
mc de faire en defpit de Dieu manger les Hofties 
confacrees aux crapaux, qui eft chofe exécrable -.ce 
qu'il ne fait faire finon à ceux qui tiennent pour tout 
certain & refolu que l'Hoftic eft Dieu , comme i'ay 
remarqué cy defîus & faire en defpit de Dieu tirer le 
Crucifix à coups de traiifb, qui eft encores vne autre, 
mefchanccté abhominable &: detcftable, comme i'ay 
monftré que Sathan faifoit faire par cy deuant aux 
Sorciers , qu'on appelloit Sagittaires en Allemaigne, 
qui ne fe trouuent plus depuis que la plufpart des Air; 



DE lEAN VVIER. 271 

lemans ont dcfifté de ^agenouiller deuant le Cruci- 
fix : Car tout ainfi que Dieu fonde les cœurs,&: regar- 
de l'intentiofl des hommes , aufTi Sathan contrefai- 
fant Dieu fe faid: feruir comme Dieu, comme font les 
plus grands Sorciers,qui l'adorent la face contre terre: 
ou par les cérémonies qu'on pcnfeeftreaggreablesà 
Dieu , ôc ce qu'ils font par reuerencc : comme de bai- 
fer les Reliques aucc chandelles ardentes : Sathan fe 
fai6b ainfî feruir : comme il fut vérifié au procez des 
quatre Sorciers qui furent bruflez tous vifs à Poid:iers 
l'an mil cinq cens foixante & quatre: Ils depofcrcnc 
qu'ils baifoyent Sathan en forme de Bouc au fonde- 
ment aucc chandelles ardentes ^ près d'vne Croix. Si 
IcsPreftres de Monftrelct^&deFroifTart, qui bapti- 
ferent les crapaux , & leur baillèrent l'Hoftic , enflent 
penfé y qu'il n'y cuft eu aucune Diuinité en THoftic 
Sathan n'euft pas requis cela d'eux , ny demandé à 
Néron maiflre Sorcier, fil en fut iamais , & à Caligu- 
la fon oncle ^ qu'ils foulaflent aux pieds les flatucs de 
Iuppiter,de Vefia, ôc autres, fils euflent penfé que 
il n'y eufl: eu aucune Diuinité. Comme en cas pareil, 
en toutes les Sorcelleries j,& communications dete- 
ftablcs des Sorciers , à chacun mot il y a vne Croix, 
& à tous propos lefus-Chrift, Ôi la Trinité ^ Ôc l'eau 
bcneifl:e. Et fi les Sorciers veulent faire quelque mef- 
chanceté par les images de cire, il les fait mettre ibubs 
lesCorporaux pendant la Méfie, comme Pa^ P Gril- 5- ^'^- i.y^ 
land di6l auoir aueré par pîufieurs procez,& les bapti- JJ^^u.^'^'^*^ 
fent au nom de ceux qui veulent ofFenfcr, & vfi:nt de 
parollcs^ ôc myftercs dctefi.ables qu'il falloit fiippri- 



REFVTATION DES OPIN. 
mer, ôc non pas les faire imprimer. Et faidb à noter 
que Sathan a de toute antiquité attiré les Sacrifica- 
teurs, Arufpiccs, &c Preftres à fa cordellc, pour fouil- 
ler toutes fortes de Religions, & leur donner touf- 
iours plus de puiffince de mal faire, que aux autres. Et 
pourceftccaufe Platon cnfonziefuicliure desLoix, 
décerne peine capitale au Sacrificateur qui tue par Sa- 
crifices & Magie : ce que i'ay remarqué cy deffus auoir 
cftc iugé par arreft du Sénat Romain fur l'interpréta- 
tion la Loy Cornelia , in Lex fen.xtufconfliltOjde Jtcarïisff, 
queceluyeftpuniflable comme meurtrier, qui a, ou 
qui fait tels facrifices.Auffi voyons nous en Spranger, 
ôcPaul Grilland, ô<:enPontanus Icsplus grands Sor- 
ciers auoir efté Preftres, pour gafter tout vn peuple: 
Car plus leMiniftrcdeDieudoibteftrcfaindi & en- 
tier pour fan6bificr le peuple, & prefentcr vne oraifon 
& louange aggreable à Dieu : d'autant plus eft l'abho- 
mination detcftable , quand il f addonne à Sathan, &: 
luy fait facrifice,aulieudefacrifieràDieu. Carmef- 
mcs Porphyre efcrit que tous les anciens ont remar- 
qué que Çi les facrifices faits à luppitcr, Apollon Se au- 
tres Dieux eftoyent faits indignement , les malings 
e(prits venoyenr, &: la prière eftbit tournée en exécra- 
tion. Non pas que Dieu cuft les idolâtries aggreables, 
qu'il dcffend fur la vie,mais il eft à prcfumer qu'il pre- 
noit l'intention des ignorans,&les iugeoit félon lai 
4. rt^.i.f.<î. volonté qu'ils auoicnt. Paul Grilland * recite d'vn 
dcsortileg. nommé lacquesPcrufinPreftre, qu'il did auoir efté 
l'vn des plus grands Sorciers d'Italie , lequel en difant 
laMeffe, & fe tournant au peuple, au lieu de dire:- 

Orate 



DE lEAN VVîER. Î73 

Orate pro mejratrei ^ il dift vn iour , Orate pro caflfis Ec^ 
clejtus j quia laborant in extremis ^ c eft à dire , priez pour 
l'armée Ecclefiaftique qui eft en danger extrême, & à 
l'inftant mefme larmee fut defaide^qui cftoic à vingt 
cinq lieues de Pcroufc, où il difoit la Mefle. Nous en 
lifons vnc femblable en Philippes de Commines,d'vn 
Italien Archeuefque de Vienne, lequel difant la iMefTe 
deuant le Roy Louys vnziefme, le iour des Roys , à | 
Saind: Martin de Tours, en luy donnant la paix à bai- ^ 
fer, il luy dift, P^Arfi^/,, Sire, voftreennemy eft mort: ■ 
il fc trouua qu'à l'heure mefme Charles Duc de Bour- 
gongne fut tué en Lorraine, deuant la paix de Nancy. 
le ne fçay fî de ce temps la l'Italie produifoit des Pro- 
phètes autres qu'elle n'a fait depuisrMais ie doute fort 
qu'il eftoitdu mcftier de plulîeurs autres de ce pays 
la,queSathan à député vers quelques Princes, pour 
les infedlerdecefte peftc: Car Philippes de Commi- 
ne recite plufieurs propos de ce bon Archeuefque qui 
ne reffentent rien que les efFeds d'vn vray Sorcier. 
Voyla pour refpondre à VVier, en ce qu'il did que 
c'eft chofc ridicule de commander par Sathan à fes (u- 
iets , qu'ils démembrent les Crucifix , qu'ils crachent 
contre terrc^quand on moftre rHoftie,qu'iIs ne pren- 
nent poind d'eau beneifte. Il fe mocque auffi d'vne 
Sorcière ^ à qui Sathan commanda de garder bien (es, 
vieux fouIiers,pour vn preferuatif, & contre